POLITIQUE INTERNATIONALE N° 104 - ÉtÉ 2004

Al-qaeda : le holding et ses filiales

Article de ╔ric DenÚcÚ
Directeur du Centre franšais de recherche sur le renseignement (CF2R)


Depuis le 11 septembre 2001, le terrorisme islamiste d'inspiration wahhabite ne cesse d'évoluer et de proliférer de manière préoccupante, même s'il n'est pas parvenu à reproduire des actions de l'ampleur de celles de New York et de Washington. Il s'agit d'un terrorisme d'un genre totalement nouveau. Son fanatisme, son organisation et ses modes d'action posent de nombreux problèmes aux forces de sécurité des pays du monde entier.
Al-Qaeda : une réalité complexe
L'entité terroriste que la presse désigne, par commodité, du terme Al-Qaeda est la première organisation terroriste non gouvernementale (OTNG), transnationale et autosuffisante. Elle ne dépend d'aucun État et personne n'a de pouvoir sur elle. Aucun autre mouvement terroriste ne peut se targuer d'une telle indépendance, d'une telle autonomie financière, ni d'une telle capacité d'action (1). C'est l'organisation d'un homme qui a mis sa fortune au service d'une cause et qui a fédéré de multiples mouvements djihadistes. Grâce à l'action d'Oussama Ben Laden, le terrorisme arabe est devenu une très efficace structure virtuelle. Son fonctionnement n'a rien de comparable avec les cartels de la drogue d'Amérique du Sud ou les mouvements terroristes proche-orientaux, qui disposent tous d'une base territoriale ou d'un appui étatique. À l'image d'Internet, Al-Qaeda est un regroupement de cellules, sans centre de décision, sans aucune organisation hiérarchique ni formelle (2).
Avec Al-Qaeda, la menace islamiste a radicalement changé de nature : elle est plus protéiforme, plus éclatée et plus mondiale. Ses réseaux opèrent dans plus de 60 pays. Autrement dit, 80 % du " réseau des réseaux terroristes " se trouvent hors d'Afghanistan, son berceau d'origine. Le nombre total d'" Afghans arabes " recensés dans le seul Moyen-Orient varie, selon les sources, de 15 000 à 25 000. On estimait initialement qu'Al-Qaeda rassemblait des factions divisées, voire rivales. Aujourd'hui, les facteurs unitaires apparaissent au contraire de plus en plus puissants et l'on observe un rapprochement entre des mouvements qui opéraient auparavant indépendamment les uns des autres. Les liens humains se sont renforcés dans l'adversité, et l'existence d'un ennemi commun s'est révélée rassembleuse.
Al-Qaeda est une structure complexe. Elle se compose, d'une part, de l'organisation propre d'Oussama Ben Laden et, d'autre part, de nombreux groupes terroristes, unis par une culture commune du djihad et fortement enracinés dans leurs pays respectifs (Maghreb, Afrique, Moyen-Orient, Extrême-Orient, etc.).
En février 1989, Ben Laden créa d'abord le Comité du djihad, structure de coordination qui regroupait diverses organisations fondamentalistes sunnites : Gama'a al Islamiya égyptien, Djihad yéménite, Al-Hadith pakistanais, Ligue des partisans libanais, Gama'a al Islamiya libyen, Bait al-Imam jordanien et GIA algérien. Puis, en 1998, il mit en place son " internationale " du djihad : le Front islamique mondial pour le djihad contre les Juifs et les Croisés, qui réunit les organisations précédentes auxquelles vinrent s'agréger le Djihad égyptien, le Jamiat Ulema-e-Pakistan, l'Ansar et le Djihad bangladeshi, ainsi que le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) de l'Algérien Hassan Hattab.
Au cours des quinze dernières années, de nombreux autres mouvements armés se sont progressivement affiliés à Al-Qaeda, tout en conservant leur stricte autonomie d'action. En réalité, Al-Qaeda fonctionne comme une " holding " terroriste : elle définit la stratégie, désigne les cibles et propose à chacun des fonds, des stages de formation ou un soutien logistique. Ben Laden n'a jamais exercé un commandement hiérarchique centralisé sur le réseau et ne dirige pas les opérations des divers groupes. Tous ceux qui voient sa main derrière les actes terroristes qui se multiplient s'égarent. Les différentes composantes sont libres de frapper où elles le veulent les impies condamnés par le leader wahhabite. La polarisation sur la personne de Ben Laden dissimule le véritable centre de décision d'Al-Qaeda : des individus comme l'Égyptien Ayman Al-Zawahiri, le Jordanien Moussab Al-Zarqaoui ou Saif Al-Adel, ex-colonel des forces spéciales égyptiennes réfugié en Iran, jouent un rôle majeur au sein de l'organisation.
