Politique Internationale - La Revue n°119 - PRINTEMPS - 2008

sommaire du n° 119
LE VRAI GEORGE W. BUSH
Entretien avec Karl ROVE
conduit par
Sophie DE BELLEMANIERE
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Sophie de Bellemanière - M. Rove, que répondez-vous à ceux qui affirment que George W. Bush est inculte, voire stupide ? Qu'avez-vous envie de dire à tous les dénigreurs qui, pendant des années, vous ont surnommé « Bush's brain » en sous-entendant que le président, lui, n'avait pas de cerveau ?


Karl Rove - Je voudrais leur dire que George W. Bush est un intellectuel ! Preuve en sont ses diplômes de Yale et de Harvard. Je ne vois pas comment, en étant idiot, il aurait pu obtenir un « Bachelor of Arts » en histoire américaine de la prestigieuse université de Yale et un master en Business Administration de Harvard ! Je suis toujours surpris de voir que si peu de gens sont au courant de la réalité et que certains se permettent de le présenter comme un ignare.


S. B. - Pourquoi cet aspect de la personnalité de George W. Bush est-il à ce point méconnu ?


K. R. - Je crois qu'il ne déteste pas être sous-estimé. Et s'il se montre si discret à propos des prestigieux diplômes qu'il a obtenus, c'est tout simplement parce qu'il adore être considéré comme un Texan moyen ! Mais même en tenant compte de cette exagération de l'aspect « populaire » de sa personnalité, je n'arrive pas à comprendre comment on peut penser qu'il serait idiot. Au contraire, il est supérieurement intelligent ! Je le connais maintenant depuis trente-cinq ans et je suis toujours aussi impressionné par sa mémoire et par sa culture. Je peux vous dire que j'ai intérêt à me rappeler tout ce que je dis dans nos conversations, car il se souvient de tout. Son esprit enregistre et analyse en permanence une quantité d'informations phénoménale. Un jour, en 1997, alors que nous étions dans un tout petit village texan, George W. Bush, qui venait d'être élu gouverneur, a reconnu un type qu'il avait croisé vingt ans auparavant... et se rappelait même qu'il avait trois enfants ! Tout le monde était sidéré.


S. B. - Sauf erreur, la lecture fait même l'objet d'une compétition entre le président et vous...


K. R. - Effectivement, nous faisons depuis deux ans un concours de lecture. J'ai gagné l'année dernière : j'ai lu 110 livres et lui 94... Et je mène encore cette année ! Ce qui n'est pas facile car George W. Bush est un grand liseur. Il est vraiment étonnant de voir qu'un homme dont l'emploi du temps est aussi chargé arrive à lire deux livres par semaine en moyenne. Encore une fois, comment peut-on le prendre pour un crétin ?


S. B. - Quelle est donc la vraie personnalité de George W. Bush ?


K. R. - Sa personnalité comporte deux aspects complémentaires, ce qui présente de nombreux avantages. Primo, je vous l'ai dit, le président a un cerveau bien organisé ; mais, secundo, contrairement à l'immense majorité des intellectuels de la côte Est, il a su rester très accessible. La plupart de ses camarades de Yale et de Harvard seraient tout simplement incapables de communiquer avec l'Américain ordinaire comme il le fait. Sa facilité à s'adresser à ses compatriotes découle de l'éducation qu'il a reçue et de l'État où il a grandi. Contrairement à tous ces snobs de la côte Est, George W. Bush est capable de mettre son orgueil en sourdine. C'est ce qui explique que certains - et, en premier lieu, les intellectuels de l'Upper East Side (2) - aient tendance à le sous-estimer. Il y a d'ailleurs un livre qui s'intitule Misunderestimated (3).


S. B. - Est-ce là le résultat d'une stratégie ?


K. R. - Ne vous y trompez pas : George W. Bush est conforme à cette image réellement populaire. Le « Texan moyen » est une composante naturelle de sa personnalité.


S. B. - Comment vous êtes-vous rencontrés pour la première fois ?


K. R. - Je l'ai rencontré le mercredi précédant Thanksgiving 1973 au Republican National Committee (4), au premier étage de l'immeuble où nous nous trouvons en ce moment. Il avait laissé les clés de sa voiture à son père, George Bush senior, qui travaillait, comme moi, au RNC ; et ce dernier m'avait chargé de les lui remettre.


S. B. - Quelle fut votre première impression ?


K. R. - Il arrivait de la Business School de Harvard et portait une veste de l'armée de l'air, un Levi's et des bottes de cow-boy. Je lui ai donné les clés de sa voiture - qui, soit dit en passant, était la plus laide que l'homme ait jamais fabriquée : une Gremlin violette avec intérieur jeans ! Le comble du mauvais goût !


S. B. - Avez-vous eu le coup de foudre ?


K. R. - Oh oui ! J'ai immédiatement été séduit par son immense charisme. Cette première impression a été très forte et m'a conduit à vouloir travailler avec lui par la suite. Je voulais vraiment savoir ce qui se cachait derrière cette allure de cow-boy. Et je n'ai pas été déçu...


S. B. - Vous qui le connaissez si bien, comment expliquez-vous le fait qu'il ait commencé par être isolationniste avant de se transformer en apôtre de l'interventionnisme après le 11 Septembre ?


K. R. - Il est vrai qu'il doutait du bien-fondé de l'emploi de l'armée américaine pour des missions de nation building (5), comme en Bosnie par exemple. Il estimait que de telles missions relevaient plutôt des prérogatives de l'Otan et des Nations unies. Comment penser le contraire quand on a vu les troupes américaines s'enliser dans les Balkans (6) pendant plus de dix ans, alors qu'elles auraient dû rentrer au bout d'un an ? Selon lui, la principale fonction de notre armée consistait - et je crois qu'il n'a pas changé d'avis sur ce point - à stabiliser la situation sur le terrain pour ensuite laisser les institutions locales et internationales s'occuper du nation building. Hélas, le conflit irakien nous a appris que l'armée américaine devrait désormais se charger non seulement de la stabilisation, mais aussi de ce fameux nation building.


