Politique Internationale - La Revue n°119 - PRINTEMPS - 2008

sommaire du n° 119
LA PACIFIQUE, AVENIR DE L'HUMANITE
Article de Eugène BERG
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Le concept d'« Asie-Pacifique » a connu, au début des années 1980, une popularité sans précédent. Cette vaste zone, bordée par les principales puissances (États-Unis, Japon, Chine, URSS puis Fédération de Russie), devait alors devenir le « nouveau centre du monde » (1). Il est vrai que l'idée n'était pas nouvelle. Elle occupa une place éminente dans l'école géopolitique allemande, notamment dans les oeuvres de Karl Haushofer, et déjà Karl Marx, dans un article paru dans la Rheinische Merkur en 1848, l'avait pressentie. Quant à Bismarck, n'avait-il pas jeté son dévolu sur le vaste océan, appelé à remplacer à ses yeux l'Atlantique au cours du XXe siècle ? Ces conceptions, qui avaient alimenté la pensée de l'amiral Alfred T. Mahan (1840-1914) et sa théorie du sea power, refleurissent périodiquement. Le retour du Pacifique au centre de l'échiquier mondial Aujourd'hui, le Pacifique n'a rien perdu de son importance. D'une part, parce que les États-Unis y concentrent de plus en plus de moyens militaires, non seulement à Honolulu, siège du puissant PAFCOM (2), mais aussi à Guam, destiné à devenir un point d'ancrage imprenable dans le cadre de la politique du « nouveau containment » de la Chine. D'autre part, parce qu'il demeure le lieu de la rivalité Chine-Taiwan, six des quatorze États insulaires membres du Forum des îles du Pacifique ayant reconnu l'île nationaliste. Le vice-premier ministre russe, Sergueï Ivanov, n'a-t-il pas déclaré, de son côté, le 6 avril 2007, que la flotte du Pacifique - la « FTO » - deviendrait bientôt la plus importante des cinq flottes russes (3) ? Bien des pays de l'hémisphère occidental se tournent vers leur façade Pacifique. Vancouver, dont la population asiatique augmente, s'y emploie résolument. Le doublement du canal de Panama répond à l'accroissement prodigieux des flux commerciaux qui traversent le Grand Océan. Quant aux pays d'Amérique du Sud, ils déploient tous des « stratégies du Pacifique », et pas seulement le Chili, possesseur de la mythique île de Pâques. Le Mexique a inauguré en novembre 2007 le port de Lazaro Cardenas tandis que le Brésil est sur le point d'achever sa route transocéanique qui reliera la ville d'Acre aux ports péruviens de la côte Pacifique (4). Au total, si l'on compte, via la France, la présence européenne, ce sont six des sept grandes puissances de l'avenir qui sont présentes dans le Pacifique et qui cherchent à y accroître leur influence (5). Mais de quoi parle-t-on ? Du Pacifique-Sud, de l'Océanie, de l'Australasie, des mers du Sud ? Toutes ces appellations véhiculent autant de représentations culturelles, géographiques ou géopolitiques. Dernière région du monde à être peuplée, dernière à être décolonisée (les derniers territoires sous tutelle américaine - Micronésie, Marshall - n'ont acquis leur indépendance que dans les années 1980), l'Océanie a échappé aux Océaniens eux-mêmes. D'où leur volonté de se réapproprier leur destin et de s'ancrer dans les courants de la mondialisation, sans pour autant aliéner leur riche culture et son tissu de relations sociales, basées sur la famille, le village, le clan, l'îlot. Le Pacifique a récemment accru sa visibilité au travers de diverses manifestations de portée internationale, dont l'une des dernières aura été la coupe du monde de rugby disputée en Franceà l'automne 2007, celle de 2011 devant être organisée enNouvelle-Zélande (6). Déjà, l'inauguration du Musée du Quai Branly, dont la section Océanie-Pacifique est certainement la mieux fournie et la plus originale, avait été le prélude à la réunion du deuxième sommet France-Océanie du 26 juin 2006. De son côté, la Commission européenne, dans le cadre de sa politique de coopération, avait présenté en mai de la même année une substantielle communication portant sur sa « stratégie Pacifique » - exercice qui n'avait jamais été réalisé auparavant. Le Pacifique, grand régulateur du climat mondial Avec ses 173 millions de km2, le Grand Océan couvrele tiers de la surface du globe (7). Il s'étire, dans sa plus grande largeur, des Philippines au canal de Panama, sur près de 17 500 km, soit la moitié de la circonférence de la Terre. Cet ensemble, divisé depuis le navigateur Julien Dumont d'Urville en Polynésie (multiples îles), Micronésie (petites îles) et Mélanésie (du grec mêlas, noir) se répartit à 40/60 entre le Nord et le Sud, d'où l'appellation de Pacifique-Sud, que l'on a longtemps utilisée pour le désigner. La majeure partie des territoires et de la population du Pacifique - un peu plus de 30 millions d'habitants (Australie et Nouvelle-Zélande comprises) - se situe au-dessous de l'Équateur. Cette remarque n'est pas indifférente. Le Pacifique-Nord est, en effet, la zone de déploiement de la puissance américaine (Californie, Hawaï, îles Marshall, Micronésie, Guam (8)) alors que la présence française se situe dans le Sud le long d'un axe Clipperton, Polynésie française, Wallis et Futuna, Nouvelle-Calédonie. Parsemé de 33 000 îles et îlots, le Grand Océan constitue une gigantesque machine thermique qui stocke l'énergie solaire et dissout près de la moitié du volume de CO2 émis par les activités humaines. Il détient certainement l'une des clefs de l'avenir du climat mondial par son aptitude à régler les courants, les masses d'air et les vents qui le traversent. Un « important changement de direction des courants équatoriaux », constaté lors de campagnes menées en 1999 et 2000, tendrait à mettre en évidence des changements significatifs dans le processus d'échanges thermiques entre l'océan Pacifique et l'atmosphère, vient d'annoncer l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Les derniers relevés montrent « des modifications dans le déplacement de courants intermédiaires et profonds. (...) Cette renverse implique une variation considérable dans le transport de masses d'eau de