Politique Internationale - La Revue n°114 - HIVER - 2007

sommaire du n° 114
RUSSIE: LA VAGUE NATIONALISTE
Article de Laure Mandeville
Grand reporter au Figaro
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Agressions en série contre des Tadjiks, des Caucasiens ou des Africains ; pogroms anti-tchétchènes ; rafles de Géorgiens : on assiste, ces derniers temps, à un véritable emballement de la vague nationaliste qui montait sourdement du tréfonds de la Russie depuis plusieurs années. Cette multiplication des violences intervient alors que la thématique de la « russité » et de la défense des intérêts de la « grande nation russe », à l’intérieur comme à l’extérieur, est devenue le pivot central de l’idéologie du président Poutine. Cette idéologie est parfaitement en phase avec les aspirations d’une population paupérisée et spoliée par dix-sept années de transition post-communiste. Mais certains se demandent si, à force de manipuler le nationalisme, Vladimir Poutine ne finira par en devenir prisonnier. À l’approche des élections législatives qui précéderont l’année de la présidentielle, une grande bataille est engagée entre les clans du Kremlin. Il n’est pas exclu qu’une fois encore le pouvoir se cherche un « ennemi imaginaire » pour remporter la mise.

Notes :

(1) Suite à l'arrestation et à la détention de cinq officiers russes par Tbilissi qui les accusait d'espionnage, Moscou a déclenché une véritable campagne anti-géorgienne, s'attaquant aux Géorgiens installés de longue date en Russie, et ayant, pour beaucoup, la citoyenneté russe. Pendant plusieurs semaines, des centaines de familles ont été raflées sans discernement, embarquées de force dans des avions et expédiées en Géorgie. Certaines étaient en situation illégale. Tous les commerces et casinos tenus par des Géorgiens ont par ailleurs été fermés ou suspendus, sine die. Des lettres ont été envoyées par certains services de police de la région de Moscou à des écoles moscovites, leur demandant de dresser la liste des écoliers géorgiens inscrits dans leurs murs. Toutes ont refusé. Cette grande opération anti-Géorgie n'ayant pas été officiellement stoppée, une épée de Damoclès continue de peser au-dessus de la communauté géorgienne de Russie tout entière.
(2) Voir, notamment, Laure Mandeville : « Fantasmes russes et myopie occidentale », Politique Internationale, no 72, été 1996 ; et Laure Mandeville, « Russie : retour en force dans l'ex-empire », Politique Internationale, no 103, printemps 2004.
(3) Pour une approche historique du nationalisme russe, reliant les courants du passé aux tendances actuelles, voir le très intéressant ouvrage de Walter Laqueur, Histoire des droites en Russie, des centuries noires aux nouveaux extrémismes, Michalon, 1993. 
(4) Voir : Anna Politkovskaïa, Tchétchénie, le déshonneur russe, Buchet-Chastel, 2003.
(5) Interview réalisée par l'auteur pour Le Figaro à Voronej.
(6) Voir l'entretien avec Dimitri Rogozine, « Un patriote inclassable », Politique Internationale, no 110, hiver 2005-2006.
(7) L'ambiguïté du court-métrage laissait penser que ces ordures désignaient non pas les écorces de pastèques montrées à l'écran, mais les étrangers.
(8) Voir note (1).
(9) Prétextant des problèmes d'hygiène et de non-respect des normes sanitaires russes, la Russie a imposé ces derniers mois un embargo sur les importations de produits alimentaires (viandes, alcools, vins, eaux minérales...) provenant de Pologne, de Géorgie, d'Ukraine et de Moldavie, quatre anciens satellites en froid avec Moscou. Cet embargo est à l'origine du veto de Varsovie à la signature d'un nouvel accord cadre de partenariat entre Moscou et l'Union européenne, veto qui n'a toujours pas été complètement levé.
(10) Cette jolie formule est empruntée à Volker Ruhe, qui l'a récemment utilisée lors d'un colloque de la Fondation Adenauer, tenu fin septembre à Washington.