Politique Internationale - La Revue n°114 - HIVER - 2007

sommaire du n° 114
QUE RESTE-T-IL DE LA REVOLUTION ORANGE?
Article de Viatcheslav Avioutskii
Docteur en géographie
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Depuis la « révolution orange » de 2004, l'Ukraine ne cesse d'étonner. Longtemps considérée comme une « zone stratégique grise » et une périphérie anonyme du monde russe, elle a subitement émergé en tant qu'acteur autonome. Le président Viktor Iouchtchenko a annoncé clairement son intention de rejoindre l'Alliance atlantique et, à plus long terme, d'intégrer l'Union européenne. Cette orientation pro-occidentale et pro-européenne est immuable, affirme-t-il, car l'indépendance complète vis-à-vis de Moscou passe nécessairement par un rapprochement avec Bruxelles et Washington.  Vladimir Poutine se dépense pourtant sans compter pour tenter de faire revenir l'Ukraine dans le giron russe. Durant l'hiver 2005-2006, il n'a pas hésité à déclencher une guerre du gaz qui, en entraînant une hausse spectaculaire du prix de cette énergie vitale pour la sidérurgie ukrainienne, a mis en péril sa compétitivité sur le marché mondial. Par la suite, les médias russes ont lancé une véritable campagne de propagande, dénonçant les menaces qui pèsent sur la langue russe en Ukraine, dont l'utilisation, selon le Kremlin, est systématiquement restreinte par Kiev. Dans la foulée, la classe politique moscovite s'est violemment opposée à toute réduction de la durée de la concession de la base navale de Sébastopol qui héberge la Flotte russe de la mer Noire. Il fut même question d'invalider la reconnaissance par la Russie des frontières ukrainiennes, un accord obtenu par Kiev en 1997 en échange, d'après Moscou, de la location de ces installations de Sébastopol à la marine russe. La tension est montée d'un cran supplémentaire avec le contentieux ukraino-russe au sujet d'un îlot dans le détroit de Kertch (1). Les journalistes russes n'hésitent plus à évoquer une solution militaire.
Ces tentatives de reprise en main se révèlent néanmoins peu efficaces. Contrairement aux Russes, dont beaucoup semblent accepter le « retour au passé soviétique » (2), les Ukrainiens, réveillés par la « révolution orange », sont décidés à sortir du soviétisme, quel que soit le prix à payer. Les tensions actuelles entre l'Ukraine et la Russie n'ont que peu d'effet sur la très nombreuse communauté russe et russophone d'Ukraine, concentrée essentiellement dans l'est et le sud du pays. Malgré la vigueur des liens culturels qui les rattachent à la mère patrie, ils sont fiers de leur nationalité ukrainienne et de leur nouvelle identité née de l'implosion de l'Union soviétique.
Le 1er décembre 1991, les citoyens ukrainiens se sont, en effet, massivement prononcés pour l'indépendance de leur pays (3). Il s'agissait plus d'un vote contre une Union soviétique en faillite que de l'expression d'un mouvement national (les nationalistes ukrainiens du Roukh sont restés largement minoritaires en 1991 (4)). Le référendum ukrainien mit alors un terme aux espoirs de Mikhaïl Gorbatchev de sauver l'Union soviétique. Sans l'Ukraine, une telle reconstitution n'avait plus de sens. Les deux républiques soviétiques les plus peuplées, la Russie et l'Ukraine, réunissaient à elles seules plus de 200 millions d'habitants sur les 285 millions que comptait l'URSS à cette date.
L'importance que revêt l'Ukraine aux yeux de Moscou dépasse néanmoins largement la question démographique. Plus que les autres républiques ex-soviétiques, ces deux pays sont reliés par des milliers de fils invisibles, renforcés par des liens personnels, des mariages, des échanges économiques, mais aussi par une histoire en partie commune (5). Les deux peuples ont participé à la conquête et au peuplement de la Sibérie, de l'Extrême-Orient et de l'Asie centrale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Russes et la majorité des Ukrainiens ont combattu ensemble contre l'Allemagne nazie. Des millions d'Ukrainiens vivent en Russie et des millions de Russes se sont installés de longue date sur le sol de l'Ukraine (6). Et en dépit des tensions politiques qui se multiplient depuis ces deux dernières années, les relations humaines restent intactes, même si les Russes ne parviennent pas à considérer les Ukrainiens comme un peuple indépendant.
L'impérialisme russe
Depuis 2004, l'Ukraine s'est retrouvée au centre de la polémique sur la reconstitution de l'empire russe. Le premier à évoquer le poids de l'Ukraine dans les desseins néo-impériaux des stratèges du Kremlin fut Zbigniew Brzezinski (7). Très impliqué dans la démocratisation des pays de l'Est, l'ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter considère l'Ukraine comme une clef stratégique : sans elle, affirme-t-il, jamais la Russie ne redeviendra l'empire à dimension continentale qu'elle était d'autrefois (8). Pour Brzezinski, il faut non seulement empêcher que Moscou récupère l'Ukraine, mais il faut aussi utiliser ce pays comme un exemple de démocratisation réussie. Une fois intégrée dans la politique européenne et américaine, l'Ukraine pourrait « entraîner » vers la démocratie sa voisine ombrageuse.
