Politique Internationale - La Revue n°128 - ÉTÉ - 2010

sommaire du n° 128
DANS LES COULISSES DU NOBEL DE LA PAIX
Entretien avec Geir LUNDESTAD
Secrétaire du Comité Nobel norvégien,
conduit par
Antoine JACOB
Journaliste
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Antoine Jacob - En octobre 2009, le prix Nobel de la paix était attribué au président Barack Obama. Cette décision déclencha une salve de critiques. Le Comité Nobel récompensait, en effet, un homme qui avait tout juste commencé à mettre en pratique la politique qu'il avait annoncée avant son élection et qui, de plus, venait d'envoyer des renforts en Afghanistan. Près d'un an plus tard, pensez-vous que le lauréat a démontré que ces critiques étaient injustifiées ?

 
Geir Lundestad - Nous avons eu de longues discussions avant de décerner le prix à Obama. Nous savions que de nombreux arguments plaidaient contre le choix du président américain. Beaucoup pensaient que cette initiative était prématurée. Mais si vous lisez attentivement le testament d'Alfred Nobel, vous verrez que le prix est censé récompenser des efforts effectués « dans l'année précédant » son attribution. Partant de là, Obama était notre homme ! Car, depuis son entrée en fonctions à la Maison-Blanche début 2009, il avait déjà marqué les relations internationales de son empreinte. Il avait changé l'approche américaine sur une série de dossiers : la diplomatie multilatérale ; les négociations sur le désarmement (et, en particulier, l'option zéro pour le désarmement nucléaire) ; une nouvelle politique en matière de changement climatique, etc. Il avait jeté les bases de réalisations importantes. Comme souvent, lorsque de telles bases existent, on espère toujours mieux. Or on commence à voir ce « mieux » se profiler, en particulier en ce qui concerne les relations avec la Russie et le contrôle des armements (1). Le Comité est donc globalement satisfait. En tant qu'historien, je sais qu'il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais les débuts sont prometteurs. 

 
A. J. - L'un des points mis en avant par le président du Comité Nobel, Thorbjørn Jagland (2), le jour de l'attribution du prix, concernait la nouvelle approche du président Obama vis-à-vis du Moyen-Orient. Dans ce domaine, n'est-on pas aujourd'hui encore loin des promesses affichées ?

 
G. L. - Absolument, ce qui prouve bien qu'il est très difficile d'obtenir des résultats instantanés, surtout dans cette partie du monde. Il est clair que le président américain ne peut pas, à lui seul, imposer la paix ! Il a besoin d'un minimum de soutien régional dans sa démarche. Mais attendons : Obama n'a pas abandonné, au contraire. Il reste dans le coup et il y aura certainement de nouveaux développements. Cela dit, ne nous voilons pas la face : le dossier est extrêmement compliqué. Israël n'a jamais eu un gouvernement conservateur aussi nationaliste et jamais les Palestiniens n'ont été aussi divisés.

 
A. J. - Jusqu'à quel point le président Obama pourra-t-il aller dans ses pressions sur Israël pour essayer d'améliorer les relations avec le monde musulman - une priorité qu'il a annoncée lors d'un discours désormais célèbre, prononcé au Caire le 4 juin 2009 ?

 
G. L. - Washington discute actuellement de l'opportunité de proposer son propre plan pour sortir de l'impasse. Si un tel plan est mis sur la table, ce qui est très plausible, les Israéliens - et les Palestiniens - écouteront certainement. Mais ensuite ? Il faudra rallier les différentes parties impliquées. Notamment en se montrant plus fermes vis-à-vis d'Israël. Obama a commencé à le faire, alors que nombreux étaient ceux qui s'attendaient à ce qu'il baisse les bras face à l'attitude du gouvernement israélien sur la question des colonies juives dans les territoires palestiniens. Il fera certainement monter la pression, mais il lui est impossible, comme pour tout président américain, de tenter quoi que ce soit qui donnerait le sentiment de compromettre la sécurité de l'État d'Israël. Cette réalité est souvent mise sur le dos du lobby juif. Mais elle s'explique aussi par le soutien dont Israël jouit, aux États-Unis, parmi les chrétiens. Et plus encore, par cette sympathie sous-jacente que le peuple américain éprouve vis-à-vis de cet État. Ce n'est pas la première fois que Washington donne des leçons aux autorités israéliennes, qui en ont désormais pris l'habitude... Un des conseillers de l'ex-président Jimmy Carter me racontait les négociations avec Menahem Begin à propos de deux nouvelles colonies juives. La Maison-Blanche avait souligné qu'elle ne saurait tolérer une telle initiative. Ce à quoi les Israéliens ont répondu : « Très bien, si c'est comme ça, nous en installerons quatre de plus ! »

 
A. J. - Il existe une autre inconnue concernant Barack Obama, sans doute plus préoccupante encore pour son image et sa crédibilité : l'Afghanistan. Ne s'agit-il pas là du talon d'Achille du président ?

