Politique Internationale - La Revue n°132 - ÉTÉ - 2011

sommaire du n° 132
ARABIE SAOUDITE : DEMAIN, LA TEMPETE ?
Article de Madawi AL-RASHEED
Professeur invité au Centre d'études du Moyen-Orient de la London School of Economics.
in english
en español
en français
« Ces fous ne comprenaient pas qu'ils ne faisaient que récupérer une portion de ce qui leur appartenait, et que leur souverain n'aurait pas pu leur offrir quoi que ce soit s'il ne le leur avait pas pris au préalable. »
Étienne de La Boétie (1)
Si l'Égypte célèbre l'arrivée du printemps par un festival de la floraison - le sham al-nasim -, dans la péninsule arabique cette saison s'annonce généralement par d'étouffantes tempêtes de sable, les riyah al-khamasin, qui soufflent sur les hommes et sur les paysages quelque cinquante jours durant. Ces climats ne sont pas favorables au jasmin tunisien ou à la floraison égyptienne. Dans le désert d'Arabie, contrée des interventions divines, du glaive et de l'or noir, les révolutions sont bien souvent balayées par les tempêtes de sable. Depuis janvier 2011, le régime saoudien s'est efforcé de couper court à toute réplique locale des printemps arabes de Tunisie et d'Égypte. Ce phénomène a cependant fini par atteindre la petite île voisine de Bahreïn et, même, les zones pétrolifères du royaume saoudien. Le régime a alors eu recours à sa stratégie classique : mise en avant du caractère sacré de l'obéissance de la population aux dirigeants ; exacerbation des divisions sectaires ; politiques répressives ; et distribution de prébendes. Ces efforts cumulés ont suffi, pour le moment, à contenir l'euphorie qu'avait engendrée le printemps arabe. Il n'en reste pas moins que l'avenir apparaît très incertain : le pays demeure sujet à divers types de turbulences internes. Le présent article offre un panorama de la politique saoudienne pendant le « printemps arabe » et explore les trois stratégies classiques - religieuse, sécuritaire et économique - employées par le régime afin de contenir la contestation intérieure. Mais ces multiples méthodes permettront-elles au pouvoir de Riyad de résister au vent du changement ? L'évolution de l'équilibre politique dans la région et au-delà pourrait bien, à l'avenir, mettre le régime en grande difficulté...
Le « Jour de colère » de l'Arabie saoudite
Quelques jours après la démission du président égyptien Hosni Moubarak, intervenue le 12 février 2011, des activistes saoudiens ont annoncé sur Facebook la tenue d'un « Jour de colère », désigné par la formule thawrat hunayn qui évoque une bataille symbolique entre la foi et l'apostasie à l'époque du prophète Mahomet. La nouvelle génération de web-citoyens a décidé que la mobilisation se produirait le 11 mars. Tous savaient que les manifestations sont interdites dans le pays. Par le passé, les activistes qui avaient annoncé leur intention de prendre part à des manifestations avaient été rapidement arrêtés (2). Mais tandis que ces appels à manifester étaient relayés dans le monde virtuel (3), des événements très concrets allaient se produire dans le monde réel.
Le 14 février, de l'autre côté du fameux pont reliant la petite île de Bahreïn à l'Arabie saoudite, des milliers de Bahreïnis ont défilé jusqu'au centre de Manama et pris le contrôle du rond-point de la Perle, à défaut de place comparable à la place Tahrir du Caire. Bien sûr, les Bahreïnis manifestaient déjà depuis des décennies dans leurs petits villages à l'écart des grands axes. Mais, cette fois, voyant à quel point il était difficile aux dirigeants de la région de contenir l'euphorie née du printemps arabe, ils ont osé occuper une partie importante du réseau routier de Manama et bloquer le quartier bancaire et financier de la ville.
La détermination des protestataires n'a fait que croître quand, le 17 février, les forces de sécurité bahreïnies ont tué six manifestants au rond-point de la Perle (4). Les Al-Khalifa, famille régnante à Bahreïn, incapables de régler le problème, ont alors fait appel au Conseil de coopération du Golfe (CCG) et, tout spécialement, au régime de Riyad, que l'impact du printemps arabe sur son petit voisin préoccupait beaucoup. À l'issue de plusieurs rencontres entre les ministres des Affaires étrangères et divers officiels du CCG, des troupes saoudiennes (soutenues par un contingent numériquement insignifiant, mais important d'un point de vue symbolique, en provenance des Émirats arabes unis) ont été acheminées à Bahreïn pour prêter main-forte aux Al-Khalifa dans l'une de leurs confrontations les plus violentes avec l'opposition. Le « Bouclier du désert », une force militaire du CCG, allait être testée pour la première fois - et cela, non pas pour défendre les six États fondateurs contre des menaces externes, mais pour sauver la famille régnante de l'un de ces États. Le Koweït, Oman et le Qatar se sont gardés d'envoyer des troupes, mais ont apporté leur soutien verbal à Manama. La chaîne de télévision Al-Jazeera a présenté le mouvement démocratique de Bahreïn comme une révolte sectaire chiite avant de cesser de diffuser des reportages en provenance du pays au cours des semaines suivantes, ce qui a permis aux Al-Khalifa de bénéficier d'un éclairage médiatique positif. Le Koweït, lui, se montrait hésitant car sa minorité chiite, loyale, devait être apaisée en cette période de tensions avec l'Iran. Le Qatar était occupé par son implication dans les activités du Conseil national de transition en Libye et par le transport du pétrole libyen via des navires qataris. Par surcroît, pendant des semaines, les États du CCG se sont échinés à trouver une solution acceptable à une autre révolution, plus dangereuse pour la sécurité de la péninsule arabique : celle visant le régime d'un vieil allié de l'Arabie saoudite, le président Ali Abdullah Saleh au Yémen.
Le 14 mars, les troupes saoudiennes ont traversé la frontière séparant l'Arabie saoudite de Bahreïn. Les soldats juchés sur des chars formaient le V de la victoire avec les doigts. Mais contre qui allaient-ils obtenir cette victoire : contre les manifestants pacifiques de Bahreïn, contre l'Iran ou contre les deux ? Des Jeep militaires rouges transportant des effectifs des services de renseignement et de sécurité ont suivi. Leur objectif : protéger les souverains de Bahreïn et renforcer l'emprise saoudienne sur la situation (5). Quelques jours plus tard, les protestataires, mis en joue par les militaires, étaient chassés du rond-point de la Perle. Encore une semaine, et les bulldozers détruisaient le rond-point - manière typique, dans ce Golfe gorgé de pétrole, d'effacer les aspects déplaisants du passé. Comme si le bulldozer pouvait réussir là où la corruption et l'usage de la force avaient échoué.
L'Arabie saoudite avait triomphé. La presse officielle, ravie, présenta l'épisode exactement de la façon dont le régime voulait qu'il soit perçu : les défenseurs de l'islam sunnite avaient sauvé le Golfe entier des chiites pro-iraniens. En mobilisant la population autour d'une campagne iranophobe savamment orchestrée, le régime saoudien a prouvé à ses sujets mais, aussi, aux gouvernements occidentaux (qui suivaient la situation de près) qu'il saurait écraser brutalement toutes les contestations à venir. Le régime voulait également faire croire que la majorité des Saoudiens sont heureux de leur sort et que toute demande de réforme politique ne pouvait que relever d'une conspiration irano-chiite visant à déstabiliser le coeur sunnite de l'islam. Plus important : il voulait que ses sujets sunnites, majoritaires, applaudissent sa détermination à expulser toute influence iranienne et chiite de la péninsule. Enfin, un message fort a été envoyé à Barack Obama : à l'avenir, le président américain devra y réfléchir à deux fois avant de se faire l'écho de slogans favorables à la démocratie et aux droits de l'homme dans cette partie du globe. De tels slogans ne conviennent guère à un allié comme l'Arabie saoudite. Certes, le régime a temporairement bloqué la diffusion de sentiments révolutionnaires dans les pays du CCG et détruit le mouvement démocratique de Bahreïn. Mais il serait erroné de penser que la situation est définitivement réglée. Il n'est pas exclu, en effet, que dans un futur proche des confrontations encore plus violentes éclatent à Bahreïn et, aussi, de l'autre côté du pont le reliant à l'Arabie saoudite.