Les propos de Zbigniew Brzezinski sont confirmés par les déclarations de Vladimir Poutine. Le président russe a l'habitude de faire des allusions géopolitiques lourdes de sous-entendus à l'égard des ex-républiques soviétiques, en particulier l'Ukraine et la Géorgie. Ainsi, dans son discours à la nation, en 2005, Vladimir Poutine a parlé « des millions de citoyens russes et de compatriotes qui se sont retrouvés à l'extérieur de la Russie » à la suite de la disparition de l'URSS (9). Il s'agissait de faire valoir officiellement les prétentions de Moscou sur plus de vingt millions d'anciens citoyens soviétiques d'origine russe qui sont nés ou qui vivent depuis des dizaines d'années en Ukraine, au Kazakhstan, dans les pays baltes ainsi que dans d'autres États devenus indépendants après 1991. Cette allusion a été très mal perçue en Ukraine qui abrite la communauté russe la plus nombreuse en dehors de la Russie.
L'observateur politique ukrainien Dmitri Belianski (10) rappelle que l'Ukraine, où les Russes ont fondé leur premier État (Russie de Kiev), est considérée comme faisant « partie intégrante de la Russie ». Les Russes voient dans les peuples non russes de l'URSS des « occupants » ou, dans le meilleur des cas, des « étrangers » sur « leur » terre, conquise autrefois par Moscou. Des « occupants » qui tentent de créer sans grand succès leurs propres États ; qui « volent » le gaz transitant par leur territoire ; et qui, parfois, vont jusqu'à défier ouvertement leurs anciens maîtres. Caricaturale, voire insultante pour les Ukrainiens, cette vision renverse les notions antagonistes « dominateurs-dominés » ou « occupants-occupés » et reflète plus ou moins fidèlement la représentation que les Russes ont de l'Ukraine, vue comme un prolongement naturel et inséparable de la Russie.
La très grande proximité linguistique et culturelle entre ces deux peuples slaves (11) a conduit à un mélange intime des deux histoires nationales. À tel point que, depuis l'intégration (« conquête » diront certains Ukrainiens) des terres ukrainiennes, les deux élites, russe et ukrainienne, ont fusionné. Ainsi, dans les années d'après-guerre, l'Union soviétique a été dirigée par deux clans « ukrainiens » : celui de Nikita Khrouchtchev (1953-1964) et celui de Léonid Brejnev (1964-1982), connu sous le nom de « groupement de Dniepropetrovsk », la ville industrielle ukrainienne où Brejnev a accompli une part importante de sa carrière (12). Cette interpénétration des élites russo-ukrainiennes explique la présence de nombreux Ukrainiens à Moscou dans les milieux aussi bien politiques que scientifiques et intellectuels pendant la période tsariste et soviétique. L'ancien président ukrainien Léonid Koutchma, originaire lui aussi de Dniepropetrovsk, note avec amertume dans ses mémoires qu'à l'époque soviétique la Russie a indirectement privé l'Ukraine de ses meilleurs éléments (13).
L'Ukraine au centre des rivalités géopolitiques
Depuis plusieurs années, Russes, Américains et Européens se livrent une bataille stratégique par Ukrainiens interposés. La victoire de la « révolution orange » ne constitue que l'un des épisodes de ces rivalités géopolitiques. Non sans ironie, un journaliste ukrainien résumait en ces termes les objectifs immédiats de la politique russe : « La Russie ne cherche pas à éviter que l'Ukraine intègre l'Otan. Elle ne cherche pas, non plus, à faire tomber Iouchtchenko ni à défendre la langue russe. La Russie, ou plus exactement ses patrons et son élite politique, cherche à s'emparer de l'industrie ukrainienne » (14). Le directeur de l'Institut ukrainien de la paix, de la démilitarisation et de la politique étrangère, Oleksandr Souchko, partage la même analyse. Selon lui, la menace d'un Anschluss de l'Ukraine par la Russie n'est pas crédible pour le moment, en raison d'une certaine faiblesse structurelle de Moscou. En fait, explique l'expert ukrainien, Moscou préfère de loin que l'Ukraine reste un État satellite formellement indépendant, afin de profiter d'elle sans y investir, plutôt qu'une « province intérieure » de la Fédération de Russie (15).
Si les États-Unis poursuivent un objectif clair - réduire l'influence russe en Eurasie et empêcher ainsi Moscou de redevenir une grande puissance (16) -, les desseins de Bruxelles paraissent moins lisibles : ils se superposent aux politiques nationales des États membres. L'Union européenne vise officiellement à démocratiser sa périphérie orientale afin de sécuriser ses frontières. Plus réticentes à l'égard des critiques adressées au Kremlin, la France et l'Allemagne ne veulent pas mettre en danger leurs échanges commerciaux avec la Russie et prônent vis-à-vis de l'Ukraine une sorte de « passivité constructive », de peur de mécontenter Vladimir Poutine. Profondément marqués par les décennies de soviétisme, la Pologne et les pays baltes s'opposent résolument à tout renforcement de Moscou en Ukraine, ce renforcement étant perçu comme annonciateur d'un éventuel retour de la Russie dans son glacis est-européen. Ouvertement pro-« orange » et en tension permanente avec Moscou, les Polonais et les Baltes voient en Bruxelles un levier contre la renaissance de l'impérialisme grand-russien. À l'exception des pays scandinaves et des Pays-Bas dont les responsables ont soutenu verbalement la « révolution orange », les autres États membres se sont montrés indifférents : les Portugais et les Espagnols sont extrêmement éloignés de la problématique ukrainienne ; quant aux Hongrois, aux Tchèques, aux Slovaques et aux Slovènes, ils préfèrent attendre.
