Politique Internationale - La Revue n°119 - PRINTEMPS - 2008

sommaire du n° 119
QUEL AVENIR POUR ISRAEL
Article de Alain Dieckhoff
Directeur de recherche au CNRS, rattaché au Centre d'études et de recherches internationales (Paris)
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L'État d'Israël vient de fêter, le 8 mai dernier, l'anniversaire de son indépendance, soixante ans après que Ben Gourion eut solennellement annoncé la naissance d'un « État juif en terre d'Israël ». Quel bilan convient-il de dresser de ces six décennies ? La réponse à cette question dépend inévitablement du critère d'évaluation retenu. Si l'on jauge Israël par rapport au projet sioniste, le bilan est certainement positif à bien des points de vue. De simple communauté religieuse, sous le mandat britannique, les Juifs sont devenus une société globale, avec une base économique saine et une culture hébraïque florissante. L'État fonctionne dans un cadre démocratique : séparation des pouvoirs, consultation électorale régulière des citoyens, respect des droits fondamentaux... Il s'est doté d'un appareil bureaucratique qui assure les fonctions essentielles de tout État moderne, de l'éducation des citoyens à leur sécurité, de la collecte des impôts à la protection sociale. Cet État a relevé un défi considérable en absorbant, avec d'inévitables ratés, des vagues d'immigrants qui ont permis de multiplier la population juive par sept depuis 1948 (elle est passée de 750 000 à 5,4 millions). Cette augmentation continue du nombre de Juifs israéliens a conduit à un rééquilibrage démographique au sein du peuple juif. Alors que 6 % de la population juive mondiale vivait en Israël en 1948, ce pourcentage atteignait 25% en 1980 et 40 % aujourd'hui. De plus, l'État d'Israël est désormais le pays comptant la plus importante communauté juive au monde - devant les États-Unis - et également le lieu où réside la majorité des jeunes Juifs (de moins de quinze ans). La tendance bimillénaire qui avait vu les Juifs vivre quasi exclusivement en diaspora s'est inversée. Premier constat : le sionisme a largement réussi son pari qui consistait à construire un État afin de reterritorialiser la nation juive.
Toutefois, si l'on apprécie le projet national juif par rapport à son objectif de « normalisation », le bilan apparaît nécessairement plus mitigé. Le sionisme affichait, en effet, une double ambition de normalisation : nationale et internationale. La première aspire à transformer les Juifs en un « peuple comme les autres », fonctionnant comme une société nationale, à l'instar des Français ou des Allemands ; la seconde à faire de l'État juif un membre souverain du concert des nations, reconnu sur un pied d'égalité par l'ensemble des autres États. Cette double normalisation est inachevée ; la première parce que l'identité nationale d'Israël demeure incertaine ; la seconde parce que la reconnaissance pleine et entière de l'État hébreu reste tributaire d'un règlement complet - encore à venir - du contentieux avec les Palestiniens.
Les identités d'Israël
Israël est une société d'immigrants : un tiers seulement des Juifs israéliens sont nés de parents eux-mêmes nés dans le pays. C'est dire l'importance du phénomène migratoire avant comme après la création de l'État. Comment faire de ces immigrants une nation ? Paradoxe du sionisme : il proclame, en théorie, l'unité pérenne du peuple juif mais, dans la pratique, il doit lui donner une cohésion nationale que la dispersion bimillénaire a précisément émoussée. La tâche des dirigeants israéliens sera de transformer des communautés diversifiées tant sociologiquement que culturellement en une nation territorialisée, dotée d'une identité collective partagée. Dans les années 1950, Ben Gourion et ses amis estimaient que l'intégration nationale se réaliserait progressivement, en particulier grâce à des institutions comme l'école et l'armée, qui permettraient de fondre les nouveaux immigrants en un authentique melting-pot. Cette perspective paraissait crédible tant que l'immigration provenait d'Europe c'est-à-dire du monde ashkénaze, à dominante laïque - lequel constituait le coeur de la communauté juive de Palestine qui s'était progressivement structurée dans l'entre-deux-guerres. Elle devenait plus délicate à envisager avec l'arrivée massive, dès 1949, de Juifs des pays d'islam, provenant d'un environnement beaucoup plus traditionnel.
Dans un premier temps, l'État ne leur proposa qu'une voie : la modernisation accélérée par l'adoption du modèle social et culturel en place. Bien qu'il ne soit pas aisé de donner une définition précise de l'« israélité », certains traits permettent de la repérer : usage de la langue hébraïque, abondamment diffusée par les médias ; attachement à un territoire spécifique (nourri par l'étude de la Bible, l'archéologie, les excursions à travers le pays) ; expériences communes (en particulier le service militaire - sauf pour les ultra-orthodoxes) ; types de comportement (rejet des conduites trop formelles, langage direct)... Mais le processus d'intégration, venu d'en haut, ne parvint pas aux fins, exagérément ambitieuses, que ses promoteurs lui avaient assignées : fabriquer, par assimilation progressive, un homo israelicus unique. Objet de nombreuses résistances, ce modèle fut finalement abandonné au milieu des années 1960, conduisant progressivement à une acceptation plus grande de la diversité socio-culturelle.
