Politique Internationale - La Revue n° - AUTOMNE -


L'Iran face aux printemps arabes
Entretien avec Ali Akbar VELAYATI
Premier conseiller du Guide de la révolution pour la diplomatie et les affaires étrangères depuis 19
conduit par
Jean-Pierre Perrin
Journaliste, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur, entre autres publications, de : Jours de poussière
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Jean-Pierre Perrin - Téhéran a dernièrement proposé un plan de règlement du conflit syrien (1). Mais n'est-il pas trop tard pour une réconciliation entre le régime et l'opposition ? Les combats ont atteint un tel niveau d'intensité qu'un cessez-le-feu est-il même envisageable ? Ali Akbar Velayati - Depuis le tout début, nous sommes contre cette guerre et contre l'utilisation de la force armée par l'opposition. Nous croyons, et nous avons essayé d'en convaincre d'autres pays, que le gouvernement et l'opposition doivent s'asseoir ensemble pour discuter et trouver une solution pacifique. Pour répondre à votre question : non, nous ne pensons pas qu'il soit trop tard. D'ailleurs, qu'est-ce qui vous fait penser qu'il serait trop tard ? J.-P. P. - Un camp va probablement l'emporter sur l'autre... A. A. V. - Et quel camp, selon vous ? J.-P. P. - L'opposition, mais je ne saurais dire quand... A. A. V. - On dirait que vous n'êtes pas très au fait de la situation régionale. Selon nos estimations, les pays occidentaux se trompent. En aucun cas les rebelles ne peuvent gagner. Écrivez-le : ils ne vont pas gagner ! J.-P. P. - Pourquoi ? A. A. V. - Nous connaissons bien la situation en Syrie et dans la région. Ce n'est pas parce que les Occidentaux livrent des missiles Patriot à la Turquie et donnent de l'argent et des armes à Al-Qaïda et aux rebelles que ceux-ci vont l'emporter. Car, en face d'eux, ils ont non seulement l'armée syrienne mais aussi des groupes de combattants et des Syriens ordinaires bien entraînés et de plus en plus expérimentés. Ils sont désormais des dizaines de milliers qui combattent aux côtés de l'armée contre les forces d'opposition. Ils ne cessent de croître en qualité et en quantité. J.-P. P. - Il n'empêche qu'une bonne partie d'Alep - la capitale économique du pays et la deuxième ville la plus peuplée de Syrie - est tombée entre les mains de la rébellion et que le régime ne parvient pas à reprendre les quartiers pris par l'opposition... A. A. V. - Vous êtes français. Pendant combien de temps votre pays a-t-il été occupé par les nazis ? J.-P. P. - Quatre ans. A. A. V. - Quatre ans ! Le peuple de France a donc remporté la guerre après quatre ans de lutte contre les nazis. Tous les pays qui ont été occupés pendant la Seconde Guerre mondiale se sont libérés. Certains jours, à Alep, les rebelles progressent ; le lendemain, ils perdent du terrain ; c'est la loi de la guerre. Mais, je le répète, selon notre appréhension de la réalité du champ de bataille, nous ne pensons pas que l'opposition parviendra à ses fins. Il y a d'autres raisons à cela : lorsque vous découvrez que des groupes de combattants, soutenus par des puissances étrangères, viennent chez vous pour renverser votre gouvernement, peu importe que vous soyez satisfait ou non de ce gouvernement ; votre réaction est de faire bloc contre les envahisseurs. C'est aujourd'hui le sentiment qui prédomine chez les Syriens. J.-P. P. - Mais le régime syrien n'est pas tellement différent de celui de Saddam Hussein ! Il est, lui aussi, une émanation du parti Baas. Comment pouvez-vous soutenir un régime semblable à celui qui a vous a envahi en septembre 1980 et a causé tant de pertes à l'Iran ? A. A. V. - Si nous étions contre le régime de Saddam Hussein, c'est parce qu'il avait envahi l'Iran et occupé des milliers de kilomètres carrés de notre territoire. Mais ce n'est pas à nous de juger la nature des régimes en place ; c'est au peuple de décider de la forme de son gouvernement. Le principal problème que nous avions avec l'Irak de Saddam Hussein, c'est la guerre qu'il nous a déclarée. Je vous rappelle qu'à cette époque le gouvernement syrien nous a aidés (2). J.