l'océan Pacifique équatorial, dont il faudra désormais tenir compte dans la compréhension des échanges océan/atmosphère et des variations du climat. » Bien d'autres phénomènes y sont concentrés, comme cette bande de 400 000 km qui entoure l'océan Pacifique, sur laquelle sont situés 90 % des volcans de la planète et où se produisent 80 % des séismes. Les États insulaires : isolement, exiguïté, absence de ressources, tyrannie de la distance Les États insulaires ont en commun d'être sortis de leur isolement géographique assez tardivement, vers la fin du XVIIIe siècle. D'abord à la faveur des voyages de découverte des navigateurs espagnols, néerlandais, britanniques et français ; puis au gré des rivalités coloniales des pays européens. Ils sont encore marqués, pour bon nombre d'entre eux, par les combats de la guerre du Pacifique qui a laissé des traces dans les esprits et sur leurs territoires (9). Aussi n'est-il pas étonnant que « l'émergence de la question nationale soit parvenue beaucoup plus tard dans le Pacifique-Sud que dans le reste du monde autrefois colonisé » (10). Par l'expression « Pacifique insulaire » on désigne généralement les 14 États indépendants ou associés de la zone hors Australie et Nouvelle-Zélande. Il s'agit des îles Fidji, du Vanuatu, de la Papouasie, de la Nouvelle-Guinée, de Kiribati, de Tuvalu, des îles Salomon, de Samoa (où le roi actuel ne sera pas remplacé), du Tonga (dernier royaume océanien dont le vieux monarque Toupou IV, sur le trône depuis 1965, s'est éteint en septembre 2006), de Nauru (l'île phosphatière qui a joui dans les années 1980 d'un des niveaux de vie les plus élevés du monde, aujourd'hui ruinée), des îles Cook, de Niue, des États fédérés de Micronésie (Yap, Pohnpei, Chuck, Kosrae), des îles Marshall et de Palau. Tous les États indépendants, pour certains depuis deux ou trois décennies à peine, sont représentés à l'ONU. Les îles Cook et Niue, qui sont liées par un accord de libre association avec la Nouvelle-Zélande, n'occupent pas de siège aux Nations unies. En revanche, la Micronésie, les îles Marshall et Palau, qui ont signé un accord de libre association avec les États-Unis, dit du « Compact of free association » en sont membres. Un certain nombre de territoires de la région vivent encore sous la tutelle de la Nouvelle-Zélande (Tokelau), des États-Unis (Samoa américaines, Mariannes du Nord, Guam et Hawaï, 50e État de l'Union) ou de la Grande-Bretagne (l'îlot de Pitcairn, dont le gouverneur est le Haut commissaire britannique à Wellington, compte 45 habitants répartis sur 47 km2, la plupart descendants des révoltés du Bounty (11)). Quant aux territoires français de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française, ainsi que de Wallis et Futuna, ils sont considérés comme « pays d'outre-mer », le dernier étant resté « territoire d'outre-mer ». Paysages paradisiaques, mer turquoise, sable fin, cocotiers, vahinés (12) : le Pacifique a toujours nourri l'imaginaire occidental. Ces clichés persistants favorisent le développement d'un tourisme haut de gamme fondé sur les croisières, les traversées à la voile, la plongée sous-marine et la pêche sportive ; mais les réalités locales sont tout autres. Le Pacifique insulaire apparaît comme une longue succession d'archipels situés en majorité au sud de l'équateur. Pas moins de 7 850 km séparent Palau des îles Cook, les deux pays situés aux extrêmes, le premier à proximité des Philippines, le second aux confins de la Polynésie française. Alors que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française se tiennent plutôt à la marge de cet ensemble, la première au sud, la seconde au sud-est, Wallis et Futuna occupent une position centrale, proche du royaume de Tonga dont ils partagent la langue. La Nouvelle-Calédonie est le plus proche voisin de l'Australie, à 1 350 km de ses côtes est, et de la Nouvelle-Zélande (13). Totalisant 527 375 km2, les 14 États insulaires n'atteignent pas la superficie de la France. À elle seule, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG), qui fait figure de géant avec 462 840 km2, couvre 87 % de l'ensemble. Suivent loin derrière les trois autres pays de l'arc mélanésien : îles Salomon (27 556 km2), Fidji (18 300 km2), Vanuatu (12 190 km2); puis Samoa (2 944 km2). Enfin, neuf États microscopiques dont la superficie est inférieure à 750 km2 : Kiribati (811) (14), Tonga (748), la Fédération de Micronésie (702), Palau (490), Niue (260), les îles Cook (240), les îles Marshall (180), Nauru (21,3) et Tuvalu (26) - ces deux derniers comptant parmi les plus petits États du monde. On retrouve les mêmes déséquilibres en matière démographique avec au total 7,2 millions d'habitants très inégalement répartis. L'arc mélanésien pèse de tout son poids avec 6,64 millions d'habitants, soit près de 92 % du total (Papouasie-Nouvelle-Guinée : 6 millions ; Fidji : 854 000 ; Salomon : 489 700 ; Vanuatu : 215 400). Suivent ensuite Samoa (186 000), Tonga (120 600), la Micronésie (111 200), Kiribati (100 000) et les îles Marshall (65 200). Enfin, cinq pays frôlent la barre des 20 000 habitants ou se situent nettement en dessous : îles Cook (21 600), Palau (20 500), Nauru (13 600), Tuvalu (11 850) et Niue (1 625). Le rapide accroissement démographique de ces pays, parfois à un rythme annuel de 2 % et plus, qui devrait se poursuivre pendant deux à trois décennies (mais auquel échappent les îles Cook et Niue dont les ressortissants vivent en majorité en Nouvelle-Zélande), engendre des problèmes de disponibilité d'espace, de ressources et d'emploi. La place de l'agriculture, handicapée par la pauvreté des sols et les fréquentes catastrophes naturelles (cyclones, tsunamis, tremblements de terre) devient de plus en plus marginale. L'essentiel de la richesse de ces pays demeure l'océan, dont l'exploitation se heurte cependant à la taille gigantesque des zones économiques exclusives (ZEE) et à la faiblesse des flottes de pêche nationales. Les droits de pêche octroyés à des navires coréens, japonais, américains, chinois