Politique Internationale - La Revue n°98 - HIVER - 2003

sommaire du n° 98
DEMAIN L’IRAK…
Article de Amir Taheri
Écrivain et éditorialiste
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Fiction ou réalité ? Que le lecteur soit juge ! Quand il parvient à son bureau au centre de Bagdad, le général Abu Zaid est impressionné par le grand nombre de gens qui attendent devant sa porte. Aujourd’hui, il reçoit les candidats qui souhaitent faire partie du premier gouvernement « post-Saddam ». Après avoir administré l’Irak pendant près de quatre ans, il est heureux de transférer cette lourde responsabilité. Mais comment en est-on arrivé là ?
Pendant le printemps 2003, une coalition dirigée par les États-Unis a réussi à renverser Saddam Hussein et à prendre le contrôle du pays. Le général Abu Zaid, dont le prénom est John, est un Américain d’origine arabe qui s’est battu au cours de la première guerre du Golfe, en 1991. Il a été choisi comme gouverneur intérimaire, dans la lignée de prédécesseurs illustres : le général Douglas MacArthur, au Japon, de 1945 à 1950 ; le général Lucius Clay, en Allemagne de l’Ouest, de 1947 à 1949 ; et le général John Ridgeway, en Corée du Sud, de 1945 à 1951.
À qui le tour ?
L’hypothèse d’une gestion militaire directe de l’Irak par les Américains pendant une période de temps limitée ne constitue que l’un des scénarios étudiés actuellement par le cabinet du président George W. Bush. Cette idée est soutenue par le Pentagone, ainsi que par plusieurs sénateurs et des membres influents du Congrès. Si elle n’était pas adoptée, le Pentagone envisage une solution alternative qui consisterait à mettre en place un gouvernement de coalition intérimaire, sous l’autorité du chef irakien Ahmad Chalabi. Ancien banquier, en exil depuis l’âge de huit ans, ce dernier est issu d’une famille chiite. Or les chiites représentent 60 % de la population locale. Ahmad Chalabi pourrait, ainsi, devenir le premier dirigeant émanant de la communauté majoritaire de la nation.
Le Département d’État et la CIA privilégient, eux, l’installation au pouvoir d’un gouvernement de coalition intérimaire conduit par l’un des nombreux officiers qui ont déserté l’armée de Saddam Hussein après la guerre du Golfe. Le général Najib al-Salhi fait, dans cette hypothèse, figure de favori. Il vit à Washington depuis bientôt six ans et dirige le « mouvement des officiers libres d’Irak », un groupement libéral-nationaliste. Quant à son principal rival, le général Nizar al-Khazraji, appuyé par l’Arabie saoudite et le Koweït, il a été discrédité par son assignation à résidence au Danemark, en novembre 2002, et son inculpation pour crimes contre l’humanité (1).
Certains hommes politiques basés à Washington et, surtout, à Londres, expriment d’autres préférences : ils favorisent l’implantation d’une administration civile dont les membres seraient recrutés parmi l’élite gouvernante actuelle, les exilés célèbres et des hommes d’État plus âgés, comme l’ancien ministre des Affaires étrangères, Adnan Pachechi.
Ces divergences ont mis les États-Unis dans l’impossibilité de définir une idée cohérente du futur régime qu’ils souhaitent instaurer à Bagdad. Pour tenter de donner vie à une telle vision, les dirigeants d’une trentaine de groupes irakiens en exil, représentant toutes les communautés ethniques et religieuses du pays, se sont réunis à Londres le 10 décembre 2002. La tenue de cette rencontre confirme le sentiment grandissant, dans les mouvements d’opposition à Saddam Hussein, que Washington s’apprête vraiment à utiliser la force pour destituer le dictateur.
