Politique Internationale - La Revue n°98 - HIVER - 2003

sommaire du n° 98
GRÈCE : UNE DÉMOCRATIE APAISÉE
Article de Christophe Chiclet
Membre du Comité de rédaction de Confluences Méditerranée
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La Grèce assume la présidence de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2003, à un moment où le processus d'élargissement entre dans une phase cruciale. Longtemps considérée comme le mauvais élève de l'Europe, Athènes va devoir guider les pas des dix nouveaux pays dans leur marche vers l'adhésion. Avec, évidemment, une attention particulière pour la République de Chypre.
La Grèce de 2002 n'a plus rien à voir avec celle de 1974, coincée entre l'Orient et l'Occident, ni avec celle des années 1980, frondeuse et rebelle. Depuis 1996, elle est résolument occidentale et européenne, comme l'a confirmé son entrée dans la zone euro dès le 1er janvier 2002. Non seulement Athènes n'est plus un mouton noir, mais elle est devenue un lien incontournable entre l'Union, l'Europe du Sud-Est, la Turquie et la Méditerranée orientale.
L'ex-mauvais élève de l'Europe
Le 1er janvier 1981, la Grèce adhère à la CEE. C'est le seul État de la Communauté à ne pas avoir de frontières communes avec un autre membre. En octobre de la même année, les socialistes du Pasok remportent les élections. Pour la première fois dans l'histoire du pays, la gauche est au pouvoir. Le Pasok, alors dirigé par Andréas Papandréou, a fait campagne contre les États-Unis, l'Otan et la CEE. Populiste, il surfe sur toutes les rancœurs passées.
C'est surtout en politique étrangère qu'Andréas Papandréou se fait remarquer. Il refuse de condamner le coup d'État militaire
en Pologne ainsi que l'attentat contre le Boeing sud-coréen (1). Il se rapproche du bloc de l'Est et courtise des pays comme la Libye et la Syrie. Il apporte son soutien aux mouvements palestiniens et aux Kurdes du PKK. Au sein de la CEE, il oppose systématiquement son veto à tout rapprochement avec la Turquie. En 1986, il est même à deux doigts de provoquer une guerre avec Ankara.
La Grèce des années 1980 est alors considérée par ses partenaires comme un pays qui refuse tout compromis. S'il reste intraitable sur certains dossiers, Andréas Papandréou sait se montrer pragmatique sur d'autres. Derrière des slogans anti-atlantistes, il prend soin de ne pas quitter l'Otan, et de ne pas fermer les bases américaines. À chaque échéance, les baux sont renouvelés et les loyers augmentés. Ce sont, finalement, les réductions budgétaires de l'administration Clinton qui seront la cause de la fermeture de la plupart de ces bases.
Quant aux diatribes anti-européennes, elles sont vite oubliées. Et pour cause : la Grèce est le pays qui reçoit le plus d'aides européennes par tête d'habitant. L'agriculture est largement subventionnée. Les villes de Thessalie et d'autres régions agricoles, comme la Crète et le Péloponnèse occidental, connaissent un essor spectaculaire. L'argent de Bruxelles permet aussi de moderniser les infrastructures et d'entretenir un secteur public pléthorique.
Mais derrière une réelle prospérité, l'État reste pauvre et le pays vit à crédit. Andréas Papandréou négocie son droit de veto à Bruxelles contre une rallonge financière, les fameux " paquets Delors ", le plus souvent utilisés à des fins électorales. À la veille des scrutins, le Pasok distribue généreusement ces subsides, omettant de préciser qu'ils proviennent de l'Europe.
À la fin des années 1980, les eurobaromètres de Bruxelles montrent que les Grecs sont les plus " euro-optimistes " de la Communauté. Le pouvoir appelle de ses vœux l'apparition d'une nouvelle moyenne bourgeoisie opulente, dénommée " Ta néa tzakia " (les nouveaux foyers). Mais le Pasok d'Andréas Papandréou commence à s'user. Les frasques amoureuses du premier ministre, qui divorce pour épouser une hôtesse de l'air, sa santé défaillante et la multiplication des scandales politico-financiers contribuent à miner le régime. Quant à la Bourse d'Athènes, qui commence à prendre son envol, elle reste une place avant tout spéculative.
Une démocratie inachevée
Entre 1989 et 1990, il faudra trois scrutins législatifs pour départager les deux grands partis : les socialistes du Pasok et l'alliance conservateurs-libéraux de la Nouvelle Démocratie. Le premier cabinet de Tzannis Tzannétakis (juillet-octobre 1989) associe des ministres issus des deux formations, ce qui entraîne un blocage quasi total de l'appareil d'État. Le gouvernement suivant de Xénophon Zolotas (novembre-avril 1990) est appelé " œcuménique " car il regroupe toutes les forces politiques. Mais il ne fait que gérer les affaires courantes. Il faut attendre avril 1990 pour voir la victoire, à un siège près, de la Nouvelle Démocratie.