 
G. L. - Comme il l'a dit dans son discours d'Oslo, le 10 décembre 2009, il n'est pas toujours possible d'aboutir à une solution pacifique. La guerre était déjà en cours lorsqu'il a pris ses fonctions. Et il est extrêmement difficile de négocier avec des gens comme les talibans ou les membres d'Al-Qaida...L'Afghanistan est le seul pays à avoir expérimenté un régime taliban, et cela pendant plus de cinq ans. Les Afghans n'ont pas aimé. Alors, comment se fait-il que les Américains et le président Hamid Karzaï ne parviennent pas à stabiliser la situation ? Il y a deux réponses. Primo, la présence militaire des États-Unis et de la coalition qu'ils dirigent est perçue comme une invasion étrangère - et Karzaï comme un dirigeant corrompu. Secundo, plus important encore, les Afghans attendent. La population ne veut pas s'opposer aux talibans si ceux-ci doivent l'emporter in fine. Les gens ont peur des représailles.

 
A. J. - Pour en revenir à la décision du Comité Nobel de récompenser un président qui envoie des renforts en Afghanistan, on a dit que ce choix était en contradiction avec l'esprit du Nobel de la paix. Qu'en pensez-vous ?

 
G. L. - Vous savez, on ne compte que très peu de pacifistes parmi les lauréats du Nobel. Il y en a eu, mais ils sont vraiment minoritaires. D'ailleurs, nul besoin d'être pacifiste pour recevoir cette distinction. Vous pouvez être un général ! Il y eut le général Marshall (1953), le général Rabin (1994) et d'autres. Et si le prix est décerné à un président des États-Unis, il y a de fortes probabilités pour que, quelque part sur le globe, son pays soit engagé dans des opérations militaires, y compris dans des guerres. Je le répète : l'an dernier, le Comité Nobel a voulu saluer l'approche globale du président Obama. Mais, parfois, la bonne volonté ne suffit pas, surtout quand le camp opposé n'est pas prêt à jouer le jeu.

 
A. J. - Faut-il en déduire que le Comité Nobel prend position dans des luttes idéologiques comme celle qui oppose les autorités américaines aux fondamentalistes musulmans ?

 
G. L. - D'une certaine manière, nous prenons toujours position ! Nous sommes contre ceux qui exploitent certaines valeurs « traditionnelles » pour mieux régner sans partage. Ces gens-là ne tolèrent pas les élections libres et démocratiques. Le Comité, lui, croit aux valeurs universelles et aux droits de l'homme ! Ceux-ci sont souvent perçus comme étant des valeurs occidentales. Soit. Dans ce cas, nous croyons aux valeurs occidentales ! Et nous l'assumons pleinement, même si nos décisions sont parfois controversées. Ce fut le cas, par exemple, en 1935, lorsque la distinction est allée à Carl von Ossietzky, qui était alors considéré comme l'un des principaux porte-parole de l'opposition à Hitler. Le Comité a voulu marquer sa désapprobation face à la politique du Führer. Lequel est entré dans une colère noire ! Deux des membres du Comité ont claqué la porte (3). Il y a eu aussi les prix décernés à Andreï Sakharov (1975), à Lech Walesa (1983), au Dalaï-Lama (1989)... Chaque fois, nous nous sommes clairement prononcés contre des régimes politiques. La controverse n'est pas une mauvaise chose, bien au contraire ! Si, au fil des décennies, le Comité Nobel n'avait pas eu le courage de prendre des décisions contestées, le prix ne jouirait que d'une infime parcelle du prestige dont, nous aimons à le croire, il bénéficie aujourd'hui. Pour en revenir à Obama, ce prix-là a été assez critiqué, je vous l'accorde. Surtout aux États-Unis, aussi bien à droite qu'à gauche, où l'on estimait qu'il venait trop tôt. Mais depuis, lorsqu'on demande aux Américains quel est le prix de la paix le plus important au monde, ils sont 10 % de plus que l'année précédente à répondre que c'est le Nobel... 

 
A. J. - Dans une tribune publiée le 23 décembre 2009 dans le quotidien norvégien Aftenposten, vous écriviez que « les droits de l'homme n'ont jamais été aussi forts qu'à l'heure actuelle. La Chine et la majorité des pays musulmans sont des exceptions ». Ces pays ne sont-ils pas des « exceptions » considérables, tant en termes de démographie que d'influence politique et économique ?