Le quand et le comment
Comment le renversement se produira-t-il ? De nombreuses options restent ouvertes. Plutôt que de lancer une invasion massive, les États-Unis pourraient, par exemple, détruire l’armement lourd détenu par Bagdad : ses chars, son artillerie et ses hélicoptères de combat. Une telle opération priverait le régime baassiste de sa supériorité tactique sur ses opposants, dont les quelque 80 000 hommes des forces kurdes peshmerga (2). Des dizaines de milliers d’autres Irakiens seraient, ensuite, recrutés parmi les exilés, en particulier en Iran, pour attaquer le despote affaibli. L’administration de George W. Bush n’aurait plus qu’à aider les insurgés à s’emparer des principaux champs de pétrole du pays, qui sont situés dans la péninsule de Fao et près de la frontière avec le Koweït, à Rumeilah. Privé de ressources et de moyens de défense, Saddam Hussein ne conserverait d’emprise que sur son propre clan, dans la région de Takrit, et ses chances de demeurer au pouvoir diminueraient de jour en jour.
La plupart des experts s’accordent pour dire que le dictateur irakien n’a aucune chance de vaincre une coalition dirigée par Washington et qu’il n’opposerait aucune réelle résistance. Le vrai problème est donc bien : que se passera-t-il après la chute de Saddam ?
Le jour d’après
Pour répondre à cette question, il nous faut, d’abord, tirer quelques leçons de l’Histoire.
a) Le seul moyen de se débarrasser d’une tradition tyrannique est de rompre totalement avec elle. Les futurs dirigeants irakiens devront, en premier lieu, s’abstenir de porter l’uniforme, que ce dernier soit authentique ou qu’il s’agisse, comme dans le cas du dictateur de Bagdad, d’un costume d’opérette. Tous les scénarios à base de militarisation « allégée » — comme il existe de la nourriture « allégée » — doivent être rejetés. Les ex-généraux al-Salhi et al-Khazraji sont, sans doute, d’honorables officiers. Mais ils ne sont pas qualifiés pour conduire un gouvernement dont la tâche principale doit être la démocratisation du pays.
L’armée irakienne n’a, certes, aucune raison d’être loyale envers le régime baassiste. Mais elle ne constitue pas, pour autant, une force politique active dans le contexte actuel. Saddam Hussein a exécuté plus de 1 000 officiers supérieurs, dont 100 généraux, depuis 1979. Il en a emprisonné, ou dégradé, près de 3 000 autres. Pour renforcer son autorité, il s’est principalement appuyé sur sa Garde présidentielle, forte de six divisions ; sur les cinq régiments des « Fedayin de Saddam », commandés par son fils aîné, Oudaï ; ainsi que sur la « force spéciale de sécurité » de 5 000 hommes, placée sous les ordres de son fils cadet, Koussaï.
Bref, il faut en finir avec le système actuel et lui substituer un corps de métier constitué d’après des critères démocratiques et pluralistes, capable de défendre la nation contre les agressions étrangères, sans intervenir dans les affaires intérieures.
b) Le pouvoir actuel s’appuie sur une base sociale très étroite. Sur les cent plus hauts dirigeants irakiens, seuls onze sont chiites. Les Kurdes, qui représentent 20 % de la population, n’ont que trois postes. Le clan des Takriti, des musulmans sunnites qui sont tous liés à Saddam Hussein par le sang ou par alliance, dispose, en revanche, de 68 places.
Le nouveau gouvernement devra se démarquer de ces pratiques et faire appel à un éventail aussi large que possible, de façon à refléter la diversité de la nation. Il sera, par ailleurs, tenu de combattre la politique néo-tribale mise en place par le dictateur de Bagdad pour alléger les pressions qui s’exercent sur lui. Depuis 1998, Saddam Hussein n’a cessé de distribuer de l’argent et des armes aux anciens chefs tribaux, alors que ces derniers avaient perdu, au fil des années, une grande partie de leur pouvoir traditionnel.
Il appartiendra aux futurs dirigeants d’empêcher que l’Irak ne retombe dans les travers d’un règne féodal.
c) Le régime de Saddam Hussein est extrêmement centralisé. Or l’expérience de la zone de paix kurde, instaurée au nord-est du pays depuis 1991, a démontré la pertinence d’un système fédéral qui accorde des pouvoirs étendus aux instances régionales. L’Irak se dotera, ainsi, d’une démocratie paisible qui répondra aux attentes des citoyens à tous les niveaux de la société.
