Politique Internationale - La Revue n°114 - HIVER - 2007

sommaire du n° 114
LENDEMAINS DE PUTSCH A BANGKOK
Article de Arnaud DUBUS
en français
in english
en español
en français
Le 19 septembre, en fin d'après-midi, les centaines de petits commerçants qui tiennent des échoppes près du monument de la Victoire, dans le nord de Bangkok, reçoivent une visite inhabituelle. Des soldats en tenue de camouflage passent parmi les étals et les vendeurs ambulants de soupe aux nouilles, demandant poliment à chacun de plier bagage et de rentrer chez soi. Intuitivement, les marchands comprennent que la longue crise politique déclenchée le 23 janvier 2006 par la vente de la firme familiale du premier ministre Thaksin Shinawatra, Shin Corp, à la société singapourienne Temasek est en train de se dénouer. Ils obtempèrent. Deux heures plus tard, plusieurs colonnes de chars d'assaut M-41, venues de l'est, empruntent l'avenue et contournent le monument pour se diriger vers l'îlot Ratanakosin, le quartier historique de Bangkok. Dès 21 heures, des tanks encerclent la Maison du gouvernement ; d'autres sont stationnés sur la place Royale, face à la statue équestre du roi Rama V, ou contrôlent les principaux carrefours de la capitale. À 22 heures, le premier ministre, qui se trouve à New York pour participer à l'Assemblée générale des Nations unies, proclame sur Channel 9 - l'une des chaînes de télévision thaïlandaises que contrôle le gouvernement - l'instauration de l'état d'urgence dans le pays et ordonne au général Sonthi Boonyaraklin, chef de l'armée de terre, de se soumettre immédiatement au vice-premier ministre Chidchai Vanasathit, en charge du gouvernement en l'absence de Thaksin. Réaction trop tardive. Planifiée sept mois à l'avance, la partie est déjà gagnée par les militaires. Ceux-ci ont, en effet, réussi à neutraliser la police, l'un des principaux soutiens de Thaksin, lui-même ancien lieutenant-colonel de police. La longue crise politique qui a secoué le royaume et divisé le pays depuis janvier 2006 n'est pas terminée pour autant. Elle vient simplement de connaître l'un de ses plus spectaculaires rebondissements. La Thaïlande renoue avec une vieille tradition : celle de la patiwat (révolution), c'est-à-dire le renversement d'un régime civil corrompu par l'armée.
L'aboutissement de cinq années de « thaksinisme »
Un leadership autoritaire
Thaksin Shinawatra, un richissime magnat des télécommunications entré en politique au début des années 1990, a été le premier chef de gouvernement élu dans le cadre de la Constitution d'octobre 1997, considérée comme la plus libérale que la Thaïlande ait connue. Cette Constitution - que la classe politique, forcée de se soumettre aux demandes populaires après la profonde crise économique de 1997, n'avait adoptée qu'à contrecoeur - devait pallier les multiples faiblesses chroniques de la vie politique thaïlandaise : instabilité des gouvernements, fragiles coalitions de groupes d'intérêts divers ; étroite imbrication entre milieux d'affaires et cercles politiques ; concussion très répandue dans la fonction publique et au sommet de l'État. Le texte visait également à améliorer la représentativité des organes politiques, notamment en instaurant un Sénat élu et, théoriquement, apolitique. Plus généralement, il s'agissait d'encourager la participation de la population à la vie publique.
L'un des éléments clés de cette opération visant à renforcer l'État de droit était la nomination par le Sénat nouvellement institué d'une série d'agences indépendantes chargées de jouer un rôle de contrôle et de contrepoids par rapport à l'exécutif. Citons, parmi ces agences, la Cour constitutionnelle, la Commission électorale, la Commission anti-corruption, la Commission nationale de l'audiovisuel ou encore la Commission nationale des droits de l'homme.
Devenu premier ministre en février 2001 grâce au triomphe électoral, un mois plus tôt, de son parti - le Thaï Rak Thaï : « les Thaïlandais aiment les Thaïlandais » -, Thaksin a fondé sa politique sur un soutien tous azimuts à la croissance économique. Sa recette : la relance de la consommation domestique et la stimulation de l'esprit d'entreprise à tous les niveaux. Les résultats ont été probants : la croissance a atteint 5,3 % en 2002, 6,2 % en 2003 et 5,8 % en 2004.
Parallèlement, Thaksin - qui a, un jour, déclaré que la démocratie n'était « pas une fin en soi, mais un moyen » - a progressivement pris le contrôle de certaines des principales institutions du pays - armée, police, Sénat, médias - et neutralisé les mécanismes de contrepoids prévus par la Constitution de 1997. Au bout d'un an, une majorité de sénateurs pro-gouvernementaux (dont bon nombre avaient été appointés par le Thaï Rak Thaï) imprimait sa marque sur les décisions du Sénat prétendument « apolitique ». Ces parlementaires acquis au pouvoir ont, en particulier, très attentivement veillé à la sélection des membres des agences indépendantes vouées à contrôler l'exécutif. Quant aux médias, chapeautés par le gouvernement ou menacés de voir leurs budgets publicitaires amputés, ils n'ont, à quelques courageuses exceptions près, jamais vraiment alerté l'opinion sur la mainmise d'un homme, de sa famille et de son clan sur la quasi-totalité des institutions du pays.