Les modes opératoires de cette nébuleuse terroriste commencent à être intelligibles, malgré des efforts évidents pour brouiller les pistes. La stratégie d'Al-Qaeda s'organise en trois niveaux distincts :
- le premier est celui des spécialistes chevronnés, capables d'imaginer, de concevoir, de planifier et de réaliser des actions d'envergure n'importe où dans le monde. Ces professionnels sont peu nombreux, mais ils sont déterminés à commettre de nouveaux attentats destinés à marquer encore plus les esprits que ceux du 11 septembre 2001 ;
- le deuxième est celui des mouvements armés du réseau Al-Qaeda, dont l'existence est antérieure à l'émergence de la dynamique Ben Laden et qui disposent de solides assises locales ou régionales. C'est le cas de l'Armée de libération d'Aden, de la Gama'a al Islamiya en Indonésie et de Abou Sayyaf aux Philippines. Ces groupes sont fortement enracinés dans leurs pays respectifs et puisent leurs motivations à la fois dans des revendications internationales et des frustrations locales. Ils sont chargés de conduire des actions de portée intermédiaire sur leurs théâtres d'opérations traditionnels ;
- le troisième recouvre l'ensemble des groupuscules isolés et échappant à tout contrôle - y compris celui d'Al-Qaeda. Dangereux car amateurs et imprévisibles, à l'exemple de Richard Reed ou d'autres cellules récemment démantelées en Europe et en Asie, ils contribuent à entretenir une insécurité permanente en tout lieu et à distraire l'attention et les moyens des services de sécurité vers des acteurs secondaires. Mais ils peuvent aussi atteindre leur cible et provoquer des pertes humaines énormes, comme à Madrid, en mars 2004.
Ce qui est nouveau avec le terrorisme d'Al-Qaeda en Europe, c'est l'implication de " nationaux " dans les attentats. Cela ne fut jamais le cas lors des vagues précédentes du terrorisme arabe (années 1980) où Libanais, Iraniens, Syriens et Palestiniens venaient commettre des actions sur notre sol puis repartaient chez eux. Aujourd'hui, de véritables réseaux opérationnels, implantés au cœur de nos cités, composés d'individus issus de l'immigration nord-africaine mais aussi de Français de souche et d'Antillais convertis à l'islamisme, sont impliqués dans des actes de terrorisme. Ces hommes ont été formés en Bosnie, en Tchétchénie ou en Afghanistan. Nos villes modernes, grâce à l'anonymat qu'elles permettent, sont devenues, autant que les montagnes afghanes et tchétchènes ou les mégalopoles du tiers-monde, les nouveaux sanctuaires du terrorisme.
Force est de reconnaître l'originalité et l'efficacité de cette architecture complexe, de ce maillage international de la terreur, qui confère à cet agrégat de mouvements et de groupuscules l'allure d'un protoplasme. Quoi qu'on en pense, les terroristes doivent être considérés comme des hommes " intelligents " ou plus exactement comme des hommes doués d'une certaine intelligence, qu'ils mettent au service de la haine et de la destruction.
Grâce au succès de la lutte antiterroriste, le système d'impulsion et de coordination institué par le Saoudien semble être aujourd'hui fortement désorganisé. En revanche, les entités du second cercle, celles qui, du Maroc aux Philippines, sont implantées localement, au cœur de la population, ont été peu touchées. Ce sont elles qui sont à l'origine des attentats en Arabie saoudite, au Maroc, en Turquie et en Espagne. Ces groupes ont pu recruter de manière massive, notamment à l'occasion de la récente guerre en Irak qui pousse à son paroxysme l'exaspération du monde arabe contre le diktat américain, bien que les liens entre Saddam Hussein et le terrorisme wahhabite soient inexistants. Certes, le niveau des nouvelles recrues n'est pas comparable à celui des mukhs - les cerveaux - d'Al-Qaeda qui sont probablement les seuls à pouvoir organiser des opérations de l'envergure du 11 septembre. Mais un niveau de formation tout à fait élémentaire suffit pour perpétrer les carnages qui endeuillent régulièrement le monde.
Particularité inédite : ces actions criminelles visent autant les régimes arabes (Jordanie, Maroc, Arabie saoudite, etc.) - qui ont, bon gré mal gré, collaboré à la traque antiterroriste - que les États-Unis et, plus largement, les intérêts occidentaux. Cependant, les victimes se comptent majoritairement dans les populations locales. La nature des attentats traduit une nette évolution du terrorisme vers des actions du type de celles que conduisent les Frères musulmans, qui n'hésitent pas à frapper leurs coreligionnaires.
