POLITIQUE INTERNATIONALE N° 100 - ÉtÉ 2003

POUR UNE ESPAGNE QUI S'ENGAGE

Article de Josť Maria Aznar
Chef du gouvernement espagnol depuis mai 1996


Depuis quelques années, la démocratie s'est implantée dans maintes régions du monde qui vivaient jusque-là dans l'oppression. Dans les anciens pays communistes, notamment, des millions d'hommes et de femmes ont retrouvé des conditions de vie telles que le progrès est de nouveau possible. Des millions de gens, sur toute la planète, ont vu leurs espoirs de prospérité s'accroître grâce à l'ouverture économique et à la mondialisation.
Mais, dans le même temps, la communauté internationale doit faire face à un grand nombre de défis qui sont loin d'être surmontés. Des maladies comme le sida continuent d'étendre leurs ravages ; l'environnement reste insuffisamment protégé ; et de nombreux pays demeurent soumis à des régimes qui ne respectent ni les droits de l'homme ni la liberté.
Le défi du terrorisme
À ces défis vient s'en ajouter un autre : le terrorisme. Impossible d'oublier les attentats du 11 septembre. Nous garderons toujours en mémoire ces images d'épouvante, ces images d'angoisse et de destruction gratuite. Pour beaucoup, ce fut la fin de l'innocence, la cruelle constatation de l'existence d'une nouvelle menace internationale. Une menace dont nous avions pu constater des signes avant-coureurs en France en 1995, en Arabie saoudite en 1996, au Kenya et en Tanzanie en 1998, et au Yémen en 2000.
Si, par malheur, le terrorisme parvenait à imposer sa loi de la peur et du chantage, ce sont les bases mêmes du monde libre qui s'effondreraient. L'Espagne est en première ligne dans ce combat. Depuis des années, nous subissons la folie assassine de gens qui utilisent tous les prétextes pour justifier leurs actions. Et peu leur importe de faucher la vie de centaines de femmes, d'enfants et de citoyens innocents ! Nous connaissons bien leurs méthodes et savons comment ils utilisent d'autres pays pour s'entraîner, s'abriter et installer leurs filières financières.
Le 11 septembre, l'Europe et le reste du monde ont brutalement compris que le terrorisme n'était pas un phénomène local, circonscrit au seul pays qui en est la cible. Le terrorisme nous affecte tous ! Il ignore les frontières et les idéologies, exploite les failles de la " société en réseaux " pour devenir lui-même un réseau mondial.
L'action supranationale
Lorsque l'Espagne a assumé la présidence du Conseil de l'Union européenne en janvier 2002, elle fit de la lutte antiterroriste la première de ses priorités, reprenant à son compte le plan d'action adopté au Conseil extraordinaire de Bruxelles dix jours après les attentats de New York et de Washington. Depuis dix-huit mois, l'Union européenne a obtenu des succès inimaginables il y a quelques années encore. Ces succès reposent sur :
- le renforcement de l'État de droit, avec l'adoption du mandat d'arrêt européen qui remplacera prochainement le système d'extradition actuellement en vigueur dans l'UE ;
- le développement de la coopération entre les forces de sécurité des États membres ;
- la prise en compte de la dimension globale du terrorisme (il faut frapper celui qui commet l'attentat aussi bien que la structure qui le soutient) ;
- l'impulsion donnée à la coopération internationale, en particulier avec la Russie et les États-Unis ;
Les progrès sont importants au niveau européen, mais le défi du terrorisme exige une mobilisation mondiale dans laquelle l'ONU doit jouer un rôle central. L'Espagne soutient l'idée d'un accord international dans le cadre des Nations unies. En outre, j'ai soumis début mai, au Conseil de sécurité, une proposition en sept points que je crois nécessaire pour éradiquer ce fléau.
La lutte contre le terrorisme est entrée dans une nouvelle ère. Cette lutte ne sera pas facile, comme l'ont rappelé les derniers attentats en Arabie saoudite et au Maroc, qui semblent être l'œuvre d'Al Qaida. Pis : l'acquisition par des groupes terroristes d'armes de destruction massive est malheureusement une perspective que nous devons envisager. Il nous faut donc, tout à la fois, rester fermes et garder la tête froide.
