Sergueï Markedonov - Voilà seize ans que la Transnistrie lutte pour sa reconnaissance. À la différence des autres États non reconnus de l'ex-URSS - l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud et le Haut-Karabakh -, votre région ne possédait pas le statut de république autonome à l'époque soviétique. Pourtant, la Transnistrie a été le premier État autoproclamé à voir le jour dans l'espace post-soviétique - un an avant la République du Haut-Karabakh. Vous avez, en quelque sorte, été un éclaireur ! Qu'est-ce qui explique le phénomène transnistrien ?


Igor Smirnov - À la fin des années 1980, il existait un État immense qui s'appelait l'URSS. Cet État s'est écroulé en quelques mois comme un château de cartes. Alors, dans tout le pays, les sentiments nationalistes - qui étaient auparavant endigués par le centre - ont brusquement explosé. On parla un peu partout de « renaissance nationale » ; mais, malheureusement, dans de nombreux cas, le renouveau patriotique a dérivé vers une sorte de national-fascisme.
Le peuple de Transnistrie ne risquait pas de connaître une telle évolution. Pour une raison simple : il s'agit d'un peuple extrêmement métissé. Nous nous trouvons au carrefour de l'Europe et de l'Asie, et notre terre accueille depuis des siècles des populations d'origines diverses. C'est pourquoi, chez nous, les idéaux internationalistes soviétiques ont toujours été particulièrement vivaces. L'URSS promouvait l'égalité de droits entre les citoyens, dans tous les domaines. Égalité dans l'accès à sa propre langue et à sa propre culture, égalité face au travail, égalité sociale, etc. Des valeurs dans lesquelles la Transnistrie se retrouvait pleinement !
Le problème, c'est que, de 1944 à la fin de l'URSS, notre région a été fusionnée avec la Bessarabie dans le cadre de la « république de Moldavie ». Nous avons vécu côte à côte pendant une période assez courte : à l'échelle historique, quarante ans, ce n'est pas si long ! L'ouest de la Moldavie était peuplé de Moldaves roumanophones tandis que, chez nous, il y avait autant de Moldaves que de Russes et d'Ukrainiens - ce qui impliquait, en particulier, que l'on pouvait très bien vivre en Transnistrie en ne parlant que le russe, langue dominante de l'URSS. À la fin des années 1980, les nationalistes moldaves ont lancé une offensive sur ce qui était le plus sacré pour nous : la langue et, partant, la culture. Naturellement, la Transnistrie a tout fait pour résister. Mais nous étions respectueux des lois soviétiques, toujours en vigueur à ce moment-là. Nous désirions sauvegarder notre société fondée sur l'égalité de tous. C'est pourquoi nous avons officiellement instauré, au sein de la Transnistrie, le multilinguisme. Aujourd'hui, nous avons trois langues officielles : le russe, l'ukrainien et le moldave. Il n'y a là rien de spécialement original : des pays comme la Belgique ou la Suisse, entre autres, ont également plusieurs langues officielles.


S. M. - Avez-vous essayé de trouver un terrain d'entente avec Chisinau ?


I. S. - Naturellement ! D'abord, nous avons proposé aux leaders moldaves de mettre en place une zone économique franche et de reporter à plus tard le règlement de la question linguistique. Malheureusement, à cette époque, les dirigeants de Chisinau voulaient absolument que la Moldavie fusionne avec la Roumanie. D'ailleurs, bon nombre de ceux qui étaient au pouvoir en ce temps-là habitent aujourd'hui à Bucarest. Je pense, en particulier, à Mircea Druk - l'un des chefs du Front national de Moldavie -, mais aussi à plusieurs autres personnalités. Bref, nos propositions ont été rejetées. C'est alors que notre peuple s'est mobilisé pour défendre sa spécificité. Mais nous avons été trahis, oui, trahis - écrivez bien ce mot - par Mikhaïl Gorbatchev, par le Comité central du Parti et, plus généralement, par le centre fédéral. À Moscou, on se moquait bien du destin des peuples habitant à l'extérieur des frontières russes !
Nous avons donc décidé de procéder à une série de référendums d'auto-détermination. Les citoyens se sont d'abord prononcés en faveur de la création d'un Congrès des députés de la Transnistrie ; ensuite, toujours par référendum, a été instaurée la république soviétique de Transnistrie et, enfin, la république moldave de Transnistrie (RMT). Vous le voyez : il s'agit d'un État qui émane de la volonté populaire. Le peuple de Transnistrie désire vivre sur sa terre, faire des enfants, les éduquer comme bon lui semble et cohabiter en bonne intelligence avec ses voisins. Nous ne sommes pour rien dans le déchaînement de violence provoqué par les nationalistes moldaves. Ce conflit a été une tragédie qui a éloigné le peuple de Transnistrie du peuple de Moldavie.


S. M. - À la différence des autres formations étatiques non reconnues comme le Haut-Karabakh ou l'Abkhazie, la Transnistrie n'a pas fondé ses revendications sur le nationalisme ethnique mais sur l'« internationalisme ». Or, au début des années 1990, cette idéologie était en perte de vitesse dans tout l'espace post-soviétique, où les sentiments nationaux, longtemps bridés, se libéraient enfin. Qu'est-ce qui explique que la RMT soit devenue le dernier îlot d'internationalisme dans cette zone ?