Il ne s’agit pas, contrairement à ce que craignent certains analystes, de diviser le territoire en plusieurs « mini-États » : une telle opération serait impossible, à cause du nationalisme de la population qui a, on le sait, un sentiment très fort de son « irakité ».
d) Les autorités de Bagdad administrent toutes les ressources financières, par le biais d’une économie dirigée. Là encore, des changements radicaux seront nécessaires : il faudra privatiser massivement, notamment dans le domaine des industries pétrolières et gazières. Les neuf derniers budgets présentés par le gouvernement irakien montrent, en effet, que celui-ci contrôle, directement ou indirectement, 82 % du produit national brut. Ce taux n’a, probablement, d’équivalent qu’en Corée du Nord ! Il est — pour prendre un exemple plus proche de nous — deux fois plus élevé qu’en Grande-Bretagne…
e) Saddam Hussein a toujours exercé de violentes représailles contre ses adversaires, qu’ils soient réels ou imaginaires. Ses successeurs devront, par conséquent, s’interdire toute menée revancharde. Il faudra juger chacun sur ses actes présents, et non sur ses agissements passés. L’Irak aura besoin d’une amnistie de grande envergure, ainsi que d’une « commission Vérité et réconciliation ». Seuls quelques criminels notoires pourront être jugés. La plupart des membres du Baas n’ont rejoint ce parti que pour des motifs et des calculs très bas, certes, mais humainement compréhensibles. Rien ne s’oppose à ce qu’ils réintègrent la société, lorsque la tyrannie et son appareil policier auront été démantelés.
f) De nombreuses mesures discriminatoires à l’encontre des femmes ont été promulguées depuis 1991, date à laquelle Saddam Hussein a décidé d’adopter le slogan « Allah Akbar » (« Allah est grand »), pour se parer d’un vernis islamique. L’année suivante, il franchit un pas supplémentaire en prétendant — affirmation ô combien ridicule — être un descendant du Prophète. Le personnel féminin fut alors exclu de l’administration et du système éducatif. La seule femme qui possédait, symboliquement, un portefeuille ministériel se vit, tout aussi symboliquement, priée de démissionner. À son entrée en fonctions, en 1991, le « nouveau » gouvernement islamique se trouvait donc exclusivement constitué d’hommes, tous plus ou moins ventripotents et arborant la moustache de rigueur.
Il est important que les femmes irakiennes, qui comptent parmi les plus instruites et les plus expérimentées de la région, puissent rapidement réintégrer la vie publique, aux postes les plus élevés.
Les forces vives
Saddam Hussein n’a pas besoin du peuple irakien : il ne tire pas son argent des impôts, mais des revenus pétroliers, du marché noir et de l’extorsion ; il lui suffit d’annoncer triomphalement qu’il a gagné une élection avec 100 % des voix pour que chacun feigne de croire qu’il est effectivement le vainqueur du scrutin ; il dispose d’une armée privée, constituée de mercenaires et commandée par ses fils.
S’il veut être légitime, le futur gouvernement devra, par conséquent, inverser la tendance et dépendre entièrement du peuple, pour ses finances, son pouvoir et sa défense.
De nombreuses consultations électorales seront organisées, sous le contrôle d’observateurs internationaux, pour que les Irakiens puissent enfin se doter d’une vraie Constitution et choisir leurs représentants, tant au niveau local que national.
Qu’ils soient soutenus ou non par les États-Unis, les exilés ne pourront pas agir sans s’appuyer sur les forces vives du pays — c’est-à-dire, essentiellement, sur la société civile. Cette dernière a un rôle majeur à jouer. Elle n’a besoin que d’espace pour s’épanouir. Il ne tient qu’à Washington de lui rendre sa liberté, aussi vite que possible.