L'euphorie révolutionnaire de 2004, avec la formation du gouvernement de Ioulia Timochenko, a été suivie par l'éclatement du camp orange en septembre 2005, puis par la formation en 2006, à l'issue des élections législatives, d'un gouvernement réunissant les ministres issus des partis des anciens rivaux à la présidentielle de 2004 : le président « orange » Viktor Iouchtchenko et son ex-challenger, le nouveau premier ministre Viktor Ianoukovitch (17).
Aujourd'hui, trois forces se font face : la mouvance nationale de droite pro-américaine réunie autour de Viktor Iouchtchenko ; les populistes nationalistes conduits par Ioulia Timochenko ; et les partisans de la restauration soviétique liés au grand capital de l'Est incarnés par Viktor Ianoukovitch. Le camp national de droite tente d'insérer l'Ukraine dans l'ordre international dominé par Washington, les États-Unis et l'Alliance atlantique étant perçus comme les garants de la souveraineté nationale. Le président ukrainien a des relations de longue date avec le Département d'État américain (18). Plusieurs membres de son équipe, à l'image d'Anatoli Gritsenko (19) ou de Roman Zvaritch (20), sont étroitement liés aux États-Unis. Iouchtchenko souhaite une intégration rapide dans l'Otan et, à terme, dans l'Union européenne.
Étiquetée « nationaliste radicale », Ioulia Timochenko incarne plutôt une mouvance nationale-populiste souverainiste. À la différence de Iouchtchenko qui, malgré son attachement à la souveraineté nationale, préfère ne pas provoquer inutilement Vladimir Poutine, la pasionaria ukrainienne va volontiers au conflit avec la Russie et est prête à défendre les intérêts nationaux au détriment des échanges économiques avec Moscou. À long terme, sa stratégie permettrait de venir à bout de la dépendance envers la Russie ; mais, à court terme, elle risque d'entraîner des conséquences douloureuses pour l'industrie ukrainienne. C'est pourquoi les oligarques, qui tiennent les leviers économiques du pays, voient d'un mauvais oeil le populisme de Timochenko et misent sur Viktor Ianoukovitch. Outre les oligarques, ce dernier représente les régions russophones de l'Est qui concentrent l'essentiel de l'industrie et des mines. Prolétarisées et soviétisées, ces populations ne sont pas résolues à consommer une rupture rapide avec la Russie. Contrairement à Timochenko qui est bien en cour à Berlin (21) et à Paris (22), Ianoukovitch est généralement considéré comme l'« agent d'influence » du Kremlin. Ce qui ne l'a pas empêché, après sa nomination au poste de premier ministre en août 2006, de durcir le ton dans ses négociations avec Moscou. Mettant en avant les intérêts nationaux ukrainiens, il a affirmé qu'il était hors de question que l'Ukraine cède ses gazoducs à Gazprom en échange de la baisse des tarifs du gaz russe - une attitude à laquelle Moscou ne s'attendait pas de la part de son ancien poulain. Ianoukovitch a fait également savoir que l'entrée à l'OMC de son pays pouvait se faire avant l'acceptation de la candidature russe. Or on sait que le Kremlin souhaite que l'Ukraine et la Russie intègrent cette organisation simultanément afin d'éviter une perturbation des échanges entre les deux pays. Enfin, le premier ministre ukrainien a dénoncé le radicalisme de certaines organisations russes en Crimée, alors que son parti a largement profité du vote russophone en mars 2006 (23).
La reconfiguration géopolitique en Ukraine
Pour comprendre les changements structurels que l'Ukraine a subis à la suite des dernières élections législatives de mars 2006, il convient de revenir brièvement sur la période post-orange (24). Cette période commence en septembre 2005 avec la démission du premier ministre Ioulia Timochenko et le limogeage du président du Conseil de sécurité nationale, Petro Porochenko, fidèle de Viktor Iouchtchenko. Ce dernier est l'adversaire le plus résolu de Timochenko à l'intérieur du camp orange. La presse l'a qualifié d'« oligarque orange » (sa fortune personnelle s'élève à 500 millions de dollars) par opposition à l'« oligarque bleu » Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine (7,2 milliards de dollars) qui finance le Parti des Régions de Viktor Ianoukovitch. Depuis janvier 2005, Ioulia Timochenko et Petro Porochenko se livraient à de violentes passes d'armes à propos des « re-privatisations ». Timochenko voulait remettre en cause l'ensemble des privatisations réalisées sous l'ex-président Léonid Koutchma dans les années 1990 et 2000 : celles-ci avaient en effet profité, pour l'essentiel, à ses amis et aux membres de sa famille, en particulier à son gendre Viktor Pintchouk, détenteur de la troisième fortune du pays (3,5 milliards de dollars). Porochenko préconisait, quant à lui, une reprivatisation limitée, suivant en cela la politique modérée du président Iouchtchenko, partisan d'un consensus avec les hommes politiques de l'Est et les « oligarques » qui les soutenaient.
En septembre 2005, on a reproché à Petro Porochenko d'avoir utilisé à des fins personnelles sa fonction de secrétaire du Conseil de sécurité, ce qui a conduit à son éviction. Suspectée d'être à l'origine de cette disgrâce, Ioulia Timochenko a été accusée par son rival d'avoir voulu transférer au cours d'une privatisation truquée l'usine de ferroalliage de Nikopol à son allié, l'oligarque Igor Kolomoïski (6,3 milliards de dollars). Sous la pression du président Iouchtchenko, Ioulia Timochenko a finalement démissionné et a été remplacée par un technocrate, Iouri Ekhanourov. Ce Bouriate, né en Russie, a fait toute sa carrière en Ukraine. Nommé ministre ukrainien de l'Économie en 1997, puis premier vice-premier ministre entre 1999 et 2001, il a rejoint le camp de Iouchtchenko en 2002. Élevé aux fonctions de premier ministre, il était alors vu comme l'homme du consensus.