Enfin, depuis le 11 septembre et le déclenchement de la lutte internationale contre les réseaux de financement d'Al-Qaeda, on assiste à la criminalisation croissante des activités de la nébuleuse islamiste. Pour subvenir à ses besoins et financer le djihad anti-occidental, celle-ci ne se contente plus de la manne du milliardaire saoudien. De nouvelles activités économiques illégales ont été mises en place : ONG détournées de leur finalité humanitaire, entreprises " écrans ", contrefaçon, enlèvements et demandes de rançon, piraterie, mais surtout trafic de stupéfiants et blanchiment de l'argent de la drogue. Dans une interview récente au Figaro, Pierre de Bousquet de Florian, le directeur de la DST, décrit le management moderne d'un groupe comme Al-Qaeda : " Ils sont en large partie autonomes sur le plan financier : ils subsistent grâce à la délinquance, aux braquages, à la reproduction des cartes de crédit, voire - on en a un exemple assez récent - à la contrefaçon de vêtements de marque. " Les services de police ont désormais affaire à des structures fonctionnant comme les mafias, c'est-à-dire combinant des actions légales (zakat, awala) et des activités criminelles. Ce qui fait la grande force et le succès d'Al-Qaeda, c'est ce mode de fonctionnement moderne, calqué sur celui d'une entreprise internationale.
La stratégie d'Al-Qaeda
Les actions de la nébuleuse terroriste se réclamant d'Oussama Ben Laden sont moins désordonnées qu'il n'y paraît. À travers la multiplication des attentats, de nombreux éléments permettent de décrypter la stratégie djihadiste.
- premièrement, l'organisation Al-Qaeda veut faire savoir qu'il lui est possible de frapper n'importe où dès lors qu'elle le décide : après les attentats du 11 septembre sur le continent nord-américain (New York et Washington), elle s'en est prise à l'Afrique (Djerba, Mombasa), au Moyen-Orient (Koweït, Aden, Riyad), à l'Asie du Sud-Est (Bali, Djakarta) et à l'Europe (Istanbul, Madrid) ;
- deuxièmement, il n'est pas de milieu dans lequel Al-Qaeda ne puisse opérer : dans les airs (New York, Washington et la tentative malheureuse de Richard Reed, l'homme à la chaussure bourrée d'explosifs), sur mer (Aden) et, bien sûr, sur terre (Djerba, Karachi, Koweït, Bali, etc.) ;
- troisièmement, Al-Qaeda annonce qu'aucun des secteurs économiques qui fondent la prospérité des pays occidentaux ou occidentalisés ne sera épargné : la finance internationale (World Trade Center, banque britannique à Istanbul), le transport aérien, les grands contrats d'armement (DCN au Pakistan), le transport maritime du pétrole (Limbourg), les chemins de fer (Madrid) ou le tourisme (Djerba, Bali). Tous les acteurs occidentaux ont été atteints à un moment ou à un autre : Américains, Européens - notamment Espagnols et Britanniques, mais aussi Français et Allemands - et Australiens (3).
De nouveaux modes opératoires s'esquissent. Les terroristes pratiquent désormais des attentats " en rafales ", frappant plusieurs fois, dans un laps de temps très court, un même pays. Cela a été le cas le 11 septembre 2001 tout comme à Bali en octobre 2002, mais aussi en Arabie saoudite en mai 2003 (trois attaques en moins de dix jours), en Turquie (deux attentats en cinq jours) et à Madrid (une dizaine d'explosions simultanées). Faut-il y voir un pied de nez aux autorités policières ? Ou la volonté de terroriser les populations ? L'avenir le dira peut-être.
Dans la stratégie d'Al-Qaeda, le facteur médiatique occupe une place primordiale. Le 11 septembre 2001 est le premier attentat réalisé en direct sous les yeux ébahis de l'opinion publique occidentale. Une telle démarche ne relève pas du hasard, mais du choix délibéré de retourner contre l'Occident, en même temps que ses avions, l'une de ses armes favorites : la télévision (4). Le type d'action choisi par Ben Laden correspond aux critères de l'émotion télévisuelle : synchronisation des événements, images chocs, correspondances précises avec des scénarios de films catastrophes, etc. Pour les terroristes, toute action fortement médiatisée, même si elle n'est qu'une demi-réussite opérationnelle, représente un succès politique majeur.
La poursuite des attentats terroristes, plus qu'une hypothèse, est aujourd'hui une certitude. Al-Qaeda veut restructurer l'ordre mondial, établir le gouvernement d'un nouveau califat dans le monde arabe (sur le modèle wahhabite) et protéger les sociétés musulmanes de l'influence occidentale. Ses combattants sont mus par la détestation de ce que nous sommes : chrétiens, démocrates et développés. C'est pourquoi il n'y a rien à négocier avec eux.
L'inquiétante prolifération d'Al-Qaeda
En planifiant les attentats du 11 septembre, Ben Laden et les Talibans savaient que la riposte américaine serait impitoyable. Sachant que leurs sanctuaires seraient visés, ils avaient pensé dès l'origine à continuer la lutte selon un mode très décentralisé. Les groupes structurés d'Afghanistan se sont dispersés en petites cellules autonomes de quelques individus. Leur taille, leur indépendance et leur fanatisme rendent plus difficile leur élimination. Le coup de pied dans la fourmilière afghane s'est ainsi traduit par une dissémination des terroristes de toutes nationalités et par la diffusion du djihad dans le monde entier.