Un acteur majeur
Un changement de régime à Bagdad ne manquerait pas d’avoir des conséquences sur l’équilibre politique du Moyen-Orient. Après l’invasion de l’Iran par les troupes de Saddam Hussein, en 1980, puis l’attaque contre le Koweït, en 1990, l’Irak s’est retrouvé complètement isolé. Il a été tenu à l’écart du Conseil de coopération du Golfe, créé par l’Arabie saoudite et le Koweït en association avec quatre autres monarchies pétrolières : le sultanat d’Oman, le royaume de Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis. Il est, également, exclu de la Ligue arabe depuis six ans.
Si Saddam Hussein était chassé du pouvoir, l’Irak pourrait retrouver sa place au sein des nations arabes et redevenir un acteur majeur au Moyen-Orient. Il servirait, naturellement, de guide aux États de la région qui ont entrepris de timides efforts de démocratisation. Des pays comme le sultanat d’Oman, le royaume de Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis, et même le Koweït — qui ont tous adopté de nouveaux modes de fonctionnement incluant, à des degrés divers, un recours à l’élection — ne manqueraient pas de se rapprocher de l’Irak et de s’éloigner d’un État comme l’Arabie saoudite, qui rejette par principe toute forme de libéralisation. Ce groupe serait rejoint par le Yémen, qui évolue dans la même direction. L’Algérie et le Maroc tisseraient, eux aussi, des liens étroits avec ce bloc démocratique, ainsi que la Jordanie, qui a toujours entretenu des relations particulières avec Bagdad.
Un nouvel Irak contrebalancerait l’influence de la Syrie baassiste, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle a abandonné les projets de réformes débattus sous le président Bachar el-Assad. Depuis les années 1950, en effet, les changements intervenus à Bagdad ont toujours eu des échos à Damas. Ce serait de nouveau le cas cette fois-ci. Et comme le futur gouvernement irakien inclura, très certainement, une forte composante chiite, il y a fort à parier que cela contribuera à diminuer l’emprise syrienne sur le Liban, où les chiites constituent la communauté la plus nombreuse.
La fin du duopole égypto-saoudien
Le retour de Bagdad sur la scène internationale briserait, par ailleurs, le duopole exercé sur le Moyen-Orient par l’Égypte et l’Arabie saoudite : l’Irak rivaliserait avec l’Arabie saoudite sur le plan économique et, grâce à la qualité de ses élites intellectuelles et à l’importance de sa population, ne tarderait pas à se mesurer à l’Égypte en matière culturelle et démographique.
Ajoutons que les Arabes ne subiraient pas seuls les effets d’un tel bouleversement dans la mesure où un nouveau gouvernement irakien s’empresserait de reconnaître les droits nationaux des Kurdes : ce geste aurait à l’évidence un impact sur l’Iran, la Turquie, la Syrie et l’Arménie, où vivent des minorités kurdes dont les droits ne sont généralement pas respectés.
Téhéran serait directement affecté par l’émergence d’une démocratie pluraliste à Bagdad. Les chiites irakiens, qui représentent quelque 60 % de la population (contre 88 % en Iran), ont toujours rejeté le système de la « walayat al-faqih » qui signifie, en pratique, qu’un petit groupe de politiciens déguisés en mollahs concentrent entre ses mains l’essentiel du pouvoir (1). L’Irak montrerait aux chiites qu’un autre modèle de société est envisageable, alors que les despotes de Téhéran prétendent, eux, que la « walayat al-faqih » est la seule forme de gouvernement acceptable au sein de l’Islam. La chute de Saddam Hussein appuierait, par conséquent, l’action des démocrates d’Iran, dont l’influence ne cesse de croître.
De la même façon, les relations de Bagdad avec la Turquie voisine seraient durablement modifiées. Depuis près de cinquante ans, l’Irak multiplie les provocations envers Ankara. Il revendique, au nom du panarabisme, la province turque d’Iskenderun, où les Arabes sont majoritaires et conteste le partage des eaux de l’Euphrate. Comment ne pas parier que cet irrédentisme serait appelé à s’atténuer ?