Peu regardant sur les moyens, Thaksin a, dans le même temps, cautionné de très graves violations des droits de l'homme. Lors de la « guerre contre la drogue » décrétée en 2003 afin de mettre un terme au fléau grandissant du trafic de métamphétamine, des escadrons de la mort relevant de la police ont exécuté, à l'incitation du gouvernement, environ 2 500 petits trafiquants supposés dont les noms avaient été compilés sur des « listes noires ». Dans le sud islamisé du pays, où une rébellion séparatiste a refait surface depuis 2002, une bavure a particulièrement marqué les esprits : 85 jeunes musulmans ont été tués par l'armée après une manifestation dans le district de Tak Bai (province de Narathiwat). Sur ces 85 individus, 78 sont morts étouffés - « empilés comme des sacs de riz, sur six ou sept niveaux », selon les termes de l'ancien sénateur Kraisak Choonhavan - pendant leur transfert dans des camions en partance pour un camp de détention militaire.
La crise du système Thaksin
Alors que Thaksin et son parti Thaï Rak Thaï claironnaient qu'ils conserveraient le pouvoir pour une douzaine d'années ou même plus, un événement relativement inattendu a provoqué un changement d'humeur dans l'opinion des classes moyennes urbaines, notamment à Bangkok. Le 23 janvier 2006, la famille du premier ministre a vendu ses parts dans le conglomérat de télécommunications Shin Corp, pour environ 1,5 milliard d'euros, à Temasek, la firme chargée des investissements stratégiques de l'État singapourien. Deux éléments ont choqué les citoyens : le fait que Thaksin, qui s'était présenté comme le sauveur du capitalisme thaïlandais après la crise de 1997, ait vendu sa firme - qui contrôle une télévision, une ligne aérienne, plusieurs satellites et un réseau de téléphonie mobile - à un pays étranger ; et, surtout, le fait que la vente de Shin Corp - la plus grosse vente jamais réalisée en Thaïlande - n'ait fait l'objet d'aucune taxe (1).
Scandalisés, les intellectuels, les petits hommes d'affaires, les employés et les fonctionnaires ont organisé des rassemblements de plus en plus massifs sur la place de Sanam Luang, face au palais des premiers monarques de la dynastie Chakri. Pour ces citadins qui, dans leur majorité, appartiennent à la classe moyenne inférieure, le jaune - couleur du monarque actuel Bhumibol Abdulyadej, âgé de 79 ans et adulé par la population - est devenu un signe de ralliement. Aux accusations de « manque d'éthique » et de « cupidité » lancées contre le premier ministre se mêlent des allégations de « manque de respect » envers le souverain.
Pour mettre un terme à la crise, Thaksin décide de renouveler sa légitimité. Il dissout donc l'Assemblée nationale et organise de nouvelles élections, le 2 avril 2006. Mauvais calcul. Boycotté par l'opposition puis annulé - pour fraude (2) - par la Cour constitutionnelle, le scrutin ne fait que précipiter la crise. Au cours des trois mois suivants, le bras de fer s'intensifie. Il oppose le premier ministre et le clan d'hommes d'affaires influents qui le soutient à la « vieille élite » thaïlandaise. Cette dernière est composée du Conseil privé du roi (que préside l'ex-premier ministre Prem Tinsulanonda), de nombreux hauts fonctionnaires et entrepreneurs de haut vol lassés d'être écartés par le clan Thaksin des opportunités les plus juteuses.
Fin septembre, l'armée - qui, jusque-là, avait prétendu maintenir une neutralité de façade - met son plan à exécution pendant que le premier ministre, qui a probablement senti le coup venir, effectue une longue tournée internationale. La Constitution de 1997 est abrogée. Tous les organes qu'elle avait créés sont dissous. Et une junte - le Conseil national de sécurité (CNS) - que préside le chef de l'armée de terre assume tous les pouvoirs. Le roi reçoit les putschistes et prend acte du fait accompli. Un nouveau premier ministre est nommé : il s'agit de Surayud Chulanont, un ancien chef de l'armée de terre, pionnier du programme de professionnalisation des forces armées à la fin des années 1990.