La guerre en Irak
Le gouvernement des États-Unis partage notre volonté de faire face à la barbarie et à la terreur. Comme nous, il juge indispensable de travailler de concert pour préserver la sécurité et la stabilité internationales. Et, comme nous, il voit dans l'alliance transatlantique le pilier majeur de la défense de l'Occident et des valeurs fondamentales de nos démocraties.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le gouvernement de Madrid a apporté son soutien total à Washington dans la lutte contre Al Qaida en Afghanistan ; et c'est pourquoi des soldats espagnols furent engagés sur le terrain, dans le cadre de l'opération " Liberté immuable ".
Mais la liberté n'est ni gratuite, ni durable, ni garantie de façon permanente, comme l'Histoire nous l'a tristement montré à plusieurs reprises. Elle exige, de notre part, la plus grande vigilance ainsi qu'une solidarité accrue avec les populations.
Ce sont là les mêmes raisons qui ont poussé le gouvernement espagnol à appuyer les efforts de la coalition multinationale pour obliger le régime de Saddam Hussein à désarmer. Rappelez-vous que l'intervention s'est produite après que tout - absolument tout - a été tenté pour faire aboutir les pressions diplomatiques. En définitive, il s'agissait de faire respecter la légalité dans un cas de grave et urgente menace internationale, reconnue comme telle par le Conseil de sécurité. Voilà pourquoi des soldats espagnols se trouvent en Irak et participent à des tâches de soutien logistique, humanitaire et de sécurité.
Une décision controversée
Cette décision, prise par le gouvernement que je représente, fut très controversée. Mais, en un sens, je crois qu'au sein de l'opinion publique la question n'a pas été posée dans les bons termes. À entendre la rue, le choix se situait entre la guerre et la paix. Mais si tel avait été le cas, nous nous serions bien évidemment tous rangés dans le camp de la paix ! Il s'agissait, en fait, de savoir si le régime de Saddam Hussein en Irak représentait ou non une menace pour le monde.
La réponse à cette dernière question n'était pas simple, mais le gouvernement espagnol a pris sa décision en son âme et conscience, sans tenir compte des retombées électorales. L'Espagne devait être prête à jouer son rôle au sein des structures internationales tout en préservant sa personnalité propre.
À nos yeux, le pacifisme n'est pas une garantie pour la paix. L'Espagne doit se tenir aux côtés de ses alliés dès lors qu'il s'agit de lutter contre le terrorisme, de neutraliser des armes de destruction massive ou de faire respecter la légalité internationale. Quand les voies diplomatiques sont épuisées, quand le manque de volonté et de coopération est évident, se refuser à intervenir revient à autoriser tous les dictateurs à défier la légalité internationale, en toute impunité.
L'Espagne ne pouvait, dans ces conditions, se replier sur elle-même. Le gouvernement a agi conformément à ses engagements, tout en sachant que son statut de membre du Conseil de sécurité donnait plus de poids à ses actes. Il est de notre intérêt que la légalité internationale soit respectée et qu'on s'y tienne. Plus nous serons fermes sur les principes, plus nous éloignerons de nous les nouvelles menaces.
En 1990, François Mitterrand, alors président de la République française, rejeta l'" absentéisme pacifiste ". Il était, lui aussi, à contre-courant d'une grande partie de son opinion publique. Malgré tout, il décida d'engager la France dans la guerre du Golfe. Il soutint alors que les décisions diplomatiques ne devaient pas uniquement tirer les conséquences de la situation présente, mais qu'elles devaient porter en elles-mêmes les fruits du futur vers lequel nous tendions.
Je dis, non sans une certaine solennité, que je partage pleinement sa position.
L'Irak aux Irakiens
On a parfois eu tendance à sous-estimer le danger que représentait le régime de Saddam Hussein. C'était pourtant l'une des pires dictatures de la planète ! Non seulement pour ses concitoyens (environ 300 000 morts sous son règne cruel), mais aussi pour la sécurité internationale, du fait de son arsenal chimique et biologique et de sa complicité avec le terrorisme.
Libérés de l'oppression, les Irakiens ont maintenant l'espoir de recouvrer la liberté et de voir leurs droits enfin respectés. Il est évident que le chemin ne sera pas aisé ; mais il est clair que, sans Saddam Hussein, la région et toute la planète seront plus sûres.
