Politique Internationale - La Revue n° - AUTOMNE -


QUE RESTE-T-IL DU REVE EUROPEEN?
Entretien avec Wolfgang SCHAUBLE
Ministre allemand des Finances depuis 2009.
conduit par
Jean-Paul Picaper
Responsable du bureau allemand de Politique Internationale. Professeur de sciences politiques à Berl
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Jean-Paul Picaper - Contrairement à l'Allemagne où les partis de gouvernement sont sortis renforcés du scrutin européen du 25 mai dernier, la France a enregistré une percée spectaculaire du Front National au détriment des formations traditionnelles. Ce résultat inquiète-t-il les Allemands (1) ?

Wolfgang Schäuble - Il inquiète d'abord la plupart des Français qui ne se reconnaissent pas dans ces chiffres. Mais c'est évidemment un choc pour tous ceux qui aiment l'Europe, à commencer par les Allemands. Pour quelqu'un comme moi qui suis convaincu que la France et l'Allemagne ont une responsabilité particulière en tant que moteur de l'intégration européenne, un résultat électoral de ce genre en France est doublement douloureux. Cela dit, les Allemands n'ont pas vocation à porter des jugements sur autrui. D'autant que la France n'est pas la seule à être confrontée à ce genre de difficulté. Si nous ne sommes plus capables d'expliquer aux citoyens de ce continent le prix qu'il convient d'attacher à l'unité européenne, alors nous aurons un vrai problème.

J.-P. P. - Est-ce la fin du rêve européen ?

W. S. - Non, nous devons rebondir sur le scrutin du 25 mai et en profiter pour pousser l'Europe en avant. Ce sont les crises qui la font bouger. Parce que l'Europe ne va pas bien, c'est à nous de devenir meilleurs.
L'ancien chancelier Helmut Schmidt, un homme d'expérience (2), avait déclaré avant les européennes : « Le Parlement européen doit faire un putsch. » C'est le genre de formule - certes, un peu exagérée - qu'affectionne la Bild Zeitung. Mais qui sait ? Peut-être que les choses vont changer plus qu'on ne le croit (3)...

J.-P. P. - Que peut faire l'Allemagne pour aider la France à sortir de l'ornière ?

W. S. - Là n'est pas la question.  Nous avons besoin d'une France forte. Aussi allons-nous tirer ensemble la leçon de ces élections. Nous allons naturellement réfléchir dans le cadre européen, et surtout avec la France, aux moyens de retrouver une croissance durable et de faire baisser le chômage des jeunes. Cela ne se fera pas sans décisions douloureuses. Il faudra rendre des comptes à la population et faire passer l'idée que nous allons dans la bonne direction. Le Conseil des ministres des Finances de l'Eurogroupe va prochainement se saisir de ce dossier.

J.-P. P. - Précisément, quelles sont vos relations avec vos confrères de l'Eurogroupe (4) ?

W. S. - Je me suis bien entendu avec Pierre Moscovici et je m'entends bien avec Michel Sapin. Nous nous réunissons au moins une fois par mois.

J.-P. P. - L'Eurogoupe est devenu le noyau de l'Europe. La distance entre les 18 membres de la zone euro et les 10 autres membres de l'Union européenne ne tend-elle pas à s'accroître (5) ?

W. S. - C'est un danger auquel il faut, en effet, prendre garde. Au Parlement européen, on n'apprécie guère ce clivage. Or je pars du principe que le Parlement européen doit jouer un rôle de plus en plus important. Mon voeu le plus cher est que les décisions concernant la zone euro ne soient pas prises sans l'accord du Parlement. C'est pourquoi j'ai proposé, il y a quelques années déjà, la création d'un Parlement de la zone euro. Mme Merkel a toujours soutenu cette initiative. Pourquoi ne pas la relancer aujourd'hui ? Certains pays - ils sont nombreux en Scandinavie et en Europe de l'Est - souhaitent adopter l'euro. Un seul résiste : le Royaume-Uni.

J.-P. P. - Et le Danemark ?