I. S. - C'est très simple. Comme je vous l'ai dit, la Transnistrie a toujours été une terre d'accueil. Tiraspol a été fondée par le maréchal russe Alexandre Souvorov en 1792. L'armée russe y a toujours été présente. Des Roumains se sont installés sur ces terres, ainsi que des Ukrainiens et bien d'autres peuples encore. Depuis des siècles, il y a ici des mariages « mixtes » et de nombreux Transnistriens d'aujourd'hui sont les produits de ce brassage. Tout s'est toujours très bien passé. Savez-vous qu'il n'y a jamais eu de pogroms contre les Juifs en Transnistrie ? Tout comme il n'y a jamais eu d'affrontements interethniques. Ici, les gens ont appris à vivre ensemble. La mentalité transnistrienne est imprégnée de cette tolérance et de cette ouverture aux autres... y compris aux Moldaves, naturellement, qui sont encore nombreux à vivre chez nous ! À propos, lors de notre guerre contre la Moldavie, les premiers défenseurs de la Transnistrie qui ont trouvé la mort au combat étaient des Moldaves ethniques. Ces hommes défendaient notre république contre l'agression que perpétraient leurs cousins de Chisinau.
Pour résumer, notre pays est un incroyable enchevêtrement de cultures diverses. Il suffit de se rendre à un mariage pour s'en convaincre : on y entend parler russe, moldave, ukrainien, bulgare... Le voilà, notre internationalisme ! J'ajoute que, au cours des quinze dernières années, une nouvelle génération a grandi en intégrant ces valeurs, cette tolérance, cette curiosité. Et quand vous êtes un jeune homme ou une jeune fille qui grandit dans un pays, le fait que ce pays soit reconnu ou non par la communauté internationale ne change rien. L'essentiel, c'est le sentiment d'appartenance commune, qui est très fort chez mes concitoyens. Le peuple transnistrien existe bel et bien, même s'il ne s'agit pas d'une notion ethnique. D'ailleurs, le peuple américain n'est-il pas, lui aussi, un melting-pot d'individus d'origines diverses ? Or il ne viendrait à l'esprit de personne de remettre en cause la notion d'« Américain » !


S. M. - Vous-même n'êtes pas né ici. Vous ne vous êtes installé à Tiraspol qu'en 1987, pour y prendre la direction d'une usine locale. Pourtant, vous êtes devenu le héraut de la spécificité transnistrienne... Comment l'expliquer ?


I. S. - Je me suis retrouvé au coeur des événements de la fin des années 1980 et du début des années 1990. J'ai vu de mes yeux la montée en puissance du nationalisme moldave. J'ai été le témoin de l'agression commise contre une Transnistrie dont les idéaux m'étaient chers. Et c'est tout naturellement que je me suis engagé dans la chose publique : j'estime qu'un homme digne de ce nom doit défendre les droits humains partout où il se trouve.
En ces seize années, la Transnistrie est devenue, pour moi, une seconde patrie. Mes petits-enfants sont nés ici. J'ai eu la chance d'être l'un des architectes d'une entité très solide, même si elle n'est pas très grande. Cette entité est déjà entrée dans l'histoire sous le nom de république de Transnistrie. Je remercie Dieu de m'avoir offert ce destin.


S. M. - Vous êtes le président d'un État que la communauté internationale ne reconnaît pas. Qu'implique ce statut ?


I. S. - Je veux d'entrée de jeu souligner que la reconnaissance ou non d'un État ne change rien aux obligations d'un dirigeant envers le peuple qui l'a élu. Un leader est, par définition, responsable du présent et de l'avenir des siens. Les défis et les soucis du président d'un État non reconnu ne se distinguent nullement de ceux de ses homologues qui se trouvent à la tête d'États considérés comme légitimes.
Les Transnistriens m'ont élu à ce poste. La communauté internationale doit l'accepter. D'ailleurs, au cours de ces quinze dernières années, j'ai rencontré, en ma qualité de président de la RMT, plusieurs chefs d'État étrangers et les représentants de nombreuses organisations internationales, et j'ai accueilli à Tiraspol une grande quantité de délégations étrangères. J'ai signé d'innombrables documents officiels (5). Hélas, la calomnie des autorités de la Moldavie a atteint ses buts : la plupart des États européens éprouvent à notre égard une profonde suspicion. Nous sommes soumis à un véritable blocus économique (6) et à une intense pression politique ; et des fables absurdes sont colportées à notre sujet.
Mais je crois fermement qu'un jour notre État obtiendra la place qui lui revient dans le concert des nations. Je rêve de voir nos écoliers étudier des cartes sur lesquelles leur pays apparaîtra dans ses frontières légitimes, reconnues par le reste de la planète.


S. M. - Entretenez-vous des relations avec les représentants des autres États non reconnus ?


I. S. - Oui, nous sommes régulièrement en contact avec des États qui se trouvent dans une situation comparable à la nôtre, c'est-à-dire avec l'Ossétie du Sud, l'Abkhazie et le Haut-Karabakh. Peu nous importe que de mauvais plaisants ironisent en disant que nous avons mis en place notre propre CEI : une Communauté des États inexistants. Nous partageons nos expériences, nous apprenons à nous mouvoir dans cet univers compliqué qui est le nôtre, nous prenons bien soin de ne pas répéter les erreurs commises par les autres... Et, dans la mesure du possible, nous soutenons nos revendications respectives. Par exemple, il me semble évident que le Karabakh finira, tôt ou tard, par rejoindre l'Arménie. La RMT appuie sans réserves ce processus.


