Politique Internationale - La Revue n°119 - PRINTEMPS - 2008

sommaire du n° 119
RUSSIE: LE GRAND RETOUR DE L'ORTHODOXIE?
Article de Kathy ROUSSELET
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Depuis le début des années 1990, on ne cesse de parler d'un renouveau religieux en Russie, et les observateurs soulignent volontiers le rôle grandissant de l'Église orthodoxe dans la vie publique du pays. Dans le processus de retour au premier plan de l'Église, une date est particulièrement marquante : le 25 avril 2007, jour des funérailles religieuses du premier président de la Russie indépendante, Boris Eltsine, dans la majestueuse cathédrale du Christ Sauveur (un monument détruit par Staline en 1931 et reconstruit en grande pompe dans les années 1990, qui est à lui seul un symbole du renouveau religieux du pays). Même si le patriarche Alexis II, hospitalisé en Suisse, était absent de la cérémonie, celle-ci semblait conférer à l'orthodoxie un statut qu'elle avait perdu quatre-vingt-dix ans plus tôt : celui de religion d'État.Quelques semaines plus tard, le 17 mai, dans cette même cathédrale, l'Église orthodoxe russe et l'Église orthodoxe russe hors frontières, née d'un schisme consécutif à la Révolution (1), se réconciliaient sous le regard protecteur de Vladimir Poutine, grand artisan de ce rapprochement auquel il a probablement oeuvré dès septembre 2003. Celui-ci n'a jamais caché son appartenance religieuse, pas plus que son successeur Dmitri Medvedev (2), dont la hiérarchie de l'Église orthodoxe a ouvertement soutenu la candidature présidentielle. À noter que la nouvelle première dame de Russie, Svetlana Medvedeva, préside le comité de patronage d'un programme d'éducation morale et religieuse destiné aux jeunes ; elle a été faite chevalier de l'ordre de « la Vénérable Euphrosyne de Moscou », distinction accordée aux femmes ayant un mérite particulier.
La Russie, pays multinational et multiconfessionnel, tournerait-elle peu à peu le dos à la laïcité ? Les obstacles formels à une telle évolution sont encore nombreux. La Constitution en vigueur depuis 1993 proclame dans son article 14 que « la Fédération de Russie est un État laïque » et qu'« aucune religion ne peut s'instaurer en qualité de religion d'État ou obligatoire ». Mais dans les faits, de nombreux privilèges sont accordés aux religions dites « traditionnelles » et, spécialement, à l'Église orthodoxe. À tous les niveaux du pouvoir, les élites politiques et économiques affichent volontiers leur proximité avec les autorités religieuses. Dans les discours des dirigeants et des médias, le respect de la laïcité paraît céder le pas à l'affirmation d'une « spécificité nationale russe » fondée sur la prépondérance de l'orthodoxie. Le paradoxe, c'est que la religion est généralement peu présente dans la vie quotidienne de la population. En effet, comme les sociétés occidentales, la société russe connaît une profonde « privatisation de la foi ». Dans ce contexte, que recouvre le zèle religieux des dirigeants du pays ?
Laïcité contre spécificité nationale
L'éphémère succès de la « laïcité à l'occidentale »
Au moment de l'effondrement de l'URSS, la « liberté de conscience » apparaît comme un produit occidental importé en Russie dans le même panier que la « démocratie de marché » et la « société civile ». La première loi sur la liberté de conscience, adoptée en 1990, répond à un souci d'affichage démocratique, particulièrement important à cette époque : elle apparaît comme un signal de libéralisation politique envoyé à la communauté internationale. Dans une sorte de surenchère laïque, la Constitution de 1993 fait de la Fédération de Russie l'un des États les plus laïques au monde. Le juriste Cole Durham souligne, à juste titre, que la plupart des pays post-communistes ont adopté un système de type séparatiste plus rigide que la majorité des États d'Europe occidentale (3). Mais pour les pays d'Occident, cette séparation est un aboutissement de leur histoire et de l'évolution de leurs sociétés ; en revanche, pour la Russie, elle est due à la volonté des autorités de se conformer à un modèle extérieur afin d'entrer dans le concert des nations démocratiques et d'affirmer une identité de « pays civilisé ».
En dépit de cette origine extérieure, au début des années 1990 la laïcité pensée sur un mode « séparatiste » ne pose guère de problèmes. Elle est même saluée par l'ensemble des acteurs politiques et religieux, qui y voient une manifestation éclatante de la fin du totalitarisme : succédant à l'athéisme d'État, cette neutralité revendiquée du pouvoir signifie que, désormais, chacun est libre de penser et de s'exprimer.
