POLITIQUE INTERNATIONALE N° 98 - HIVER 2003

ARAFAT : L'HEURE DE LA RETRAITE ?

Entretien avec Rawya Rashad Shawa
Représentante de Gaza au Conseil national palestinien
conduit par
Amir Taheri
Écrivain et éditorialiste


Amir Taheri - De nombreux articles ont été écrits sur le conflit israélo-palestinien. Pourtant, le monde extérieur méconnaît la politique interne de l'Autonomie. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Rawya Rashad Shawa - La principale explication réside dans le tour de passe-passe opéré par le président Yasser Arafat. Celui-ci a réussi à faire croire au monde entier qu'il incarnait à lui seul la volonté politique palestinienne en délivrant le même message depuis des années : " Adressez-vous à moi et vous n'aurez plus besoin de parler à quelqu'un d'autre " ! Beaucoup s'y sont laissé prendre. D'autant que sa pratique autoritaire du pouvoir a systématiquement découragé l'éclosion d'un débat démocratique au sein de l'Autorité. Yasser Arafat ne s'est jamais embarrassé de consultations. Il décide souverainement. Il compte parmi ces hommes qui ne peuvent œuvrer que dans l'ombre, dans le secret.
A. T. - Cette méthode semble plutôt lui avoir réussi...
R. R. S. - Oui, parce qu'il a d'abord négocié avec des dirigeants arabes qui partageaient cette culture de l'autocratisme et de la dissimulation. Eux aussi se défiaient du pluralisme politique et préféraient n'avoir à traiter qu'avec un seul interlocuteur. Le monde arabe vivait à l'heure des " hommes forts ". Les Européens, et dans une moindre mesure les Américains, acceptaient cette situation comme un fait de civilisation. Ils cherchaient dans chaque pays de la région le chef tout-puissant avec lequel négocier ou sur lequel ils pourraient exercer une pression. Yasser Arafat devint ainsi l'" homme fort " de Palestine. Un tel cas de figure n'est pas sans avantages pour Israël, dans la mesure où il est plus facile de flatter, d'acheter ou de briser un individu qu'un peuple. C'est, d'ailleurs, cette analyse qui a incité la presse israélienne à remettre Yasser Arafat en orbite lors du sommet d'Oslo, en 1993, et à conclure des pactes secrets avec lui. Les Israéliens s'étaient, en effet, sentis menacés par la nouvelle équipe mise en place deux ans auparavant, à la conférence de Madrid - une équipe constituée de personnes qui avaient vécu, voire travaillé, toute leur vie en Palestine et qui savaient, par conséquent, trouver les mots justes pour convaincre, en particulier les Américains. Il va sans dire que cette équipe n'a absolument pas été tenue au courant des négociations qui ont conduit aux accords d'Oslo et qu'elle l'a ressenti comme une trahison.
A. T. - Voulez-vous dire que Yasser Arafat n'a pas consulté le Conseil national palestinien avant de signer les accords d'Oslo ?
R. R. S. - Exact ! Le Conseil n'est qu'une simple chambre d'enregistrement. De la même façon, nous n'avons appris la signature des accords d'Hébron, en 1997, que de manière indirecte, grâce à un membre arabe de la Knesset, Azmi Bishara. Heureusement pour nous, le gouvernement israélien, lui, est tenu d'informer son Parlement ! Mais, je le répète, Yasser Arafat ne nous avait rien dit ! Il n'a jamais ressenti la nécessité de s'adresser à nous ou de solliciter notre soutien. Il n'avait pas besoin de nos conseils. N'est-il pas l'incarnation de la Sagesse ? De temps à autre, il nous envoyait Nabil Shaat (3), qui marmonnait devant nous quelques phrases inintelligibles, serrait des mains, se répandait en compliments, puis s'éclipsait aussi vite qu'il était arrivé. Depuis trois ans, Mahmoud Abbas (4) est censé informer les membres de notre commission politique. Eh bien, il ne les a jamais rencontrés, même pas pour prendre le thé !