La dispersion des manifestations saoudiennes
Alors que le vent du printemps arabe avait atteint Oman et le Yémen (6) et que le mouvement démocratique de Bahreïn continuait de défendre sa cause, l'Arabie saoudite a été confrontée à ses propres contestataires chiites, dans la province orientale, riche en pétrole. Quelques heures à peine avant le « Jour de colère », des chiites saoudiens ont lancé des actions de protestation pacifique à Qatif, Awamiyya, Sayhat et dans d'autres villes et villages. Des journalistes de l'agence Reuters et de la BBC ont afflué dans la région, où ils ont été placés sous une lourde escorte gouvernementale (7). Les forces de sécurité ont rapidement dispersé les manifestants ; bon nombre d'arrestations ont suivi. Le cheikh chiite Nimr al-Nimr, qui s'était prononcé en faveur de l'indépendance de la province orientale et avait soutenu des projets de mise en place d'une monarchie constitutionnelle, a été arrêté. Des journalistes étrangers ont rapidement publié des reportages révélant l'ampleur de la répression. Ulf Laessing, de Reuters, a été expulsé du pays 48 heures après avoir écrit un article sur les manifestations à Qatif et à Riyad (8). Les troubles de Qatif se sont étendus à d'autres villes saoudiennes. Les notables chiites de la province orientale se sont précipités à Riyad pour faire acte d'allégeance au roi et demander la libération des prisonniers politiques - un geste destiné à apaiser la situation et à montrer leur bonne volonté. Certains prisonniers, dont le cheikh al-Nimr, furent libérés mais d'autres restèrent en prison (9).
À Riyad, Muhammad al-Wadani, un jeune activiste d'Internet, a posté sur Youtube un enregistrement vidéo dans lequel il lisait une déclaration appelant à l'avènement de la démocratie, au respect des droits de l'homme et à une politique créatrice d'emplois. En écho au slogan de la révolution égyptienne, il affirma que « le peuple veut la chute du régime ». Le 7 mars, alors que les manifestations chiites démarraient à peine dans la province orientale, il sortit de la mosquée al-Rajhi dans le centre de Riyad, accompagné d'un groupe de compagnons désireux de lancer une manifestation pacifique. Jeune et souriant, al-Wadani portait avec décontraction un sac à dos noir sur la traditionnelle longue tunique blanche immaculée et tenait au-dessus de la tête une pancarte blanche annonçant un défilé pacifique. Il a rapidement été interpellé par des agents des forces de l'ordre en civil, qui l'ont arraché à la foule, poussé dans leur véhicule et emmené vers une destination inconnue. Ses aînés de la tribu de Dawasir ont accouru à Riyad pour renouveler leur allégeance au régime. Ils ont immédiatement publié un communiqué par lequel ils reniaient leur fils irresponsable, victime d'après eux de la propagande étrangère. Les autorités, quant à elles, voulaient envoyer un message à la jeunesse. Défier les dirigeants vieillissants du pays revenait à défier l'autorité parentale et Dieu lui-même. Les conséquences d'une telle attitude sont le bannissement et la perte du soutien familial, de toute protection et de toute ressource financière. Le régime possède une méthode éprouvée de punition des jeunes rebelles : un emprisonnement à la durée indéfinie, sans procès. Al-Wadani a disparu sans laisser de trace.
La religion au service du pouvoir royal
La religion officielle saoudienne, communément appelée wahhabisme, a été mobilisée pour soutenir le régime face au printemps arabe. De deux façons.
Tout d'abord, les oulémas wahhabites, depuis leurs minarets, ont prévenu leurs fidèles que la colère divine s'abattrait sur eux s'ils prenaient part aux actions de protestation prévues immédiatement après les prières de la mi-journée. Le 7 mars, le Conseil supérieur des oulémas (la plus haute autorité religieuse du pays) a publié une fatwa (opinion religieuse) condamnant les manifestations (10). D'anciens écrits des cheikhs Abdul Aziz Ibn Baz (grand mufti d'Arabie saoudite jusqu'à sa mort en 1999) et Muhammad al-Uthaymin (un autre membre influent du clergé) ont été dépoussiérés pour légitimer les édits religieux récents. Tous les journaux locaux ont présenté sous un jour favorable la fatwa émise contre les manifestations pacifiques. Des milliers d'exemplaires auraient été distribués dans les mosquées et dans les rues, en plus des articles diffusés sur Internet. De nombreux forums de discussion Internet contrôlés par le gouvernement ont publié la fatwa, l'agrémentant de commentaires flatteurs. Cette fatwa était, en réalité, une déclaration politique en faveur du régime bien plus qu'une prise de position religieuse.
Deuxièmement, les autorités religieuses officielles ont mis en garde la population contre une conspiration iranienne-safavide-chiite qui serait dirigée par des exilés saoudiens depuis Londres et Washington, ainsi que par les chiites de la province orientale, et dont le but serait de provoquer la fitna (le chaos) et de diviser l'Arabie saoudite. Ces arguments reposaient sur les opinions traditionnelles des wahhabites vis-à-vis des chiites, historiquement perçus comme des hérétiques et, plus récemment, comme une cinquième colonne agissant au bénéfice de l'Iran. Les autorités religieuses ont rappelé aux croyants la nécessite de l'ijma, c'est-à-dire le consensus autour des pieux dirigeants du pays ; elles ont également averti les fidèles que la division, les affrontements tribaux, la guerre civile et même des bains de sang seraient inévitables si la population répondait aux appels à la manifestation. Des cheikhs wahhabites qui n'étaient pas directement associés au très officiel Conseil supérieur des oulémas et surnommés « néo-wahhabites », comme par exemple Muhammad al-Urayfi et Yusif al-Ahmad, ont obtenu le droit d'attaquer et de dénoncer les croyances des chiites dans les mosquées locales et lors de divers sermons et conférences, tous enregistrés et diffusés sur Youtube. Le cheikh vétéran Nasir al-Omar a rejoint la bataille contre les chiites, renforçant par sa stature les opinions de la génération des « jeunes oulémas ». Ces discours anti-chiites ont fait écho à la rhétorique de la cinquième colonne véhiculée par d'autres autocrates arabes comme Zine al-Abidine Ben Ali, Hosni Moubarak, Hamad al-Khalifa, Mouammar Kadhafi, Bachar el-Assad ou encore Ali Abdullah Saleh. Le régime saoudien a mobilisé ses services de renseignement sur Internet afin de diffuser la rumeur affirmant que les Iraniens se trouvaient derrière les manifestations et que si les sunnites voulaient remporter la victoire, ils se devaient d'ignorer les appels à manifester. La stratégie religieuse de l'Arabie saoudite consistait à évoquer la colère divine, les dissensions sectaires et la haine intercommunautaire pour rejeter les demandes pacifiques de vraies réformes politiques. Les clercs prétendument « indépendants » se sont mis au service des intérêts du régime avec la même ardeur que la bureaucratie officielle.
