POLITIQUE INTERNATIONALE N° 140 - ÉtÉ 2013

DUBAI FACE AUX PRINTEMPS ARABES

Entretien avec Dahi Khalfan TAMIM
Commandant général de la police de Dubaï depuis 1980.
conduit par
Loulouwa Al Rachid
Chercheur, spécialiste du monde arabe et consultante sur l'Irak.


Loulouwa Al-Rachid - Le « printemps arabe » a démarré il y a deux ans. Aviez-vous anticipé ce phénomène ?

Dahi Khalfan Tamim - Deux ans avant ce que l'on a appelé les « révolutions arabes », un think tank émirati, le Al-Khaleej Study Centre, à Sharjah, m'a donné carte blanche pour prononcer une conférence sur le sujet de mon choix. J'ai intitulé ma présentation : « Les défis à la sécurité intérieure arabe. » J'y dressais une liste de 21 défis sécuritaires - liste établie essentiellement sur la base d'une analyse des indicateurs de développement dans les pays du Moyen-Orient. Depuis les indépendances, ces indicateurs n'avaient cessé de régresser : les populations arabes, surtout les jeunes, étaient durement frappées par la pauvreté et le chômage ; et l'accès aux soins médicaux et à l'éducation avait reculé dans de nombreux pays de la zone. En tant qu'officier de sécurité je sais que ce type de difficultés socio-économiques peut provoquer une explosion de mécontentement. Dans ma présentation, j'avais mis en garde contre une réaction brutale des sociétés arabes, sans pour autant pointer du doigt un pays particulier. Il s'agissait plutôt d'un avertissement général contre la détérioration des conditions de vie et les erreurs de planification et de développement commises par les autorités de nombreux États.

L. A.-R. - Quel jugement portez-vous sur ce bouleversement politique ? Le trouvez-vous positif pour le monde arabe ?

D. K. T. - À vrai dire, je crains que ces révolutions ne finissent comme celles qui les ont précédées, dans les années 1950. Ces mouvements d'émancipation avaient suscité d'immenses espoirs, mais ils ont abouti à un échec flagrant en matière de développement économique et de démocratisation de la vie politique. Aujourd'hui, il est légitime que les peuples aspirent au changement ; ce qui m'inquiète, c'est le visage que ce changement revêt. En Égypte, les États-Unis ont accepté que les Frères musulmans s'emparent des rênes du pouvoir, mais à une condition : qu'ils garantissent la sécurité d'Israël. C'est une exigence fondamentale de Washington. Cette transaction s'est d'ores et déjà concrétisée avec l'arrêt des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza sur le territoire israélien. Yasser Arafat n'avait pas réussi à y mettre fin, pas plus que Mahmoud Abbas. L'ancien président égyptien Hosni Moubarak et feu son chef du renseignement, le général Omar Souleiman, avaient failli réussir dans cette mission. Désormais, c'est au Guide suprême des Frères musulmans égyptiens qu'il faut s'adresser. Lui seul a pu faire cesser les tirs en ordonnant au Hamas d'arrêter ces actions complètement absurdes d'un point de vue purement militaire. Le Hamas a immédiatement obéi (3).

L. A.-R. - Vous semblez n'éprouver aucune sympathie envers les Frères musulmans. Pourtant, par le passé, les Émirats arabes unis ont accueilli de nombreux cadres de la confrérie persécutés dans leur pays d'origine et leur ont même offert des postes importants dans les administrations publiques, en particulier dans les secteurs de l'éducation et de la culture. Pourquoi les diaboliser maintenant qu'ils sont parvenus au pouvoir de façon pacifique et démocratique ?

D. K. T. - D'abord, permettez-moi de rappeler que l'histoire des Frères musulmans a été sanglante et que leur passé est jonché de cadavres. Ensuite, je demeure convaincu qu'ils ne se sont pas convertis à la démocratie et que leur objectif ultime est la restauration du califat islamique.
Je doute fort que les Frères puissent apporter la démocratie au monde arabe. J'en veux pour preuve que, jusqu'à présent, en Égypte, ils se sont montrés plus soucieux d'infiltrer et de noyauter les appareils de l'État, en plaçant leurs hommes à tous les rouages importants, que de débattre des grandes questions nationales ! La vérité, c'est qu'ils ne parviennent pas à sortir d'une logique de domination tyrannique de la société. Ils ne se sont pas affranchis de la mentalité du dirigeant à vie. La seule chose qui a changé, c'est qu'ils ont remplacé le Raïs par le Guide suprême de la confrérie. Au lendemain de la démission du président Moubarak, Nelson Mandela a conseillé aux leaders de la révolution égyptienne d'écarter tout esprit de vengeance et de s'inspirer de l'expérience sud-africaine en matière de justice et de réconciliation post-apartheid (4). Mais les Frères musulmans n'avaient que faire d'une telle réconciliation nationale : ils voulaient à tout prix prendre leur revanche. Depuis qu'ils sont aux commandes de l'État, ils éliminent brutalement ceux qui, dans le passé, les avaient exclus du jeu politique et s'efforcent de concentrer tout le pouvoir entre leurs mains (5). Les Frères d'aujourd'hui sont aussi peu démocrates que ceux d'hier et ils ne tolèrent aucune voix discordante.

