Politique Internationale - La Revue n°130 - HIVER - 2011

sommaire du n° 130
EUROPE: L'HOMME DU CONSENSUS
Entretien avec Herman Van Rompuy
haut Fonctionnaire
conduit par
LUC ROSENZWEIG
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Entretien avec Herman Van Rompuy*
europe : l'homme du consensus
Cet entretien a été conduitpar Luc Rosenzweig**
* Président permanent du Conseil européen depuis décembre 2009.
** Journaliste. Ancien correspondant du Monde en Allemagne et en Belgique. Auteur, entre autres publications, de : Ariel Sharon, Perrin, 2006 ; Parfaits Espions, Éditions du Rocher, 2007.
En décembre 2009, Herman Van Rompuy a été nommé au poste nouvellement créé de président permanent du Conseil européen. On ne peut pas dire que la nouvelle ait suscité un grand enthousiasme ou, même, un grand intérêt dans les pays de l'UE et dans le monde. La notoriété de celui qui exerçait jusque-là la fonction de premier ministre de Belgique n'avait guère franchi les limites du royaume. Sans aller jusqu'aux sarcasmes déplacés du député européen britannique Nigel Farage qui attribuait à M. Van Rompuy le « charisme d'une serpillière humide », la plupart des observateurs considéraient ce choix comme un pis-aller. N'avait-on pas évoqué, pour occuper ce poste, des personnalités de dimension mondiale, dont Tony Blair ? L'arrivée au sommet des institutions européennes de cet homme discret jusqu'à l'excès a donc été interprétée comme un signe de la volonté des États membres de préserver leurs prérogatives, notamment en matière de diplomatie.Ce Flamand né à Bruxelles en 1947 a pourtant derrière lui une longue carrière politique dans son pays. Dès ses années d'étudiant en humanités classiques et économie à l'université catholique de Louvain, il s'engage dans les rangs du parti chrétien-démocrate flamand dont il devient, à la fin des années 1960, le président de la branche « jeunes ». Ce catholique traditionaliste, qui fait régulièrement des retraites spirituelles dans des monastères, gravit tous les échelons menant vers le pouvoir : membre de cabinets ministériels, député, ministre du Budget dans les gouvernements dirigés par Jean-Luc Dehaene de 1993 à 1999, président de la Chambre des députés (2007-2008) et, enfin, premier ministre en décembre 2008. Il accède à ce poste à la suite d'une crise gouvernementale née du sauvetage controversé de la banque Fortis par le premier ministre d'alors, Yves Leterme, lui aussi membre du parti chrétien-démocrate flamand.
Aujourd'hui, M. Van Rompuy fait partie du « quatuor » désigné par le traité de Lisbonne pour donner un visage et une voix à l'Union européenne. Outre le président permanent du Conseil (nommé pour un mandat renouvelable de deux ans et demi), ce groupe se compose du président de la Commission (José Manuel Barroso) ; du Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (Catherine Ashton) ; et du représentant de la présidence tournante de l'UE assurée pour six mois par l'un des États membres (la Hongrie au premier semestre 2011).
C'est à Politique Internationale que Herman Van Rompuy, à l'issue de la première année de son mandat, a choisi de donner son premier grand entretien de fond.
L. R.
Luc Rosenzweig - Monsieur Van Rompuy, vous avez pris vos fonctions le 1er janvier 2010. Quel bilan tirez-vous de votre première année au poste de président du Conseil européen ?

Herman Van Rompuy - Je savais que ce serait une tâche difficile, ne serait-ce que parce que le poste venait d'être créé. Il n'empêche que j'étais prêt. Je m'étais particulièrement bien préparé aux questions économiques. J'estimais, en effet, que le manque de croissance structurelle était l'un des grands problèmes de l'Europe. C'est pourquoi j'ai tenu à lancer la « stratégie 2020 » (1) - une stratégie d'autant plus importante que celle qui l'avait précédée, la stratégie dite de Lisbonne (2), n'était pas considérée comme un succès. Bref, je m'étais préparé à un travail plutôt de long terme. Mais, dans les faits, mes projets ont été chamboulés au bout de quinze jours !

L. R. - Pour quelle raison ?

H. V. R. - La crise grecque. Elle a éclaté alors que mon équipe et moi-même venions à peine d'arriver aux affaires. Nous sommes parvenus à la contrôler vers le début de l'été 2010 ; il y a eu une accalmie pendant les vacances estivales et même une partie de septembre... mais elle a rebondi à partir de la mi-octobre. C'est ainsi que toute la première année de mon mandat a été dominée par la perspective d'une crise globale de l'ensemble de la zone euro ! Résultat : nous avons principalement fait de la gestion de crise, au lieu de travailler sur des perspectives à long terme. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives quant à l'efficacité de notre action. L'Histoire jugera. J'espère, en tout cas, qu'on n'oubliera pas que nous avons entamé cette première année avec des handicaps majeurs...