Tandis que se déployait cette double stratégie religieuse, la presse dite libérale - et, en réalité, aux ordres du pouvoir - a publié une grande quantité d'articles dénonçant le sectarisme. Les intellectuels libéraux attaquèrent les prêcheurs de haine, leur reprochant de véhiculer une vision sectaire du pays, et célébrèrent l'unité nationale, la wataniyya, c'est-à-dire l'appartenance à la nation plus qu'à une secte ou à une tribu. Les journaux saoudiens comme al-Riyadh, al-Jazeera et al-Watan, ainsi que les journaux pan-arabes al-Hayat et al-Sharq al-Awsat, ont lancé une vaste campagne visant tous ceux qui mettent en danger l'unité nationale. Les Saoudiens se sont donc retrouvés exposés à deux discours contradictoires : l'un, religieux, promouvant l'unité sunnite face aux hérétiques chiites ; l'autre, « libéral », dénonçant le sectarisme des clercs religieux. Ces deux présentations contradictoires de la crise entraînent, dans l'opinion publique, une confusion qui ne peut que servir les intérêts du régime et l'aider à repousser à plus tard d'éventuelles concessions politiques. La stratégie du pouvoir entretient la division existant entre les « intellectuels libéraux » et les prêcheurs de haine. Dans ce contexte, le régime apparaît, aux yeux de la population, comme le seul acteur capable de jouer les médiateurs entre les deux camps et de modérer les excès aussi bien des libéraux que des fanatiques religieux. Les Saoudiens ont été convaincus que, sans l'intervention du régime, le pays sombrerait dans un état de nature hobbesien où les tribus, les sectes et les régions s'affronteraient avec violence et où personne ne serait en sécurité.
Mesures de sécurité lors du Jour de colère
Quand vint le jour où étaient prévues les manifestations, des hélicoptères sont descendus du ciel, rappelant l'intimidation exercée contre les contestataires de la place Tahrir au Caire ou contre ceux du rond-point de la Perle à Bahreïn. Les forces de l'ordre se sont déployées partout dans les grandes villes. Un couvre-feu qui n'avait pas été annoncé à l'avance a été instauré à Riyad et à Djedda. À midi, les Saoudiens ont prié comme d'habitude, puis ont sauté dans leur voiture et rejoint leur domicile pour faire la sieste, comme de coutume à cette heure de la journée. Un homme osa cependant défier le couvre-feu. Khalid al-Juhni était un manifestant solitaire. Il s'approcha de la journaliste de la BBC Sue Lloyd Roberts et de son équipe de tournage et leur expliqua qu'il en avait assez de vivre dans une immense prison. Il voulait vivre dans la dignité. Il savait qu'il serait dorénavant suivi par les forces de l'ordre, qui surveillaient la scène, et ne doutait pas qu'il serait bientôt arrêté. « La famille royale ne nous possède pas. J'ai besoin de liberté, or ce pays est une prison. Nous devons avoir un Parlement. Je manifeste parce que la cause en vaut la peine. Je le fais pour mes quatre enfants », déclara-t-il. Il donna à la journaliste son numéro de téléphone portable après lui avoir demandé de le raccompagner jusqu'à sa voiture. Depuis ce jour, al-Juhni ne répond plus au téléphone (11). Il s'est volatilisé mais ses amis, ainsi que ceux d'al-Wadani, continuent de lui rendre hommage sur Facebook.
Depuis le 11 mars, des petites « manifestations » se déploient quasi quotidiennement à Riyad, à Djedda et dans la province orientale. Des hommes et des femmes se réunissent en petits groupes devant des bâtiments gouvernementaux et brandissent des pancartes exprimant des requêtes très précises. Ils défilent jusqu'au ministère de l'Intérieur pour exiger la libération des prisonniers politiques, dont une grande partie sont détenus depuis plus de dix ans sans procès. Des femmes voilées portent des pancartes demandant « Où sont nos enfants ? ». Des institutrices exigent d'être titularisées dans la fonction publique. Les passants regardent ces scènes en silence. Des avocats et des activistes des droits de l'homme sont arrêtés au milieu de la nuit. Le dernier militant emprisonné en date est Muhammad al-Bijadi, qui a fait le voyage de Qasim à Riyad afin de soutenir des femmes en train de manifester, et qui a été arrêté à son arrivée. Des diplômés au chômage s'assemblent autour des ministères du Travail et de l'Éducation dans l'espoir d'obtenir des emplois. Une nuit, à Awamiyya, des femmes entièrement voilées ont lancé ce qu'on appelle la procession Zaynabiyya : elles défilèrent en tenant des bougies en mémoire des martyrs et des prisonniers. Le nom de cette procession, devenue régulière, provient de celui de la petite-fille du Prophète, Zaynab, dont les frères Hassan et Hussein sont les symboles du martyre chiite. Les femmes soutiennent leurs coreligionnaires de Bahreïn, demandent la fin de l'occupation saoudienne de la petite île et rendent hommage aux jeunes hommes qui ont disparu il y a presque seize ans. Les médias locaux et internationaux ne couvrent pas ces manifestations, à l'exception d'une poignée de journalistes qui sont prêts à affronter les conséquences de leur audace - à savoir : la fin de leur carrière de journaliste en Arabie saoudite, une expulsion rapide et l'interdiction de revenir sur le territoire.
Des Saoudiens frustrés mais patients
Le pouvoir sans partage des Al-Saoud
L'Arabie saoudite est une corporation pétrolière dirigée par une dynastie royale. Son régime a beaucoup en commun avec une affaire familiale privée qui sous-traite certaines fonctions à d'autres entreprises - lesquelles, à leur tour, prennent des intérêts dans cette compagnie familiale. Alors que le régime sous-traite sa sécurité aux États-Unis, d'autres acteurs occidentaux comme la Grande-Bretagne, la France et, dernièrement, la Suède fournissent l'entraînement des troupes, la logistique et la technologie. Plus récemment, la volonté de diversifier les sous-traitants a conduit à un rapprochement avec la Chine, la Russie et l'Inde.
Le vieux roi Abdallah joue un rôle de patriarche. Son demi-frère, Sultan, est le prince héritier, mais ces deux hommes ne sont pas les seuls dirigeants ni les seuls preneurs de décisions. Le ministre de l'Intérieur Nayif et son fils Mohamed ont fait de la sécurité intérieure leur fief. Au cours des trois dernières décennies, le régime est passé d'une monarchie absolue centralisée, comme ce fut le cas sous le règne du roi Fayçal (1964-1975), à une large dynastie dirigée par trois générations de princes, tous descendants du roi Abd al-Aziz ibn Saoud (décédé en 1953) (12). Défense, affaires étrangères, sécurité intérieure, mais aussi sport, salons littéraires, ambassades, organisations de bienfaisance et universités... les princes et, plus récemment, les princesses Al-Saoud dominent l'État et la société. Le régime a réussi à marginaliser les élites tribales, religieuses, technocratiques et régionales. La famille régnante met en scène sa dévotion à l'islam et se présente comme la tenante d'un système politique à la fois arabe et islamique. Les princes affirment qu'il n'y a aucun besoin d'instaurer un gouvernement représentatif dans la mesure où le peuple a un accès direct à ses leaders via les conseils ouverts, les majlis. Les treize provinces saoudiennes sont dirigées par des princes-gouverneurs nommés par le centre et subordonnés au ministre de l'Intérieur, le prince Nayif. Pour résumer, la dynastie Al-Saoud dirige sans partage un pays assis sur 25 % des réserves de pétrole de la planète. Le régime interdit les partis politiques et les organisations de la société civile indépendantes ; il restreint les droits de l'homme ; il contrôle la justice ; et il a mis en place des services de sécurité politique et de renseignement omniprésents. Ces services ont encore été renforcés après le 11 Septembre, quand le ministère de l'Intérieur a obtenu un budget illimité pour augmenter ses capacités. L'expertise et la technologie occidentales demeurent prépondérantes dans le renforcement des forces de sécurité et des techniques de surveillance de l'Arabie saoudite.