-P. P. - Autre conflit qui inquiète la communauté internationale, là encore dans un pays voisin de l'Iran : l'Afghanistan. Le processus de réconciliation entre les États-Unis et les talibans est au point mort. S'il devait reprendre demain et déboucher sur une conférence internationale, l'Iran serait-il prêt à y participer ? A. A. V. - Ce n'est pas à nous de décider à la place des Afghans. Le peuple afghan doit être maître de son destin et ne pas dépendre des décisions américaines. Pourquoi les États-Unis devraient-ils se mêler de l'avenir de l'Afghanistan ? J.-P. P. - J'évoquais une conférence... A. A. V. - Si le gouvernement légal dirigé par Hamid Karzaï décide d'organiser une conférence, je n'y vois aucun inconvénient. Mais de quel droit, au regard des lois internationales, les États-Unis discuteraient-ils avec les talibans ? Quelle est leur légitimité ? De plus, ce serait aller à l'encontre de la volonté du peuple afghan. J.-P. P. - Les talibans sont-ils en train de l'emporter sur le terrain ? A. A. V. - Je ne le crois pas. Les talibans continuent de se battre, d'une part, contre les Américains et, d'autre part, contre les forces du gouvernement afghan. Notre espoir est qu'un processus de réconciliation nationale se mette en place entre le gouvernement, les talibans et tous les autres groupes afghans. C'est notre souhait le plus cher. J.-P. P. - L'Iran aussi a des intérêts en Afghanistan... A. A. V. - Oui, bien sûr. J.-P. P. - Et, traditionnellement, vous soutenez les minorités, en particulier les Hazâras... A. A. V. - Nous soutenons les peuples d'Afghanistan, qu'ils soient pachtoun, tadjik ou hazâra... Ils appartiennent tous à une seule et même nation qui possède une frontière commune et présente bien des similitudes avec l'Iran sur les plans historique, religieux ou culturel. La langue est également un élément qui nous unit puisque la quasi-totalité des Afghans parlent et comprennent le persan. J.-P. P. - Vous n'êtes pas sans savoir que l'Europe vit dans la crainte d'une attaque israélienne sur les sites nucléaires iraniens. Êtes-vous inquiet à l'idée que de tels raids puissent survenir? L'ex-ministre israélien des Affaires étrangères Avidgor Lieberman (3) a déclaré que ce n'était plus qu'une question de mois... A. A. V. - Ils ne peuvent pas faire ça. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est scander des slogans et mener une guerre psychologique contre notre pays. Mais ils sont incapables de passer à l'acte. Ce que nous constatons, au contraire, c'est leur faiblesse. À cet égard, l'expérience de nos amis du Hezbollah et du Hamas est très instructive. En 2006, le Hezbollah est sorti victorieux de la guerre des 33 jours (4). Deux ans plus tard, Israël a perdu sa guerre contre Gaza. Et pas plus tard qu'il y a quelques semaines, l'armée israélienne a essuyé une nouvelle défaite, toujours à Gaza. Les Israéliens ne parviennent pas à l'emporter dans la bande de Gaza. Comment pourraient-ils réussir face à un grand pays comme l'Iran ? Comment pourraient-ils se battre contre l'État le plus puissant de la région ? Leurs discours ne sont que des rodomontades vaines et prétentieuses auxquelles nous ne prêtons même pas attention. J.-P. P. - Derrière les assassinats d'experts iraniens de l'atome et les cyber-attaques dont ont été victimes vos installations nucléaires (5), beaucoup ont vu la main d'Israël. Diriez-vous que l'État juif mène une guerre secrète contre votre pays ? A. A. V. - Ce n'est pas une guerre, c'est du terrorisme. Quand le régime usurpateur d'Israël - je dis bien le régime usurpateur d'Israël - envoie des tueurs sur notre territoire pour assassiner nos universitaires, ce n'est pas une guerre, mais un soutien sans ambiguïté au terrorisme. Rien d'autre. J.-P. P. - À propos du nucléaire, les négociations entre l'Iran et les « cinq plus un » (les cinq membres du Conseil de sécurité plus l'Allemagne) ont été interrompues depuis des mois. On dit qu'elles pourraient reprendre bientôt mais les diplomaties européennes restent sceptiques sur leurs chances d'aboutir. Êtes-vous de cet avis ? A. A. V. - Nous sommes favorables à des discussions dès lors qu'elles se déroulent dans un cadre international et qu'elles respectent le Traité de non-prolifération (TNP) (6). Nous agissons dans la plus parfaite légalité, sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). J.