L'Église orthodoxe russe est alors très fragile, affaiblie par les critiques qui dénoncent sa longue compromission avec l'État soviétique. Dès 1993, pourtant, elle parvient à conduire un lobbying efficace pour que la loi de 1990, qu'elle juge trop favorable au pluralisme religieux, soit amendée. Et c'est d'abord dans les régions (peu soumises à l'influence internationale en matière de respect des droits de l'homme) que la situation évolue vers une restriction des droits des minorités religieuses. En 1997, une nouvelle loi fédérale sur la liberté de conscience est adoptée. Son préambule souligne certes que la Fédération de Russie « est un État laïque », mais également qu'elle reconnaît « le rôle spécial de l'orthodoxie dans l'histoire de la Russie, dans l'évolution et le développement de sa spiritualité et de sa culture » et respecte « le christianisme, l'islam, le bouddhisme, le judaïsme et d'autres religions qui constituent une partie intégrante du patrimoine historique des peuples de la Russie ».
Présenté comme un élément de clarification de la Constitution et un moyen de contrôler le chaos qui menace la société (4), ce texte, qui correspond au nouveau discours des élites politiques sur la « nécessité de restaurer la puissance russe » est vivement critiqué à l'étranger. En effet, certains de ses articles s'opposent à la fois à la Constitution russe et aux normes internationales (en particulier l'article qui impose à toute organisation religieuse qui ne dispose pas d'un document attestant sa présence depuis au moins quinze ans sur le territoire de la Russie de se soumettre à un enregistrement annuel auprès de l'administration). Cela dit, l'application concrète de la loi montrera que les articles litigieux entravent moins la croissance des groupes religieux « non traditionnels » que les observateurs pouvaient le craindre (5).
Quel soutien aux religions traditionnelles ?
La distinction entre religions « traditionnelles » et « non traditionnelles » semble bien avoir pris le pas sur l'affirmation de la laïcité.  De  nombreux acteurs politiques souhaitent accorder une place prioritaire aux premières et, avant tout, à l'Église orthodoxe. Face à une mondialisation qui gommerait les différences culturelles, celle-ci apparaît pour une bonne partie de la classe politique comme le garant de la tradition dont la Russie a besoin pour construire son identité nationale.
En 2001-2002, diverses institutions (la Direction générale du ministère de la Justice, la Chaire des religions de l'Académie de la fonction publique ou encore le Comité pour les questions religieuses du Parlement) ont rédigé des projets de doctrine visant à définir les relations entre l'État et les organisations religieuses. Des hommes politiques comme Aleksandr Tchouev, leader du Parti chrétien-démocrate (qui s'est transformé, en 2002, en un « Parti panrusse de la grande puissance ») ou Sergueï Glaziev, du parti nationaliste Rodina, ont proposé, dans la première moitié des années 2000, des projets de loi appelant à une plus grande collaboration entre l'État et les organisations religieuses traditionnelles (au premier rang desquelles l'Église orthodoxe), et demandé des amendements à la loi sur la liberté de conscience. En 2006, le président du Conseil de la Fédération, Sergueï Mironov, et celui du parlement de Bouriatie, Alexandre Loubsanov, proposaient, quant à eux, une loi restreignant la pratique des religions non traditionnelles.
Malgré ces pressions, la loi fédérale n'a pas été modifiée. Certes, le pouvoir, tout en reconnaissant la pluralité religieuse, accorde des avantages matériels à l'Église orthodoxe russe et aux autres organisations religieuses « traditionnelles », essentiellement musulmanes, bouddhistes ou juives. L'oblast de Nizhni Novgorod a ainsi attribué à l'ensemble des religions traditionnelles 11 millions de roubles (environ 300 000 euros) répartis en fonction du nombre de croyants, que celles-ci peuvent utiliser à leur guise. Plusieurs régions, dont celles de Moscou, Saint-Pétersbourg, Lipetsk et Tver, mais aussi et surtout l'État fédéral, contribuent à la restauration des édifices religieux. Dmitri Medvedev a d'ailleurs assuré en décembre dernier, lors du quatre-vingt-dixième anniversaire du rétablissement du Patriarcat de l'Église orthodoxe russe, que la part du budget de l'État consacrée à cette fin serait augmentée au cours des prochaines années, passant de plus de 1,5 milliard de roubles en 2007 à plus de 6 milliards entre 2008 et 2010. Des terrains ont également été donnés en usufruit à l'Église par certaines régions (6). Des hommes d'affaires sont incités par les autorités publiques à faire des dons à l'Église. Sur le plan fiscal, les amendements à la loi fiscale d'octobre 2006 ont exonéré de la TVA sur les ventes de littérature et objets religieux non seulement les organisations religieuses qui les produisent mais, aussi, celles qui les vendent (7).