L. A.-R. - Ces reproches à l'égard des Frères musulmans reflètent-ils votre intime conviction ou celle des autorités des Émirats arabes unis ?

D. K. T. - Ce jugement est le mien. Personne ne me dicte mes préférences ou mes choix politiques. Je tiens les Frères musulmans pour entièrement responsables du chaos qui règne en Égypte. Ils ont cassé l'autorité de l'État égyptien et le respect dû à la police et aux forces armées en menant des campagnes systématiques visant à discréditer ces institutions aux yeux de l'opinion publique. Voyez comment ils traitent la justice ! Ils envoient leurs troupes assiéger les tribunaux et insulter les magistrats, accusés collectivement d'être des feloul (littéralement, des « résidus ») de l'ancien régime. Pourtant, un million de personnes appartenant aux forces de l'ordre ne peuvent pas toutes être des suppôts du régime de Moubarak ! De même, la Haute Cour constitutionnelle ne peut pas être balayée d'un simple revers de la main : c'est une instance de régulation légitime du jeu politique. Par surcroît, les cadres issus des Frères musulmans ne sont pas des hommes d'État. Ils sont incompétents. Et ce n'est pas leur expérience collective dans la confrérie qui leur confère les moyens intellectuels de gérer un grand pays.

L. A.-R. - Passons à votre pays. Qu'est-ce qui a changé aux EAU depuis le printemps arabe ? Des revendications politiques se font désormais entendre chez les nationaux tandis que des travailleurs étrangers, enhardis par le printemps arabe, recourent à la grève pour exiger une amélioration de leurs conditions de travail. Y a-t-il un risque de déstabilisation ?

D. K. T. - Non. Rien ou presque n'a changé aux Émirats. Notre modèle est solide et jouit à l'extérieur d'une forte puissance d'attraction. Les grèves dont vous parlez sont très limitées et n'ont aucune dimension politique : elles visent des employeurs qui ont eu des difficultés financières et ont parfois tardé à payer leurs employés. En règle générale, les gens arrivent pauvres chez nous et repartent riches ! Les travailleurs étrangers nous doivent leur prospérité. Nous ne les soumettons à aucun impôt et leurs salaires sont élevés au regard des standards régionaux. Ils n'ont pas à exiger quoi que ce soit ou à nous imposer leurs conditions.
Comme je viens de le dire, le « modèle dubaïote » fait rêver. L'Arabie saoudite voisine compte aujourd'hui 25 millions d'habitants. Ce chiffre atteindra les 50 millions d'ici une vingtaine d'années. Un grand nombre de ces Saoudiens seront, à l'avenir, amenés à vivre et à travailler aux EAU. Notre modèle peut les intégrer économiquement et culturellement. Illustration de notre attractivité : depuis le début de la crise en Syrie, plus de 900 hommes d'affaires syriens ont délocalisé leurs activités et leurs investissements à Dubaï.
Quant aux revendications politiques que vous avez évoquées, elles n'ont aucune réalité. Une seule chose a changé : la branche émiratie des Frères musulmans s'est sentie renforcée par la victoire de la confrérie en Égypte et en Tunisie, et s'est rapprochée de l'organisation mère. Ces gens-là obéissent aveuglément aux ordres du Guide suprême égyptien. Or nous ne pouvons tolérer aucune entorse à notre souveraineté ou à notre sécurité nationale.

L. A.-R. - Justement, vous avez récemment procédé à des arrestations dans les rangs des Frères musulmans émiratis. Sous quel motif exactement ? Et quel est leur poids politique aux EAU ?

D. K. T. - Ils comptent un peu plus de 90 membres actifs et disposent également d'une branche féminine. Leur procès est en cours (6). Ils doivent répondre de plusieurs chefs d'accusation, notamment de complot contre la sûreté de l'État et de collusion avec une puissance étrangère. Quant à leur financement, il reste extrêmement opaque et difficile à chiffrer. Il est vrai que certains riches hommes d'affaires du Golfe ainsi que l'argent de la zakat (7) financent l'organisation mère qui, en retour, fournit à ses représentants émiratis un appui moral. Il est vrai aussi que le Qatar les soutient (8). Mais jusqu'à quand ? Les Frères musulmans sont des menteurs. On ne peut pas leur faire confiance !

L. A.-R. - Au-delà des seuls Émirats, la montée de l'islam politique à l'échelle du monde arabe ne risque-t-elle pas de changer le rapport de forces idéologique et de menacer la stabilité des monarchies du Golfe ?