W. S. - Il y a, au Danemark, de plus en plus d'indécis. La Tchéquie est à présent favorable à l'euro. Quant à la Pologne, son adhésion est programmée. Pour les Polonais, la question n'est plus de savoir « si », mais « quand ». Quoi qu'on fasse, en tout cas, il faut doter la zone euro de meilleures structures décisionnelles tout en évitant que ces structures élargissent le fossé qui nous sépare des pays hors zone euro.

J.-P. P. - Il y aura toujours en France des extrémistes qui voudront sortir de l'euro et quitter l'Union européenne. Faisons une supposition : que se passerait-il si la France abandonnait l'euro ?

W. S. - En tant que ministre des Finances, vous comprendrez que je ne peux pas me permettre d'échafauder des scénarios de politique-fiction ! Mais une monnaie européenne sans la France est impensable. Ce serait la fin de l'euro.

J.-P. P. - Quelles seraient les conséquences économiques de la fin de l'euro ?

W. S. - Ce serait une catastrophe, avec des conséquences gravissimes non seulement pour les pays concernés, mais pour toute l'Europe. Au cours des années de crise économique mondiale que nous venons de traverser, avant l'amélioration que nous connaissons, les Anglais n'ont cessé de crier : « Vous autres, Européens, vous avez créé cet euro. Veillez maintenant à ce qu'il reste stable ! » La fin de l'euro emporterait aussi la Grande-Bretagne dans la tourmente. C'est pourquoi il faut l'empêcher.

J.-P. P. - L'euro est désormais la deuxième monnaie de réserve mondiale et paraît même en passe de supplanter le dollar...

W. S. - N'allez pas trop vite en besogne ! L'Amérique reste la première puissance du monde et le dollar la principale monnaie de réserve. Ce sont des faits indiscutables. Qui d'autre peut garantir la stabilité de l'espace asiatique ? Qui est capable d'apaiser les tensions dans une Europe préoccupée par la crise ukrainienne ? Quant au conflit israélo-palestinien, il ne trouvera pas de solution sans les États-Unis. Il ne faut jamais l'oublier : l'unification de l'Europe n'est pas une alternative au partenariat transatlantique, mais un élément de celui-ci. Nous aurons besoin d'une Europe forte pour pouvoir influencer les Américains au sein de ce partenariat.

J.-P. P. - En France, le projet de traité de libre-échange transatlantique soulève de vastes polémiques. Nombreux sont ceux, y compris dans les partis modérés, qui pointent du doigt les menaces qu'il représenterait pour certains secteurs comme l'agriculture, la chimie, l'industrie pharmaceutique, etc. Ces craintes sont-elles justifiées (6) ?

W. S. - Avant toute chose, il faut que nous préservions notre identité culturelle. Nous devons veiller à ce que la culture, qui fait la richesse de l'Europe, ne soit pas mise en danger par le jeu des lois du marché. Voilà deux siècles que la langue anglaise s'est imposée de justesse aux États-Unis au détriment de la langue allemande. Du coup, il n'y a plus que deux langues dominantes dans le monde : le chinois et l'anglais. On ne peut pas se satisfaire du fait que la culture ne soit diffusée qu'à travers ces deux langues.
La France est très en pointe dans ce combat, sans doute parce qu'elle a une meilleure appréhension de ce qu'exige la culture. C'est une chose que les Américains peuvent comprendre. D'autant que l'Amérique elle-même est en train de devenir bilingue. Aux États-Unis, on ne peut plus gagner une élection sans les voix des Hispaniques. Tout candidat à la présidence doit connaître au moins des rudiments d'espagnol.
Au-delà de ce dossier spécifique, nous ne devons pas nous comporter comme si nous avions raison sur tout et systématiquement placer les Américains en position d'accusés. Nous devons négocier d'égal à égal en respectant nos interlocuteurs. Je répète que ce pacte de libre-échange revêt une importance capitale. Il est anormal que toutes les régions économiques du monde soient liées les unes aux autres par des traités de ce type et que les deux plus grandes - l'Europe et l'Amérique - ne le soient pas.
J'ajoute qu'il ne sert à rien de s'arc-bouter sur des structures économiques héritées du passé. Dans le monde globalisé d'aujourd'hui, c'est même un facteur d'affaiblissement.