Le réveil du nationalisme
C'est Konstantin Mitsotakis (2), le vieux rival d'Andréas Papandréou qui prend les rênes du gouvernement. Les deux hommes ont le même âge. Ils ont eu le même professeur de français. Ils ont tous deux fait partie de l'Union du centre de Georges Papandréou et ont été ses ministres en 1964-1965. Le premier dirigeait l'aile droite ; le second l'aile gauche. En quittant le gouvernement en 1965, Mitsotakis a fait tomber le " Vieux ", ce qui lui valut longtemps dans l'opinion de gauche le surnom d'" apostat ". Tous deux ont été arrêtés par les Colonels le 21 avril 1967.
L'expérience libérale durera trois ans et s'achèvera en octobre 1993, victime de l'un des derniers soubresauts du nationalisme grec. Il ne s'agit plus cette fois d'un nationalisme anti-atlantiste, mais de la résurgence de vieux fantasmes balkaniques du XIXe siècle, réveillés par la disparition de la Yougoslavie socialiste. En 1991 et 1992, des politiciens des deux bords, pour des raisons de politique intérieure, mobilisent l'opinion publique contre la jeune et fragile République de Macédoine, avec l'aide de l'Église grecque.
À les entendre, Skopje, avec ses deux millions d'habitants, déchirée par des tensions inter-ethniques entre Albanais et Macédoniens, représenterait un danger pour la Grèce, membre de l'UE et de l'Otan, forte de ses dix millions d'âmes. Une première dans les relations internationales : la Grèce oblige sa voisine à prendre le nom aberrant de FYROM (Ancienne République yougoslave de Macédoine). Pis encore : en 1994-1995, Athènes impose unilatéralement un blocus de la Macédoine, qui a pour conséquence une véritable explosion des trafics illicites et de la contrebande.
La sagesse de Konstantin Mitsotakis et du président macédonien, Kiro Gligorov, ne servira à rien. Le ministre grec des Affaires étrangères, le jeune et ambitieux Antonis Samaras, met de l'huile sur le feu, abandonne son leader et crée un éphémère parti concurrent de la Nouvelle Démocratie. Face à cette crise, le premier ministre doit organiser des législatives anticipées, qu'il perd.
Les partenaires européens ne comprennent pas l'anachronisme de la politique grecque. D'autant qu'Andréas Papandréou veut faire plier la Macédoine, tout en gardant d'excellentes relations avec la Yougoslavie de Slobodan Milosevic.
Sur le plan intérieur, aussi, la Grèce offre l'image d'une démocratie inachevée. L'affaire du mystérieux groupe terroriste du 17 Novembre est, à cet égard, particulièrement symptomatique.
Les mystères du 17 Novembre
Dans la nuit du 29 juin 2002, la police ramasse un homme grièvement blessé devant la société Hellas Flying Dolphing au Pirée. Savas Xiros s'est fait sauter avec sa bombe artisanale. La police annonce qu'il s'agit sans doute d'un militant d'un de ces nombreux groupuscules anarchistes violents. Puis, en moins de deux mois, dix-sept autres arrestations suivent (3). L'opinion publique grecque apprend, éberluée, que les autorités viennent de démanteler l'énigmatique groupe du 17 Novembre.
Ce groupe s'est fait connaître en assassinant le chef d'antenne de la CIA en Grèce, Richard Welch, le 23 décembre 1975. Depuis, il a revendiqué 115 actions, qui ont fait 23 morts et 69 blessés. Les cibles n'étaient pas choisies au hasard : agents de la CIA, de la DIA ou de la DEA (4), diplomates turcs et anglais, ministres, politiciens, hommes d'affaires et policiers grecs. Avant qu'Al-Qaïda n'apparaisse au grand jour, les Américains considéraient le 17 Novembre comme l'organisation terroriste la plus dangereuse au monde. Tous les services secrets occidentaux ont, un jour ou l'autre, travaillé sur ce groupe. Les Français étaient même sur le point d'intercepter l'un de ses membres dans la banlieue parisienne en 1990. Mais, pendant 27 ans, personne n'a été arrêté, aucune piste n'a abouti, comme si tout cela n'était qu'un mirage. Rien à voir avec une organisation révolutionnaire du type Action directe, Brigades rouges ou Bande à Baader. Pour durer aussi longtemps sans commettre le moindre faux pas, sans laisser le moindre indice, beaucoup ont pensé qu'il ne pouvait s'agir que de professionnels, de barbouzes liées à des services de renseignement officiels ou officieux. L'hypothèse était d'autant plus plausible que, de 1946 à 1974, la police grecque s'était comportée en véritable force de répression politique, n'hésitant pas à éliminer physiquement les opposants les plus gênants, comme les députés Grigoris Lambrakis en 1963 - immortalisé par le film Z - ou Alekos Panagoulis en 1976.
