Politique Internationale - La Revue n°132 - ÉTÉ - 2011

sommaire du n° 132
ETATS-UNIS : UN REVE A REINVENTER
Article de Anne-Lorraine BUJON
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Alors qu'un vent d'espoir se lève dans les pays arabes, l'Amérique, de son côté, serait-elle franchement déprimée ? C'est ce qui ressort d'un certain nombre de sondages qui comparent les effets de la crise de 2008 à ceux de la Grande Dépression : si les difficultés socio-économiques ne sont pas comparables à celles des années 1930, le moral des Américains, lui, est au plus bas. La foi en l'avenir, si caractéristique de la culture politique des États-Unis, semble avoir cédé le pas, à gauche comme à droite, à la colère et à la frustration. Le chômage, les déficits budgétaires, l'immigration, la désindustrialisation ou encore la perte du leadership mondial menaceraient, au-delà des conditions de vie des Américains, l'âme même de leur pays.
Quels sont les ressorts de ces discours maussades et par qui sont-ils portés ? Faut-il y voir le signe de mutations économiques et sociales profondes et irréversibles ? Assistons-nous à la résurgence d'une sensibilité sombre, parfois même apocalyptique, qui se manifeste de manière cyclique dans l'histoire des États-Unis ? Les moteurs classiques du rêve américain seraient-ils réellement en panne ? Ou bien, au contraire, ces discours déclinistes constitueraient-ils autant d'invitations à rebondir, comme le pays l'a fait si souvent par le passé ?
De la crise à la contestation
Aux États-Unis, toute l'année 2010 a donné l'image d'un pays en proie à l'anxiété. Née en premier lieu des conséquences de la crise financière de l'automne 2008 - conséquences profondes et visibles en termes d'emplois perdus et de maisons confisquées (1) -, cette anxiété s'est également nourrie de plusieurs autres inquiétudes : la situation militaire préoccupante en Afghanistan et en Irak ; la hausse des déficits budgétaires ; la montée en puissance de la Chine au détriment de la puissance américaine... L'anxiété s'est également exprimée dans les ultimes épisodes du débat prolongé et délétère sur la réforme de l'assurance-maladie : l'évaluation des vices ou des vertus de la réforme elle-même s'est largement effacée derrière la charge partisane et les attaques ad hominem visant une administration soupçonnée de conduire des politiques « socialistes » tout juste bonnes pour les pays décadents de la vieille Europe. À peine ce dernier débat était-il - momentanément - refermé, suite au passage en force des élus démocrates au Congrès (2), que la plate-forme Deepwater Horizon déversait des tonnes de pétrole dans le golfe du Mexique (3). Au cours des semaines suivantes, l'opinion a constaté l'impuissance du gouvernement face au désastre écologique...
Rien d'étonnant, dès lors, à ce que l'on ait vu fleurir dans la presse des articles aux titres alarmistes - de l'« année des troubles » mentionnée par Newsweek (4) aux réflexions de Niall Ferguson sur la chute programmée de l'empire américain dans Foreign Affairs (5), sans oublier l'« effondrement » annoncé pour 2025 dans le magazine online Salon (6) et illustré par une carte des États-Unis en flammes - sans qu'on sache s'il s'agissait là du pétrole de BP ou du feu de la damnation éternelle des prédicateurs pentecôtistes.
Au moment des élections de mi-mandat de novembre 2010, cette humeur bien sombre est réaffirmée par les sondages de sortie des urnes, qui indiquent que 74 % des Américains sont mécontents de leur gouvernement comme de leur Parlement et s'inquiètent de « la direction que prend le pays », selon la formulation courante. Nouvelle confirmation en décembre, quand le Pew Research Center publie sa comparaison (évoquée plus haut) de l'état actuel de l'opinion avec les années 1930 : 50 % des Américains comptaient à l'époque sur une amélioration rapide de la situation économique, contre seulement 35 % aujourd'hui ; et 60 % pensaient que leurs chances de « s'élever dans la société » et d'améliorer leurs conditions de vie étaient supérieures ou égales à celles de leurs parents, alors que l'angoisse du déclassement prévaut de nos jours. Au-delà des difficultés matérielles et immédiates provoquées par ce que la presse appelle désormais la « Grande Récession », c'est donc bien à des évolutions de fond que semblent s'attacher les inquiétudes d'une majorité d'Américains.