-P. P. - Dans ses derniers rapports, l'Agence se montre très critique vis-à-vis de l'Iran, l'accusant de manquer de transparence sur certaines de ses installations et de ne pas se conformer aux exigences du TNP (7)... A. A. V. - Vous voulez que je vous dise pourquoi ? Ces rapports sont des provocations. Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et quelques autres pays exercent des pressions sur le directeur général de l'AIEA pour qu'il lance des accusations sans aucun fondement contre l'Iran. Certains rapports émanant d'Américains ont été transmis au directeur général pour lui faire dire que l'Iran mène des activités clandestines ou cachées. Mais ce n'est pas vrai ! J.-P. P. - Ce n'est pas vrai ? A. A. V. - Non. Nous travaillons au grand jour sous l'oeil des caméras qui ont été placées par les inspecteurs de l'Agence eux-mêmes dans tous les sites où nous exerçons nos activités. Des activités totalement pacifiques. J.-P. P. - Un site nucléaire secret a été récemment découvert non loin de la ville sainte de Qom... A. A. V. - C'est faux ! Tout ce que nous construisons, un bâtiment par exemple, est immédiatement déclaré à l'Agence. Rien n'est dissimulé. Je le répète : nos activités sont de nature pacifique et placées sous contrôle international. J.-P. P. - L'Iran n'a donc rien à se reprocher... A. A. V. - Absolument. Vous savez très bien comment cela fonctionne. Il suffit que nous n'ayons pas de relations amicales avec un pays occidental, a fortiori un membre du groupe des « cinq plus un », pour qu'il nous témoigne son animosité en nous accusant de violer les règles internationales. La principale motivation de ces pays, qui sont nos ennemis ou qui, en tout cas, n'ont aucune sympathie à notre égard, n'a rien à voir avec la réalité du nucléaire. Ils lancent des accusations dénuées de tout fondement, simplement pour faire pression sur nous. Croyez-moi, nous avons une longue expérience de ce genre de comportement. J.-P. P. - Toujours à propos du nucléaire, on a l'impression, vu de l'extérieur, que deux lignes s'affrontent. En 2008, le chef de l'équipe des négociateurs iraniens, Ali Larijani, a été brutalement remplacé par Saeed Jalili, qui est aussi l'actuel secrétaire du Conseil national de sécurité (8)... A. A. V. - Quelle différence y a-t-il entre les deux ? Larijani était également secrétaire du Conseil national de sécurité avant de se tourner vers le Parlement ; il a donc été remplacé. L'un et l'autre mènent la même politique : celle qui est décidée par le gouvernement. J.-P. P. - Le gouvernement plus le Guide suprême ? A. A. V. - Le gouvernement, c'est le gouvernement. C'est lui qui prend toutes les décisions stratégiques, en matière de politique étrangère comme de politique intérieure. J.-P. P. - À l'époque, pourtant, quelque 200 députés du Majlis (le Parlement) avaient protesté contre le départ d'Ali Larijani... A. A. V. - Dans un pays démocratique, il est normal qu'il y ait des divergences d'appréciation. Les uns soutiennent Larijani, les autres Jalili... J.-P. P. - Trente-trois ans après l'avènement de la révolution iranienne, ne pensez-vous pas qu'il est temps d'établir des relations diplomatiques avec les États-Unis, ne serait-ce que pour régler certains problèmes ? Au début de son premier mandat, le président Obama vous a tendu la main mais vous ne l'avez pas saisie... A. A. V. - Et immédiatement après, il a avalisé des sanctions supplémentaires contre l'Iran ! Laissez-moi vous donner un exemple : quelqu'un coupe la tête à un pigeon en pleurant. Un homme simple va dire : « Regarde ses larmes ! » Mais un autre homme, plus sage, va lui rétorquer : « Pourquoi regardes-tu ses yeux et non pas ses mains ? Il est en train de décapiter un pigeon ! » Pourquoi les Américains disent-ils qu'ils sont prêts à discuter avec nous alors que, dans le même temps, ils aggravent les sanctions ? Cela veut dire qu'ils ne sont pas sincères. Pourquoi devrions-nous répondre de façon positive à un gouvernement qui n'a jamais cessé, depuis le tout début de la révolution, de nous manifester son hostilité et qui a même poussé Saddam Hussein à nous attaquer ? Les Américains sont allés jusqu'à fournir des renseignements à l'armée irakienne et à donner leur feu vert à certains pays arabes de la région pour qu'ils aident financièrement le régime de Bagdad. La France n'était pas en reste : elle a livré à Saddam des avions