 
G. L. - Bien sûr, nous assistons tous à l'incroyable montée en puissance de la Chine. On nous a récemment reproché de ne pas avoir décerné de prix à un dissident chinois. Le problème, c'est qu'il est extrêmement difficile de trouver un dissident « nobélisable ». La dissidence est très divisée. Mais, rappelez-vous, nous avons déjà pris position en faveur des droits de l'homme en Chine en récompensant le Dalaï-Lama, en 1989. Quant au monde musulman, sa situation demeure globalement déprimante même si l'on décèle quelques signes encourageants  en Malaisie et en Indonésie ainsi que, dans une moindre mesure, au Pakistan, en Turquie ou au Liban. J'ai encore à l'esprit le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) de 2004. Le bilan était sombre : aucun des 22 pays de la Ligue arabe ne présentait un PIB par tête supérieur à celui de l'Espagne ; leur production industrielle était inférieure à celle d'Israël ; il n'existait pas une seule démocratie, à l'exception partielle du Liban ; aucune université de ces pays ne figurait parmi les cinq cents principales universités du monde... Là aussi, nous avons tenté de nous emparer du dossier des droits de l'homme dans le monde musulman : le prix de 2003 attribué à l'Iranienne Shirin Ebadi fut notre réponse. Mais il reste beaucoup à faire. 

 
A. J. - Le Dalaï-Lama vit en exil, Shirin Ebadi est inquiétée en Iran, la Birmane Aung San Suu Kyi (prix Nobel 1991) n'est pas libre de ses mouvements à Rangoun... De nos jours, le prix Nobel de la paix ne protège pas ses lauréats contre l'arbitraire des États...

 
G. L. - C'est exact, nous sommes bien conscients du fait que le prix Nobel de la paix n'est pas une baguette magique ! C'est avant tout un grand honneur. Un comité composé de cinq Norvégiens ne peut pas renverser le gouvernement chinois, iranien ou birman... Nous faisons ce que nous croyons être juste, c'est tout. Le prix décerné à Carl von Ossietzky n'a eu absolument aucune influence sur le sort de l'Allemagne. Mais, avec le recul, cette prise de position a été importante. 

 
A. J. - Le prix de 1994, attribué à Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, symbolise lui aussi les limites de ce genre de distinctions, aussi prestigieuses soient-elles...

 
G. L. - Absolument. Il n'est pas dans le pouvoir du Comité Nobel de faire la paix, au Moyen-Orient encore moins qu'ailleurs. Arafat, Rabin et Pérès ont été récompensés parce qu'ils tentaient de trouver une solution à la plus compliquée de toutes les questions internationales. Voilà deux peuples, les Israéliens et les Palestiniens, qui ont chacun d'excellentes raisons de revendiquer le même territoire. Les trois lauréats de 1994 ont essayé de débloquer la situation. Ils n'ont pas échoué sur toute la ligne, non ! Il y a eu des points positifs (4). Mais il y avait tant de gens hostiles au compromis qu'il est devenu impossible d'aller de l'avant. 

 
A. J. - Ce prix de 1994 reste l'un des plus critiqués de l'histoire du Nobel. Pour certains, Arafat, Rabin et Pérès n'auraient jamais dû le recevoir à cause des actes commis par le passé ou des principes dont ils se réclamaient. Jusqu'à quel point le Comité Nobel doit-il faire abstraction des violations des droits de l'homme et du droit international afin d'encourager un processus de réconciliation dont il n'est même pas sûr qu'il soit couronné de succès ? 

 
G. L. - C'est une question très épineuse à laquelle il n'y a pas de réponse facile. Arafat, Pérès et Rabin avaient, tous les trois, un passé contestable. Mais ils ont tenté de parvenir à un compromis. Ils ont réalisé des progrès. Et le Comité a eu entièrement raison d'encourager ces efforts. Malheureusement, nous sommes à nouveau dans une impasse. Soit dit en passant, le genre de dilemme auquel vous faites allusion apparaît régulièrement. En 1998, le prix est revenu à l'Irlandais John Hume. Parfait, mais fallait-il également l'attribuer à David Trimble (5) ? Prenez un cas encore plus emblématique : l'Afrique du Sud. Dans les années 1980, il était unanimement admis qu'il n'y avait pas d'issue et que, tôt ou tard, une guerre civile éclaterait. Finalement, elle n'a pas eu lieu. Le plus grand mérite en revient bien sûr à Nelson Mandela qui a reçu le prix en 2003. Mais aurait-il été juste de laisser de côté Frederik de Klerk ? N'a-t-il pas eu le courage d'abandonner le pouvoir, alors que la très grande majorité des Blancs redoutaient les conséquences d'une telle évolution? Je crois qu'on peut défendre tout le monde, y compris des personnalités qui, à un moment de leur vie, ont été « du mauvais côté de l'Histoire ». 

 
A. J. - Si vous passiez en revue la liste des  récipiendaires depuis 1901, diriez-vous que le Comité Nobel a pris des décisions qui, aujourd'hui, paraissent douteuses ou erronées ? 