S. M. - Au cours des seize années que vous avez passées au pouvoir, vous avez eu affaire à trois présidents de la Moldavie. Quels ont été vos rapports avec eux ?


I. S. - Nous avons pris langue avec le président Mircea Snegur dès la fin des combats, en 1992. Aussi étrange que cela puisse paraître, il a été plus facile de parlementer avec ce nationaliste convaincu qu'avec ses successeurs, apparemment moins radicaux que lui. L'explication, c'est que Snegur, même s'il était notre adversaire, était un homme de parole. Quand il signait un accord, il l'exécutait ! Petru Lucinschi, qui a été au pouvoir de 1996 à 2001, n'était pas le même type de leader. À l'époque soviétique, il avait fait une belle carrière d'apparatchik qui a culminé en 1989 par sa nomination à la tête du Parti communiste de la RSS de Moldavie. Comme tout bon apparatchik, il répétait inlassablement les mêmes belles phrases sur l'« avenir radieux » qui attendait ses compatriotes, il était incroyablement imbu de sa propre importance et il passait son temps à essayer de tromper ses interlocuteurs. Depuis 2001, c'est Vladimir Voronine qui dirige le pays. Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous n'avons pas gagné au change ! C'est bien simple : aucune de ses promesses n'a été suivie d'effet. 147 documents différents ayant trait à la résolution du conflit ont été signés entre la Moldavie et la Transnistrie mais Voronine n'a jamais rempli ses obligations. Ce qui ne l'empêche nullement d'exiger que nous remplissions les nôtres...


S. M. - Dans vos discours, vous faites souvent référence aux « valeurs démocratiques ». Concrètement, comment les appliquez-vous ?


I. S. - Il faut commencer par rappeler que, à l'époque soviétique, la Transnistrie n'était, en profondeur, pas plus « communiste » que la Moldavie, l'Ukraine et toutes les autres républiques. Après l'effondrement de l'URSS, nous avons évolué vers un système profondément démocratique. Jugez vous-même. Les lois que nous adoptons font l'objet de vérifications et d'analyses préalables dix fois plus méticuleuses que partout ailleurs. En tant qu'État non reconnu, nous devons, en effet, nous montrer particulièrement attentifs à ne pas donner de grain à moudre à ceux qui nous accusent de tous les maux ! En seize ans, nos députés ont rejeté un nombre incalculable de projets de loi. En ma qualité de président, je peux, il est vrai, remettre une loi en question. Mais, pour cela, je dois m'adresser à la Cour constitutionnelle, qui décide en dernière instance. Bref, la séparation des pouvoirs est très clairement marquée.
Nous avons, également, des moyens d'information totalement indépendants : certains critiquent même très durement mes décisions ! Pour ce qui est de la vie politique proprement dite, nous comptons - tenez-vous bien - 468 partis et mouvements politiques différents. Je dis 468, parce que c'est le dernier chiffre que l'on m'a communiqué mais, depuis que nous avons entamé notre conversation, il y en a peut-être déjà plus : ces groupes apparaissent plus vite que les champignons après la pluie ! Plusieurs factions défendant des idéologies diverses sont présentes au Parlement. Et n'oubliez pas que nous avons déjà organisé sept référendums. Nos dernières législatives, le 11 décembre 2005, ont été conduites en présence de 200 observateurs internationaux. Sans oublier les 40 médias étrangers accrédités pour la circonstance. En un mot, je conteste fermement toute accusation visant à faire passer la RMT pour un État non démocratique, a fortiori communiste.


S. M. - Dans ces conditions, pourquoi présente-t-on souvent la RMT comme étant, avec le Bélarus, le « dernier bastion du communisme soviétique » en Europe ?


I. S. - Comme dans tous les pays, il y a chez nous un Parti communiste... et même deux, puisque leurs dirigeants n'arrivent pas à s'entendre. Mais ces deux partis ne sont pas représentés au gouvernement, ni même au Parlement ! Il reste que, si vous vous promenez dans nos villes, vous pouvez tomber, ici ou là, sur un monument à Lénine. Les étrangers me demandent régulièrement, sur un ton accusateur : « Pourquoi y a-t-il des statues de Lénine en Transnistrie? » Ce à quoi je réponds : « Et pourquoi me posez-vous cette question ? Voulez-vous en acheter une ? » Plus sérieusement, j'estime que nous n'avons pas à démonter ces statues, pas plus que nous ne devons débaptiser les rues qui portent des noms de dirigeants soviétiques. Tout simplement parce que nous respectons notre passé et assumons notre histoire.
Pour ce qui est de notre politique, nous avons empêché des escrocs de mettre le grappin sur ce qui appartient à l'État, et nous avons conservé la gratuité de l'enseignement et du système de santé : sommes-nous pour autant des communistes ? Certainement pas. Ne serait-ce que parce que, dans le même temps, nous avons beaucoup fait pour le développement des petites entreprises. De plus, nous avons adopté des lois qui autorisent les investissements étrangers. Malheureusement, ces investissements sont encore très faibles, toujours à cause de notre statut.
En revanche, ceux qui cherchent des communistes dans la région seraient bien inspirés de regarder du côté de notre voisin moldave ! Dois-je rappeler que le président Voronine est communiste et que son parti est majoritaire au Parlement ?