Le contexte historique d'une démocratisation laborieuse
Retour en arrière. La montée en puissance de Thaksin a été, en grande partie, le produit de la crise économique de 1997. Cette crise, qui a touché la plupart des pays d'Asie de l'Est - à l'exception de la Chine et du Vietnam - est partie de Thaïlande où, le 2 juillet 1997, le gouvernement de Chaovalit Yongchaiyud, incapable de défendre le baht contre les attaques des spéculateurs, avait décidé de faire flotter la monnaie nationale. L'onde de choc a frappé de plein fouet la classe moyenne, dont les économies étaient souvent investies sur la Bourse ou dans des sociétés financières. Le prêt de 17,2 milliards de dollars accordé par le Fonds monétaire international afin de redresser l'économie, l'encadrement de la politique économique par les experts du FMI et l'achat par des sociétés étrangères de participations importantes dans de nombreuses firmes du pays (y compris dans plusieurs banques) ont été vécus comme autant de profondes humiliations par cette classe moyenne qui, jusqu'alors, s'enorgueillissait d'un succès économique applaudi sur toute la planète.
Voguant sur cette vague nationaliste et fustigeant habilement le gouvernement et le premier ministre Chuan Leekpai (Parti démocrate), successeur de Chaovalit Yongchaiyud, pour sa trop grande servilité vis-à-vis du FMI, Thaksin captive immédiatement l'imagination des citadins. Son parti promet aux ruraux (80 % de la population) des crédits renouvelables et une couverture sociale à coût réduit. Aux élections législatives de janvier 2001, le Thaï Rak Thaï remporte la victoire la plus large de l'histoire thaïlandaise (11 millions de voix, soit 37 % des suffrages exprimés, contre 26 % au Parti démocrate, son concurrent le plus sérieux ; le Thaï Rak Thaï obtient 248 sièges sur les 500 de l'Assemblée nationale contre 128 pour le Parti démocrate).
Son irruption sur la scène politique s'inscrit toutefois dans une longue durée dont on peut dater le début au 24 juin 1932. Ce jour-là, un groupe de bureaucrates civils et d'officiers, dont la plupart ont été éduqués dans des universités européennes, renverse la monarchie absolue pour y substituer une monarchie constitutionnelle. Après la « révolution de 1932 », le pouvoir politique ne sera plus l'apanage des princes. Les deux composantes de la « révolution » - les bureaucrates et l'armée - entrent alors en compétition pour le contrôle des ressources publiques. À la suite de l'abdication du roi Rama VII, en 1935, une régence est instaurée et la monarchie est marginalisée.
Très vite, sous la houlette de Phibunsongkhram, un officier anti-monarchiste formé à l'école d'artillerie de Fontainebleau, les militaires s'emparent du pouvoir. Ils réduisent à néant les rêves de développement politique et social que caressait l'élite civile. Au départ fragile, le pouvoir politique de l'armée est grandement renforcé quand les Américains décident, à partir du milieu des années 1950, de faire de la Thaïlande l'une de leurs bases stratégiques en Asie pour toute la période de la guerre froide. Équipements militaires, argent, formation et soutien technique sont généreusement offerts aux régimes qui se succèdent à Bangkok au gré des coups d'État et des nouvelles Constitutions. Mais les États-Unis stimulent aussi le développement d'un capitalisme local qui donne naissance à une nouvelle classe d'hommes d'affaires, souvent d'origine chinoise. À partir des années 1970, sur fond de montée du communisme en Asie du Sud-Est, les rejetons de cette classe d'affaires, étudiants dans les universités thaïlandaises, contestent de plus en plus agressivement le monopole des militaires sur le pouvoir politique. Les hommes en uniforme doivent progressivement relâcher leur emprise. Entre octobre 1973 et mai 1992, le pays connaît une série de poussées progressistes et de réactions autoritaires (3).
Les milieux d'affaires commencent à véritablement peser sur le jeu politique sous le gouvernement de Chatichai Choonhavan, élu en 1988. Mais jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Thaksin Shinawatra, les politiciens professionnels - souvent des businessmen de province devenus notables - sont obligés de composer avec une puissante bureaucratie civile. Ces bureaucrates, qui connaissent bien mieux les dossiers et les arcanes du système que des ministres en poste pour quelques années au plus, contrôlent en fait les décisions politiques.
Dès son entrée sur la scène politique dans les années 1990, Thaksin bouscule les habitudes établies. Fondateur de l'une des plus grosses firmes du pays, nous l'avons vu, il considère que les pesanteurs de l'administration freinent l'expansion économique et qu'un coup de balai s'impose. Modernisateur à sa manière, il s'attaque à la forteresse bureaucratique, marginalise les hauts fonctionnaires et met en place, dans tous les secteurs, des canaux parallèles à l'administration. Ce sont ces canaux qui lui permettront d'imposer les décisions importantes et de capter les flux d'argent. Certains estiment qu'il s'en est également pris à une autre institution traditionnelle au protocole pesant : celle de la monarchie. À tort ou à raison, Thaksin est perçu comme un leader qui déroge aux règles unanimement respectées de déférence envers la famille royale. Il a, par exemple, été accusé d'avoir occupé la place réservée au roi, en son absence, lors d'une cérémonie au temple du Bouddha d'Émeraude. Le coup d'État du 19 septembre peut être analysé comme un retour de bâton, comme une revanche de tous ceux qui ne supportaient plus de voir leurs positions privilégiées battues en brèche.