de combat, des hélicoptères, des missiles... pour combattre l'Iran ! Et j'en passe. Pour revenir à l'Afghanistan, je vous signale que si le peuple afghan a pu se débarrasser des talibans, c'est grâce à l'Iran (9). Ce qui n'a pas empêché M. Bush de s'en prendre à nous aussitôt après. Même chose avec l'Irak : nous avons contribué à la chute de la dictature de Saddam Hussein et, malgré tout, les Américains continuent de nous être hostiles. Ils n'ont pratiquement jamais eu un seul geste positif vis-à-vis de nous. Rien que des discours. Des discours ! Mais qu'est-ce que l'Iran peut gagner avec des discours ? Des discours pour quoi ? Je me rappelle une réunion sur l'Afghanistan, organisée sous l'égide des Nations unies avec des représentants des États-Unis, de l'Iran et d'autres pays. À un moment, l'Américain s'est levé et a quitté la table en disant que, puisque l'Iran violait les droits de l'homme, les États-Unis n'étaient pas prêts à continuer. C'était ridicule ! Juste un prétexte pour couper court à des négociations qui, sous la supervision des Nations unies, allaient dans le sens des intérêts du peuple afghan. Pourquoi devrions-nous accorder la moindre confiance aux propos de M. Obama alors qu'il poursuit la même politique que ses prédécesseurs ? J.-P. P. - Auriez-vous préféré que Mitt Romney fût élu à la place de Barack Obama en novembre dernier ? A. A. V. - Pour nous, cela ne fait aucune différence. Depuis 1979, nous avons eu affaire aux Républicains comme aux Démocrates : rien n'a changé. J.-P. P. - Passons à la politique intérieure. Les élections présidentielles approchent (elles sont prévues pour le 16 juin 2013). Serez-vous candidat à ce scrutin ? A. A. V. - Il est encore trop tôt pour en parler. Une chose est sûre : nous essaierons d'éviter une trop grande dispersion des voix sur un trop grand nombre de candidats. Les responsables politiques doivent se rassembler. Les « oussoulgarian » (les « principalistes ») (10) ont tout intérêt à présenter une candidature unique s'ils veulent remporter ce scrutin. Ce qui ne veut pas dire, bien entendu, qu'il ne doit pas y avoir d'autres candidats... J.-P. P. - Accorderez-vous un jour votre pardon aux candidats de la précédente élection, Mehdi Karoubi et Mir-Hossein Moussavi  (11)? A. A. V. - Ce n'est pas à moi de décider. Leur sort est entre les mains de l'institution judiciaire. J.-P. P. - Mais vous, personnellement, considérez-vous qu'ils se sont mal comportés ? A. A. V. - Certainement. Ils ont agi contre la sécurité nationale de ce pays (12). J.-P. P. - Pourtant, des millions de voix se sont portées sur leurs candidatures lors de la présidentielle de 2009... A. A. V. - C'était avant les incidents qui se sont produits à l'issue des élections. Les gens ignoraient alors qu'ils allaient entraîner le pays dans le chaos et mettre en danger sa sécurité, voire son intégrité. J.-P. P. - Pensez-vous qu'ils doivent être jugés ? A. A. V. - Encore une fois, la décision ne m'appartient pas. C'est à la justice de trancher. J.-P. P. - Vous avez bien une opinion... A. A. V. - Pour moi, la réponse est oui, car, je vous l'ai dit, ils ont agi contre l'intérêt national. J.-P. P. - Parlons à présent de l'économie. Malgré la rente pétrolière, les temps sont durs pour l'Iran. À cause des sanctions internationales décidées par l'ONU mais aussi à cause, si l'on en croit une récente déclaration d'Ali Akbar Hachemi-Rafsandjani, d'une mauvaise gouvernance (13). En passant, je soumets à votre réflexion le chiffre de l'inflation que vient de publier la Banque nationale d'Iran : il s'établit officiellement à 26,1 %. Certains spécialistes affirment qu'il s'élève en réalité à plus de 50 %. Dans ces mauvais résultats, quelle est la part des erreurs de gestion du gouvernement Ahmadinejad et quelle est celle des sanctions ? A. A. V. - L'Iran partage 8 000 kilomètres de frontières communes, terrestres ou maritimes, avec quinze pays. Comment voulez-vous que les sanctions nous atteignent ? J.-P. P. - Voulez-vous dire que certains de vos voisins enfreignent les règles de l'ONU ? A. A. V. - Loin de moi l'idée d'accuser qui que ce soit. Je dis juste que notre situation géographique rend la tâche de notre gouvernement plus facile... J.