 
G. L. - Les membres du Comité changent, et ils ne sauraient être tenus pour responsables des choix de leurs prédécesseurs. Un consensus se dégage cependant pour déplorer certaines omissions malheureuses. La plus éclatante concerne Gandhi, bien sûr, qui n'a jamais obtenu le Nobel. Le Comité s'était pratiquement décidé à le lui donner en 1948, quelques mois avant qu'il ne soit assassiné. Il aurait pu être récompensé à titre posthume, comme Dag Hammarskjöld en 1961 (6). Ce ne fut pas le cas et c'est très dommage. À titre personnel, je regrette aussi que des figures marquantes de la construction européenne n'aient pas été distinguées. N'avait-on pas, dans l'entre-deux-guerres, honoré les chantres de la réconciliation franco-allemande qu'étaient Aristide Briand et Gustav Stresemann ? Or l'Europe n'a pas seulement résolu le conflit franco-allemand ; elle a aussi permis de rapprocher les parties occidentale et orientale du continent et de rétablir la démocratie au Portugal, en Espagne et en Grèce.Le Comité Nobel a toujours été divisé sur tout ce qui a traità l'intégration européenne, à l'image de la Norvège elle-même (7)...

 
A. J. - Permettez-moi d'insister : le Comité s'est-il parfois trompé dans le choix de certains lauréats ? 

 
G. L. - Sans doute. Comprenez bien que, dans mes fonctions actuelles, je ne puisse pas vous dresser la liste du « Top 5 » des personnalités qui n'auraient peut-être pas dû recevoir le prix... J'aime beaucoup mon travail et j'ai l'intention de le conserver encore pendant quelques années ! Ensuite, peut-être pourrais-je me prononcer de manière plus précise sur le sujet. Mais, franchement, aucune erreur majeure ne me vient à l'esprit. Il est même remarquable que, depuis tant d'années, le Comité Nobel en ait commis si peu ! Parce que, croyez-moi, c'est très difficile d'attribuer un tel prix. Et, malgré quelques faux pas, nous pouvons nous targuer d'un bilan solide et respectable. Si cela n'avait pas été le cas, l'Oxford Dictionary of Contemporary History, que j'ai coutume de citer dans chaque entretien que j'accorde, ne dirait pas du prix Nobel de la paix qu'il s'agit du « world's most prestigious prize » ! Ces mots-là ne sont pas de moi...

 
A. J. - Malgré cette flatteuse définition, on entend régulièrement des voix s'élever pour demander le retrait du prix à tel ou tel lauréat. Pour quelle raison y êtes-vous opposé ?

 
G. L. - C'est tout simplement impossible ! Les statuts précisent explicitement qu'aucun prix ne peut être retiré. Nous ne perdons donc pas de temps sur une telle question. 

 
A. J. - Mais les statuts ne sont pas gravés dans le marbre, ils pourraient être modifiés...

 
G. L. - Oui, en principe, ils pourraient l'être mais personne n'y a intérêt. Il est déjà très compliqué de dresser chaque année une sélection de candidats et de se mettre d'accord sur un nom à l'unanimité. Imaginez les discussions sans fin que nous aurions si nous pouvions revenir sur nos décisions ! En outre, le regard qu'on pose sur les distinctions évolue avec le temps. Il serait vraiment fâcheux qu'un prix soit retiré à un moment donné et que, plus tard, parce que les mentalités ont changé, on se dise qu'il était finalement mérité... Non, franchement, cette hypothèse ne tient pas la route.

 
A. J. - N'a-t-on pas tendance à relire l'Histoire - et la liste des prix Nobel attribués par le passé - avec les lunettes, de plus en plus épaisses, du « politiquement correct » ?

 
G. L. - Oui, sans aucun doute, nous voyons tous la réalité à travers des lunettes déformantes. Permettez-moi de vous rappeler que le Comité Nobel est constitué de cinq Norvégiens. Je ne prétends pas qu'ils sont meilleurs ou plus lucides que les autres, mais cette composition comporte certains avantages pratiques. On nous a souvent suggéré d'internationaliser le Comité en y nommant des étrangers. Le débat resurgit chaque fois qu'un choix du Comité est critiqué. Par exemple, après le prix attribué en 1973 à Kissinger et à Le Duc Tho (8). Puis d'autres prix suivent, plus consensuels, et tout le monde oublie... Étant donné que ce sont les députés norvégiens qui désignent les cinq membres du Comité, ils continueront à choisir des compatriotes. Il existe plusieurs centaines de prix à travers le monde, et une bonne partie d'entre eux sont décernés par des jurys composés de personnalités de nationalités différentes. On me raconte souvent à quel point il est difficile d'organiser des rencontres entre des gens venus d'horizons aussi divers. Sans parler des critères de sélection... Durant la guerre froide, aurait-il fallu que le Comité Nobel comportât un membre d'un pays occidental, un autre des pays communistes, un troisième représentant les pays neutres ? Non, voyez-vous, le fait qu'il n'y ait que des Norvégiens est plutôt une bonne chose. 