La signification du coup d'État
Une régression de la démocratie ?
Dans un Livre blanc distribué publiquement fin novembre pour « expliquer les raisons du coup d'État », le Conseil national de sécurité cite pêle-mêle, parmi les éléments qui l'ont poussé à agir, la corruption du régime, les divisions que ce dernier a engendrées dans le pays et la nécessité de protéger la monarchie. Ce sont les arguments classiques invoqués par les putschistes de ces cinquante dernières années. Il faut y ajouter - répétons-le - la volonté d'une portion de l'élite de maintenir certains privilèges acquis.
Plusieurs analystes vont plus loin et considèrent que la mise à l'écart de Thaksin était loin d'être l'objectif central de la prise du pouvoir par les militaires. Pour eux, il y aurait un « ordre du jour caché » derrière le putsch : revenir sur certains progrès démocratiques inscrits dans la Constitution de 1997. Le fait que les généraux aient, le soir même du 19 septembre, abrogé la Constitution éveille les soupçons. Il aurait été plus logique de la suspendre puis, une fois le calme rétabli, d'en pallier les faiblesses par quelques amendements. Adoptée, avec réticence, par l'Assemblée nationale dans des circonstances exceptionnelles (la crise économique asiatique), la très démocratique Constitution de 1997 avait été précédée de deux années de préparation, de consultation de la population et de débats. La personnalité des hommes responsables de rédiger la nouvelle Constitution - dont le constitutionnaliste Meechai Ruchupan - fait craindre que celle-ci, qui doit être composée pendant le gouvernement Surayud (dont le mandat durera entre douze et dix-huit mois), sera bien moins libérale que le texte qu'elle doit remplacer.
Le processus de rédaction est strictement contrôlé : la junte choisira les cent membres de l'Assemblée constituante dans une liste de deux cents « candidats ». Ces derniers auront été préalablement sélectionnés, en leur sein, par les deux mille membres d'une « Convention nationale »... qui eux-mêmes auront été nommés par la junte ! Le texte sera ensuite soumis à référendum ; mais si les Thaïlandais le rejettent, la junte se réserve le droit de choisir n'importe quelle Constitution passée, de l'amender et de la remettre en vigueur. Cette épée de Damoclès pèsera inéluctablement sur l'ensemble du processus. On voit mal, aussi, comment pourrait avoir lieu la « large participation populaire à toutes les étapes » qu'ont promise les putschistes.
Certains juristes pensent que l'idée d'un Sénat élu chargé de désigner les dirigeants des agences indépendantes sera abandonnée et que la junte ressuscitera le traditionnel Sénat nommé que la Thaïlande a connu jusqu'en 1997. Ce cénacle de notables, truffé d'officiers en retraite et de hauts fonctionnaires, sera moins turbulent qu'une institution où, dans la masse des membres cooptés, s'agitent des militants d'organisations non gouvernementales et des intellectuels qui ne craignent pas d'égratigner le gouvernement. Les clauses qui encouragent les citoyens à participer au développement des ressources locales et aux décisions qui les affectent pourraient également être rangées dans un tiroir. Si une telle option se confirme, le coup d'État du 19 septembre représentera une régression dans l'histoire du développement de la démocratie thaïlandaise de ces soixante-dix dernières années. On en reviendrait au régime semi-démocratique qui a prévalu entre 1980 et 1988, quand Prem Tinsulanonda, aujourd'hui président du Conseil privé du roi, dirigeait le pays.
La mort politique de Thaksin Shinawatra ?
 Depuis son renversement, l'ex-premier ministre utilise Londres, où étudie sa fille cadette et où il dispose d'un luxueux appartement, comme base arrière. Il parade régulièrement dans les pays voisins de la Thaïlande : Hong Kong, Chine et Indonésie. En fait, tout indique que les attributs du pouvoir lui manquent. Souvent accompagné de journalistes, il est très présent dans les médias thaïlandais et donne l'impression de rester un personnage public de premier plan dans le pays.