A. T. - N'êtes-vous pas un peu sévère envers Yasser Arafat ?
R. R. S. - Dieu m'est témoin que ce n'est pas une affaire de personnes ! Yasser Arafat n'est que le produit d'une culture de l'autoritarisme, pour ne pas dire de la dictature, qui a imprimé sa marque sur la plupart des dirigeants arabes depuis la nuit des temps. Ce style de gouvernement ne pourra nous conduire qu'au désastre. Nous voyons la force militaire des Israéliens, leurs F-16 et leurs hélicoptères Apache. Mais nous devons également voir la force de leur système politique. Leurs dirigeants sont responsables devant le Parlement et, en dernier ressort, devant l'électorat. S'ils échouent, ils sont renvoyés. En Palestine, en revanche, l'" homme providentiel " peut commettre toutes les fautes, provoquer toutes les catastrophes, en parfaite impunité. Dans le monde arabe, les auteurs des plus grands désastres sont ceux qui demeurent le plus longtemps au pouvoir ! Seuls les peuples paient le prix de leurs erreurs. Nous ne pouvons pas rivaliser avec Israël sur le plan militaire. Mais il est vital que nous l'égalions politiquement. Nous ne disposons pas d'une machine de guerre comparable, mais il ne tient qu'à nous de nous doter de la même démocratie.
A. T. - Yasser Arafat a formé un nouveau gouvernement. Qu'en attendez-vous ?
R. R. S. - Yasser Arafat a demandé au précédent cabinet de démissionner parce qu'il savait que le Parlement s'apprêtait à adopter une motion de défiance. Or il ne conçoit pas qu'un tel événement puisse se produire. Il veut être le seul à pouvoir faire et défaire les gouvernements. Il a refusé de ratifier notre Loi fondamentale pendant cinq ans. Nous étions régentés par une structure ad hoc, hors de tout cadre légal, dans l'arbitraire le plus complet ! Il a fini par signer, sous la pression américaine ; mais il n'a de cesse, depuis, d'essayer de contourner les textes ! Il n'agit pas avec de mauvaises intentions. Il croit sincèrement que la démocratie est une absurdité et que les dirigeants de son espèce sont prédestinés à conduire des peuples muets, passifs, admiratifs et reconnaissants. Bref, Yasser Arafat est convaincu qu'en acceptant de les diriger depuis une trentaine d'années il a consenti une faveur aux Palestiniens.
A. T. - Le nouveau gouvernement a obtenu la confiance du Parlement par 56 voix pour, 18 contre et 5 abstentions. Cette majorité ne lui donne-t-elle pas les moyens de conduire sa politique ?
R. R. S. - Tant que le système n'aura pas été réformé dans son ensemble, même un cabinet entièrement composé d'anges sera voué à l'échec. Les dirigeants actuels ont perdu toute légitimité. Une simple rotation de personnel ne parviendra pas à changer cette situation.
A. T. - Iriez-vous jusqu'à dire que si Yasser Arafat conclut un nouvel accord avec les Israéliens, vous ne l'accepterez pas ?
R. R. S. - Absolument ! Le pouvoir doit revenir au peuple. Je pense que tout le monde a bien compris que la présente autorité ne dispose d'aucun mandat pour engager sérieusement les Palestiniens dans une affaire importante.
A. T. - Les prochaines élections législatives et présidentielle devraient avoir lieu au printemps 2003. Mais comment organiser un scrutin dans un tel contexte ?
R. R. S. - D'abord, il faut que l'armée israélienne se retire de nos villes et de nos villages. Ensuite, une force d'interposition doit être déployée. Chaque camp se sent menacé par l'autre. Seule une puissance neutre sera en mesure d'assurer la sécurité sur le terrain pendant le scrutin. Il est souhaitable que les États-Unis, l'Union européenne et les Nations unies supervisent les opérations, afin de prévenir les risques de fraude.
A. T. - Que se passera-t-il si Yasser Arafat et son parti, le Fatah, l'emportent à nouveau ?
R. R. S. - Je doute qu'ils puissent gagner, du moins si les citoyens sont informés des choix qui se présentent à eux dans le cadre d'une campagne libre et équitable. Quel sera le programme de Yasser Arafat ? Tout le monde a son bilan devant les yeux. Quant à son projet, il est tout simplement inexistant. Il espère toujours que quelqu'un ou quelque chose va le sortir des situations difficiles. Mais l'espoir ne constitue pas une stratégie.
A. T. - Et si le Hamas est victorieux... ?
R. R. S. - Pourquoi pas ? Il faudra respecter le verdict des urnes. Mais, pour l'heure, la question ne se pose pas puisque ce mouvement a annoncé son intention de boycotter tous les scrutins, à l'exception des élections locales. Ces dernières sont d'ailleurs régulièrement repoussées depuis 1999, de peur que le Hamas ne l'emporte dans près de 400 municipalités. La Palestine a besoin d'une stratégie nationale d'envergure, pas d'une simple tactique personnelle. La seule façon de parvenir à ce but est d'informer notre peuple et de remettre la décision entre ses mains.