La consolidation du pouvoir de la dynastie a davantage marginalisé et appauvri les élites saoudiennes. Des groupes de pression historiquement puissants comme les chefs de tribu et les oulémas sont devenus des fonctionnaires du régime. Les technocrates ne sont plus des acteurs politiques importants, car la vie publique relève des prérogatives des princes qui contrôlent toutes les institutions, de la défense à l'éducation supérieure.
Quand le printemps arabe a éclaté dans la région, de nombreux Saoudiens ont cru que le régime allait quelque peu desserrer son étreinte. Les citoyens se sont montrés de plus en plus irrités par les méthodes du pouvoir, la restriction des libertés, la corruption et l'absence de représentativité au sommet de l'État. Déjà, entre 2000 et 2010, plusieurs pétitions préconisant des réformes politiques avaient été présentées au roi et aux princes de haut rang, sans obtenir de réponse (13). Durant cette décennie, les revenus pétroliers du pays ont substantiellement augmenté. Jusqu'à présent, le régime a toujours réagi aux demandes de réformes politiques en arrêtant les militants, en les cooptant ou, tout simplement, en les ignorant. Riyad préfère redistribuer une partie de la manne pétrolière en investissant dans des programmes de développement. Cette approche n'a pas suffi à juguler la hausse constante du chômage. Le taux de chômage est officiellement supérieur à 10 %. Mais il ne faut pas systématiquement se fier aux statistiques saoudiennes. D'après des estimations officieuses, il serait en réalité largement plus élevé - jusqu'à 30 %. La corruption et l'opacité sévissent dans le pays. L'Arabie saoudite se trouve d'ailleurs en bonne place dans les listes des États les plus corrompus établies par des organisations indépendantes comme Transparency International. En termes de libertés individuelles et religieuses, l'Arabie saoudite est encore plus restrictive que la moyenne des pays arabes et que ceux du Golfe. Ses universités demeurent sous-développées et échouent à produire des diplômés possédant les compétences requises pour trouver un emploi sur un marché du travail compétitif. Plus de sept millions de travailleurs expatriés résident dans le pays. Malgré la multiplication des slogans appelant à la « saoudisation », les citoyens saoudiens représentent moins de 13 % des employés du secteur privé. Les femmes sont les plus frappées par le chômage. 78 % des femmes n'ayant aucun diplôme sont sans emploi (contre 16 % des hommes) (14).
Pétitions sur Internet
En février 2011, plusieurs pétitions réclamant des réformes politiques ont circulé sur des sites Internet créés spécialement pour l'occasion. Le régime a très rapidement fait fermer les sites en question, mais des centaines de jeunes activistes, ainsi que de vieux réformateurs dont les noms étaient associés à de précédentes tentatives de mobilisation politique, avaient eu le temps de signer ces textes. La première pétition, intitulée « Déclaration de réforme nationale », appelait à la mise en oeuvre d'une monarchie constitutionnelle, en écho à une pétition plus ancienne remontant à 2003 (15). Son auteur, le jeune Ahmad Adnan, originaire du Hijaz et basé à Beyrouth où il travaille en tant que producteur à la télévision pour l'empire médiatique LBC (propriété de Walid ibn al-Talal), a reconnu en avoir rédigé les grandes lignes, en association avec une quarantaine de jeunes activistes. Les signataires aspiraient à un système politique fédéral qui libérerait les régions saoudiennes du contrôle politique et administratif de Riyad. L'auteur principal de la pétition est un Hijazi (16) qui souligne son dévouement à la cause nationale mais, dans le même temps, souhaite voir sa région obtenir davantage d'autonomie. Les personnes ayant préparé la pétition ont indiscutablement craint, à la lumière de la révolution égyptienne, que l'opposition islamiste sunnite, spécialement celle basée à Londres mais aussi ses nouveaux membres récemment apparus en Arabie saoudite, prendraient l'initiative et domineraient la rue saoudienne (17). D'autres islamistes, basés dans la région de Riyad (centre) et souvent désignés sous le nom de Sahwis, représentent eux aussi un défi pour l'élite libérale du Hijaz et ses homologues d'autres villes (18).
La pétition comportait douze points exigeant des réformes politiques, économiques, sociales et juridiques. Elle soulignait l'urgence de la mise en oeuvre de l'état de droit, de l'égalité, de la protection des droits civiques et des droits de l'homme, de la participation politique, d'un développement équitable, de l'éradication de la pauvreté et de la corruption, et d'élections parlementaires nationales. Plus important encore : les pétitionnaires souhaitaient l'introduction d'une Constitution écrite, une véritable société civile indépendante et des gouvernements élus dans les provinces. Si la première demande n'avait rien de nouveau, la deuxième, elle, indiquait que, aux yeux des contestataires, les organisations existantes (par exemple l'association de défense des droits de l'homme nommée par le gouvernement établie après le 11 Septembre) n'étaient rien d'autre que des agences bureaucratiques inféodées au régime. Quant à la troisième demande, elle indiquait un désir d'autonomie régionale d'autant plus vivace que des affaires de corruption liées au développement et à la confiscation de terres ont provoqué de graves inondations et de nombreux morts dans plusieurs villes du Sud. En février 2011, Djedda a été la ville la plus affectée par les inondations consécutives à des pluies diluviennes et à des écoulements d'eaux usées qui créèrent de véritables lacs stagnants : dix personnes se sont noyées et des centaines de maisons ont été emportées.
Immédiatement après cette pétition, un deuxième document a été publié. Celui-ci réitérait la soumission de ses signataires aux principes de l'islam et n'appelait ni à une monarchie constitutionnelle ni à un gouvernement régional. Cette pétition intitulée « Vers un État d'institutions et de droits » demandait la mise en place d'une assemblée nationale élue, la séparation des fonctions du roi de celles de premier ministre (un poste que le souverain occupe également), la fin de la corruption administrative, la liberté de parole et d'association, la libération de tous les prisonniers politiques et la levée de l'interdiction de voyager faite aux activistes. Cette pétition a attiré plus de cinq mille signatures, ce qui reflète la montée en puissance, au sein de la mouvance extrémiste, d'une demande de réformes politiques comportant des demandes spécifiques (19).
Il faut souligner que ces deux pétitions ne comportaient que des demandes politiques modérées. Elles n'appelaient pas au renversement du régime, même si elles dénonçaient ses lacunes et ses dysfonctionnements. À aucun moment elles n'invitaient les signataires à organiser des manifestations pacifiques comme celles du 11 mars 2011. Les auteurs et les signataires se sont assurés que l'opposition résidant à l'étranger ne serait pas ouvertement associée à la rédaction de ces documents, afin d'éviter une confrontation directe avec le régime. En privé, de nombreux réformateurs expliquaient qu'ils se gardaient de toute attitude radicale afin de ne pas être arrêtés et accusés de « semer le chaos » de concert avec des « agents étrangers ». Les signataires rappelaient également les projets de réformes évoqués par le régime entre 2003 et 2005 (20) et faisaient allégeance au roi. D'ailleurs, la plupart de ces activistes étaient soit des réformateurs vétérans bien connus comme Muhammad Said al-Tayib et Abdullah al-Hamid, soit de jeunes web-citoyens - ces derniers ont joué un rôle important dans la diffusion des pétitions sur Facebook et Twitter.