L'Église orthodoxe a également signé des accords avec de nombreuses institutions étatiques, y compris avec l'armée, le ministère de l'Intérieur et le FSB. Au sein de ces structures, elle bénéficie pour l'instant d'un réel monopole. Il existe, à tous les niveaux, des commissions, comités et autres organismes de coordination à travers lesquels l'Église exerce son influence : citons, entre autres exemples, la « Commission auprès du Conseil de la Fédération chargée de la politique des nationalités et des relations de l'État et des organisations religieuses » (créée en 2006) ou encore le Centre d'initiatives sociales interreligieuses, fondé en mai 2007 afin de faciliter les relations entre les différentes organisations religieuses traditionnelles et l'État dans le domaine de l'action sociale, et d'améliorer la législation dans ce sens.
Pourtant, le renforcement de la position institutionnelle de l'Église dans les différentes structures de l'appareil d'État n'a pas eu toutes les conséquences espérées par la hiérarchie ecclésiastique. Même si de nombreux lieux de culte ont été construits sur des bases et dans des écoles militaires, la coopération entre l'Église et l'armée est beaucoup moins développée qu'il y paraît, et dépend avant tout des relations informelles tissées sur le terrain entre les prêtres orthodoxes et les commandants des unités. Nikolaï Mitrokhin, qui a étudié cette question de façon précise, parle d'« amour contrarié » et de « déception mutuelle » : « Malgré une réelle proximité de vues, malgré le désir des militaires d'embrasser une nouvelle idéologie patriotique teintée d'orthodoxie, l'alliance entre l'armée et le clergé n'a pas eu lieu. Les militaires ont admis des prêtres orthodoxes dans les unités de l'armée au milieu des années 1990... et ont découvert les faiblesses de l'Église, comme l'absence de personnel qualifié et actif qui aurait pu les aider à résoudre les problèmes inhérents à l'armée, ou l'appétit pour les aspects matériels. (...) Ils ne se rendent pas spontanément dans les lieux de culte, mais ils exigent des prêtres une position plus dynamique ; ce à quoi ces derniers ne sont pas prêts » (8). Une loi adoptée en juin 2006 supprime d'ailleurs la possibilité de sursis militaire pour les étudiants des écoles supérieures religieuses.
Un certain nombre de dossiers restent encore en suspens. Un projet de loi portant sur la « restitution » par l'État des biens que le régime soviétique a confisqués à l'Église est à l'étude depuis plus de deux ans. Pour ce qui concerne l'enseignement de la religion dans les écoles publiques, la situation varie fortement en fonction des régions. Dans celle de Voronej, cet enseignement est intitulé « Fondements de la culture orthodoxe » et est obligatoire pour tous ; dans plusieurs écoles d'autres régions, il a également perdu son caractère optionnel. À Moscou, un enseignement facultatif sur les « religions du monde » a été introduit à partir de la rentrée 2007-2008. Cependant, dans la mesure où une nouvelle loi adoptée par la Douma en novembre 2007 et qui entrera en vigueur en septembre 2009 retire aux régions la possibilité de définir une partie des programmes, l'enseignement religieux devrait retrouver son caractère facultatif dans l'ensemble de la Fédération. Lors d'une conférence sur Internet organisée le 5 mars 2007, Dmitri Medvedev a expliqué que « dans un État laïque, rien dans ce domaine ne doit être imposé », mais que les propositions des parents d'élèves et des élèves eux-mêmes doivent être prises en compte. Un projet d'enseignement de la « culture spirituelle et morale » est également à l'étude - son contenu suscite déjà d'âpres débats. On le voit : l'équilibre entre laïcité et affirmation de l'orthodoxie comme religion de la nation russe reste très instable.
Une politique de contrôle
- Surveillance accrue des mouvements religieux
La persistance, dans les instances du pouvoir politique, d'une méfiance très soviétique à l'égard de tout ce qui n'est pas perçu comme étant parfaitement loyal explique l'attitude que les autorités ont adoptée à l'égard des différents groupes religieux : la différenciation opérée entre les groupes « traditionnels » et « non traditionnels », et la désignation des mouvements « extrémistes » et des sectes dangereuses. L'élément décisif est souvent le rapport des organisations religieuses à l'« étranger ». Les missionnaires protestants, venus des États-Unis ou de Corée du Sud, sont encore largement décrits comme des « agents de l'impérialisme » et des « destructeurs de l'unité nationale » - tout particulièrement au Caucase, en Extrême-Orient et dans les régions européennes frontalières comme celle de Kaliningrad. Tracasseries administratives et obstacles à la création de lieux de culte se multiplient, notamment pour les mouvements néo-protestants, les Témoins de Jéhovah ou encore l'Église de la scientologie.