ou taiwanais constituent l'une des principales sources de revenus aux côtés de l'aide internationale et des transferts des travailleurs (souvent des marins établis à l'extérieur). Le potentiel touristique important, commun à tous, est encore peu ou pas exploité, à l'exception notable des Fidji (qui captent à elles seules, avec plus de 550 000 entrées, la moitié des flux touristiques du Pacifique-Sud), des îles Cook, de Samoa et, dernièrement, du Vanuatu dont la fréquentation a augmenté de 19 % en 2007. Le développement se heurte encore à plusieurs obstacles : instabilité politique ou insécurité (Salomon, PNG, Vanuatu (15)) ; manque d'investisseurs ; isolement et insuffisance des liaisons aériennes ou maritimes. La Papouasie-Nouvelle-Guinée se distingue par ses richesses naturelles (or, argent, cuivre, hydrocarbures, gaz, nickel). Bien que sa mise en valeur ait été ralentie par le conflit de Bougainville et les particularismes régionaux, elle a enregistré en 2007 sa quatrième année de croissance consécutive avec le coup de pouce, il est vrai, de l'aide australienne d'un montant annuel de 240 millions de dollars, soit 20 % du budget national. Samoa, grâce à une stabilité politique qui a facilité la mise en oeuvre de réformes économiques, affiche elle aussi une croissance soutenue, la filière pêche ayant montré des signes de reprise (16). Quant aux Fidji, dont l'économie repose sur les secteurs en déclin du textile et du sucre, elles ont souffert du conflit persistant entre les deux communautés en présence : les Fidjiens de souche et les Indo-Fidjiens, majoritaires un moment, mais qui ont commencé à émigrer en masse après la série de coups d'État de 1987-2000, puis de décembre 2006 (17). Sur le plan des institutions, les États insulaires diffèrent de l'Océanie « européenne » (Australie et Nouvelle-Zélande) par leurs méthodes de gouvernement fondées sur le consensus (« the Pacific Way »), le respect des hiérarchies traditionnelles, un fort attachement aux Églises, une dispersion des affiliations et un localisme marqué, parfois teinté de favoritisme et de corruption. L'instabilité politique se concentre dans l'arc mélanésien - qui a connu des troubles récurrents (18) - et, dans certains cas, la violence voire l'anarchie conduisent à des situations proches de la guerre civile (PNG/Bougainville, Salomon). La forte natalité, associée à la baisse de la mortalité infantile et à l'allongement de l'espérance de vie, ainsi que la course à la modernisation, provoquent une pression accrue sur des ressources limitées. Le phénomène est aggravé par une urbanisation croissante, qui devrait atteindre 50 % de la population en 2020. Ces difficultés économiques fragilisent bon nombre des États insulaires et exacerbent les tensions ethniques et les litiges fonciers, avec pour résultat des crises politiques. L'augmentation des saisies de drogue et la présence accrue d'armes légères et de petit calibre (ALPC) sont le reflet de cette fragilisation. L'Australie, géant du Pacifique-Sud L'Australie et la Nouvelle-Zélande (75 % de la population ; plus de 90 % du PIB de la zone) ont resserré leurs liens en créant, en 1983, un marché commun, complété en 1993 par des dispositions concernant la libre circulation des travailleurs. Ils sont les seuls États indépendants - avec, à terme, la PNG et les Fidji - à pouvoir envisager de tirer parti de la croissance asiatique. D'où l'importance de leur « Look North Policy ». Du fait des contingences géographiques, un partage des tâches s'est instauré entre l'Australie (proche de la Mélanésie) et la Nouvelle-Zélande (située dans le triangle polynésien (19) auquel se rattachent les Maoris). Les divergences qui s'étaient manifestées entre les États insulaires et l'Australie sur les questions de l'immigration, du terrorisme et du blanchiment d'argent sous le gouvernement libéral conservateur de John Howard devraient en grande partie être levées par celui du travailliste Kevin Rudd qui a annoncé un net changement d'orientation à l'égard des pays insulaires. L'Australie pèse de toute façon d'un poids prépondérant dans la région par le volume croissant de sa coopération, son statut de premier partenaire commercial et de premier investisseur, la présence de 13 000 nationaux et l'étendue de son réseau diplomatique. Après la phase de décolonisation, Canberra avait pris ses distances vis-à-vis de son « pré carré » afin d'éviter de prêter le flanc aux accusations de néocolonialisme. Cette situation avait changé à partir de l'intervention au Timor oriental en 1999 (20). L'Australie estima alors qu'elle avait des responsabilités particulières dans le Pacifique-Sud. Elle voulait éviter le développement de zones de non-droit qui pouvaient servir de bases au terrorisme international ou au crime organisé et provoquer un afflux migratoire. Cette préoccupation était alimentée par le sentiment d'un relatif désengagement de la communauté internationale, absorbée après le 11 septembre 2001 par d'autres priorités. Le retrait britannique de la Communauté du Pacifique (CPS), début 2005, en a été l'illustration. L'Australie entretenait ainsi d'importants contingents policiers et militaires de maintien de l'ordre, de stabilisation et de reconstruction dans plusieurs points chauds de l'Océanie occidentale, dont le Timor oriental et les îles Salomon, où elle a pris en 2000 la direction de l'opération RAMSI (Regional Assistance Mission for the Salomon Islands) (21). Le gouvernement de Kevin Rudd s'est d'emblée montré plus réceptif aux demandes des pays insulaires, notamment sur le terrain du réchauffement climatique. Le 3 décembre 2007, au lendemain de sa prestation de serment, le nouveau premier ministre a fait ratifier le protocole de Kyoto (22). Canberra a également annoncé l'abandon de la « solution du Pacifique » qui consistait à placer en centre de rétention, à Nauru et sur l'île de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les demandeurs d'asile tentant d'entrer illégalement en Australie par la voie maritime. Reste