S. B. - Ne faudrait-il pas parler, plutôt, de civilization building ?


K. R. - Vous avez raison : c'est le terme qui convient. Le civilization building est le nouveau chantier de l'armée américaine.


S. B. - La conversion de George W. Bush à l'interventionnisme fut-elle brutale ?


K. R. - Brutale, en effet. Le 11 Septembre a immédiatement converti le président à l'interventionnisme. Ce jour-là, l'Amérique a compris qu'elle ne pourrait plus jamais vivre comme avant. Au sein de l'administration, nous nous sommes interrogés sur l'origine du terrorisme islamiste et sur les moyens de l'anéantir. Le président s'est rapidement convaincu que le seul antidote possible à ce fléau était la mise en place, dans les pays musulmans, de sociétés démocratiques au sein desquelles les citoyens auraient la possibilité de s'exprimer autrement qu'en adhérant à des groupes extrémistes. Il a parfaitement raison : la plupart des gens qui, dans ces pays, s'impliquent dans des mouvements extrémistes le font tout simplement parce qu'il n'existe pas d'autre manière de protester contre le statu quo.


S. B. - Est-ce cette vision qui a présidé à l'intervention en Afghanistan ?


K. R. - Absolument. Dans le Bureau ovale, la question s'est tout de suite posée en des termes très concrets : que devons-nous faire pour supprimer les Talibans ? Deux ans plus tard, nous avons, bien sûr, eu le même genre de discussion à propos du régime de Saddam Hussein en Irak. Voilà comment nous avons élargi notre agenda en matière de promotion de la démocratie : en commençant par trouver les moyens militaires de supprimer les régimes liberticides. Ensuite, dans un deuxième temps, nous avons essayé de comprendre ce que l'Amérique pouvait faire pour ne pas se contenter de renverser les Talibans et Saddam Hussein mais, aussi, pour les remplacer par un système démocratique et stable à long terme.


S. B. - Qui a convaincu le président de se consacrer à la promotion de la paix et de la démocratie ?


K. R. - De très nombreuses personnes ont pris part à ces discussions : le vice-président, le secrétaire d'État, le secrétaire à la Défense, le conseiller à la Sécurité nationale, les sous-secrétaires d'État, le secrétaire aux Finances, et d'autres participants aux réunions du Conseil national de sécurité. Le président a également reçu, à la Maison-Blanche, de nombreux intellectuels extérieurs à l'appareil d'État - des gens comme James Ceaser (7) ou Norman Podhoretz (8)... et des dizaines d'autres.


S. B. - Avez-vous personnellement participé à cette conversion du président à l'interventionnisme ?


K. R. - À vrai dire, c'est plutôt lui qui m'y a converti !


S. B. - Vous considérez-vous vous-même comme un néo-conservateur ?


K. R. - On a donné à ce terme tant de significations diverses... Disons que, si être néo-conservateur, c'est penser que l'Amérique doit jouer un rôle important dans la promotion de la démocratie et le maintien de la paix sur la planète, alors j'en suis un ! Toutefois, je le répète, le mot « néo-conservateur » est souvent employé à tort et à travers. C'est pourquoi je n'accepte ce qualificatif que s'il est centré sur la promotion de la démocratie dans le monde.


S. B. - Les convictions religieuses de George W. Bush ont-elles pesé sur sa décision d'adhérer à l'« interventionnisme démocratique » ?


K. R. - Je serai prudent sur ce thème. Je ne crois pas qu'il existe dans ce domaine un lien direct de cause à effet ; mais il est certain que si le président est profondément convaincu que tout être humain a le désir de vivre en liberté et que personne ne mérite d'être réduit à la condition d'esclave, sa foi y est pour quelque chose. La démocratie repose sur l'idée que tous les hommes sont dotés par leur Créateur - peu importe comment on Le conçoit - de certains droits inaliénables, au premier rang desquels la vie, la liberté et la quête du bonheur. Pour ma part, je ne crois pas en Dieu, mais je partage avec le président Bush et tous les fervents défenseurs de la démocratie la conviction que nous avons, les uns et les autres, le droit et le désir de vivre en liberté.


S. B. - Ses croyances religieuses ont-elles aidé le président dans les moments difficiles, notamment ceux qui ont suivi la chute de Saddam ?


K. R. - Je ne sais pas si c'est dû à sa foi, mais le président s'est toujours montré d'une confiance inébranlable. Cette attitude a renforcé la cohésion au sein de son équipe et nous a aidés à nous montrer persévérants dans les périodes de crise, en particulier après le renversement du régime de Saddam.


S. B. - Pouvez-vous décrire l'atmosphère qui régnait alors à la Maison-Blanche ?


K. R. - Étant donné qu'il s'agissait de guerre et de paix, il est naturel que l'atmosphère ait été plutôt lourde ! Malgré cela, nous avons toujours tous su garder notre calme dans le Bureau ovale : il n'y a jamais eu de cris ni de disputes. Bien au contraire, les différends étaient réglés dans la confiance et la concentration. C'est une question de discipline, mais aussi de liberté car il est très important que, devant le président, les désaccords puissent s'exprimer librement - même si, pour ce faire, il faut tenir les médias à distance. Il en va de la possibilité, pour George W. Bush, d'entendre tous ses conseillers et de suivre l'avis qui lui semble le meilleur. Face à des problèmes cruciaux comme la guerre en Irak, la sérénité est naturellement quelque chose de vital. C'est pourquoi nos débats étaient placés sous le signe du pluralisme. Sincèrement, vu la pression médiatique qui pesait sur nous, je trouve extraordinaire qu'il ait encore été possible d'entrer dans le Bureau ovale en disant : « Monsieur le Président, je ne suis pas d'accord. » Cette liberté d'opinion était indispensable à la bonne marche de l'administration, mais elle n'en est pas moins remarquable. Et j'en ai été témoin pendant toutes ces années : n'importe qui, parmi les conseillers du président, pouvait exprimer son désaccord et être écouté.


