Isabelle Lasserre : Quels sont les grands enjeux du sommet de l’OTAN organisé à Chicago les 20 et 21 mai ?
Général Stéphane  Abrial:  Sur le plan politique, il s’agit d’abord de réaffirmer l’importance et la nécessité d’une Alliance comme l’OTAN. Ensuite, et le fait que le sommet ait lieu aux Etats-Unis en est un signe, la force du lien transatlantique, qui reste un des principes fondateurs de l’Alliance, sera mise en avant. Le message est double : Il s’agit pour les Américains de s’assurer auprès de leurs alliés européens qu’ils contribuent au « partage du fardeau » et qu’ils investissent suffisamment dans leur outil de défense pour rester crédibles. Et pour les Européens, d’obtenir la confirmation qu’ils restent le « partenaire privilégié » des Américains.
Au plan stratégique, le Sommet permettra d’avancer sur trois dossiers majeurs :
- Tout d’abord, l’Afghanistan, pour lequel il faut tracer la feuille de route et voir comment va s’effectuer le retrait progressif des forces combattantes et la transition au profit des forces de sécurité afghanes (*1).
- Ensuite, il s’agit d’aider les nations membres de l’Alliance à concilier la prise en compte des menaces et des risques actuels et à venir et un contexte économique difficile dont la  pression sur les budgets de défense est prégnante. Dans ce cadre, les chefs d’Etat et de gouvernement devraient confirmer le concept de Smart Defense (Défense Intelligente) et s’engager sur des projets phares comme la défense aérienne des pays Baltes, l’amélioration des capacités de renseignement ou la défense antimissile.
- Enfin, le sommet soulignera l’importance des partenariats. Qu’ils soient régionaux ou avec d’autres organisations comme l’Union Européenne, les partenaires sont pour l’OTAN un facteur indispensable pour faire face à la globalisation des défis de sécurité. C’est un des points clés du Nouveau Concept stratégique.


I. L. :    Quelle est la raison d’être du projet de bouclier antimissile américain en Europe ?


S. A.: Afin de pouvoir conduire des opérations sur un théâtre sans s’exposer à la menace de frappes par missiles, il avait été décidé il y a quelques années de doter l’Alliance d’une défense antimissile de théâtre, limitée dans sa couverture et mobile. Au vu des progrès de la technologie et de l’évolution de la situation internationale, avec l’apparition d’une possible menace directe contre les pays de l’Alliance, la question s’est posée d’aller au-delà. C’est pourquoi, à Lisbonne, la décision a été prise de se doter aussi d’une capacité de protection permanente des territoires et des populations alliées.
L’objectif est de déclarer une capacité opérationnelle intérimaire, qui s’appuierait dans un premier temps sur des moyens américains, à l’occasion du sommet de Chicago. Le système futur reposera, quant à lui, sur une architecture centrale OTAN, avec un système de commandement et de contrôle financé en commun et des systèmes de détection et d’interception fournis par les Alliés au titre de contributions volontaires.
Bien sûr, les Etats-Unis apportent la plus grosse contribution initiale, car ils sont les plus avancés dans ce domaine sur lequel ils travaillent depuis longtemps (*2). Mais tous les autres pays sont invités à contribuer. La France est d’ailleurs bien placée pour le faire. Elle propose des intercepteurs et certains éléments de sa chaîne d’alerte avancée.


I. L. :    La Guerre Froide est finie depuis longtemps. L’Alliance Atlantique n’est-elle pas un peu dépassée ?


S. A.: L’OTAN prouve au contraire chaque jour sa raison d’être et son efficacité. Elle n’a pas d’équivalent dans le monde et reste probablement la seule organisation régionale en mesure de conduire des actions d’envergure du type de celle menée en Libye.
L’intervention a d’abord été l’œuvre d’une petite coalition de pays, ce qui a permis de réagir immédiatement, de façon presque instantanée. Le relais a ensuite été pris par l’OTAN, qui a apporté le poids et la force de ses structures permanentes et permis de soutenir l’effort dans le temps. Si intervenir au sein d’une coalition a l’avantage de permettre de réagir instantanément à une crise, le faire ensuite dans le cadre de l’Alliance présente l’intérêt de pouvoir tirer immédiatement l’avantage de procédures communes et d’une connaissance mutuelle entre acteurs politiques et militaires. Lorsque 28 pays ont décidé de s’engager ensemble, le poids politique est considérable, surtout si l’opération s’inscrit dans la durée. L’agrégation de partenaires régionaux comme le Qatar, les Emirats Arabes Unis ou le Maroc, en renforce la légitimité et l’acceptabilité.
Enfin, nous voyons bien que, s’il n’y a plus de menace directe en tant que telle aux frontières, celle-ci, certes sous d’autres formes et de manière plus diffuse, est toujours présente. Ainsi, la défense collective, à savoir la volonté de chaque Etat membre de défendre celui qui serait attaqué demeure très forte. Le Concept Stratégique (*3) adopté à Lisbonne en novembre 2010 le rappelle sans ambiguïté.