L. R. - Lesquels ?

H. V. R. - J'en dénombre trois. Premier handicap : quand nous sommes arrivés aux affaires, le Pacte de stabilité et de croissance pour la politique budgétaire avait déjà été assoupli... mais il n'était pas respecté pour autant. Par surcroît, il n'existait aucun mécanisme permettant de surveiller les agrégats macro-économiques : comptes courants de la balance des paiements, évolution des salaires, compétitivité en général, bulles immobilières... Nous avons corrigé le tir avec le rapport de la Task Force (3).
Deuxième handicap : il n'y avait pas de Fonds de soutien financier aux pays de la zone euro en difficulté. Nous avons donc dû inventer, « à chaud », ce mécanisme de sortie de crise pour la Grèce mais, aussi, pour les autres pays de la zone euro (4).
Troisième handicap : le traité de Lisbonne prévoit qu'une décision du Conseil des ministres européens est nécessaire pour exiger d'un pays en état de déficit budgétaire excessif qu'il corrige la situation. Or, si l'on a besoin d'une décision politique, il n'y a pas d'automaticité...
Pour remédier à tous ces problèmes, il a fallu créer de nouveaux instruments et renforcer le contrôle budgétaire. En règle générale, nous avons cherché à interpréter le traité de Lisbonne aussi strictement que possible, de façon à pouvoir prendre des sanctions contre les États trop laxistes.

L. R. - Comment concevez-vous votre rôle ? Comme celui d'un homme en retrait, facilitateur de compromis entre les capitales de l'UE, ou comme celui d'un vrai président de l'Europe ?

H. V. R. - Un mot sur la nature de mes fonctions. Je suis le président du Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement. En principe, ce Conseil se réunit quatre fois par an. Je préside ces réunions, je les prépare, je détermine l'ordre du jour. Ma seconde fonction est de représenter l'Union dans le monde en matière de politique étrangère et de sécurité. Je m'empresse d'ajouter que le traité précise que je dois le faire « tout en respectant les compétences du Haut Représentant » (5).
Ce qui est sûr, c'est que je ne me suis jamais considéré comme le « président de l'Union européenne ». Pour me prétendre président de l'UE, il me faudrait cumuler les fonctions de président du Conseil et de président de la Commission. Dans un tel cas de figure, je disposerais de nombreux leviers ! Mais les rédacteurs du traité de Lisbonne ne l'ont pas voulu ainsi. Je ne m'en plains pas : il existe de très bons arguments en faveur de la séparation de ces deux fonctions. Au premier rang de ces arguments il y a, tout simplement, le fait que personne ne peut parler seul au nom de l'UE. D'ailleurs, le traité de Lisbonne a non seulement créé les fonctions que Mme Ashton et moi-même occupons actuellement mais, aussi, renforcé les pouvoirs du Parlement européen. Ce dernier a désormais voix au chapitre sur pratiquement toutes les questions. J'irai jusqu'à dire qu'il s'agit sans doute de l'un des Parlements les plus puissants au monde puisqu'il ne doit soutenir aucun gouvernement ! Les notions classiques d'opposition et de majorité ne sont pas valables au Parlement européen : il faut trouver une majorité sur chaque sujet. L'habitude, au niveau national, est de voir la majorité parlementaire soutenir le gouvernement, même dans ses folies, et l'opposition le contester à tout bout de champ, même quand il prend des décisions parfaitement rationnelles. Ce type de comportement est totalement absent au Parlement européen.

L. R. - Tout de même, ce Parlement ne souffre-t-il pas d'un déficit de légitimité étant donné la faiblesse de la participation aux élections européennes, comme on l'a encore constaté lors du dernier scrutin, en juin 2009 (6) ?

H. V. R. - Je vais être franc : en démocratie, cela n'a aucune importance. Est-ce qu'on conteste la légitimité du président américain qui, depuis des décennies, est élu avec un taux de participation de 50 % ? Est-ce qu'on conteste la légitimité du Congrès américain, lui aussi souvent désigné par une minorité d'électeurs ?

L. R. - Mais, aux États-Unis, toutes les élections sont marquées par une participation très basse. Alors qu'en Europe ce n'est pas le cas : la participation aux élections européennes est faible, mais elle est généralement élevée lors des scrutins nationaux...

