Politique Internationale - La Revue n°115 - PRINTEMPS - 2007

sommaire du n° 115
ASIE CENTRALE: LA FIN D'UNE EPOQUE?
Article de Sébastien PEYROUSE
in english
en español
en français
Plus de quinze ans après la disparition de l'Union soviétique, les cinq républiques d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Turkménistan) font face, en ce début d'année 2007, à de nouveaux enjeux capitaux pour les décennies à venir. Les cinq États connaissent des situations économiques et politiques différenciées : des régimes présidentialistes autoritaires semblent solidement installés au Kazakhstan et, dans une moindre mesure, au Tadjikistan ; l'Ouzbékistan s'enfonce toujours plus dans la dictature ; le Kirghizstan est, depuis la « révolution des tulipes » de 2005, en pleine effervescence et semble se diriger vers la démocratie, même si la route est encore longue ; enfin, l'incertitude règne au Turkménistan après la mort, en décembre dernier, du despote Saparmourat Niazov qui avait fait de son royaume un cauchemar totalitaire. Mais les défis que ces États doivent relever sont semblables : ils ont trait à la capacité des élites au pouvoir, souvent en place depuis plusieurs décennies, à répondre aux espérances de leurs administrés, qui ont connu de nombreuses désillusions depuis les indépendances obtenues en 1991 (voir tableau p. 359).Après la « révolution de couleur » au Kirghizstan et le décès naturel du dictateur au Turkménistan, l'Asie centrale va-t-elle enfin connaître les joies de la démocratisation ? Les stratégies mafieuses et claniques des élites vont-elles perdurer ? Est-il possible de briser l'enclavement économique de cette région éloignée des grands courants commerciaux mondiaux ? Last but not least : alors que l'ancrage social des mouvances islamistes semble prendre de l'ampleur, les dirigeants politiques sauront-ils penser le rapport à l'islam sur un mode autre que répressif ?
Parcours distincts, autoritarisme commun
À la chute de l'Union soviétique, les présidents des États nouvellement indépendants - presque tous d'anciens premiers secrétaires du Parti communiste de leur république - prônent comme un seul homme la démocratisation du système politique et l'instauration de l'économie de marché. L'abandon de la rhétorique communiste laisse également libre cours à un discours nationaliste selon lequel le nouvel État indépendant, enfin libéré de la dictature soviétique, va désormais suivre sa propre voie, historique et légitime (1). Dans la première moitié des années 1990, les cinq pays d'Asie centrale connaissent des évolutions différentes : le Tadjikistan s'enfonce, dès 1992, dans une violente guerre civile qui met aux prises « communistes » et « islamo-démocrates » (2) ; le Kazakhstan et le Kirghizstan, pour leur part, suivent le modèle de la Russie de Boris Eltsine : ils démocratisent leur vie politique et infligent une « thérapie de choc » ultra-libérale à leur économie ; quant à l'Ouzbékistan et au Turkménistan, ils décident de freiner l'émergence de toute opposition politique et ne réforment leur économie planifiée que d'une façon extrêmement mesurée.
Les cinq pays n'ont donc pas pris le même départ. Mais la décennie suivante, de 1995 à 2005, les verra se retrouver autour du même cours : celui du durcissement des régimes et de la montée de l'autoritarisme.
L'Ouzbékistan et le Turkménistan s'engagent dans des systèmes de plus en plus despotiques : liquidation de l'opposition ; suppression totale de la liberté de la presse ; culte de la personnalité des présidents Islam Karimov et Saparmourat Niazov introduit jusque dans les systèmes scolaires ; violations récurrentes des droits de l'homme, en particulier en matière religieuse ; entraves multiples à la liberté de mouvement des citoyens, etc. Le pays du « Turkmenbachi » (le « chef de tous les Turkmènes ») s'enfonce rapidement dans la schizophrénie d'une dictature si caricaturale qu'elle lui garantit la triste notoriété internationale de « seconde Corée du Nord ». L'Ouzbékistan connaît un durcissement plus progressif, marqué par les soubresauts dus aux attaques islamistes qui, à partir de 1997-1998, mettent régulièrement à mal le système autoritaire établi par Islam Karimov. Pendant ce temps, les deux pays les plus libéraux de la zone, le Kazakhstan et le Kirghizstan, restreignent, eux aussi, les libertés politiques généreusement accordées dans les premières années de l'indépendance : même si l'on est encore loin des excès turkmène et ouzbek, les partis d'opposition sont limités dans leur accès à la scène publique ; la liberté de la presse se restreint ; les atteintes aux journalistes et aux défenseurs des droits de l'homme se multiplient (3). Quant au président tadjik, Emomali Rakhmonov, il tente, en 1997 (c'est-à-dire au sortir de la guerre civile qui a, cinq ans durant, opposé son régime à une insurrection islamiste), de suivre le modèle de ses voisins en réduisant l'espace accordé à l'opposition - qu'elle soit laïque ou islamiste - et en détournant les structures de l'État à son seul profit.