Le premier ministre déchu peut-il opérer un retour sur la scène politique ? Ce qui est sûr, c'est qu'il demeure populaire dans les campagnes, particulièrement dans celles du Nord, d'où il est originaire, et du Nord-Est, région déshéritée et cruellement touchée par la sécheresse à chaque saison chaude. Il a été le premier chef de gouvernement à réellement s'intéresser aux besoins des pauvres qui vivent en province. Avant les élections de 2001, une partie de la plate-forme électorale du Thaï Rak Thaï était une simple liste de demandes des ruraux, laissés-pour-compte du développement économique du royaume. La carte de santé à 30 bahts (60 centimes d'euro par visite à l'hôpital), que le premier gouvernement Thaksin a mise en place très rapidement, a posé les fondations d'une couverture sociale universelle pour les Thaïlandais. Le fonds villageois de un million de bahts (20 000 euros), qui permet aux ruraux d'obtenir des crédits renouvelables sans véritablement avoir à en justifier l'utilisation, leur a donné plus de flexibilité financière (tout en aggravant, il est vrai, la dette des ménages). Thaksin continue, par l'intermédiaire de ses lieutenants, d'alimenter financièrement ses réseaux de partisans dans ces régions périphériques. Mais, du fait de la passivité proverbiale des provinciaux, rares sont les villageois de base qui seraient prêts à se mobiliser spontanément et à manifester publiquement pour soutenir un retour de l'ancien homme fort. Ne serait-ce que parce que, dès sa nomination, le premier ministre Surayud s'est consacré à détacher les leaders de communautés rurales - souvent d'anciens militants du Parti communiste thaïlandais (clandestin depuis 1947) - de l'emprise de Thaksin. Une série d'incidents sérieux - incendies d'écoles dans le Nord et le Nord-Est et, surtout, la vague d'attentats à la bombe qui a secoué Bangkok dans la soirée du 31 décembre 2006 (3 morts et 36 blessés dont neuf étrangers) - a été attribuée par les médias thaïlandais aux réseaux pro-Thaksin ; une accusation qui, si elle était confirmée, démontrerait la capacité de ces réseaux à déstabiliser le nouveau gouvernement, encore mal assuré.
Quelles qu'en soient les circonstances, son retour dans le pays accroîtrait certainement l'instabilité. Les militaires qui, fin novembre, après de longues tergiversations, ont levé la loi martiale dans la moitié des provinces du pays (elle est maintenue dans le Nord, le Nord-Est et le Sud), ne prendront pas ce risque. Pour justifier leur prise de pouvoir, ils ont lancé de multiples enquêtes sur des cas de corruption impliquant des membres de la famille de Thaksin ou des proches. Mais, après avoir bruyamment proclamé que la lumière serait faite sur ces malversations, ils ont semblé ralentir - ce qui a provoqué des signes d'impatience de la part des classes moyennes qui s'étaient mobilisées contre l'ex-premier ministre. Ces hésitations s'expliquent par le fait que les élites thaïlandaises entretiennent des relations d'affaires étroites et qu'il est donc difficile d'incriminer une partie de l'élite sans en affecter une autre. La Siam Commercial Bank, qui appartient au Crown Property Bureau, a ainsi servi d'intermédiaire financier pour l'achat par Temasek de Shin Corp - une transaction qui a été le déclencheur de la crise. La ligne de séparation entre les « bons » et les « mauvais » est donc plutôt floue.
Quoi qu'il en soit, plusieurs enquêtes sont bouclées ou sur le point de l'être. Elles concernent un transfert détaxé d'actions de Shin Corp (16 millions d'euros) effectué par Pojaman, l'épouse de Thaksin, au bénéfice de son frère (un « cadeau de mariage ») ; l'achat puis la vente à Temasek, elle aussi détaxée, de 392,2 millions d'euros d'actions de Shin Corp par deux enfants de Thaksin (dans le cadre de l'achat de Shin Corp par Temasek) ; et, enfin, l'acquisition controversée par Pojaman d'un terrain à Bangkok, semble-t-il à la moitié du prix du marché. Une autre enquête ouverte par la Commission anti-corruption pourrait directement impliquer Thaksin : il s'agit de vérifier s'il y a eu malversation lors de la vaine tentative du gouvernement visant à privatiser l'Agence nationale d'électricité. Mais les recours les plus sérieux concernent les graves violations des droits de l'homme commises pendant l'ère Thaksin. Kraisak Choonhan, un ancien sénateur, mène campagne pour que Thaksin soit « jugé » - si nécessaire devant une juridiction internationale - à propos des 2 500 assassinats de la « guerre contre la drogue ». Pour les militaires qui se sont emparés du pouvoir - et qui traînent derrière eux un passé collectif assez lourd -, il serait toutefois très délicat de mettre en cause les anciens leaders pour violations des droits de l'homme. En tout cas, ces multiples recours servent à dissuader Thaksin de remettre le pied sur le sol thaïlandais à court terme.
La délicate question de la succession royale
Cette question est si sensible en Thaïlande qu'elle ne peut être discutée publiquement. Mais il est clair que le moment de la succession au trône de la dynastie Chakri approche : le roi a 79 ans et sa santé se fragilise d'année en année ; quant à Prem Tinsulanonda, le président du Conseil privé du roi, il a 86 ans. Certains prédisent qu'une succession pourrait être orchestrée pendant la période actuelle de transition politique, en profitant du fait que le Conseil privé du roi exerce un contrôle étroit sur le gouvernement.