 
A. J. - Ce parti pris ne présente-t-il pas quelques inconvénients ?

 
G. L. - Certes, il se pourrait bien qu'une certaine loyauté norvégienne vis-à-vis de la Grande-Bretagne soit l'un des facteurs qui explique la non-attribution du prix à Gandhi... Et c'est certainement à cause des dissensions sur l'Europe propres à la Norvège que la construction européenne n'a jamais été récompensée. Mais, dans l'ensemble, les valeurs et les principes fondamentaux norvégiens nous ont été d'une grande utilité. Nous adorons la médiation. Le pays a beau s'être rangé dans le camp occidental, il a tenté de bâtir des passerelles vers l'Est. Nous sommes un riche pays du Nord mais nous avons toujours favorisé le dialogue avec le Sud. Après avoir penché du côté pro-israélien par le passé, nous avons à présent une relation équilibrée avec les Israéliens et les Palestiniens. Nous sommes un mélange d'idéalisme et de réalisme. 

 
A. J. - Pour vous, le prix Nobel correspond donc à une façon typiquement norvégienne de voir le monde, ses conflits, ses enjeux...

 
G. L. - Absolument. D'une certaine façon, ce point de vue peut paraître très provincial... Mais, en fait, les valeurs fondamentales que nous tentons de promouvoir à travers le prix sont universelles : démocratie, droits de l'homme, justice sociale, désarmement, défiance envers les armes nucléaires, etc. 

 
A. J. - Cette vision est frappée au coin de l'idéalisme, voire d'un certain angélisme... D'où provient cette volonté norvégienne de contribuer à un monde meilleur ? 

 
G. L. - La Norvège a longtemps considéré qu'elle se devait de rester en dehors des conflits de pouvoir et des alliances entre États, un peu comme les États-Unis dans leur période isolationniste. L'explication est partiellement géographique. Perchés tout là-haut dans le Nord, nous parlons de l'Europe comme si nous n'en faisions pas partie. La Norvège a également une histoire particulière, tout comme l'Amérique. Lorsque celle-ci était une colonie, la Norvège vivait sous la tutelle du Danemark puis de la Suède. Les Norvégiens éprouvaient un vrai désir de paix. Ils souhaitaient ardemment se tenir à l'écart des guerres qui ravageaient le reste du continent européen. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le Suédois Alfred Nobel décida que le prix de la paix serait décerné par des Norvégiens. Lorsqu'il a rédigé son testament, dans les années 1890, cette volonté de paix était nettement plus présente en Norvège qu'en Suède. Le Parlement d'Oslo était plus intéressé par l'arbitrage, la médiation, le règlement pacifique des différends. 

 
A. J. - Les cinq membres du Comité Nobel sont désignés par les partis politiques représentés au Parlement en proportion de leur poids électoral. Ainsi, deux membres actuels sur cinq ont été nommés par le Parti travailliste du premier ministre Jens Stoltenberg ; un l'a été par les Socialistes de gauche ; un quatrième par le Parti conservateur ; et un cinquième par le Parti du progrès (FrP), formation populiste et xénophobe. L'attelage n'est-il pas difficile à conduire ?

 
G. L. - Nous n'avons jamais rencontré de problèmes majeurs. La cohabitation est même plutôt aisée. Les différences d'approche entre les membres du Comité sont nettement moins grandes qu'on peut le penser. Ce sont tous des Norvégiens, pour le meilleur et pour le pire... 

 
A. J. - Ce sont des Norvégiens... et surtout des Norvégiennes ! Actuellement, on compte quatre femmes sur un total de cinq membres. Cette sur-représentation a-t-elle un effet sur les méthodes de travail du Comité ?

 
G. L. - Bien sûr, l'intérêt pour les questions liées à la condition féminine est plus marqué qu'avant. Le Comité s'implique aussi davantage dans la recherche et l'identification de femmes candidates. Mais, jusqu'à présent, cela n'a pas eu d'impact déterminant sur le choix des lauréats (9). La ligne de partage entre membres du Comité ne passe jamais entre hommes et femmes. Sinon, nous aurions eu beaucoup plus de femmes récompensées... 

 
A. J. - Après l'annonce du prix au président Obama, en octobre 2009, des médias norvégiens ont affirmé que trois membres féminins du Comité Nobel s'étaient opposés à ce choix lors des délibérations préliminaires...