La personnalité des trois premières victimes du 17 Novembre est d'ailleurs très révélatrice. Richard Welch avait été mêlé de près à l'affaire de Chypre durant l'été 1974. Quant à Evanguelos Mallios (exécuté le 14 décembre 1976), il était le directeur de la section politique de la sûreté d'Athènes. Pétros Babalis (tué le 31 janvier 1979) était son adjoint. Tous deux en savaient long sur le passage de la junte des colonels à celle des généraux en novembre-décembre 1973 et sur la chute de la junte des généraux en juillet 1974. De là à imaginer qu'on aurait voulu supprimer des témoins embarrassants... En tout cas, certains assassinats sont pour le moins troublants.
Ainsi, le 26 septembre 1989, le jeune député réformateur de la Nouvelle Démocratie, Pavlos Bakogiannis, est assassiné au pied de son bureau. À l'époque, le gouvernement socialiste est en bout de course et Bakogiannis, ancien résistant à la junte, fait figure d'alternative moderniste.
Plus près de nous, le 8 juin 2000, l'attaché militaire britannique, Stephen Saunders, est abattu au volant de sa voiture. L'homme, qui avait effectué des missions au Kurdistan irakien et en Bosnie, était visiblement plus qu'un simple attaché militaire. En Grèce, il était en charge du dossier de la coopération gréco-anglaise dans le domaine des industries d'armement pour les marchés des Balkans.
Dans une démocratie digne de ce nom, ce genre de problème trouve sa solution au palais de justice, au Parlement, dans les conseils d'administration ou au conseil de la concurrence. En Grèce, pendant plus de vingt ans, certains litiges politiques et économiques se sont réglés par balles - des balles un peu hâtivement étiquetées " 17 Novembre ".
Obtenir des informations sur le passé des cibles et sur leurs faits et gestes n'est pas à la portée d'un simple petit groupe révolutionnaire, à moins que ce dernier ne bénéficie de fuites au plus haut niveau. Or les dix-huit inculpés du 17 Novembre apparaissent plus comme des " Pieds Nickelés " du terrorisme que comme des as du renseignement : un peintre d'icônes, un chauffeur de bus, un instituteur, un ouvrier brasseur, un potier... Cinq d'entre eux ont nié toute appartenance à l'organisation. Les autres ont reconnu les crimes qui leur sont reprochés, tout en dénonçant leurs co-inculpés. Une nouvelle loi prévoit, en effet, des allégements de peines pour tous les prévenus qui collaborent avec la police. Quant au cerveau " maléfique " de ce groupe si rusé, qui a échappé pendant si longtemps à la sagacité des enquêteurs, ce n'est autre qu'un homme de 58 ans, fils d'un compagnon de Trotski, étudiant grec contestataire dans le Paris de mai 1968 : Alexandre Giotopoulos (5).
Dans les services de renseignement européens, on a de sérieux doutes sur ce groupe trop facilement démantelé pour être vrai. Certains se demandent s'il ne serait pas un paravent, permettant de ne pas remonter jusqu'aux véritables organisateurs de ce système barbouzard.
Des arrestations providentielles
Ce qui est sûr, c'est que ces arrestations sont arrivées à point nommé. Alors qu'au printemps 2002 tous les sondages donnaient le Pasok largement battu aux élections municipales prévues pour fin octobre, l'élimination du 17 Novembre a eu pour effet de faire remonter la cote des socialistes. Même si la Nouvelle Démocratie a finalement remporté ce scrutin, ce ne fut pas le raz de marée escompté. Sur 119 municipalités de plus de 20 000 habitants, la ND en obtient 50 (dont Athènes, le Pirée et Salonique) contre 44 au Pasok. À noter qu'en Grèce les préfets sont aussi élus au suffrage universel. La ND rafle 29 préfectures sur 57, contre 23 au Pasok (6).
Mais, surtout, le premier ministre Kostas Simitis, au pouvoir depuis 1996, a montré à ses partenaires européens et américains que la Grèce n'était plus un foyer de terrorisme et qu'elle était désormais aux normes en matière de sécurité. L'enjeu était d'autant plus important que, après le 11 septembre, l'ombre du terrorisme faisait planer des menaces sur la tenue des Jeux olympiques de l'été 2004.
Contrainte de renoncer aux Jeux du centenaire de 1996 puis à ceux de l'an 2000, la Grèce s'est vu offrir le lot de consolation de 2004. Pour ces Jeux, elle a massivement investi : nouvel aéroport international de Spata - le plus moderne d'Europe -, autoroute Spata-Athènes, train Spata-Athènes, pôle hôtelier, infrastructures sportives, nouveau tram d'Athènes, extension du métro aux banlieues. Et les travaux sont loin d'être terminés. Or, jusqu'à l'été 2002, les États-Unis menaçaient de boycotter les Jeux grecs. Un tel boycott aurait signifié une perte sèche de plusieurs milliards d'euros, alors que l'économie grecque, bien qu'en plein développement, reste fragile.