S. B. - Pouvez-vous donner des exemples ? Quels sont les conseillers qui ont fait connaître leur désaccord avec telle ou telle option de la Maison-Blanche ?


K. R. - Tous ! Au sein de cette équipe, il est arrivé à chacun d'interrompre les discussions que nous menions, installés dans les deux canapés du Bureau ovale, pour dire : « Non, je ne peux pas me rallier à cette option ! » Je le répète : il est essentiel que le président dispose d'un environnement au sein duquel ses conseillers s'expriment librement, sans craindre de retrouver leurs propos en « Une » du New York Times ou du Washington Post. S'ils se taisaient pour éviter que les médias se moquent d'eux, on courrait à la catastrophe !


S. B. - Vous êtes tout de même passé tout près de la catastrophe au moment de la démission de Donald Rumsfeld, qui était alors secrétaire à la Défense (9). L'ambiance ne devait pas être des plus joyeuses...


K. R. - Je dirai seulement que nous avons eu des discussions « corsées » afin de comprendre ce qui s'était vraiment passé en Irak, d'en analyser les causes et de dégager des solutions le plus rapidement possible. Cette réponse « diplomatique » vous convient-elle ?


S. B. - De votre point de vue, quelles ont été les plus grandes réussites de la présidence de George W. Bush ?


K. R. - L'Histoire jugera, mais voici les réalisations qui me semblent les plus importantes. Tout d'abord, la libération de cinquante millions d'Afghans et d'Irakiens du joug des Talibans et de Saddam Hussein. Plus largement, le fait que l'administration Bush ait fait de la promotion de la démocratie et de la liberté la priorité des États-Unis. Ensuite, la politique américaine en matière de lutte contre la prolifération nucléaire, qui est un succès. Les outils juridiques anti-prolifération dont dispose la communauté internationale sont bons, mais nous devons agir concrètement pour empêcher que des informations et des matériaux dangereux soient transmis à des groupes ou à des États malintentionnés (10). L'initiative AIDS en Afrique constitue une autre franche réussite de la présidence Bush. En deux mandats, cette administration a réussi à faire passer le nombre de personnes recevant un traitement antirétroviral en Afrique de presque zéro à plus d'un million. Il faut également attribuer à l'administration Bush le changement de notre politique d'aide internationale, qui ne consiste plus simplement à envoyer de l'argent aux États qui en ont besoin mais à réaliser un « suivi » de l'emploi de ces sommes en insistant davantage sur la transparence, la démocratie et la bonne gouvernance. Nous voulons que les fonds que nous distribuons servent véritablement aux citoyens des États qui les reçoivent au lieu d'être détournés par des intermédiaires indélicats. Enfin, selon moi, la plus grande réussite de la présidence Bush sera sans aucun doute la guerre contre le terrorisme. Le président a eu le courage de se lancer dans une lutte qui sera longue et difficile pour défendre les valeurs de l'Occident. Comme la guerre froide, cette longue bataille demandera de l'endurance à notre pays, mais elle vaut la peine d'être livrée.


S. B. - Une victoire est-elle possible dans la guerre contre le terrorisme ?


K. R. - Bien sûr ! J'affirme même que notre victoire sera vitale pour l'avenir du monde !


S. B. - À quoi ressemblerait cette victoire ? À quel moment pourrait-on dire que la guerre contre le terrorisme a été gagnée ?


K. R. - La victoire ne consistera certainement pas en un événement précis, mais plutôt en un processus. Et ce processus est en bonne voie. Pour que notre victoire soit totale, il faudrait que nous parvenions à détruire Al-Qaïda en Irak et en Afghanistan, et que des forces modernes et démocratiques prennent définitivement le dessus dans le monde musulman, au sein tant des gouvernements que des sociétés civiles. Ainsi, les sociétés musulmanes montreraient qu'elles sont capables de s'adapter à la modernité et de vivre en paix avec Israël et l'Occident.


S. B. - Qu'est-ce qui vous fait croire que les sociétés civiles, de Riyad au Caire, attendent que vous veniez les « libérer » ?


K. R. - Je suis persuadé que l'Amérique est investie de cette mission. Pour une raison très simple. J'ai moi-même un fils et je ne comprends pas du tout comment des parents peuvent dire : « Mon ambition la plus haute, pour mon enfant, est qu'il aille se faire exploser dans un marché afin de tuer le maximum de badauds alentour. » Je me trouvais en 2003 à Charm El-Cheikh aux côtés du président lors de sa première rencontre avec Mahmoud Abbas (11), qui était à l'époque le premier ministre de Yasser Arafat. Ce jour-là, nous avons longuement discuté avec les membres du gouvernement de l'Autorité palestinienne, qui disaient en vouloir beaucoup à Arafat. Selon eux, celui-ci avait délibérément laissé sombrer son peuple dans une misère matérielle et morale extrême pour se lancer dans la seconde Intifada. L'un des membres du cabinet Abbas s'est adressé à moi en ces termes : « Ce qu'Arafat a fait au peuple palestinien est criminel ! Dire que nous pourrions être le Hong Kong du Proche-Orient ! Notre peuple est éduqué et travailleur ; si nous vivions en paix et en sécurité, nous pourrions devenir une puissance économique car nous sommes entourés de marchés ouverts et nos compatriotes sont désireux de travailler. Mais au lieu de cela, nous sommes en guerre avec nos voisins. » J'ai alors réalisé que, tout comme nous autres les Américains, la majorité des Palestiniens souhaite que ses enfants vivent en paix, en sécurité et en liberté, et bénéficient de la meilleure éducation et de la meilleure protection sociale. Mon aspiration est la même : que mon fils vive mieux que moi aujourd'hui, et certainement pas qu'il commette un attentat-suicide dans un lieu public ! C'est pour cette raison que je crois que toute société en proie à la violence du terrorisme islamiste attend que nous venions la libérer.