J.-P. P. - Faites-vous allusion à la France ?

W. S. - On observe exactement les mêmes résistances en Allemagne. Je le sais d'expérience.

J.-P. P. - N'est-ce pas à cause de ce conservatisme que la France n'est plus compétitive ?

W. S. - Ne rendons pas la France pire qu'elle n'est. La France est compétitive.

J.-P. P. - Même avec un euro fort ?

W. S. - Allons donc ! Celui qui voit dans la parité de sa monnaie l'origine de ses problèmes économiques a tort. Il combat les symptômes au lieu de s'en prendre aux racines du mal. Un pays qui mise sur la dévaluation pour s'en sortir va dans le mur.

J.-P. P. - L'Allemagne est-elle prête à partager ses excédents commerciaux avec d'autres pays européens, par exemple sous forme d'obligations - les fameux eurobonds ?(7) ?

W. S. - Laissez-moi vous dire tout d'abord ceci : nous partageons notre force avec les autres. Le mécanisme de défense de l'euro repose sur la confiance dont nous honorent les marchés. Quant à nos excédents commerciaux, ils ne sont pas aussi mirobolants qu'on le dit.
J'en viens aux eurobonds. Nous pourrions naturellement mutualiser notre responsabilité financière. Mais il faudrait que cette décision fasse l'objet d'un consensus au niveau européen. Si nous mettions en place un tel instrument au niveau national, nous créerions ce que les économistes appellent une « fausse incitation ». C'est pourquoi il est si important que la France réduise ses déficits comme elle s'y est engagée. Nous ne voulons pas d'une Europe allemande. C'est pourquoi, je le redis, nous avons besoin d'une France forte.

J.-P. P. - Si je vous suis bien, les marchés ont confiance dans l'euro parce que l'Allemagne investit à l'étranger (8)...

W. S. - Absolument. D'une manière générale, nous sommes prêts à discuter de ce que l'on pourrait faire pour favoriser les investissements porteurs de croissance. Mais il ne faut pas retomber dans l'erreur que l'Allemagne et la France ont commise en 2003 lorsque, dans une situation économique certes difficile, elles ont détruit les règles du pacte de stabilité et de croissance. C'est ce qu'ont décidé le chancelier Schröder et le président Chirac. Nous nous sommes juré de ne jamais recommencer.

J.-P. P. - La zone euro est-elle assez forte pour éviter une nouvelle crise monétaire (9) ?

W. S. - Personne ne sait d'où viendra la prochaine crise. Les marchés financiers comportent, aujourd'hui comme hier, une bonne part de risques. Il y a encore trop de liquidités en circulation. Quant à l'endettement, aussi bien des pouvoirs publics que du secteur privé, il demeure extrêmement élevé dans de nombreux pays européens.
Nous avons grandement amélioré les règles de l'euro. Mais nous avons besoin de croissance pour que les gens retrouvent des perspectives d'avenir. Il faut - je le répète - que le chômage des jeunes baisse. L'Europe supporte, en moyenne, des dépenses sociales deux fois plus élevées que les autres grandes régions industrielles du globe. Si vous comparez la protection sociale et le produit social brut, vous comprendrez pourquoi notre croissance est faible. Les responsables politiques français le savent.

J.-P. P. - Dans un article du magazine Le Point, Nicolas Sarkozy a proposé de créer une grande « zone économique franco-allemande » au coeur de l'Europe, un peu sur le modèle du « papier Schäuble-Lamers » de 1994. Une confédération franco-allemande est-elle encore possible ?

W. S. - J'ai toujours été d'accord avec Nicolas Sarkozy pour considérer que la France et l'Allemagne ont une responsabilité particulière dans la conduite de l'Europe, mais je crois qu'en matière d'intégration européenne nous avons dépassé le stade d'une confédération franco-allemande. Il nous faut stabiliser l'Europe dans son ensemble et faire en sorte de réduire les fossés qui nous séparent au lieu de les élargir.