À la différence des pétitions réformistes précédentes, on ressentait cependant, dans ces derniers documents, de la déception et de la frustration à l'égard du roi Abdallah. Le souverain n'a jamais accepté, à ce jour, de répondre favorablement à la moindre demande politique contenue dans les pétitions qui lui ont été adressées. Les réformateurs, qui recouvrent une large palette idéologique - on trouve parmi eux des islamistes, des nationalistes, des gauchistes et des libéraux -, s'inquiètent pour l'avenir, étant donné l'âge avancé du roi et l'opacité du processus de succession (21). Bon nombre d'intellectuels et de professionnels bien établis redoutent de perdre leur propre position sociale quand le prince héritier Sultan (lui aussi vieux et malade) ou le prince Nayif (l'actuel ministre de l'Intérieur) succéderont à Abdallah. Ce dernier s'est doté d'un entourage quasi libéral dont il a cultivé l'intérêt pour l'État, les affaires et les médias. Ces « libéraux » ont joué un rôle important dans la transformation de son image, le faisant passer pour un grand réformateur. Aujourd'hui, de nombreux membres du premier cercle royal craignent que, devenu roi, Nayif, avec sa main de fer et sa vision sécuritaire, remette en cause leurs privilèges, voire les renvoie tous. Comme c'est souvent le cas dans les systèmes politiques fermés et opaques, lorsque survient la fin du régime les fonctionnaires perdent progressivement les postes qu'ils occupaient et cèdent la place à de nouveaux venus qui font acte d'allégeance et de loyauté aux nouveaux dirigeants. Ces derniers s'assurent ainsi le contrôle des positions clés au sein de l'appareil du pouvoir. Le prochain roi perpétuera sans doute cette tradition en se débarrassant des vieux bureaucrates et en les remplaçant par un nouveau cercle sélectionné parmi les roturiers (afin de s'assurer de leur loyauté).
Pendant que les deux pétitions circulaient sur Internet, les appels à manifester ont attiré l'attention d'un groupe hétérogène d'activistes saoudiens. Les chiites de la province orientale et leurs partisans à l'intérieur du pays comme à l'étranger voulurent organiser des actions de protestation visant à obtenir la libération de leurs camarades emprisonnés et à exiger la fin des discriminations dont ils sont victimes. L'un de leurs experts religieux, le cheikh Nimr al-Nimr qui, nous l'avons dit, s'était prononcé en 2010 en faveur de la sécession de la région chiite, a joué un rôle clé dans la mobilisation des contestataires. Le Mouvement pour une réforme islamique en Arabie (MIRA), exilé à Londres, a appelé ses partisans à se rassembler le 11 mars et a défini les lieux de ralliement dans les grandes villes. Cela faisait déjà cinq ans que le MIRA appelait ses adeptes à tenir des manifestations hebdomadaires après la prière du vendredi, mais il n'avait jamais réussi à réunir des foules importantes. Le 7 mars, des femmes sympathisantes du MIRA ont défilé à la sortie d'une mosquée de Djedda et tenu une mini-manifestation, entourées par de nombreux hommes qui regardaient le spectacle sans y participer. Le nouveau Parti de l'oumma islamique s'est lui aussi associé à l'appel à manifester. En février 2011, sans avertissement préalable, ce parti est apparu sur la scène nationale, avec son site Internet, ses fondateurs et ses porte-parole. Son programme ouvertement salafiste a été mis en ligne sur le site Internet du parti. Ses objectifs : égalité, justice, représentation politique. Comme son nom l'indique, le parti se veut le représentant d'une communauté musulmane globale pour laquelle les frontières des États-nations n'ont guère de sens. Cette formation souhaitait mettre en oeuvre un programme clairement salafiste différent des autres tendances, comme le salafi-wahhabisme officiel, le djihadisme et le mouvement des Sahwis des années 1990. Elle fut immédiatement affaiblie par les autorités puisque quatre de ses fondateurs ont été arrêtés peu après avoir publié le communiqué par lequel ils annonçaient aux dirigeants saoudiens qu'ils avaient formé un parti. Mais le Parti de l'oumma n'a pas disparu et a continué d'émettre des communiqués soutenant les manifestations. Sur son site Internet, il a publié deux traités religieux en faveur des protestations pacifiques et visant à discréditer l'islam « officiel » qui affirmait que de telles protestations sont illégales en islam (22). Ce nouveau parti possède des liens intellectuels et, peut-être, organisationnels avec d'autres formations en Arabie saoudite, mais aussi avec le mouvement salafiste au Koweït et ailleurs dans le monde arabe.
Au niveau des protestations virtuelles, un affrontement ouvert a opposé dans le cyber-espace, en février et mars 2011, les activistes d'opposition et de jeunes hommes et femmes sans appartenance idéologique aux cybernautes du régime. Des groupes comme la Coalition nationale et le Mouvement de la jeunesse libre sont apparus sur Facebook et Twitter. Leurs sites Internet étaient rapidement fermés par les censeurs, mais réapparaissaient peu après à d'autres adresses, agrémentés d'instructions expliquant comment contourner la censure. De nombreuses pages ont attiré des milliers de lecteurs, mais il n'est pas certain que tous aient été des Saoudiens. On retrouvait parmi les voix virtuelles des islamistes, des libéraux et d'autres personnes difficiles à classer. Des étrangers contribuaient également aux publications on-line de l'opposition virtuelle. Certains jeunes avaient une vision politique claire de l'issue qu'ils souhaitaient donner aux protestations ; d'autres étaient seulement frustrés par le fait que leurs possibilités économiques étaient si limitées. Une chose est sûre : il y avait indiscutablement un conflit générationnel entre les jeunes activistes et leurs aînés tribaux, religieux et royaux. Les mécontents dirigeaient leur colère soit vers les membres de la famille royale, soit vers les technocrates et bureaucrates de l'élite, perçus comme étant corrompus et moralement dépravés. Les jeunes femmes se montraient particulièrement frustrées par leur marginalisation.
La Boétie et le discours du roi
En dépit de toute cette agitation politique sur Internet, de la mobilisation des activistes et de l'existence de réels débats, la population demeure l'otage de la dynastie des Saoud et des divers groupes d'intérêt qui gravitent autour d'elle. La dynastie s'appuie sur la religion pour demander à ses sujets une loyauté totale en échange de bénéfices économiques.
Le 18 mars, afin de prévenir la multiplication de protestations à l'égyptienne, le roi Abdallah a annoncé un paquet de vingt mesures d'aide économique à la population, d'un coût total estimé à 36 milliards de dollars. Alors que de nombreux Saoudiens s'attendaient à des annonces politiques importantes qui seraient venues récompenser leur patience et leur obéissance, le régime n'a su offrir que des largesses financières. De nombreux citoyens ont estimé que le roi n'avait fait que leur rendre ce qui leur appartenait en réalité : de ce point de vue, le propos d'Étienne de La Boétie cité en introduction du présent article permet de mieux comprendre les makrumat (cadeaux) royaux. Il arrive régulièrement que les autocrates offrent au peuple ce qui lui appartient, et c'est exactement ce qu'a fait le roi Abdallah. Les mesures qu'il a annoncées - dans le domaine économique et social mais aussi dans ceux de l'éducation et de la santé - étaient destinées à résorber la frustration ressentie par ses sujets du fait du manque de logements, d'emplois, de cliniques et d'autres services. Mesures immédiates : une prime représentant deux mois de salaire versée aux employés du secteur public ; des promotions accordées à tous les militaires ; l'extension pour une durée indéterminée des allocations-chômage ; la mise en place d'un salaire minimum de 300 dollars ; et la création de milliers de nouveaux lits dans les hôpitaux. À l'avenir, 500 000 unités de logement supplémentaires devraient être construites et 60 000 emplois instaurés dans les services de sécurité et au sein de l'armée.
Par cette dernière mesure, le roi cherche à renforcer la militarisation de la jeunesse saoudienne en augmentant le recrutement dans la police et l'armée et en récompensant leurs membres pour leur rôle dans le maintien de l'ordre. Dans le même temps, il n'a pas laissé de côté l'establishment religieux loyal, dont les fatwas dénonçant les manifestations ont assuré que, à l'avenir, personne ou presque n'osera participer à de tels rassemblements. Les décrets du roi ont permis l'expansion de la bureaucratie religieuse (les « gens du savoir »). Les oulémas ont été récompensés par la construction de nouveaux centres qui leur permettront de diffuser encore plus le message wahhabite, la jurisprudence Hanbali (l'école religieuse dominante en Arabie saoudite) et la mémorisation du Coran, et de promouvoir le travail missionnaire à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Arabie saoudite. L'Occident devrait, d'ailleurs, rester vigilant et se méfier des implications de cette expansion religieuse au-delà des frontières du royaume...