Certes, l'avenir de l'Irak appartient au peuple irakien. La déclaration du Sommet atlantique de mars 2003 et les différents Conseils européens n'ont pas dit autre chose. Et c'est normal. À présent, l'Espagne travaille à un avenir où les Irakiens vivront libres et prospères. Avec un gouvernement représentatif, en paix avec tous ses voisins et intégré à la communauté internationale. Notre préoccupation immédiate concerne naturellement la distribution de l'aide humanitaire et la création d'un environnement sécurisé et stable pour que les Irakiens puissent faire fonctionner leurs institutions et mettre en place leur propre direction.
Nous sommes tous d'accord sur le fait que cette tâche doit être confiée à ceux qui, aujourd'hui, ont les moyens de la remplir, c'est-à-dire aux membres de la coalition internationale présents militairement sur le terrain.
Le vote par le Conseil de sécurité de la résolution 1483 sur proposition de l'Espagne, des États-Unis et du Royaume-Uni, nous permet de remplir nos engagements. Cette résolution capitale marque le retour au consensus de la communauté internationale sur la crise irakienne. Elle reprend la plupart des idées que le président Bush, le premier ministre Tony Blair et moi-même avions échangées avant le début des hostilités : respect de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de l'Irak, droit du peuple irakien à choisir librement son destin et à contrôler ses ressources naturelles. Une administration provisoire sera mise en place afin d'assurer une transition politique qui s'achèvera avec l'élection d'un gouvernement représentatif.
Les responsabilités et les obligations des puissances occupantes sont reconnues, ainsi que le rôle de pays comme l'Espagne qui, sans être une puissance occupante, souhaite collaborer au maintien de la sécurité et de la stabilité du pays et à la création des conditions nécessaires à la transition.
Comme on le sait, la résolution accorde à l'ONU un rôle vital, non seulement dans le domaine humanitaire mais aussi dans le processus de reconstruction économique, politique et social, en imposant au secrétaire général et aux puissances occupantes l'obligation de présenter des rapports réguliers. Nous accueillons avec satisfaction, également, la levée des sanctions contre l'Irak qui, une fois disparu le régime de Saddam, n'ont plus de raison d'être ; nous accueillons avec la même satisfaction la nomination d'un représentant spécial du secrétaire général pour l'Irak.
L'Irak dispose de ressources naturelles si abondantes qu'il ne sera probablement pas nécessaire de prolonger l'aide humanitaire et de maintenir sur son sol des troupes étrangères sur le long terme. D'ici peu, nous saluerons le retour de l'Irak dans la communauté internationale - un Irak libéré de la tyrannie qui a séquestré son peuple durant des décennies.
Le sang du Moyen-Orient
Pour renforcer la paix mondiale et la sécurité de tous, il est indispensable de régler le conflit israélo-palestinien, source permanente de tensions dans la région.
Parlons clair : nous ne pouvons permettre que le sang continue de couler plus longtemps au Moyen-Orient. Trop d'années sont passées, de douleurs, de souffrances, de destructions, qui n'ont servi à personne. Trop d'années sans voir la lumière. Nous avons vu trop de morts, trop de haine, trop de familles en proie au désespoir.
Aujourd'hui, il nous faut travailler à extirper la violence, le chaos, la désespérance. Bref : nous devons réussir la paix au Moyen-Orient.
L'Europe et les États-Unis, avec l'ONU, la Russie et d'autres pays de la région, et en collaboration avec les parties impliquées, doivent tous ensemble encourager la création de deux États indépendants et souverains, Israël et la Palestine, cohabitant dans la paix et la sécurité.
La " feuille de route " doit être mise en œuvre le plus tôt possible. Mais, pour cela, il faut en finir avec le terrorisme et, plus généralement, avec la violence. Israël doit être un pays sûr, avec des frontières reconnues. Ses citoyens doivent pouvoir sortir dans la rue, travailler ou se promener, sans crainte d'être assassinés ou horriblement mutilés dans un attentat-suicide.
De son côté, le peuple palestinien a le droit de vivre sur un territoire débarrassé de l'occupation et de voir ses aspirations nationales enfin reconnues. Un État palestinien doté d'une direction qui s'engage en faveur des valeurs démocratiques, qui renonce pour toujours à la terreur et qui accepte le droit à l'existence d'Israël : telle serait la meilleure garantie pour la sécurité d'Israël, de la Palestine et pour la coexistence pacifique entre les deux peuples.