S. B. - Mahmoud Abbas vous semble-t-il être un bon partenaire pour la paix ?


K. R. - L'Histoire nous le dira. Mais s'il fait ce qu'il dit, ce devrait être le cas. Ce qui est sûr, c'est qu'il a compris que son peuple désire ardemment que le conflit armé cesse le plus rapidement possible. Le retrait israélien de Gaza constitue un signal très fort. J'espère qu'il saura saisir cette occasion pour faire la paix.


S. B. - La création d'un État palestinien constitue-t-elle une priorité pour George W. Bush?


K. R. - La paix au Moyen-Orient est un objectif assez vague, que beaucoup de gens relient à la création d'un État palestinien. Cet objectif est, bien sûr, très important pour George W. Bush. S'il a pu donner l'impression qu'il en allait autrement, c'est parce qu'il pense que plutôt que d'imposer nos solutions, nous devrions avoir davantage confiance dans les acteurs locaux. Puisqu'il y a des années que le conflit israélo-palestinien s'enlise, il est plus judicieux de raisonner en ces termes : la paix ne saurait être obtenue par le seul effet de la volonté américaine. Il n'empêche que, bien entendu, nous devons nous investir dans le processus de paix, parfois de manière visible, parfois en catimini. Nous l'avons toujours fait parce que nous n'avons jamais cessé de croire que la paix était possible.


S. B. - Voulez-vous dire que la création d'un État palestinien ne saurait être la condition de la paix mais, plutôt, la conséquence de celle-ci ?


K. R. - Exactement.


S. B. - Ariel Sharon était-il très proche de George W. Bush ?


K. R. - Je ne crois pas qu'ils étaient les meilleurs amis du monde, mais je sais qu'ils s'entendaient très bien et qu'ils aimaient travailler ensemble. Ils se sont rencontrés en 1998. Cette année-là, George W. Bush, à l'époque gouverneur du Texas, a effectué une visite en Israël. Ariel Sharon l'avait emmené faire un magnifique tour d'hélicoptère au-dessus de la Cisjordanie.


S. B. - Avec quels autres chefs d'État et de gouvernement - qui sont ou étaient au pouvoir - George W. Bush entretient-il des relations étroites ?


K. R. - Il est très proche de Junichiro Koizumi (12) et de José Maria Aznar. Il a d'excellentes relations avec Nicolas Sarkozy et Tony Blair. Il s'entend également très bien avec l'ex-premier ministre australien John Howard, de même qu'avec son successeur Kevin Rudd. Il en va de même pour ce qui concerne le successeur de Tony Blair, Gordon Brown. Le président a, également, développé une relation intéressante avec Vladimir Poutine. Il a souhaité s'engager avec son homologue russe dans un dialogue ouvert. Sur ce point, il a fait preuve de perspicacité : les deux hommes se sont bien compris. Globalement, je vous l'ai dit au début de notre entretien, George W. Bush a été sous-estimé sur la scène internationale. Or il a mis en place un important réseau de relations profondes avec les dirigeants du monde entier. Ceux qui le prennent pour un cow-boy superficiel seraient très surpris de savoir le temps qu'il passe, chaque jour, à parler au téléphone à des présidents et à des premiers ministres. Quand je travaillais à ses côtés, j'étais moi-même sans cesse étonné par le nombre de discussions quotidiennes qu'il avait avec des présidents asiatiques ou africains, spécialement après le 11 Septembre. Les sceptiques pourront vérifier ce que je dis en allant consulter l'emploi du temps de George W. Bush sur le site Internet de la Maison-Blanche. Il ne se passe pas une semaine sans qu'un chef d'État étranger se rende à Washington pour une visite officielle et confronte ses vues avec celles de notre président.


S. B. - Passons, si vous le voulez bien, à la présidentielle de novembre prochain. Lequel des candidats serait le plus apte à représenter l'Amérique sur la scène internationale ? Les Démocrates sauraient-ils gérer la guerre en Irak, par exemple ?


K. R. - J'en doute. À vrai dire, au cours de la campagne, les Démocrates m'ont fait peur : ils ne se sont pas montrés réalistes du tout à propos de la guerre en Irak. Ni Barack Obama ni Hillary Clinton n'acceptent de reconnaître les progrès considérables qui ont été constatés ces derniers mois. Cette attitude m'angoisse. Si l'un d'eux venait à être élu, jamais je ne pourrais lui faire confiance. Je constate qu'ils ont tous deux été happés par le jeu de la campagne. Voilà qui en dit long sur leurs convictions...


S. B. - Ce comportement de leur part ne pourrait-il pas arranger les affaires des Républicains ? La négation des progrès en Irak n'ouvre-t-elle pas la porte à votre rêve de toujours : une majorité républicaine permanente (13) ?


K. R. - C'est bien possible ! Je crois que nous avons toutes les chances de conserver la Maison-Blanche. En effet, les candidats démocrates ont tous deux prouvé, au cours de chaque débat télévisé, qu'ils seraient incapables de représenter les États-Unis sur la scène internationale. Si les progrès en Irak s'affirment, comme je l'espère, les Démocrates devraient continuer de s'enliser dans leur négation de ces progrès - ce qui nous profitera lors de l'élection présidentielle.