La police religieuse, qui joue un rôle important non seulement dans la surveillance de la moralité publique mais aussi dans l'espionnage de la population au quotidien et à la mosquée, a été récompensée par de nouvelles recrues et l'augmentation de ses prérogatives. De nouveaux emplois dans la bureaucratie religieuse pourraient absorber les diplômés en sciences islamiques qui, de toute façon, ne trouveraient pas leur place dans les économies et les marchés modernes. Il s'agit là d'un signe de gratitude important pour le soutien que l'establishment religieux a offert au régime face aux contestataires.
Résumons : écartée des aspirations nées du printemps arabe, la population saoudienne est devenue complice de sa propre servitude. Le régime a employé la religion, la sécurité et l'économie pour réduire au silence ses détracteurs, même les plus acharnés. Mais la confrontation a seulement été repoussée à plus tard. Une fois de plus, la protestation s'est réfugiée dans l'espace virtuel, en attendant des jours meilleurs. L'âge élevé du roi et l'opacité qui entoure la succession, couplés à l'explosion démographique de la jeunesse, sont des problèmes en sommeil mais susceptibles d'éclater à tout instant.
L'Arabie saoudite et le nouvel ordre arabe
Avec le départ de Hosni Moubarak, l'Arabie saoudite est devenue le seul « défenseur des Arabes sunnites contre la prise de contrôle des chiites, Perses et Safavides dans la région », comme la propagande ne cesse de le marteler. L'Égypte post-révolutionnaire n'a toujours pas mis en place ses institutions ni initié une reprise économique de nature à satisfaire les besoins de sa jeunesse bouillonnante. Surtout, son nouveau gouvernement doit encore trouver un moyen de répondre aux besoins économiques de la révolution sans perdre pour autant son indépendance politique. Le retour de milliers de migrants égyptiens en provenance de pays comme la Tunisie et la Libye peut exercer une pression supplémentaire sur une économie déjà faible. Le régime saoudien sait parfaitement qu'il accueille plus d'un million de travailleurs égyptiens. Si Le Caire venait à réaffirmer son autonomie ou à normaliser ses relations avec l'Iran, Riyad pourrait expulser ces travailleurs égyptiens, ce qui plongerait l'Égypte dans la crise pour des décennies - de la même façon qu'il avait expulsé les immigrés yéménites à la suite de la guerre du Golfe en 1991 après qu'Ali Abdallah Saleh se fut allié à Saddam Hussein. Il ne faut pas oublier, non plus, que les investissements saoudiens dans les industries, le tourisme et le marché boursier égyptiens revêtent une importance capitale pour Le Caire. Ces relations économiques seront sans aucun doute utilisées pour ramener l'Égypte dans la sphère d'influence saoudienne. L'Iran a beau avoir amélioré ses relations avec l'Égypte, le pays n'en continuera pas moins à dépendre largement de l'Arabie. Certains Égyptiens espèrent que leur diplomatie suivra les traces de la Turquie, ce qui lui permettrait de conserver son autonomie et d'aspirer à jouer à l'avenir un rôle de premier plan dans la paix et la stabilité de la région. Il n'empêche : on ne saurait totalement exclure que l'Égypte doive renoncer à une part de sa liberté de manoeuvre pour survivre économiquement.
En plus de la carte économique, Riyad peut jouer à d'autres jeux dangereux en Égypte. Désireuse d'étendre sa légitimité et ses traditions religieuses et de se poser comme un État dévoué à l'expansion de l'islam véritable, l'Arabie saoudite continue de sponsoriser les groupes salafistes qui diffusent un discours sectaire visant les coptes et d'autres communautés de la société égyptienne. Les organisations salafistes et wahhabites peuvent saper le développement démocratique du pays et menacer le succès du printemps égyptien. Après la révolution, le régime saoudien a promis à l'Égypte qu'il la soutiendrait économiquement ; mais en janvier, le roi avait proposé à Moubarak de compenser l'aide américaine qui venait d'être supprimée. Cette proposition avait scandalisé les révolutionnaires égyptiens, qui considérèrent dès lors que le roi d'Arabie saoudite était l'allié de leur pire ennemi, Moubarak. Ils appelèrent ironiquement Moubarak à démissionner et à s'installer à Djedda, où il deviendrait le voisin du président tunisien renversé Zine el-Abidine Ben Ali. Le mufti d'Égypte a également critiqué les groupes religieux financés par l'Arabie saoudite qui remettent en cause la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans dans le pays.
Alors que les relations égypto-saoudiennes entraient dans une phase nouvelle et imprévisible, Riyad a été confronté à un problème qui fermentait dans le Golfe depuis un certain temps : l'entrée des troupes saoudiennes à Bahreïn a provoqué une guerre non déclarée entre l'Arabie saoudite d'un côté, l'Iran et l'Irak (deux pays à majorité chiite) de l'autre. Dès l'arrivée des soldats saoudiens dans la petite île, les manifestations de protestation se sont multipliées en Irak et en Iran. La bataille fait rage dans les médias des pays concernés. Plus discrètement, chaque partie s'efforce de soutenir les opposants susceptibles d'affaiblir l'ennemi. La chaîne de télévision satellite iranienne en langue arabe al-Alam et la chaîne saoudienne al-Arabiyya reflètent la montée des tensions entre l'Iran et l'Arabie saoudite. D'autres chaînes de télévision mineures également soutenues par l'Iran et employant des chiites iraniens ou libanais se sont faites les porte-voix de la haine sectaire. Les Iraniens dénoncent l'« occupation de Bahreïn » par les Saoudiens, l'oppression dont sont victimes les chiites saoudiens et le non-respect de leur liberté religieuse. Les chiites irakiens, eux, rappellent à leurs téléspectateurs que les wahhabites saoudiens sont des takfiris, qui ont « précipité l'Irak dans la guerre civile » après 2003. Dans ce contexte de guerre médiatique, des manifestants iraniens ont attaqué l'ambassade saoudienne de Téhéran après l'intervention saoudienne à Bahreïn. Les Saoudiens, furieux, ont menacé de fermer définitivement leur mission diplomatique à Téhéran.
Les chaînes de télévision salafistes financées par l'Arabie saoudite glorifient la supériorité, la piété et l'authenticité sunnites par rapport à l'hérésie chiite. Cette attitude est devenue un jeu dangereux à Bahreïn où la télévision saoudienne est employée comme un outil contre le mouvement démocratique. Nous l'avons dit, l'Arabie saoudite a recours à un discours sectaire dans lequel elle se présente comme le défenseur des sunnites. Ses médias officiels promeuvent l'iranophobie et rappellent sans cesse aux téléspectateurs l'ambition perse d'occuper la rive arabe du Golfe. Deux journaux, al-Hayat et al-Sharq al-Awsat, défendent cette ligne et la propagent au sein du lectorat arabophone au-delà des frontières saoudiennes. Le régime de Riyad et ses médias font écho à l'obsession de Saddam Hussein vis-à-vis des Arabes d'Iran, les Ahwazis, présentés comme une minorité opprimée et devant être libérée de l'occupation perse chiite. De nombreux Saoudiens aimeraient que leur régime se donne pour objectif de libérer les Arabes d'Iran...