S. M. - Comment caractériseriez-vous vos relations avec la Russie ?


I. S. - Nous avons toujours ouvertement déclaré que ces relations étaient prioritaires. La Russie est notre premier partenaire, non seulement dans le domaine économique mais aussi sur le plan politique. Par surcroît, elle participe au règlement du conflit qui nous oppose aux Moldaves et a dépêché un contingent de forces de la paix sur notre territoire. Je regrette qu'elle ne s'engage pas davantage en notre faveur. N'est-elle pas le successeur de l'Union soviétique sur le plan du droit international ? En tant que tel, elle doit défendre nos droits face à la Moldavie.


S. M. - Pouvez-vous expliquer pour quelle raison vous souhaitez tellement que la RMT intègre les rangs de la Fédération de Russie ?


I. S. - Nous avons toujours dit que nos relations avec la Russie étaient prioritaires. Avec la Moldavie, nous n'avons plus d'objectifs communs. En revanche, nous partageons beaucoup de choses avec la Russie. Bien entendu, il y a une longue histoire commune. Il y a, aussi, une même vision de la meilleure manière de régler le conflit qui nous oppose à Chisinau. Bon nombre d'habitants de la Transnistrie estiment que notre terre est une terre russe. En tant que dirigeants, mon équipe et moi-même devons tenir compte de ces sentiments, qui ont été clairement exprimés lors du récent référendum. Reste à savoir sous quelle forme cette intégration peut avoir lieu, et dans quels délais. Ce qui est sûr, c'est que cette procédure nécessitera énormément de réflexion et de travail.


S. M. - Qu'en est-il de vos liens avec l'Ukraine ? On sait que, au début des années 1990, la RMT est allée jusqu'à envisager d'intégrer ce pays. Où en sont vos rapports aujourd'hui ?


I. S. - Pour nous autres Transnistriens, l'Ukraine est un pays très proche. Non seulement parce qu'il nous est frontalier mais, aussi, parce que nos peuples sont culturellement très liés. Je rappelle qu'un tiers de nos habitants sont des Ukrainiens. L'Ukraine, comme la Russie, est depuis des années la garante du règlement de notre conflit avec la Moldavie. Mais elle participe au blocus économique qui étouffe la RMT. Naturellement, nos relations politiques et économiques s'en ressentent. Je compte beaucoup sur mes compatriotes d'origine ukrainienne pour faire revenir Kiev à de meilleurs sentiments à notre égard.


S. M. - Existe-t-il un « facteur européen » dans la politique de la RMT ?


I. S. - Nous étudions avec beaucoup d'intérêt l'expérience de l'Europe dans divers domaines : politique, économique, scientifique... Dans le même temps, un pays qui a été autant marqué par les tragédies de l'Histoire que le nôtre n'oublie jamais le passé. Nous n'avons pas oublié Napoléon, pas plus que nous n'avons oublié d'où est venue l'invasion nazie : d'Europe. À présent, l'Europe nous donne des leçons de démocratie. Mais nous, nous n'avons pas été libérés par les Européens de l'Ouest ! C'est la Russie qui nous a libérés. Nous ne devons rien à personne. À la différence de la Moldavie, nous n'aspirons pas à adhérer à l'Union européenne. Soit dit en passant, je me demande bien ce que l'UE aurait à gagner en intégrant la Moldavie. Ce pays n'a ni ressources naturelles, ni industrie efficace ni agriculture performante.
Pour faire court, disons que nous désirons être amis avec les Européens et que nous serions heureux de travailler avec eux. Mais, je le répète, nous n'avons aucune leçon à recevoir de leur part.


S. M. - On assiste, depuis quelques années, au renforcement de l'influence des États-Unis dans l'espace post-soviétique. Comment jugez-vous l'attitude de Washington à l'égard de la RMT ?


I. S. - Une chose est sûre : si nous disions aux Russes de décamper de chez nous, les Américains nous récompenseraient immédiatement pour cette « sage décision ». Mais nous ne voulons pas de leur argent. Nous ne voulons rien devoir à personne. J'estime que nous nous en sortons bien. En 2006, le salaire moyen a augmenté, ainsi que les retraites. Nous pouvons nous passer de l'aide « désintéressée » des États-Unis.


S. M. - Selon vous, quel est le rôle stratégique de la RMT dans la région ?


I. S. - Un rôle essentiel. Au début des années 1990, c'est nous qui avons bloqué la vague de nationalisme agressif née à Chisinau - une vague de violence qui menaçait de répandre la mort et la désolation non seulement en Transnistrie mais, aussi, dans toute la zone. Car l'idéologie qui prévalait alors à Chisinau était celle de la « Grande Roumanie » censée s'étendre « des montagnes à la mer » (7).
D'un autre côté, de par sa position géographique et le déploiement sur son territoire des forces armées russes, la RMT représente un enjeu non négligeable pour les grandes puissances mondiales. Notre territoire est le théâtre d'une lutte invisible mais bien réelle qui met aux prises une Europe qui s'élargit et une Russie qui renaît. Sans oublier les États-Unis, naturellement, qui sont présents sur la planète entière. Aujourd'hui, les puissances ont une chance de régler équitablement le conflit. Pour y parvenir, elles doivent prendre en compte la volonté du peuple transnistrien, qui s'est très clairement exprimée lors du référendum du 17 septembre dernier.