Ce n'est donc pas un hasard si le 20 octobre 2002, le ministre grec de l'Ordre public, Michalis Chryssochoïdis, s'est rendu en personne au siège de la CIA à Langley pour y rencontrer George Tenet, le directeur de l'Agence. Il lui a fait part des succès de la police grecque et a obtenu, en échange, l'assurance de la participation américaine aux JO.
Le tournant de 1996
Revenu aux affaires en octobre 1993, Andréas Papandréou est un homme malade. Le 20 novembre 1995, il est à nouveau hospitalisé. L'influence de sa nouvelle épouse commence à agacer les ténors du Pasok. Très affaibli, il abandonne ses fonctions de son lit d'hôpital le 15 janvier 1996. Il sortira de la clinique le 21 mars pour mourir chez lui le 23 juin, à l'âge de 77 ans.
L'ère Simitis
Depuis quelques années, Kostas Simitis (7), farouchement anti-populiste et porteur d'un message moderniste, pro-européen et social-démocrate, prépare la relève. Ministre de l'Industrie et du Commerce, il quitte le gouvernement à grand fracas le 11 septembre 1995. En quatre mois, il va fédérer tous les courants qui souhaitent un changement dans le parti.
Trois jours après la démission de son ancien mentor, il est nommé premier ministre. En juin de la même année, il prend le contrôle du parti pour éviter une contre-offensive de la vieille garde. Répugnant à jouer les tribuns charismatiques, il s'emploie à occidentaliser les mœurs politiques, ce qui lui vaut le surnom péjoratif de " professeur " de la part d'une partie de la presse et de l'opinion publique.
Mordant sur le centre, il déstabilise la Nouvelle Démocratie. Au niveau international, il se rapproche de Tony Blair et de Bill Clinton. Son principal objectif consiste à gommer la mauvaise image de marque de la Grèce au sein de l'UE. L'affaire macédonienne est réglée en quelques semaines et la modernisation de l'économie devient une priorité pour que la Grèce puisse satisfaire aux critères de convergence du traité de Maastricht. Cette année-là, l'inflation tombe à 7,5 % pour un taux de croissance qui remonte à 2 %. Mais le déficit de la balance des paiements s'aggrave en raison du déséquilibre du commerce extérieur.
Le premier ministre décide alors de conduire son pays à marche forcée vers l'horizon du 1er janvier 2002. L'entrée dans la zone euro devient une croisade nationale. En mars 1998, la drachme est dévaluée de 13,8 %. Le plan d'austérité est salué par Bruxelles. L'inflation chute à 4,2 % et les privatisations se multiplient.
Malgré des tensions sociales parfois rudes, Kostas Simitis gagne les législatives du 9 avril 2000. Il l'emporte d'une courte tête (8), fort de ses résultats économiques. En 2000, le taux de croissance dépasse les 4 % pour une inflation juste au-dessus de 3 %. Mais les privatisations stagnent. La compagnie nationale aérienne Olympic Airways ne trouve toujours pas acquéreur. Quant au système de sécurité sociale et de retraites, il est au bord de l'implosion.
Un pays européen comme les autres
En 2002, la Bourse ne se relève pas et l'échec de la fusion (9) des deux grandes banques (Banque nationale de Grèce et Alpha Bank) a montré les limites d'une politique de modernisation que certains jugent peu audacieuse. Pourtant, d'après le géographe Georges Prévélakis : " Toute une série de conditions favorisent l'économie grecque et pourraient conduire à une croissance beaucoup plus rapide si le gouvernement arrivait à combattre les inerties corporatistes, l'inefficacité de l'administration et le manque de transparence " (10).
Car c'est un fait : les indices économiques sont meilleurs que dans bien d'autres pays européens. D'après les dernières statistiques du ministère de l'Économie, en 2002 le déficit public serait de 1,1 %, la dette publique de 105,3 % du PIB et l'inflation de 3,3 %. Fin novembre, le gouvernement a présenté son budget 2003 devant le Parlement. Il table sur un taux de croissance de 3,8 %, une augmentation des investissements publics de 12,9 %, un déficit public de 0,9 %, une dette publique de 100,2 % du PIB et une inflation de 2,7 %. Pour l'opposition parlementaire, le gouvernement ne pourra pas tenir ses promesses, d'autant que les ménages vivent de plus en plus à crédit.
Problèmes des retraites, de la sécurité sociale, oscillations de la Bourse, privatisations, constitutions de grands groupes économiques et financiers capables de concurrencer les géants mondiaux (11) : le contexte socio-économique grec est en tout point semblable à ceux des autres pays de l'Union.
