Intellectuel engagé, adhérent très actif du syndicat Solidarnosc dès les grandes grèves d'août 1980, Bronislaw Geremek est arrêté le 13 décembre de la même année lors de l'imposition de la loi martiale par le général Jaruzelski. Il passera deux ans derrière les barreaux des geôles communistes. Après l'effondrement du communisme dans les pays d'Europe de l'Est en 1989, il participe à la fondation de l'Union démocratique, puis devient ministre des Affaires étrangères en 1997, une fonction qu'il occupe avec passion jusqu'en 2000. Membre du parti communiste polonais de 1950 à 1968 (il le quitte cette année-là pour protester contre l'écrasement du Printemps de Prague), Bronislaw Geremek a été élu au Parlement européen en 2004 sur les listes de l'Union pour la liberté, un parti réformateur issu de Solidarnosc.Auteur, entre autres publications, de : La Potence ou la pitié : l'Europe et les pauvres du Moyen Âge à nos jours, Gallimard, 1987 ; La Rupture : la Pologne du communisme à la démocratie (avec Jacek Zakowski), Seuil, 1991 ; Passions communes (entretiens avec Georges Duby et Philippe Sainteny), Seuil, 1992 ; Les Fils de Caïn : pauvres et vagabonds dans la littérature européenne (XVe-XVIIe siècle), Flammarion, 1998 ; L'Historien et le politique (entretiens avec Juan Carlos Vidal), Noir sur Blanc, 1999 ; Kaléidoscope franco-polonais (ouvrage collectif), Noir sur Blanc, 2005.** Journaliste à l'Agence France-Presse, ancien directeur du Bureau de Varsovie. Auteur, entre autres publications, de : Tibet mort ou vif, Gallimard/Folio 1993 ; Le Choc Europe-Asie, Seuil, 1998 ; Cabu en Chine (pour les textes), Seuil, 2000 ; Japon, la fin d'une économie (avec Anne Garrigue), Gallimard-Le Monde/Folio, 2002 ; Cabu en Inde (pour les textes), Seuil, 2003.Les élections législatives et présidentielle de l'automne 2005 ont ouvert un chapitre mouvementé de la vie politique polonaise avec l'arrivée au sommet de l'État du président Lech Kaczynski, suivie en juillet 2006 de la nomination de son frère jumeau Jaroslaw au poste de premier ministre. Depuis, ce tandem gouverne et mène une politique très conservatrice. Celle-ci s'appuie sur une coalition  bancale, constituée du parti conservateur Droit et Justice (PiS), des populistes du parti Autodéfense (Samoobrona) et de la formation d'extrême droite ultra-catholique, la Ligue des familles polonaises (LPR).En face, de nombreux hommes politiques et intellectuels de l'opposition ou de la société civile ont pris la tête d'un mouvement de fronde qui ne cesse de s'étendre. Parmi eux, les anciens présidents Lech Walesa et Aleksander Kwasniewski, le premier estimant que les frères Kaczynski ont « trahi l'idéal » du syndicat libre Solidarnosc.
Dans les rangs de ce mouvement figure également Bronislaw Geremek, l'ancienne figure de proue de Solidarnosc. Intellectuel engagé, conscience politique respectée dans son pays, il est aussi considéré comme l'un des principaux artisans des transformations démocratiques qui, en 1989, ont conduit à la chute du communisme en Pologne. Dix-huit ans plus tard, il condamne un régime autoritaire dont, estime-t-il, les dérives font courir des dangers à la démocratie polonaise.
L'un des volets les plus critiqués de la politique des jumeaux est un vaste programme dit de « lustration », terme d'origine latine (lustratia, purification) utilisé en Pologne pour désigner l'épuration des anciens agents des services de renseignement de la police politique communiste et de leurs informateurs de l'époque. Une loi, adoptée en novembre 2006 par un Parlement majoritairement acquis au tandem Kaczynski, entrée en vigueur le 15 mars 2007, concernait quelque 700 000 personnes : les responsables politiques, les professeurs d'université, les directeurs d'école, les magistrats, avocats et notaires, les gestionnaires d'entreprises d'État et les journalistes. Ceux-ci devaient déclarer par écrit avant le 15 mai 2007 toute collaboration avec la police secrète communiste à l'Institut de la mémoire nationale (IPN), au risque de sanctions allant jusqu'à l'interdiction d'exercer leur profession pendant une période de dix ans. L'IPN devait ensuite vérifier ces déclarations et tout mensonge aurait été puni de la même peine. Mais la Cour constitutionnelle polonaise a invalidé, en date du 11 mai, une série d'articles majeurs du texte de loi. Cet arrêt a rendu cette loi inapplicable dans les faits et caduques toutes les sanctions qui auraient pu être prises. Avant même le jugement de la Cour constitutionnelle, Bronislaw Geremek avait annoncé publiquement sa décision de ne pas se soumettre à la loi, encourant ainsi la perte de son mandat d'eurodéputé. Le premier ministre Jaroslaw Kaczynski a, depuis, annoncé qu'il comptait préparer une nouvelle loi sur la décommunisation.
D'autres ombres planent sur l'action des frères Kaczynski, notamment le rôle de la Pologne au sein de l'Union européenne et ses relations fréquemment tendues avec la Commission de Bruxelles. Il est vrai que les sujets de friction ne manquent pas : les discussions sur le nouveau traité européen ; la négociation d'un accord énergétique entre l'Union européenne et la Russie ; les droits des homosexuels ; l'installation sur le sol polonais d'une partie du bouclier antimissile américain.
Sur toutes ces questions, Bronislaw Geremek, en homme libre qui entend le rester, s'exprime sans détour.