Dans les cinq pays, la réélection du président est obtenue par diverses manipulations législatives (modification du calendrier électoral, allongement de la durée des mandats, référendums plébiscitaires et même nomination à vie pour le défunt Saparmourat Niazov) et par la mise en place de mesures judiciaires à l'encontre des opposants, régulièrement accusés de fraude fiscale ou de corruption. Le culte de la personnalité du chef de l'État se développe partout, le paroxysme étant atteint au Turkménistan. Ce culte se cumule avec la mainmise de l'entourage présidentiel sur les ressources de l'État (manne des hydrocarbures, or, coton... sans oublier, pour certains, le trafic de drogue). Tous les présidents, même ceux dont le pouvoir est considéré comme relativement faible, à l'instar d'Askar Akaev au Kirghizstan, prennent possession de l'appareil étatique et installent leurs proches au coeur des structures du pouvoir politique et économique. Grâce au contrôle qu'il exerce sur le marché pétrolier de son pays, le président kazakh Nursultan Nazarbaev fait aujourd'hui partie des quinze premières fortunes mondiales. Cette appropriation de l'État par le clan au pouvoir est évidemment mal vécue par la population, qui voit dans l'émergence d'une classe d'oligarques la perpétuation des réseaux de la nomenklatura soviétique. Pour les sociétés centre-asiatiques, la libéralisation de la vie politique et de l'économie entamée par Mikhaïl Gorbatchev pendant la perestroïka a signifié, avant tout, une brutale baisse du niveau de vie. Résultat : le souvenir des années brejnéviennes, qui furent pourtant marquées par des déficits chroniques, est généralement empreint de nostalgie...
Vers l'alternance politique dans tous les États ?
Trois chocs
L'année 2005 a constitué un tournant dans l'histoire des États centre-asiatiques. L'heure de l'alternance - à défaut d'alternative réelle - semble avoir enfin sonné. Les élites issues de la nomenklatura soviétique, qui ont joué un rôle historique dans l'accession à l'indépendance, laissent peu à peu leur place. L'immobilisme politique qui a caractérisé la décennie 1995-2005 semble soudainement remis en cause. Trois événements ont servi de déclencheurs à cette évolution.
En février-mars 2005, la « révolution des tulipes » au Kirghizstan - inspirée des soulèvements pacifiques qui avaient bouleversé la donne en Géorgie en 2003 et en Ukraine en 2004 - provoque le départ du président Askar Akaev à la suite de manifestations populaires encadrées (ou orchestrées, selon les interprétations) par l'opposition et les milieux activistes des ONG. Au cours des quinze années précédentes, Akaev était parvenu à se maintenir au pouvoir grâce à de multiples manipulations électorales ; mais, cette fois, sa mainmise sur la structure étatique n'a pas suffi à endiguer l'organisation de l'opposition et le rejet massif, par la population, de l'omniprésence de la famille Akaev dans la vie publique.
Deuxième épisode marquant : la remise en cause du système politique ouzbek exprimée le 13 mai 2005 dans la ville provinciale d'Andijan. Alors que la plupart des précédentes déstabilisations du pays avaient été le fait de mouvements islamistes - au premier rang desquels le Mouvement islamique d'Ouzbékistan (4) -, les heurts d'Andijan appartiennent à un autre registre : celui de la protestation sociale. Ce jour-là, une foule mécontente s'était réunie pour reprocher au régime les dysfonctionnements de son système judiciaire et ses constantes entraves à la liberté des petits commerçants (5). La répression sanglante de la manifestation a démontré l'incapacité des autorités ouzbèkes à répondre à la contestation autrement qu'en faisant tonner le canon ; plus profondément, elle a relancé le débat sur la stabilité du pays le plus peuplé de la région (plus de 25 millions d'habitants). Les autorités des cinq États de la zone ont rapidement réagi à ces deux événements quasi consécutifs : elles ont mis en place des législations plus restrictives à l'encontre des ONG ; limité encore un peu plus l'espace accordé à l'expression d'opinions divergentes ; et durci leurs relations avec les pays occidentaux, tout particulièrement les États-Unis, soupçonnés de financer les « révolutions de couleur ».
Mais, le 21 décembre 2006, un troisième choc ébranlait la région : la disparition naturelle de Saparmourat Niazov. Le décès imprévu du dictateur turkmène a suscité la surprise et l'inquiétude dans les républiques voisines. Le sentiment d'être entré dans une phase de changements, pacifiques ou violents, domine aujourd'hui les scènes politiques locales.
Divers degrés d'autoritarisme
Des cinq États de la zone, le Kazakhstan est celui qui semble le mieux tirer son épingle du jeu. La réélection triomphale de Nursultan Nazarbaev en décembre 2005, avec plus de 91 % des voix (et une opposition dont l'accès à la scène publique avait été très limité) prouve que le régime a su trouver son rythme. Bien que - nous l'avons dit - les mesures discriminatoires à l'encontre de l'opposition politique et de la société civile se soient multipliées ces dernières années, l'opinion publique kazakhe continue, dans sa majorité, à soutenir le cours actuel du gouvernement. Le succès économique (une croissance de 5 à 8 % par an), en grande partie fondé sur les hydrocarbures, assure la hausse rapide du niveau de vie moyen. Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté baisse régulièrement (il est aujourd'hui d'environ 20 %). Et l'espoir d'atteindre, dans les décennies à venir, le niveau de développement des pays d'Europe orientale est réel. La population accepte donc l'autoritarisme du régime et la mainmise de la famille Nazarbaev sur l'État et les ressources en échange de ces perspectives encourageantes. Comme dans la Russie poutinienne, elle ne s'oppose pas à l'idée d'un homme fort tenant le pays d'une main de fer, si cette figure paternelle peut garantir le développement économique et sécuriser l'avenir matériel des citoyens.