Il en est de même sur le plan des mœurs et des modes de vie. La Grèce s'aligne désormais sur les standards occidentaux. Il n'y a guère que l'Église orthodoxe grecque pour mener un combat d'arrière-garde, ou quelques intellectuels nostalgiques du dilemme Orient-Occident. Drogue, insécurité et immigration font également partie du paysage.
Aujourd'hui, la jeunesse grecque est ravagée par la drogue : cannabis d'Albanie, amphétamines de Macédoine, héroïne de Turquie. Le Monde de l'éducation résumait parfaitement le sentiment de cette nouvelle génération : " Un seul mot d'ordre : go west ! Aujourd'hui, la devise de la jeunesse grecque se résume à : drogue, boîtes de nuit, sexe. Une nouvelle génération, couvée, débridée, mais non sans paradoxes. Elle veut être libre, mais reste très attachée à la famille et rêve de mariage " (12).
Quant à l'insécurité, c'est un phénomène qui prend de l'ampleur mais qui demeure plus fantasmagorique que réel. La peur des Grecs s'est développée avec l'arrivée massive des Albanais - près de 300 000 nouveaux migrants. Ces derniers ont fait exploser les statistiques de la délinquance : cambriolages, prostitution, trafic de drogue. Mais les éléments criminogènes albanais officient essentiellement dans leur propre communauté. Bien que cet état d'esprit engendre une montée du racisme, celui-ci ne se traduit pas, dans les urnes, par une progression du vote d'extrême droite.
Tout comme l'Italie, la Grèce, terre traditionnelle d'émigration, est devenue un pays d'immigration et de transit. Près de 500 à 600 000 travailleurs clandestins y vivent : Albanais en majorité, mais aussi Kurdes irakiens, Bulgares et Roumains. Le poids croissant des étrangers - 5 à 6 % de la population totale - ne semble pourtant pas poser de problèmes. En effet, le développement de l'économie " grise " permet d'intégrer facilement cette masse de travailleurs peu qualifiés, employés pour la cueillette des olives, des agrumes, des pistaches, mais aussi dans le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration et l'entretien.
Pour les immigrés à destination de l'Europe du Nord-Ouest, la Grèce représente la porte de l'Europe. Les clandestins en provenance d'Afghanistan, d'Irak, du Moyen-Orient et de Turquie abordent en premier les îles grecques de la mer Égée. De là, des filières les font passer en Grèce continentale puis en Italie ou, par la route du Nord, en Albanie et en Macédoine pour rejoindre l'Autriche, la République tchèque, la Suisse, l'Allemagne, la France, l'Angleterre, le Benelux et les pays scandinaves. En 2001, plus de 4 000 sans-papiers ont été arrêtés en Grèce (13), soit moins de 30 % du nombre de personnes qui y transitent. Fin 2001-début 2002, Athènes a renforcé ses contrôles dans les îles du Dodécanèse et au port de Patras, obligeant les clandestins à embarquer sur de plus gros bateaux pour passer au large de la Crète.
Les enjeux de l'élargissement
Présidente de l'Union européenne pour six mois depuis le 1er janvier 2003, la Grèce se sent redevable vis-à-vis de Bruxelles. L'Union a su lui imposer des règles, l'encourager à assainir son économie et lui inculquer le sens du compromis. La Grèce du début du XXIe siècle participe désormais sincèrement à l'effort commun - effort qui, pour les années à venir, portera principalement sur l'élargissement.
Les perspectives de l'élargissement ont été évoquées une nouvelle fois le 23 octobre 2002 par le ministre des Affaires étrangères, Georges Papandréou, fils d'Andréas, petit-fils du vieux Georges, dans son intervention au Conseil des ministres. Il a mis l'accent sur deux points essentiels : 1) la politique agricole commune (PAC) et les fonds structurels ; 2) le règlement de la question chypriote qui, selon le ministre, ne doit pas constituer une condition préalable à l'adhésion de Chypre à l'UE.
La question de Chypre
Pendant sa présidence, la Grèce souhaite faire avancer certains dossiers qu'elle juge prioritaires : la compétitivité, l'emploi, les questions sociales, l'immigration, l'aide aux Balkans et la politique méditerranéenne. Athènes voudrait également lancer une initiative sur le conflit israélo-palestinien et promouvoir la réforme des institutions. Mais le gros morceau sera, sans conteste, l'adhésion de Chypre.
Le problème chypriote est, pour la Grèce, un dossier très sensible qui a déjà provoqué la chute de nombreux gouvernements. Il est vrai que, à trois reprises, en 1915, 1918 et 1955, Athènes aurait dû récupérer cette île grecque depuis 3 000 ans et peuplée à 80 % de Grecs. Mais, chaque fois, la puissance tutélaire britannique a fait échouer le projet contre l'avis de la population majoritaire.