D. K. T. - Je ne le pense pas. L'Égypte, qui est le seul État où les Frères détiennent la quasi-totalité du pouvoir, se trouve aujourd'hui dans un état de quasi-banqueroute financière. Les dirigeants des Frères musulmans ont besoin de nous. S'ils tentent d'abattre les monarchies du Golfe, la situation financière et économique de leur pays risque de se détériorer davantage, ce qui finira par les emporter politiquement. C'est pourquoi ils ne présentent nullement le système qu'ils entendent mettre en place en Égypte comme un modèle susceptible d'être exporté. Ils demeurent extrêmement conservateurs en matière de politique étrangère et jurent à qui veut bien les entendre qu'ils n'ont pas l'intention de changer la donne régionale. Ils sont empêtrés dans les difficultés de la transition politique. Leur pouvoir est entravé : ils doivent d'abord faire face à leur propre société et consolider leur assise avant de s'ériger en modèle pour les autres pays arabes.

L. A.-R. - Faites-vous une différence entre, d'une part, les Frères musulmans et, de l'autre, Al-Qaïda ou les salafistes qui prônent le djihad armé ?

D. K. T. - C'est la pensée des Frères musulmans qui a donné naissance à Al-Qaïda ! Dans certains pays du Golfe, les Frères se présentent aujourd'hui comme des salafistes parce que ces derniers sont mieux acceptés par la population qui voit en eux des tenants de l'ordre moral. C'est purement tactique de leur part : ils peuvent ainsi opérer sans entrave au sein de nos sociétés et discréditer les responsables et les institutions aux yeux du peuple. Ils ont, par exemple, répandu sur les réseaux sociaux la rumeur que mon propre fils avait sexuellement agressé une femme d'origine marocaine alors que c'est un bon père de famille, très pieux. Soit dit en passant, je finance moi-même une école d'apprentissage du Coran dans ma région.
Je suis de toute façon fermement opposé à l'instrumentalisation politique de la religion. Cette dernière doit demeurer à l'écart et se contenter d'exercer son autorité morale ; l'institution religieuse et ses représentants n'ont pas à s'immiscer dans le fonctionnement de l'administration publique.

L. A.-R. - À quel point les monarchies du Golfe sont-elles des États démocratiques ?

D. K. T. - L'objectif premier d'une démocratie doit être d'assurer à ses citoyens un certain niveau de bien-être et de prospérité économique. Les sociétés du Golfe ne s'écartent pas de cet objectif. Nous disposons des ressources nécessaires pour tenir ce cap et pour développer une administration publique responsable et transparente. Mais nous devons consolider nos acquis. Pour cela, il est temps de sortir de la tradition millénaire du pouvoir à vie. Il faut savoir imposer des limites : lorsqu'un dirigeant atteint l'âge de la retraite, il doit tout simplement céder sa place. Un autre dirigeant doit émerger parmi plusieurs personnalités reconnues pour leur intégrité et leur compétence. L'hérédité du pouvoir doit être réexaminée. Ne dit-on pas qu'un cheikh ou un émir demeure un noble jusqu'à ce qu'il entre dans la fonction publique, et qu'il devient alors un simple fonctionnaire qui doit rendre des comptes ?

L. A.-R. - Vous souhaitez donc qu'un cheikh ou un émir puisse prendre sa retraite, à l'instar du pape Benoît XVI...

D. K. T. - Exactement ! Jusqu'à présent, nos régimes ne reposent pas sur des constitutions écrites. Je pense, moi, que nous avons besoin de les faire évoluer, afin qu'ils ne se fondent plus sur des traditions et des coutumes héritées du passé, mais sur des lois fondamentales explicites. Il faut oser entrer franchement dans la modernité. Il y va de notre stabilité à tous.

L. A.-R. - Les dirigeants du Golfe sont-ils prêts à changer leur manière de gouverner et à se lancer dans des réformes politiques ?

D. K. T. - J'ai discuté avec bon nombre de jeunes princes appartenant aux familles régnantes du Golfe. Il me semble que cet impératif de réforme politique est aujourd'hui assez largement partagé. Même en Arabie saoudite, le changement semble poindre. Voyez l'évolution du statut des femmes. Il y a quelques années, elles ont été admises au sein du Majlis al-Shura (le conseil consultatif du royaume), une décision auparavant impensable au regard de l'orthodoxie religieuse (9) ! Au Koweït, le Parlement fonctionne et fait son travail de contre-pouvoir en dépit de toutes les tensions et turbulences que le pays a connues au cours des derniers mois (10).
Il faut se montrer vigilant et épargner à notre région du Golfe toute instabilité - ne serait-ce que parce qu'elle se prête, bien plus que le reste du monde arabe, à des explosions de violence. Nos sociétés sont particulières ; l'esprit de vengeance tribale et les particularismes régionaux y sont très prononcés. C'est pourquoi nos dirigeants doivent se montrer prêts au changement dans l'intérêt de tous. Le consensus est vital. Et c'est précisément la démocratie qui permet de mettre le consensus en oeuvre.