Dans les quatre autres États, en revanche, la situation politique et sociale ne constitue en aucun cas un élément positif porté au crédit des régimes en place. Au Turkménistan, le nouveau président Gourbangouly Berdymoukhammedov, élu en février 2007, semble chercher une voie médiane de libéralisation. La démocratisation de la vie politique n'est pas au programme, du moins pour l'instant, et le multipartisme n'est toujours pas instauré. Le Conseil de sécurité nationale, qui réunit le président, ses proches et les ministères de force, en particulier Akmurad Redjepov, le chef de la toute-puissante Garde présidentielle, a les rênes de l'État bien en main. Après la dictature de Niazov, la libéralisation en cours se limite à réhabiliter les fonctions premières de l'État et à restaurer l'efficacité minimale des structures publiques détruites par le régime précédent. Plusieurs ajustements sont à prévoir : renaissance des cursus scolaires et universitaires ; allégement du culte de la personnalité ; réinjection d'argent dans un système sanitaire déliquescent ; diverses mesures en faveur des paysans, etc. La stabilité du nouveau régime reposera surtout sur sa capacité à gérer ses promesses contradictoires faites à plusieurs grands consommateurs de gaz : Niazov s'était, en effet, engagé à livrer du gaz à la fois à la Russie, à l'Ukraine, à la Chine et à l'Iran (6). Pour tenir la parole de son prédécesseur, Berdymoukhammedov devra développer ce secteur avec l'aide de firmes étrangères, et assurer une redistribution minimale de cette manne qui pourrait, du moins en théorie, permettre au pays d'augmenter rapidement ses revenus.
Au Tadjikistan, la situation reste difficile, sur le plan tant politique que social. Depuis 2004, la liquidation, l'emprisonnement ou, dans le meilleur des cas, la marginalisation de toutes les grandes figures de la guerre civile de 1992-1997 confirment le tournant pris par le pays : la parenthèse des accords de paix, qui octroyaient à l'opposition un quota de 30 % de tous les postes officiels, politiques et administratifs,  se referme. En éliminant ses concurrents - qui disposaient tous d'une importante légitimité régionale -, le président Emomali Rakhmonov affirme qu'il crée un État centralisé apte à réguler de manière équitable le partage du pouvoir entre groupes régionaux. Toutefois, il agit lui-même en leader clanique et donne ouvertement la préférence au clan des Kouliabi (originaire du sud du pays) et, depuis le début de la décennie, aux hommes issus de sa région natale de Dangara. L'affaiblissement du Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan, son principal adversaire historique, ne constitue qu'une victoire provisoire. En effet, les leaders de cette formation ont été « récupérés » par le pouvoir de Douchanbe ; mais leur présence au sein du système pourrait bien ouvrir la voie à l'émergence de mouvances plus radicales. Le renouveau attesté des groupuscules islamistes, conjugué aux tensions qui se font jour autour de la répartition du pouvoir au niveau régional, aggrave le risque d'une nouvelle alliance entre islamistes et seigneurs de guerre telle qu'elle avait existé durant la guerre civile. Le Front commun de l'opposition - créé en février 2007 sous la direction du journaliste en exil Dododjon Atovoulloev, mais dépourvu du soutien du Parti de la renaissance islamique - aura probablement du mal à trouver sa place sur la scène politique actuelle. Cette nouvelle coalition menace toutefois d'organiser une révolution de couleur (cette fois-ci « des violettes », une fleur répandue au Tadjikistan) si Rakhmonov refuse de démissionner, comme elle l'exige. Mais elle ne semble pas, pour l'heure, avoir les moyens financiers et organisationnels nécessaires à son ambition politique.
Le régime ouzbek, quant à lui, ne cesse, depuis les événements d'Andijan, de durcir le ton. Les exactions visant les quelques associations de la « société civile » encore en activité se multiplient, tout comme les arrestations arbitraires de journalistes. Par ailleurs, les autorités continuent de mener une politique répressive en matière religieuse. Les croyants trop pratiquants et les imams récalcitrants sont massivement emprisonnés. Le pouvoir s'ingère jusque dans les prêches du vendredi, qui doivent correspondre au discours officiel. Les quelque six mille prisonniers politiques, détenus principalement pour motifs religieux, confirment indirectement les erreurs commises par le gouvernement d'Islam Karimov dans les années 1990 : la liquidation de toute opposition laïque a laissé le monopole de la critique politique à l'islamisme. Afin de résister aux pressions sociales grandissantes, le régime a choisi la fuite en avant et affirme désormais que l'Ouzbékistan est une forteresse cernée par des forces destructrices, aussi bien « islamistes » qu'« occidentalistes ». Cette vision isolationniste du pays a des conséquences directes sur la population. Ces dernières années, la paupérisation s'est aggravée, précisément à cause du protectionnisme outrancier du régime. Les restrictions à la liberté du petit commerce, qui fait vivre une bonne part des milieux paysans et urbains, ont rendu la situation sociale explosive.
C'est le Kirghizstan qui connaît à la fois la plus grande instabilité et la plus grande liberté. Depuis la « révolution des tulipes », la scène politique kirghize est morcelée entre divers partis politiques et factions régionales. Elle est, également, très largement noyautée par les réseaux mafieux, installés au sein même des structures étatiques. Cette déconsidération envers un État qui, loin de se soucier du bien public, se contente de se partager les ressources selon des logiques d'intérêts particuliers ne contribue guère à assainir la situation. L'instabilité chronique du pouvoir s'est en effet poursuivie en 2006 et la nouvelle Constitution, votée en novembre sous la pression de la coalition d'opposition « Pour les réformes », mais amendée en faveur du président un mois plus tard, n'aura pas nécessairement des conséquences stabilisatrices.