Cette situation de pluralisme assumé présente des avantages et des inconvénients. D'un côté, elle est le signe d'une authentique démocratisation de la vie publique, les groupes les plus divers faisant désormais entendre leur voix. Plusieurs partis politiques communautaires ont vu le jour : Shas pour les Sépharades (12 élus en 2006), Israël Beitenou pour les Russes (11 députés) ainsi que des formations arabes (10 élus). À ces partis mobilisant des identités ethno-culturelles spécifiques, il convient d'ajouter les formations religieuses comme Agoudat Israël qui cible les ultra-orthodoxes (6 mandats) et le parti national religieux/Union nationale qui s'adresse aux sionistes religieux particulièrement bien représentés parmi les colons activistes de Cisjordanie (9 députés) (1). Enfin, il faut mentionner la présence répétée, lors des consultations électorales, de formations catégorielles qui rassemblent des électeurs autour d'une seule question : en 2003, ce fut la liste Shinoui (Changement) et son projet de laïcité militante (15 élus) ; en 2006, le parti des retraités qui obtint 7 mandats. Près de la moitié des 120 députés de la Knesset représentent donc des intérêts particuliers, ce qui rend difficile la défense de la chose publique.
Certains vont jusqu'à considérer qu'il y aurait trois nations juives en Israël : les laïcs, les sionistes religieux et les ultra-orthodoxes (2). Ce jugement est manifestement exagéré mais la segmentation de la société israélienne est un fait, même s'il convient de l'évaluer à sa juste valeur.
Le face-à-face judéo-arabe
La ligne de partage majeure passe, dans un État défini comme juif, entre citoyens juifs et ceux qui ne le sont pas, au premier chef les Arabes qui sont aujourd'hui 1,2 million, soit 20% de la population totale. Malgré certaines améliorations, l'asymétrie dans l'accès aux ressources politiques, sociales et économiques entre Juifs et Arabes reste une réalité : les citoyens arabes ne sont pas tout à fait des citoyens comme les autres. À compter du milieu des années 1980, l'équilibre entre les deux grands partis - Likoud et Parti travailliste - les avait rendus davantage dépendants des petites formations qui ont ainsi vu leur capacité d'influence s'accroître. Les partis arabes sont alors devenus des forces d'appoint précieuses pour les travaillistes : sans leur soutien, Yitzhak Rabin n'aurait pas pu mettre en oeuvre les accords d'Oslo avec l'OLP en 1994-1995. Cette intégration au jeu politique s'est toutefois opérée par l'entremise de formations politiques, comme le parti communiste, le Parti démocratique arabe et le Rassemblement national démocratique qui tiennent les citoyens arabes d'Israël pour partie intégrante du peuple palestinien et soutiennent le combat politique de l'OLP. Tant les autorités politiques que la majorité de l'opinion juive perçoivent négativement ce positionnement.
Cette attitude de méfiance constitue l'arrière-plan indispensable pour comprendre les « événements d'octobre 2000 » qui, dans les zones arabes d'Israël, se traduisirent, parallèlement au déclenchement de la deuxième Intifada dans les territoires palestiniens, par d'imposantes manifestations. Celles-ci furent violemment réprimées par la police : treize manifestants arabes furent tués. Cet épisode dramatique a profondément dégradé les relations entre l'État et ses citoyens arabes, le premier mettant en cause la loyauté des seconds alors que les seconds accusent l'État de tout faire pour les maintenir sous contrôle, à la lisière de la société israélienne. Huit ans après ces événements tragiques, rien n'a été réglé sur le fond. La commission Or - du nom du juge qui la présidait - avait pourtant souligné que l'État devait remédier aux inégalités les plus flagrantes en mettant en place un vaste plan de développement de la communauté arabe. Cette recommandation est quasiment restée lettre morte. Plus grave : le procureur général de l'État a décidé en janvier 2008 de ne pas engager de poursuites judiciaires contre les policiers impliqués dans la répression des manifestations d'octobre 2000 faute de preuves. Cette décision est peut-être fondée en droit mais, politiquement, elle ne peut qu'entretenir chez les Arabes d'Israël un sentiment d'injustice persistant (3).
Les autres divisions
Comparativement, les clivages intra-juifs sont moins structurants, mais ils sont loin d'être négligeables. Entre Juifs religieux et laïques, la distance culturelle est aujourd'hui plus grande qu'elle ne l'était il y a soixante ans. Deux événements illustrent cette vision contrastée : à la mi-février 1999, plus de 200 000 ultra-orthodoxes manifestaient contre la Cour suprême, accusée d'éroder le monopole du rabbinat sur le statut personnel (mariage et divorce). Au même moment, des dizaines de milliers de Juifs laïques se rassemblaient pour soutenir l'institution judiciaire et son activisme en matière de défense des droits individuels. Cette double manifestation montre qu'entre un monde religieux gagné par une orthodoxie plus rigoureuse et des secteurs touchés par une sécularisation croissante les points de convergence se sont réduits. Si les religieux sont en mesure de montrer leur force, en particulier électoralement, les laïcs ne sont pas en reste : entre 2003 et 2006, le troisième parti à la Knesset fut le Shinoui - qui défendait une laïcité inconditionnelle. Sur le contenu à donner au caractère juif de l'État, le fossé est large entre les haredim (« ceux qui craignent [Dieu] ») et leurs rivaux laïques.