S. M. - Voilà des années que l'on parle du « règlement du conflit » entre la Moldavie et la Transnistrie. Mais vos positions semblent inconciliables ! Comment sortir de l'impasse ?


I. S. - Premièrement, pour que des négociations aboutissent, il faut que les parties discutent sur un pied d'égalité. C'est une condition sine qua non. Or ce n'est pas le cas. Chaque fois que nos interlocuteurs admettent qu'ils doivent faire des concessions, ils disent qu'ils pourraient nous « donner » quelque chose. Assez ! Nous ne demandons pas l'aumône ! Nous avons déjà ce dont nous avons besoin, ce que nous avons construit de nos mains, grâce à notre intellect et à notre travail. Certes, nous ne sommes pas reconnus alors que la Moldavie l'est. Mais est-elle réellement plus indépendante que nous ? Le président Voronine a lui-même avoué que son pays avait « les bras et les jambes en Transnistrie » - façon de dire que le potentiel industriel de la Moldavie se trouve chez nous. Il faut donc bien comprendre une chose : nous sommes égaux, et nous devons discuter avec tout le respect mutuel que cette égalité implique. Ce qui signifie, également, que la Moldavie doit exécuter ses obligations aussi sérieusement que nous le faisons, au lieu de louvoyer sans cesse. Par exemple, en mai 1997, nous avons signé ensemble, à Moscou, un « Mémorandum sur les bases de la normalisation » de nos relations. Ce texte stipulait que les deux parties renonçaient à l'usage de la force, ainsi qu'à toute menace d'usage de la force. Or le blocus auquel nous sommes soumis n'est rien d'autre qu'une utilisation de la force - force économique, s'entend.


S. M. - On entend souvent dire ces temps-ci que, pour faire avancer les choses, il faut demander aux forces russes de quitter la région. Qu'en pensez-vous ?


I. S. - Les Transnistriens sont très reconnaissants à la Russie pour le rôle qu'elle a joué dans la guerre de 1992 : l'intervention de son armée a permis de mettre fin aux affrontements. Un accord de paix avait alors été signé. Aux termes de cet accord, des forces d'interposition devaient être introduites sur notre territoire. L'armée russe a été présente en Transnistrie pendant deux cents ans. Depuis 1992 - je vous l'ai dit tout à l'heure -, cette armée est déployée sur notre sol dans le cadre du processus de paix. Mais la Moldavie, elle, veut que les Russes partent ! D'après les autorités de Chisinau, leur départ permettra d'instaurer l'« ordre constitutionnel ». Je pose la question : de quel ordre est-il question, exactement ? En 1992, 806 Transnistriens ont trouvé la mort dans les combats, nous avons eu 1 500 blessés : s'agissait-il alors d'« ordre constitutionnel » ?
Je pense qu'il est temps de montrer au monde la réalité. D'ailleurs, je profite de cet entretien pour lancer un appel à tous les lecteurs de Politique Internationale et, spécialement, aux défenseurs des droits de l'homme : venez en Transnistrie ! Constatez par vous-mêmes comment les choses se passent chez nous ! Faites-vous votre propre opinion ! Quand je lis la presse moldave, j'apprends que les rues de nos villes seraient pleines d'hommes en armes. Depuis que vous êtes à Tiraspol, en avez-vous vu beaucoup ?


S. M. - Pas un seul.


I. S. - Voilà ! Tout ce que vous avez pu voir qui rappelait la guerre, c'est un char soviétique que nous avons conservé dans le centre - un char qui, en 1944, est entré dans Tiraspol pour libérer la ville des nazis. C'est tout. Alors, je m'interroge : pourquoi la communauté internationale défend-elle la Moldavie, pourquoi gobe-t-elle tous ses mensonges ? À mon avis, pour une seule raison : si la Moldavie obtient gain de cause, la Russie sera éjectée de Transnistrie.


S. M. - Dans les années 1990, on parlait beaucoup du « miracle économique transnistrien », même à Chisinau. Si, aujourd'hui, la formule n'est plus employée, c'est parce que les observateurs se sont accoutumés à vos performances, et non parce que celles-ci se seraient étiolées. Comment définiriez-vous le potentiel économique de la RMT ?