I. L. :     L’Alliance est- elle adaptée aux nouvelles menaces ?


S. A.: L’OTAN est toujours parfaitement adaptée à sa mission principale qui est énoncée par l’article 5 du traité de l’Atlantique nord, à savoir la défense collective. Néanmoins, l’Alliance doit également prendre en compte l’émergence de nouvelles menaces. C’est ainsi qu’au sommet de Lisbonne, en novembre 2010, elle s’est vu confier deux nouvelles missions : la défense anti-missile et la défense cybernétique. C’est une preuve qu’elle prend en compte son environnement et son évolution, analyse ce que sont les nouvelles menaces et adapte ses moyens et ses missions. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les progrès réalisés dans le domaine du contre-terrorisme, de la contre-insurrection ou contre ce que nous appelons les menaces hybrides. Ce concept relativement récent montre que nous faisons face à des adversaires qui emploient plusieurs modes d’action, de manière parallèle et simultanée et non plus de manière séquentielle, allant du combat de haute intensité classique aux actions criminelles ou terroristes dont l’aspect militaire n’est qu’un des volets. Le domaine cybernétique est aussi un excellent exemple de ces nouvelles menaces. Il faut lutter contre un adversaire difficilement identifiable et localisable, qui se manifeste au cœur même de notre territoire, directement sur l’écran de notre ordinateur.


I. L. :     Quel bilan faites-vous de l’intervention de l’OTAN en Afghanistan ?


S. A.: A Chicago, l’OTAN se penchera sur la transition. Il va y avoir une bascule progressive des missions de combat vers celles d’accompagnement et d’entraînement, assortie d’un partenariat stratégique entre l’Afghanistan et les pays de l’Alliance. Le processus, qui conduira à terme le gouvernement afghan à assumer la responsabilité pleine et entière de la sécurité du pays, est lancé. Il est évident que les défis sont nombreux et qu’il y a encore du chemin à faire avant que l’Afghanistan ne  puisse assurer seul son destin.
Néanmoins, aujourd’hui, le niveau d’activité de l’adversaire a diminué. Si l’on regarde ce qui se passe de manière objective, on voit que les insurgés n’ont plus la capacité de monter des opérations coordonnées d’envergure. Ils sont de facto obligés de se rabattre de plus en plus vers des modes opératoire différents, comme l’utilisation de bombes artisanales ou de kamikazes, qui sont ce que je considère comme l’arme du faible mais qui ont un impact psychologique et médiatique très important. Mais heureusement, le nombre de victimes dues aux engins explosifs improvisés ou bombes artisanales a largement diminué. Ce résultat a été obtenu par d’importants efforts conjoints, coordonnés par mon Commandement, de toutes les nations engagées, entre autres en généralisant la formation, individuelle et collective, en renforçant la protection de nos soldats et en développant les moyens de détection. Nous avons ainsi réussi à limiter l’effet de ces armes, même si elles resteront toujours un danger pour le combattant.
La formation et l’entraînement sont des facteurs clés dans la politique de reconstruction et de stabilisation de l’Afghanistan. La réussite du processus de transition dépend en grande partie de la capacité des forces de sécurité afghanes à assurer leur propre sécurité et celle de leurs concitoyens. Aujourd’hui plus de la moitié du territoire afghan est sous leur responsabilité et plus de 300.000 soldats et policiers ont déjà été formés. Nous obtenons de bons résultats dans ce domaine. Les phénomènes récents d’infiltration au sein des troupes afghanes restent marginaux. Néanmoins, les incidents dramatiques qu’ils engendrent et l’écho médiatique qu’ils produisent nous ont poussés à prendre des mesures pour durcir les conditions de recrutement, notamment les procédures d’évaluation et de sélection (*4).