Le Parlement a rejeté une nouvelle candidature de Felix Kulov au poste de premier ministre. Lors de la « révolution des tulipes », Kulov et Bakiev s'étaient alliés pour faire tomber le président Akaev ; mais le tandem n'a pas survécu au conflit constitutionnel de 2005-2006, qui était censé transformer le pays en une république parlementaire et retirer au président nombre de ses prérogatives. Le Parlement a fini par entériner, le 29 janvier, la candidature d'Azim Izabekov, ancien ministre de l'Agriculture, un proche du président sans personnalité particulièrement forte, laissant ainsi, de facto, les pleins pouvoirs à Bakiev. Par ailleurs, la répartition des postes en fonction des divisions Nord-Sud - instaurée sous le régime soviétique mais renforcée sous Askar Akaev, et qui ne cesse de prendre de l'ampleur depuis son départ - suscite le mécontentement des deux régions et parcellise l'autorité de l'État. Cette fragilité est instrumentalisée par les dirigeants autoritaires des autres pays centre-asiatiques, qui ont beau jeu de présenter les « révolutions de couleur » comme synonymes de chaos. Pourtant, le risque d'instabilité qui touche l'Asie centrale relève moins d'une virtuelle ouverture des systèmes politiques que de réalités économiques difficiles et, pour certains États, d'une viabilité très hypothétique.
Des systèmes économiques peu performants et gangrenés par les logiques mafieuses
Située autrefois au carrefour des « grands empires » et aujourd'hui à celui des « puissances émergentes » telles que la Chine, l'Inde et l'Iran, l'Asie centrale bénéficie, au premier regard, d'une situation géographique favorable que symbolisent les fameuses routes de la soie. Pourtant, la réalité est bien plus complexe : les pays sont tous enclavés, voire doublement enclavés (l'Asie centrale est la région au monde la plus éloignée de la mer), et entourés de puissances aux logiques souvent concurrentes. À l'époque soviétique, les économies ont été très largement subventionnées par le centre, ce qui a occasionné de grandes difficultés quand l'URSS s'est effondrée : le réseau industriel est toujours imbriqué dans l'ancienne structure fédérale soviétique et les réseaux fournisseurs-clients demeurent tournés vers la Russie. Quant aux investissements directs étrangers, ils restent relativement faibles (7). Si trois États - le Kazakhstan, le Turkménistan et l'Ouzbékistan - disposent de richesses en hydrocarbures, ils doivent néanmoins relever plusieurs défis afin d'en profiter pleinement : les routes d'exportation passent encore à plus de 90 % par la Russie, qui achète le pétrole et le gaz à des prix inférieurs à ceux du marché mondial et peut à tout moment bloquer leur accès à l'Europe et à la Turquie. Le désenclavement via des tubes qui éviteraient la Russie est encore balbutiant : ceux qui passent par l'Iran pour le Turkménistan, et par la Chine pour le Kazakhstan, sont pour l'instant d'une faible capacité, tandis que le projet de pipeline transcaspien qui rejoindrait l'Azerbaïdjan puis la Turquie et l'Europe centrale est encore à l'étude. Par surcroît, certaines de ces ressources, en particulier en Ouzbékistan, sont difficiles d'accès et nécessitent des investissements extrêmement coûteux en matériel d'extraction.
Enfin, l'importance dans ces trois républiques de l'agriculture, et spécialement du coton, favorise le développement d'une situation de « stress hydrique » : dans les décennies à venir, la gestion de l'eau constituera sans aucun doute l'un des enjeux majeurs de la région et pèsera lourdement sur les relations entre les cinq États. En Ouzbékistan et au Turkménistan, la domination du coton contribue également à maintenir l'économie sous pression : les autorités s'efforcent d'augmenter les surfaces dédiées à l'« or blanc » au détriment des productions maraîchères et rémunèrent les paysans au plus bas prix possible afin de dégager le maximum de rentrées en devises. Les deux autres républiques, le Kirghizstan et le Tadjikistan, occupent pour leur part de petites superficies, disposent d'un territoire très largement montagneux et sont pratiquement dépourvues de ressources naturelles. À l'exception du secteur de l'hydroélectricité, prometteur dans ces deux « châteaux d'eau » de l'Asie centrale, les autorités n'ont à leur disposition que l'exploitation de minerais. Et même dans ce secteur, les richesses ne sont pas inépuisables : le Kirghizstan s'appuie par exemple sur la mine d'or de Kumtor, dont les réserves (500 tonnes) devraient être épuisées entre 2020 et 2030. Le Tadjikistan dispose lui aussi d'un potentiel industriel extrêmement limité : l'usine d'aluminium de Tursunzade représente à elle seule près de 40 % des exportations du pays. L'industrie du tourisme, même si elle connaît un certain succès au Kirghizstan (8), ne sera pas en mesure d'assurer l'avenir économique. Quant à la surface cultivable de ces deux pays, elle est très réduite. Par conséquent, l'autosuffisance alimentaire semble difficilement envisageable. Ce qui explique que les autorités tadjikes et kirghizes soutiennent énergiquement toutes les unions douanières et économiques qui leur permettent d'accéder aux marchés kazakhstanais et russe, lesquels les approvisionnent encore très largement, même si la Chine est de plus en plus présente (9).
À l'exception du succès kazakh, les quatre autres États font face à d'importants échecs économiques, qu'ils aient cherché à privatiser leurs entreprises (comme le Kirghizstan, premier pays de la CEI à intégrer l'OMC en 1998) ou qu'ils aient préservé un large secteur public (comme l'Ouzbékistan et le Turkménistan). Les industries de la région, obsolètes, ne se sont pas relevées de la disparition des liens entre républiques soviétiques ; les industries légères ont en grande partie disparu. Les mauvaises relations entre les États (à l'exception de celles entre le Kazakhstan et le Kirghizstan (10)) ne favorisent pas la naissance d'un marché économique régional, d'autant que les autorités se sont souvent mutuellement imposé des systèmes de visas.