L'Arabie saoudite et ses alliés occidentaux
À ce jour, la présence américaine demeure intacte dans la région du Golfe. Les États-Unis, l'Iran et les pays plus petits du CCG ne veulent pas d'une confrontation totale. Jusqu'à présent, l'irritation réciproque se manifeste surtout dans les guerres que se livrent les médias. Mais la tension ne cesse de monter des deux côtés du golfe Persique. D'après des documents révélés par WikiLeaks en 2010, le roi Abdallah a appelé Barack Obama à « couper la tête du serpent » et à détruire les réacteurs nucléaires dont disposerait l'Iran (23). Les Américains n'ont pas répondu mais il est évident qu'ils suivent avec beaucoup d'attention la montée des antagonismes sectaires dans le Golfe. Une guerre opposant l'Arabie saoudite, soutenue par les Occidentaux, à l'Iran, serait probablement longue et sanglante, et rappellerait les huit années de la guerre Iran-Irak de la décennie 1980. Une nouvelle confrontation militaire ne peut qu'approfondir la récession économique et entraîner le monde dans une crise encore plus dangereuse, étant donné que des pays comme la Chine, la Russie, l'Inde et d'autres économies émergentes dépendent désormais de la paix dans le Golfe et de leurs approvisionnements en hydrocarbures en provenance de cette région. Les économies émergentes représentent aujourd'hui une réalité qui n'était pas évidente dans les années 1980 : à l'époque, la guerre Iran-Irak était restée un conflit régional sans impact réel sur le reste du monde.
Le 26 mars, l'ex-ambassadeur américain Chas Freeman a donné une conférence au forum Asia Business tenu à Riyad. Il a déclaré sans équivoque que les États-Unis étaient la seule grande puissance mondiale capable de défendre le Golfe. Ni l'UE, ni la Chine, ni la Russie, ni l'Inde ni aucune autre puissance émergente ne peut protéger la région. Il a qualifié les protestataires de Bahreïn de « foule sans foi ni loi » et a salué la rapide réponse que les Saoudiens ont apportée au défi iranien (24). En tant que diplomate retraité, il ne représente pas la position officielle des États-Unis vis-à-vis de la situation dans le Golfe. La vieille superpuissance, qui a appris la leçon de l'Afghanistan et de l'Irak, se concentre avant tout, désormais, sur son propre rétablissement économique et ne se risquerait à une action militaire que sous un large parapluie international. Les hésitations initiales d'Obama quant à l'intervention militaire en Libye illustrent bien le poids d'aventures militaires plus anciennes (principalement l'Irak et l'Afghanistan) qui ont tourné au cauchemar. Il n'en demeure pas moins que les États-Unis semblent ne rien avoir à redire au régime saoudien et à la façon dont celui-ci gère ses défis internes. À ce jour, Washington ne s'est pas exprimé sur les réformes politiques ni sur la « relation spéciale » qu'il entretient avec son principal allié du Golfe. Cette attitude a permis au régime saoudien de se sentir plus à l'aise face au printemps arabe. Riyad connaît très bien les points faibles de son allié américain : la peur du terrorisme et un appétit insatiable pour les contrats pétroliers et militaires. Alors que le printemps arabe continue de balayer la région, les États-Unis et l'Arabie saoudite ne peuvent pas se permettre de se contrarier mutuellement. Surtout, avec la montée en puissance de la Chine, de l'Inde et de la Russie sur la scène internationale, les Saoudiens estiment qu'ils ont davantage de flexibilité dans leur relation avec Washington. Par ailleurs, l'Arabie saoudite a plusieurs concurrents régionaux sérieux. En plus de sa rivalité avec l'Iran, elle pourrait bien avoir rapidement affaire à l'influence croissante de la Turquie auprès des Arabes du Levant (syriens, palestiniens et libanais) - des communautés sunnites au sein desquelles l'influence saoudienne a quelque peu diminué depuis quelques années.
L'épisode saoudo-bahreïni a clairement montré que les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et les autres pays occidentaux continuent de préférer, dans les pays riches en pétrole, la sécurité à la démocratie. La position des États-Unis et de l'Union européenne vis-à-vis du mouvement démocratique de Bahreïn illustre de façon indiscutable l'hypocrisie des démocraties libérales, comme l'a analysé avec justesse le chercheur en sciences politiques de Cambridge David Runciman (25).
Le futur
L'élimination des protestations intérieures et le silence complice de l'Occident ont apporté un ballon d'oxygène au régime saoudien. Les nombreux signes de turbulence intérieure sont sous contrôle. Mais dans un pays aussi opaque que l'Arabie saoudite, il est très probable que le mécontentement au sein même de la monarchie est en train de couver.
Les « sept de Sudayri » (les sept princes dont la mère est membre de la famille Sudayri) attendent avec impatience la mort du roi Abdallah pour devenir les dirigeants de facto du pays. On retrouve dans ce groupe des hommes comme Nayif, le ministre de l'Intérieur ; Sultan, le ministre de la Défense ; et Salman, le gouverneur de Riyad. À l'heure actuelle, nous l'avons déjà signalé, ils contrôlent les principaux ministères régaliens et l'accession de l'un d'entre eux au trône n'est plus qu'une question de temps. Si la plupart d'entre eux sont vieux, ils ont déjà formé leurs fils, qui sont prêts à reprendre leurs positions. L'Arabie saoudite entrera alors dans une nouvelle phase. Des difficultés imprévisibles peuvent encore survenir, notamment si les principaux princes Sudayri venaient, du fait de leur grand âge, à tous décéder dans un faible laps de temps.
Le transfert du pouvoir à une nouvelle génération royale, légèrement plus jeune, peut se révéler plus compliqué que prévu, ne serait-ce que parce que les prétendants sont trop nombreux. À ce sujet, il est particulièrement intéressant d'écouter l'opinion franche de Talal ibn Abdul Aziz, un vieux prince désenchanté, qui n'a pas su se doter d'un ancrage auprès d'une institution d'État mais qui conserve de grandes ambitions et continue de rappeler à ses frères son droit à occuper le trône, via les médias arabes et internationaux (26).
Le prince Talal ibn Abdul Aziz peut légitimement prétendre à la couronne, même si cette ambition a peu de chances de se réaliser. Comme le clan Al-Fayçal, il redoute que ce soit Nayif qui succède à Abdallah à la mort de ce dernier. Talal n'a sans doute pas l'entregent nécessaire pour défier les autres fils d'Ibn Saoud. Son fils al-Walid, en revanche, est un acteur financier de premier plan, qui exerce une influence prépondérante sur la bourse saoudienne. Ses interventions financières ont un impact direct sur la scène économique nationale. Lors des bouleversements égyptiens, quand la bourse du Caire a dû fermer en janvier 2011, les actions saoudiennes ont chuté à un niveau sans précédent. Selon certaines rumeurs, al-Walid serait intervenu pour injecter des fonds, prévenant ainsi un véritable effondrement de la bourse saoudienne. Un autre fils de Talal, Khalid, s'est quant à lui tourné vers le wahhabisme et met l'accent sur sa foi et sa piété. Il appelle à un retour à une moralité parfaite et critique le groupe Rotana (l'empire que son frère s'est forgé dans les médias liés à la pop culture). Comme souvent dans les monarchies opulentes, des frères sont ainsi devenus des rivaux. Il est peu probable que la branche Al-Talal des al-Saoud soit appelée à jouer un rôle de direction politique après la mort du roi Abdallah. Mais en tout état de cause, Talal demeure un partisan zélé de la monarchie constitutionnelle.