à voir comment seront mises en oeuvre les dispositions de l'accord de coopération militaire que John Howard (23) a signé à Tokyo le 13 mars 2007 avec son homologue japonais Shinzo Abe. Ni traité de défense mutuelle ni pacte de défense collective, ce texte ne prévoit qu'un échange d'informations entre services de renseignement, une assistance mutuelle en matière d'opérations humanitaires, de contre-terrorisme, de catastrophes naturelles et de protection des voies maritimes ainsi qu'une coopération accrue pour des missions de maintien de la paix. La Nouvelle-Zélande, un partenaire bienveillant  D'une superficie totale de 270 500 km2, soit plus que la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande possède la quatrième ZEE du monde : outre ses deux îles principales (l'« île fumante » au nord et l'« île de jade » au sud), elle englobe une poussière d'îles et d'archipels, tous décalés vers le sud à l'exception des îles Kermadec, à cheval sur le 30e parallèle. Wellington exerce par ailleurs une administration directe sur Tokelau (10,12 km2 ; 1 430 habitants) dont les quelque 600 électeurs ont récemment rejeté par deux fois, en février 2006 et en octobre 2007, l'option de l'indépendance qui aurait fait de l'île le plus petit État du monde ; ainsi que sur une portion de l'Antarctique : la dépendance de Ross. Niue (260 km2 ; 1 625 habitants) et les îles Cook (240 km2 ; 21 600 habitants) bénéficient, pour leur part, d'un statut d'indépendance-association. Le bannissement des navires à propulsion atomique équipés d'ogives nucléaires des ports néo-zélandais - mesure décrétée par le gouvernement travailliste en 1985 - a valu à Wellington d'être expulsé de l'ANZUS. Depuis, la Nouvelle-Zélande s'est notablement rapprochée des États-Unis, qui ne la considèrent pourtant pas vraiment comme un « allié » mais comme un simple pays « ami ». Il est vrai que le gouvernement néo-zélandais a réduit ses dépenses militaires d'un tiers, renoncé à maintenir une flotte aérienne de combat et refusé de se doter d'une troisième frégate. L'armée néo-zélandaise est de plus en plus conçue comme une force destinée aux seules opérations de maintien de la paix. Face aux critiques qui lui étaient adressées par son voisin australien, le gouvernement d'Helen Clark a néanmoins fini par envoyer un régiment de forces spéciales en Afghanistan, ainsi qu'une frégate et un avion de surveillance dans le Golfe dans le cadre de l'opération « Enduring Freedom » - et cela, bien qu'il fût opposé à la guerre en Irak. Wellington s'est par ailleurs engagé résolument aux côtés de Canberra dans les opérations régionales de maintien de la paix à Timor Leste en 1999 et aux îles Salomon en 2004. L'engagement pris par Helen Clark de porter les dépenses militaires à 2,8 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie a contribué à réchauffer ses relations avec la Maison Blanche où elle s'est rendue en mars 2007. Conscients des risques régionaux, les Néo-Zélandais ont décidé de recentrer leur aide au développement sur le Pacifique-Sud, avec pour objectif de « réduire la pauvreté ». L'intérêt croissant porté par les États-Unis au Pacifique Les États-Unis n'ont jamais baissé la garde dans le Pacifique où ils disposent d'un chapelet d'îles : autant de points de relais, de postes d'observation et de surveillance, en particulier des mouvements de sous-marins. Depuis plus de deux décennies, c'est là qu'ils procèdent à leurs tests de missiles antimissiles : tirés à partir de la base californienne de Vandenberg, les engins sont interceptés par des lanceurs déployés sur la base de Kwajelein, située aux îles Marshall. Édifié à Ebeye, le « Ronald Reagan Ballistic Missile Defense Test Site » abrite en permanence près de 3 500 techniciens. Après une période de retrait, consécutive à la fin de la guerre froide, les Américains manifestent un regain d'intérêt pour la région en raison de l'instabilité croissante et de l'aggravation des risques liés aux trafics en tout genre. La crainte de se retrouver isolés sur des dossiers chers aux États insulaires (environnement, protocole de Kyoto, désarmement nucléaire) a également joué un rôle. Certes, ils concentrent d'abord leur attention sur Guam (24) où sont prévus d'importants travaux d'extension des installations militaires à hauteur de 2 milliards de dollars, en prévision d'un éventuel conflit dans le détroit de Taiwan. Mais leur intérêt ne s'arrête pas là. En mars 2007, le Département d'État proclamait 2007 « Année du Pacifique », laissant entendre un engagement plus direct vis-à-vis de cette vaste zone (25). Une conférence des dirigeants océaniens s'est tenue du 7 au 9 mai 2007 à Washington et a réuni vingt chefs d'État et de gouvernement, présidents de territoires et gouverneurs. Glyn Davies, secrétaire d'État adjoint américain, précisa à cette occasion qu'il s'agissait principalement d'« étendre l'engagement et de corriger l'impression selon laquelle les États-Unis se seraient retirés du Pacifique » (26). Il a également été question de la guerre diplomatique que se livrent depuis plusieurs années la Chine populaire et Taiwan (27). « Nous redoutons que cette concurrence entre la Chine et Taiwan sape la bonne gouvernance (dans le Pacifique) », n'a pas hésité à déclarer le responsable américain. Le 16 avril 2007, les États-Unis, le Japon et l'Inde ont conduit des exercices navals dans la péninsule de Boso (Japon central). Quatre destroyers de la Force navale d'autodéfense, trois navires de guerre de la Marine indienne ainsi que deux destroyers Aegis de l'US Navy ont participé à un exercice de six heures destiné à tester leur système de communication et à améliorer leur capacité de communication et d'interopérabilité. Bien qu'il fût relativement limité, ce premier exercice naval combiné visait bien à envoyer un message à Pékin. Un porte-parole indien a tenu à rappeler que son pays restait une puissance neutre et qu'il ne devait en aucun cas être considéré comme s'associant à une stratégie destinée à contenir la Chine. Pourtant, le