J.-P. P. - Souhaiteriez-vous qu'Alstom et Siemens s'associent ?

W. S. - Le gouvernement allemand a toujours vu les coopérations franco-allemandes d'un bon oeil. Mais la décision appartient aux entreprises concernées. En Allemagne, les pouvoirs publics n'ont pas pour habitude d'intervenir dans ce genre de dossier.

J.-P. P. - Comment faites-vous pour avoir autant de patience envers les Français ?

W. S. - D'abord parce que la France est un pays formidable et que les Français sont un peuple merveilleux, et ensuite parce que nous ne pouvons pas faire avancer l'Europe sans la France.

J.-P. P. - Votre bienveillance ne s'applique probablement pas à tous les Français...

W. S. - Là n'est pas la question. Nobody is perfect. Dans tous les pays, il y a des gens que l'on trouve plus ou moins sympathiques. Mais cela ne change rien au fait que la France est une grande nation, que les Français sont un peuple formidable et que l'Europe sans la France ne serait pas l'Europe.

J.-P. P. - Votre circonscription électorale se trouve dans le Bade, sur la frontière française. Pensez-vous que Strasbourg doive rester la capitale parlementaire de l'Europe ? Que pensez-vous, par ailleurs, de l'euro-district franco-allemand Strasbourg-Ortenau ?

W. S. - J'ai été l'inventeur de cette idée d'euro-district voilà déjà trente ans. J'ai beaucoup oeuvré pour qu'il voie le jour. Et je suis favorable à ce que le Parlement européen reste à Strasbourg. Il est vrai qu'une partie des Européens ne partage pas mon sentiment.
À l'époque où cette décision a été prise, le chancelier Kohl était lui aussi un fervent partisan de Strasbourg. Il venait également de cette région. Mais, sans vouloir vous froisser, nous avions parfois l'impression que le choix de Strasbourg était plus celui du gouvernement allemand que celui du gouvernement français. Les Français paraissaient se soucier davantage de Paris que des autres régions. C'est ce qu'on appelle le centralisme...

J.-P. P. - Les institutions européennes pratiquent la séparation des pouvoirs à la manière de Montesquieu : le législatif à Strasbourg, l'exécutif à Bruxelles et le judiciaire à Luxembourg. N'est-ce pas l'idéal ?

W. S. - Oui, mais Montesquieu ne s'était pas exprimé sur la localisation des pouvoirs ! Les gouvernements aiment bien avoir le Parlement sous la main. De nombreux arguments militent en faveur d'un rapprochement. C'est un débat que nous avons connu il y a vingt ans en Allemagne. Cela dit, rien n'empêche d'avoir plusieurs sièges en Europe...

J.-P. P. - Quelles différences voyez-vous entre Martin Schulz et Jean-Claude Juncker ?

W. S. - Schulz ne comprend pas comment on peut rendre une économie performante. Au début, il faisait de la réclame pour les eurobonds. Et, aujourd'hui, il est contre...

J.-P. P. - Il semble que l'Allemagne ait fini par se rallier à l'idée d'une fusion entre les postes de président du Conseil et de président de la Commission afin que l'Europe ait un vrai président élu par le peuple, directement ou indirectement. Si un tel poste était créé, vous porteriez-vous candidat ?

W. S. - Je ne crois pas qu'on m'appellera. Premièrement, je ne suis plus dans ma première jeunesse et, deuxièmement, je pense qu'on confiera cette charge à un chef de gouvernement.

J.-P. P. - À Mme Merkel ou à M. Sarkozy ?

W. S. - Aucune idée. Savez-vous, par parenthèse, que mon parti a proposé il y a quelques années l'élection au suffrage universel direct d'un président européen qui serait le président de la Commission ?

J.-P. P. - Une Commission dotée de pouvoirs exécutifs...