S. B. - À l'heure où nous parlons, il est acquis que c'est John McCain qui représentera le Parti républicain à la présidentielle. Avant de parler de lui, revenons un instant sur les autres candidats à la candidature. Au début de la course à l'investiture, l'internationaliste convaincu que vous êtes avait-il un favori ?


K. R. - Je vous dirai seulement que l'un d'entre eux m'inquiétait un peu : Mike Huckabee. Avec Ron Paul (14), il était le seul à défendre une ligne isolationniste. Tous les autres candidats étaient internationalistes. Je ne sais pas si le problème d'Huckabee réside dans la rhétorique ou dans la substance, mais il s'est toujours montré très naïf, voire irréaliste, lorsqu'il parlait de commerce, de la guerre en Irak et de la meilleure manière de négocier avec l'Iran et la Syrie. C'est tout de même problématique.


S. B. - Faites-vous référence à l'article qu'il a publié dans la revue américaine Foreign Affairs, où il confondait le philosophe chinois Sun Tzu avec le chef mafieux sicilien Don Corleone (15) ?


K. R. - Nous avons tous droit à une ou deux gaffes en matière internationale !


S. B. - John McCain sera-t-il le prochain président des États-Unis ?


K. R. - Oui. L'Amérique est un pays de centre droit. Or John McCain est un candidat de centre droit dont l'adversaire le plus probable sera Barack Obama, qui a été qualifié de « sénateur le plus à gauche des États-Unis » par le très respecté National Journal Magazine. Dans de nombreux domaines comme la sécurité nationale, la politique fiscale, la politique budgétaire, l'étendue des pouvoirs du gouvernement fédéral et les questions morales, John McCain aura le soutien de la majorité de centre droit, alors que son adversaire démocrate devra, lui, se démarquer des positions d'extrême gauche que les primaires l'ont obligé à adopter. Notez bien que cela sera le cas qu'il s'agisse d'une confrontation avec Barack Obama ou avec Hillary Clinton.D'autre part, John McCain s'est montré capable d'attirer les voix des démocrates et des électeurs indépendants - notamment grâce à sa réputation anti-conformiste ainsi qu'aux propositions de lois qu'il a présentées en s'alliant avec des démocrates sur des questions importantes comme l'immigration et le changement climatique. De récents sondages ont montré qu'il y aurait deux fois plus de Démocrates qui voteraient pour McCain si celui-ci affrontait Barack Obama que de Républicains prêts à voter pour le sénateur de l'Illinois. Et dans le cas d'une confrontation avec Hillary Clinton, trois fois plus de Démocrates voteraient McCain que de Républicains ne voteraient Hillary. D'où mon optimisme !


S. B. - Comment imaginez-vous la politique étrangère de John McCain ? Différerait-elle beaucoup de celle George W. Bush ?


K. R. - John McCain mettra davantage l'accent sur la création d'une « ligue des démocraties » indépendante des Nations unies. Cependant, je suppose qu'il commencera par se montrer prudent car il faut du temps à un nouveau président pour acquérir l'influence nécessaire aux grandes initiatives...


S. B. - Revenons à George W. Bush. Pensez-vous que le président se résoudra à attaquer l'Iran avant la fin de sa présidence, comme l'a écrit Norman Podhoretz, l'un de ses conseillers depuis le 11 Septembre ?


K. R. - Le président compte user de tous les moyens possibles pour empêcher l'Iran d'obtenir la bombe atomique. Mais avant d'envisager l'option militaire, n'oubliez pas que nous avons déjà à notre disposition de nombreux outils diplomatiques...


S. B. - Faut-il comprendre que les États-Unis ne pourraient pas assumer un nouveau front dans la guerre contre le terrorisme ?


K. R. - Non, ce n'est pas ce que je viens de dire. Les gens sous-estiment nos capacités militaires... de la même manière qu'ils sous-estiment George W. Bush. Dans les deux cas, ils nous rendent service.


S. B. - La majorité de la presse mondiale estime que le rapport de l'administration américaine « National Intelligence Estimate » (16) signifie que la menace iranienne n'existe plus. Partagez-vous cette opinion ?


K. R. - Absolument pas. L'Iran demeure une menace très grave pour le monde.  L'ennui, c'est que les gens n'ont lu qu'une partie de ce rapport, la partie « agréable ». Ils ne comprennent pas que seul le programme civil d'enrichissement de l'uranium a été interrompu. Le rapport dit textuellement : « Nous avons la certitude que tel volet du programme a été arrêté ; notre certitude est moindre en ce qui concerne tel autre volet du programme ; et nous savons que tel autre élément du programme a été relancé. » En un mot : non, je ne crois pas que le programme nucléaire iranien ait cessé de constituer une menace.


S. B. - William Kristol, le rédacteur en chef du magazine conservateur The Weekly Standard, a écrit : « Nous sommes en train de gagner la guerre en Irak. » Êtes-vous du même avis ?


K. R. - Tout à fait. La diminution de la violence au cours des derniers mois, c'est-à-dire depuis l'arrivée des renforts au mois de juin (17), constitue un signe incontestable de notre marche en avant vers la victoire. La destruction du réseau d'Al-Qaïda dans le pays progresse chaque jour. Je suis très confiant !


S. B. - Le nombre de soldats envoyés en Irak aurait-il dû être plus élevé dès le départ ? Après tout, deux cent mille soldats de la coalition internationale avaient été envoyés au Kosovo, peuplé de deux millions d'habitants, alors que l'Irak, avec ses vingt-cinq millions d'habitants, n'a eu droit qu'à cent quatre-vingt mille soldats...