I. S. - Juste avant notre entretien, j'ai consulté le dernier rapport statistique que nos experts ont rédigé. Un chiffre m'a particulièrement marqué : 54 % de la production sont réalisés par des structures non étatiques. Preuve que notre secteur privé fonctionne bien ! Nous n'avons pas forcé le processus de privatisation, comme l'a fait la Russie, par exemple. Ce processus s'est déroulé tout naturellement, sous la conduite du gouvernement et dans le respect de la logique économique. Désormais, nos usines et nos produits n'ont rien à envier aux usines et aux produits européens. Par exemple, le Combinat du Textile (HBK), qui emploie 12 000 personnes, exporte ses produits vers la Belgique, l'Allemagne, les États-Unis, le Brésil... Notre usine métallurgique, quant à elle, vend près de 80 % de sa production à l'Occident.
Au début, pour maintenir l'efficacité de ces grandes usines, nous avons dû prélever de l'argent sur des programmes sociaux. À présent, ces fabriques sont excédentaires. Malheureusement, le fait que la RMT ne soit pas reconnue nuit aux investissements étrangers - d'autant plus que, au sein des organisations internationales, seul le pouvoir de Chisinau peut faire entendre sa voix... Cela dit, malgré l'aide qu'elle perçoit de la part de la Banque mondiale et de la BERD, cette malheureuse Moldavie n'arrive à rien. Elle a déjà engrangé un milliard de dollars de dettes, que les générations futures devront bien rembourser. Dans le même temps, par nos propres moyens, nous faisons aussi bien, voire mieux : le niveau de vie et le salaire moyen, chez nous, ne sont pas inférieurs à ce qu'ils sont en Moldavie.
C'est pourquoi quand on nous demande pourquoi nous ne voulons pas réintégrer le giron moldave, nous expliquons qu'il y a des raisons non seulement politiques mais, aussi, économiques. Pourquoi les Transnistriens qui, depuis seize ans, n'ont pas reçu un centime d'aide internationale, devraient-ils demain devenir des Moldaves comme les autres et payer pour les erreurs commises par les dirigeants de Chisinau ?


S. M. - Commentant la guerre franco-prussienne de 1870, Bismarck a dit : « La guerre a été remportée par les instituteurs prussiens. » Comment jugez-vous l'état de l'éducation en Transnistrie ?


I. S. - Je partage pleinement la vision de Bismarck sur ce point : l'éducation est la base de tout. C'est elle qui détermine l'avenir d'une nation, bien plus que la richesse de son sous-sol ou la puissance de son armée. Je vous le dis sans fausse modestie : nous avons un système d'éducation exceptionnel. Nos standards sont équivalents à ceux en vigueur en Russie. Nos enseignants sont tellement bien préparés et dévoués à leur tâche que bon nombre de nos étudiants intègrent les universités les plus prestigieuses de Moscou. Nous comptons aujourd'hui 13 000 étudiants. Ils maîtrisent tous trois langues, ce qui leur ouvre des portes non seulement chez nous mais, aussi, en Russie et en Ukraine.
À ce propos, je rappelle que la RMT est le seul territoire où la langue moldave soit toujours écrite en caractères cyrilliques. Étrangement, en Moldavie même, on est passé aux caractères latins. Nous avons donc dû faire rédiger nos livres de classe en moldave transcrit en cyrillique, ce qui nous a pris au total sept à huit ans. Comme vous le savez, à l'époque soviétique, le moldave était transcrit en cyrillique... mais nous n'avons pas pu utiliser les manuels soviétiques car les nationalistes moldaves les avaient détruits ! Nous savions qu'il en restait en Moldavie. Nous leur avons demandé de nous les vendre. Mais ils ont préféré... les brûler !
Enfin, nous avons installé dans toutes les écoles - dans les campagnes comme dans les villes - un équipement informatique suffisant pour permettre à tous les enfants d'apprendre à se servir d'un ordinateur. C'est fondamental au xxie siècle. C'est pourquoi toute la société - l'État et les entrepreneurs réunis - s'est mobilisée pour cet objectif.


S. M. - À Chisinau, mais aussi dans la presse occidentale, on affirme souvent que la Transnistrie serait une sorte de « trou noir » au sein de l'Europe, une zone de non-droit où règne la criminalité et où fleurissent d'innombrables trafics. Que répondez-vous à ces accusations ?


I. S. - Ces allégations n'ont rien de nouveau. Voilà des années que la Moldavie prétend que nous nous livrons à la contrebande et au commerce d'armes. L'objectif est évident : il s'agit de convaincre la communauté internationale que nous ne sommes pas dignes de confiance. Déjà, le site Internet du ministère allemand des Affaires étrangères présente la Transnistrie comme une « zone de rébellion armée » et déconseille à ses ressortissants de s'y rendre. J'ai même lu quelque part que nous aurions fabriqué deux milliards - oui, deux milliards ! - de fusils automatiques. Foutaises ! Aucun pays au monde ne pourrait en fabriquer autant ! On a dit, aussi, que nous aurions fourni vingt lanceurs de missiles Grad à l'Ossétie du Sud. Mais comment aurions-nous pu le faire sans faire transiter ces lanceurs par le territoire ukrainien ? Ceux qui soutiennent qu'une telle transaction a eu lieu ne se rendent même pas compte qu'ils accusent par là même l'Ukraine de s'en être rendue complice...
La vérité, c'est que nous n'avons jamais vendu d'armes à personne. Mais une fois qu'une rumeur est lancée, il est pratiquement impossible d'y mettre fin. De plus, nombre de gens sont prêts à faire feu de tout bois pour égratigner la Russie. Et comme celle-ci est présente en RMT en tant que force de maintien de la paix, il est tentant de prétendre qu'elle ne s'acquitte pas de sa tâche et autorise toutes sortes de trafics illégaux. L'intérêt qu'y trouve la Moldavie saute aux yeux. Si ce pays ne pouvait plus agiter l'épouvantail transnistrien, il devrait rapidement dire adieu à une bonne partie des aides occidentales qu'il perçoit.
Nous avons tout tenté pour dissiper ces mythes sinistres que l'on colporte à notre sujet. Pendant des années, nous avons demandé à l'Union européenne et à l'OSCE, ainsi qu'aux dirigeants russes et ukrainiens, d'exercer une surveillance de nos frontières et de vérifier le fonctionnement de nos entreprises accusées de produire des armes. Depuis fin 2005, des observateurs de l'Union européenne inspectent la frontière entre la Transnistrie et l'Ukraine. Dans leurs rapports, il n'a jusqu'à présent jamais été fait mention de contrebande. En février 2006, une mission russo-ukrainienne a inspecté de nombreuses entreprises de Transnistrie. Conclusion de cette enquête : aucune arme n'est fabriquée dans notre pays. Nous nous réjouissons de ces rapports qui ne font que confirmer ce que nous disons depuis des années. Mais, comme je viens de le souligner, rien n'est plus difficile à détruire qu'une rumeur...