Deux lois adoptées presque coup sur coup permettent au pouvoir d'exercer un contrôle étroit sur l'activité religieuse dans le pays. La loi du 25 juin 2002 sur la « lutte contre les activités extrémistes » ne donne aucune définition claire de l'extrémisme qu'elle entend combattre. Dès lors, elle offre aux autorités toute latitude pour s'en prendre arbitrairement à n'importe quel groupe religieux considéré comme indésirable ; l'article 3(2) de la loi prévoit même la possibilité de restreindre la liberté de religion si une telle mesure est jugée nécessaire pour « protéger la sécurité de l'État ». Quant à la loi sur les étrangers du 25 juillet 2002, elle a transféré du ministère des Affaires étrangères au ministère de l'Intérieur la responsabilité d'accorder des visas, ce qui a encore limité la possibilité pour les prédicateurs étrangers d'entrer en Russie. Le FSB occupe une place de plus en plus importante dans la chasse aux groupes dits extrémistes ; et la lutte contre le terrorisme, défini de façon extensive dans la nouvelle loi du 6 mars 2006 (9), est devenue une raison supplémentaire de restreindre la liberté de conscience. Et pendant ce temps, les régions conduisent souvent une politique encore plus discriminatoire que l'État fédéral.
Dans ce contexte, on évoque régulièrement, à Moscou, la création d'une institution qui serait spécifiquement chargée de contrôler les relations entre les pouvoirs publics et les organisations religieuses. Craignant la réémergence du Comité aux affaires religieuses, tel qu'il existait à la période soviétique, qui limiterait son influence, l'Église orthodoxe se montre très réticente à l'égard de cette idée, au point de brandir, paradoxalement, le principe de la laïcité. Des leaders de certaines minorités religieuses y sont, eux, favorables car, de leur point de vue, un tel organe pourrait les protéger contre l'arbitraire des autorités locales.
- Un islam aux ordres
L'un des domaines les plus délicats de la politique russe en matière religieuse porte sur l'attitude à adopter envers la communauté musulmane du pays. Sur ce dossier, l'objectif affiché du pouvoir est d'interdire les mouvements radicaux, de favoriser les organisations musulmanes jugées fidèles et de juguler le développement des autres. Le projet « Islam russe » élaboré par les conseillers de Sergueï Kirienko (ancien premier ministre et, jusqu'en novembre 2005, représentant plénipotentiaire du président dans le district de la Volga, une région où vivent de nombreux musulmans) participait de cette volonté de développer, essentiellement à travers des programmes éducatifs, un islam loyal et « spécifiquement russe ». L'extrémisme religieux a aujourd'hui le visage du terrorisme islamique ; et les attentats commis lors de la guerre de Tchétchénie (et, spécialement, la prise d'otages de l'école de Beslan en septembre 2004) ont provoqué dans la population un nouvel élan d'islamophobie. Les autorités politiques en ont profité pour renforcer leur contrôle sur les mouvements religieux : des mosquées ont été fermées sans discernement et, malgré les discours officiels qui soulignent sans cesse le caractère multiethnique et multiconfessionnel de la Russie, la lutte contre l'extrémisme devient facilement un alibi pour combattre l'islam en général (10). On le voit : le pouvoir ne reconnaît la pluralité religieuse que dans la mesure où celle-ci prolonge la politique soviétique qui consistait à réunir les différents mouvements religieux dans un même élan de défense de l'État contre l'« ennemi extérieur ».
Un processus de dé-sécularisation ?
La gestion politique du domaine religieux paraît marquée, comme l'ensemble de l'action publique russe, par une « préférence pour le flou » (11). On peut néanmoins se demander si l'on n'assiste pas en Russie, comme dans d'autres parties du monde, à un processus de « dé-sécularisation » (12). Les funérailles religieuses de Boris Eltsine, que nous avons évoquées plus haut, n'ont ainsi soulevé que peu de critiques. Les défenseurs des droits de l'homme Lev Ponomarev et Gleb Iakounine (13) furent parmi les seuls à protester : selon eux, les adieux au fondateur d'un État strictement laïque n'auraient pas dû prendre un caractère si ostensiblement religieux. On peut lier cette visibilité de l'Église à la quête, exprimée dès le début des années 1990 par les élites politiques et l'intelligentsia, d'un « grand récit », d'une « idée nationale » susceptible de fédérer le corps social. La voix des leaders religieux est écoutée dans la mesure où elle contribue à la rhétorique patriotique. La relation très profonde que Vladimir Poutine entretient avec l'archimandrite Tikhon Chevkounov, supérieur du monastère de la Sainte Rencontre à Moscou et membre éminent de l'aile la plus conservatrice de l'Église orthodoxe, témoigne éloquemment de la conception du monde de l'ancien président. Pour une partie de la société, l'Église orthodoxe russe est un lieu de certitude justement grâce à son refus de se tourner vers la modernité, porteuse par essence de doute. Par son traditionalisme, sa vision autoritaire des rapports sociaux, son conformisme moral et politique, elle est, avec l'armée, l'institution qui est la plus susceptible de redresser le sentiment ambiant de déchéance nationale.