La " mise en réseau " des djihadistes initiée par Ben Laden fonctionne désormais parfaitement. Les terroristes n'hésitent pas à franchir les frontières pour s'entraider. Par exemple, Willie Brigitte, un Français originaire des Antilles et converti à l'islam, a été récemment interpellé en Australie où il formait des opérateurs locaux au maniement d'explosifs en vue d'attentats. La CIA estime que 70 000 à 120 000 volontaires appartenant à quarante nationalités différentes ont suivi un entraînement dans les camps d'Al-Qaeda en Afghanistan. Ce chiffre donne une idée de l'ampleur du problème et des connexions qui se sont établies entre les multiples mouvements djihadistes sunnites. Mais, malgré cette flambée tous azimuts du terrorisme islamique, ce sont l'Arabie saoudite et le Pakistan qui en demeurent, depuis 2001, les principaux foyers. Parallèlement, on observe la préoccupante montée en puissance de l'islamisme malais.
Arabie saoudite
Par leurs actions souterraines, les Saoudiens ont largement contribué à la situation actuelle. N'oublions pas que c'est dans les institutions financées par Riyad qu'a été inculquée à des milliers de musulmans la haine de l'Occident. Depuis des années, du Pakistan à Londres et du Liban à l'Indonésie, des religieux saoudiens expliquent aux islamistes qu'il est honorable de mourir en tuant des Américains. À l'évidence, le but était d'acheter la paix à l'intérieur du royaume et d'orienter la contestation à l'étranger. On se demande comment les États-Unis ont pu faire preuve d'un tel aveuglement (5). À partir de septembre 2001 et à mesure que le rôle joué par l'Arabie saoudite dans le soutien aux islamistes se précisait, les relations entre les deux pays se sont tendues. Le nouveau chef des services de renseignement saoudiens (GIS), le prince Nawaf Ben Abdulaziz, aurait même rejeté une requête américaine lui demandant d'enquêter sur des membres de son service soupçonnés d'avoir des liens avec Al-Qaeda. Il aurait également refusé de coopérer avec la CIA pour rechercher d'éventuelles connexions entre l'Irak et des organisations saoudiennes salafistes suspectées de collaboration avec Al-Qaeda (6).
Il a fallu attendre les attentats du 12 mai 2003, qui ont fait 35 morts, pour que la coopération soit relancée. Jusqu'à cette date, le régime saoudien n'avait jamais réagi car il avait trouvé un terrain d'entente avec les terroristes : " Nous vous finançons, mais vous ne commettez aucune action de déstabilisation dans le royaume. " Depuis, les autorités ont déclenché plus d'une centaine d'opérations contre Al-Qaeda au cours desquelles plus de 200 personnes ont été arrêtées. Mais ces arrestations révèlent une autre réalité : l'organisation terroriste est désormais parvenue à infiltrer les forces de sécurité saoudiennes. La multiplication des attentats contre le régime (immeuble de la police) ou contre les intérêts occidentaux (compagnies pétrolières) en est l'inquiétante illustration (7).
Le royaume a interdit aux organisations de charité saoudiennes d'envoyer de l'argent à l'étranger sans autorisation gouvernementale. Il a gelé 5,7 millions de dollars sur des comptes bancaires suspectés d'appartenir à des proches des terroristes et a limité les activités de plus d'une douzaine d'ONG islamiques très controversées. En remerciement, les États-Unis ont libéré, en mai 2002, plus d'une centaine de ressortissants saoudiens détenus à Guantanamo. De même, les 28 pages qui traitaient de l'Arabie saoudite ont été censurées dans la version publique du rapport du Congrès sur les attentats du 11 septembre. Aux yeux de Washington, le régime actuel est un moindre mal par rapport à ce qui pourrait advenir s'il était renversé. Toutefois, tant que le régime saoudien n'aura pas renoncé au wahhabisme, il demeurera le principal foyer du terrorisme et restera un danger pour l'Occident.
Pakistan
Après la chute du régime taliban, le Pakistan est devenu un véritable sanctuaire pour les terroristes venus d'Afghanistan. L'état-major d'Al-Qaeda a trouvé refuge dans les zones tribales, un no man's land sur lequel Islamabad n'a jamais réellement établi son contrôle. Sous la pression des Américains, les Pakistanais se sont résignés à y intervenir avec l'appui de certaines tribus qu'ils ont achetées. Mais la population locale est mécontente de l'intrusion de non-Pachtounes dans son univers et considère que le régime est aux ordres de Washington. La situation au Cachemire est similaire, et il faut craindre que cette zone, difficilement accessible, ne devienne également un repaire de terroristes en tout genre et une source permanente de tensions le long de la ligne de contrôle entre l'Inde et le Pakistan. Le ressentiment nationaliste touche aujourd'hui l'ensemble de la population pakistanaise qui accepte difficilement de voir l'armée américaine et le FBI opérer ouvertement sur son territoire. Pervez Musharraf compte des ennemis à l'intérieur même de son état-major : de nombreux complots visant à l'assassiner ont été déjoués, et il a été la cible d'au moins trois attentats. Le risque qu'il soit renversé par d'autres militaires, plus proches des islamistes, ne doit pas être exclu. Or les effets d'un remplacement de Musharraf par un sympathisant du fondamentalisme comme le général Mohammed Aziz seraient désastreux. En tant que chef de l'Inter Services Intelligence (ISI), c'est lui qui a mis sur pied le Harekat-ul-Mujahidin - un mouvement lié à Al-Qaeda - afin de déstabiliser le Cachemire indien.