W. S. - La situation de la Commission est compliquée. On doit lui donner les moyens de décider. Il faut en réformer les structures. On devrait en particulier hiérarchiser les postes des commissaires européens. En France aussi certains ministres sont plus importants que les autres. Nous avons besoin de commissaires qui fixent les orientations.

J.-P. P. - Comment redonner à la jeunesse le goût de l'Europe ?

W. S. - Il faut expliquer à la jeunesse les grands défis du XXIe siècle. L'Europe n'est pas la seule région du monde à afficher de bons résultats économiques ; mais elle est la seule - avec les pays qui, comme les États-Unis, ont adopté ses valeurs - qui soit capable d'allier une économie de marché performante à la justice sociale, au respect des droits de l'homme, à la démocratie, au développement durable, à la diversité culturelle et à la non-violence. C'est cela, l'Europe. Nous ne sommes pas comme la Russie qui dit à l'Ukraine : « Si tu refuses, je cogne. »

J.-P. P. - Quelle est la personnalité politique, du temps présent ou du passé, que vous admirez le plus ?

W. S. - En tant que ministre en exercice, je ne peux pas m'exprimer sur une personnalité en activité. Quant au mot « admirer », il ne me convient pas parce qu'il heurte mes convictions démocratiques. Mais, si je m'en tiens au passé, je dirais : Nelson Mandela. Après trente ans d'incroyables souffrances, de ténacité et de combats, cet homme a trouvé en lui assez de générosité pour réconcilier tout un peuple.