Entre Ashkénazes et Sépharades, les dynamiques sont de nature différente. D'un côté, les rapprochements dans les modes de vie et les pratiques familiales sont réels ; d'un autre côté, l'écart ethnique persiste dans nombre de domaines (enseignement supérieur, emploi...). On pourrait résumer la situation en disant que les disparités socio-économiques se maintiennent malgré la convergence culturelle. Cette situation explique qu'un parti comme le Shas soit parvenu, en jouant sur le ressentiment des classes populaires sépharades envers les élites ashkénazes, à s'inscrire durablement dans le paysage politique israélien.
À ces clivages anciens, il convient d'en ajouter deux autres qui ont émergé au cours des quinze dernières années. Le premier tient à l'apparition de « Juifs non juifs », catégorie étrange qui regroupe désormais environ 300 000 personnes. Ces femmes et ces hommes sont des immigrants provenant de l'ancienne Union soviétique qui ont pu bénéficier de la loi du retour bien qu'ils ne soient pas considérés comme juifs par la loi religieuse (4). Ces personnes se trouvent indéniablement dans une situation singulière. Soumis au même régime de droits et devoirs que leurs compatriotes reconnus comme juifs (d'où l'obligation de servir dans l'armée), ils rencontrent néanmoins des problèmes d'intégration spécifique, notamment pour fonder une famille. Dans un pays où la célébration des mariages relève des seules communautés religieuses, il leur était de facto quasiment impossible de se marier. Finalement, en juillet 2007, il a été décidé d'instaurer une procédure de mariage civil qui leur est réservée. Résultat probable : les « Juifs non juifs » vont progressivement devenir une communauté à part.
Le second groupe qui s'est cristallisé est celui des travailleurs étrangers non juifs, à savoir au moins 150 000 migrants - dont moins de la moitié légalement présents sur le territoire national. Ces travailleurs asiatiques, roumains ou africains, principalement employés dans la construction, l'agriculture et les services à la personne, ont en principe vocation à demeurer en Israël pour une durée limitée. Mais un nombre non négligeable d'entre eux ne quittent pas le pays à l'expiration de leur contrat et grossissent les rangs des « illégaux ». L'État d'Israël va devoir apprendre à gérer, à l'instar des pays occidentaux, des communautés de migrants économiques : un défi supplémentaire dans un pays qui n'en manque pourtantpas.
Toutes ces divisions internes représentent-elles un risque pour la société israélienne ? Oui et non. Oui, parce que certaines ont tendance à se superposer. Ainsi les Sépharades, généralement plus religieux, votent davantage à droite et sont plus défavorisés socialement. À l'inverse, les Ashkénazes, plus laïques, apportent davantage leurs suffrages à la gauche et sont, globalement, plus aisés. Non, parce que malgré ces différenciations, un sentiment national « judéo-israélien » s'est bel et bien développé : 85% des Juifs se déclarent fiers d'être israéliens. Non, encore, parce que si les Juifs d'Israël peuvent donner des contenus distincts, voire opposés, à la judéité de l'État, ils y demeurent attachés. Pourtant, aujourd'hui, la « normalisation » nationale des Juifs, à laquelle le sionisme aspirait, demeure imparfaite. Cette incomplétude tient, pour une part, aux aléas propres à la constitution de l'identité nationale, mais elle découle aussi d'une normalisation internationale, et surtout régionale, elle-même partielle. En effet, tant qu'Israël ne parviendra pas à obtenir une pleine légitimité internationale, le pays ne pourra pas prendre à bras le corps la délicate question de son identité. Les deux facettes de la normalisation sont dialectiquement liées.
Israël dans le concert des nations
La difficulté majeure qui a pesé d'un poids énorme surla formulation de la politique étrangère israélienne est évidemment le conflit israélo-arabe. C'est ce conflit qui a empêché Israël, jusqu'au milieu des années 1990, d'entretenir des relations diplomatiques avec la plupart des États du monde. Durant les quatre premières décennies de son existence, l'État hébreun'a maintenu des contacts ininterrompus qu'avec les pays d'Europe de l'Ouest et ceux du continent américain. Isolé au Moyen-Orient, Israël ne pouvait se passer de parrains extérieurs sur le plan aussi bien économique que militaire ou diplomatique. La surprenante convergence américano-soviétique qui avait permis la création d'Israël a entretenu l'illusion que le nouvel État pourrait adopter une politique d'équidistance entre l'Estet l'Ouest, mais la guerre froide l'obligea vite à choisir soncamp.