K. R. - Je me dois d'être extrêmement prudent : le haut-commandement militaire est seul compétent pour déterminer le nombre de soldats nécessaire et l'endroit du front où les envoyer. Personnellement, je m'en remets au général Petraeus, en qui j'ai une confiance absolue. Mais si je me refuse à donner mon avis à propos du nombre de soldats à envoyer en Irak, c'est aussi parce qu'il est essentiel de maintenir une séparation nette entre pouvoir civil et autorités militaires. Le président et ses conseillers doivent définir les grandes orientations de la politique tandis que les généraux décident de la marche à suivre pour conduire chaque opération. Naturellement, la situation est différente quand une autorité civile décide d'envoyer des renforts afin de modifier le but global de la mission. C'est ce qui s'est passé quand la guerre en Irak est devenue une campagne anti-insurrection, juste avant les bombardements de Mossoul et de Samara.


S. B. - Vous avez présidé le « White House Iraq Group » qui était chargé, pendant les mois qui ont précédé la guerre en Irak, de justifier cette intervention auprès de l'opinion publique. Pourquoi n'avez-vous pas davantage mis l'accent sur les arguments liés à la promotion des valeurs démocratiques, au lieu de tant insister sur les armes de destruction massive censées être  aux mains du régime de Bagdad ?


K. R. - S'il est indéniable que notre engagement pour la promotion de la démocratie influence considérablement notre politique étrangère, il n'a cependant pas été la cause première de la guerre en Irak. Avec le président Bush, nous avons pris la décision d'envahir l'Irak et de faire tomber Saddam Hussein parce que ce dernier se moquait ouvertement de la planète entière depuis dix ans ! Il a ignoré seize résolutions des Nations unies lui demandant de respecter les engagements qu'il avait pris - en particulier en matière d'armes de destruction massive - après la guerre du Golfe. Par surcroît, il parrainait le terrorisme depuis de nombreuses années et représentait donc une menace directe pour les États-Unis et pour la région. Sans oublier qu'il avait commis plus de violations des droits de l'homme que quiconque au cours de l'histoire moderne ! J'ajoute que, du simple point de vue rhétorique, il était impossible de justifier la guerre par notre idéal démocratique. C'est une chose pour les États-Unis de dire : « Nous croyons que le monde se porterait mieux avec davantage de régimes démocratiques. » ; c'en est une autre d'affirmer : « Nous voulons éliminer Saddam Hussein parce que son régime est dictatorial et nous comptons le remplacer par une démocratie. »


S. B. - Pourriez-vous me donner un adjectif pour décrire les Nations unies ?


K. R. - Je vous en donne trois : essentielles, fragiles et souvent inefficaces.


S. B. - J'aimerais, pour terminer, vous poser quelques questions personnelles. Vous avez été l'un des hommes forts de l'administration Bush. Avez-vous songé à vous présenter vous-même à l'élection présidentielle ?


K. R. - Un chien aurait plus de chances de marcher sur la Lune !


S. B. - En tant que stratège politique, vous vous êtes efforcé pendant des années d'améliorer l'image de George W. Bush. Que feriez-vous pour rendre l'Amérique plus populaire à travers le monde ?


K. R. - La clé de notre popularité réside dans notre réseau de médias publics à l'étranger. Pendant la guerre froide, nous avions Radio Free Europe et Radio Liberty pour diffuser nos idéaux dans le bloc de l'Est ; aujourd'hui, en pleine guerre contre le terrorisme, nous devons développer autant que possible des initiatives similaires. Il ne s'agit pas tant d'expliquer nos valeurs que de les faire partager.


S. B. - Ne disposez-vous pas déjà d'une chaîne de télévision de ce type en Irak (18) ?


K. R. - Certes. Mais je suis convaincu qu'il nous en faudrait bien plus, en Irak et dans tout le monde musulman. Face à l'obscurantisme, nous nous devons d'être beaucoup plus actifs sur le front médiatique ! À l'heure d'Internet, il est impératif d'innover. Il faut adapter au monde musulman les méthodes développées pendant la guerre froide afin de soutenir les forces politiques modérées. Si nous voulons gagner cette bataille sur le plan des valeurs, il faut impérativement que nous trouvions une idée aussi géniale au XXIe siècle que Radio Free Europe en son temps.


S. B. - Vous en parlez avec passion. Seriez-vous en train de travailler sur ce projet ?


K. R. - Pas moi personnellement, mais certaines de mes connaissances au sein du gouvernement sont impliquées dans le projet qui consiste à étendre considérablement le réseau de médias publics américains au Moyen-Orient. Le 11 décembre dernier, James K. Glassman, qui est l'ancien directeur du Broadcasting Board of Governors (19) et un bon spécialiste du monde arabo-musulman, a remplacé Karen Hughes au poste de sous-secrétaire à la Diplomatie publique, au Département d'État. Cette mesure souligne l'importance que le gouvernement accorde au développement des médias publics américains, tout spécialement au Moyen-Orient.


S. B. - Avec un parcours tel que le vôtre, vous reste-t-il encore de l'ambition ?


K. R. - Je vais rester dans le monde de la politique, bien sûr ! J'aime trop ça ! Pour l'instant, je préfère être discret sur mes futures activités. Mais j'avoue que si notre entrevue a lieu au Republican National Committee, ce n'est pas par hasard... Je passe mes journées dans ce bureau à faire de la politique.


S. B. - Si le renseignement est le principal front dans la guerre contre le terrorisme, alors l'Europe, y compris la « vieille Europe », n'est-elle pas votre meilleure alliée ?