(1) Rappelons qu'en France le Front National a obtenu le 25 mai 24,85 % ; l'UMP, 20,80 % ; le PS, 13,98 % ; l'UDI-Modem, 9,93 % ; les Verts, 8,95 % ; le Front de gauche, 6,33 % ; les divers droite, 5,98% ; les divers gauche, 3,18 % ; les divers petits partis, 3,18 % ; l'extrême gauche, 1,60 % ; et l'extrême droite, 0, 01 %. En Allemagne, la CDU-CSU d'Angela Merkel est arrivée en tête avec 35,5 % en perdant 2,4 % par rapport à 2009, suite à un net recul du parti frère bavarois CSU. Le SPD social-démocrate de Sigmar Gabriel a gagné 6,4 %, passant à 27,2 % ; les Verts (Grüne) ont légèrement reculé à 10,7 % ; l'extrême gauche Die Linke s'est maintenue à 7,5 % tandis que le FDP libéral chutait à 3,3 %. L'AfD europhobe a gagné un peu plus de deux points par rapport aux législatives de septembre 2013, passant à 7 %, mais avec le même nombre de suffrages qu'aux législatives, sans amélioration donc en nombre d'adhérents et de sympathisants. Contrairement aux prévisions, la participation a globalement progressé en Europe où 278 millions de personnes se sont rendues aux urnes.
(2) Helmut Schmidt, chancelier social-démocrate d'Allemagne de 1974 à 1982, est né en 1918.
(3) Créée en 1952, la Bild Zeitung est le tabloïd populaire qui a la plus forte diffusion d'Allemagne : 2,46 millions d'exemplaires vendus par jour en 2013. Il est lu principalement par des ouvriers et des travailleurs peu qualifiés. Ses thèmes de prédilection tournent autour du sexe, des faits divers, des scandales et du football. Mais de nombreux hommes politiques lui accordent des interviews en raison de sa forte diffusion.
(4) La zone euro, appelée parfois Euroland, est représentée politiquement par les ministres des Finances de ses États membres réunis dans l'Eurogroupe dont le siège officiel est à Luxembourg. Il a été présidé à partir de 2005 par l'ancien premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker qui a passé le relais en 2013 à l'ancien ministre des Finances néerlandais Jeroen Dijsselbloem. Les ministres formant l'Eurogroupe se réunissent la veille du Conseil européen des Affaires économiques et financières (Ecofin), voire plus souvent si nécessaire. L'Eurogroupe n'est pas officiellement intégré dans l'Ecofin ; mais, lorsque celui-ci traite uniquement des affaires de la zone euro, seuls les membres de l'Eurogroupe ont le droit de prendre part au vote. Paris veut renforcer l'Eurogroupe (voir Jean-Paul Picaper et Alain Terrenoire, Europe, le pour et le contre, France Empire, 2014, pp. 130 et suiv.).
(5) Les 28 pays membres de l'Union européenne : Allemagne, France, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg appelés membres fondateurs, plus (depuis 1973) le Danemark, l'Irlande et le Royaume-Uni. S'y sont ajoutés la Grèce en 1981, l'Espagne et le Portugal en 1986, le territoire de l'ex-RDA, suite à la réunification allemande de 1990, les anciens neutres (Autriche, Finlande et Suède en 1995), puis en 2004 dix autres États en majorité d'Europe centrale et orientale : Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Slovénie. En 2007 ce fut le tour de la Bulgarie et de la Roumanie et, en 2013, de la Croatie. Les 18 pays membres de la zone euro sont, par ordre d'adhésion, l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, la Finlande, la France, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, la Grèce, la Slovénie, Chypre, Malte, la Slovaquie, l'Estonie et la Lettonie.
(6) La Commission de Bruxelles a engagé depuis le printemps 2013 une négociation que les États-Unis réclamaient depuis plusieurs années en vue de la création d'une vaste zone de libre-échange transatlantique. Cette zone vise à intégrer l'économie européenne dans un vaste espace anglo-américain sans barrières commerciales ni normes limitatives. Certaines industries européennes, surtout allemandes, espèrent profiter de cette occasion pour conquérir des parts du gâteau américain. La France, en revanche, se verrait largement exposée à la concurrence et aux implantations américaines. D'emblée, Paris a fait exclure de la négociation le chapitre audio-visuel, de sorte que Wolfgang Schäuble cadenasse ici une porte déjà close en insistant sur la sauvegarde de la culture européenne.
(7) Une euro-obligation (en anglais eurobond) est une obligation libellée dans une monnaie différente de celle du pays de l'émetteur, par exemple une obligation en dollars émise par une banque de Francfort. Mais le terme se réfère aussi au projet d'émission d'obligations en commun par les pays de la zone euro. En 2010, en pleine crise de la zone euro, cette mutualisation des dettes a été envisagée, notamment parce qu'elle ferait obstacle à la spéculation sur les dettes des États les plus en difficulté. Le problème est qu'elle aurait pour effet de faire grimper les taux allemands. Le gouvernement Merkel s'y est donc opposé. Aujourd'hui, les experts considèrent qu'une telle solution ne saurait être mise en oeuvre tant que les États n'auront pas remboursé leur dette ou ne se seront pas réellement engagés sur la voie d'un rééquilibrage financier. Wolfgang Schäuble semble être sur la même longueur d'onde lorsqu'il dit que la mutualisation des dettes - et donc des risques - des pays de la zone euro doit résulter d'une décision collective (sous-entendu : et non pas d'une décision de l'Allemagne seule qui mettrait ses réserves au service des autres). Pour le moment, les disparités sont trop grandes pour envisager des eurobonds. Et, de toute manière, la forte baisse des taux les rend moins urgents.
(8) Les excédents allemands sont investis dans les économies des autres pays européens ou sous forme d'achats de produits manufacturés et de services de ces pays.
(9) En pleine crise grecque, en mai 2010, Euroland avait créé un fonds de secours provisoire européen, le FESF, que présidait l'Allemand Klaus Regling. Le Mécanisme européen de stabilité SME (ESM en allemand et en anglais) lui a succédé par décision du Conseil européen des 16 et 17 décembre 2010. Il s'inscrit dans le cadre du Pacte budgétaire européen qui a consacré la « règle d'or » de la recherche de l'équilibre budgétaire. Le SME est présidé, lui aussi, par Klaus Regling à Luxembourg. Il dispose d'un pare-feu de 500 milliards d'euros, mais peut lever jusqu'à 2 000 milliards d'euros sur les marchés financiers.
Notes :