-P. P. - Admettons. Mais vous ne pouvez pas nier que les sanctions bancaires vous causent un lourd préjudice... A. A. V. - Oui, bien sûr, c'est difficile ; mais si nous voulons continuer à résister à la volonté des États-Unis et de leurs alliés, nous devons supporter un certain fardeau sur nos épaules. Les sanctions font partie de notre quotidien depuis le début de la révolution. Laissez-moi vous donner un exemple : pendant la guerre avec l'Irak, l'Iran voulait acheter des camionnettes Toyota au Japon mais ce pays ne nous les a pas vendues au prétexte que nous aurions pu nous en servir pour transporter des troupes et violer ainsi les sanctions ! Au fond, ces restrictions nous ont aidés à devenir plus forts et nous ont appris à ne compter que sur nous-mêmes. Depuis trente ans, nous avons accompli d'immenses progrès techniques et scientifiques. Sans les sanctions, qui nous ont empêchés d'acheter à l'extérieur les matériels sophistiqués dont nous avions besoin, nos chercheurs auraient peut-être été moins performants. Sur le plan alimentaire, par exemple, nous sommes autosuffisants. J.-P. P. - Actuellement, le dollar s'échange contre 2 800 tomans... A. A. V. - Quel est le problème ? J.-P. P. - Il n'y a pas si longtemps, un dollar valait 1 000 tomans... A. A. V. - Je ne vous l'ai pas caché : nous nous trouvons dans une situation relativement plus difficile qu'il y a quelques mois. Mais vous devez être conscient que nous trouvons des moyens indirects de vendre notre pétrole, lequel nous rapporte plus d'argent qu'il y a trois ou quatre mois. J.-P. P. - En résumé, diriez-vous que l'Iran est bien ou mal géré ? A. A. V. - Pardonnez-moi de revenir encore une fois à la France : pendant la campagne électorale qui a opposé Nicolas Sarkozy à François Hollande, les invectives ont atteint un niveau bien supérieur à ce qu'on constate en Iran ! La critique et le débat font partie de la démocratie. Lorsqu'on fait le bilan d'un gouvernement, il y a toujours du positif et du négatif. Diriger un pays dans une région aussi sensible que la nôtre n'est pas facile. J'estime que, globalement, notre gouvernement a fait du bon travail. J.-P. P. - Esfandiar Rahim-Mashaï (14), l'actuel directeur de cabinet du président Ahmadinejad, a fait des déclarations qui ont choqué certains dirigeants en Iran. L'avez-vous été? A. A. V. - M. Mashaï, lui aussi, a fait un très bon travail au poste de vice-président. Pourquoi devrais-je être choqué ? J.-P. P. - N'est-il pas le dauphin de Mahmoud Ahmadinejad qui, constitutionnellement, ne peut pas se représenter ? A. A. V. - Ce sont des suppositions. M. Ahmadinejad ne s'est jamais exprimé sur ce sujet, ni directement ni indirectement. J.-P. P. - Du fait de la mise en résidence surveillée de ses leaders, l'« aile gauche » de la République islamique, pour utiliser une terminologie occidentale, pourrait boycotter la consultation. Qu'en pensez-vous? A. A. V. - L'aile gauche, comme vous dites, n'est pas un bloc homogène. Quelques-uns décideront sans doute de la boycotter, mais la majorité y participera. Ce sont des choses qui arrivent partout, y compris en Europe. C'est aussi ce qui s'est produit en Égypte en décembre dernier. J.-P. P. - L'Iran est-il satisfait de la manière dont évoluent les révolutions arabes ? A. A. V. - Nous n'employons pas le terme de « révolutions arabes » mais de « réveil islamique ». Nous sommes très heureux que trois pays arabo-musulmans aient pu se débarrasser de leurs dictateurs. Les peuples de Tunisie, d'Égypte et de Libye ont désormais la chance de pouvoir élire leurs propres dirigeants. M. Morsi, auquel je viens de faire allusion, a été élu avec 52 % des voix. Cette évolution est irréversible et aura d'importantes répercussions sur les pays arabes. Le temps des dictatures est terminé, au moins dans cette partie du monde. Tôt ou tard, les gens prendront leur destinée en main. J.-P. P. - Ces révolutions arabes permettront-elles d'apaiser la guerre actuelle entre chiites et sunnites ? A. A. V. - Il n'y a pas de guerre entre chiites et sunnites. Nous oeuvrons pour un rapprochement entre ces deux branches de l'islam afin qu'elles puissent vivre et travailler ensemble. J.-P. P. - Une dernière question. Quand déciderez-vous ou non d'être candidat à la prochaine présidentielle ? A. A. V. - Je vous répondrai lors d'une prochaine interview !
Notes :