L. A.-R. - Abordons, si vous le voulez bien, la dimension internationale. Vous avez accusé les États-Unis d'être les instigateurs spirituels des printemps arabes. En quoi Washington se trouve-t-il derrière ce phénomène ?

D. K. T. - Ce que l'on voit se matérialiser aujourd'hui dans la région, c'est la logique des néo-conservateurs américains qui ont exercé une grande influence sur le président George W. Bush et poussé à l'invasion de l'Irak. Au début des années 2000, ces idéologues ont théorisé le « chaos créateur » (11) : eh bien, c'est précisément ce chaos qui est en train de s'étendre à l'ensemble du Moyen-Orient.
Dans son dernier discours sur l'état de l'Union, le président Obama a déclaré que les États-Unis avaient laissé derrière eux une démocratie saine et stable en Irak. Qui peut encore croire à un tel mensonge ? La vérité, c'est que l'État irakien n'existe plus. Il ne reste que des communautés en guerre permanente les unes contre les autres pour faire main basse sur les ressources nationales : les Kurdes au Nord, les sunnites à l'Ouest et les chiites au Centre et au Sud. Je le répète, il n'y a plus d'État irakien ! Pas plus qu'il n'y a, sur cet espace, de démocratie ou de gouvernement digne de ce nom et capable de servir de modèle à la région. Sous Saddam Hussein, l'Irak parlait d'une seule voix et avait son mot à dire dans les équilibres régionaux. Aujourd'hui, aucun dirigeant irakien ne peut se faire obéir de tous ses compatriotes. Et cet ersatz d'État ne dispose évidemment d'aucune indépendance en matière de politique extérieure.
Pourquoi les États-Unis ont-ils ainsi divisé l'Irak ? Parce qu'ils sont guidés par la volonté d'affaiblir - sinon de faire disparaître - tous les États arabes forts démographiquement et militairement qui entourent Israël. C'est à ce prix que leur allié hébreu se sentira enfin en sécurité dans son environnement régional. Le scénario irakien va se reproduire à l'identique dans l'ensemble de la région. Même un État solide comme l'Égypte n'est plus à l'abri d'un tel éclatement. Dans le Sinaï, la population bédouine exprime déjà des velléités séparatistes : à l'en croire, Pharaon n'aurait pas traversé la mer Rouge ; par conséquent, le pétrole du Sinaï n'appartiendrait pas à l'État égyptien mais à elle seule ! Il en est de même à Suez où les habitants affirment que les revenus du canal devraient leur être versés exclusivement...

L. A.-R. - Quel sera l'avenir de la Syrie, selon vous ? Au lieu d'un éclatement, ne peut-on pas envisager une solution fédérale comme celle qui a permis aux Émirats arabes unis de prospérer ?

D. K. T. - Il y aura probablement trois entités politiques et territoriales en Syrie : des quasi-États alaouite, kurde et sunnite. Quant à notre expérience réussie en matière de fédéralisme, elle n'est pas reproductible. Je vous rappelle qu'avant de nous organiser en fédération nous possédions des identités et des structures de pouvoir distinctes. Et nous avons paisiblement négocié une fusion. Pour nous, le partage du pouvoir entre les dynasties régnantes et la mise en commun des ressources étaient les seuls moyens de pacifier nos populations et de nous renforcer face au monde extérieur. Nous formions des « micro-États » (duwaylat) et nous sommes passés au statut d'État souverain sur la scène internationale (12). En Syrie, c'est tout le contraire : on assiste à une guerre civile qui déchire une nation autrefois unie ! La Syrie, de même que l'Irak, se caractérisait par une forte tradition étatique et une centralisation territoriale et administrative plus ou moins efficace - des atouts qu'il s'agit aujourd'hui de défaire, sous couvert de « fédéralisme ». Ce n'est donc pas du tout la même chose que le processus qui a abouti à la création des Émirats. La fédéralisation de l'Irak et de la Syrie ouvre la voie non pas au compromis mais, au contraire, à la violence et à l'instabilité - et cela, jusqu'à ce qu'un nouveau rapport de forces, reconnu par tous les acteurs, émerge au sein de ces sociétés.

L. A.-R. - Quelles conséquences ce scénario de la division et de l'instabilité régionales pourrait-il avoir sur les monarchies du Golfe ?