Je crois qu'il y a aujourd'hui une vraie volonté de faire avancer le processus de paix, même si nous sommes tous conscients des obstacles auxquels il se heurtera. La " feuille de route " est une méthode qui me paraît adaptée à ces circonstances difficiles. Il faut privilégier cette approche par étapes et instaurer un climat de confiance.
L'insertion du monde arabe dans l'économie mondiale est la clé du progrès et de la lutte contre la pauvreté dans cette partie du monde. À cet égard, il faut souligner l'importance du mécanisme mis en place par l'Union européenne dans le cadre du processus de Barcelone (1) et des divers accords d'association avec les pays de la région - résultat de ce processus. De même, la proposition qu'a faite le président Bush récemment, visant à créer une zone de libre-échange États-Unis/Moyen-Orient, me paraît tout à fait judicieuse.
Avec ses alliés de l'Union européenne, l'Espagne est fermement engagée dans le processus de paix au Moyen-Orient. Notre histoire ne se comprend pas sans l'héritage des séfarades et des musulmans que nous considérons comme faisant partie intégrante de notre patrimoine. Ni notre intérêt pour la paix au Moyen-Orient ni notre douleur face aux souffrances de ses habitants n'ont surgi par hasard. L'Espagne ne ménagera donc pas ses efforts. Je profite de l'occasion qui m'est donnée ici pour dire aux parties en présence que nous sommes prêts à organiser en Espagne, au moment opportun, une nouvelle conférence de paix.
Le renforcement de la relation transatlantique
Dans ce domaine comme dans tant d'autres, une étroite et solide collaboration entre les États-Unis et l'Union européenne est primordiale. L'histoire récente l'a montré : chaque fois que l'Amérique et l'Europe ont travaillé ensemble, la sécurité du monde s'en est trouvée renforcée. Après la crise irakienne, il faut consolider la relation transatlantique qui a été et continue d'être essentielle - il ne faut pas l'oublier - pour la stabilité mondiale. L'Espagne est prête à assumer toutes ses responsabilités au sein de l'Union européenne pour parvenir à un nouveau consensus sur les relations que l'Europe veut nouer avec les États-Unis. Il n'y a pas d'alternative actuellement aux garanties fournies par le lien transatlantique. Mais, contrairement à ce que prétendent certains, une Europe unie est également dans l'intérêt de l'Amérique. L'Union européenne et les États-Unis ont besoin l'un de l'autre !
La tentation de concentrer nos efforts sur la création d'un monde multipolaire qui se constituerait par opposition aux États-Unis et dont l'Union européenne prendrait la tête doit, je crois, être écartée. Une telle entreprise est vouée à l'échec.
Cela ne signifie pas que l'Europe doive rester muette ou qu'elle ne puisse exprimer un désaccord avec Washington : il s'agit d'une relation entre alliés et amis fondée sur un ensemble de principes et de valeurs communes. Ce qui nous unit doit peser davantage que ce qui nous sépare à un moment ou à un autre.
L'Atlantique de deux à trois
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'Europe ont maintenu une relation étroite et forte qui s'est traduite par une longue série de réussites. Ces cinquante années de paix, de sécurité et de prospérité que nous avons vécues sont le produit de nos intenses relations économiques et commerciales ainsi que de notre participation commune à cette solide alliance défensive qu'est l'Otan. Mais ce lien, tout au long du demi-siècle, reposait également sur des valeurs communes - valeurs de liberté, de démocratie et de soutien aux droits de l'homme que nous n'avons jamais oublié de placer au cœur de notre politique envers les pays tiers.
Nous partageons avec les Américains les mêmes priorités. Quelles sont-elles ? La lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, l'éradication de la faim et de la pauvreté, la lutte contre le sida et le développement. Sur ce dernier point, les négociations menées à Doha par l'OMC revêtent une extrême importance.
Pour développer et renforcer le lien transatlantique, nous devons y associer un troisième partenaire : l'Amérique latine. Avec l'Amérique latine, nous partageons presque tout : une même conception de l'homme et de la société, l'idée d'une économie nécessairement ouverte et moderne.
Divers processus sont à l'œuvre sur ce continent, qui transforment peu à peu les sociétés latino-américaines : processus d'intégration politique et économique ; négociations avec les États-Unis et l'Union européenne ; enracinement de la démocratie ; présence latino-américaine de plus en plus forte aux États-Unis où l'espagnol est désormais la deuxième langue la plus parlée.