L'Église orthodoxe au service de la puissance russe
Ces dernières années, l'Église orthodoxe est devenue (ou plutôt redevenue) l'un des acteurs importants de la politique étrangère de la Russie (14). Sans doute n'est-ce pas un hasard si l'Institut d'État des relations internationales de Moscou, qui collabore avec le département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou depuis 1996 (15), a annoncé la construction d'une église Saint Alexandre Nevsky auprès du bâtiment où il est installé. Le métropolite Kirill de Smolensk, à la tête de ce département, intervient régulièrement sur des sujets de politique internationale. Un exemple parmi d'autres : le 7 juin 2007, lors d'une conférence inter-religieuse à Cologne, il a fermement condamné l'installation en Europe d'un système de défense anti-missile américain. De même, la solidarité de l'Église orthodoxe russe avec l'Église orthodoxe serbe et son opposition résolue à l'indépendance du Kosovo font écho à la position du Kremlin dans les Balkans, et pourraient même en être un élément d'explication majeur.
Le caractère supranational de la religion orthodoxe en fait une ressource politique dans la gestion de ce que l'on appelle à Moscou l'« étranger proche » : l'immense majorité des Biélorusses et une bonne partie des Ukrainiens ne sont-ils pas, comme les Russes, des Slaves de tradition orthodoxe ? Dès lors, ne devraient-ils pas avoir, sous une forme ou sous une autre, un destin commun ? Une rhétorique qui joue indéniablement un rôle dans la définition de la politique russe à l'égard de ses deux voisines.
La réunification de l'Église orthodoxe russe et de l'Église orthodoxe hors frontières, quant à elle, a été présentée par Vladimir Poutine comme une « condition indispensable à la restauration de l'unité perdue de l'ensemble du monde russe, dont l'un des fondements spirituels a toujours été la foi orthodoxe ». Elle est également l'un des signes du retour au premier plan de la puissance russe. La réconciliation des deux Églises offre au Kremlin l'occasion de tourner la page du passé anti-religieux du pouvoir soviétique et de la « guerre civile », le peuple étant désormais « réunifié ». Cette unité retrouvée prévaut désormais sur la nécessité de distinguer bourreaux et victimes, collaborateurs et opposants, considérée par les quelques défenseurs des droits de l'homme comme la condition indispensable de l'accès à la démocratie.
Les intérêts de l'État rejoignent ceux de l'Église. Face au défi de la globalisation et de l'unipolarité, l'Église orthodoxe, opposée à la prépondérance américaine, met en avant un modèle de cohabitation et de dialogue des civilisations, et soutient l'idée avancée par le pouvoir politique d'un monde multipolaire.
Le patriarche Alexis II a ouvertement exprimé cette position : « À une époque où les États et les peuples sont de plus en plus interdépendants, notre pays ne peut pas rester en dehors des processus européens et mondiaux. Au contraire, nous devons être l'un des pôles du monde, l'un des centres de prise de décision. Dans le même temps, la Russie doit rester elle-même ; elle doit préserver les valeurs de sa civilisation millénaire. L'Église orthodoxe russe et la diplomatie russe doivent oeuvrer ensemble pour un monde multipolaire, multiculturel, juste et libre. Nous participons ensemble à l'élaboration des normes mondiales qui doivent permettre la création d'un système harmonieux de relations internationales » (16).
Le retour d'une norme unique
- La réémergence du magistère moral de l'Église
Pour pallier l'absence d'esprit civique, les pouvoirs publics mobilisent de plus en plus le message religieux. La religion est à présent une norme sociale dictée, comme jadis l'idéologie communiste, par les élites et véhiculée par les médias. La morale se désécularise : les institutions religieuses, au premier rang desquelles l'Église orthodoxe, sont désormais considérées comme les seules garantes de l'ordre moral dans une société rongée par la corruption. Sergueï Mironov, toujours lui, a ainsi proposé en février 2008 un projet de loi visant à créer un Conseil auquel participeraient des représentants de l'Église orthodoxe, qui serait chargé de veiller à la moralité des programmes de télévision ; et l'Église est appelée à contribuer à la politique nataliste à travers sa campagne contre les avortements : en 2006, dans une ville de l'oblast de Sverdlovsk, les femmes désireuses d'avorter devaient préalablement avoir un entretien avec un prêtre orthodoxe (17).