fait que Delhi ait participé à cet exercice, dans une zone qui ne fait pas partie de ses intérêts vitaux, n'a pas échappé aux observateurs. Surtout, cette opération intervenait deux mois après que le vice-président Dick Cheney eut lancé l'idée d'une alliance de sécurité quadripartite réunissant les États-Unis, le Japon, l'Australie et l'Inde lors de son déplacement à Tokyo et à Sydney. Idée qui s'ajoute au désir américain de voir l'Otan nouer des partenariats durables avec les pays du Pacifique. Pour le moment, cependant, les États-Unis n'entretiennent qu'un seul porte-avions à plein temps dans le Pacifique occidental (28). Les grands enjeux du Pacifique et l'avenir de la planète Immense étendue parsemée d'une myriade d'îles coralliennes ou volcaniques, le Pacifique est le domaine par excellence des techniques de communication à distance. De multiples réseaux se mettent en place dans le principal centre urbain de chacun des États de la région qui concentre souvent plus du tiers de la population totale. Il s'agit de remplacer les liaisons par satellite devenues obsolètes et de répondre à l'augmentation du trafic (Internet à haut débit, transmissions de données...). Des câbles sous-marins par fibre optique remplacent progressivement les équipements existants. Plusieurs traversent la région du nord au sud (« Southern Cross »), mais la liaison est-ouest, qui concerne en priorité les territoires français, est encore mal assurée. À terme, Nouméa pourrait être mieux reliée à l'Australie, et la Polynésie à Hawaï (29). L'harmonisation et la coordination des transports régionaux (aériens et maritimes) restent vitales, non seulement pour des raisons de sécurité mais aussi pour assurer l'approvisionnement. Pour le moment, fonctionne un système à trois niveaux. Au sommet, Qantas (principale compagnie australienne) et Air New Zealand se partagent la plupart des liaisons internationales, la première en association avec Singapore Airlines. À l'échelon intermédiaire, Air Pacific, basée aux Fidji, et dont la majorité du capital est aux mains de Qantas (le reste se répartissant entre le gouvernement fidjien et quelques États insulaires) dessert les principaux pays pourvoyeurs de touristes (Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, États-Unis, Canada). À la base, enfin, la plupart des liaisons entre les îles sont assurées par des compagnies nationales qui subissent de plein fouet la concurrence des compagnies à bas coûts. Beaucoup ont déjà fait faillite (Air Kiribati, Air Tonga...). Des zones entières risquent donc d'être isolées. Car il ne s'agit pas seulement de transporter les touristes et les hommes d'affaires, mais les étudiants, les familles, les malades, les marchandises périssables : immense enjeu dont les coûts deviennent de plus en plus difficilement supportables pour les populations locales. Le Pacifique recèle de gigantesques ressources halieutiques, en particulier des grands thonidés. Plus de la moitié du thon consommé dans le monde, soit 1,5 million de tonnes par an en moyenne, provient du Pacifique, soit le tiers des exportations des États insulaires de la région. Or, comme partout, la surpêche et les méthodes de pêche industrielle, à la palangre ou à la senne, ont causé des ravages : le thon jaune et le thon obèse sont désormais des espèces en voie de disparition. Environ 90 % de ce thon sont pêchés par des flottes lointaines venant du Japon, de la Corée, de Taiwan, de la Chine, des États-Unis, des Philippines et de l'Union européenne. Or la région ne récolte, sous forme de licences, que 5 % des quelque 1,8 milliard d'euros que représente la valeur marchande de ce poisson. Pour lutter contre ces pratiques, les gouvernements français, australien et néo-zélandais ont annoncé, au début de 2006, la mise en place d'un dispositif de surveillance et de police maritime. L'une des pistes envisagées consisterait à créer des zones marines sanctuarisées, en particulier dans le Pacifique occidental (entre Palau, les États fédérés de Micronésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et l'Indonésie). Les questions environnementales (changement climatique, protection des océans, érosion des côtes, menaces sur les mangroves (30)) sont devenues, aux yeux des responsables océaniens, des enjeux majeurs. Pour mieux défendre leurs intérêts, ces pays se sont réunis avec ceux des Caraïbes au sein du groupe des petits États insulaires en développement (PIED) qui comprend 42 membres. Depuis une dizaine d'années, il n'est pas un archipel qui n'ait eu à subir un désastre cyclonique. L'élévation du niveau des mers fait craindre le pire pour certains États archipélagiques ou composés d'atolls, menacés purement et simplement de disparition. Les cas de Tuvalu, de Kiribati - ou même du Vanuatu où la population de l'île de Lateu a dû être déplacée pour cause de submersion - ont attiré l'attention de l'opinion publique mondiale sur les conséquences désastreuses des dérèglements climatiques (31). Il en va de même pour toutes les questions liées à la biodiversité. La richesse biologique des eaux qui bordent les îles est proprement stupéfiante, et commence à être mieux étudiée. Plus de 25 % des espèces de poissons connues dans le monde nichent autour des récifs coralliens qui ne représentent pourtant que 0,01 % de la surface des mers. Un quart des espèces aviaires menacées de la planète vit dans le Pacifique. À l'autre extrême, on trouve dans certaines îles basses ou atolls océaniens des « cool spots », c'est-à-dire des endroits pratiquement dénués de toute espèce endémique. C'est dire l'ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés les spécialistes de la conservation et du développement durable des écosystèmes insulaires dans le monde océanien. Aux enjeux d'ordre environnemental s'ajoute une dimension politique dans la mesure où cette biodiversité fait partie intégrante de l'identité des populations et des États insulaires du Pacifique-Sud. La coopération régionale dans le Pacifique Outre les organisations membres de la