L'Occident apparaissait comme le partenaire naturel de l'État juif. Proximité des valeurs et du régime politique, présence de communautés juives dynamiques, raisons stratégiques : tout concourait à pousser Israël vers l'Ouest. Cette alliance avec l'Occident provoqua inévitablement des tensions avec le bloc soviétique puis, après la guerre des Six Jours, une véritable rupture (à l'exception de la Roumanie). Il en alla de même, après la guerre du Kippour (1973), avec l'Afrique noire, seule région du tiers-monde avec laquelle l'État juif était parvenu à nouer des relations dans les années 1960. Israël se trouva ainsi placé en quarantaine diplomatique durant deux décennies. Cette situation d'ostracisme prolongé fit dire à l'ancien ministre des Affaires étrangères, Shlomo Ben-Ami, qu'Israël n'avait qu'un espace de manoeuvre limité pour articuler une véritable politique étrangère, celle-ci étant l'« otage » du conflit israélo-arabe, de ses répercussions et de son instrumentalisation. Cette remarque est a contrario confirmée par la véritable révolution diplomatique qu'a connue le pays dans les années 1990. Alors qu'Israël n'avait plus, en 1973, de relations diplomatiques qu'avec 65 États, vingt ans plus tard le chiffre se montait à 116 avant d'atteindre 161 en 2007. Cette dynamique sans précédent constitue clairement un dividende du processus de paix israélo-arabe : la reconnaissance d'Israël par l'OLP en 1993 levait, pour nombre de pays, la dernière hypothèque sur la voie de leur propre normalisation avec l'État hébreu.
Parmi les États avec lesquels Israël a noué des relations, trois méritent une mention particulière : l'Inde, parce que ce leader du tiers-monde représente un enjeu commercial et géopolitique de première importance ; la Chine, du fait de son potentiel économique considérable ; et le Saint-Siège. La reconnaissance par l'Église catholique, puissance spirituelle, d'un État juif a évidemment une portée historique et symbolique qui va bien au-delà du politique : elle marque l'acceptation par l'Église de la pleine légitimité religieuse du judaïsme, parachevant ainsi la rupture avec un « enseignement du mépris » pluri-séculaire. Même si l'alliance stratégique avec les États-Unis et les relations suivies avec l'Europe demeurent à ses yeux essentielles, l'État d'Israël est désormais sorti de son tête-à-tête exclusif avec l'Occident et a ainsi vu sa position internationale confortée, sur tous les continents.
Il y a néanmoins une ombre au tableau. Si, en effet, la normalisation inter-étatique a considérablement progressé, la situation est nettement moins positive du côté des opinions publiques. Une récente enquête commandée par la BBC et menée dans 27 pays faisait d'Israël le pays le moins bien considéré au monde. Avec 56% d'opinions négatives, il est tenu, juste avant l'Iran (54%), les États-Unis (51%) et la Corée du Nord (48%), pour l'État ayant l'influence la plus mauvaise dans les affaires internationales (5). Qu'Israël se retrouve dans ce quatuor improbable qui mêle démocraties et régimes autoritaires est, à bien des égards, moralement choquant et politiquement injustifié. Sans doute peut-on admettre qu'à travers une pareille enquête se manifestent aussi des préjugés, parfois bien ancrés ; mais ce serait assurément une erreur que de réduire la mauvaise image d'Israël à des partis pris idéologiques, voire à d'obscures passions antisémites. La perception négative d'Israël est, comme il fallait s'y attendre, très forte dans les pays arabes et en Turquie (78%), mais la tendance va aussi clairement dans ce sens dans les pays de l'Union européenne (61%) et au Canada (56%) (6). Pour les citoyens européens, membres d'une puissance civile, l'usage répété de la force par Israël face aux Palestiniens, mais aussi dans certains pays voisins (Liban), joue à plein à son détriment. De la dénonciation de la guerre on en vient à la désapprobation du pays qui la pratique. Raccourci hâtif, à l'évidence, fondé sur une simplification de la réalité, mais révélateur d'une incompréhension croissante face à l'interminable confrontation israélo-palestinienne. De cette impasse prolongée, Israël n'est pas seul comptable. Les Palestiniens et les Arabes ont, eux aussi, commis leur lot d'erreurs ; cela ne saurait, pour autant, effacer la responsabilité de l'État juif qui, en poursuivant contre vents et marées l'occupation de la Cisjordanie (et, jusqu'en 2005, de la bande de Gaza), a contribué à faire dérailler un processus de paix qui tarde à tenir ses promesses.