H. V. R. - Je répète que, de mon point de vue, les députés européens sont parfaitement légitimes. Après tout, les électeurs sont libres de voter ! Une fois que le vote a eu lieu, les élus possèdent une légitimité institutionnelle indiscutable.
Revenons maintenant au Conseil européen que je préside. Comme vous le savez, cette instance donne les grandes impulsions politiques à l'UE, surtout en matière de politique économique. Mais je souhaite également qu'elle pèse de plus en plus sur les grandes orientations de la politique étrangère de l'Union. Désormais, chaque fois que le Conseil européen se réunira, il y aura une discussion sur la politique étrangère - en particulier sur les messages que M. Barroso et moi-même aurons à délivrer lors des sommets de l'UE avec des pays tiers.
De façon plus large, plus globale, je m'efforce d'améliorer autant que possible la coordination entre les institutions de Bruxelles et les États membres. C'est pourquoi je rencontre une fois par semaine M. Barroso et une fois par mois le chef de l'État qui assure la présidence tournante de l'UE. Et après chaque Conseil européen je me rends au Parlement européen : j'y discute de façon informelle avec les chefs des groupes politiques et je leur explique ce qui s'est passé lors du Conseil. Je n'y suis pas obligé, mais je le fais systématiquement. Enfin, je visite régulièrement les capitales des pays de l'UE pour voir tout le monde.
En un mot, je suis un coordinateur, un facilitateur, un chercheur de compromis. Ce qui m'intéresse, c'est de trouver un consensus entre toutes les parties, et non de me mettre en avant. Bien sûr, les médias préfèrent les dirigeants qui jouent des coudes pour être au premier plan, qui multiplient les déclarations fracassantes, qui pensent être la personnalité la plus importante de l'Europe... Peu importe. Mon rôle est, à la rigueur, celui d'un primus inter pares. Je ne saurais trop conseiller à mes successeurs d'adopter cette méthode de travail et cet état d'esprit ; sinon, ils échoueront en l'espace d'une semaine ou d'un mois.

L. R. - Vous évoquez vos successeurs. J'en profite pour vous demander si vous serez candidat à un second mandat de deux ans et demi, en 2012...

H. V. R. - Je ne peux pas vous donner ma réponse aujourd'hui. Très sincèrement, je ne me déciderai que début 2012. En ce moment, je n'ai pas le temps de m'attarder sur cette question... qu'on m'a d'ailleurs posée dès le premier jour de mon entrée en fonctions !

L. R. - Votre nomination en novembre 2009 doit beaucoup au soutien de la France et de l'Allemagne. On a l'impression que ces deux pays décident de tout et qu'ils ont tendance à brusquer leurs partenaires, comme lors de la déclaration de Deauville (7). Que répondez-vous à ceux qui affirment que vous prenez vos ordres à Paris et à Berlin ?

H. V. R. - À elles deux, la France et l'Allemagne constituent la moitié du poids économique de la zone euro. Or, comme je vous l'ai dit, ma première année à ce poste a été précisément consacrée à gérer les problèmes de cette zone. Dès lors, passer outre l'avis de la France et de l'Allemagne aurait été assez difficile !
Quant au soutien dont ma candidature a bénéficié à Paris et à Berlin, il n'y a là rien de nouveau. De ce point de vue, je me situe dans la continuité de mes prédécesseurs belges Jean-Luc Dehaene - qui avait obtenu l'appui de Helmut Kohl et de François Mitterrand lors de sa candidature à la présidence de la Commission européenne en 1994 - et Guy Verhofstadt, qui était en 2004 le candidat quasi officiel de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder à ce même poste (8).
Pour ce qui est de la déclaration de Deauville, je reconnais qu'on a connu des initiatives plus heureuses... Mais il est essentiel que la France et l'Allemagne s'entendent. Ce qui n'est pas toujours évident... Quand je suis entré en fonctions, j'ai dû inviter dans mon bureau le président français et la chancelière allemande parce qu'ils avaient des opinions divergentes sur la meilleure façon de réagir à la crise grecque. Il m'appartenait d'essayer de trouver un compromis. J'ai mis un texte sur la table et nous sommes tombés d'accord en un quart d'heure, après des journées de différends (9). À cause de cette réunion impromptue, j'ai dû retarder le début du Conseil européen ; je peux vous dire que les autres dirigeants n'étaient pas contents du tout. Je leur ai soumis le texte. Ils n'ont pas applaudi, mais ils ont accepté...
Quoi qu'il en soit, et comme cet exemple l'illustre, je vous assure que les positions de la France et de l'Allemagne sont loin d'être systématiquement identiques. Alors, à ceux qui m'accusent de prendre mes ordres à Paris et à Berlin, je réponds que j'aurais bien du mérite à exécuter des ordres souvent contradictoires !

L. R. - Comment fonctionne votre « ménage à trois » avec le président de la Commission José Manuel Barroso et la Haute Représentante Catherine Ashton ?