Iouri Ekhanourov a suivi fidèlement les recommandations du président Iouchtchenko, qui souhaitait dorénavant prendre ses distances par rapport aux « oligarques » aussi bien « orange » que « bleus ». Ainsi, en 2004, la privatisation du géant métallurgique Krivorojstal s'était effectuée au bénéfice des oligarques Rinat Akhmatov et Viktor Pintchouk, les acheteurs étrangers ayant été écartés. En 2005, cette privatisation fut déclarée illégale par la justice ukrainienne. Sur proposition de Ioulia Timochenko, le consortium fut alors vendu aux enchères publiques et c'est finalement le groupe Mittal qui l'a acquis. La dimension oligarchique de la politique ukrainienne n'a pas disparu pour autant. Après la victoire de la révolution orange, Petro Porochenko et Ioulia Timochenko se sont rapprochés de clans rivaux. Porochenko s'est allié à l'homme d'affaires russo-ukrainien Konstantin Grigorichine - l'un des financiers du camp orange en 2004 - et pendant un temps, à Rinat Akhmetov, afin de neutraliser Ioulia Timochenko. De son côté, Ioulia Timochenko a noué des contacts avec Igor Kolomoïski et Sergueï Tarouta (3,1 milliards de dollars), tous deux basés dans l'est du pays. Les rivalités au sein du groupe des oligarques de l'Est se sont alors superposées aux tensions à l'intérieur de la coalition orange Porochenko/Timochenko, conduisant finalement à son éclatement (25).
En tout cas, le rapprochement tactique Porochenko-Akhmetov a montré à quel point les deux camps tenaient à la préservation du statu quo économique, c'est-à-dire à l'absence de toute redistribution à grande échelle du capital industriel. Malgré leur rhétorique révolutionnaire et anti-Poutine, les oligarques orange, y compris Petro Porochenko, restent attachés au maintien de liens avec les hommes d'affaires russes. Pendant la campagne électorale de 2006, millionnaires « orange » (Jvania, Tchernovetski, Porochenko) et milliardaires « bleus » (Akhmetov et ses proches) ont indistinctement financé les partis en lice, l'objectif étant d'envoyer siéger au Parlement des hommes qui leur soient dévoués. Ainsi, le groupe « Finances et crédit » (26) dispose de cinq députés : deux sur la liste de Notre Ukraine de Iouchtchenko, deux sur celle du Bloc de Timochenko et un sur la liste des socialistes de Moroz. Le groupe Privat de Kolomoïski a financé à la fois Notre Ukraine et le Bloc de Ioulia Timochenko alors que ceux-ci étaient à couteaux tirés pendant la campagne. Le groupe des oligarques Vassili Khmelnitski-Andreï Ivanov, installés à Kiev, a placé ses hommes aussi bien auprès de Timochenko qu'au sein du Parti des Régions de Ianoukovitch. L'oligarque de Donetsk, Vladimir Boïko, l'un des principaux bailleurs de fonds du Parti socialiste, a noué un partenariat avec les frères Kliouev, eux-mêmes connus pour financer le Parti des Régions. Ce sont ces liens transversaux entre groupes financiers et industriels qui ont permis la formation du gouvernement « orange-bleu ». Si Ianoukovitch a été nommé premier ministre le 4 août 2006, c'est que les oligarques liés au grand capital russe y avaient intérêt (27).
La crise parlementaire
Le résultat des élections législatives de mars 2006, qui ont vu les adversaires d'hier - Iouchtchenko et Ianoukovitch - former un gouvernement d'union, a pris de court les observateurs. Toutefois, ces élections ont eu le mérite de simplifier la scène politique ukrainienne : seuls cinq partis ont dépassé la barre des 3 % leur permettant d'accéder au Parlement. Le grand vainqueur du vote du 23 mars 2006 est le Parti des Régions, conduit par l'ancien premier ministre du président Koutchma, Viktor Ianoukovitch (32,14 %), suivi par le Bloc de Ioulia Timochenko (22,29 %) Notre Ukraine de Viktor Iouchtchenko (13,95 %), le Parti socialiste d'Alexandre Moroz (5,69 %) et, enfin, le Parti communiste (3,66 %).
En nombre de sièges, Notre Ukraine et le Parti des Régions ne disposaient pas d'une majorité suffisante. Allié au Parti communiste, le Parti des Régions ne parvenait pas non plus à former un gouvernement. Il lui fallait l'appoint du Parti socialiste d'Alexandre Moroz qui, avec 7 % des députés, se retrouvait en position d'arbitre.
En échange de son ralliement, ce dernier se vit promettre la présidence du Parlement. Alexandre Moroz a donc fait allégeance au Parti des Régions et au PC qui l'ont finalement élu malgré le boycott de la Rada (le Parlement ukrainien) par les deux formations orange. En juillet 2006, le Parti des Régions de Ianoukovitch a entamé un rapprochement avec Notre Ukraine de Iouchtchenko, dont une partie des députés a fait sécession en refusant tout contact avec les « bleus ». Après une longue série de négociations, Viktor Iouchtchenko a accepté la candidature de Ianoukovitch au poste de premier ministre, rendant ainsi définitive sa rupture avec Ioulia Timochenko.