 
G. L. - Ces informations sont trompeuses. Des membres du Comité peuvent avoir plusieurs favoris au départ et se dire : « Je préfère celui-là, puis celui-là... » C'est naturel et cela ne porte pas à conséquence. Mais le Comité ne vote qu'une fois par an pour décider du choix du lauréat. Il n'y a jamais eu de vote préliminaire, au cours duquel des membres se seraient opposés à l'attribution du prix à Obama. Le seul et unique vote qui a eu lieu a été unanime : cinq voix pour, aucune contre. S'il y a bien une chose que je peux faire en tant que secrétaire du Comité, c'est m'assurer que les discussions soient ouvertes et qu'elles se poursuivent le plus longtemps possible. J'encourage les membres à écouter les arguments de leurs collègues et à lire toute la documentation disponible. 

 
A. J. - Au fil des années, le concept de paix a été interprété de manière de plus en plus large, au point d'inclure la lutte contre le changement climatique. Un débat animé vous a opposé, par articles de presse interposés, à Fredrik Heffermehl, qui vous accuse ni plus ni moins d'avoir trahi le testament d'Alfred Nobel (10). Comment voyez-vous cette évolution ?

 
G. L. - J'en suis très satisfait ! Mais, vous savez, le débat ne date pas d'aujourd'hui. Dans son testament, Alfred Nobel mentionne trois critères pour la sélection du ou des lauréats : il faut qu'ils aient oeuvré au mieux pour « la fraternité entre les nations, l'abolition ou la réduction des armées et la promotion des congrès pour la paix ». Tous les membres du Comité connaissent cette phrase par coeur. Mais dès la première année, en 1901, ces critères ont fait l'objet d'une interprétation élargie ! Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, fut distingué pour l'aspect humanitaire de son action - ce qui fut déjà considéré par certains comme un dévoiement (11)... La deuxième vague d'élargissement de la notion de paix a été liée à l'émergence des droits de l'homme. L'expression la plus frappante en est sans doute l'attribution du prix, en 1960, au Sud-Africain Albert John Lutuli, le président du Congrès national africain (ANC). Là encore, il y eut désaccords, débats, critiques. Aujourd'hui, tous les spécialistes de ces questions estiment qu'il existe une relation étroite entre paix et droits de l'homme. Certains se demandent désormais quelle est la relation entre l'environnement et la paix. Après avoir étudié le sujet de près, nous en avons conclu que ce lien était établi. Je suis persuadé qu'un consensus se dégagera sur ce point-là aussi. Lorsque la glace fond dans l'Arctique, de nouveaux différends territoriaux apparaissent. Il ne s'agit pas nécessairement de guerres, mais les modifications du climat peuvent nourrir des conflits potentiels. C'est le cas au Darfour, où la désertification a joué un rôle dans le déclenchement des hostilités. C'est également le cas au Bangladesh où, face à la montée des eaux, les gens quittent leurs terres par milliers et se réfugient en Inde. Je ne dis pas que l'environnement est la seule explication à ces phénomènes, mais c'est un facteur non négligeable. 

 
A. J. - Pensez-vous que si le concept de paix, tel qu'il a été défini dans le testament d'Alfred Nobel, avait été respecté à la lettre, le prix aurait l'impact qui est le sien aujourd'hui ? 

 
G. L. - Non, évidemment. Je suis même sûr du contraire. Si nous avions suivi la définition de Fredrik Heffermehl, le prix aurait dû être systématiquement accordé à des activistes de la paix dans son genre. Ce qui n'aurait concerné qu'un très petit groupe de personnes. Aucune d'entre elles n'est connue du monde extérieur. 

 
A. J. - Cela dit, certains des lauréats du Nobel n'étaient pas connus du tout avant d'être distingués. Je me rappelle avoir couvert pour l'Agence France-Presse l'annonce du prix en 1995, lorsque le Comité a récompensé Joseph Rotblat et le mouvement Pugwash (12)...

 
G. L. - Je m'en souviens très bien... Ce fut un choc pour les médias ! Je crois qu'aucun journaliste présent sur place n'avait entendu parler d'eux... C'est ainsi que les choses doivent être. Le prix doit aller aux personnalités célèbres et, de temps à autre, à des inconnus. Mais s'il n'était attribué qu'à ces derniers, nous aurions un problème. 

 
A. J. - L'an dernier, avec le président Obama, vous n'avez pas pris le risque de l'anonymat... Pensez-vous que l'immense écho médiatique suscité par ce prix-là explique le fait que le Comité ait reçu un nombre record de nominations pour le prix 2010 (237, dont  38 organisations) ? 

 
G. L. - Ce record est battu régulièrement, tous les deux ans en moyenne. Cette hausse, je l'interprète d'une manière favorable. Elle témoigne d'un intérêt grandissant pour le prix. Mais ce nombre reste très faible si l'on pense aux milliers de personnes qui ont la possibilité de proposer des candidats (13). La plupart d'entre elles ne savent pas qu'elles sont en mesure de le faire. J'espère que nous recevrons de plus en plus de propositions !