I. L. :    Quelles leçons tirez-vous de l’intervention militaire en Libye ?


S. A.: La première leçon, c’est que cette crise fut une surprise stratégique. Personne, au moment du sommet de Lisbonne, n’aurait pu prédire le printemps arabe ni imaginer que l’Alliance s’engagerait dans une opération en Libye pour la protection de la population. Ce n’est pas la première et ce ne sera pas la dernière surprise de ce genre. Ce qui démontre à nouveau que l’important n’est pas de tout prévoir, mais de pouvoir s’adapter à l’imprévu, résister au premier choc, le surmonter et s’imposer dans la durée. Préparer les conflits à venir implique donc d’être capable d’agir sur tout le spectre des opérations militaires.
La deuxième leçon, c’est la pertinence du traité de Washington (*5). Conclu en 1949 dans un tout autre environnement stratégique, dans une Europe détruite qui n’avait pas les moyens de se défendre face à un adversaire que les rédacteurs du traité ont eu la prescience de ne pas nommer, la défense reposait alors quasi exclusivement sur la puissance américaine et sur une communauté attachée à des valeurs et principes comme la liberté individuelle, la démocratie, les droits de l'homme et l’état de droit. L’opération en Libye a montré que soixante ans après, dans un tout autre cadre stratégique, face à des risques et des défis de nature différents, le traité nous permettait d’agir au nom de ces mêmes valeurs.
Ensuite, cette opération a aussi prouvé la capacité de l’Alliance à mener cette mission ou plutôt ces missions - car il y en avait trois fixées par le Conseil de Sécurité : embargo sur les armes, respect de la zone d’exclusion et protection des populations - sans ralentir le rythme des autres opérations en cours. Le tout dans un contexte économique difficile et pendant une période de réformes internes majeures.
Même si elles avaient déjà été en partie soulignées lors du Sommet de Lisbonne, l’opération a été le révélateur de certaines lacunes. C’est le cas notamment pour le ravitaillement en vol, les bombes de précision, les moyens de renseignement-surveillance-reconnaissance et la capacité d’acquisition et de destruction de cibles. Nous devons, aujourd’hui, faire en sorte collectivement de pallier ces manques.
Enfin, nous l’avons déjà évoqué, la Libye a rappelé l’importance des partenariats pour l’Alliance. Leur soutien politique, indispensable dans cette région et leur participation opérationnelle ont été des facteurs de réussite majeurs pour les opérations.



I. L. :     Avec le recul, estimez-vous que la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN fût une bonne chose (*6)?


S. A.: Au sein de l’Alliance, il y a 28 cultures différentes. Chaque pays a une voix et peut peser sur les décisions qui sont prises. Dès lors, plus on est présent au moment de l’élaboration des décisions et plus on a de chances que notre vision soit prise en compte et se retrouve dans le produit final.
Le fait d’être aujourd’hui à nouveau dans toutes les instances et équipes de travail où s’expriment ces 28 voix nous permet de peser. Bien sûr, c’est une stratégie d’influence et non d’imposition. Depuis 1996, la France disait qu’il fallait réformer l’OTAN. Mais on ne réforme pas un club sans en être pleinement membre. Il est par ailleurs toujours plus difficile de réagir a posteriori à une idée qui a déjà été négociée que de contribuer à son élaboration en faisant valoir son point de vue. J’ai moi-même connu l’OTAN en 1996-1999 alors que nous n’étions pas dans la structure militaire intégrée. A ce moment-là la France ne pouvait que réagir à des projets, des idées ou des concepts qui étaient proposés par d’autres. Ainsi, notre position au sein d’ACT a beaucoup compté dans l’élaboration du concept stratégique sur des sujets comme l’approche globale. Notre travail a contribué à l'équilibre général du document qui, in fine, satisfait tout le monde. C’est aussi le cas pour les travaux en cours sur la Smart Defense où l’on apporte une vision équilibrée entre les différentes approches des nations. Nous pourrions multiplier les exemples, comme notre contribution à la relation UE-OTAN.