K. R. - De nombreux États qui appartiennent à ce que Donald Rumsfeld a appelé la « vieille Europe » ont compris la nature de la menace terroriste et collaborent efficacement avec nous. Je pense en particulier à la France, à l'Allemagne et à la Grande-Bretagne. Nicolas Sarkozy, spécialement, est parfaitement lucide sur ce dossier, qu'il maîtrise très bien. Pour ce qui est de la « nouvelle Europe », sa réactivité au danger terroriste est encore plus forte car elle est le fait du peuple lui-même : la proportion de jeunes gens qui s'engagent dans l'armée en Pologne me sidère par rapport aux États-Unis. Bref, j'ai globalement confiance dans les Européens. Ils savent que le terrorisme islamiste est la grande menace du XXIe siècle. Aurions-nous pu mieux nous entendre sur l'Irak ? Collaborer davantage ? Bien entendu ! Mais il suffit de prendre un tant soit peu de recul pour s'apercevoir que, aujourd'hui, même ceux qui ne nous ont pas accompagnés en Irak viennent nous voir pour dire : « Nous voulons vous aider un peu plus en Afghanistan car nous savons bien que les Talibans sont notre ennemi commun... »


S. B. - Dois-je comprendre que vous considérez que la dispute transatlantique de 2003 sur l'Irak est dépassée ?


K. R. - Ces tensions ont été exagérées, en effet. La France et les États-Unis entretiennent une relation agitée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale mais n'en restent pas moins de solides alliés. Il faut absolument relativiser ces discordes car elles sont dérisoires au regard de la culture commune, de la longue histoire et de l'amitié durable qui nous unissent.