Officiellement, le prince héritier, Maha Vajiralongkorn, est censé reprendre le manteau d'or de la dynastie Chakri. Pourtant, tous les Thaïlandais savent que la réalité est plus complexe. Le prince est moins populaire que son père, mais aussi que sa soeur, la princesse Sirindhorn, qui a également été élevée au rang de possible héritière par un amendement constitutionnel en 1974. La loi de succession de 1924 dit simplement que le roi choisit son héritier. Si le choix n'est pas fait avant le décès du souverain régnant, c'est, selon les Constitutions de 1991 et de 1997, le Conseil privé du roi qui a le dernier mot. Quel que soit le successeur, prendre la suite d'un règne entamé en 1946 (le plus long de l'histoire de la Thaïlande) et qui a été, à bien des titres, exceptionnel sera très compliqué. Le roi Bhumibol Abulyadej a rétabli, au prix de décennies d'efforts obstinés, le prestige de la monarchie. Il est quasiment divinisé par les Thaïlandais et constitue l'un des très rares liens entre toutes les classes sociales du pays. Et étant donné que, depuis le régime militaire de Sarit Thanarat (1957-1963), la personnalisation de la monarchie s'est faite au détriment du renforcement de l'institution elle-même (Sarit Thanarat et le roi partageaient la même conception du « leadership paternaliste » et collaborèrent étroitement dans la gestion du pays), le successeur n'héritera pas automatiquement de l'aura du monarque actuel.
Les leçons de l'ère Thaksin
Les cinq ans du régime Thaksin ont mis en exergue les faiblesses structurelles de la Thaïlande. Dans une société très hiérarchisée où l'argent fait souvent figure de valeur suprême, un individu cynique, fortuné et rusé peut arriver au sommet de l'échelle politique par la voie des urnes. Cette situation reflète sans doute une certaine immaturité politique de la société thaïlandaise, mais il n'existe pas de remède prêt à être utilisé. Quand ils sont appelés à voter, les ruraux n'octroient pas le pouvoir à un politicien qu'ils choisissent objectivement parmi plusieurs candidats ; le plus souvent, ils se contentent de reconnaître un pouvoir déjà établi. Si Thaksin a réussi à percer sur le plan national, c'est parce qu'il a acheté en bloc des dizaines de parlementaires solidement établis dans leur pré carré, ce qui lui a permis de récupérer leur clientèle électorale. Par surcroît, le fait qu'il soit l'un des hommes les plus riches du pays et qu'il fasse sans pudeur étalage de sa fortune a joué un rôle important dans son succès politique. Pour que les paysans thaïlandais évoluent dans leur comportement électoral, un changement de la culture politique et des mentalités s'impose. L'éducation traditionnelle enseigne, en effet, la soumission aux phuyai, aux aînés. Cette valeur a souvent favorisé la corruption des puissants, assurés de ne jamais être mis en cause par leurs inférieurs (ou phunoi). La police thaïlandaise, que la corruption gangrène jusqu'à la moelle, fonctionne exclusivement selon ce système d'allégeances. Et le conformisme hiérarchique, naturellement entretenu par l'élite, contribue également à bloquer le développement d'une société plus égalitaire.
Les ruraux ne sont pas les seuls en cause, bien au contraire : leur vision pragmatique - voter pour celui qui apporte des bénéfices concrets - a au moins le mérite de ne pas être versatile. Il ne faut pas oublier que les classes moyennes urbaines ont voté en masse pour Thaksin en 2001, contribuant au succès de cet homme d'affaires qui, précisément, incarnait la réussite urbaine. Quant à la notion d'« éthique », qui a refait surface au sein des classes moyennes après la vente de Shin Corp à Temasek en janvier 2006, elle est problématique car trop subjective. Bien entendu, les normes juridiques ont le mérite d'être plus « fixes » que l'éthique. Reste que l'application scrupuleuse, par l'appareil d'État et le système judiciaire, de normes juridiques encadrant la bonne gouvernance et promouvant une démocratie réelle doit encore beaucoup progresser.
L'autre tare de la société thaïlandaise est le fossé béant entre deux Thaïlande : celle des villes qui, fascinées par la globalisation, galopent derrière les modèles japonais et coréen ; et celle des campagnes, où l'on vit au jour le jour avec le sentiment de ne pas profiter du développement du pays. Ce fossé est aussi bien économique que culturel et psychologique. À quelques exceptions près, les classes moyennes n'ont jamais éprouvé le besoin de combler ce fossé - ce qu'elles auraient pu faire en manifestant moins d'ostracisme à l'égard des ruraux, par exemple. Le 6 octobre 1976, les classes moyennes ont massivement soutenu la réaction d'extrême droite contre des étudiants dont l'idéal était de mettre une place une société plus égalitaire et d'associer les ruraux à la croissance (4).