L'enclavement géographique de la région s'est conjugué avec le protectionnisme ouzbek et l'isolationnisme du Turkménistan. Dans les années 1990, l'environnement géopolitique global ne s'est pas, non plus, révélé propice au développement de la zone. L'Afghanistan continue d'entraîner l'Asie centrale, devenue une aire majeure de transit de l'opium, dans le sillage du narcotrafic (11). Les relations avec l'Iran n'ont pas connu l'essor attendu à l'indépendance. Seule la Chine, depuis quelques années, semble capable de s'imposer sur le marché centre-asiatique. Elle finance déjà de nombreux projets de désenclavement et assure ainsi à ses voisins, principalement au Kirghizstan, un accès indirect à son dynamisme.
Le Kazakhstan, on l'a dit, a réussi à juguler la baisse conséquente du niveau de vie que tous les pays de la région ont connue au cours des années 1990. Dans les autres États, près de la moitié de la population (plus encore au Kirghizstan et au Tadjikistan) vit toujours sous le seuil de pauvreté. Certaines régions du Kirghizstan, du Tadjikistan et du Turkménistan ont subi des cas de disette tandis que la malnutrition, en particulier en zones rurales et chez les enfants, est de plus en plus répandue, y compris dans des pays riches en denrées agroalimentaires comme l'Ouzbékistan. Partout, les services publics ont connu une rapide désaffection. La couverture sanitaire n'est plus assurée ; les médecins ont abandonné un métier mal rémunéré ; les services médicaux sont devenus payants ; et la situation écologique s'est dégradée. Le système scolaire est, lui aussi, devenu en grande partie payant. Le nombre d'heures de cours et d'années d'enseignement obligatoire a été réduit dans plusieurs républiques, les manuels sont rares et de nombreuses écoles rurales ont dû fermer leurs portes faute d'enseignants et de moyens. Du coup, le taux d'alphabétisation des générations nées après l'indépendance est en baisse. Notons aussi que les liaisons entre les zones rurales éloignées et les centres urbains se sont raréfiées, ce qui a aggravé l'isolement des régions montagneuses (le Pamir au Tadjikistan, les régions de Naryn ou de Batken au Kirghizstan) ou lointaines (comme la république autonome du Karakalpakistan en Ouzbékistan), qui vivent en quasi-autarcie.
Même au Kazakhstan, l'inégalité de répartition des revenus entre régions et entre classes sociales constitue un risque politique non négligeable, associé à celui du « mal hollandais » (qui se manifeste par la non-redistribution à la population des revenus tirés de la manne pétrolière). Le développement du phénomène migratoire confirme la profondeur de ce malaise social global : environ un million de Tadjiks, un nombre équivalent d'Ouzbeks et plus d'un demi-million de Kirghizes travaillent de manière saisonnière à l'étranger, principalement en Russie. On s'en doute, il s'agit principalement d'emplois difficiles et très mal payés. Près de 20 % des adultes du Tadjikistan ont donc quitté leur pays pour trouver du travail. Ce véritable exode a provoqué un manque de main-d'oeuvre masculine dans les régions désertées et aggravé une condition féminine déjà fragile. Il reste que ces migrants constituent le poumon économique d'États comme le Kirghizstan et le Tadjikistan : les sommes qu'ils envoient permettent de faire vivre des centaines de milliers de personnes et représentent environ la moitié du PIB de leur pays (12).
La crise économique post-soviétique a également renforcé le clientélisme : les factions régionalistes et claniques ont confirmé leur maîtrise des jeux politiques internes et de l'administration publique. Ce sont ces factions qui gèrent l'accès des citoyens aux services de l'État (13). Ce dernier offre aux différents groupes sociaux, répartis en « clans », un accès plus ou moins équilibré au pouvoir central et à ses ressources : division Nord-Sud au Kirghizstan ; opposition entre clans de Tachkent, de Samarkand et du Ferghana en Ouzbékistan ; concurrence entre hordes au Kazakhstan et entre « tribus » au Turkménistan ; quasi-officialisation des appartenances régionales au Tadjikistan.
Dans un tel contexte, il n'est pas étonnant que la corruption soit endémique : les États de la région sont classés parmi les plus corrompus du monde par l'ONG Transparency International. Le népotisme s'est transformé en une logique prédatrice par le biais de réseaux mafieux implantés au coeur même de l'administration et qui enrichissent une petite classe sociale liée au pouvoir. La situation semble, de ce point de vue, particulièrement critique au Kirghizstan et au Tadjikistan. Dans le premier, la criminalisation de la vie politique confirme que l'État se trouve aux mains de structures de l'ombre : les liens entre hommes politiques et milieux mafieux sont de notoriété publique, et l'achat de postes dans la haute administration ou au Parlement est clairement lié aux revenus clandestins des candidats. Ce parasitage de l'État par les réseaux criminels aggrave les dissensions entre un Nord largement russifié et urbanisé, qui aspire à un développement sur le modèle kazakh et russe, et un Sud bien plus rural, plus islamisé, où vivent de fortes minorités ouzbèkes : les systèmes mafieux jouent en effet au maximum de leurs réseaux clientélistes régionaux. Dans le second État, la « kouliabisation » de l'administration opérée par le président Rakhmonov accentue les oppositions régionales qui avaient émergé durant la guerre civile et accroît les mécontentements liés au partage des richesses nationales. Le pouvoir y poursuit la segmentation de la société en régionalismes et officialise ces appartenances comme l'un des moteurs d'accès à la fonction publique et aux postes politiques.
Un terreau fertile pour l'islamisme ?
