Politique Internationale - La Revue n°114 - HIVER - 2007

sommaire du n° 114
GRANDES MANOEUVRES EN GEORGIE
Article de Thornike GORDADZE
Chercheur. Spécialiste du Caucase.
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Située au nord de la Géorgie, à la frontière de la Russie, la petite république irrédentiste d'Ossétie du Sud est, depuis plusieurs années, l'enjeu d'une lutte acharnée entre Tbilissi et Moscou. Au-delà de l'avenir de ce minuscule territoire, c'est une bonne part du futur du Caucase qui se joue là. Si le gouvernement de Mikhaïl Saakachvili finit par avoir gain de cause et parvient à faire revenir dans son giron l'entité séparatiste, la Géorgie sortira renforcée du bras de fer et pourra continuer à développer ses réformes démocratiques et ses liens avec les institutions euro-atlantiques ; en revanche, si le Kremlin l'emporte et intègre l'Ossétie du Sud à la Fédération de Russie, le régime de Vladimir Poutine aura marqué un point décisif dans l'opération reconquête qu'il a lancée sur l'ex-empire soviétique. Pour l'heure, un gouvernement autoritaire et pro-russe règne sur cette zone obscure où les observateurs de la communauté internationale ne pénètrent guère...
Notes :
(1) La dedovchtchina est un véritable fléau en Russie. Il s'agit du bizutage brutal des appelés à l'armée. Cette coutume provoque chaque année des centaines de morts dans les rangs de l'armée russe.
(2) Les résultats du sondage furent publiés sur le site d'informations gazeta.ru : http://www.gazeta.ru/2006/12/25/oa_227523.shtml
(3) Thorniké Gordadzé, « Géorgie : l'Irak du pauvre », Le Figaro, 28 octobre 2002.
(4) D'après les statistiques officielles de Tbilissi, la communauté géorgienne de Russie est forte de 600 000 personnes, dont la moitié est concentrée à Moscou et dans la région moscovite. En nombre d'individus, les Géorgiens arrivent bien derrière les Azerbaïdjanais, les Arméniens, les Ouzbeks, les Tadjiks et les Ukrainiens résidant dans la capitale russe.
(5) Voir la conférence de presse de Guéla Bejouachvili du 26 décembre 2006, retranscrite sur le site www.newsgeorgia.ru
(6) L'un des officiers arrêtés, Sysoev, intéresse également l'Azerbaïdjan, puisqu'il fut impliqué dans l'attentat (manqué) qui a visé le président Heydar Aliev en 1995.
(7) Une menace semblable fut récemment brandie contre l'Azerbaïdjan : la Russie a menacé d'expulser de son territoire plus d'un million et demi de ressortissants azerbaïdjanais si Bakou ne se pliait pas à l'exigence de Moscou de ne pas offrir à la Géorgie une possibilité alternative d'approvisionnement en gaz.
(8) Trois Géorgiens sont décédés dans les centres de rétention des étrangers en instance d'expulsion à cause du refus des forces de l'ordre d'autoriser les équipes médicales à soigner les malades. L'une des victimes était en situation régulière. Quant aux expulsés, ils furent transportés vers la Géorgie dans des avions cargos.
(9) Dès son introduction, ce régime ne s'appliquait pas aux républiques sécessionnistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.
(10) L'expression fut employée par le ministre russe de la Défense, Pavel Gratchev, en 1993.
(11) Le président français Jacques Chirac au sujet de la Russie (au sommet européen de Lahti), cité par Libération du 21-22 octobre 2006.
(12) Pendant des années (1991-2004), Aslan Abachidzé, avec l'appui de la base militaire n°12 de la Fédération de Russie stationnée à Batoumi, a dirigé d'une main de fer l'Adjarie, une république autonome située au sud-ouest de la Géorgie. Sans aller jusqu'à proclamer la sécession, il était dans sa région le seul maître à bord. En treize années, il a mis en place un système politique fait d'un curieux mélange de féodalisme (il prétendait descendre des princes ayant gouverné l'Adjarie depuis le XVe siècle) et de criminalisation de l'État. Il fut renversé par les Adjares eux-mêmes quelques mois après la victoire de Saakachvili à Tbilissi.
(13) Le conflit sud-ossète débuta à la fin de l'année 1990, lorsque les Ossètes, préoccupés par l'arrivée au pouvoir en Géorgie du nationaliste Zviad Gamsakhourdia et encouragés par le Kremlin, déclarèrent leur volonté de rester au sein de l'URSS, au moment où la Géorgie se préparait à accéder à l'indépendance. En réaction, les Géorgiens abolirent leur statut de région autonome et introduisirent des forces de police à Tskhinvali, la capitale régionale. Les affrontements durèrent deux ans et firent des centaines de victimes. Le 14 juin 1992, les deux parties signèrent un accord qui gelait la situation.
(14) Civil Georgia, 15 septembre 2002.
(15) Le contingent de la milice sud-ossète à Beslan était dirigé par le chef d'une unité spéciale (les « chasseurs alpins ») de l'armée séparatiste, Bala Bestaev, l'un des hommes les plus craints d'Ossétie.
(16) Ce fut le témoignage du journaliste Rustam Kaliev présent sur le lieu du drame. Cette version fut également discutée dans un article de Laurence Uzzell, « A South Ossetian Role in Beslan ? », publié par la Jamestown Foundation le 6 octobre 2004.
(17) Boukaev est lourdement intervenu lors de l'élection présidentielle abkhaze de novembre 2004, en sommant les Abkhazes de nommer le candidat fidèle à Moscou (Raoul Khadjimba) au détriment de celui qui venait d'être désigné par les urnes (Sergueï Bagapch). Il a également apporté le soutien de la Russie au régime sécessionniste d'Igor Smirnov en Transnistrie, en réaction au durcissement des contrôles à la frontière de cette république non reconnue qu'ont imposé l'UE et l'Ukraine.