Notes :
(1) Le 6 juillet 2003, Joseph C. Wilson, ancien ambassadeur, publie dans le Washington Post un éditorial dans lequel il critique avec véhémence l'administration Bush, qu'il accuse, preuves à l'appui, d'avoir sciemment exagéré la menace irakienne afin de justifier l'entrée en guerre contre le régime de Saddam. Une semaine plus tard, le 14 juillet, l'éditorialiste conservateur Robert Novak publie, dans le même journal, un article dans lequel il révèle que l'épouse de Wilson, Valerie Plame, est un agent de la CIA. Matt Cooper, de Time Magazine, et Judith Miller, du New York Times, confirment l'information. Le statut de Plame, qui travaille sur des dossiers relatifs aux armes de destruction massive, est compromis par cette révélation. En décembre 2003, une enquête est ouverte sur l'origine des fuites. Il apparaît au fur et à mesure que cette information a été transmise aux journalistes par plusieurs membres de l'administration Bush - dont Lewis « Scooter » Libby, directeur de cabinet du vice-président Dick Cheney, Richard Armitage, secrétaire d'État adjoint, et Karl Rove -, désireux, semble-t-il, de se venger de Wilson. Or la divulgation de l'identité d'un agent de la CIA est expressément interdite par la loi fédérale. À l'issue de cette affaire qui fait grand bruit à Washington, seul Lewis Libby est condamné à trente mois de prison et à 250 000 dollars d'amende... mais George W. Bush intervient en personne, le 2 juillet 2007, pour que l'amende seule lui soit applicable. Valerie Plame et son mari ont également engagé des poursuites civiles contre Richard Armitage, Dick Cheney et Karl Rove. Leur plainte a été rejetée le 19 juillet dernier par la Cour du District de Columbia. Ils ont immédiatement fait appel de la décision. Pour de nombreux observateurs, le scandale suscité par cette affaire est l'une des explications de la démission de Karl Rove de son poste de secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche.
(2) L'Upper East Side est un quartier de la ville de New York, situé à l'est de Central Park, connu pour la célébrité de ses habitants et le prix élevé de ses maisons.
(3) Misunderestimated fait référence à un lapsus du président Bush, la forme verbale correcte étant « underestimated ». L'ajout inopportun du préfixe « mis » avait bien sûr amusé les élites américaines et spécialement les adversaires de Bush. Bill Sammon, correspondant à la Maison-Blanche du quotidien conservateur The Washington Times et analyste politique de la chaîne de télévision Fox News, a fait de cette faute de grammaire le titre de son livre qui dresse le portrait d'un président brillant et courageux... et très largement sous-estimé par ses détracteurs. Bill Sammon, Misunderestimated : the President Battles Terrorism, John Kerry, and the Bush Haters, William Morrow Harper Collins Publisher, New York, 2004.
(4) Le Republican National Committee est l'organe de coordination du parti Républicain au niveau national. Situé à Washington DC, à deux pas du Capitole, il est le garant de l'idéologie du parti et est chargé d'organiser les levées de fonds, les campagnes électorales ainsi que la convention qui détermine le choix final du candidat républicain à l'élection présidentielle.
(5) Le nation building est un processus de longue haleine conduit par la communauté internationale ou par un État donné, qui consiste, sur un territoire précis, à créer un sentiment d'unité nationale et à mettre en place des institutions permettant la naissance d'un État-nation. La formule a souvent été employée ces dernières années, notamment au Timor oriental et, bien sûr, en Afghanistan.
(6) La KFOR, force multinationale de l'Otan au Kosovo, comptait déjà 7 000 soldats américains lors de son déploiement, en 1999. Aujourd'hui, soit bientôt dix ans plus tard, 3 000 soldats américains en font toujours partie.
(7) James Ceaser est professeur de sciences politiques à l'Université de Virginie. Il écrit également dans des revues conservatrices telles que The National Interest ou The Weekly Standard.
(8) Norman Podhoretz a été le rédacteur en chef de la revue mensuelle Commentary de 1960 à 1995. Il est l'un des fondateurs du mouvement néo-conservateur, a toujours été partisan de l'intervention américaine en Irak et encourage aujourd'hui le président Bush à attaquer l'Iran. Il est récemment revenu sur le devant de la scène en tant que conseiller de Rudolph Giuliani dans sa campagne électorale. Son dernier livre s'intitule World War IV : The Long Struggle Against Islamofascism, Doubleday Editions, New York.
(9) Donald Rumsfeld présenta sa démission du poste de secrétaire à la Défense le 8 novembre 2006, soit le lendemain de résultats catastrophiques pour les Républicains aux élections législatives de mi-mandat. L'opposition à la guerre en Irak était alors apparue comme la cause majeure de la prise de contrôle du congrès par les Démocrates et un changement de stratégie en matière internationale s'était imposé aux Républicains. Considéré comme l'un des principaux faucons de l'administration Bush, Donald Rumsfeld dut céder sa place à Robert Gates, perçu comme plus favorable au multilatéralisme.
(10) Au cours de ses deux mandats, George W. Bush a mené différents types de politique de non-prolifération nucléaire. Avec la Corée du Nord, ce furent des négociations conduites sous forme de « pourparlers à six » (Corée du Nord, Chine, Japon, Corée du Sud, Russie, États-Unis) qui permirent de mettre un terme aux ambitions nucléaires de Kim Jong-Il. En juillet 2007, l'AIEA a constaté un arrêt total du programme de fabrication d'armes nucléaires nord-coréen. L'Inde s'est quant à elle vu octroyer une « faveur » de la part du Congrès américain qui valida en novembre 2006, à la demande de George W. Bush, un traité permettant l'échange de technologies et de combustibles nucléaires entre les deux pays. Reste l'Iran qui continue de résister à la volonté américaine de mettre fin à son programme nucléaire.
(11) En 2003, Mahmoud Abbas était le premier premier ministre de l'histoire de la Palestine. Il avait alors signé la « feuille de route ». Il démissionna quatre mois plus tard en accusant Yasser Arafat d'empiéter sur ses pouvoirs.
(12) Les liens qui unissent George W. Bush et l'ancien premier ministre du Japon, Junichiro Koizumi, dépassent ceux de chefs d'État alliés et ressemblent à une véritable amitié. Le 30 juin 2006, soit à peine trois mois avant que Koizumi se retire, les deux hommes étaient allés visiter la maison d'Elvis Presley à Graceland. Junichiro Koizumi avait alors chanté un tube du King devant les caméras de télévision du monde entier et un George W. Bush hilare.
(13) Karl Rove a souvent déclaré dans la presse américaine qu'il rêvait d'une majorité républicaine permanente qui installerait son parti au pouvoir pour une très longue période. Mark Hanna, stratège politique du président William McKinley (1896-1901), est le modèle de Karl Rove dans cette entreprise.
(14) Ron Paul est représentant du 14e district du Texas. Ultra-conservateur, il est opposé à l'avortement, favorable à une réduction drastique des pouvoirs de l'État fédéral et souhaite que les États-Unis se retirent du traité de l'Otan au plus vite. Bien qu'ayant rapidement été écarté de la course à l'investiture républicaine par des scores électoraux très faibles, Ron Paul reste une personnalité publique très populaire. Grâce au caractère populiste de ses discours alliant isolationnisme et bon sens, Ron Paul a été le candidat dont le nom a été le plus fréquemment recherché sur www.google.com et dont les vidéos ont été les plus visionnées sur www.youtube.com pendant les premiers mois de la campagne.
(15) La célèbre revue américaine Foreign Affairs a publié un article de chacun des principaux candidats à la présidence. Chacun de ces candidats y développait son programme de politique étrangère. Le gouverneur Michael Huckabee, que beaucoup au sein même de son propre parti ne prenaient dès le départ pas au sérieux, a eu l'honneur de publier ses propositions, en décembre, dans le même numéro de la revue que le sénateur McCain. Il a alors commis la grossière erreur de citer, à propos de l'Iran (pays avec lequel il préconise la négociation), la célèbre phrase du parrain sicilien Don Corleone, personnage du film de Francis Ford Coppola Le Parrain : « Keep your friends close, and your enemies closer » (« Gardez vos amis près de vous et vos ennemis encore plus près »), en l'attribuant au philosophe chinois Sun Tzu.
(16) Le National Intelligence Estimate est un rapport des services de renseignement du gouvernement fédéral américain sur la menace nucléaire iranienne rendu public en décembre 2007. Il fait état, avec un fort degré de certitude, de l'arrêt par Téhéran de son programme nucléaire en 2003, mais n'exclut pas que ce même programme ait repris dès 2005. Quant à l'estimation du moment auquel Téhéran devrait être capable de fabriquer une bombe atomique, celle-ci demeure inchangée : 2009.
(17) Le 25 mai 2007, le Congrès vota la loi H.R.2206 qui alloua 120 milliards de dollars à la guerre en Irak. Grâce à cette extension du budget militaire, 18 000 soldats supplémentaires arrivèrent en Irak dès le 15 juin. Cinq mois auparavant, le 23 janvier 2007, lors de son discours sur l'état de l'Union, George W. Bush avait publiquement admis la nécessité de ces renforts pour sécuriser Bagdad.
(18) La chaîne de télévision publique américaine qui diffuse ses programmes au Moyen-Orient, et notamment en Irak, dans le but de gagner le coeur des Irakiens en leur faisant aimer la culture américaine s'appelle Alhurra. Son budget global, pour l'ensemble du Moyen-Orient, est de 62 millions de dollars, et 40 millions de dollars supplémentaires sont alloués aux programmes diffusés en Irak.
(19) Le Broadcasting Board of Governors est une agence indépendante du gouvernement américain qui produit six médias publics diffusés dans diverses régions du monde : les chaînes de télévision Voice of America, TV Marti et Alhurra, et les radios Radio Free Europe, Radio Free Asia et Radio Sawa. Sa mission est de diffuser une information objective et de contribuer à faire connaître la culture américaine partout dans le monde.