S. M. - Quelle était la signification du référendum que vous avez organisé le 17 septembre dernier ? Ce jour-là, les électeurs ont réaffirmé leur volonté de séparer la RMT de la Moldavie et ont répondu « oui » à la question « La RMT doit-elle tendre à intégrer la Fédération de Russie ? »...


I. S. - Il ne s'agissait pas seulement d'obtenir de la part de la population la confirmation que nous suivions la bonne direction. À mon sens, ce qui était en jeu, c'était la correction des frontières issues du démantèlement de l'Union soviétique. En 1991, il a été décidé que les quinze Républiques constitutives de l'Union allaient devenir indépendantes ; mais les frontières ainsi constituées n'étaient pas idéales, comme les événements l'ont démontré - ni en Transnistrie ni dans d'autres régions de l'ex-URSS.
Même si les résultats de ce scrutin n'ont pas été officiellement reconnus par la communauté internationale, ils auront une influence sur nos voisins : seul un homme politique amateur pourrait ne pas tenir compte de l'expression de la volonté de tout un peuple ! Enfin, je rappelle que le référendum est la forme suprême de la démocratie. En organisant ce vote, nous avons une nouvelle fois confirmé notre attachement aux valeurs démocratiques.


S. M. - Par ce référendum, la RMT a fait part de sa volonté d'intégrer la Fédération de Russie. Mais, pour l'heure, celle-ci n'a rien fait pour vous incorporer, sans doute de crainte de susciter de nouvelles tensions au sein de la CEI. Qu'allez-vous faire pour convaincre Moscou de changer d'attitude ?


I. S. - La Russie a déjà pris une décision très importante en signant avec la RMT un accord intergouvernemental portant sur une intégration complète dans les domaines de l'économie, de la culture, de l'éducation, etc. (8). Il reste à ratifier officiellement ce texte.


S. M. - Comment entendez-vous vous séparer définitivement de la Moldavie ?


I. S. - Je ne peux que répéter ce que j'ai déjà dit. En août 2001, le président Voronine a refusé une première fois de négocier avec nous. En 2003, au moment du Mémorandum Kozak, il a fait volte-face au dernier moment. Depuis des années, la Moldavie s'emploie à arracher à la RMT diverses concessions par l'intimidation et le blocus économique. Même la participation des États-Unis et de l'Union européenne au processus de paix n'a pas permis de relancer les négociations. Or l'expérience le montre : dans le monde entier, les négociations ne peuvent aboutir qu'à la condition que les deux parties s'assoient autour d'une table, discutent d'égal à égal et mettent leurs promesses en oeuvre. En revanche, la menace et la fourberie n'ont jamais rien amené de positif. Je suis certain que, tôt ou tard, les autorités de Chisinau reviendront à de meilleures intentions. Un jour, nous serons de bons voisins !