 
A. J. - Pourquoi les historiens doivent-ils attendre cinquante ans avant d'avoir accès aux archives du Comité et aux listes de nominations ? 

 
G. L. - Cette politique restrictive est malheureuse. En tant qu'historien, je trouve même que c'est une règle embarrassante. Nous avons essayé à de nombreuses reprises de ramener cette période à trente ans. Mais l'idée n'a pas recueilli l'assentiment des comités Nobel suédois. Or tous les prix Nobel ont des statuts communs. Il nous a donc été impossible de modifier cette règle. Mais au-delà des cinquante ans, l'accès est libre et total. Ainsi un chercheur a-t-il pu publier des travaux sur la question de savoir pourquoi Gandhi n'a pas reçu le Nobel. Un autre s'est penché sur ce qu'il est advenu du « système Nobel » durant la Seconde Guerre mondiale, alors que la Norvège était occupée par l'armée nazie (14).

 
A. J. - Quelques mots, pour terminer, sur l'utilisation du prix Nobel et de son aura par la diplomatie norvégienne. Pensez-vous que les autorités norvégiennes en font bon usage ? 

 
G. L. - La Norvège est un petit pays : il est rare que les membres du Comité Nobel et ceux du gouvernement affichent des positions divergentes. Que les autorités norvégiennes soient fières du prix, très bien. Il n'en demeure pas moins que nous sommes indépendants et que nos objectifs ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement. Il n'est pas inutile de le rappeler à l'occasion, comme en 1989, lorsque le prix a été accordé au Dalaï-Lama. Lors de sa visite à Oslo l'année précédente, le gouvernement norvégien avait promis de le recevoir mais, face aux protestations de la Chine,  personne n'avait osé le faire. Une fois distingué par le Nobel, tout le monde l'a accueilli à bras ouverts...

 
A. J. - Dans le même temps, le Centre Nobel de la paix, que vous avez fondé à Oslo en 2005, est dépendant de subventions publiques (15)... 

 
G. L. - La fortune d'Alfred Nobel ne peut pas être utilisée à d'autres fins que celles qui sont spécifiées dans son testament. Aussi, lorsque nous avons voulu créer un Centre de la paix, il nous a fallu trouver de l'argent ailleurs. Nous recevons à la fois des subventions du gouvernement et des dons du secteur privé. Nous sommes bien conscients que ce mode de financement prête le flanc à la critique, mais nous n'avons pas d'autre choix. Ce qui nous importe, c'est que le Centre fonctionne bien. Même si sa contribution à la paix dans le monde reste modeste, tous les efforts comptent.
Notes :
(1) Le 8 avril 2010, Barack Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev ont signé, à Prague, un nouveau traité visant à réduire d'environ un tiers les arsenaux nucléaires des deux pays. Ce traité Start-II succède à Start-I, conclu en 1991. Par ailleurs, Washington s'efforçait, en mai 2010, de préserver le traité de non-prolifération (TNP) des armes nucléaires, mis à mal par de nombreuses infractions. Peu après son arrivée à la Maison-Blanche, le président démocrate avait appelé de ses voeux un monde sans armes nucléaires. Concernant la Russie, il avait affirmé, lors de sa première visite à Moscou en juillet 2009, vouloir entamer un nouveau partenariat avec ce pays.

(2) Ancien premier ministre travailliste (1996-1997) et ministre des Affaires étrangères (2000-2001), Thorbjørn Jagland préside le Comité Nobel depuis janvier 2009, fonction qu'il cumule avec celle de secrétaire général du Conseil de l'Europe (depuis septembre 2009). Des médias et des personnalités politiques norvégiennes se sont interrogés sur la compatibilité entre ces deux postes. 

(3) Le choix de von Ossietzky fut perçu par une partie de la classe politique locale - y compris par des responsables ne pouvant être soupçonnés d'admirer le Führer - comme une entorse au principe de neutralité de la Norvège. Halvdan Koht, ministre des Affaires étrangères, et Johan Mowinckel, un ancien premier ministre, décidèrent alors de se retirer du Comité Nobel, pour éviter de mettre le gouvernement dans l'embarras face à l'Allemagne nazie. Cela ne suffit pas, puisque Hitler ordonna que les Allemands dorénavant distingués par le Nobel ne pourraient pas le recevoir. En 1937, le Parlement d'Oslo décida que les fonctions de membre du Comité et de ministre étaient incompatibles. 

(4) Négociés secrètement à Oslo, ces accords avaient établi un mode de négociation et un calendrier en vue de régler le conflit israélo-palestinien, passant par l'instauration d'une autonomie palestinienne temporaire. Ils avaient aussi permis la signature d'un traité de paix entre Israël et la Jordanie en 1994. 