I. L. :     Comment cette nouvelle influence se traduit-elle dans les faits ?


S. A.: Si nous n’étions pas revenus dans l’OTAN, il aurait sans doute été plus difficile de lancer les premières opérations en Libye et d’enclencher la dynamique. Les frappes initiales (*7) qui ont permis de stopper la colonne de blindés qui approchait de Benghazi et de desserrer l’étau sur la ville, en sont un parfait exemple. Elles traduisent le savoir-faire des forces françaises : une prise de risques calculée, des frappes ciblées sur des véhicules en mouvement, une efficacité immédiate et un fort impact psychologique. Une fois que l’Alliance a décidé de prendre en charge l’opération, nous étions d’emblée au sein des centres de décision. Notre vision a ainsi été prise en compte dans la phase de planification puis dans la conduite des opérations.
Notre retour a aussi eu des répercussions sur la relation OTAN/UE. Quand la France porte un projet au sein d’une des deux institutions, elle n’est plus considérée comme quelqu’un qui chercherait systématiquement à miner l’une pour conforter l’autre. Les suspicions qui existaient depuis 40 ans sur notre intention réelle ont progressivement disparu. Cela facilite des avancées jadis difficile à envisager, comme les accords de Lancaster sur la défense signés en novembre 2010 entre la France et la Grande-Bretagne (*8).
En ce qui concerne les aspects purement militaires, les répercussions sont également positives. Avant, nous n’étions présents que dans les grands exercices et les opérations extérieures, auxquelles par ailleurs, nous avons toujours contribué activement. Désormais, nos militaires travaillent au quotidien avec leurs homologues. Ils sont rodés aux savoir-faire et savoir-être de l’organisation et lorsqu’ils se retrouvent en opération dans les mêmes états-majors, ils sont davantage à même de s’intégrer rapidement et sont plus efficaces. Enfin, les militaires français au sein de la structure, quel que soit le niveau de responsabilité qu’ils occupent, ont une très bonne réputation. On compte notamment sur eux pour faire bouger les lignes dans une période marquée par le changement.


I. L. :     La baisse des budgets européens de la défense vous inquiète-t-elle ?
S. A.: Il est indispensable que la volonté de défense se maintienne et se traduise par un effort suffisant. Même s’il y a des disparités, il y a peu de pays qui respectent la norme des 2% du PIB qui devraient être consacrés à la défense. Certains pays connaissent des coupes drastiques dans leur budget et font des choix qui les engagent pour de longues années. Ils risquent de perdre des savoir-faire qui seront long et coûteux à reconstruire, car la construction et l’adaptation d’un outil de défense se bâtit dans la durée. Pour garantir la sécurité de nos concitoyens, il est indispensable que la volonté de défense se manifeste dans chaque pays, se rationalise au niveau de l’Alliance et se traduise dans les faits avant que l’Histoire ne nous en rappelle cruellement le besoin.


Il y a une demande très forte de la part des Américains vis-à-vis des Européens, pour un meilleur « partage du fardeau ». Les Etats-Unis souhaiteraient aussi une Europe forte, qui se prenne en main. Ils sont réellement inquiets de la baisse généralisée des budgets de défense. La question qui se pose est comment conserver le niveau d’ambition affiché par l’Alliance malgré la crise économique et la tentation des gouvernements de réduire les budgets de défense. Il faut donc trouver des solutions alternatives, explorer de nouvelles voies. C’est le sens de l’initiative « Smart Defense » ou « Défense Intelligente » lancée il y a un peu plus d’un an.



I. L. :     Qu’est ce que la « Smart Defense » ?


S. A.: L’initiative « Défense intelligente » sera au cœur des discussions du Sommet de Chicago. Dans un contexte de restrictions budgétaires et de revues de défense menées à titre national de manière successive et non coordonnée, la préservation des capacités de défense collective aux niveaux requis constitue notre objectif stratégique pour la prochaine décennie.
La « Défense intelligente » se concentre sur les priorités les plus importantes, elle permet d’approfondir la coordination entre alliés dans des domaines spécialisés, de renforcer la coopération en matière de projets multinationaux, de relancer la réforme interne de l’OTAN, et elle recherche une nouvelle relation avec les industriels pour encourager les innovations et la complémentarité entre l’OTAN et l’Union européenne. Ces objectifs subsidiaires sont liés aux trois axes principaux du développement capacitaire : la hiérarchisation, la coopération et la spécialisation.
Tout d’abord, la hiérarchisation, comment mieux aligner les priorités nationales avec celles de l’OTAN : les nations ont des priorités différentes. La « Défense intelligente » au sein de l’OTAN doit aller de pair avec les travaux menés au niveau national par le biais d’un processus de planification de défense. L’enjeu est de préserver et d’améliorer notre capacité à affronter ensemble les menaces présentes et futures; à mettre en œuvre le niveau d’ambition de l’OTAN défini à Lisbonne ; et à identifier et corriger les déficits capacitaires prioritaires.
Ensuite, la coopération, faire plus de choses ensemble : le but est de promouvoir des idées pour la coopération multinationale dans le domaine du développement capacitaire, c'est-à-dire pour la doctrine, l’entraînement, le matériel, le commandement, le personnel, les installations et l’interopérabilité. Ces projets permettent de traiter des besoins existants (déficits prioritaires identifiés à Lisbonne ou en opérations). Ils portent pour commencer sur des propositions réalistes, de portée limitée, avec un nombre restreint de pays participants, et seront ultérieurement étendus à des projets plus ambitieux. Ces travaux requièrent également une coordination OTAN-UE plus étroite nécessaire pour éviter les duplications.
Enfin, la spécialisation, ou comment tirer collectivement partie de savoir-faire nationaux : il s’agit du domaine le plus sensible politiquement puisqu’il faut trouver le bon équilibre entre souveraineté et solidarité. L’OTAN est en mesure de fournir une impulsion pour passer d’une spécialisation par défaut à une spécialisation par dessein en encourageant les points forts spécifiques de chacun sur la base de ses besoins et ambitions.
 