Aux termes d'un accord de compromis, Iouchtchenko a obtenu le maintien de ses fidèles aux portefeuilles stratégiques de la Défense et des Affaires étrangères (28), la garantie que l'ukrainien resterait la seule langue officielle du pays et la poursuite de sa politique d'intégration au sein de l'Union européenne et de l'Alliance atlantique. En contrepartie, les bleus ont obtenu, en plus du poste de premier ministre et d'un certain nombre de ministres, la promesse qu'un référendum serait organisé sur l'intégration de l'Ukraine au sein de l'Otan. 
La guerre des langues
La nomination de Viktor Ianoukovitch à la tête du gouvernement marque davantage une trêve qu'une véritable réconciliation. Au-delà des déclarations d'intention, la plupart des différends restent entiers. Le problème linguistique divise toujours l'Ukraine. Kiev soutient l'ukrainien, seule langue officielle du pays selon la Constitution, et l'introduit progressivement dans toutes les sphères de la vie publique. Le recul de la langue de Pouchkine est surtout sensible dans l'enseignement secondaire où la proportion des écoles russes n'a cessé de diminuer : 50 % en 1991, 38 % en 1996, 26 % en 2001 et 20 % en en 2005. Même à Kiev, qui reste majoritairement russophone, il ne subsiste que 7 écoles russes sur les 436 que compte la capitale ukrainienne (29).
En septembre 2006, Viktor Ianoukovitch, qui avait promis de faire du russe la deuxième langue officielle, a dû revenir sur ses engagements sous prétexte qu'il ne disposait pas de majorité au Parlement pour adopter un amendement de la Constitution dans ce sens. Il est vrai qu'en dehors du Parti des Régions aucune autre formation politique ne se fixait un tel objectif. Les proches de Ianoukovitch, y compris certains députés de son groupe parlementaire, préfèrent cependant cultiver l'ambiguïté. En octobre 2006, les députés du Parti des Régions ont déclaré que la diffusion, exclusivement en ukrainien, des programmes de la télévision de Sébastopol constituait « une violation flagrante des droits de l'homme » (30). Ils ont également annoncé que l'octroi au russe du statut de langue officielle n'a pas été abandonné et qu'ils utiliseront les moyens nécessaires pour y parvenir, faisant probablement allusion à un éventuel référendum. La procédure paraît néanmoins douteuse dans la mesure où la Constitution définit l'ukrainien comme la seule langue officielle. L'ukrainisation progressive de la société est même considérée comme un acquis immuable. La proximité des deux langues slaves a permis une adaptation en douceur de l'enseignement secondaire et des universités. L'ukrainien s'est progressivement imposé à la télévision, dans les tribunaux et au sein de l'administration, tandis que le russe continue à se maintenir dans la rue, dans les familles et dans les régions russophones.
Le président Iouchtchenko considère la question linguistique comme un élément essentiel de l'identité nationale et n'est prêt à aucune concession en la matière. Au printemps 2006, en pleine crise parlementaire, plusieurs régions de l'Est et du Sud (31) ont décidé d'accorder au russe le statut de langue régionale (en vertu de la Charte sur les langues régionales à laquelle l'Ukraine a adhéré il y a quelques années) (32). Iouchtchenko a interprété cette série de décisions comme une démonstration de « séparatisme linguistique » menaçant directement le processus de construction nationale. Le Parquet général les a immédiatement invalidées. Le séparatisme russe fait partie du programme de plusieurs formations régionalistes actives à l'Est, qui réclament l'instauration d'une « république de Donetsk » indépendante (33).
Des problèmes en suspens
Même si l'on peut globalement se féliciter de l'issue de la crise du printemps dernier, les problèmes mis en avant par la révolution orange n'ont pas été résolus pour autant. Plus que jamais l'Ukraine reste divisée en deux camps opposés.
Depuis 2004, la radicalisation de l'élite russophone a débouché sur l'émergence d'une nouvelle génération d'hommes politiques. Ces hommes, à l'image de l'ancien gouverneur de Kharkov, Evgueni Kouchnarev (limogé pendant la révolution orange pour séparatisme), défendent un projet radical qui dépasse largement la soif de revanche du leader « générique » du camp bleu, Viktor Ianoukovitch. Ils militent pour une « fédéralisation de l'Ukraine » qui risque de fragmenter le pays.
Compte tenu de l'incompatibilité des programmes des deux leaders, la cohabitation Iouchtchenko-Ianoukovitch ne peut que fragiliser le statu quo. D'autant que la politique étrangère atlantiste de Iouchtchenko n'est guère populaire. L'adhésion à l'Otan n'est soutenue actuellement que par un tiers des Ukrainiens. Les russophones, notamment dans l'Est et le Sud, y sont particulièrement opposés. À l'été 2006, la tentative visant à organiser des manoeuvres militaires Ukraine-Otan en Crimée a entraîné une mobilisation sans précédent des Russes d'Ukraine. Un groupe d'officiers de l'Otan a été bloqué dans un hôtel de Crimée par des milliers de manifestants en colère. Les manoeuvres ont été annulées et les officiers américains évacués par hélicoptère.