H. V. R. - Je ne dois pas me forcer pour dire qu'il n'y a pas de problème ! Bien sûr, au début, on tâtonne un peu car on ne se connaît pas. Il y a toujours des gens pour aller mettre en garde l'un de nous trois contre le risque que les deux autres empiètent sur ses prérogatives ; il y a la pression de la presse... Mais je trouve que nous nous en sortons bien. J'ai mentionné, tout à l'heure, mes rencontres hebdomadaires avec M. Barroso. Elles donnent des résultats très positifs. C'est une idée très simple que j'avais déjà mise en pratique sur la scène politique belge. Par ce mécanisme élémentaire, on se découvre et on finit par s'apprécier. Nous avons dû régler certains problèmes, à commencer par la représentation de l'Union au G20. M. Barroso et moi avons conclu un accord écrit dans lequel nous nous sommes entendus pour représenter l'Union ensemble. Je parle au nom de l'UE à propos de la politique extérieure ; lui s'exprime sur tout ce qui relève des compétences communautaires. Bien sûr, entre ces deux dimensions, il y a une zone grise et il nous faut donc accorder nos violons. C'est ce que nous faisons en permanence. Résultat : au G8-G20 de Toronto, ainsi qu'au G20 de Séoul, nous sommes intervenus tous les deux, mais jamais sur les mêmes dossiers.

L. R. - Qu'en est-il lorsque vous rencontrez des dirigeants étrangers, comme le président Barack Obama en novembre 2010 à Lisbonne lors de la réunion UE-États-Unis ? Y a-t-il un ordre protocolaire pour la prise de parole entre vous deux ?

H. V. R. - C'est moi qui préside la réunion. J'ouvre donc la réunion et je donne la parole, après mon introduction, au président Barroso, puis à l'invité. C'est ce qui s'est passé lors de notre rencontre avec le président Obama.

L. R. - Le président américain avait donné le sentiment de se désintéresser de l'Union européenne en ne se rendant pas à un sommet UE/États-Unis qui s'était tenu à Madrid au printemps 2009. Avez-vous pu aplanir ce différend ?

H. V. R. - Je crois que la présidence espagnole de l'UE, au premier semestre 2009, était allée trop vite en besogne en annonçant que ce sommet aurait lieu en mai 2009. Il ne faut pas oublier qu'Européens et Américains s'étaient déjà vus en novembre 2008. Et quelques mois plus tard, voilà qu'un nouveau sommet était prévu, alors qu'en principe ces rencontres sont annuelles... Quoi qu'il en soit, pour des raisons que je comprends - mais sur lesquelles je ne veux pas m'attarder -, les Espagnols ont annoncé cette date. Mais il n'y avait pas d'accord sur ce point au sein de l'UE. Quand on lance une date, il faut être sûr de son coup ! Cependant, il faut ramener cet épisode à ses justes proportions : la présidence espagnole a commis une faute de communication ; il n'y a là rien de bien grave au final. Et comme je viens de vous le dire, le président Obama est, naturellement, venu à Lisbonne pour participer au dernier sommet UE/États-Unis qui a eu lieu, comme prévu, en novembre 2010.

L. R. - Justement, qu'avez-vous pensé de lui ? Êtes-vous sorti de ce sommet rassuré quant à l'intérêt que les États-Unis portent à l'Europe, alors qu'on les suspecte de se tourner toujours davantage vers l'Asie et, en particulier, vers la Chine ?

H. V. R. - D'abord, permettez-moi de vous rappeler que l'Europe est importante en soi ! Elle représente 20 % du PIB mondial, c'est-à-dire plus que les États-Unis. Nous sommes également la plus grande puissance commerciale de la planète. Par surcroît, nous contribuons pour moitié à l'aide mondiale au développement - ce qui, vous en conviendrez, n'est pas insignifiant ! La façon dont les autres pays nous considèrent n'y change rien : l'UE est un acteur international de tout premier plan.
Pour répondre à votre question, je constate que, ces derniers mois, les Américains ont été confrontés à des problèmes avec la Chine - sur le plan économique, mais pas seulement... Ces problèmes les ont probablement aidés à se rappeler qui sont leurs vrais alliés. Il y a eu un vrai rapprochement entre l'UE et les États-Unis depuis quelques mois, et nous l'avons très nettement ressenti lors du sommet de Lisbonne. Même si, bien entendu, nous ne sommes pas d'accord sur tout, y compris sur le plan économique (10).

L. R. - L'Europe n'aurait-elle pas un intérêt stratégique à se rapprocher de la Russie, comme l'ont d'ailleurs fait récemment Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ? Un tel rapprochement ne lui permettrait-il pas de peser davantage dans les grandes négociations internationales, en particulier face aux États-Unis ?