Au Pakistan, les services secrets, dont la priorité était d'éviter que leur pays ne se retrouve pris en tenaille entre deux États hostiles (Inde et Afghanistan), pensaient pouvoir maîtriser Al-Qaeda et retourner les mouvements islamistes contre New Delhi. Avant le 11 septembre, le général Musharraf a toujours eu une attitude très ambiguë : à l'extérieur, il utilisait ces groupes dans le cadre d'une stratégie d'influence (Afghanistan) ou de déstabilisation (Cachemire) ; à l'intérieur, il percevait l'islamisme comme une menace et luttait pour minimiser son poids dans l'appareil d'État comme dans la vie publique. S'il a pu jouer aussi longtemps sur les deux tableaux, c'est grâce à ses services de renseignement qui, des années durant, ont soutenu les organisations séparatistes et islamistes.
Mais, depuis les attentats, cette politique n'est plus possible. A fortiori depuis le 13 décembre 2001, lorsqu'un groupe islamiste du Cachemire a attaqué le Parlement indien, provoquant pendant quelques jours une tension extrême entre les deux pays. Le général Musharraf a dû se résoudre à des décisions fermes : mise hors la loi de plusieurs mouvements ; contrôle renforcé des madrasas - obligation leur étant faite de déclarer à l'administration tout étranger venant y étudier ; surveillance accrue de certains leaders religieux, etc. Dans son discours du 12 janvier 2002, Musharraf a annoncé la dissolution de cinq mouvements islamistes. Quelque 650 bureaux ont été fermés et 2 000 personnes arrêtées. Mais cette opération n'a été que de la poudre aux yeux. Prévenus à temps, les terroristes recherchés se sont évanouis dans la clandestinité. Il en va de même pour la majorité des opérations menées dans les zones tribales, refuge de Ben Laden et d'Al-Zawahiri.
L'adhésion du Pakistan à la guerre contre le terrorisme semble plus formelle que réelle et traduit davantage l'engagement personnel de Musharraf qu'un brusque revirement de l'armée pakistanaise ou de l'ISI qui la noyaute. Le général-président saura-t-il dissuader les agents de l'État, en particulier des services de renseignement, de continuer à collaborer avec ces groupes intégristes ? C'est la grande inconnue des prochains mois. La reprise en main de l'ISI s'avère, en tout cas, délicate et risquée. Des têtes sont déjà tombées au plus haut niveau - y compris parmi celles qui avaient porté Musharraf au pouvoir - mais la purge est insuffisante. Il faut désormais s'attaquer aux échelons intermédiaires et locaux.
La montée en puissance de l'islamisme malais
Au chapitre des nouveaux dangers, les mouvements islamistes d'Asie du Sud-Est figurent en bonne place. Cet espace, qui compte plus de deux cents millions de musulmans répartis entre l'Indonésie, la Malaysia, les Philippines et Brunei - mais aussi la Thaïlande et le Cambodge - est l'une des régions du monde où les islamistes sont les plus actifs. Certains militent pour instaurer des régimes islamiques (Malaysia, Indonésie) ; d'autres revendiquent leur autonomie sur des bases régionales (Aceh, Moluques, Mindanao). Leur activisme a été régénéré par le phénomène Ben Laden et renforcé par l'accueil de nombreux combattants ayant fui l'Afghanistan lors de l'intervention américaine. Il est surtout favorisé par la configuration géographique de la région (zones difficiles d'accès, multiplicité d'îles et d'archipels) qui facilite le développement d'entités criminelles ou terroristes.
Ainsi, l'Asie du Sud-Est est devenue, depuis octobre 2002, l'un des bastions du terrorisme sunnite anti-chrétien et anti-occidental. Les régimes politiques locaux, plus ou moins laïques (Indonésie), chrétiens (Philippines) ou bouddhistes (Thaïlande) ont de plus en plus de mal à les contenir. Très vite, les États-Unis ont compris à quel point la situation était critique. Dès la fin 2001, leurs troupes ont été engagées aux côtés des forces de Manille pour les aider dans la lutte contre les mouvements islamiques armés, notamment le plus virulent, Abu Sayyaf. Mais c'est l'Indonésie, premier pays musulman du monde, gardienne des détroits de l'Insulinde, qui suscite le plus d'inquiétudes. Les
hypothèses d'actions terroristes en mer, visant à perturber le trafic maritime péri-asiatique, sont prises très au sérieux par les Occidentaux.