Le « processus de paix » dans l'ornière
Il aura fallu attendre sept longues années, après le déclenchement de l'Intifada al-Aqsa (septembre 2000), pour que les négociations israélo-palestiniennes reprennent véritablement : le 27 novembre 2007 se réunissait à Annapolis, capitale de l'État du Maryland, une conférence internationale destinée à relancer le processus de paix. Son objectif est extrêmement ambitieux au vu du sombre bilan des années écoulées : parvenir à un règlement définitif du conflit, avec création d'un État palestinien, d'ici à la fin du mandat de George W. Bush en 2008. Malheureusement, face à cette initiative, le scepticisme l'emporte, et de loin, sur l'optimisme. Certes, les contacts bilatéraux ont bel et bien repris en décembre dernier. Ils sont supervisés, du côté palestinien, par Ahmed Qorei (qui fut le principal négociateur des accords d'Oslo et l'un des premiers ministres de Yasser Arafat) ; et, du côté israélien, par la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. La secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a multiplié les déplacements dans la région afin de donner du tonus aux négociations. Les États-Unis ont nommé le général James Jones envoyé spécial chargé du volet sécuritaire de la feuille de route tandis qu'un autre général, William Fraser, doit veiller au respect global des obligations de cette même feuille de route. À la mi-décembre, la conférence des donateurs s'est réunie à Paris, promettant la somme considérable de sept milliards de dollars pour remettre à flot une économie palestinienne bien mal en point.
Tout ce dispositif donne néanmoins une fâcheuse impression de déjà-vu. Le dialogue israélo-palestinien a été ponctué, au cours des années 1990, de rencontres diplomatiques et de promesses financières qui n'ont pas permis de trouver une solution juste et permanente au contentieux entre les deux peuples. Or, aujourd'hui plus qu'hier encore, ces vieilles recettes sont inadaptées, et cela pour plusieurs raisons.
L'absence de résultats concrets
Pour être crédible, le retour à la table des négociations doit s'accompagner de changements significatifs sur le terrain. Pour l'heure, ils ne sont pas au rendez-vous. Aux yeux de l'opinion publique israélienne, il est difficile d'imaginer que des concessions territoriales en Cisjordanie accroîtront la sécurité au quotidien alors que le retrait unilatéral de Gaza de l'été 2005 semble prouver le contraire. Les tirs de roquettes Qassam sur le sud de l'État juif ont, en effet, redoublé depuis cette date. Si leur efficacité est limitée (d'où le nombre réduit de victimes) (7), cette pluie de projectiles, dont la portée augmente régulièrement, a désorganisé la vie dans la cité de Sderot et de ses environs. Les dirigeants israéliens peuvent difficilement assister, sans réagir, à cette escalade insidieuse.
Du côté palestinien, les doutes quant aux vertus de la diplomatie sont encore plus vifs. Pour l'heure, la seule retombée tangible de la reprise des négociations aura été la libération par Israël de plusieurs centaines de prisonniers palestiniens sur les quelque 8 000 détenus. Pour le reste, les centaines de barrages de l'armée sont restés en place (8) ; les opérations militaires n'ont pas cessé, y compris en Cisjordanie (gérée par l'Autorité palestinienne). Plus grave : alors que la fameuse feuille de route requiert d'Israël l'arrêt de la construction dans les implantations juives, le gouvernement d'Ehoud Olmert a donné, début mars, son feu vert à l'édification de 750 logements à Givat Zeev, au nord-ouest de Jérusalem. Pour se justifier, il a argué que cette zone, proche de la ligne verte, était incluse dans les « blocs de colonies » (environ 6 % de la Cisjordanie) qui seraient annexés par Israël dans le cadre d'un accord définitif. L'argument est spécieux : s'il est vrai que les négociateurs palestiniens ont accepté en principe cette idée (à charge pour Israël de dédommager les Palestiniens en leur concédant 6 % de son propre territoire), aucun accord n'a été formellement conclu. En attendant, rien n'autorise donc Israël à se soustraire unilatéralement à l'obligation générale de suspension de la colonisation... même si certains responsables israéliens considèrent qu'ils ont obtenu une approbation politique implicite du président Bush lui-même à poursuivre la construction dans les « blocs de colonies ». En avril 2004, ce dernier avait publiquement admis que les « réalités sur le terrain » empêcheraient un retour intégral sur la ligne verte. En endossant a priori cette ancienne exigence israélienne, le président américain a de facto donné un blanc-seing à l'expansion des « blocs de colonies » alors qu'il est, par ailleurs, garant, avec les trois autres membres du Quartet, de l'arrêt de la colonisation !
La faiblesse des acteurs
Ce positionnement américain, pour le moins équivoque, souligne la seconde insuffisance structurelle du processus de relance des négociations : la faiblesse générale des acteurs. Les États-Unis souffrent d'un manque de crédibilité persistant. Déjà entamé par la proximité stratégique avec l'État d'Israël, leur crédit a pâti des errements d'une politique moyen-orientale dont l'échec le plus flagrant se trouve en Irak. Loin d'être le modèle démocratique envisagé par certains néo-conservateurs américains, l'Irak est aujourd'hui un repoussoir absolu. Avec un prestige au plus bas, les États-Unis ne disposent pas de l'autorité indispensable pour cautionner un accord de paix équitable. Or, sans une implication forte et équilibrée de leur part, les négociations israélo-palestiniennes se perdront dans les sables, et cela d'autant plus que les deux parties sont elles-mêmes fortement affaiblies.