Un autre candidat s'est récemment prononcé en faveur d'une assemblée nationale élue : le prince Turki al-Fayçal, ex-directeur des services de renseignement et ex-ambassadeur à Londres et à Washington. Avec ses frères Khalid, gouverneur de La Mecque, et Saoud, ministre des Affaires étrangères, le clan Al-Fayçal se présente comme un groupe réformiste au sein de la dynastie des Al-Saoud. À la fin de sa carrière dans les services de renseignement, Turki s'est consacré au développement de liens intellectuels et culturels avec Washington, Londres et Paris. Il accueille des chercheurs occidentaux et se targue de soutenir le savoir et la modernité. Après avoir gardé le silence pendant des années sur la nécessité de mettre en oeuvre des réformes politiques, il a, de façon surprenante, annoncé son soutien à la tenue d'élections nationales. Dans le contexte du printemps arabe et des turbulences domestiques saoudiennes, ses suggestions ont été, on s'en doute, bien reçues.
Répétons-le une fois encore : le printemps arabe a été provisoirement repoussé en Arabie saoudite. Mais ses vents approchent de ce pays qui compte parmi les moins démocratiques et les plus secrets du monde arabe.
Notes :
(1) Étienne de La Boétie (1530-1563) est l'un des fondateurs de la philosophie politique en France. Son plus célèbre traité sur la tyrannie est le Discours de la servitude volontaire, éditions Mille et une nuits, 1997.
(2) En 2009, Khalid al-Umayr et Muhammad al-Utaibi ont publié un communiqué appelant à manifester pour soutenir Gaza. Ils ont été arrêtés et se trouvent en prison à ce jour.
(3) Le « Jour de colère » saoudien a été annoncé sur de nombreux sites Internet, dont plusieurs ont été bloqués par le gouvernement saoudien. Les activistes locaux ont rapidement mis en place des pages Facebook alternatives (au moment de la mise sous presse du présent article, la page http://www.facebook.com/Saudis.Revolution est toujours accessible).
(4) Sur les protestations à Bahreïn, voir Toby Jones et Cortni Kerr, « A Revolution Paused in Bahrain », MERIP Report, 23 février 2011.
(5) Ethan Bronner et Michael Slackmann, « Saudi Troops Enter Bahrain to Help Put Down Unrest », New York Times, 14 mars 2011. http://www.nytimes.com/2011/03/15/world/middleeast/15bahrain.html
(6) À partir de février 2011, des manifestations ont eu lieu à Oman, d'abord à Sohan puis à Mascate et à Salalah. Les protestataires demandaient que des mesures sérieuses soient prises pour faire baisser le chômage, qu'une participation politique plus grande soit accordée aux citoyens et que la corruption soit davantage combattue. Au Yémen, ce qui avait commencé en janvier comme un mouvement pacifique contestant le président Ali Abdullah Saleh a tourné à l'affrontement violent, spécialement après que les forces loyales au président ont ouvert le feu sur les protestataires. À l'heure où ces lignes sont écrites, l'unité future du Yémen apparaît menacée.
(7) Pour une source crédible sur les signes avant-coureurs du Jour de colère saoudien du 10 mars 2011 à Qatif, voir « Saudi Arabia Prepares for Protest », http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-12708487.
(8) Entretien avec Ulf Laessing, mars 2011.
(9) Entre le 11 et le 27 mars, les autorités saoudiennes ont arrêté plus de 160 activistes dans plusieurs villes. Voir Human Rights Watch, « Saudi Arabia: Arrests for Peaceful Protest on the Rise », 27 mars 2011, http://www.hrw.org/en/news/2011/03/27/saudi-arabia-arrests-peaceful-protest-rise
(10) Al-Riyadh, « Demonstrations are Forbidden », 7 mars 2011.
(11) « Saudi Arabia Show of Force Stifles Day of Rage », BBC, 11 mars 2011 (http://news.bbc.co.uk/1/hi/programmes/newsnight/9422550.stm). Après ce reportage, les autorités saoudiennes ont demandé à Sue Lloyd Roberts de quitter le pays.
(12) Pour plus de détails sur l'évolution de l'État saoudien, voir Madawi Al-Rasheed, A History of Saudi Arabia, Cambridge University Press, Cambridge, deuxième édition, 2010.
(13) Sur les pétitions appelant à la réforme pendant la première décennie du XXIe siècle, voir M. Al-Rasheed, A History, op. cit., pp. 242-277.
(14) John Sfakianakis, « Saudi Arabia Economics : Employment Quandary », Banque Saudi-Fransi, 16 février 2011.
(15) Pétition postée à l'adresse http://www.saudireform.com/?p=petintion
(16) Le Hijaz a été incorporé à l'État saoudien en 1925. Depuis, plusieurs mouvements de protestation contre le règne des Al-Saoud se sont fait jour, mais aucun d'entre eux n'a réussi à mettre fin à l'occupation de la région. Récemment, des intellectuels du Hijaz ont commencé à promouvoir une identité nationale spécifique, définie par opposition à celle des provinces centrales d'Arabie saoudite, autour de Riyad. L'un des plus célèbres représentants de cette tendance est Mai Yamani. Voir Mai Yamani, The Cradle of Islam : the Hijaz and the Quest for an Arabian Identity, I. B. Tauris, Londres, 2004.
(17) Communication avec Ahmad Adnan, avril 2011.
(18) Pour l'élite cosmopolite du Hijaz, les islamistes s'inspirent du wahhabisme - une doctrine considérée comme étrangère aux traditions du Hijaz. Si ce point de vue était peut-être justifié au début du XXe siècle, il faut admettre que les islamistes d'aujourd'hui proviennent de toutes les régions du pays, y compris du Hijaz.
(19) Pétition postée à l'adresse http://dawlaty.com/services.html
(20) Pour plus de détails sur ces réformes, voir : Madawi Al-Rasheed, A History of Saudi Arabia, Cambridge University Press, Cambridge, 2010, pp. 242-277.
(21) Sur l'islamisme en Arabie saoudite, voir Madawi Al-Rasheed, Contesting the Saudi State : Islamic Voices from New Generation, Cambridge University, Cambridge, Press, 2007.
(22) Ces informations reposent sur des conversations et des échanges par email avec Fuad Ibrahim, Saad al-Faqih, Muhammad al-Masari et Muhammad al-Mufarih (mars-avril 2011). Une bonne partie des informations relatées dans cet article provient de communications avec de nombreux activistes qui préfèrent garder l'anonymat. Par ailleurs, il s'est révélé que de nombreux jeunes Saoudiens faisant leurs études à l'étranger grâce à des bourses d'État sont des web-citoyens actifs. Une grande partie d'entre eux en profitent pour échapper à la censure qui pèse sur le web saoudien. Échanger avec eux m'a permis de mieux comprendre leurs rêves et leurs aspirations.
(23) WikiLeaks Secret Cable: Saudi Arabia and United States at http://www.wikileaksdocument.com/wikileaks-cable-secret-documents-about-saudi-arabia-and-united-states.html
(24) Chas Freeman, « The Arab Reawakening and its Strategic Implications », conférence au Asia Business Council, Riyad, 26 mars 2011.
(25) David Runciman, Political Hypocrisy : the Mask of Power from Hobbes to Orwell and Beyond, Princeton University Press, Princeton, 2010.
(26) Depuis le début du printemps arabe, le prince Talal ibn Abdul Aziz a participé à un débat organisé sur BBC en arabe le 17 février (http://www.bloomberg.com/news/2011-02-18/saudi-prince-says-protests-may-move-to-kingdom-bbc-arabic-says.html) et sur la chaîne égyptienne al-Hayat, le 29 avril 2011. Dans ces deux interviews, il a appelé le régime de Riyad à tenir compte des demandes de réformes politiques en Arabie saoudite. Sans nommer ses frères, il a critiqué les princes qui se trouvent à des positions élevées mais ne disposent pas de la vision nécessaire pour exercer de telles responsabilités. Il a également chanté les louanges du roi Abdallah et l'a invité à réformer le royaume avant de mourir. Talal s'inquiète pour l'Arabie saoudite et, peut-être, pour son statut au sein de la famille royale après la disparition d'Abdallah.