Résultat : en 1960, l'île accède à une indépendance non désirée. Très vite, des violences inter-ethniques creusent le fossé entre les deux communautés. En juillet 1974, un coup d'État organisé par l'extrême droite grecque contre l'archevêque Makarios entraîne l'intervention de l'armée turque et l'occupation des 37 % septentrionaux de l'île par Ankara. Le Nord, sous la houlette de Rauf Denktash, s'autoproclame en 1983 " République turque du nord de Chypre ". Cet État fantoche n'est reconnu que par la Turquie qui en fait, de facto, l'une de ses provinces.
Les Chypriotes grecs acceptent de créer une fédération bizonale et bicommunautaire. De leur côté, les Chypriotes turcs refusent tout compromis. En juillet 1990, la zone Sud, seule héritière en droit international de la République de Chypre indépendante, demande son adhésion à la CE. En réaction, Rauf Denktash et l'armée turque - qui a toujours le dernier mot à Ankara- annoncent que si le Sud entrait dans l'UE, le Nord serait automatiquement annexé à la Turquie. C'est ainsi que la Turquie, qui n'est pas membre de l'UE, se permet de vouloir dicter sa politique à Bruxelles. Par ailleurs, toutes les résolutions de l'ONU demandant le retrait de l'armée turque sont restées lettre morte.
Pourtant, l'adhésion de l'île est une idée qui fait son chemin, surtout après les déclarations du sommet d'Helsinki de décembre 1999. À cette occasion, les Quinze décident que Chypre rejoindra l'UE quoi qu'il arrive, qu'il y ait réunification ou pas, tout en précisant qu'il serait préférable que cette réunification intervienne avant l'adhésion. Furieuse, la Turquie menace de fermer son marché aux produits européens - ce qui ne l'empêche pas, dans le même temps, de réitérer sa candidature !
Finalement, le 9 octobre 2002, la Commission européenne annonce que Chypre fait bien partie des dix candidats qui seront admis dans l'Union au printemps 2004. La décision est officialisée le 25 octobre lors du Congrès européen extraordinaire de Bruxelles. Chypre signera donc son adhésion le 16 avril 2003 lors du futur sommet d'Athènes. On connaîtra alors la composition de la délégation signataire...
D'un point de vue purement financier, Bruxelles a tout intérêt à voir entrer la République de Chypre (zone sud). Son niveau de vie est équivalent à celui de l'Italie du Nord ou du Royaume-Uni, et ses 600 000 habitants seront contributeurs nets du budget européen. En clair, la République de Chypre versera au pot commun plus qu'elle n'en recevra.
Profitant de ce calendrier européen butoir et du changement de pouvoir à Ankara après les législatives du 3 novembre 2002, Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, a proposé un plan de règlement du conflit le 11 novembre dernier.
Ce plan se veut un mélange du modèle suisse et du modèle belge ; mais, compte tenu du contexte historique et géopolitique, il ressemble plutôt au modèle bosniaque. Il s'agit, en effet, de créer un seul État souverain représentant Chypre au plan international, mais composé de deux entités indépendantes. Les deux États auraient chacun leur propre Constitution et seraient liés par des accords de coopération, secteur par secteur. Pendant une période de transition de trois ans, l'île serait administrée par deux coprésidents. Par la suite, un système de présidence et vice-présidence tournantes serait institué. Après la mort de Tito, les dirigeants yougoslaves avaient tenté des expériences similaires dont on a vu rapidement sur quoi elles ont débouché.
Parallèlement, les Chypriotes grecs récupéreraient 8 % des territoires occupés : la ville de Varosha, la plaine de la Mesaoria et la région de Morphou. Avant 1974, Varosha était la banlieue touristique, riche et chic de Famagouste. Aujourd'hui, elle n'est plus qu'une ville morte. Or restaurer des bâtiments imposants qui n'ont pas été entretenus pendant vingt-huit ans coûterait des milliards d'euros. La plaine de la Mesaoria, elle, n'est qu'une étendue aride, caillouteuse, peuplée de quelques chèvres. Seule la région de Morphou présente un intérêt économique grâce à ses vastes plantations d'agrumes, qui risquent cependant d'entrer en concurrence avec les productions espagnoles.
Ce plan devrait être soumis à référendum dans les deux parties de l'île au printemps 2003. Sur place, les populations ne semblent pas vraiment enchantées. La partition s'est installée dans les esprits et les Chypriotes grecs auraient plus à perdre que les Chypriotes turcs.
En revanche, Athènes et Ankara, elles, ont accueilli ce plan avec un certain optimisme. Kostas Simitis a toujours été un partisan du rapprochement avec la Turquie. Il entend prouver ainsi aux Européens que ce n'est plus la Grèce qui pose
problème. Quant aux milieux d'affaires grecs, ils ont tout intérêt à un resserrement des liens économiques avec la Turquie dont ils deviendraient les partenaires privilégiés.