Succès et limites de la lutte antiterroriste
Si l'organisation transnationale mise en place par Ben Laden est restée étonnamment discrète au cours des trente derniers mois, c'est parce que les actions intentées contre elle ont été en général couronnées de succès. Depuis octobre 2001, grâce à la coopération sans précédent des services de sécurité et des polices du monde entier - sous l'impulsion ou sous la contrainte américaine -, le mouvement du milliardaire saoudien semble avoir été en grande partie démantelé. Selon Washington, près de 4 000 de ses membres auraient été appréhendés ou éliminés. Al-Qaeda s'est ainsi révélée incapable de frapper une nouvelle fois les États-Unis, que ce soit à la date anniversaire des attentats de New York et de Washington, lors des cérémonies du 4 juillet, des fêtes de fin d'année (dates symboles et concentrations de foules) ou au moment de l'intervention américano-britannique en Irak (8).
Au Pakistan, des opérations de police ont permis l'arrestation de plusieurs membres d'Al-Qaeda, parmi lesquels l'un des responsables des attentats de 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam ainsi que des auteurs présumés des attentats de Karachi - de mai 2002 (contre la DCN) et juin 2002 (contre le consulat américain). Mais c'est la capture du Yéménite Ramzi Binalshibh, le 11 septembre 2002 à Karachi, qui est la plus significative. Considéré comme l'un des cerveaux du 11 septembre, Binalshibh a été pris en compagnie de dix autres terroristes, à l'issue de trois heures d'affrontements avec les forces spéciales de la police pakistanaise.
La multiplication des attentats ne doit donc pas occulter les réussites de la lutte antiterroriste engagée depuis deux ans. D'abord, la campagne d'Afghanistan a empêché Al-Qaeda de former de nouveaux combattants dans ses camps d'entraînement et de poursuivre l'expérimentation d'armes chimiques. Ensuite, les interrogatoires des prisonniers ont permis d'obtenir une grande quantité d'informations, car même les djihadistes les plus endurcis ont parlé. Ces renseignements essentiels ont été exploités très rapidement (démantèlement de cellules, élimina-
tion de terroristes) et ont permis de porter des coups extrêmement sévères à l'organisation de Ben Laden. Enfin, le renforcement de la sécurité dans les pays occidentaux et dans les transports internationaux, ainsi que le contrôle accru des flux financiers planétaires, ont limité la marge d'action des terroristes.
Les succès obtenus depuis deux ans sont réels ; ils n'ont cependant atteint que le noyau dur d'Al-Qaeda, celui qui a organisé la quasi-totalité des attentats du début des années 1990 à 2001. Or, dès le lendemain du 11 septembre, le mouvement dirigé par Ben Laden avait déjà transmis le relais aux unités dites du " second cercle ", c'est-à-dire aux groupes terroristes islamistes qui, du Maroc à l'Indonésie, de la Turquie à l'Arabie saoudite, passent aujourd'hui à l'action.
Mais l'effacement momentané ou durable d'Al-Qaeda, s'il se confirme, est porteur de deux bonnes nouvelles : d'une part, nous ne luttons plus a priori contre un mouvement virtuel, transnational, mais contre des groupes armés disposant d'une base territoriale, plus facilement réductibles. D'autre part, ces mouvements semblent moins à l'aise lorsqu'il s'agit d'opérer loin de leurs bases, notamment en Occident. En revanche, les mauvaises nouvelles demeurent nombreuses :
- nous sommes confrontés à un phénomène qui touche l'ensemble du monde musulman et qui s'y enracine profondément ;
- les attentats affectent durement les activités économiques locales, mais aussi occidentales : tourisme, transport, voyages d'affaires, implantations et investissements à l'étranger ;
- ils provoquent l'affaiblissement des régimes en place, qui sont directement menacés par la montée en puissance de l'islamisme ;
- enfin, l'exportation de ce terrorisme est toujours possible. Nous ne sommes donc nullement à l'abri d'une nouvelle campagne d'attentats en Occident.
Malgré les résultats de la lutte antiterroriste et les très importants moyens engagés contre ce fléau, celui-ci continue de prospérer. Depuis le début de la riposte américaine, en octobre 2001, Al-Qaeda n'a pas modifié sa ligne. Son objectif demeure la déstabilisation des régimes arabes " impies " et du monde occidental qui les soutient. Le FBI est convaincu que Ben Laden et son entourage préparent un second 11 septembre sur le sol américain, une action encore plus spectaculaire et meurtrière qui laisserait aux États-Unis une cicatrice indélébile.