D. K. T. - Nous formons dans le Golfe un « Croissant noir », comme on parle de Croissant fertile. D'Abadan (en Iran) et Bassora (en Irak) jusqu'à Oman, la couleur dominante est le noir, celle du pétrole et des turbans des mollahs iraniens. Les États-Unis ne sont pas prêts à déstabiliser ce Croissant noir et à le voir passer sous le contrôle de seigneurs de la guerre pétroliers en cas de désintégration des États existants.

L. A.-R. - Avez-vous, aujourd'hui, davantage besoin du parapluie sécuritaire américain ? Il vous faut, en effet, faire face à une double menace : une menace interne, liée aux turbulences imprévisibles des printemps arabes ; et une menace extérieure qui découle, elle, des ambitions nucléaires iraniennes...

D. K. T. - Non, nous n'en avons pas « davantage » besoin !
D'abord, concernant la menace de déstabilisation intérieure : comme je l'ai dit au début de notre entretien, elle est liée à l'activisme des Frères musulmans. Mais ceux-ci n'ont pas les moyens de se lancer dans un affrontement idéologique avec les monarchies du Golfe. Même si les Frères - actuellement au pouvoir en Égypte, en Tunisie et peut-être demain en Syrie - parvenaient à nouer une alliance idéologique et militaire avec la Turquie, nous pourrions quand même les endiguer financièrement et les forcer à coexister pacifiquement avec nous.
En revanche, je crains que les États-Unis ne commettent l'irréparable en cédant à la pression de leur allié israélien qui les pousse à l'escalade avec l'Iran. Une frappe israélienne contre les installations nucléaires iraniennes embraserait la région ! En attendant, Washington instrumentalise les djihadistes sunnites contre les chiites - et cela, afin d'affaiblir l'Iran. Mais il faut bien comprendre que l'immense majorité des Arabes sunnites n'a aucun problème avec les chiites et ne souhaite nullement un affrontement avec l'Iran.

L. A.-R. - Il y a tout de même une forte prédisposition, de la part de certains pays du Golfe qui se sentent menacés par les ambitions régionales de Téhéran, à sponsoriser le djihad sunnite contre les chiites...

D. K. T. - De quel danger l'Iran est-il porteur pour notre région ? Ce danger est-il lié au réacteur nucléaire de Bouchehr ? Oui... mais seulement parce que Téhéran n'a pas les moyens de le faire fonctionner normalement et de garantir qu'il n'y aura pas d'accident nucléaire, par exemple suite à une catastrophe naturelle, comme on a pu le craindre lors du dernier tremblement de terre (13). Pour le reste, l'Iran ne nous menace pas directement : son économie est asphyxiée par les sanctions, ses industries souffrent du manque de pièces détachées et sa monnaie est en chute libre ! À l'intérieur de la société, la pression monte sur les mollahs. Ils savent qu'ils ne sont pas plus invincibles que le chah et qu'ils ne sont pas à l'abri d'un soulèvement de la population. Ils sont aujourd'hui isolés et impopulaires aux yeux d'une grande partie de leur peuple. Les sanctions économiques affaiblissent leur légitimité aux yeux des citoyens iraniens.
En tout état de cause, notre contentieux avec ce pays est exagéré. Historiquement, l'Iran n'a jamais cherché à contrôler les eaux du Golfe. Le leadership iranien n'a pas la naïveté de croire, comme Saddam Hussein - qu'Allah lui accorde sa miséricorde -, qu'il peut dominer seul une région aussi vitale pour l'économie mondiale sans provoquer une guerre de grande ampleur. Les Iraniens savent qu'il est dans leur intérêt de ne pas tomber dans une logique d'escalade militaire. Cela dit, une frappe déclenchée par l'Occident ou par son allié israélien contre les installations nucléaires iraniennes ne manquerait pas d'entraîner une riposte qui viserait les bateaux de guerre de l'US Navy croisant dans le Golfe ou les bases américaines de la région.

L. A.-R. - Une telle riposte ne viserait-elle pas également les capitales des pays du Golfe, militairement alliés aux États-Unis ?

D. K. T. - L'Iran frappera certainement Israël s'il le peut, mais il ne s'en prendra pas à nous. Nous ne l'avons pas agressé. Ne croyez pas, pour autant, que je sois en train de sous-estimer la menace que la tension autour du nucléaire iranien fait peser sur les États du Conseil de coopération du Golfe (14).
À ce propos, j'estime que les dirigeants des pays membres du CCG doivent s'accorder sur des lignes rouges à ne pas franchir. Si un pays membre entend « gazouiller » seul ou mener une action solitaire, il doit s'arrêter net dès lors que nos intérêts collectifs, nos « lignes rouges », sont en jeu.

L. A.-R. - En parlant de « gazouillement » solitaire, visez-vous un État en particulier ? Serait-ce le Qatar ?

D. K. T. - Je répondrai seulement en rappelant que le Golfe n'est pas l'Union européenne. Celle-ci laisse une grande marge de manoeuvre à ses membres, dont les positions divergent souvent en matière de politique extérieure comme intérieure. Dans le Golfe, en revanche, chacun doit respecter l'étiquette et les règles de bienséance qui prévalent depuis toujours entre les dynasties régnantes et faire en sorte que l'intérêt collectif triomphe systématiquement des différences.