L'inconnue turque et autres dossiers
Le 3 novembre 2002, après la victoire électorale des islamistes du Parti de la justice et du développement (AKP), de nombreuses capitales européennes ont fait part de leur inquiétude. Tel ne fut pas le cas d'Athènes. Il est vrai que les Grecs n'avaient pas eu à se plaindre du précédent gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan, avec lequel ils entretenaient des relations bien meilleures qu'avec Bulent Ecevit - l'auteur de l'invasion de Chypre en 1974 qui, par surcroît, n'avait pas hésité à former une coalition avec d'anciens Loups gris (14). Le 18 novembre, Recep Tayyip Erdogan, le président de l'AKP, se rendait en visite à Athènes, affirmant la nécessité d'une solution négociée à Chypre. En revanche, des réticences se font jour au ministère turc des Affaires étrangères, ainsi que dans les rangs de l'armée qui contrôle totalement le nord de l'île.
Lors du sommet européen de Copenhague, les 12 et 13 décembre dernier, la Grèce a révélé sa nouvelle maturité politique. Il est vrai que ce sommet représentait, pour Athènes, un triple enjeu : il s'agissait de prendre le relais de la présidence danoise, de faire entrer Chypre dans l'UE et de voir si la date butoir du plan Annan sur la réunification de l'île d'Aphrodite allait être respectée. Bref, Athènes devait montrer à ses partenaires qu'elle ferait tout pour arrondir les angles sur les dossiers sensibles de la Turquie et de Chypre.
Le 11 décembre, Georges Papandréou, déjà arrivé à Copenhague, se déclarait pessimiste. En effet, Rauf Denktash, depuis New York où il venait de se faire opérer, refusait de signer le plan Annan, malgré deux manifestations de Chypriotes turcs (fait extrêmement rare en zone Nord occupée) lui demandant de " signer ou de démissionner ". Le 12, Kostas Simitis rencontrait son homologue turc Abdullah Gül et le président de l'AKP, Recep Erdogan. La délégation grecque devait se rendre à l'évidence : Denktash tergiversait et Gül était ambigu. L'examen de la candidature turque étant finalement reporté à décembre 2004, Ankara accusa le président Chirac de " chantage " et menaça de boycotter les produits européens. Le 13, l'aviation militaire turque viola quinze fois l'espace aérien grec et le plan Annan
était renvoyé au 28 février 2003. Même si le rapprochement gréco-turc à travers la résolution du problème chypriote est à nouveau retardé, Kostas Simitis ne peut que se réjouir de la décision de l'UE qui accepte sans condition l'adhésion de Chypre. Avant de rejoindre Athènes, le premier ministre déclara : " C'est un jour historique pour l'Europe. "
Les prochains mois seront également consacrés au délicat problème de la PAC. Après avoir gagné la bataille de la feta - seule la feta produite en Grèce pourra bénéficier de l'AOC communautaire -, les Grecs ont remporté, à la mi-octobre 2002, une seconde victoire : ils ont obtenu que leur agriculture soit financée jusqu'en 2013. Ce volet agricole n'est pas négligeable dans un pays où 20 % de la population vivent du secteur primaire et craignent la concurrence des nouveaux États membres dans le domaine des céréales et des produits laitiers.
Mais les pays d'Europe centrale ne sont pas nécessairement des rivaux : ils représentent, au contraire, des débouchés potentiels pour les fruits et légumes, la pisciculture et le tourisme. Hongrois, Tchèques et Polonais pourraient remplacer les touristes occidentaux qui commencent à déserter les plages grecques. Au-delà des retombées économiques, ce que la Grèce attend surtout de l'ouverture à l'Est, c'est un désenclavement géographique. De grands axes de transport Nord-Sud pourraient mettre les marchés de l'Europe du Nord-Est aux portes de la Croatie et à l'embouchure de l'Adriatique, c'est-à-dire à environ 700 kilomètres de Salonique. La Grèce est déjà le premier investisseur étranger en Macédoine, le deuxième en Albanie, le troisième en Bulgarie, le quatrième en Roumanie ; et elle revient en force en Serbie et en Hongrie. Elle est bien placée dans l'agroalimentaire, les télécoms, l'énergie, le BTP, les matières premières minières et la banque. La prochaine vague d'élargissement, prévue pour 2007, devrait lui permettre de développer considérablement ses échanges.

Notes :

(1) Au début des années 1980, la chasse soviétique a abattu un Boeing civil sud-coréen accusé d'espionnage.