Face à cette stratégie de la terreur, quelles sont les perspectives de la lutte antiterroriste ? Ne peut-on donc rien faire pour empêcher les attentats ? Les spécialistes savent qu'il existe un certain nombre de cas de figure - certes infime - contre lesquels il est impossible de se protéger, car la sécurité à 100 % n'existe pas. Certes, des parades sont envisageables, mais la probabilité d'occurrence de certains événements est tellement faible qu'elle ne saurait justifier le coût des mesures de sécurité nécessaires. On ne peut pas installer des missiles antiaériens et des radars partout, ni placer un policier derrière chaque citoyen.
Les terroristes tirent avantage d'une asymétrie naturelle qui favorise leurs actions : les États qui cherchent à se prémunir contre une attaque doivent protéger la totalité de leurs points sensibles et l'ensemble de leur population, partout et en tout temps. Au contraire, les terroristes sont des agresseurs inventifs. Ils frappent d'abord là où ils le peuvent, c'est-à-dire là où ils ont détecté une faille dans le dispositif de sécurité adverse. Les États-Unis ont fait l'amer apprentissage de cette règle avec les attentats de 1998 au Kenya et en Tanzanie. Faiblement défendues, leurs ambassades ont été la cible d'une action d'Al-Qaeda que rien ne laissait prévoir. Paradoxalement, le renforcement de la sécurité des prochains Jeux olympiques d'Athènes ne constitue pas une garantie absolue. C'est une occasion idéale pour les terroristes de semer la mort, en Grèce ou n'importe où dans le monde.
Face à cette mutation du terrorisme islamique, la lutte se complique. Si le gel des fonds de Ben Laden a porté ses fruits dans la traque d'Al-Qaeda, la surveillance des flux financiers ne suffit plus. Les groupes armés implantés dans le tiers-monde n'ont pas besoin de sommes d'argent importantes pour organiser leurs méfaits. Ils se déplacent peu, puisent leur légitimité dans l'exaspération provoquée par la politique américaine au Moyen-Orient, et bénéficient d'un fort soutien populaire. Face à cette situation, les services occidentaux ne peuvent agir aussi efficacement que contre le mouvement transnational de Ben Laden. Une grande partie de l'issue de la lutte repose désormais sur les polices et les services de sécurité locaux, dans des pays où les terroristes sont comme des " poissons dans l'eau " au sein de leur environnement.
La lutte contre le terrorisme doit nécessairement prendre des formes multiples. Forces de sécurité, unités militaires et services de renseignement vont devoir s'adapter à ce nouveau contexte. Le renforcement des mesures de protection apparaît indispensable, mais ne résoudra pas à lui seul le problème. C'est en premier lieu par le renseignement - intérieur et extérieur, humain et technique - et la coopération internationale qu'il est possible de combattre ces mouvements, dans une guerre de l'ombre sans merci, qui exige des approches originales et des moyens considérables.
Mais le renseignement lui-même est confronté à certaines limites opérationnelles. Il est ainsi extrêmement difficile de pénétrer les mouvements wahhabites, qu'il s'agisse d'infiltrer un agent ou de retourner un cadre. Cela ne peut se faire qu'à long terme et avec des chances de succès aléatoires. De plus, rien n'est plus compliqué que de lutter contre un mouvement qui n'a ni territoire ni base arrière, dépourvu de centre de commandement et entièrement décentralisé. Pour détruire un réseau comme celui de Ben Laden, il faut frapper simultanément plusieurs objectifs :
- ses circuits financiers, en bloquant ses comptes et ses mouvements de fonds ;
- ses sources de revenus, notamment les " plantations " de drogue qui servent au financement de son organisation (l'Afghanistan est redevenu un narco-État) ;
- les États qui le soutiennent, si leur implication est avérée ;
- les rares centres névralgiques de l'organisation : état-major, camps d'entraînement, résidence des décideurs, etc. ;
- les quelques experts des opérations clandestines qui animent et structurent le mouvement. Ces spécialistes sont le maillon essentiel du dispositif. Très souvent, ils sont connus des services occidentaux. Ce qui ne veut pas dire qu'ils soient faciles à localiser, à suivre et à capturer ;
- ses cadres intermédiaires : leur élimination physique prive le mouvement de ses véritables rouages opérationnels et coupe la base de ses dirigeants. En revanche, l'assassinat des leaders les transforme systématiquement en martyrs et entraîne un phénomène de radicalisation.
Une autre méthode consiste à attiser les dissensions et les suspicions au sein de ces mouvements paranoïaques, dans l'espoir qu'ils s'auto-détruisent. C'est ce que fit avec succès le service Action du SDECE dans sa lutte contre le FLN. C'est également ce que font les Algériens contre les GIA. Mais cette décomposition n'est pas sans risques : dos au mur, les groupuscules visés se mettent à tuer n'importe qui, femmes, enfants, vieillards. On déplore, chaque semaine, des dizaines de morts en Algérie.