H. V. R. - Je ne pense pas que l'on doive envisager les relations avec la Russie dans cet esprit. Actuellement, ce pays et, spécialement, son président, Dmitri Medvedev, cherche à établir de nouveaux rapports avec l'Europe et avec les États-Unis. La reprise des négociations START (11) entre M. Obama et M. Medvedev ; la présence de M. Medvedev à Lisbonne en marge du sommet de l'Otan en novembre dernier ; l'invitation à participer à la mise en oeuvre d'un bouclier antimissile adressée à la Russie... tout cela est assez remarquable ! M. Barroso et moi-même soutenons à fond M. Medvedev, en particulier sa politique économique. Nous sommes d'ailleurs allés le voir ensemble en juin 2010 à Rostov-sur-le-Don. Mais, au-delà des mots, il faut obtenir des résultats concrets, comme l'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les négociations entre l'UE et la Russie à ce sujet ne sont pas achevées ; mais on sent, de part et d'autre, une volonté sincère d'aboutir. L'entrée de la Russie dans l'OMC serait un élément-clé dans son processus de modernisation. Il n'existe rien de mieux que le libre-échange pour améliorer la compétitivité de l'industrie d'un pays.

L. R. - Le monde, et donc l'Europe, est aujourd'hui confronté à un « arc de crise » qui s'étend de la Corne de l'Afrique jusqu'au Pakistan. On retrouve dans cet arc de nombreuses zones d'instabilité et des conflits non résolus (chaos somalien, conflit israélo-palestinien, guerres d'Irak et d'Afghanistan, confrontation avec l'Iran sur la question nucléaire). Sur tous ces dossiers, on a l'impression que l'UE ne pèse pas autant que les États-Unis...

H. V. R. - Chaque cas est différent. Prenons l'Iran. J'ai rencontré à Bruxelles le vice-président américain Joe Biden. J'étais accompagné de José Manuel Barroso. Biden nous a demandé : « Qu'en est-il de l'Iran ? Quand allez-vous lui imposer des sanctions additionnelles ? » Nous lui avons répondu qu'il n'existait pas encore d'accord sur ce sujet entre les Vingt-Sept et que nous allions travailler à l'élaboration d'un texte commun. Déception américaine. Quelques semaines plus tard, l'accord a été finalisé. Ces sanctions additionnelles (12) sont extrêmement efficaces. Elles ont des effets concrets sur la vie politique interne de l'Iran. Pour la première fois dans ce dossier, on a l'impression d'avoir imposé des sanctions qui font réellement mal ! Les Américains ont été agréablement surpris que nous ayons réussi à nous entendre. Résultat : c'est Mme Ashton qui est allée seule, le 6 décembre, rencontrer à Genève Saïd Jalili, le négociateur iranien, au nom du « Groupe des six » (13). Mme Ashton parle non seulement au nom de ce groupe, mais également au nom des 27 membres de l'UE. Mieux encore : au nom de la Chine et de la Russie, membres du Conseil de sécurité de l'ONU. C'est la preuve que nous jouons un rôle plus important qu'auparavant dans le dossier iranien. C'est l'avantage de parler d'une seule voix.

L. R. - En diriez-vous autant de la position européenne sur le conflit israélo-palestinien ?

H. V. R. - Avant mon entrée en fonctions, en décembre 2009, les membres de l'UE s'étaient mis d'accord sur une approche politique commune des problèmes du Moyen-Orient. Cette approche se fonde sur les résolutions des Nations unies concernant le retour aux frontières de 1967, le statut de Jérusalem, etc. Comme vous le voyez là aussi nous parlons d'une seule voix et notre position est parfaitement claire. Je veux également souligner l'ampleur de l'aide que l'UE apporte aux autorités palestiniennes : un milliard d'euros par an. Sans nous, il n'y aurait pas d'Autorité palestinienne ! Les Américains savent très bien que nous avons une grande importance dans la région. Il n'empêche que, en ce qui concerne les négociations entre Israéliens et Palestiniens, les États-Unis tiennent traditionnellement un rôle majeur, et nous l'acceptons - d'autant que nous coopérons avec eux dans le cadre du Quartette (14) et qu'ils doivent donc tenir compte des sensibilités européennes sur cette question. Et je ne vous révèle rien de nouveau en disant que, dans notre vision, les préoccupations des Palestiniens tiennent plus de place que dans la vision américaine.

L. R. - Ce positionnement ne constitue-t-il pas un handicap dans les relations de l'UE avec Israël ? N'aboutit-il pas à laisser les États-Unis exercer seuls leur influence sur la politique de ce pays ?

H. V. R. - Je vais être très prudent sur ce sujet car je suis diplomate de nature, sinon de profession : je ne pense pas qu'à l'heure actuelle les États-Unis exercent toute l'influence qu'ils souhaiteraient sur le gouvernement d'Israël.

L. R. - Pouvez-vous préciser votre pensée ?

H. V. R. - Je veux simplement dire que les États-Unis et Israël sont deux États réellement indépendants. Si quelqu'un en doutait encore, les événements de ces derniers mois ont apporté la preuve qu'Israël ne se laissait dicter sa politique par personne (15)...

L. R. - Revenons en Europe. La question des frontières de l'UE a retrouvé le devant de la scène à l'occasion du débat sur une éventuelle adhésion de la Turquie. Quelle est votre position sur cette question ?