A. T. - Une telle stratégie serait-elle basée sur le principe de deux États souverains ?
R. R. S. - Oui. En 1972, mon défunt père avait proposé d'unir la Jordanie, la Palestine et Israël au sein d'une confédération. Depuis, cette idée a été abandonnée. Les Jordaniens, en particulier, n'en veulent pas. La formule des deux États souverains a été acceptée, du moins en théorie, par une majorité de Palestiniens. Les Israéliens aiment répéter partout que nous voulons les jeter à la mer. Mais, en réalité, c'est l'inverse qui se produit. Ils nous forcent à quitter nos foyers.
A. T. - Le " plan Clinton " présenté à Taba à la fin de l'année 2000 sera-t-il l'une de vos sources d'inspiration (5) ?
R. R. S. - Le " plan Clinton " n'était qu'une version plus habile du " plan Barak ", un habillage destiné à égarer les Palestiniens pour pouvoir leur reprocher ensuite de ne pas vouloir la paix. Yasser Arafat l'a rejeté d'emblée. C'était un comportement infantile. Il nous a condamnés à endosser le rôle du méchant, tandis qu'Ehoud Barak, pourtant l'un des dirigeants les moins scrupuleux parmi tous ceux qu'Israël a produits, a pu se pavaner dans les habits d'un homme de paix. Il fallait répondre " oui, mais ". Oui, nous acceptons ce plan ; mais nous exigeons des négociations plus poussées sur un certain nombre de points qui nous paraissent inacceptables. Une telle erreur aurait sans doute été évitée si Yasser Arafat avait soumis la question au Parlement, afin que nous réfléchissions et que nous décidions ensemble.
A. T. - Il existe plus d'une douzaine de plans de paix, qui portent les noms de dirigeants arabes, israéliens et occidentaux. Mais aucun ne vient de Palestine. Vous donnez l'impression de ne pas avoir de vision claire de votre propre avenir...
R. R. S. - Mais nous avons une vision ! Comme je vous l'ai expliqué, nous acceptons le principe de deux États souverains. Il ne nous reste qu'à négocier les modalités qui nous permettront d'atteindre ce but, en conformité avec les résolutions de l'ONU, et en particulier avec les résolutions 242 et 338 (6). Nous devons nous mettre d'accord sur le statut de Jérusalem-Est, qui est une ville palestinienne et doit être notre capitale, ainsi que sur les frontières et le partage des eaux territoriales. Enfin se pose la question du droit au retour...
A. T. - Ehoud Barak a déclaré que le droit au retour se traduirait par un " raz-de-marée " de réfugiés palestiniens qui changerait la nature de l'État d'Israël. Que lui répondez-vous ?
R. R. S. - Cette déclaration est un signe supplémentaire de la mauvaise foi d'Ehoud Barak. Aucun pays ne peut rejeter le principe du droit au retour. Il est inscrit dans la législation internationale. Tous les États le reconnaissent, même Israël ! Les modalités pratiques, comme la durée pendant laquelle il pourra être exercé, restent naturellement à négocier. Les Israéliens disposent du droit de vote. Mais ils ne vont pas voter quand ils en ont envie ! Ce droit s'exerce à des moments bien précis et selon des modalités fixées par la loi. Il n'est pas question que quatre à cinq millions d'Arabes débarquent le même jour, la valise à la main ! Cette image relève de la propagande.
A. T. - Vous pensez vraiment pouvoir trouver un accord avec Israël sur la question du droit au retour ?
R. R. S. - Bien sûr. Il suffit que le gouvernement israélien adhère sincèrement à la formule des deux États souverains. Les desseins d'Israël ont toujours été tortueux. Ils reposent sur la tricherie, la volonté de tout nous prendre sans rien nous donner. Nous attendons depuis quatre ans la mise en place d'un corridor aérien, terrestre ou même souterrain entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. En vain. Aujourd'hui, ces territoires sont pratiquement coupés l'un de l'autre.
A. T. - L'Autorité palestinienne a la réputation d'être l'un des gouvernements les plus corrompus au monde. Est-ce exact ?