famille des Nations unies (Banque mondiale, Banque asiatique du développement (BAD), CESAP, PNUD...), le Pacifique compte deux grandes organisations de coopération régionales : la Commission du Pacifique-Sud (CPS), basée à Nouméa, rebaptisée Secrétariat général de la Communauté du Pacifique en 2000, qui regroupe 26 pays et territoires ; et le Forum des îles du Pacifique qui, outre l'Australie et la Nouvelle-Zélande, compte 14 États insulaires indépendants. Dès sa fondation en 1971, ce dernier s'est présenté comme l'unique instance de concertation politique et d'intégration commerciale de la région. Il s'est fait connaître par son opposition aux essais nucléaires et son soutien à la cause kanake en Nouvelle-Calédonie. Depuis cette époque, les choses ont bien changé : la France bénéficie désormais d'un statut de partenaire privilégié. Organisation largement informelle à l'anglo-saxonne, le Forum a attendu 2005 pour se doter de véritables statuts. Ses dirigeants ont décidé de créer plusieurs catégories de membres : membres à part entière, associés (destinée à la Nouvelle-Calédonie et à la Polynésie française) et observateurs (qui pourrait concerner à terme Wallis et Futuna). Ils assouplissaient ainsi leur attitude qui consistait à n'octroyer le statut d'observateur et a fortiori d'associé qu'aux seuls territoires ayant vocation à devenir indépendants. Pour mieux répondre aux défis de la globalisation et renforcer leur coopération dans des secteurs clefs, les responsables du Forum ont adopté le « Plan océanien » (Pacific Plan). Ce train de réformes, entérinées lors du sommet de Port Moresby en 2006, met en avant les notions de bonne gouvernance, de sécurité, de croissance économique, de développement durable et de stabilité et, plus généralement, de mise en commun des ressources. Des tentatives d'harmonisation et de rapprochement de ces différentes organisations sont actuellement en cours (32). A. V. Hughes, ancien administrateur britannique aux Salomon, appelé à titre de consultant par le Forum des îles du Pacifique, a ainsi suggéré de fusionner la CPS et le Forum au sein d'une Commission du Pacifique, calquée peu ou prou sur le modèle européen. Celle-ci pourrait offrir un « toit commun » regroupant les services des innombrables organisations spécialisées de la région : le PROE (Programme régional océanien pour l'environnement, basé à Apia) ; la SOPAC (Commission du Pacifique-Sud pour les sciences de la terre, basée à Suva) ; le Conseil du Pacifique-Sud pour l'évaluation de l'éducation ; l'Agence des pêcheries du Forum (FFA, basée à Honiara, aux îles Salomon) ; sans oublier des organisations proches des ONG, comme l'University of the South Pacific (USP), la Fiji School of Medicine ou le SPTO (South Pacific Tourism Organization). Au-delà de la diversité des situations, une conscience politique commune à l'ensemble des États océaniens s'affirme. Au sein du système des Nations unies, les États insulaires forment un groupe d'une douzaine de voix qui peut se révéler déterminant lorsqu'il s'agit de procéder à des choix importants ; ils sont, en tout cas, décidés à se faire entendre et à peser sur les décisions prises par la communauté des nations. La France, un partenaire clef du Pacifique-Sud Contrairement à son ancienne rivale maritime, la Grande-Bretagne, qui s'est retirée début 2005 du Secrétariat général de la Communauté du Pacifique et qui ne dispose plus dans la zone que du minuscule îlot de Pitcairn, la France s'affirme bel et bien comme une puissance du Pacifique. Elle y possède les « pays d'outre-mer », comme on les dénomme désormais : Nouvelle-Calédonie (33) et Polynésie française qui, par leur taille (4,8 millions de km2), leur population (1,7 million d'habitants) (34) et surtout leur ZEE (35) figurent parmi les pays les plus importants du Pacifique, hors Australie, Nouvelle-Zélande et Papouasie-Nouvelle-Guinée. S'y ajoute le territoire d'outre-mer de Wallis et Futuna, plus réduit en superficie (274 km2) et en population (15 300 habitants) (36). Tant à Nouméa qu'à Papeete, la France dispose de forces terrestres et maritimes non négligeables. Fortes chacune de près de 3 000 hommes, ces unités agissent au bénéfice des pays insulaires avec lesquels une coopération a été instituée depuis des années. La marine française participe de manière régulière aux exercices de surveillance qui réunissent la plupart des marines de la région. Cette présence est largement appréciée, car elle représente un élément de stabilité dans une zone où les menaces s'accumulent. En entretenant d'étroits rapports avec l'ensemble des pays du Pacifique et de ses organisations de coopération, Paris vise avant tout à assurer une meilleure intégration de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de Wallis et Futuna dans leur environnement régional. De ce point de vue, les choses ont bien changé depuis la période des essais nucléaires et du mouvement kanak. Désormais, la France apparaît comme le seul partenaire européen des pays du Pacifique - lesquels font appel à elle dans les forums internationaux pour toutes les questions liées à l'environnement et à la diversité culturelle. Une vingtaine de pays et de territoires océaniens ont répondu à l'invitation du gouvernement français qui a organisé à Paris, le 26 juin 2006, le deuxième sommet France-Océanie, le premier ayant eu lieu à Papeete en juillet 2003. Les participants ont annoncé leur intention de renforcer leurs liens dans les domaines du développement durable, de l'intégration régionale, de la protection de l'environnement et de la stabilité politique, le tout en s'appuyant sur une coopération approfondie entre la France, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Cette coopération remonte à 1992 : il s'agissait alors de porter secours aux populations insulaires frappées par des catastrophes naturelles. Son champ d'action s'est à présent étendu à la surveillance des eaux économiques, à la coopération militaire et à la santé publique (dans le cadre d'un projet baptisé « Préface »). Ce second sommet France-Océanie s'est déroulé en présence de Louis Michel, commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire. « L'Europe ne peut rester indifférente à l'avenir d'une région qui couvre un tiers de la surface de la Terre et abrite des trésors écologiques inestimables. Elle veut vous aider à construire un Pacifique écologiquement préservé. Un Pacifique d'harmonie et de stabilité. Un Pacifique de prospérité qui trouve sa place dans la nouvelle économie mondiale », a souligné le président Jacques Chirac. Un troisième sommet est prévu pour 2009. La France s'est, entre autres, mobilisée pour la sauvegarde des récifs coralliens du Pacifique qui figurent parmi les plus vastes et les plus beaux du monde (Grande barrière de corail, lagon de Nouméa...). Ce patrimoine est menacé par le changement climatique (l'élévation des températures conduit à un blanchiment des coraux), mais aussi par les activités humaines de proximité (tourisme, pêche, effluents). En 2004, Paris a lancé une initiative pour la protection et la gestion durable des récifs coralliens dans le Pacifique dite « CRISP » (Coral Reef Initiative for the South Pacific). Son objectif ne consiste plus seulement à préserver l'avenir de ces milieux naturels, mais aussi celui des communautés qui en dépendent. Cette action exemplaire repose sur l'intervention de plusieurs partenaires, en majorité des ONG environnementalistes d'envergure internationale comme Conservation international (CI), le World Wild Life Fund (WWF) et l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Piloté par l'Agence française de développement (AFD), le projet dispose d'un budget global de 8,7 millions d'euros et s'étalera jusqu'à fin 2008. Des partenariats ont également été noués en matière de recherche avec l'IRD (Institut de recherche pour le développement), l'École pratique des hautes études (EPHE) en association avec le CNRS, l'Université de Polynésie française (UPF) et l'Université du Pacifique-Sud (USP, basée à Suva, capitale des Fidji). Une initiative similaire a été lancée en matière de gestion des déchets - un problème vital pour ces îlots de quelques kilomètres carrés, où depuis deux ou trois décennies carcasses de voitures, ferrailles, bateaux, huiles usagées et ordinateurs s'entassent sans que personne n'ait les moyens de les éliminer (37). Au-delà du mythe du chevalier de Bougainville, qui vit dans l'île de Tahiti le jardin d'Eden (38) ou du souvenir de la « maison du jouir » chère à Paul Gauguin, le Pacifique suscite aujourd'hui un nouvel intérêt. Certes, le romantisme de ces lieux magiques n'est pas près de s'évanouir. L'année 2008 n'est-elle pas celle du 220e anniversaire de la mort de La Pérouse (39), dont l'expédition disparut au large de l'île de Vanikoro, au Vanuatu ? Mais l'important n'est plus là : la région détient, en effet, la solution de plusieurs problèmes majeurs de la planète. Fort d'une biodiversité et d'une richesse linguistique unique au monde (il totalise la moitié des 6 000 langues recensées par l'Unesco), le Pacifique apparaît comme l'un des plus grands, sinon le plus grand « bien commun de l'humanité ».
Notes :
(1) Vision toujours adoptée par Claude Chancel et Éric-Charles Pielberg dans La Façade asiatique du Pacifique, PUF, « Que sais-je ? », 2004. (2) Jusqu'à la décision récente de créer un commandement pour l'Afrique, la sphère d'influence du PAFCOM (Pacific Command) s'étendait de la côte Ouest des États-Unis jusqu'à la côte est de l'Afrique. Elle concernait plus de 50 % de la surface terrestre de la planète (169 millions de km2) et à peu près 60 % de la population mondiale répartis en 43 pays. 40% du commerce global des États-Unis sont concernés par le PAFCOM. (3) Voir : Laure Castin, « Actualité et politique navales de la Russie », Planète océane, sous la direction de Jean Guellec et Pascal Lorot, éditions Choiseul, 2007. (4) La Transocéanique aura une longueur totale de 2 600 km, dont 1 000 km en territoire péruvien, pour un coût de 700 millions de dollars. (5) États-Unis, Russie, Japon, Chine, UE, Brésil. Seule l'Inde en est absente. (6) Pour le seconde fois, la Nouvelle-Zélande ayant hébergé la première édition en 1987. (7) Selon les auteurs et les époques, la superficie du Pacifique a varié entre 170 et 180 millions de km2 selon que l'on y incluait ou non certaines mers adjacentes. En tout cas, elle dépasse l'ensemble des terres émergées (169 millions de km2). (8) L'examen attentif d'une carte indique que la puissance américaine dispose le long de cet axe d'un chapelet d'îles (Baker et Howland, Jarvis, Johnston, Midway, Palmyre, Wake) qui ont certes perdu de leur importance du fait des vols transcontinentaux mais qui demeurent d'utiles point d'appui, d'observation et de contrôle. (9) Jean-Pierre Doumenge, « Évolutions géopolitiques et stratégiques du Pacifique insulaire à l'orée du XXIe siècle », Géostratégiques, n° 4, avril 2001. (10) Éric Wittersheim, « Des sociétés dans l'État », in Anthropologies et situations post-coloniales en Mélanésie, Aux lieux d'être, 2006. (11) Après s'être mutinés aux larges des îles Tonga, en 1789, ils gagnèrent, sous la conduite de leur chef, Christian Fletcher, l'île excentrée de Pitcairn où ils firent souche. Ils n'ont été retrouvés qu'en 1808. (12) « L'Océanie est notre réservoir à chimères », dit l'ethnologue Roger Boulay auteur de Kannibals et vahinés, éditions de l'Aube, 2000. (13) Les cartes des pages 157 à 163 de l'Atlas géopolitique des espaces maritimes de Didier Ortolland et de Jean-Pierre Pirat (éditions Technip) fournissent un dessin très précis de ces espaces maritimes. (14) Kiribati a défrayé la chronique durant l'été 2007 lorsqu'un navire battant son pavillon, mais dont le propriétaire était basé aux îles Marshall, l'Ocean Jasper, fut à l'origine du naufrage du Solike dans le rail d'Ouessant. (15) Du fait de la dispersion de ces États en de nombreux archipels, souvent dotés d'identités marquées, le pouvoir central a eu du mal à étendre son autorité sur les territoires