L'Amérique latine doit s'intégrer pleinement dans le monde, jouer un rôle à la mesure de sa taille, devenir un facteur de stabilité et de progrès. Elle doit le faire avec ce que l'on appelle l'Occident : l'Europe et ses alliés nord-américains.
L'Europe d'aujourd'hui est très différente de celle que l'Espagne a rejointe en 1986. Le 16 avril 2003, à Athènes, nous avons signé le traité d'admission de dix nouveaux pays membres. Quel symbole ! Cette nouvelle Union élargie doit reposer sur ce qui constitue les marques distinctives de son identité : la solidarité, le respect des principes démocratiques, de l'État de droit et des libertés fondamentales. Il ne saurait être question d'accepter des exclusions fondées sur des critères politiques qui ne seraient pas ceux que je viens de rappeler.
Cet élargissement à 25 (ou plus, dans un futur proche) doit s'accompagner d'une refonte des institutions. La Convention sur l'avenir de l'Europe qui vient d'achever ses travaux a préparé un texte qui servira de point de départ pour les discussions de la Conférence intergouvernementale. J'espère que cette dernière parviendra à conclure ses travaux avant le 1er mai 2004. Nous pourrons alors signer un nouveau traité.
Sur le plan économique, il est essentiel de continuer à soutenir la croissance car, sans elle, nous ne pourrons avancer dans les autres domaines. D'où la nécessité d'appliquer les mesures décidées à Lisbonne et de réaliser les réformes nécessaires pour faire de l'économie européenne la plus dynamique et la plus compétitive du monde. La stabilité, l'ouverture et la libéralisation : telles sont les conditions de la prospérité.
La politique extérieure de l'Europe
Ce défi - j'insiste - est fondamental, car c'est avec une économie forte et compétitive que nous gagnerons en influence et en respect, tout en consolidant le modèle européen d'État-providence.
Nous devons faire en sorte que l'UE pèse davantage sur la scène internationale et qu'elle assume des responsabilités plus importantes dans des domaines tels que la sécurité. L'Union européenne a besoin de s'affirmer sur le double plan de la politique extérieure et de la défense. Nous devons surmonter les effets de la crise irakienne et jeter les bases d'une politique extérieure et de défense qui aille au-delà des actuelles missions de Petersberg (2). La lutte contre le terrorisme et les armes de destruction massive devrait faire partie de nos priorités.
Mais un problème se pose : on ne pourra mener une politique extérieure et de défense commune dans une Union à 25 tant que les décisions seront prises à l'unanimité. Ce serait le plus sûr moyen de paralyser les initiatives. Les décisions doivent se prendre à la majorité qualifiée tout en s'assurant qu'aucun État membre ne soit mis en minorité lorsque ses intérêts vitaux sont en jeu. Il faudra veiller, par exemple, à ce que personne ne soit obligé de participer à certaines opérations contre sa volonté.
L'Union européenne est et veut être non seulement une union d'États mais aussi une union de citoyens. Afin d'associer tous les Européens à l'avenir de l'Union, je propose que le futur Traité sur la Constitution européenne, une fois signé, soit soumis à référendum le jour des élections au Parlement de Strasbourg, en juin 2004.
En définitive, les citoyens européens seront seuls juges de l'efficacité de l'Union et de sa capacité à influer sur l'avènement d'un monde plus sûr, plus prospère, plus pacifique et plus libre.



 
Notes de :

(1) Les 27 et 28 novembre 1995, à Barcelone, les gouvernements de 27 pays, le Conseil de l'Union européenne et la Commission européenne ont mis en place le Partenariat euro-méditerranéen, avec pour objectif principal de faire du bassin euro-méditerranéen une zone de dialogue, d'échanges et de coopération en vue de garantir la paix, la stabilité et la prospérité.
La Déclaration de Barcelone comprend trois volets mettant en œuvre les principaux éléments d'un partenariat politique et de sécurité, d'un partenariat économique et financier et d'un partenariat dans les domaines social, culturel et humain. L'aspect le plus connu est l'instauration d'une zone de libre-échange d'ici à 2010.
(2) Définies lors d'une réunion ministérielle de l'UEO en juin 1992 et insérées dans le traité d'Amsterdam en 1997, les missions de Petersberg concernent les missions d'action humanitaire et d'évacuation, de maintien de la paix et de gestion des crises.