L'un des mérites de la politique de Thaksin a été, on l'a dit, de faire sentir à ces ruraux démunis que leur voix pouvait compter, que leurs désirs pouvaient être pris en compte. Bangkok reçoit traditionnellement une part disproportionnée des ressources publiques, les campagnes devant se satisfaire des miettes restantes. Le gouvernement Thaksin avait commencé à modifier cet équilibre instable. Après le coup d'État du 19 septembre, des hauts fonctionnaires conservateurs ont commencé à évoquer le démantèlement de plusieurs des programmes sociaux de Thaksin, dont la carte de santé à 30 bahts.
Un problème grandissant : la crise du Sud islamisé
L'un des legs les plus durables de l'ère Thaksin sera la résurgence du conflit séparatiste dans les trois provinces du sud à majorité musulmane de la Thaïlande : Yala, Pattani et Narathiwat, auxquelles il convient d'ajouter quatre districts de la province de Songkhla. La région, peuplée à 80 % de Malais musulmans intégrés de force au Siam au début du xxe siècle, avait été le théâtre, dans les années 1960 et 1970, d'une campagne séparatiste conduite par le Patani United Liberation Organization (PULO) et le Barisan Revolusi Nasional (BRN). Officiellement, ces groupes revendiquaient l'indépendance pour leur territoire ancestral ; mais, dans les faits, ils se battaient surtout pour défendre leur identité culturelle face à la volonté d'assimilation de l'État thaï bouddhiste. D'ailleurs, c'est l'ingérence de Bangkok dans la gestion des écoles religieuses qui a suscité les premières contestations des musulmans.
En 1981, le gouvernement de Prem Tinsulanonda a décrété une amnistie qui éteignit presque totalement la rébellion. Celle-ci a repris au début de l'ère Thaksin. L'intensité de la violence - assassinats de policiers et de militaires, incendies d'écoles, attaques contre les civils bouddhistes - a réellement commencé à grimper en 2002 et, surtout, en 2003. L'une des raisons de cette flambée réside dans le travail de fond effectué, à partir du milieu des années 1990, par un mouvement dérivé de l'ancien BRN, le Barisan Revolusi Nasional-Coordinate (BRN-C). Des enseignants musulmans, souvent liés au BRN-C, ont pratiqué un endoctrinement systématique de centaines de jeunes qui étudiaient dans les écoles islamiques privées. L'endoctrinement dispensé - un puissant cocktail à base d'histoire de l'« oppression siamoise » et de djihadisme - a galvanisé toute une génération de jeunes Malais, souvent de bonne famille, qui avaient l'impression d'être des citoyens de seconde zone dans leur propre pays.
S'y sont ajoutées deux autres causes plus immédiates : la « guerre contre la drogue » de février-mars 2003, particulièrement meurtrière dans le Sud islamisé, qui a provoqué la colère et la soif de vengeance des habitants ; et la dissolution du Centre d'administration des provinces frontalières du Sud (SBPAC) en 2002. Le SBPAC, mis en place par le gouvernement de Prem Tinsulanonda en 1981, était devenu l'interface entre la population musulmane malaise et les autorités. Il recevait les doléances des villageois musulmans qui protestaient contre les abus d'autorité des officiels de l'administration locale. 51 officiels ont été sanctionnés suite à ces plaintes. Le SBPAC disposait également dans la région d'un dense réseau d'informateurs. Bon nombre de ceux-ci - généralement d'anciens séparatistes reconvertis dans le banditisme - ont été tués par la police lors de la « guerre contre la drogue », ce qui a privé l'État central d'une source précieuse de renseignements. La dissolution du SBPAC a été le prélude à une montée rapide de la violence séparatiste, dont le premier coup d'éclat a été l'attaque meurtrière d'un camp militaire de la province de Narathiwat, le 4 janvier 2004, déclenchée afin d'y voler des armes.
Le gouvernement Thaksin a répondu à cette recrudescence d'activités insurrectionnelles par une violence encore plus forte. Des dizaines d'enlèvements de leaders musulmans ont lieu - des enlèvements que la vox populi impute largement à la police. Le 28 avril 2004, une série d'attaques dans les quatre provinces contre des commissariats et des postes militaires est repoussée à l'arme automatique. Bilan : 108 militants tués (ainsi que trois policiers et deux soldats). La plus grave bavure se produit après une manifestation de villageois musulmans autour du commissariat de police du district de Tak Bai, en octobre 2004. Des tirs de l'armée causent la mort de sept manifestants. 78 autres, nous l'avons évoqué, périssent étouffés lors de leur transport dans des bennes de camions militaires vers un camp de détention. L'affaire de Tak Bai - qui a rejoint le massacre du village de Duson Nyor (avril 1948) dans les annales de la lutte contre l'État thaïlandais - a renforcé l'insurrection séparatiste. Entre janvier 2004 et la chute de Thaksin, en septembre 2006, environ 1 800 personnes, musulmanes et bouddhistes, ont été tuées dans le cadre de cette rébellion - soit une moyenne de 55 par mois.