Dans ce contexte favorable à ses vues, l'Église s'est lancée dans une vaste opération de (re)conquête. Elle n'hésite plus à revendiquer une position dominante dans la société et affirme désormais que la Russie est un « pays orthodoxe avec des minorités religieuses » - et non pas un « pays multinational et multiconfessionnel », selon la formule consacrée (18). Les Fondements de doctrine sociale - première tentative de la hiérarchie, en 2000, de formuler sa conception des relations de l'Église avec le monde - soulignent qu'« il ne faut pas comprendre le principe de la laïcité de l'État comme s'il s'agissait d'une éviction radicale de la religion de toutes les sphères de la vie du peuple... Ce principe suppose simplement une division des sphères de compétence entre l'Église et le pouvoir ». L'Église ne dit privilégier aucun régime politique mais rappelle que, « selon les enseignements de l'Église, le pouvoir n'a pas le droit de s'absolutiser et d'étendre ses frontières jusqu'à affirmer son entière autonomie à l'égard de Dieu » (19). S'appuyant sur le consensus existant au sein du pouvoir sur une nécessaire voie russe, elle contribue à définir de nouvelles catégories politiques. Ainsi, en 2005, et encore plus en 2006, le Congrès mondial populaire russe - instance de plus en plus écoutée par le pouvoir, et réunissant des élites politiques, économiques et religieuses - a mis à l'ordre du jour la redéfinition de notions comme les « droits de l'homme ». Le métropolite Kirill, vice-président du Congrès, remet à nouveau en cause le caractère universel du système de valeurs séculier, dont il rappelle qu'il est issu d'une culture spécifique : la pensée des rationalistes des Lumières. Reprenant à son compte l'idée que les civilisations doivent « cohabiter », il oppose à la conception occidentale des droits de l'homme, « au nom de la civilisation originale russe », une perception orthodoxe dans laquelle l'individu se définit avant tout par rapport au collectif : « L'individu, en réalisant ses intérêts, est appelé à les mettre en corrélation avec les intérêts de son prochain, de sa famille, de sa communauté locale, de son peuple et de l'humanité entière. Il y a des valeurs dont la place se situe au-dessus des droits de l'homme. Ce sont des valeurs telles que la foi, la moralité, le sacré, la Patrie. Lorsque ces valeurs et la réalisation des droits de l'homme entrent en contradiction, la société, l'État et la loi doivent concilier harmonieusement les unes et les autres. Il ne faut pas admettre des situations où la réalisation des droits de l'homme écraserait la foi et la tradition morale, amènerait à outrager les sentiments religieux ou patriotiques, les choses sacrées vénérées, menacerait l'existence de la Patrie. Nous voyons également un danger dans l'invention de droits qui légaliseraient des conduites condamnées par la morale traditionnelle et toutes les religions historiques » (20).
Le même Congrès mondial populaire russe a manifesté en août dernier son soutien à une « Doctrine russe », élaborée en 2005 par près de soixante-dix experts orthodoxes à l'initiative de la fondation « L'entrepreneur russe ». Cette doctrine proposait un plan de modernisation du pays sur la base « de valeurs morales et spirituelles, et d'une idéologie conservatrice ».
- Une laïcité en pointillé
La situation n'est cependant pas univoque. Les tenants de la laïcité n'ont pas dit leur dernier mot. La crainte du fanatisme demeure encore très présente dans des institutions comme l'école ou l'armée, profondément marquées à la période soviétique par la mentalité anti-religieuse propre à l'URSS. Et les débats autour de la question de l'enseignement religieux à l'école montrent à quel point un certain esprit laïque vit encore dans l'appareil d'État. Aux héritiers de l'athéisme s'ajoutent les défenseurs des droits de l'homme. Le 22 juillet 2007, dix académiciens ont publié une lettre ouverte à Vladimir Poutine dans laquelle ils affirmaient redouter une cléricalisation de la société russe ; une autre lettre ouverte, signée par 591 parents d'élèves et parue le 23 août, s'oppose à l'enseignement à l'école des Fondements de culture orthodoxe.
Mais la laïcité reste fragile. Celle-ci, nous dit Émile Poulat, auteur d'un important ouvrage sur la question en France, ne se réduit pas aux lois : elle est un « Zeitgeist » qui suppose une certaine « civilité des esprits et des moeurs », qui incite les gens à vivre ensemble malgré tout ce qui les sépare ; elle est « principe d'organisation publique d'une coexistence acceptable et acceptée par tous ». Elle se trouve aux antipodes de la pensée unique (21). La laïcité s'adosse à la modernité, où les droits priment sur les devoirs. Or, lors d'un sondage effectué en Russie en 2001 (22), les personnes interrogées étaient deux fois plus nombreuses à manifester de l'indifférence à l'égard des libertés du citoyen (liberté de conscience et de religion, de réunion, droit de parole) qu'à les défendre. Les jeunes n'étaient pas plus préoccupés par les problèmes de liberté que leurs aînés, et le niveau d'éducation n'influait que légèrement sur cette tendance générale.