L. A.-R. - Qu'est-ce qui caractérise aujourd'hui la politique extérieure des EAU ?

D. K. T. - Il faut poser la question au ministre des Affaires étrangères, Abdallah Bin Zayed !

L. A.-R. - Mais vos « tweets » ont plus d'impact que les déclarations du jeune chef de la diplomatie... Permettez-moi donc d'insister. Par le passé, Dubaï a accueilli des dirigeants étrangers qui avaient dû quitter leur pays (15). Est-ce toujours le cas ? On dit que Bouchra, la soeur de Bachar al-Assad, vit aujourd'hui chez vous...

D. K. T. - Notre politique étrangère est discrète et modérée. Elle reste fidèle à la vision du fondateur des EAU, cheikh Zayed (16). Le Qatar, lui, joue le rôle du grand mufti, celui qui préside les conférences et prêche la réconciliation. Nous estimons, pour notre part, qu'il ne nous appartient pas de prendre parti pour tel ou tel mouvement politique étranger ou d'interférer dans les affaires intérieures de tel ou tel État. Nous sommes bien intervenus militairement à Bahreïn, mais c'était dans le cadre d'une action collective décidée par le CCG (17). Quant à Bouchra, je ne sais pas où elle est. Plus de 55 millions de voyageurs transitent annuellement par l'aéroport de Dubaï. Elle a peut-être simplement fait escale ici avant de repartir vers une autre destination... La presse reprend sans vérification des rumeurs qui circulent sur Facebook et Twitter (18) ! On a même prétendu que je l'avais épousée, qu'Ahmad Shafiq (19) était réfugié à Dubaï et qu'Interpol les recherchait chez nous ! Quelles sottises...

L. A.-R. - Pour conclure, que pensez-vous de l'action conduite par la France dans la région ?

D. K. T. - Son image de marque dans le Golfe est très positive. Contrairement à d'autres puissances occidentales, elle n'est pas perçue comme étant hostile et n'interfère pas dans les affaires intérieures des États (20). Je condamne vigoureusement les changements de régime orchestrés par les puissances étrangères.