Autre problème en suspens : celui de la république autonome de Crimée. Ancien Khanat tatar de Crimée, vassal de l'Empire ottoman, ce territoire a été annexé par la Russie en 1783. Les Tatars l'ont quitté en plusieurs vagues, la dernière correspondant à la déportation stalinienne de 1944. En 1954, la Crimée a été transférée de la Fédération de Russie à l'Ukraine, toutes les deux faisant alors partie de l'Union soviétique. Après l'éclatement de l'URSS, la communauté russe (58 % de la population) a réclamé l'intégration à la Russie. Kiev a accordé le statut d'autonomie à la Crimée, ce qui a permis de faire taire provisoirement les velléités indépendantistes qui s'étaient fait jour au début des années 1990. La Crimée s'est également retrouvée au centre du différend entre l'Ukraine et la Russie à propos du partage de la flotte soviétique de la mer Noire et de la base navale de Sébastopol - différend qui a été réglé par le renouvellement du bail de longue durée pour Sébastopol. À l'été 2006, un autre conflit a éclaté entre la communauté tatare (12 % de la population) et la communauté russe. Il portait, cette fois, sur la restitution des biens immobiliers tatars confisqués pendant la déportation de 1944. Les tensions ont vite dégénéré en véritables émeutes interethniques, enrayées in extremis par la police.
En guise de conclusion...
La situation ukrainienne reste fragile et promet de nombreux rebondissements dans un avenir proche. Dans cet environnement incertain marqué, au sommet de l'État, par la rivalité Iouchtchenko-Ianoukovitch, les oligarques constituent paradoxalement un facteur de modération dans la mesure où ils ont besoin de stabilité politique pour mener à bien leurs activités. Reste que, jusqu'à présent, la société ukrainienne a fait preuve d'une grande maturité. À quelques mois d'intervalle, elle a su gérer sans effusion de sang deux crises politiques majeures : la révolution orange de 2004 et la crise parlementaire de 2006. La violence comme moyen de résolution des conflits est désormais rejetée par l'ensemble des Ukrainiens au profit du modèle démocratique occidental basé sur la recherche du consensus. Ce n'est pas le moindre mérite de la révolution orange que d'avoir définitivement tourné la page du postsoviétisme. Même si l'économie ukrainienne reste aux deux tiers contrôlée par la Russie (34).
Notes :

(1) Situé dans le détroit de Kertch, qui sépare l'Ukraine de la Fédération de Russie, Touzla, langue de terre qui faisait jadis partie d'une presqu'île, s'est transformée en île après une tempête au milieu des années 1920. Lors du rattachement de la Crimée à l'Ukraine en 1954, cet îlot a été oublié et n'a été cédé qu'en 1973. Dans le cadre de l'URSS, le problème de Touzla ne se posait pas. Mais il a acquis une importance stratégique au début des années 1990 : depuis 1991, en effet, l'Ukraine perçoit des taxes sur le transit des navires étrangers par la mer d'Azov. À l'automne 2003, les ouvriers russes se sont mis à combler la digue en vue de transformer Touzla en presqu'île rattachée au territoire de Krasnodar. En réponse, l'Ukraine a envoyé ses gardes-frontières sur l'île. Cette crise russo-ukrainienne s'est terminée par un accord qui a confirmé la nationalité ukrainienne de l'île. V. Khomiakov, « Le problème de Touzla: l'entêtement ne paie pas », RIA Novosti, 9 juin 2005. Pour plus de détails, voir : A. Travnikov, Touzla et les intérêts stratégiques de la Russie, Feniks, Rostov-sur-le-Don, 2005.
(2) Voir, à ce sujet : Laure Mandeville, « Le grand retour du soviétisme », Politique Internationale, no 106, hiver 2004-2005, pp. 249-276.
(3) 90,32 % des votants se sont prononcés pour l'indépendance de l'Ukraine. Le vote indépendantiste est également majoritaire dans les régions à dominante russe : 75,8 % dans la région de Kharkov ; 54,1 % en Crimée. Voir : A. Desiderio, « Una nessuna centomila », Limes (Rome), no 1, 2005, p. 275. Sur le comportement électoral des Russes lors du référendum du 1er décembre 1991, voir également : D. Vydrin, « Les Russes en Ukraine lors du référendum sur l'indépendance », Hérodote, no 64, 1er trimestre 1992, pp. 89-101.
(4) Le Roukh populaire fait actuellement partie du bloc orange Notre Ukraine de Viktor Iouchtchenko.
(5) D'après le grand intellectuel progressiste russe Vissarion Belinski (1811-1848), qui exprime la vision officielle tsariste de l'histoire ukrainienne, « la Petite Russie n'est jamais devenue un État et, par conséquent, n'a pas d'histoire à proprement parler (...). L'histoire de la Petite Russie est un affluent qui se jette dans le grand fleuve de l'histoire russe. Les Petits-Russiens ont toujours été une ethnie et non une nation ». Pour les nationalistes ukrainiens, la nation ukrainiennne existe depuis des siècles, en opposition à ses voisins et en particulier à la Russie impériale. Pour les historiens soviétiques, la Russie de Kiev constitue un exemple de la collaboration de trois peuples slaves de l'Est (Russes, Ukrainiens et Biélorusses) dans la construction étatique. A. Desiderio, op. cit., p. 269.
(6) Plus de 2,9 millions d'Ukrainiens vivent dans la Fédération de Russie. Selon le recensement ukrainien de 2001, sur une population totale de 48 millions, les Russes sont 8,3 millions, soit 17,3 % de la population. Recensement de la population ukrainienne de 2001, Comité d'État des statistiques. D'après le recensement de 1989, 11,3 millions de Russes vivaient en Ukraine, soit 22,1 % de la population totale. 