Notes :
(1) Pendant des siècles, la Moldavie a fait l'enjeu de luttes acharnées mettant aux prises l'Empire ottoman, l'Empire austro-hongrois, la Russie et la Roumanie. La Bessarabie - partie occidentale de la Moldavie - a appartenu à la Roumanie de 1918 à 1940. Mais l'URSS avait un oeil sur cette région. C'est pour cette raison que, dès 1924, le Kremlin a proclamé l'existence, au sein de la république soviétique d'Ukraine, d'une « république autonome socialiste soviétique de Moldavie » (RASSM). La RASSM, située à l'est du fleuve Dniestr, correspondait  à la Transnistrie actuelle. En 1940, dans le cadre du pacte Molotov-Ribbentrop, l'URSS annexe la Bessarabie. La Bessarabie et la RASSM sont alors fusionnées en une seule République soviétique socialiste (RSS) : la république de Moldavie. C'est ainsi que des peuples à l'histoire et à l'identité très différentes se retrouvèrent unis au sein d'une même entité territoriale. En 1941, les troupes allemandes en chassent les Soviétiques. Mais la région est reprise par l'Armée rouge en 1944 et la république de Moldavie est rétablie. Elle sera officiellement reconnue par la communauté internationale lors du Traité de Paris en 1947. Pendant quarante-sept ans, la Moldavie sera l'une des quinze RSS constitutives de l'URSS (avec la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, l'Azerbaïdjan, l'Arménie, la Géorgie, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et le Kirghizistan). Pendant toute cette période, la partie orientale - la Transnistrie, où vivent de nombreux Russes et Ukrainiens - est avantagée par le pouvoir de Moscou, même si elle n'est pas dotée d'un statut d'autonomie au sein de la RSS de Moldavie. C'est là que sont installées la plupart des usines, ce qui explique que, aujourd'hui encore, l'industrie transnistrienne tienne le choc, en dépit du statut non reconnu de la RMT.
(2) Le cas de la RMT n'est pas unique, puisqu'il existe, dans l'espace post-soviétique, trois autres États non reconnus : l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud (Géorgie) et le Haut-Karabakh (Azerbaïdjan). Ces quatre territoires n'aspirent qu'à une chose : remettre en cause le dogme de l'intangibilité des frontières issues du démantèlement de l'empire soviétique. Des quatre, la Transnistrie est la seule à posséder sa propre monnaie : le rouble transnistrien, en vigueur depuis 1994. Ses « consoeurs », elles, ont recours à la monnaie de leurs protecteurs respectifs : le rouble russe en Abkhazie et en Ossétie du Sud, le dram arménien au Haut Karabakh.
(3) Le mouvement « Obnovlenie » (Renouveau) a été officiellement enregistré en tant que parti politique en juin 2006. La base du parti - financé par la compagnie Shérif, qui possède un important réseau de supermarchés - est formée des cercles d'affaires de la RMT. Ces cercles réclament une plus grande libéralisation de l'économie transnistrienne: à leurs yeux, l'État exerce encore une influence trop importante sur le business. Dans le même temps, Obnovlenie ne s'oppose pas en tous points à la ligne du président Smirnov, puisque ce parti ne souhaite pas que la Transnistrie réintègre la Moldavie.
Lors des dernières élections législatives, Obnovlenie a battu le parti « Respublika », qui soutient Igor Smirnov. Son chef, Evguéni Chevtchouk, un diplômé en droit et en diplomatie né en 1968, se présente comme un « technocrate social-démocrate aux opinions européennes ».
(4) Même si tous les experts ne s'accordent pas sur ce point, il est généralement admis que la langue moldave est, en réalité, identique à la langue roumaine. Mais à l'époque soviétique, le Kremlin, désireux de souligner la spécificité de la Moldavie pour la distinguer de la Roumanie, a fait transcrire le moldave en caractères cyrilliques, alors que le roumain est transcrit en caractères latins. C'est ainsi que l'on a considéré que le moldave était une langue à part, distincte du roumain. Aujourd'hui encore, la Transnistrie transcrit le « moldave » en caractères cyrilliques, tandis que la Moldavie a adopté le roumain.
(5) Le 8 mai 1997, à Moscou, Igor Smirnov a signé avec les présidents moldave (Petru Lucinschi), russe (Boris Eltsine) et ukrainien (Léonid Koutchma) un « Mémorandum  sur les bases de la normalisation entre la république de Moldavie et la Transnistrie » ; le 20 mars 1998, à Odessa (Ukraine), il a paraphé, avec les mêmes hommes, un « Protocole sur les mesures de confiance et le développement de contacts entre la république de Moldavie et la Transnistrie » ; et le 16 juillet 1999, à Kiev, ces mêmes dirigeants ont co-signé une « Déclaration commune des participants à la réunion de Kiev sur les questions relatives à la normalisation des relations entre la république de Moldavie et la Transnistrie ». Tous ces textes ont été signés en présence de représentants de l'OSCE.
(6) Les dirigeants de la RMT dénoncent comme relevant d'un « blocus économique » la décision prise par l'Ukraine (en concertation avec Chisinau) de ne laisser entrer sur son territoire, via la frontière entre la Transnistrie et l'Ukraine, que les produits portant le cachet de la douane moldave - même quand il s'agit de produits fabriqués en Transnistrie.
(7) En 1991, après la déclaration d'indépendance de l'Ukraine, la Roumanie a fait part à Kiev de ses prétentions territoriales portant sur trois zones : l'île des Serpents, la Bucovine du Nord et l'embouchure du Danube. Plus tard, les deux États ont trouvé un accord aux termes duquel les questions de la Bucovine du Nord et de l'embouchure du Danube ont été retirées de l'ordre du jour. Mais le problème de l'île des Serpents reste pendant. Cette île minuscule a appartenu à la Roumanie avant d'être annexée par l'URSS en 1948, et incluse dans la république soviétique socialiste d'Ukraine. Bucarest désire la récupérer, mais Kiev ne l'entend pas de cette oreille. En 2004, la Roumanie s'est adressée à la Cour internationale de La Haye pour demander son arbitrage. La décision ne sera pas rendue avant 2008.
Par ailleurs, la Roumanie a officiellement fait part de son souhait de voir l'unification des « deux États roumains », à savoir la Roumanie elle-même et la Moldavie.  Mais Bucarest précise que ce souhait doit se réaliser via l'européanisation : l'union avec la Moldavie pourra se faire au sein de l'UE, quand cette dernière se sera élargie aux deux pays.
(8) Le 23 mai 2006, à Moscou, Igor Smirnov a signé avec le vice-premier ministre russe Alexandre Joukov un accord que l'on désigne parfois sous la formule de « Protocole Smirnov-Joukov ». Tiraspol présente cet accord comme une réponse au « blocus » ukraino-moldave (voir note (6)).