H. V. R. - En 1999, le Conseil européen a accepté le principe de la candidature de la Turquie. C'est une décision très importante dans la mesure où elle implique qu'un pays qui n'appartient pas géographiquement au continent européen - à l'exception d'une très petite partie de son territoire - peut avoir vocation à entrer dans l'Union. Des négociations ont donc démarré. Elles sont difficiles, notamment sur le problème de Chypre (16), mais elles avancent petit à petit. Cela dit, étant très respectueux des décisions prises avant mon arrivée à la tête du Conseil, je ne porterai pas de jugement de valeur sur l'acceptation de cette candidature.

L. R. - Au cours de l'été 2010, les relations entre la France et la Commission européenne ont été tendues à la suite des mesures d'expulsion prises par le gouvernement français à l'encontre des Roms originaires de pays membres de l'UE. Quelles conclusions avez-vous tirées de cette affaire ?

H. V. R. - Tout d'abord, la France a parfaitement le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer l'ordre public sur son territoire. Mais la Commission européenne a, elle aussi, parfaitement le droit d'enquêter pour établir si les décisions d'un État membre sont en concordance avec le droit communautaire. Enfin, j'ai pris acte de la réaction de José Manuel Barroso aux déclarations, disons... un peu vives à l'égard de la France de Viviane Reding, vice-présidente de la Commission (17). Je constate aujourd'hui que la France n'a pas été mise en demeure de se conformer au droit communautaire sur ce sujet. Pour l'avenir, je pense qu'il faut approfondir la politique européenne relative au problème des Roms. Certains d'entre eux sont très mal intégrés dans les pays où ils résident. La présidence hongroise, qui est arrivée aux manettes le 1er janvier 2010, y travaille avec d'autant plus d'ardeur qu'il existe, sur le sol hongrois, une importante communauté rom.

L. R. - Quels dossiers en cours concernant l'élargissement de l'UE souhaiteriez-vous voir avancer au cours de votre présidence ?

H. V. R. - Je suis très attaché à faire progresser l'adhésion des pays des Balkans occidentaux (18). J'ai la conviction profonde que si l'on ne donne pas à ces pays une perspective d'entrée prochaine dans l'UE, on pourrait assister à une dégradation de la situation. Peut-être pas à une reprise de la guerre des années 1990, mais à une montée dangereuse des tensions. C'est dans cette région que les dernières séquelles de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide se sont manifestées. Nous devons absolument consolider la paix et la démocratie dans cette partie de l'Europe.

L. R. - Le blocage politique en Belgique depuis les élections de juin 2010 vous inquiète-t-il ? Votre pays n'est-il pas sur la voie d'une scission entre les Flamands et les francophones ?

H. V. R. - Je ne suis pas inquiet pour la survie de la Belgique, mais je le suis pour la stabilité politique du pays. Je constate que les réformes de l'État, pourtant nécessaires, n'avancent pas. Mais la Belgique en tant que telle n'est pas menacée, à mon sens. La raison en est très simple : il faut être vingt fois plus conciliant pour se séparer que pour rester ensemble ! Les problèmes que poserait une éventuelle séparation sont si gigantesques - ne serait-ce que sur la question des frontières - qu'il est beaucoup plus facile de se mettre d'accord sur davantage de fédéralisme. De plus, il apparaît que les Belges eux-mêmes ne souhaitent pas, en majorité, cette séparation. Tous les sondages le prouvent, même en Flandre. Certes, il existe une partie de la population flamande favorable à l'indépendance. Mais il ne faut pas se méprendre : ce n'est pas parce qu'on vote pour un parti séparatiste qu'on est soi-même séparatiste. À cet égard, laissez-moi vous conter une anecdote. Je me souviens d'avoir effectué, à la fin des années 1960, un voyage dans le nord de la France avec mon frère. Dans un café, il y avait une discussion très animée entre deux types. L'un déplorait que cinq millions de Français aient voté, aux élections précédentes, pour le parti communiste. L'autre lui rétorquait que cela ne signifiait pas qu'il y avait cinq millions de communistes dans le pays. Il avait tout à fait raison ! Il en va de même en Flandre, dont je suis originaire : ce n'est pas le nombre de séparatistes qui a augmenté, mais le poids des partis séparatistes.

