Politique Internationale - La Revue n°132 - ÉTÉ - 2011

sommaire du n° 132
POUR UN AFGHANISTAN DEMOCRATIQUE
Entretien avec Abdullah ABDULLAH
Ancien ministre afghan des Affaires étrangères (2001-2005).
conduit par
Isabelle Lasserre
Chef adjointe du service Étranger du Figaro
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À cinquante ans, Abdullah Abdullah est le principal rival du président afghan Hamid Karzai. Moitié tadjik, moitié pachtoune, chirurgien ophtalmologue dans le civil, il fut le principal conseiller du héros de l'Alliance du Nord, Ahmad Shah Massoud, assassiné le 9 septembre 2001 par Al-Qaïda, avant de devenir ministre des Affaires étrangères du président Hamid Karzai. Chassé du gouvernement afghan en 2006, il s'est présenté contre le président à la dernière élection présidentielle, en 2009. Arrivé deuxième au premier tour, avec 31 % des voix, il a décidé de ne pas participer au second tour du scrutin, accusant le pouvoir d'avoir organisé une fraude à grande échelle. Il dirige aujourd'hui le premier mouvement d'opposition démocratique en Afghanistan, la Coalition pour le changement.
Principal détracteur du gouvernement d'Hamid Karzai, Abdullah Abdullah est aussi le plus virulent opposant aux talibans : selon lui, il ne faut en aucun cas négocier avec eux (1). M. Abdullah ne mâche pas ses mots à l'égard du Pakistan, qu'il accuse de duplicité : si Islamabad est officiellement partie prenante à la guerre contre la terreur, une frange de ses services secrets - dit-on - continue discrètement et impunément de soutenir les talibans. Enfin, il se prononce pour un maintien des forces internationales en Afghanistan et souhaite que son pays suive une troisième voie, différente aussi bien de celle d'Hamid Karzai que de celle des talibans, et basée sur des réformes réellement démocratiques.
I. L.
Notes :
(1) Le président Hamid Karzai, mais aussi certains pays de la coalition, estiment que la paix en Afghanistan doit désormais passer par une réconciliation avec les talibans dits « modérés ».
(2) Une partie des services secrets et de l'armée pakistanaise jouent un double jeu, soutenant officiellement la « guerre contre le terrorisme » lancée par Washington au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 tout en aidant les talibans.
(3) Depuis 1989, des groupes armés islamistes pakistanais luttent contre l'armée indienne au Cachemire, revendiqué par les deux pays. Ces militants extrémistes sont également actifs en Afghanistan.
(4) Les régions frontalières des zones tribales pakistanaises, notamment les provinces du Helmand et de Kandahar, majoritairement pachtounes, sont très infiltrées par les talibans.
(5) Héritiers des anciennes Indes britanniques, l'Inde et le Pakistan acquièrent leur indépendance le 15 août 1947. La séparation des deux États, l'un peuplé majoritairement d'hindous, l'autre de musulmans, se fait dans un climat de grande violence.
(6) Dès 1947, l'Inde, sous la houlette du premier ministre Nehru, adopte des institutions démocratiques inspirées du modèle britannique.
(7) Dirigé par Muhammad Ali Jinnah, le Pakistan s'est au contraire construit sur la base d'une identité religieuse, l'islam.
(8) L'Armée nationale afghane a été créée un an après la chute des talibans, en 2002.
(9) À partir de l'été 2011, les forces de la coalition doivent transférer, de manière graduelle, la responsabilité militaire des provinces afghanes aux forces de sécurité locales (armée et police).
(10) Ancien chef de l'armée, président du Pakistan de 2001 à 2008.