La crise politique et économique globale fait le lit des mouvements islamistes. Les mouvements fondamentalistes basent, en effet, leurs discours - souvent empreints, paradoxalement, d'une certaine rhétorique communiste - sur une dénonciation tous azimuts de la corruption et sur une exigence très partagée de justice sociale. L'islamisme ne recrute pas exclusivement, loin de là, parmi les couches les plus pauvres de la population : milieux paysans réduits à la misère ou professions dévalorisées comme les enseignants. Sa revendication d'une libéralisation du commerce et de l'instauration d'une économie islamique juste et caritative est bien reçue dans les régions les plus riches, en particulier dans la vallée du Ferghana, partagée entre l'Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Les milieux marchands qui avaient profité de la libéralisation des années 1990 refusent le protectionnisme croissant du régime depuis 2002 et se plaignent des mesures prises à l'encontre des bazars. Le ralliement aux mouvances islamistes, ou tout au moins le soutien financier discret qui leur est apporté, a également pour objectif de freiner l'implantation de réseaux mafieux de dimension nationale, souvent liés au pouvoir politique central, qui cherchent à faire main basse sur le clientélisme spécifique du Ferghana et sur ses richesses.
Dans toute l'Asie centrale, seul le Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan bénéficie d'un statut juridique officiel. Sa participation au gouvernement et son acceptation des règles démocratiques lui donnent une certaine aura au-delà des frontières du pays, bien que cette attitude soit décriée par un certain nombre de ses propres militants et par tous ceux qui prônent une confrontation violente avec le pouvoir laïque. Pour ce qui est de l'islamisme clandestin, il était dominé, dans les années 1990, par le Mouvement islamique d'Ouzbékistan, qui a en grande partie périclité suite à l'effondrement de son allié taliban en 2001. Il semble toutefois que certains des groupes qui en sont issus continuent de s'entraîner dans les régions afghanes aux mains des Talibans et dans les zones tribales du Pakistan où ils se sont réfugiés. Mais depuis le début de la décennie 2000, c'est le Hizb ut-Tahrir (14) qui occupe le centre de la scène islamiste centre-asiatique : il domine aujourd'hui l'islamisme ouzbek et s'implante de plus en plus nettement dans le sud du Kirghizstan et, dans une moindre mesure, dans le sud du Kazakhstan, où les minorités ouzbèkes sont également nombreuses. Son fonctionnement pyramidal lui permet d'assurer une certaine emprise sociale fondée sur l'aide alimentaire et matérielle qu'il fournit aux plus démunis, ainsi que sur l'enseignement clandestin. Jusqu'à présent, les autorités ont échoué à démanteler ces réseaux de solidarité (15).
Les islamistes profitent des paradoxes de la conjoncture centre-asiatique. La majorité de la population reste favorable à un État laïque, où les droits religieux de chacun seraient assurés. Le christianisme est bien accepté aussi longtemps qu'il ne se livre à aucun prosélytisme et se contente d'être la confession des minorités « européennes ». C'est ainsi que l'Église orthodoxe russe, peu prosélyte, dispose de droits similaires à l'islam officiel, alors que les mouvements protestants, qui cherchent à convertir les musulmans, sont davantage discriminés. Mais la laïcité que revendiquent haut et fort les dirigeants politiques sert indirectement à légitimer leur autoritarisme. Leurs pressions récurrentes envers l'islam en général et les mouvances dissidentes en particulier encouragent l'assimilation de la laïcité à une politique anti-musulmane. L'Ouzbékistan procède tout particulièrement à un contrôle abusif de la religion et les milliers de détenus accusés d'intégrisme font figure de martyrs aux yeux de bon nombre de leurs compatriotes (16).
Malgré des financements que l'on suppose en partie internationaux (ils proviendraient, notamment, des pays du Golfe, du Pakistan et de la Turquie), la vocation transnationale des mouvements islamistes centre-asiatiques trouve rapidement ses limites. Même le Hizb ut-Tahrir, qui se veut un mouvement internationaliste, recrute en Asie centrale principalement selon des critères nationaux. Les populations tiennent aux frontières étatiques et ne rêvent aucunement de la création d'un califat supra-national. La vague d'attaques suicides menées par des femmes en 2004 contre des lieux symboliques du pouvoir ouzbek répondait à des objectifs personnels de protestation contre des arrestations arbitraires, et non à une rhétorique empruntée au djihadisme internationalisé d'Al-Qaïda. L'islamisme reste donc marginal en Asie centrale ; mais, comme partout ailleurs, il pousse sur le terreau du mécontentement social et politique (17).
Les difficultés des autorités à démocratiser leur régime ne proviennent donc pas de ladite « menace islamiste » mais du refus des anciennes élites soviétiques et des nouveaux réseaux mafieux de redistribuer une partie des prérogatives qu'ils se sont arrogées. Si le système de la démocratie parlementaire occidentale est difficile à « exporter » et ne peut être appliqué de force de l'extérieur, valider les discours culturalistes selon lesquels les pays d'Asie centrale ne pourraient se développer que dans le cadre de régimes autoritaires serait à la fois injuste et risqué. Depuis plus de quinze ans, les dirigeants en place n'ont cessé de jouer de ces arguments afin d'éviter toute remise en cause. Résultat : l'État a été dévalorisé et le désenchantement a remplacé les rêves nés des indépendances obtenues en 1991.
En guise de conclusion...