L. A.-R. - En Libye, la France est intervenue politiquement et militairement...

D. K. T. - Oui, mais Kadhafi était un dictateur unique en son genre. Personne ne conteste qu'il devait être renversé.


 
Notes de :
(1) Voir Mike Davis, Le Stade Dubaï du capitalisme, Les prairies ordinaires, 2007.
(2) Voir Arab Youth Survey 2013, ASDA' A Burson-Marsteller, avril 2013. (http://arabyouthsurvey.com/wp-content/uploads/2013/04/AYS-2013-Brochure-White-Paper-Design-ARTWORK-REV.pdf).
(3) En novembre 2012, l'armée israélienne lance plusieurs raids dans la bande de Gaza en réponse aux attaques frontalières contre ses soldats et aux tirs de roquettes du Hamas et du Djihad islamique. Le président Mohamed Morsi condamne vigoureusement cette opération israélienne, mais parvient néanmoins à imposer une trêve entre les belligérants en mettant à profit les relations historiques entre la branche égyptienne des Frères musulmans dont il est issu et les dirigeants du Hamas. Il repositionne ainsi l'Égypte comme un acteur régional incontournable, notamment en donnant des gages de modération et de pragmatisme aux États-Unis.
(4) En juillet 2011, un journal égyptien (Al-Shourouq) affirme que Nelson Mandela a envoyé un message aux révolutionnaires égyptiens et tunisiens les exhortant à se montrer indulgents vis-à-vis des caciques du régime de Moubarak et de celui de Ben Ali. Or il n'existe aucune trace de ce message pourtant repris par d'autres médias arabes, ce qui accrédite la thèse d'un faux concocté par les services de renseignement égyptiens pour calmer les esprits. Voir « Le vrai faux message de Nelson Mandela aux Tunisiens », Kapitalis, 16 juillet 2011(http://www.kapitalis.com/politique/national/4919-le-vrai-faux-message-de-nelson-mandela-aux-tunisiens.html).
(5) Dès le mois d'août 2012, le président Morsi limoge le maréchal Hussein Tantaoui, puissant ministre de la Défense et chef du Conseil suprême des forces armées (CFSA), ainsi que d'autres hauts gradés de l'armée qui avaient assuré la continuité du pouvoir après la démission de Hosni Moubarak. Puis, le 22 novembre 2012, il soulève un grand tollé en voulant s'arroger par simple décret de larges pouvoirs exécutifs et judiciaires qui empêchent notamment les tribunaux de contester ses décisions et de dissoudre l'Assemblée constituante. Plusieurs tentatives de limogeage de personnalités jugées hostiles aux Frères musulmans ont, par ailleurs, visé la justice et les médias, deux institutions perçues comme favorables à l'ancien régime.
(6) Craignant que la percée des Frères musulmans en Égypte et en Tunisie ne renforce leurs propres islamistes, les autorités des Émirats arabes unis ont commencé, dès le printemps 2011, à arrêter de façon préventive des activistes islamistes. Cette campagne a culminé avec le procès de 94 membres d'Al-Islah (Front de la Réforme), un mouvement d'obédience islamiste qui se définit non pas comme un parti politique mais comme une organisation sociale et culturelle visant à préserver l'identité islamique du pays. Il compte dans ses rangs de nombreux universitaires, d'éminents juristes ainsi qu'un membre de l'une des dynasties régnantes de la fédération, tous accusés d'infiltrer les institutions étatiques, de comploter pour renverser le régime et d'entretenir des liens avec des puissances étrangères, notamment l'Égypte. Ils risquent des peines allant jusqu'à quinze ans d'emprisonnement.
(7) Il s'agit de l'aumône légale versée par les musulmans afin de permettre aux plus pauvres de subvenir à leurs besoins. Cette obligation devant Dieu a une vertu purificatrice ; elle peut être versée directement aux personnes nécessiteuses ou à des institutions de collecte (mosquées, organisations de bienfaisance, etc.) qui se chargent ensuite de sa distribution.
(8) Très critique à l'égard de la politique étrangère du Qatar, Dahi Khalfan Tamim a menacé en 2012 de demander à Interpol de délivrer un mandat d'arrêt international contre Youssef Al-Qaradawi, le téléprédicateur vedette de la chaîne qatarie Al-Jazeera issu de la mouvance des Frères musulmans égyptiens. Ce dernier, protégé de l'émir du Qatar, avait critiqué la décision prise par les autorités des Émirats arabes unis d'expulser des Syriens qui avaient manifesté, sans autorisation préalable, leur hostilité au régime de Bachar al-Assad devant l'ambassade de Syrie.
(9) En septembre 2011, le roi Abdallah accorde aux Saoudiennes le droit de vote ainsi que l'éligibilité aux élections municipales, seul scrutin pratiqué au sein du royaume. Puis, en janvier 2013, contre toute attente et pour la première fois, il nomme des femmes au sein du Conseil consultatif où 20 % des sièges leur sont désormais réservés. En dehors de ces avancées en matière de droits des femmes, la monarchie saoudienne reste pourtant insensible aux demandes croissantes d'élargissement de la participation politique exprimées par des activistes appartenant aux deux camps, libéral et islamiste.
(10) Le printemps arabe a trouvé un écho favorable au Koweït, une monarchie coutumière des crises politiques à répétition et des bras de fer entre un Parlement élu et un gouvernement exclusivement entre les mains des membres influents de la dynastie des Al-Sabah. En effet, depuis 2011, le pouvoir exécutif fait face à une forte contestation politique et sociale (intense mobilisation sur les réseaux sociaux, manifestations de rue, grèves, accusations de corruption et d'incompétence), relayée par les députés de l'opposition ; il manie tantôt la carotte (achat de la loyauté de certains politiciens, distribution de cadeaux financiers à la population) tantôt le bâton (arrestation des leaders de l'opposition, répression des manifestants, dissolution du Parlement et manipulation de la loi électorale). En décembre 2012, un nouveau Parlement est élu mais la crise se prolonge : l'opposition qui avait boycotté les élections ne lui reconnaît aucune légitimité.