C'est particulièrement vrai pour l'Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas. La victoire électorale du Hamas, en janvier 2006, avait précipité une crise de leadership qui couvait depuis le décès du chef historique de l'OLP, Yasser Arafat, en novembre 2004. Elle a conduit à une lutte politique acharnée entre le Hamas (qui, fort de la légitimité populaire obtenue par les urnes, entendait exercer la plénitude du pouvoir) et le Fatah (identifié à la lutte de libération nationale depuis près d'un demi-siècle et qui rechignait à céder la place à son rival islamiste). Pour tenter d'éviter le pire, les deux mouvements sont parvenus finalement, après des mois de négociations laborieuses, à constituer un gouvernement d'union nationale en mars 2007. Il fera long feu : à la mi-juin, le différend est réglé par la force des armes, le Hamas prenant le contrôle total de la bande de Gaza. Depuis cette date, la division géographique entre Gaza et la Cisjordanie se double d'une division politique qui sape l'autorité du président Abbas. Ce dernier a immédiatement bénéficié, après le coup de force du Hamas, d'un soutien tous azimuts de la communauté internationale, financier (reprise de l'aide, déblocage des taxes douanières retenues par Israël) et politique (redynamisation du « processus de paix »). Mais cet appui extérieur ne fait, paradoxalement, que mieux ressortir la légitimité précaire du président palestinien : Mahmoud Abbas paraît difficilement en mesure de négocier avec Israël un compromis historique qui puisse être ensuite accepté par son peuple.
Ehoud Olmert n'est pas dans une position plus brillante. Le semi-échec de la campagne militaire contre le Hezbollah au cours de l'été 2006 a conduit son gouvernement à battre des records d'impopularité. Le rapport préliminaire (avril 2007) de la commission Winograd chargée d'enquêter sur les ratés de la seconde guerre du Liban avait accusé le premier ministre d'avoir failli dans l'exercice de son jugement et de ses responsabilités en agissant à la légère, sans qu'un plan détaillé des opérations militaires ne lui soit présenté. Le rapport définitif, remis fin janvier 2008, est finalement moins sévère pour l'échelon politique qu'il ne l'est pour l'armée : Ehoud Olmert est ainsi parvenu à sauver la mise. Mais il ne faut pas s'y tromper : c'est largement par défaut que le premier ministre reste en place. Abandonné au début de l'année par le parti russophone de droite Israël Beitenou, il pourra l'être demain par la formation sépharade Shas qui a déjà brandi cette menace si un partage de souveraineté sur Jérusalem était envisagé dans le cadre des négociations en cours. Or, sans le Shas, Olmert ne dispose plus de majorité parlementaire et il lui sera difficile d'en constituer une autre. Son sens de la survie politique le poussera plus à l'immobilisme diplomatique qu'à des décisions courageuses.
Ces perspectives peu enthousiasmantes sont d'autant plus inquiétantes que l'impasse prolongée a profité au Hamas face auquel la « stratégie d'étouffement » n'a pas fonctionné. Depuis sa victoire électorale, le mouvement islamiste a été tenu à distance à la fois par Israël, par l'Autorité palestinienne (hormis la brève expérience du gouvernement d'union nationale) etpar le Quartet (à l'exception de la Russie). Nombre de ministres, de députés et de maires du Hamas ont été arrêtés par l'armée israélienne qui a, par ailleurs, poursuivi sans relâche sa politique d'« assassinats ciblés » contre les responsables islamistes.Finalement, le 19 septembre 2007, Israël a déclaré la bande de Gaza « entité hostile», la soumettant à un blocus extrêmement rigoureux. Les exportations des producteurs locaux sont devenues impossibles. Quant aux  importations, elles ontété réduites aux seuls produits de première nécessité, essentiellement alimentaires. Le résultat sur le terrain ne s'est pas fait attendre : pénuries de marchandises, hausse dramatique du coût de la vie, augmentation de la population sous le seuil de pauvreté (70 %)...
L'objectif de ces pressions multiformes était clairement de rendre la vie impossible aux Gazaouis de façon qu'ils se retournent contre le Hamas et le chassent du pouvoir. Cette stratégie a échoué pour trois raisons majeures (9). D'abord, parce que le Hamas a consciencieusement consolidé son pouvoir politique à Gaza au cours des mois écoulés. Paradoxalement, le blocus auquel cet étroit territoire a été soumis a donné une liberté quasi totale aux dirigeants islamistes pour renforcer leurs groupes armés et contrôler leurs rivaux du Fatah.
Ensuite, bien que la population, épuisée, subisse les incursions répétées de Tsahal qui tente de mettre un termeaux tirs de roquettes palestiniens, elle ne se détourne pas des activistes. Au contraire : c'est à Israël qu'elle en veut carelle le tient pour responsable de la mort des victimes civiles « collatérales » (10). 64 % des Palestiniens soutiennent d'ailleurs les tirs de roquettes contre les villes israéliennes (11) (comme en écho, une majorité d'Israéliens se déclaraient favorables en mars 2008 à la réoccupation de Gaza pour faire cesser ces tirs).