(2) Konstantin Mitsotakis est né le 18 octobre 1918 à La Canée en Crète. Républicain, il participe à la révolte de La Canée en juillet 1938 contre le général-dictateur Métaxas. Il dirige le plus important mouvement de résistance de Crète en liaison avec le renseignement britannique de 1941 à 1944. Arrêté par les Allemands en octobre 1944, condamné à mort, il sera finalement échangé. Élu député de La Canée de 1946 à 1967, membre du Parti libéral de 1946 à 1961, puis de l'Union du centre de 1961 à 1967. Ministre des Finances en 1963-64-65. Arrêté par les colonels, il s'enfuit et s'exile à Paris. Amnistié en septembre 1973, il revient en Grèce pour y être arrêté de nouveau au printemps 1974. Il est libéré en juillet 1974 à la chute de la junte. Il entre à la Nouvelle Démocratie en 1977 et en devient l'un des députés. Ministre des Affaires étrangères en 1980-1981, il accède à la présidence de la Nouvelle Démocratie en 1984.
(3) Savas Xiros, Dimitri Koufodinas, Christodoulos Xiros, Vassili Xiros, Dionyssos Georgiadis, Alexandre Giotopoulos, Théologos Psaradélis, Vassili Tzortzatos, Iraklis Kostaris, Kostas Karatsolis, Makis Serifis, Patroklos Tselendis, Pavlos Serifis, Konstantinos Tellios, Sotiris Kondylis, Angeliki Sotiropoulou, Giannis Serifis, Nikos Papanastasiou.
(4) La DIA (Defense Intelligence Agency) est l'un des services du renseignement militaire américain ; la DEA (Drug Enforcement Agency) est le service de lutte anti-drogue.
(5) Alexandre Giotopoulos est né le 20 février 1944 à Paris. Il revient en France en 1963 pour suivre des études de mathématiques à Paris. En 1964-1965, il est membre de la section parisienne des Jeunesses Lambrakis, mouvement dirigé par Mikis Théodorakis. En 1965, il adhère à la tendance pro-chinoise des Jeunesses Lambrakis. Résidant à la cité universitaire de Paris de 1965 à 1967, il entre dans le groupuscule des gauchistes grecs parisiens du 28 Mai. En 1971, il est condamné à cinq ans de prison par contumace pour avoir fait entrer des armes sur le territoire grec. En 1974, il rentre à Athènes où il vit sous la fausse identité de Michalis Ekonomou. Sa compagne française, rencontrée en 1973, le rejoint en 1977.
(6) Préfectorales : 29 ND, 23 Pasok, 2 Synaspismos (ex-eurocommuniste), 3 indépendants.
Municipales : 50 ND, 44 Pasok, 5 Synaspismos, 17 indépendants, 2 Parti communiste, 1 Dikki (socialiste populiste).
(7) Kostas Simitis est né le 23 juin 1936 au Pirée. Son père était un avocat socialisant. Il étudie le droit à l'université de Marburg (Allemagne-Hesse) de 1954 à 1959. Il s'inscrit au barreau d'Athènes en 1961 puis suit des études d'économie à la London School of Economics de 1961 à 1963. En 1965, il fonde un club social-démocrate : la société Alexandros Papanastassiou. En 1969, il s'exile en Allemagne, entre dans le groupe de résistants Défense démocratique, puis en 1970 rejoint le PAK, ancêtre du Pasok. De 1971 à 1975, il est assistant dans différentes universités allemandes. En 1975, il rentre en Grèce, devient membre fondateur du Pasok, professeur de droit commercial à l'université d'Athènes. Il est nommé ministre de l'Agriculture de 1981 à 1985, de l'Économie en 1985-1987, de l'Éducation en 1989-90, de l'Industrie en 1993-1995.
(8) Élections législatives du 9 avril 2000 : taux d'abstention de 25 %. Pasok : 43,8 % - 158 sièges ; ND : 42,7 % - 125 sièges ; Parti communiste : 5,5 % - 11 sièges ; Synaspismos : 3,2 % - 6 sièges.
(9) Après plusieurs mois de tractations visant à construire le premier pôle bancaire grec de dimension internationale, la fusion a échoué et la plupart des valeurs cotées à la Bourse d'Athènes ont perdu de 10 à 20 %.
(10) Georges Prévélakis, " Grèce ", in Images économiques du monde, 2003, éd. SEDES, pp. 177-179.
(11) Ces grands groupes capables de croiser le fer avec leurs homologues européens sont présents dans le domaine maritime, la banque, la finance, l'assurance, les télécoms et l'agroalimentaire.
(12) Le Monde de l'éducation, juillet-août 2002, " Grèce. Un seul mot d'ordre : go west ! ", pp. 90-91.
(13) Confluences Méditerranée, n° 42, été 2002 : " L'immigration bouscule l'Europe. "
(14) Le mouvement des Loups gris a été fondé par le colonel Türkes, admirateur d'Hitler avant guerre. Nationalistes fascisants, ils ont commis de nombreux attentats contre la gauche politique et syndicale turque et contre les minorités. Mehmet Ali Agça, auteur d'un attentat contre le pape Jean-Paul II le 13 mai 1981, était un ancien Loup gris.