Il faudra également recourir plus souvent aux opérations spéciales de contre-terrorisme et aux actions clandestines violentes. Aux États-Unis, le décret-loi qui interdisait aux agents de la CIA de recourir à l'assassinat a été abrogé : il n'est plus de mise dans cette guerre. Le Secret Intelligence Service a, quant à lui, recréé un service Action comparable à celui de la DGSE ou de la CIA, alors que, par tradition, les Britanniques n'utilisaient ces méthodes qu'en temps de guerre.
Ces réflexions peuvent paraître choquantes. Mais n'oublions pas que nous luttons contre un adversaire qui n'aspire qu'à notre perte. Les terroristes transgressent notre droit, tirent parti mieux que quiconque du monde globalisé dans lequel nous vivons (liberté de circulation des biens, des personnes et des capitaux, Internet et télécommunications modernes) et de la tolérance de nos démocraties. Il faut parfois accepter - de manière exceptionnelle, ponctuelle et maîtrisée - d'agir hors du cadre de la loi.
La relève
La sécurité internationale est confrontée à une situation particulièrement périlleuse : un terrorisme planétaire de plus en plus faiblement coordonné par une structure de liaison en voie de disparition ; et des groupes armés de plus en plus motivés, qui n'ont pas besoin de soutien pour agir et qui se reconstituent sans mal dans un tissu social musulman où les frustrations abondent. La holding terroriste Al-Qaeda est peut-être en train de disparaître, mais ses filiales demeurent. Leur détermination, l'autonomie et l'enracinement local dont elles disposent les rendent plus imprévisibles et plus dangereuses. Cette " pépinière " de " start-up " terroristes constitue la victoire (posthume ?) de Ben Laden. Même si son mouvement a été durement touché, il suffit d'une poignée d'hommes prêts à tout - et il n'en manque pas - pour provoquer une nouvelle déflagration.
Comme on pouvait le craindre, le terrorisme a été relancé par l'intervention américaine en Irak, laquelle a largement contribué à accroître le ressentiment du monde arabe contre l'Occident. La menace est désormais constante et planétaire. Répétons-le : des attentats peuvent se produire à tout moment et en tout lieu. Certains documents saisis confirment l'hypothèse d'attentats nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique (NRBC), ainsi que l'utilisation du cyanure et l'expérimentation d'autres gaz mortels. On évoque également la destruction d'avions de ligne à l'aide de missiles antiaériens. Mais les prochaines actions d'Al-Qaeda pourraient tout aussi bien être virtuelles : cyberattaques des centres de contrôle d'aéroports, de centrales nucléaires, d'usines chimiques, d'un barrage hydro-électrique pouvant provoquer l'engloutissement d'une vallée, etc.
Sans doute, par commodité, continuerons-nous à attribuer à Al-Qaeda toutes les actions terroristes qui surviendront. Ben Laden en restera probablement l'inspirateur, mais il n'y jouera plus aucun rôle. Ce grand pyromane de la terreur a allumé tellement d'incendies qu'il peut se retirer et regarder le monde s'embraser. La relève est désormais assurée.



 
Notes de :

(1) Ali Laïdi et Ahmed Salam, Le Jihad en Europe. Les filières du terrorisme islamique, Seuil, " L'épreuve des faits ", 2002, pp. 19-20.
(2) Alain Bauer et Xavier Raufer, La Guerre ne fait que commencer, J.-C. Lattès, 2002, pp. 111 et 115.
(3) On constate que l'Amérique latine n'a pas encore été touchée par les attentats terroristes et que, parmi les secteurs économiques qui n'ont pas fait l'objet d'attaques, figurent l'industrie et les infrastructures lourdes. Sans doute faut-il essayer de réfléchir autour de ces cibles potentielles.
(4) Jean Cluzel, " La tentation de Byzance ", discours d'inauguration, Académie des sciences morales et politiques, 19 novembre 2001.
(5) Richard Perle, " George Bush et l'axe du mal ", Politique Internationale, no 96, printemps 2002, pp. 136 et 138.
(6) Durant l'un de ses interrogatoires, Abou Zubaydah a confirmé l'accord passé, en 1991, entre Ben Laden et le prince Turki al Faysal, longtemps patron du GIS. Il a également déclaré avoir participé à plusieurs réunions avec les deux hommes, au Pakistan et en Afghanistan, ce que Turki a démenti (" Saudi Arabia, Inside the Kingdom ", Time, 15 septembre 2003, p. 28).
(7) Certains analystes s'interrogent cependant sur la spontanéité de tels attentats et soupçonnent le régime saoudien d'orchestrer lui-même certaines de ces attaques afin de convaincre les Occidentaux qu'il est aussi une victime.
(8) Cela n'a pas empêché l'organisation d'avoir tenté plus d'une douzaine d'opérations en Europe et en Amérique du Nord depuis le 11 septembre 2001. Elles se sont toutes soldées par un échec.