La laïcité ne peut pas se penser en dehors de l'existence d'une société civile. Et dans la Russie post-communiste, cette société civile est encore balbutiante. Une illustration peut en être donnée par l'affaire qui a éclaté en janvier 2003 autour de l'exposition « Attention, religion ! », organisée au musée Andreï Sakharov de Moscou, lieu emblématique de la défense des droits de l'homme. L'exposition fut saccagée par une poignée de militants orthodoxes qui la considéraient comme sacrilège. Les conséquences de ce coup d'éclat ont révélé les limites de la liberté de conscience en Russie. Alors que le procès intenté contre ces religieux par le Centre Sakharov s'est terminé par leur acquittement, le directeur du musée, la conservatrice et l'une des artistes ont été inculpés d'« incitation à la haine religieuse » et d'« atteintes publiques à la dignité de groupes de la population selon des critères nationaux et religieux », en vertu de l'article 282 du Code pénal russe ; le directeur a été condamné à payer 2 800 euros d'amende (23). Dans une récente analyse de cette affaire (24), le chercheur Alexandre Agadjanian souligne à juste titre « l'absence de cadre institutionnel, légal et culturel permettant le développement d'une société civile et la régulation des expressions individuelles ». S'il existe en Russie un « espace sauvage de liberté » apparu dès l'effondrement de l'Union soviétique, il manque en revanche un espace public de débats, le pouvoir exerçant un contrôle accru sur l'ensemble de la société. Cette absence et la polarisation des expressions militantes sur un fond général d'indifférence, tant religieuse que politique, contribuent à la dé-sécularisation et à la radicalisation des positions des uns et des autres.
Sur un fond général d'indifférence
Dans ce contexte normatif, où athéisme et agnosticisme sont de plus en plus bannis de la sphère publique, on ne s'étonnera pas de l'augmentation régulière du nombre de personnes déclarant leur appartenance religieuse. D'après les sondages d'opinion, 60 % des Russes se disent orthodoxes, 4 % à 6 % musulmans, 1 % protestants, moins de 1 % catholiques et 0,2 % juifs. En revanche, le nombre de pratiquants réguliers est faible : on en compte environ 6 % parmi les orthodoxes. Lors d'une étude effectuée par le centre d'étude de l'opinion publique ROMIR en 2007, 88 % des personnes interrogées ont dit ne pas avoir respecté le jeûne du Carême. Ce décalage entre sentiment d'appartenance religieuse et pratique quotidienne incite le sociologue Boris Dubin à parler d'« identification simulée à un "nous" » (25). On observe, en particulier parmi les jeunes, des tendances proches de celles constatées en Occident : une forme de bricolage du sacré, qui passe notamment par l'intérêt porté à l'ésotérisme, à l'astrologie, à la magie. L'engagement religieux est souvent minimal - tout comme, d'ailleurs, les autres formes d'engagement.
Sur ce fond général se greffent néanmoins des poches de résistance où de nouveaux croyants, accompagnés de prêtres, souvent convertis de fraîche date, découvrent un mode de vie intégralement religieux, sans compromission avec le monde temporel. La religion permet à certains de trouver une place dans la société post-soviétique et à échapper à la marginalité sociale (26). Des « virtuoses religieux » oeuvrent dans le cadre de leur paroisse à la restauration d'une civilisation pleinement orthodoxe. Mais ces croyants restent souvent éloignés de leurs élites religieuses et, en particulier, du Patriarcat. Dans le domaine religieux aussi, la région prime le centre, et la paroisse l'éparchie.
Observant la scène mondiale, Peter Berger constate, dans des termes sans nuance, que « les groupes religieux dont les croyances et les pratiques dégoulinent de surnaturel réactionnaire (...) ont beaucoup mieux réussi [que ceux qui ont cherché à s'adapter] » (27). Pourtant, au vu des sondages, et même si les élites religieuses sont très visibles, il n'est pas certain que la religion orthodoxe « tienne » vraiment le corps social. L'influence de l'Église est avant tout discursive : son discours ne s'impose sur la scène publique que parce qu'il est conservateur et nourrit le nationalisme ambiant. L'engagement religieux, quant à lui, reste faible - et cela aussi à cause de ce conservatisme, d'un ritualisme peu compris et d'un clergé souvent mal formé.
La force de l'Église orthodoxe fait donc sa faiblesse. Sa rhétorique patriotique et morale, conjuguée à son lien millénaire à l'histoire du pays, lui assure le soutien de l'État et la sympathie de bon nombre de Russes. Mais elle est, pour l'heure, encore loin de retrouver le rôle fondamental qui lui était dévolu dans la Russie pré-révolutionnaire.
Notes :
(1) Cette Église a été fondée dans les années 1920 au sein d'une partie de la diaspora russe, à forte tendance monarchiste, hostile à l'Église de Moscou, jugée trop conciliante à l'égard du pouvoir soviétique.
(2) Celui-ci aurait, dans l'antichambre de son cabinet, un portrait de Nicolas II, le dernier tsar de Russie, exécuté en 1918 et canonisé en 2000.
