Le 3 novembre 2002, les islamistes du Parti de la justice et du développement (Adalet ve Kalkinma, AK) ont provoqué un séisme dans la communauté internationale en remportant les élections législatives en Turquie. Les formations tradition- nelles ont été balayées par un parti qui compte, en tout et pour tout, quinze mois d'existence. Cette victoire sans précédent est le fruit de la volonté d'un homme, Recep Tayyip Erdogan, qu'une peine d'inéligibilité empêche encore d'être nommé au poste de premier ministre. Tayyip a su s'appuyer sur le mécontentement populaire, tout en adoucissant son image. Le dirigeant de l'AK se présente, en effet, comme un "conservateur-musulman" - un modéré et non un "islamiste" -, et n'hésite pas à renier ses anciennes convictions pour plaider la cause de la Turquie au sein de l'Union européenne. Mais il peine à convaincre lorsque les femmes des ministres du nouveau gouvernement paraissent voilées lors des cérémonies officielles...