L. R. - Envisagez-vous, à l'issue de votre mandat de président du Conseil européen, de revenir à la politique belge ?

H. V. R. - J'ai 63 ans. Je n'ai pas l'intention de vieillir en politique. La relève est, d'ailleurs, prête. Pour votre information, j'ai un fils qui siège au Sénat de Belgique...
Notes :

(1) Adoptée en juin 2010, la stratégie 2020, remplaçant la stratégie de Lisbonne qui l'avait précédée, ambitionne de renforcer en une décennie les perspectives économiques de l'Europe, comparativement faibles par rapport aux États-Unis et à l'Asie, avec des objectifs mesurables fixés pays par pays. Elle définit trois priorités - la recherche et l'innovation ; la croissance verte ; et l'emploi - et une série d'objectifs concrets. Parmi ces objectifs, citons le passage du niveau d'investissement en recherche et développement de 1,9 % du PIB de l'UE actuellement à 3 % ; la hausse du taux d'emploi des 20-64 ans de 69 % à 75 % ; ou encore la réduction de la pauvreté.
(2) La stratégie de Lisbonne avait été lancée, elle, en 2000, lors d'un sommet européen tenu dans la capitale portugaise. Son objectif était de faire de l'Union européenne « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » à l'horizon 2010. Objectif manqué, faute d'incitations suffisantes ou d'éléments contraignants.
(3) Groupe de travail piloté en 2010 par Herman Van Rompuy et réunissant la plupart des ministres des Finances européens. Son travail a constitué à durcir le Pacte de stabilité européen - un mécanisme censé faire respecter la discipline budgétaire commune en Europe (niveaux des déficits et de la dette), mais qui s'est révélé inopérant. À la suite de ses travaux, il a été décidé que les États trop laxistes seraient sanctionnés plus facilement et plus en amont. Les pays européens devront faire viser leurs projets de budgets nationaux par Bruxelles avant leur adoption par leurs Parlements respectifs. Enfin, il est prévu de créer un mécanisme permanent de secours pour les pays de la zone euro qui connaîtraient des difficultés financières.
(4) Au début du mois de mai 2010, l'Europe, aidée du Fonds monétaire international, a dû se résoudre à mettre sur pied dans l'urgence un plan de prêt de 110 milliards d'euros à la Grèce, menacée de faillite. Dans la foulée, pour sauver l'euro attaqué par les marchés financiers, il a été décidé de créer un Fonds de secours temporaire, pour trois ans, en faveur d'autres pays de la zone euro qui connaîtraient des difficultés de trésorerie. Ce dispositif est doté de 750 milliards d'euros, dont 250 milliards du FMI. Il est prévu de puiser dans ce fonds pour financer les 85 milliards d'euros de prêts promis fin 2010 à l'Irlande.
(5) Le poste de Haut Représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité a été créé sous cette appellation en décembre 2009 par le traité de Lisbonne et attribué à la travailliste britannique Catherine Ashton. Mme Ashton est censée coordonner l'action diplomatique européenne au niveau des ministres des Affaires étrangères, tandis que Herman Van Rompuy doit le faire au niveau des chefs d'État et de gouvernement.
(6) Le taux de participation enregistré lors de ce scrutin a été de 42,94 % au niveau européen et de 40,63 % en France.
(7) Le 18 octobre, en marge d'un sommet tripartite à Deauville avec le chef d'État russe Dmitri Medvedev, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont publié une déclaration qui a fait grand bruit sur l'avenir de la zone euro. Ils y disaient vouloir engager une modification du traité de Lisbonne afin de permettre la création d'un mécanisme permanent de sortie de crise pour les pays en difficulté financière. Ils souhaitaient, aussi, que les banques et les fonds privés détenteurs de dette publique contribuent à ce fonds. Ils proposaient, enfin, d'examiner la possibilité de priver de droit de vote dans les instances de l'UE les pays trop laxistes sur le plan budgétaire. L'initiative a été vécue comme un « diktat » franco-allemand par de nombreux partenaires européens de Paris et de Berlin, qui n'avaient pas été consultés. Elle a été peu appréciée par Herman Van Rompuy qui, au même moment, tentait précisément de parvenir à un accord sur le sujet avec l'ensemble des pays de l'UE au sein de sa « Task Force ».
(8) En 2004, il fallut renouveler le poste de président de la Commission européenne. Le libéral belge Guy Verhofstadt fut d'abord considéré comme favori, fort du soutien du président français Jacques Chirac et du chancelier allemand Gerhard Schröder. Mais le premier ministre britannique Tony Blair mit son veto à sa candidature, jugeant Verhofstadt trop fédéraliste européen. C'est en fin de compte le Portugais José Manuel Barroso qui s'imposa comme candidat de compromis. Il a été réélu pour un second mandat en 2009.