Enfin, la logique militaire se révèle contre-productive. Ainsi, à peine l'offensive israélienne avait-elle été déclenchée, fin février, pour éliminer les sites de lancement des Qassam que des roquettes, plus destructrices et de portée plus grande, s'abattaient, non plus sur la ville-frontière de Sderot, mais sur la grande cité du Sud, Ashkelon (120 000 habitants). C'est bien la preuve que la militarisation à outrance entretient le cycle de la violence plutôt qu'elle ne le rompt. L'idée avancée par certains responsables israéliens, comme l'ancien commandant de la région sud, le général Doron Almog, d'engager une vaste opération terrestre pour réoccuper temporairement toute la bande de Gaza et y détruire l'infrastructure para-militaire du Hamas s'apparente plus à une fuite en avant qu'à une option crédible. Un retour de Tsahal à Gaza, dans un milieu très urbanisé, se solderait par un coût humain élevé tant pour la population locale que pour les soldats israéliens - tandis que son efficacité, sur le long terme, une fois l'armée repartie, paraît sujette à caution.
L'urgence de la solution des deux États
Plutôt que d'emprunter cette voie hasardeuse, il serait plus judicieux de chercher à consolider une période d'accalmie (tahdia) qui se traduirait par l'arrêt simultané des tirs de roquettes d'une part, des incursions de Tsahal de l'autre. Pour se matérialiser, cette désescalade devrait être intégrée dans un accord global. Du côté israélien, les contours en ont été dressés par le ministre des Infrastructures nationales Benyamin Ben Eliezer qui s'est déclaré ouvert à des négociations si le Hamas « met sur la table une proposition sérieuse, réaliste et est prêt à discuter d'un cessez-le-feu sur le long terme, d'un arrêt du terrorisme et de la contrebande d'armes et à ouvrir des discussions pour la libération de Gilad Shalit »  (12). Du côté du Hamas, les demandes portent essentiellement sur la cessation totale des opérations militaires (y compris, selon certains responsables islamistes, en Cisjordanie) et la réouverture complète des passages entre Gaza, Israël et, surtout, l'Égypte. Ce dernier point est le plus délicat : les autorités israéliennes craignent que le Hamas n'utilise cette voie de sortie pour renforcer son arsenal militaire. Le risque existe, mais il peut être maîtrisé avec la coopération du Caire qui a tout intérêt, pour la survie du régime en place, à éviter la consolidation d'un « Hamastan » surarmé à ses portes. De plus, cette réouverture supposerait, inévitablement, une réconciliation minimale entre le Hamas et le Fatah car ce serait aux forces de sécurité de l'Autorité palestinienne d'assurer la surveillance de la frontière. Dernier point : il serait impératif de prévoir le retour des observateurs européens au terminal de Rafah qu'ils ont abandonné après le coup de force du Hamas, fermant ainsi, de facto, la frontière avec l'Égypte. On le voit : à elle seule, la consolidation d'un cessez-le-feu durable par l'entremise des Égyptiens requiert déjà beaucoup d'énergie...
Parallèlement, il faudrait veiller à affermir l'autorité de Mahmoud Abbas. Israël a fait certains gestes en ce sens en donnant son feu vert au déploiement de 600 policiers à Jénine et au transfert d'armes et de blindés aux forces de sécurité palestiniennes. Toutefois, le renforcement du président Abbas ne doit pas se limiter au volet sécuritaire ; il doit aussi comporter une dimension politique. Or c'est là où le bât blesse : la poursuite de la colonisation (mais aussi de la construction des routes et du mur/barrière) rend de plus en plus incertaine la création d'un État palestinien viable. Pourtant, à bien des égards, cette perspective est plus urgente que jamais. Une majorité de l'opinion y est favorable, tant chez les Israéliens que chez les Palestiniens, et cela en dépit d'un soutien aux politiques de force sur le court terme. Les premiers sont 62 % à estimer que les Palestiniens ont droit à un État indépendant et 58 % à juger que sa création ne serait pas un problème pour Israël (13). Quant aux Palestiniens, 55 % sont pour la solution des deux États dans le cadre d'un règlement permanent. Ils sont aussi 68 % à considérer que cette perspective n'est pas crédible pour les cinq années à venir du fait, entre autres, de la poursuite du grignotage territorial par l'État hébreu (14).
Si les Palestiniens finissent par parvenir à la conclusion que l'édification d'un État souverain devient une chimère, ils pourraient être tentés d'abandonner cette option au profit d'une autre : la constitution d'un État unique, entre la Méditerranée et le Jourdain (15), soit « démocratique et laïque » comme continue à le réclamer la gauche radicale palestinienne (16), soit binational comme le prônait l'intellectuel palestinien Edward Said (17). Ce mot d'ordre placerait Israël devant un choix redoutable : ou bien y accéder, ce qui est impossible car ce serait la fin d'un État à majorité juive ; ou bien laisser les choses en l'état, ce qui serait suicidaire car la pérennisation d'une situation d'occupation ne pourrait que miner progressivement la démocratie israélienne. Encore une fois, la création d'un État palestinien s'impose comme une urgence pour Israël. Ehoud Olmert l'a d'ailleurs bien compris, lui qui déclarait : « S'il arrivait que la solution des deux États échoue, et que nous faisions  face à un combat pour l'égalité des droits politiques, comme en Afrique du Sud (...), ce serait la fin de l'État d'Israël » (18). Cet aveu d'une franchise remarquable montre clairement que le premier ministre a conscience de la nécessité d'extirper Israël de l'occupation de la Cisjordanie. Le plus difficile reste à faire : démontrer par des actes concrets - pour l'heure, bien chiches - qu'il peut, comme son prédécesseur Ariel Sharon, engager une politique, réfléchie mais ferme, de rétrocession territoriale.