Le gouvernement Surayud, établi après le coup d'État, a opéré un virage à 180 degrés par rapport à la politique répressive de Thaksin. Début novembre, le nouveau premier ministre s'est excusé devant les leaders musulmans pour la bavure de Tak Bai et a fait libérer les 58 manifestants qui étaient, depuis, détenus en prison. Le gouvernement a accepté que le dialecte malais de Pattani soit utilisé comme « seconde langue de travail » (en plus du thaï) dans les documents et les bureaux administratifs. Ce geste, que le gouvernement Thaksin avait toujours refusé de faire, est un premier pas vers la reconnaissance de l'identité culturelle malaise. Une zone de développement économique spéciale doit être établie dans les cinq provinces (Yala, Pattani, Narathiwat, Songkhla et Satun). Elle sera dotée de privilèges fiscaux visant à y attirer les investisseurs. Surayud a également déclaré que l'autonomie administrative du Sud islamisé pouvait être un sujet de discussion. Des pourparlers sont en cours entre les autorités et des représentants de certains groupes séparatistes historiques.
Il reste que, malgré cette politique de réconciliation, les violences se sont amplifiées depuis le coup d'État. Le mouvement actif sur le terrain rejette le processus de négociation entre le gouvernement thaïlandais et les leaders du PULO, du BRN et d'un troisième mouvement, le BERSATU. Confrontés à une approche gouvernementale plus modérée que celle de l'ancien premier ministre, les leaders de l'insurrection craignent sans doute de voir la majorité des Malais musulmans reprendre progressivement confiance dans le dialogue avec Bangkok. Ils cherchent donc à radicaliser la situation en poussant les forces de sécurité à la faute. Une nouvelle grosse bavure, comme celle de Tak Bai, donnerait un coup de fouet à la rébellion. Il reste à voir si, à plus long terme, la radicalisation de l'insurrection relancera le cercle vicieux des attaques et des représailles ou débouchera sur l'isolement progressif des rebelles.
Au final, l'apaisement des tensions dans le Sud - tensions qui existent depuis plus d'un siècle - nécessite une refonte du modèle nationaliste thaïlandais, imaginé par le régime d'inspiration fasciste de Phibunsongkhram à l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Cette conception de la « thaïcité » (kwam pen thaï) met fortement l'accent sur l'attitude culturelle de soumission aux aînés, la religion bouddhiste et le caractère ethnique thaï - ce qui la rend difficilement acceptable pour des musulmans de culture malaise qui vivent dans une société de type « horizontal ». Une large autonomie administrative - à condition qu'elle soit acceptée par la majorité de la population thaïlandaise - paraît incontournable pour apporter une solution politique à ce problème qui risque, dans le cas contraire, de ressurgir à l'avenir.
Quelle démocratie thaïlandaise ?
Le contenu de la nouvelle Constitution dictera l'avenir à moyen terme du royaume. Un retour à un régime rétrograde risque de relancer un cycle de protestations. Dans le même temps, la marginalisation du parti Thaï Rak Thaï, privé de son fondateur Thaksin Shinawatra, facilite le retour des caciques de la politique - ces barons de province passés maîtres dans l'art des « money politics ». Le pas en arrière que représente le coup d'État du 19 septembre ne semble pas pouvoir permettre, dans l'immédiat, une reprise de la marche vers un régime plus démocratique et faisant plus appel à la participation des citoyens : selon les termes d'un juriste thaïlandais, « le système démocratique a été mis en pièces pour permettre d'évincer Thaksin ». Le prix à payer a-t-il été trop grand ? Beaucoup, dans l'intelligentsia thaïlandaise, le pensent. L'abrogation, injustifiée, de la Constitution de 1997 augure mal de l'avenir car elle a entaché, une fois de plus, le caractère sacré de la charte fondamentale censée être, depuis le renversement de la monarchie absolue en 1932, le pilier de la démocratie thaïlandaise.
Notes :

(1) Cette pratique semble conforme à la loi, les bénéfices effectués lors de transactions sur le marché boursier étant défiscalisés. Mais les Thaïlandais y ont vu un comportement immoral car la vente a été arrangée de façon qu'elle puisse échapper à la taxation.
(2) La raison principale de l'annulation a été la violation du principe constitutionnel du vote secret, les isoloirs ayant été disposés de façon que des observateurs puissent voir la façon dont votait chaque électeur.
(3) La « révolution » d'octobre 1973 qui renverse le gouvernement militaire débouche, trois ans plus tard, sur un assaut mené par la police des frontières contre l'université Thammasat ; l'élection de Chatichai Choonhavan, en 1988, aboutit au coup d'État de février 1991, puis au massacre de mai 1992, après lequel démarre une nouvelle « phase démocratique ».
(4) Le 6 octobre 1976, dans un contexte de montée du communisme en Asie du Sud-Est, la police des frontières et la milice des Gaurs Rouges attaquent les étudiants de gauche rassemblés dans l'université Thammasat ; des dizaines d'entre eux sont tués, lynchés et brûlés sous les applaudissements de la foule.