I. L. :     Quels sont les projets phares de la « Défense intelligente » ?


S. A.: Avec les nations, nous avons d’abord défini une approche conceptuelle qui doit modifier la façon dont nous abordons le développement capacitaire à long terme. Cette approche repose sur un engagement politique et s’appuie sur des projets construits en fonction des lacunes identifiées dans le passé ou des leçons tirées des opérations récentes. Nous en avons déjà une vingtaine, concernant par exemple la maintenance des hélicoptères, les entraînements communs, le soutien médical ou encore les avions de patrouille maritime. Ils sont ensuite regroupés par domaines. Je peux vous citer l’entraînement des forces, la logistique, le renseignement et la protection. Enfin, nous travaillons aussi sur des programmes phares : la police du ciel (*9) dans les pays Baltes, la Défense antimissile, et le domaine du renseignement, de la reconnaissance et de la surveillance, y compris l’Allied Ground Surveillance System (AGS) sur lequel un accord a été trouvé à la réunion ministérielle du mois de janvier. (*10).
A partir de la validation du concept politique et du développement de ses premiers projets, le travail se poursuivra sur des sujets plus complexes et plus sensibles, pouvant toucher à des questions de souveraineté. Cela nécessite une évolution des esprits et prend forcément plus de temps. Il s’agit de futurs projets d’acquisition (qui restent des prérogatives nationales), de maintenance ou de logistique en commun, qui apporteront une valeur ajoutée forte. Mais au début, nous avons tenu à rester réalistes, dans le but de prouver la validité du concept et d’enclencher le mouvement. La Smart Défense est une vision pour le long terme. A Chicago, les chefs d’Etat et de gouvernement seront invités à donner une impulsion politique. Dans ce cadre, le sommet doit être vu comme un tremplin pour mettre en œuvre cette vision dans le futur.


 


Notes



1) Selon le calendrier de retrait établi à Washington, les troupes américaines devront avoir quitté l’Afghanistan fin 2014. A cette date, la responsabilité de la sécurité aura due être transmise aux forces afghanes.
2) L’Initiative de défense stratégique (IDS), également appelée Guerre des étoiles, a été lancée en mars 1983 par le président américain Ronald Reagan, pendant la Guerre Froide.
3) Le nouveau concept stratégique de l’OTAN a été adopté en 2010, lors du sommet de Lisbonne. Cette feuille de route pour les dix années à venir a confirmé que l’engagement pris de se défendre mutuellement contre toute attaque restait le socle de la sécurité euro-atlantique.
4) En janvier 2012, quatre militaires français ont été tués par un soldat de l’armée afghane, alors qu’ils faisaient leur footing.


5) Fondateur de l’Alliance Atlantique.


6) La France a réintégré le commandement intégré de l’OTAN au printemps 2009. Elle en était sortie en 1966, sous l’impulsion de De Gaulle.
7) Mars 2011.
8) Les Accords de Lancaster House ont été signés entre David Cameron et Nicolas Sarkozy en novembre 2010. Ils visent à rapprocher les défenses des deux grands pays militaires d’Europe, y compris dans un domaine aussi sensible que le nucléaire.
9) Les trois Etats baltes ne disposant pas de moyens de police du ciel propres, 15 nations alliées de l’OTAN se relaient depuis 2004 pour assurer cette mission.
10) Surveillance aéroportée du sol.