Depuis 2005, deux régimes centre-asiatiques sur cinq - le Kirghizstan et le Turkménistan - ont connu la disparition ou la mise à l'écart de la figure présidentielle qui avait dirigé le pays depuis l'indépendance. Ces ruptures symboliques ont eu un retentissement très important sur ces États où le pouvoir politique est fondé sur un rapport paternaliste aux citoyens. Derrière leur façade immobiliste, les sociétés sont en train de vivre de profonds bouleversements. Dans toute la région, la proportion de jeunes qui n'ont pas connu l'URSS est écrasante : plus de 60 % de la population ouzbèke a moins de vingt ans. Ces nouvelles générations finiront par peser d'un poids politique correspondant à leur réalité sociologique. L'acceptation des régimes en place, légitimés parce qu'ils ont permis l'accession à l'indépendance et le maintien (ou la restauration, dans le cas tadjik) de la paix civile pendant ces premières décennies, prendra fin dans quelques années ; et les exigences politiques évolueront en faveur de régimes plus démocratiques, plus islamistes, ou d'autres combinaisons politiques spécifiques. Dans les États les moins fermés - le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan -, de nouvelles élites formées à l'étranger, principalement en Russie, mais également en Europe, aux États-Unis et en Chine, sont en voie de constitution. Les migrations de travail sont également appelées à peser de tout leur poids : les diasporas kirghize, ouzbèke et tadjike, installées en Russie ou ailleurs, feront valoir leurs propres exigences politiques et sociales. Grâce à leur poids financier, elles pourront constituer des lobbies puissants au sein des élites restées sur place. L'influence grandissante de la Chine, mais également de l'Iran et de l'Inde, ne peut être négligée : le « grand jeu » russo-américain dans la zone sera bientôt dépassé par l'entrée en scène des puissances régionales. L'impact à long terme de tous ces éléments ne peut être ignoré : l'Asie centrale vit ses dernières années « post-soviétiques » avant de nouveaux bouleversements.
Notes :
(1) M. Laruelle et S. Peyrouse, Asie centrale, la dérive autoritaire. Cinq républiques entre héritage soviétique, dictature et islam, Ceri-Autrement, 2006.
(2) La guerre civile tadjike recouvre en réalité des conflits entre groupes régionaux : les élites de Khodjent au nord et de Kouliab au sud (« communistes »), elles-mêmes longtemps en opposition, se sont alliées afin de préserver leur mainmise sur les structures étatiques et économiques du pays face aux groupes de Gharm et du Pamir (« islamo-démocrates »), qui réclamaient leur part dans les organes centraux.
(3) C. Poujol, Ouzbékistan. La croisée des chemins, Belin, 2005.
(4) Le MIO a été créé dans la deuxième moitié des années 1990 par Tahir Iouldachev et Juma Namangani avec le soutien des Talibans et de divers fonds saoudiens. Le centre « administratif » du MIO était probablement situé à Kandahar et les jeunes recrues ouzbèkes étaient formées dans des camps d'entraînement situés dans le nord de l'Afghanistan. Le MIO a été accusé d'avoir organisé des attentats à Tachkent en février 1999. Il a également mené deux incursions au Kirghizstan, à l'été 1999 et à l'été 2000, depuis des bases installées au Tadjikistan.
(5) S. Peyrouse, « Le tournant ouzbek de 2005. Éléments d'interprétation de l'insurrection d'Andijan », La Revue internationale et stratégique, no 64, hiver 2006-2007, pp. 77-87.
(6) Jusqu'en 2006, l'Ukraine était le principal client du gaz turkmène, mais est elle aujourd'hui devancée par la Russie. En 2007, Kiev espère recevoir 40 milliards de m3 de gaz. Pour cela, l'Ukraine doit passer par la firme RosUkrEnergo. Suite à un accord signé en 2003 avec Gazprom, le Turkménistan va exporter la quasi-totalité de son gaz vers la Russie (60 milliards de m3 en 2007, 80 milliards de m3 en 2009). Le pays a également promis de livrer à la Chine 30 milliards de m3 à partir de 2009. Il doit augmenter ses livraisons à l'Iran (actuellement 8 milliards de m3) pour atteindre 14 milliards de m3 d'ici à la fin de la décennie.
(7) G. Raballand, Asie centrale ou la fatalité de l'enclavement, L'Harmattan, 2005.
(8) Les touristes sont principalement des Occidentaux férus d'alpinisme qui viennent escalader les pics kirghizes du Tian-Shan. De manière plus générale, l'écotourisme constitue l'un des créneaux que Bichkek entend bien développer.
(9) M.-R. Djalili et T. Kellner, Géopolitique de la nouvelle Asie centrale. De la fin de l'URSS à l'après-11 Septembre, PUF, 2003.
(10) Les deux pays ont maintenu des relations économiques étroites. Plusieurs secteurs de l'économie kirghize, comme la banque, sont de plus en plus nettement aux mains d'entreprises kazakhes. Les deux régimes avaient même tenté de symboliser ce rapprochement par le mariage de l'une des filles du président kazakh Nursultan Nazarbaev avec le fils du président kirghize Askar Akaev, mais le couple a rapidement divorcé.
(11) S. Hohmann, « Le narcotrafic en Asie centrale : enjeux géopolitiques et répercussions sociales », La Revue internationale et stratégique,  op. cit., pp. 110-119.
(12) M. Laruelle, « Le nouveau rôle de la Russie en Asie centrale : les migrations de travail des Centre-Asiatiques vers la Fédération russe », La Revue internationale et stratégique, op. cit., pp. 133-141.
(13) M. B. Olcott, Central Asia's Second Chance, Carnegie Endowment for International Peace, Washington, 2005.