R. R. S. - Oui. Et ce jugement est encore en deçà de la vérité ! En quelques années, des mendiants sont devenus multimillionnaires ! Des milliards de dollars d'aide ont été déversés dans les territoires palestiniens et personne ne sait où ils ont atterri. Le Parlement n'a jamais reçu le moindre rapport sur ce sujet délicat. Il n'a pas, non plus, été autorisé à exercer son droit de contrôle. Qui sait à combien de caisses noires cette manne a profité ? Grâce à quelles opérations magiques tant d'aventuriers démunis sont-ils devenus aussi rapidement d'opulents propriétaires de palaces et autres somptueuses propriétés ? La dictature est parente de la corruption. L'obsession centralisatrice de l'Autorité palestinienne a affaibli et, dans certains cas, détruit notre société civile. Nombre d'organisations non gouvernementales ont disparu, ou sont devenues des coquilles vides, depuis la conclusion des accords d'Oslo. L'aide alimentaire envoyée par l'Union européenne est en vente libre sur le marché de Tel-Aviv ! Gaza a reçu des sommes énormes. Elle demeure pourtant l'une des régions les plus défavorisées de la planète. C'est une honte. Alors que les Israéliens volent notre terre, nos propres frères nous font les poches !
A. T. - On raconte que Yasser Arafat insiste pour signer personnellement tous les chèques d'un montant égal ou supérieur à 10 000 dollars...
R. R. S. - Il signe même les chèques de quelques centaines de dollars ! Il est obsédé par l'idée de garder la main sur la caisse, comme les petits épiciers. Il continue de penser que l'argent peut tout en politique. Quand on lui rapporte qu'untel ou untel a émis des critiques contre lui, son premier réflexe est de se demander : " Combien veut-il ? "
A. T. - Approuvez-vous les attentats suicides ?
R. R. S. - La question est mal posée. Laissez-moi vous raconter une expérience personnelle. Il y a quelques mois, je me suis rendue à Amman. Pour vous, c'est simple. Mais notre réalité, à l'intérieur des territoires, est différente. J'ai dû solliciter les permis nécessaires deux semaines avant mon départ, puis je me suis rendue à Khan Yunis (7) où j'ai été retenue par les autorités israéliennes pendant plusieurs heures. De là, j'ai été autorisée à entrer en Égypte où j'ai enfin pu prendre un avion pour la Jordanie. Et je suis membre d'un Parlement reconnu internationalement ! J'aurais pu me faire arrêter ou tuer à tout moment. Rien ne garantit qu'un missile ne détruira pas la voiture dans laquelle je me trouve, qu'une équipe de démolisseurs ne rasera pas ma maison, que celle-ci ne sera pas pillée, privée d'eau ou d'électricité. Nous vivons avec la même angoisse, jour après jour, année après année. C'est un miracle que nous n'en soyons pas réduits aux dernières frontières du désespoir ! Regardez-moi. Je suis une femme équilibrée, une mère, avec des responsabilités politiques. Eh bien, même moi, certains jours, je pourrais devenir folle sous l'occupation ! Quand une maison est en feu, certains sautent par les fenêtres, d'autres piétinent leurs voisins. Un individu censé approuverait-il ces actes ? Non, bien sûr. Mais on ne peut pas pousser des gens aux dernières limites de l'humanité et exiger d'eux, en même temps, qu'ils respectent les plus hautes règles morales. Il est important de le comprendre, même s'il faut refuser, bien sûr, de justifier l'injustifiable. Si vous voulez saisir la profondeur de notre misère, venez vivre avec nous.
A. T. - Mais qui est responsable des attentats suicides ?
R. R. S. - Je pense qu'un tiers d'entre eux est organisé par le Hamas et un autre tiers par le Djihad islamique. Pour le reste, il s'agit d'actes individuels.
A. T. - D'où le Hamas tire-t-il sa force ?
R. R. S. - La principale source de sa puissance est la faiblesse de l'Autorité palestinienne. Le Hamas a une stratégie lisible. Il s'exprime clairement. Vous pouvez ne pas être d'accord avec lui, mais au moins vous comprenez ce qu'il dit. Son but est de rayer Israël de la carte. Yasser Arafat, lui, tient un double langage, tantôt belliciste, tantôt pacifiste. Le Hamas n'a pas autant d'argent que l'Autorité. Mais il n'en est pas moins très riche. Tout le monde se demande, d'ailleurs, d'où provient cette opulence. En tout cas, il peut assurer nombre des services qui relèvent, normalement, de la compétence de l'État : des écoles, une sécurité sociale, des centres de soins, etc. Il s'est également opposé aux milliers d'arrestations arbitraires perpétrées par le régime de Yasser Arafat. Il n'est donc pas surprenant que ce mouvement soit parvenu à fédérer des pans entiers de notre société. Le contexte politique actuel lui ménage une très grande place. Mais il suffirait de changer ce contexte pour que le Hamas retrouve sa taille naturelle, qui est beaucoup, beaucoup plus petite.