Enfin, puisque toutes les forces d’opposition irakiennes s’accordent pour dire qu’il faut mettre un terme à la politique hostile du régime à l’égard d’Israël, un nouvel Irak pourrait quitter le camp des nations arabes favorables à la destruction de l’État hébreu. Un pas supplémentaire aurait, ainsi, été accompli vers la paix.
Au-delà du Moyen-Orient, l’émergence d’un État démocratique en Irak — qui cultiverait des liens étroits avec les États-Unis et leurs alliés occidentaux — renforcerait la position de ceux des pays musulmans qui souhaitent forger une « grande alliance » entre l’Islam et l’Occident chrétien. Par surcroît, seuls 12 des 53 États membres de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) entretiennent des relations diplomatiques normales avec Israël. Si l’Irak se joignait à eux, les analystes estiment que près de vingt autres pays, dont au moins neuf États arabes, l’imiteraient.
L’instabilité créatrice
L’importance de Bagdad est également sensible dans le secteur des hydrocarbures. Si elles étaient correctement exploitées, les vastes ressources pétrolières de l’Irak redéfiniraient les règles du marché de l’énergie. Les capacités mondiales de production atteindraient un niveau inégalé. Tous les experts prétendent que l’Arabie saoudite est capable d’extraire jusqu’à 10 millions de barils par jour, ce qui prémunirait l’économie mondiale contre n’importe quel aléa. Mais cette hypothèse a été formulée dans les années 1980 et n’a pas été reconsidérée depuis. Rien n’assure que les Saoudiens sont toujours capables d’atteindre, facilement et rapidement, de tels rendements. Les plus importants des champs pétrolifères d’Arabie saoudite ont déjà un demi-siècle et sont assez « fatigués ». Plusieurs puits ne fonctionnent toujours que parce qu’on a procédé à d’énormes investissements destinés à prolonger leur existence au-delà du seuil habituel. Quant au gigantesque gisement de Shibam, il n’a même pas commencé d’être exploité, alors qu’il a été découvert il y a près de quatre ans !
Les champs irakiens, en revanche, sont jeunes et productifs. L’île de Majnun, près de la frontière iranienne, et les champs de Rumeilah, près de la frontière avec le Koweït, représentent la deuxième plus grande réserve mondiale de pétrole. La plupart des spécialistes pensent que l’Irak pourrait produire 4,2 millions de barils par jour à l’horizon 2007, devenant ainsi le deuxième exportateur mondial de brut. Cette situation avantagerait l’Union européenne et l’Asie, en particulier le Japon et la Chine, qui dépendent fortement des hydrocarbures du golfe Persique. À cet égard, la politique de l’Union européenne, de la Russie, de la Chine et du Japon envers l’Irak aura une influence déterminante sur l’attitude du futur régime de Bagdad en matière énergétique. Ceux qui se rangeront du côté de Saddam Hussein jusqu’à la fin prendront un énorme risque.
Sur le plan économique, l’Irak présente un autre avantage : sa population devrait atteindre 30 millions d’âmes à la fin de la décennie. Ce pays a la capacité de devenir le marché le plus attractif du Moyen-Orient, car les autres États de la région sont soit trop petits — en termes démographiques —, soit trop pauvres pour intéresser d’éventuels partenaires commerciaux.
Répétons-le : un changement à Bagdad modifierait toute l’architecture politique du golfe Persique, du Moyen-Orient et du monde arabe. Certains éléments conservateurs redoutent ce bouleversement et mettent en garde contre les risques d’instabilité. Mais cette région a besoin d’une instabilité créatrice. La stabilité incarnée par Saddam Hussein et les autres régimes despotiques de la région ne mérite pas d’être préservée.

Notes :

(1) Pour une description plus détaillée du fonctionnement de ce système, se reporter, dans ce même numéro, à l’entretien accordé à Politique Internationale par l’ayatollah Hadj Sayyed Mahmoud Qomi Tabatabai : « La voix de l’Iran ».