(7) Zbigniew Brzezinski (né en 1928 à Varsovie) est le fils d'un diplomate polonais qui avait été nommé à l'ambassade de Pologne au Canada en 1938. Après le début de la Seconde Guerre mondiale, la famille a décidé de rester au Canada. Naturalisé américain en 1958, Brzezinski a alors entamé une brillante carrière politique. Conseiller à la sécurité nationale du président Carter dans les années 1970, il a été à l'origine de la « seconde guerre froide » lancée contre l'URSS à partir de 1979. Qualifié de « hardliner », il est considéré comme l'un des faucons de l'administration américaine. Marié à la fille du dernier président tchécoslovaque d'avant la Seconde Guerre mondiale, Emilie Anna Benes, Zbigniew Brzezinski est resté très impliqué dans les affaires de l'Europe de l'Est.
(8) « L'indépendance de l'Ukraine modifie la nature même de l'État russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur l'échiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans l'Ukraine, la Russie cesse d'être un empire en Eurasie. Et quand bien même elle s'efforcerait de recouvrer un tel statut, le centre de gravité en serait alors déplacé (...). Pour Moscou, rétablir le contrôle sur l'Ukraine, (...) c'est s'assurer les moyens de redevenir un État impérial puissant s'étendant sur l'Europe et l'Asie. La fin de l'indépendance ukrainienne aurait des conséquences immédiates pour l'Europe centrale (...). L'apparition d'un État ukrainien indépendant constitue une régression géopolitique radicale qui a contraint les Russes à s'interroger sur les fondements de leur identité politique et ethnique (...). La perte du pivot géopolitique ukrainien réduit les choix stratégiques de la Russie. Amputée de la Pologne et des États baltes, mais contrôlant l'Ukraine, elle pourrait encore tenir un empire eurasien dynamique (...). Sans l'Ukraine, (...) toute tentative de restauration impériale commandée par Moscou est vouée à rencontrer la résistance prolongée de populations devenues très sourcilleuses sur la question de leur identité nationale et religieuse. » Z. Brzezinski, Le Grand Échiquier, Hachette Littérature, 1997, pp. 74-75 et 126-127.
(9) Vladimir Poutine, « Discours à la nation », Moscou, 25 avril 2005.
(10) Le journaliste Dmitri Belianski a été le porte-parole de Natalia Vitrienko, leader du bloc Opposition populaire et présidente du Parti progressiste socialiste, pendant la campagne électorale législative du printemps 2006. Il travaille pour l'Agence d'information russe Novyï Region, présente en Ukraine et en Moldavie. Il écrit également pour plusieurs journaux ukrainiens.
(11) Selon des sondages réalisés en 2004, 45 % des habitants de l'Ukraine parlent en ukrainien en famille, 45 % en russe et 10 % s'expriment dans les deux langues. S. Markov, « La révolution orange en tant qu'exemple de la révolution de la communauté globale », in Révolution orange, version ukrainienne, Evropa, Moscou, 2005, p. 89.
(12) V. Avioutskii, Les Révolutions de velours, Armand Colin, 2006, p. 97.
(13) L. Koutchma, L'Ukraine n'est pas la Russie, Vremia, Moscou, 2003, pp. 313-324.
(14) Glavred, 22 septembre 2006.
(15) O. Souchko, « Quelle Ukraine veut la Russie ou le projet russe », revue indépendante de culturologie I (Lvov), no 31, 2004, p. 37.
(16) Voir, à ce sujet, l'ouvrage de Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier, Hachette Littérature, 1997.
(17) À l'issue de négociations menées sous l'égide du président Iouchtchenko en août 2006, un gouvernement « mixte » a été formé. Le Parti des Régions et ses alliés du Parti socialiste se sont adjugé la plupart des portefeuilles. Le parti « orange » de Iouchtchenko, Notre Ukraine, a obtenu quatre ministères (Culture, Santé, Famille ainsi que Jeunesse et Justice) qui sont venus s'ajouter aux trois portefeuilles qu'il détenait déjà : Intérieur, Affaires étrangères et Défense. En octobre 2006, Notre Ukraine a retiré ses ministres et a annoncé son passage à l'opposition. Toutefois, le ministre de la Santé, Iouri Poliatchenko, est resté à son poste à titre personnel.
(18) Viktor Iouchtchenko est lié étroitement aux États-Unis. Il est marié en secondes noces à l'Ukraino-Américaine Kateryna Tchoumatchenko, née en 1961 dans une famille d'immigrants ukrainiens envoyés en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du STO et partis pour les États-Unis en 1956. Diplômée de la très prestigieuse université Georgetown, elle a travaillé successivement à la Maison-Blanche, au département d'État et au ministère des Finances sous Ronald Reagan et George Bush senior. Au sein du département d'État, Tchoumatchenko a occupé un poste au Bureau des droits de l'homme. En 1991, elle s'est installée à Kiev où elle a travaillé pour KPMG, la société d'audit américaine mondialement connue. Tchoumatchenko a rencontré Viktor Iouchtchenko lors d'une visite à Chicago d'une délégation de fonctionnaires de la Banque centrale ukrainienne dont il faisait partie. Ils se sont mariés en 1998 ; elle lui a donné trois enfants. On affirme qu'elle n'a été naturalisée ukrainienne qu'en 2005, après la victoire de son époux à l'élection présidentielle. The Wall Street Journal, 27 décembre 2004.
(19) Ainsi, au début des années 1990, le futur ministre de la Défense, Anatoli Gritsenko, a été formé dans des établissements d'études supérieures de l'US Army.
(20) Roman Zvaritch est né aux États-Unis en 1953. Il vit en Ukraine depuis 1991 et a été naturalisé ukrainien en 1995. Il a été ministre de la Justice à deux reprises (janvier-septembre 2005 puis août-novembre 2006). Il est considéré comme l'un des idéologues de la « révolution orange ».