(9) Dès le début de l'année 2010, la France a rapidement milité pour une aide financière en faveur d'Athènes, afin d'éviter une contagion qui risquait de s'étendre au reste de la zone euro. Mais Angela Merkel a refusé pendant plusieurs mois de faire payer ses contribuables, estimant d'abord que les Grecs étaient responsables de l'envolée de leurs déficits publics et qu'ils devaient se débrouiller seuls en adoptant des mesures d'austérité. Entre février et début mai, du fait de ce désaccord, l'Europe a donné une impression d'immobilisme et d'hésitation pendant que la zone euro prenait de plus en plus l'eau. Lorsque la crise grecque est devenue une crise de l'euro, Berlin a fini par accepter un plan européen de sauvetage, en échange de l'intervention concomitante du FMI et d'un plan de rigueur drastique en Grèce.
(10) Les principaux points de désaccord entre les États-Unis et l'Europe portent sur des subventions publiques ou des commandes militaires faites à certaines industries clés, comme l'aéronautique, et sur la politique de lutte contre le réchauffement climatique, où les États-Unis freinent l'adoption de mesures contraignantes de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
(11) Acronyme de « Strategic Arms Reduction Treaty », ou Traité de réduction des armes stratégiques. Il désigne des accords américano-soviétiques ou américano-russes visant à réduire les arsenaux nucléaires des deux superpuissances. START I a été signé en 1991 ; START II en 1993 mais n'a jamais été mis en pratique malgré des ratifications des deux côtés. START III a été signé en avril 2010. Ce nouveau START prévoit une réduction de 30 % du nombre de têtes nucléaires détenues par les deux superpuissances atomiques - elles concentrent à elles seules plus de 90 % des armes de ce type - et des vérifications mutuelles plus transparentes.
(12) Le Conseil européen du 26 juillet 2010 a adopté le principe de « sanctions additionnelles » contre l'Iran, qui s'ajoutent à celles déjà prises par le Conseil de sécurité de l'ONU. Elles portent notamment sur le blocage des avoirs iraniens dans des banques européennes, l'interdiction d'assistance technique et de transferts de technologie dans des secteurs « sensibles » et l'embargo sur la livraison de produits pétroliers raffinés.
(13) Le groupe de pays dit des « Six » négocie avec l'Iran sur son programme nucléaire. Il rassemble les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France) et l'Allemagne. Il tente de convaincre Téhéran d'accepter un strict encadrement de son programme d'enrichissement d'uranium pour s'assurer qu'il n'a pas pour but de fabriquer la bombe atomique - ce que soupçonne une bonne partie de la communauté internationale - et qu'il n'a que des visées civiles, comme l'affirme l'Iran.
(14) Le Quartette pour le Moyen-Orient est un groupe formé de quatre acteurs ayant pour objectif de jouer un rôle de médiation dans le processus de paix israélo-palestinien : les États-Unis, la Russie, l'Union européenne et les Nations unies. Le groupe fut créé en 2002. Tony Blair est l'envoyé spécial actuel du Quartette.
(15) En décembre 2010, le gouvernement de Benyamin Netanyahou a rejeté la proposition des États-Unis de prolonger de trois mois le moratoire sur les constructions dans les colonies juives de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, provoquant le blocage des négociations directes avec les Palestiniens.
(16) L'occupation par la Turquie depuis 1974 de la partie nord de l'île de Chypre constitue un différend majeur entre Ankara et l'Union européenne et ralentit significativement le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE. Depuis 1974, Chypre (y compris sa capitale Nicosie) est divisée en deux entités séparées. La République de Chypre (où vivent les Chypriotes grecs) est la seule entité internationalement reconnue. Elle dispose d'un siège à l'ONU et est membre de l'Union européenne. Elle est réputée exercer sa souveraineté sur l'ensemble de l'île mais ne peut pas le faire dans la partie nord, que contrôle l'autoproclamée République turque de Chypre du Nord (RTCN), qui n'est reconnue que par Ankara. Les efforts de rapprochement sous l'égide de l'ONU n'ont jusqu'ici rien donné.
(17) Le 14 septembre 2010, la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding, également vice-présidente de la Commission, avait comparé les expulsions de Roms bulgares et roumains entreprises par le gouvernement français depuis l'été précédent avec les déportations de la Seconde Guerre mondiale. Cette déclaration lui avait valu en retour des protestations très fermes de Paris. José Manuel Barroso, tout en lui apportant son « soutien personnel » dans ce dossier, avait néanmoins jugé ses propos « exagérés ». Bruxelles a par la suite menacé la France d'une procédure pour violation de la législation de l'UE (pour application insuffisante d'une directive de 2004 sur la libre circulation). Suite à des garanties de Paris qui a promis d'amender sa loi nationale, la Commission a renoncé à cette procédure. Tout comme elle a renoncé à toute poursuite pour discrimination à l'égard d'une minorité.
(18) L'Union européenne a offert à tous les pays des Balkans occidentaux une perspective d'adhésion à terme. Cette région regroupe l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie, tous - Albanie mise à part - ex-républiques yougoslaves. À ce jour, la Slovénie est le seul pays issu de l'éclatement de la Yougoslavie à être entré dans l'UE. Les autres frappent à la porte du bloc des Vingt-Sept. La Croatie devrait être le prochain à adhérer.