Soixante ans après sa fondation, le défi majeur demeure, pour l'État d'Israël, l'établissement d'une paix durable avec les Palestiniens. Celle-ci ne conduira certainement pas la république islamique d'Iran ou le Hezbollah à abandonner leur antisionisme véhément (19), mais elle aura de multiples effets positifs. D'abord, elle réduira, dans le camp palestinien, l'audience d'un Hamas qui prospère sur le pourrissement du conflit. Ensuite, elle permettra à Israël d'obtenir la reconnaissance tant attendue des États arabes voisins, clef de sa normalisation régionale, dans l'esprit de la déclaration de Beyrouth (2002). Enfin, elle redonnera sa pleine légitimité internationale au combat politique qui a fondé Israël - un combat qui doit demeurer inséparable de la justice.
Notes :
(1) Quatre députés du PNR habitent eux-mêmes dans des colonies juives, signe du lien organique entre ce parti et le lobby des colons.
(2) Assaf Inbari, « Zionism's New Challenge », Azure, hiver 2008, n° 31, pp. 81-109.
(3) Pour des compléments sur les Palestiniens d'Israël, voir Laurence Louër : « Les citoyens arabes : un processus d'intégration inachevé » in Alain Dieckhoff (dir.), L'État d'Israël, Fayard, 2008, pp. 189-203.
(4) En 1970, la loi du retour qui donne à tout Juif la liberté d'immigrer en Israël a été élargie à certains proches non juifs d'un Juif : le conjoint, les enfants et leurs conjoints, les petits-enfants et leurs conjoints. Cette disposition, incontestablement libérale, introduite pour préserver l'unité des « familles mixtes » confère à ses bénéficiaires les mêmes droits que les Juifs, y compris l'accès à la citoyenneté. Par contre, pour la loi rabbinique, seuls sont juifs ceux qui sont nés de mère juive ou ont été convertis en bonne et due forme.
(5) http://www.worldpublicopinion.org/pipa/articles/views_on_countriesregions_bt/325.php?nid=&id=&pnt=325&lb=btvoc
(6) Le seul pays occidental où les opinions positives l'emportent sont les États-Unis (41 % contre 33 %).
(7) Plus de 3 100 roquettes ont été tirées depuis octobre 2001. Elles ont causé la mort de douze Israéliens.
(8) Fin mars, Israël prenait toutefois l'engagement de retirer cinquante barrages.
(9) Sur la situation à Gaza on lira avec profit le dernier rapport de l'International Crisis Group, Ruling Palestine I : Gaza Under Hamas, Middle East Report, n° 73, mars 2008.
(10) L'opération « Hiver chaud » menée entre le 27 février et le 3 mars a ainsi coûté la vie à 110 Palestiniens, dont plus de la moitié étaient des civils.
(11) Données tirées du sondage de mars 2008 réalisé par le Palestinian Center for Policy and Survey Research de Ramallah : http://www.pcpsr.org/survey/polls/2008/p27e1.html
(12) Haaretz, 21 décembre 2007.
(13) Voir le Peace Index de novembre 2007 publié par le Tami Steinmetz Center for Peace Research de l'université de Tel-Aviv : http://www.tau.ac.il/peace/
(14) Données du sondage de mars 2008 réalisé par le Palestinian Center for Policy and Survey Research.
(15) La version « démocratique et laïque » implique que Juifs et Arabes soient traités comme des citoyens « abstraits », sur le modèle républicain à la française. À l'inverse, la solution binationale repose sur une reconnaissance des identités collectives juive et arabe et, donc, sur un arrangement institutionnel de partage du pouvoir entre les deux communautés.
(16) Comme l'affirmait encore peu de temps avant sa disparition Georges Habache, le fondateur du Front populaire de libération de la Palestine, dans ses conversations avec le journaliste Georges Malbrunot : Les révolutionnaires ne meurent jamais, Fayard, 2008.
(17) Edward Said : Israël, Palestine. L'égalité ou rien, La Fabrique, 1999.
(18) Haaretz, 29 novembre 2007.
(19) Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a, depuis son arrivée au pouvoir, multiplié les diatribes violemment anti-israéliennes. Fin février 2008, il déclarait par exemple : « Les puissances mondiales ont créé un sale microbe noir appelé le régime sioniste et l'ont lâché comme un animal sauvage contre les nations de la région. » Cet antisionisme virulent va de pair avec un véritable négationnisme antisémite, la république islamique ayant cautionné en décembre 2006 une pseudo-conférence internationale sur la Shoah qui a réuni tout le ban et l'arrière-ban des négateurs du génocide des Juifs d'Europe.