(21) « Merkel souhaite rencontrer Timochenko », Agence d'information ukrainienne Unian (Kiev), 24 novembre 2006.
(22) L'analyste ukrainienne Alena Getmantchouk a noté, en août 2006, que « les milieux diplomatiques français n'arrivent pas à accepter que Ioulia Timochenko n'ait pas été nommée premier ministre, car elle est vue par les Français comme la seule à mettre en oeuvre les réformes. Par ailleurs, Timochenko n'hésite pas à souligner dans les conversations avec des hommes politiques français que, pour elle, l'Union européenne c'est avant tout la France et l'Allemagne ». A. Getmantchouk, « Le baptême européen sous le signe de Ianoukovitch », Agence d'information indépendante Glavred (Kiev), 29 août 2006. www.glavred.info.
(23) Izvestia, 7 août 2006, 11 août 2006 et 14 août 2006.
(24) Pour une analyse détaillée de la révolution orange, voir le chapitre 4 « Ukraine : la révolution orange » et le chapitre 5 « La révolution orange dans le miroir russe, ukrainien, américain et européen » du livre de Viatcheslav Avioutskii, Les Révolutions de velours, Armand Colin, pp. 63-154.
(25) Laure Mandeville, « La révolution orange n'est pas venue à bout des oligarques », Le Figaro, 11 septembre 2005.
(26) Le groupe financier et industriel Finances et crédit règne sur le combinat minier Poltava GOK, le plus important d'Ukraine, la banque Finances et crédit, la holding AvtoKrAZ, qui produit des poids lourds, les chantiers navals Zaliv en Crimée ainsi que sur plus de vingt entreprises dans les secteurs de l'agro-alimentaire, de la médecine et des carburants. Voir : Delo (Kiev), no 224, 7 décembre 2006. Le groupe est contrôlé par deux hommes d'affaires. Le premier est Konstantin Jivago, élu en 2006 à la Rada sur la liste du Bloc de Ioulia Timochenko. Il a passé son enfance dans la région russe de Magadan avant que sa famille ne s'installe dans le sud de l'Ukraine. Le second est un député de Notre Ukraine, Alekseï Koutcherenko. Ancien gouverneur de la région de Zaporojie, il est président d'un Comité d'État responsable de la gestion du logement. Il préside également l'Union des industriels et des entrepreneurs d'Ukraine.
(27) Les alliances entre oligarques russes et ukrainiens sont très nombreuses : celle entre l'oligarque russe Roman Abramovitch et Alexandre Volkov qui appartient au groupe ukrainien Bakay et Volkov ; celle entre Mikhaïl Fridman (Alfa-group) et Viktor Pintchouk ; celle entre Anatoli Tchoubaïs (RAO EES Rossii - équivalent d'EDF) et le groupe ukrainien de Derkatch. Voir : C. Gloaguen, « L'Ukraine entre Est et Ouest », Hérodote, no 118, 3e trimestre 2005, p. 112. Les liens entre les oligarques des régions russophones de l'Est contrôlant la production de l'acier et les oligarques russes sont anciens. Ainsi, le groupe de Rinat Akhmetov vend des tuyaux à Gazprom, son client le plus important. Même les oligarques « orange » dépendent du marché russe où ils écoulent une partie importante de leur production, particulièrement dans le secteur agro-alimentaire.
(28) Le 1er décembre 2006, le président Iouchtchenko a dû céder le poste de ministre de l'Intérieur, occupé jusque-là par l'un de ses proches, Iouri Loutsenko, à Vassili Tsouchko, chef du groupe parlementaire du Parti socialiste. Cette nomination s'est faite à l'issue d'un bras de fer entre la Rada et le président, la majorité parlementaire dominée par le Parti des Régions ayant voté pour le limogeage des ministres « orange » nommés par Iouchtchenko. Ce dernier a opposé son veto au départ du ministre des Affaires étrangères, Boris Tarassiouk. En décembre 2006, on a vu des députés du Parti des Régions empêcher Tarassiouk de prendre part aux réunions du Conseil des ministres, en lui bloquant physiquement l'accès à la salle du conseil.
(29) S. Markov, op.cit., pp. 45-46.
(30) I. Sokolovskaïa, « La Crimée arrivera-t-elle à préserver la langue russe ? », Izvestia, 19 octobre 2006.
(31) En 2006, le russe a été reconnu langue officielle dans les régions de Kharkov, de Donetsk, de Lougansk, de Nikolaev et de Zaporojie, ainsi que dans les villes de Sébastopol, de Dniepropetrovsk et de Krivoï Rog. Voir : E. Chesternova, « On se plaindra de Iouchtchenko à Strasbourg. Les députés de l'est de l'Ukraine sont prêts à défendre leurs droits à la Cour européenne », Izvestia, 4 juillet 2006.
(32) N. Kassianenko, « Fièvre linguistique », Den (Kiev), no 181, 21 octobre 2006.
(33) « Une république de Donetsk est fondée à Donetsk », Donetskii informatsionnyi portal (Donetsk), 13 janvier 2006, www.dn.org.ua
(34) D'après la revue russe Ekspert, après les privatisations, 60 % des entreprises ukrainiennes seraient détenues par des capitaux russes. Des chiffres révisés à la hausse en février 2002. Voir : V. Denysyuk, « Les Russes en Ukraine, un révélateur de contraintes », Outre-Terre, 2003, no 4, p. 113.