A. T. - Les Palestiniens sont-ils mûrs pour un système démocratique ?
R. R. S. - Quel genre de test devrions-nous passer pour qu'on nous estime dignes d'une vie politique " normale " ? Vous l'ignorez peut-être, mais nous, Palestiniens, avons le plus haut taux d'alphabétisation de toutes les nations musulmanes et la population la plus éduquée de tous les pays arabes. N'oubliez pas que nous vivons au contact des Israéliens depuis des décennies. Nous voyons fonctionner leur démocratie. Nous pouvons comparer nos médias avec les leurs et - ai-je besoin de le préciser ? - nous sommes capables de saisir la différence.
A. T. - Une Palestine démocratique : les autres États arabes le permettront-ils ?
R. R. S. - Je ne peux pas répondre à leur place. Mais pourquoi devrions-nous tenir compte de l'avis de régimes qui ont conduit leurs propres peuples à la faillite ? De nombreux dirigeants de la région ont pris prétexte du conflit israélo-palestinien pour appliquer une politique dictatoriale, en expliquant que les Arabes devaient renoncer à leurs aspirations démocratiques tant que la situation ne serait pas réglée. Nous n'avons rien à attendre d'eux. Nous rejetons un tel cynisme.
A. T. - Serez-vous candidate à la prochaine élection présidentielle ?
R. R. S. - Croyez-moi, je ne me bats pas pour assouvir une ambition personnelle. Je milite pour l'avènement d'un système parlementaire, et non présidentiel. J'appelle de mes vœux un processus de décision collégial, qui tienne en permanence compte de l'avis du peuple palestinien. Il faut en finir avec l'autoritarisme. La démocratie est la clé de notre avenir.



 
Notes de :

(1) Le scrutin du 28 janvier 2003 était un scrutin anticipé, provoqué par le départ du Parti travailliste de la coalition gouvernementale dirigée par Ariel Sharon, en octobre dernier.
(2) Le Conseil national palestinien (CNP) est le parlement de l'Autorité palestinienne. Il est composé de 88 membres. Il sera renouvelé lors des prochaines élections législatives et présidentielle.
(3) Nabil Shaat est l'actuel ministre palestinien de la Coopération internationale.
(4) Mahmoud Abbas, alias Abu Mazen, secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
(5) Dévoilé lors de la conférence de paix organisée à Taba, en Égypte, du 21 au 27 janvier 2001, le " plan Clinton " prévoyait notamment : la partition de Jérusalem, dont les quartiers musulmans, chrétiens et arméniens auraient été intégrés au futur État palestinien, ainsi que des lieux symboliques, tels que la mosquée al Aqsa ; l'abandon par les Palestiniens du principe du " droit au retour ", qui concerne près de 3,7 millions de réfugiés ; la cession aux Palestiniens de 95 % de la Cisjordanie et de l'intégralité de la bande de Gaza.
L'application de ce plan devait être garantie par l'envoi d'une force internationale. Par ailleurs, Israël aurait été autorisé à maintenir un contingent militaire réduit dans la vallée du Jourdain pendant 3 ans.
(6) Adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 22 novembre 1967, soit six mois après la guerre des Six Jours, la résolution 242 exige " l'instauration d'une paix juste et durable au Moyen-Orient ", qui passe par " le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés pendant le récent conflit " et le " respect et reconnaissance de la souveraineté de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque État de la région, et leur droit de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues, à l'abri de menaces et d'actes de force ".
La résolution 338, votée par le Conseil de sécurité le 22 octobre 1973, pendant la guerre du Kippour, réaffirme quant à elle la validité de la résolution 242. Elle appelle au cessez-le-feu et à des négociations en vue " d'instaurer une paix juste et durable au Moyen-Orient ".
(7) Village palestinien de la bande de Gaza situé à proximité de la frontière égyptienne.