(5) Avant d'obtenir le prix en 1998, le protestant David Trimble avait milité dans diverses organisations radicales opposées au partage du pouvoir avec des nationalistes en Irlande du Nord. Il avait notamment participé à une marche controversée de l'ordre d'Orange dans des quartiers catholiques de Portadown (interdite depuis 1997), main dans la main avec l'extrémiste Ian Paisley. Pour sa part, John Hume, nationaliste catholique, oeuvrait depuis plusieurs décennies en faveur d'un rapprochement entre les deux communautés, finalement scellé par les accords de Belfast conclus en avril 1998. 

(6) Le diplomate suédois, secrétaire général de l'ONU de 1953 à sa mort, fut le seul lauréat à avoir reçu le prix Nobel de la paix à titre posthume, après que son avion se fut écrasé en septembre 1961 en Rhodésie du Nord (protectorat britannique devenu depuis la Zambie). Depuis un changement de statut en 1974, cela n'est plus possible.

(7) La question de l'adhésion de la Norvège est l'une des plus controversées dans ce pays dont la population a dit « non » à l'Europe lors de deux référendums (1972 et 1994). De nos jours, le sujet est toutefois moins débattu, le royaume étant devenu une riche puissance pétrolière et gazière (cf. Antoine Jacob, « Norvège : le bonheur est dans le fjord », Politique Internationale, no 117, automne 2007). 

(8) Alors secrétaire d'État américain, Henry Kissinger a été récompensé en 1973, avec le Nord-Vietnamien Le Duc Tho, pour avoir négocié un armistice au Vietnam. Le choix de Kissinger est critiqué jusqu'à aujourd'hui, en particulier par le journaliste et essayiste britannique Christopher Hitchens, qui l'accuse, entre autres, d'avoir fait bombarder des populations civiles au Cambodge et au Laos. Cas unique dans l'histoire du Nobel de la paix, Le Duc Tho avait refusé le prix, en affirmant que son co-lauréat avait violé la trêve conclue et que la paix n'était pas atteinte. La guerre prit fin en 1975.

(9) Sur les 97 personnalités à avoir reçu le prix Nobel de la paix, douze sont des femmes. Deux d'entre elles ont été récompensées depuis que le Comité Nobel est composé en majorité de femmes : l'Iranienne Shirin Ebadi (2003) et la Kényane Wangari Maathai (2004). 

(10) Fredrik Heffermehl est un juriste norvégien au long engagement pacifiste, ancien vice-président du Bureau international de la paix (prix Nobel de la paix 1910) et de l'Association internationale des juristes contre les armes nucléaires. Dans un livre publié en 2008 en Norvège (Nobels vilje), il se fait le défenseur de « l'orthodoxie Nobel » en estimant que 45 % des prix attribués depuis 1945 ne correspondaient pas aux critères fixés par le Suédois dans son testament. Il regrette que les membres du Comité ne soient pas désignés parmi des experts de la paix et des conflits internationaux. 

(11) Le Suisse Henri Dunant reçut le prix conjointement à un Français, Frédéric Passy, le fondateur de la Ligue internationale et permanente de la paix - choix perçu, lui, comme plus conforme au testament de Nobel. 

(12) Physicien britannique d'origine polonaise (décédé en 2005), Joseph Rotblat avait créé le mouvement Pugwash (1957) pour sensibiliser l'opinion aux dangers de la bombe atomique, au développement duquel il avait contribué avant de prendre ses distances.

(13) Sont habilités à proposer des candidatures au Nobel de la paix : les membres des assemblées nationales et des gouvernements, les membres de cours internationales, les recteurs d'université, les professeurs d'université de sciences sociales, d'histoire, de philosophie, de droit et de théologie, les directeurs d'instituts de politique étrangère et de recherches sur la paix, les anciens lauréats du prix, les membres de conseils d'administration d'organisations ayant reçu le prix, les membres (en fonctions ou à la retraite) du Comité Nobel norvégien et d'anciens conseillers de l'Institut Nobel norvégien.

(14) Avant l'occupation de la Norvège par l'Allemagne (avril 1940-printemps 1945), le bâtiment de l'Institut Nobel, avec toutes ses archives, fut confié par les autorités norvégiennes à l'État suédois, officiellement neutre et non occupé par la Wehrmacht. Cette manoeuvre conféra au bâtiment le statut de représentation diplomatique, qui fut respecté jusqu'au départ des occupants. 

(15) Entité sans lien direct avec l'Institut Nobel d'Oslo, le Centre Nobel de la paix a pour mission, selon Geir Lundestad, de « mieux faire connaître les lauréats du prix et de susciter l'attention autour de la notion de paix pour, in fine, la promouvoir ».