(3) Cole Durham, « Secularity and laicity : contrasting visions of freedom, religion and the State », texte présenté à la Conférence sur la laïcité dans le monde et les expériences post-soviétiques, Centre franco-russe en sciences sociales et humaines, RGGU, Moscou, 27-28 octobre 2005. Pour être précis, rappelons que les Constitutions « séparatistes » peuvent soit interdire les religions et les Églises d'État, soit affirmer la séparation de la religion (de l'Église) et de l'État, soit encore proclamer le caractère laïque de l'État ; la Constitution de la Fédération de Russie comprend l'ensemble de ces points et en ajoute un autre, que l'on retrouve dans de nombreuses Constitutions : l'égalité des associations religieuses. La Constitution de 1993 consiste à protéger les Églises de toute ingérence du pouvoir ; elle ne mentionne aucune institution de contrôle.
(4) John D. Basil, « Church-State relations in Russia : orthodoxy and federation law, 1990-2004 », Religion, State and Society, vol. 33, n° 2, 2005, p. 154.
(5) A. Verhovskij, « Vlast' i religiâ v sovremennoj Rossii », 26 avril 2005 (http://religion.sova-center.ru/publications/4D646C9/5565861). Selon cet expert, la loi n'empêche pas les membres de ces groupes religieux de créer des centres ; en outre, une décision de la Cour constitutionnelle russe du 23 novembre 1999 limite l'application de la règle des quinze ans.
(6) A. Verhovskij, O. Sibireva, « Problemy realizacii svobody sovesti v Rossii v 2007 godu », 20 février 2008 (http://religion.sova-center.ru/publications/AA3B942/AA3BAD2).
(7) A. Verhovskij, O. Sibireva, « Problemy realizacii svobody sovesti v Rossii », 22 mars 2007 (http://religion.sova-center.ru/publications/8EA1CC7/8EA1EB3).
(8) Nikolaï Mitrokhin, « Un amour contrarié. L'Église orthodoxe et l'armée russes », in Anne Le Huérou et Elisabeth Sieca-Kozlowski (dir.), Culture militaire et patriotisme dans la Russie d'aujourd'hui, Karthala, 2008, pp. 95-96.
(9) A. Verhovskij, O.Sibireva, « Problemy realizacii svobody sovesti v Rossii », 22 mars 2007 (http://religion.sova-center.ru/publications/8EA1CC7/8EA1EB3).
(10) Voir les documents de l'association Memorial sur la fabrication de procès pour « extrémisme islamique ». La notion d'« islam non traditionnel » y est employée.
(11) Expression employée par Marie Mendras dans son article « La préférence pour le flou. Pourquoi la construction d'un régime démocratique n'est pas la priorité des Russes », Le Débat, n° 107, novembre-décembre 1999.
(12) Peter Berger, Le Réenchantement du monde, Bayard, 2001.
(13) Les deux hommes, anciens dissidents, comptèrent à la fin des années 1980 parmi les co-présidents du mouvement « Russie démocratique », qui fut le principal animateur de la transition vers la démocratie. À noter que Gleb Iakounine est un prêtre excommunié par l'Église orthodoxe russe et fondateur de l'Église orthodoxe apostolique.
(14) Tout comme certains mouvements protestants fondamentalistes prolongent la politique étrangère américaine.
(15) « Diplomaty projdut religioznuû praktiku », Kommersant, 1er avril 2005, consultable sur le site http://www.torkunov.mgimo.ru/pr_o01_04_05.php
(16) Visite d'Alexis II au ministère russe des Affaires étrangères, mars 2003.
(17) Mikhaïl V'jugin, « Rabota nad abortom », Vremja novostej, 8 décembre 2006.
(18) Voir les propos du métropolite Kirill, par exemple « Rossija - pravoslavnaja, a ne "mnogokonfessional'naja" strana », Radone?, 2002, n°8.
(19) http://www.mospat.ru/index.php?mid=90
(20) www.mospat.ru. Traduction française: REOR-Strasbourg (www.strasbourg-reor.org).
(21) Émile Poulat, Notre laïcité publique, Berg International, 2003, p. 21.
(22) Teodor Gerber, Sara E. Mendel'son, « Gra?dane Rossii o pravah ?eloveka, Monitoring ob?estvennogo mneniâ, n° 2, 2002, pp. 26-32 (sondage effectué du 17 septembre au 9 octobre 2001 auprès de 2 405 personnes).
(23) Cette affaire, et sa gestion par le pouvoir, mériterait d'être confrontée à celle des caricatures de Mahomet.
(24) « The Search for Privacy and the Return of a Grand Narrative : Religion in a Post-Communist Society », Social Compass, vol. 53, n° 2, juin 2006, pp. 169-184.
(25) Boris Dubin, « Un "fardeau léger". Les orthodoxes dans la Russie des années 1990-2000 », Revue d'études comparatives Est-Ouest, vol. 36, n° 4, 2005.
(26) Sonja Luehrmann, « Recycling Cultural Construction : Desecularisation in Post-Soviet Mari El », Religion, State and Society, vol. 33, n° 1, mars 2005, p. 52.
(27) Peter Berger, op. cit., p. 17.