(11) Partant du postulat que, du point de vue des intérêts stratégiques des États-Unis dans le monde, le chaos n'est pas nécessairement une mauvaise chose, pas plus que la stabilité n'est profitable, les théoriciens du chaos en matière de politique internationale (Charles Krauthammer, Michael Ledeen, etc.) ont largement contribué à décomplexer l'administration Bush vis-à-vis des interventions extérieures, notamment militaires. Au Moyen-Orient, ces derniers ont vu dans la destruction des institutions et des structures étatiques existantes, à commencer par celles de l'Irak, un atout non seulement dans la guerre contre le terrorisme mais aussi dans la démocratisation forcée de la région.
(12) Sur l'émergence des micro-États du Golfe en général et sur la formation des Émirats arabes unis en particulier, voir Rosemarie Said Zahlan, The Making of Modern Gulf States : Kuwait, Bahrain, Qatar, The United Arab Emirates and Oman, Unwin Hyman, Londres, 1989. Voir aussi Fatiha Dazi-Heni et al. , Monarchies et sociétés d'Arabie : le temps des confrontations, Presses de Sciences Po, 2006.
(13) À la mi-avril 2013, un tremblement de terre d'une forte amplitude a eu lieu à une centaine de kilomètres de la centrale nucléaire de Bouchehr. Ce séisme a ravivé chez les dirigeants des monarchies du Golfe la peur d'un accident nucléaire : la centrale est plus proche de leurs capitales respectives que de Téhéran.
(14) Créé en 1981 dans le contexte de panique suscité par la révolution islamique iranienne (1979) puis par la guerre Iran-Irak (septembre 1980), le Conseil de coopération du Golfe (CCG) est une organisation régionale regroupant les six pétromonarchies sunnites du golfe Arabo-Persique (Arabie saoudite, Oman, Koweït, Qatar, Émirats arabes unis et Bahreïn). Le CCG instaure un marché commun et dote ses membres d'une défense et d'une sécurité communes. En trois décennies, la coopération entre ses membres est pourtant restée limitée en raison des rivalités politiques et économiques, des susceptibilités tribalo-dynastiques et, surtout, d'une perception divergente de la menace extérieure. Les ambitions hégémoniques de l'Arabie saoudite ont souvent suscité des critiques de la part des autres monarchies peu enclines à obéir aux choix de politique intérieure ou diplomatique du grand frère saoudien. La peur de la contagion du printemps arabe semble toutefois resserrer les rangs au sein du CCG afin de préserver le statu quo. Dans cet objectif, un élargissement aux monarchies marocaine et jordanienne a été envisagé en 2011 mais peine à se matérialiser.
(15) Dubaï se targue d'assurer un exil doré aux dirigeants politiques tombés en disgrâce ou aux prises avec la justice de leur pays. En 2003, les EAU avaient proposé l'asile à Saddam Hussein et à ses deux fils pour éviter la guerre ; depuis, de nombreux dignitaires de l'ancien régime irakien ont transité ou élu domicile à Dubaï. Feu Benazir Bhutto et son rival le général Pervez Musharraf ont également vécu une période d'exil à Dubaï.
(16) Émir d'Abou Dhabi de 1966 jusqu'à la fin de sa vie, cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyan (1918-2004) est surtout considéré comme le « père des Émirats ». En 1971, au lendemain de la fin du protectorat britannique sur les petites principautés de la rive arabe du Golfe, il pousse ses pairs à la création d'une fédération dont il devient le président à vie. Cette solution fédérale allait se révéler vitale pour le développement économique et la modernisation du pays. En matière de politique étrangère, il misa sur la continuité des liens historiques avec la Grande-Bretagne ainsi que sur le parapluie sécuritaire américain. Il n'en déploya pas moins ses grandes capacités modératrices pour préserver la singularité des EAU et en faire un acteur consensuel sur la scène régionale arabe.
(17) Le 14 mars 2011, le CCG déclenche l'opération « Bouclier de la péninsule »  : un millier de soldats saoudiens, 700 policiers émiratis et 800 militaires jordaniens revêtus de l'uniforme bahreïnien entrent dans ce petit royaume gouverné par la dynastie sunnite des Al-Khalifa pour aider à la répression de la contestation populaire qui a éclaté dans le sillage du « printemps arabe ». Cette intervention militaire commune mais sous leadership saoudien est inédite dans l'histoire du CCG ; elle vise à contrer toute menace de déstabilisation intérieure ou d'extension de l'influence iranienne, la population de Bahreïn étant aux deux tiers chiite.
(18) Avec plus de 36 % de la population disposant d'un compte, les EAU ont le taux de pénétration de Facebook le plus élevé du monde arabe et le quatrième en ce qui concerne Twitter. Voir Dubaï School of Government, « The Arab World Online : Trends in Internet Usage in the Arab Region », avril 2013 (http://www.dsg.ae/en/publication/Description.aspx?PubID=314&PrimenuID=11&mnu=Pri).
(19) Militaire de carrière, Ahmad Shafiq a été nommé premier ministre par le président Hosni Moubarak au début de la révolution égyptienne dans une tentative d'apaisement de l'opposition. Il n'en sera pas moins acculé à la démission en mars 2011, apparaissant largement comme un homme du sérail. Candidat très controversé à l'élection présidentielle de juin 2012, il perd de peu de voix face au candidat issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi. Il s'exile aussitôt aux EAU, notamment pour échapper à des poursuites judiciaires dans son pays pour corruption et détournement de fonds publics.
(20) Sous la présidence Sarkozy, les relations bilatérales entre la France et les EAU ont connu un nouvel essor. S'ajoutant aux importantes ventes d'armes, un nouvel accord de défense a resserré, en 2009, les liens entre les deux pays avec notamment l'inauguration d'une base militaire navale à Abou Dhabi, la seule dont dispose la France hors de l'Afrique. De grands projets culturels (antenne de la Sorbonne, Louvre d'Abou Dhabi, etc.) lient également la France aux EAU où vit une importante communauté d'expatriés français.