éloignés, en proie parfois à des violences, comme chez les jeunes Rascals des montagnes en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Au Vanuatu, les vieux conflits entre anglophones et francophones se sont traduits par une instabilité gouvernementale. (16) La tenue des Jeux du Pacifique-Sud, en 2007, a entraîné de fortes retombées économiques. (17) Dans le dernier IDH (indicateur de développement humain) des Nations unies, Samoa figure d'ailleurs au premier rang des micro-États (mais au 73e rang mondial), suivi des Fidji (91e). Viennent ensuite les îles Salomon (126e), la Papouasie-Nouvelle-Guinée (135e). Le classement par PIB est révélateur du sous-développement de la région. Les Fidji occupent la première place (85e rang mondial), suivies des États fédérés de Micronésie (106e), de Tonga (107e), de Samoa (109e), du Vanuatu (113e rang), de Tuvalu (127e), de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (139e), de Kiribati (144) et des îles Salomon (146e), Dans ce classement, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie occupent les 22e et 26e places. (18) Éric Wittersheim, Après l'indépendance, le Vanuatu, une démocratie dans le Pacifique, Aux lieux d'être, 2006. (19) Constitué de Hawaï, de la Nouvelle-Zélande et de la Polynésie, prolongée de l'île de Pâques à la base. (20) Voir : Maryvonne Nedeljkovic, « East Timor Australia Relationships », Rencontres australiennes, sous la direction de Pierre Lagayette, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2007. (21) Afin de mettre fin à la guerre civile larvée qui se prolongeait depuis quatre ans sur cet ancien protectorat britannique devenu indépendant le 7 juillet 1978, les 16 membres du Forum des îles du Pacifique décidèrent de soutenir à l'unanimité l'intervention d'une force multilatérale dirigée par l'Australie, forte de 2 200 hommes : 200 policiers et 200 soldats employés à des missions de combat, les 1 800 autres étant affectés au soutien logistique. (22) L'Australie ne contribue qu'à hauteur de 2 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. (23) Il a déclaré que son pays « n'a pas de meilleur ami et de partenaire plus fiable en Asie-Pacifique que le Japon ». (24) Intégration du QG de la 5e Air Force présente au Japon à la 13e Air Force basée à Guam. (25) Les États-Unis disposent, sur ce point, d'un notable avantage géostratégique. Ils contrôlent, en effet, la route circulaire du Pacifique-Nord qui mène de Seattle à Yokohama en jouxtant l'archipel des Aléoutiennes. Cette route offre des points de protection et de ravitaillement au sud de la mer de Bering. Cf. Jean Heffer, Les États-Unis et le Pacifique : histoire d'une frontière, Albin Michel, 1995. (26) Rappelons que l'aide américaine, en 2006, totalisait près de 190 millions de dollars, dont l'essentiel (150 millions) était consacré aux États océaniens « librement associés » (États fédérés de Micronésie, îles Marshall, Palau). (27) Cette rivalité constitue un autre aspect des rivalités de puissance : six États insulaires (îles Salomon, îles Marshall, Palau, Tuvalu, Kiribati et Nauru) entretiennent des relations diplomatiques avec Taiwan. Ils ont tenu, en septembre 2006, à Palau, un sommet multilatéral Taiwan-Océanie, sous la présidence du chef de l'État taiwanais Chen Shui-bian. (28) Rand Review, « Keeping the Pacific », printemps 2007. (29) La société Alcatel vient de remporter le marché de la liaison Hawaï-Polynésie française. (30) Dans un rapport rendu public le 31 janvier 2008, la FAO estime que 20 % de ces écosystèmes tropicaux ont été détruits depuis un quart de siècle. (31) L'agence nationale australienne de recherche scientifique CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation) a relancé, en octobre 2006, le débat concernant l'apparition, en Océanie, de « réfugiés environnementaux » qui seraient chassés, dans les années à venir, de leurs pays insulaires par la montée du niveau des océans - celle-ci étant causée par le réchauffement de la planète. Dans son dernier rapport sur la question, présenté lors d'un colloque en Australie, le climatologue de la CSIRO, Ben Preston, n'hésite pas à évoquer un « exode massif » de populations provenant des États insulaires océaniens les plus exposés en direction des grands pays de la région, dont en premier lieu l'Australie. (32) Jim Rolfe, « Beyond cooperation: towards an Oceanic community », Australian Journal of International Affairs, vol. 60, mars 2006. (33) Rappelons que le nouvel accord de Nouméa de 1998, qui fait suite aux accords de Matignon de 1988, prévoit une large autonomie ainsi qu'un référendum sur l'accession à l'indépendance entre 2013 et 2018. (34) Polynésie française : 4 200 km2, 260 400 habitants ; Nouvelle-Calédonie : 18 575 km2, 238 950 habitants. (35) Le domaine maritime français du Pacifique représente 71,8 % du domaine maritime français global, qui avec une ZEE de 10,176 millions de km2 est le deuxième du monde. Outre les ZEE de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française déjà citées, il convient de retenir celle de Wallis et Futuna (271 050 km2) et de l'îlot de Clipperton (425 220 km2). (36) La révision constitutionnelle du 28 mars 2003 a transformé l'archipel en « territoire d'outre-mer » (TOM). Il est depuis devenu une « collectivité d'outre-mer » (COM) régie par l'article 74 de la Constitution. (37) Le Fonds Pacifique a mis en place un programme régional avec l'AFD et le PNUE (Programme des Nations unies pour l'environnement). (38) Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde, édition critique par Michel Bideaux et Sonia Faessel, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2001. Voir aussi la très belle édition Bougainville et ses compagnons autour du monde 1766-1769, Imprimerie nationale, réimpression Actes sud, 2006. (39) Le Japon a célébré la mémoire du célèbre navigateur français. La Pérouse a découvert le détroit qui porte son nom et qui sépare Hokkaido de l'île de Sakhaline; C'est là que se développe le plus gros investissement énergétique russe.