(14) Fondé originellement en 1952 en Palestine, le Hizb ut-Tahrir ne s'est réellement implanté en Asie centrale que dans les années 1990. Il appelle à l'établissement d'un califat mondial mais refuse officiellement d'employer la violence à l'encontre des États laïques. Il n'a jamais revendiqué la moindre action violente en Asie centrale et se concentre davantage sur un travail d'islamisation sociale. Ce mouvement a entretenu des relations tendues avec le MIO dans les années 1990 mais semble aujourd'hui avoir accueilli nombre de ses militants dans ses rangs. Il fait l'objet de violentes répressions de la part des gouvernements locaux, principalement ouzbek et tadjik.
(15) V. V. Naumkin, Radical Islam in Central Asia. Between Pen and Rifle, Lanham, Boulde, Rowman & Littlefield, 2005.
(16) S. Peyrouse, « La gestion du fait religieux en Asie centrale : maintien du cadre conceptuel soviétique et renouveau factice », Cahiers d'Asie centrale, n° 13-14, 2004, pp. 77-120 ; A. Khalid, « A secular Islam : nation, state and religion in Uzbekistan », International Journal of Middle East Studies, vol. 35, no 4, 2003, pp. 573-598.
(17) O. Roy, L'Islam mondialisé, Seuil, 2004 (nouvelle édition).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                      TABLEAU DES RÉPUBLIQUES D'ASIE CENTRALEKazakhstan (capitale Astana)Superficie : 2 717 300 km2Population : 15 millions.PIB / habitant : 6 300 dollars.Caractéristiques du régime : système présidentiel autoritaire.Nom du président et de son parti : Nursultan Nazarbaev, parti Otan (Patrie).Informations succinctes sur l'opposition : plusieurs partis d'opposition, dont Ak Jol et Choix démocratique du Kazakhstan, de plus en plus astreints au silence.Religion : islam (environ 60 %), christianisme russe orthodoxe (environ 30 %), protestantisme (2 %). Groupes nationaux : Kazakhs (53 %), Russes (30 %), Ukrainiens (4 %), Ouzbeks (3 %), Tatars (2 %), Ouighours (1,4 %).Richesses principales : pétrole et gaz, uranium, argent, cuivre, chrome.Exportation de ces richesses : pétrole et produits dérivés (58 %), métaux ferreux (24 %).Kirghizstan (capitale Bichkek)Superficie : 198 500 km2Population : 5,2 millions.PIB / habitant : 1 600 dollars.Caractéristiques du régime : système présidentiel.Nom du président et de son parti : Kurmanbek Bakiev, Mouvement populaire du Kirghizstan.Informations succinctes sur l'opposition : nombreux partis politiques, dont Pour les réformes, Ar-Namys et Front uni pour l'avenir du Kirghizstan. Religion : islam (75 %), christianisme orthodoxe russe (15 %), protestantisme (2 %).Groupes nationaux : Kirghizes (65 %), Ouzbeks (14 %), Russes (12,5 %), Ukrainiens (1 %), Dounganes (1 %), Ouighours (1 %).Richesses principales : or, mercure, hydroélectricité, uranium, métaux non ferreux, charbon, antimoine, coton, tabac, élevage.Exportation de ces richesses : métaux précieux et semi-précieux (34 %), minerais (13 %), textiles (12 %).Ouzbékistan (capitale Tachkent) Superficie : 447 400 km2Population : 27 millions.PIB / habitant : 1 700 dollars.Caractéristiques du régime : régime présidentiel très autoritaire.Nom du président et de son parti : Islam Karimov, Parti démocratique populaire d'Ouzbékistan.Informations succinctes sur l'opposition : ne sont reconnus que les partis entièrement ralliés au régime. Il existe quelques mouvements d'opposition en exil mais ils sont peu influents.Religion : islam (88 %), christianisme russe orthodoxe (9 %).Groupes nationaux : Ouzbeks (75 %), Russes (14 %), Tadjiks (5 %).Richesses principales : coton, pétrole, gaz, or, charbon.Exportation de ces richesses : coton (17 %), énergie (14 %), or (25 %). Tadjikistan (capitale Douchanbe) Superficie : 143 100 km2Population : 7,3 millions.PIB / habitant : 1 000 dollars.Caractéristiques du régime : système présidentiel autoritaire. Nom du président et de son parti : Emomali Rakhmonov, Parti démocratique du Tadjikistan.Informations succinctes sur l'opposition : il existe plusieurs petits partis plus ou moins ralliés au pouvoir. Les autres formations d'opposition - le Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan, le Parti démocratique du Tadjikistan et le Parti social-démocrate - sont de plus en plus limitées dans l'exercice de leurs droits.Religion : islam sunnite (85 %), islam chiite (5 %).Groupes nationaux : Tadjiks (80 %), Ouzbeks (15 %), Russes (1 %), Kirghizes (1 %).Richesses principales : hydroélectricité, coton, ressources minérales.Exportation de ces richesses : aluminium (61 %), électricité (12 %), coton (11 %).Turkménistan (capitale Achkhabad)Superficie : 488 100 km2Population : 5 millions.PIB / habitant : 5 800 dollars.Caractéristiques du régime : système présidentiel autoritaire.Nom du président et de son parti : Gurbanguly Berdymoukhammedov, Parti démocratique du Turkménistan.Informations succinctes sur l'opposition : le multipartisme n'est pas reconnu. Il existe quelques mouvements d'opposition en exil mais ils sont peu influents.Religion : islam (89 %), christianisme russe orthodoxe (5 %).Groupes nationaux : Turkmènes (85 %), Ouzbeks (5 %), Russes (3 %).Richesses principales : gaz, pétrole, sel, secteur chimique et pétrochimique.Exportation de ces richesses : gaz (57 %), pétrole (26 %), coton (3 %).