Cet arrière-plan d'angoisse diffuse est certainement l'une des explications de la mobilisation croissante, pendant les mois qui ont précédé les élections de mi-mandat, des groupes d'activistes qui se réclament du mouvement des tea parties. Dénonçant un interventionnisme jugé excessif de l'État fédéral dans les affaires économiques, une gestion irresponsable des finances publiques et une déconnexion des élites, ces citoyens ordinaires, souvent peu ou pas politisés jusque-là, et parmi lesquels on compte un nombre inhabituel de femmes, disent tous avoir à coeur la défense des valeurs traditionnelles des États-Unis - ces valeurs qui ont permis à leur pays de prospérer et de s'affirmer progressivement comme une grande puissance, peut-être la plus grande que le monde ait jamais connue.
Dans ce credo américain figurent au premier plan l'esprit d'entreprise ; la liberté individuelle ; la volonté de réussir par le travail ; et la fidélité à une communauté, qu'elle soit familiale, géographique ou religieuse. C'est dans ces valeurs que s'enracinent la fierté nationale et le désir de servir la « destinée manifeste » de l'Amérique, comme le rappelle à qui veut l'entendre un Marco Rubio, fils d'immigrés cubains porté par la vague des tea parties jusqu'au poste de sénateur de Floride à 40 ans à peine : « L'Amérique est le plus grand pays au monde. » En douter serait faire preuve d'un défaitisme frisant la trahison. Les tea parties éprouvent la même vénération envers le laisser-faire capitaliste qui, d'après eux, garantit le rêve américain, c'est-à-dire la possibilité pour chaque individu de réussir. Peu importe que cette doctrine économique relève tout autant de Milton Friedman que de Benjamin Franklin : dans ce discours de conviction et d'allégeance à un idéal, le rejet des impôts s'inscrit dans une tradition nationale remontant au moins au XVIIIe siècle et à l'affirmation d'indépendance des colons de Nouvelle-Angleterre à l'égard d'un pouvoir impérial devenu abusif et injuste ; il devient quasiment un devoir patriotique. Les militants des tea parties reprochent au pouvoir actuel de tourner le dos à ces valeurs et à cette histoire, et d'entraver le dynamisme propre aux Américains, qui serait le seul moyen permettant de surmonter les obstacles actuels et de préparer l'avenir. Libérés des contraintes d'une réglementation excessive, les Américains redeviendraient des pionniers pour qui tout est possible.
Populistes et prophètes
Portée à la fois par de petits groupes locaux et par de grands think tanks de la droite conservatrice, cette vague de contestation n'est pas un phénomène passager, comme l'explique Walter Russell Mead dans un article récent de Foreign Affairs (7). Quiconque voudrait gouverner sans en tenir compte s'exposerait à de graves déconvenues. Profondément inspirée par la philosophie politique de Thomas Jefferson, qui se méfiait par-dessus tout des abus qui caractérisent tout pouvoir politique centralisé, l'humeur protestataire et anti-élitiste des tea parties rappelle les luttes du People's Party contre les spéculateurs des banques et des chemins de fer dans les années 1890 (8) ou encore les années qui ont précédé l'élection au suffrage universel d'Andrew Jackson, « the friend of the common man » (l'ami de l'homme du peuple). Or chacune de ces vagues de populisme semble s'expliquer tant par une conjoncture économique et sociale particulière que par une foi structurelle en la sagesse de l'homme ordinaire, armé de sa seule conscience et de son indépendance critique. En cela, ces différents épisodes de populisme renvoient à un sentiment politique bien américain, très lié à la tradition religieuse de la dissidence protestante qui a fondé le pays. Inquiets, les tea-partiers d'aujourd'hui ne sont pas pour autant désespérés : leurs rassemblements ont souvent un caractère enthousiaste et bon enfant - comme le nom qu'ils se sont choisi - et l'un des reproches qu'ils adressent aux élites de Washington est précisément d'être négatives et d'avoir perdu le « can do spirit ».
En revanche, ils sont en colère, et celle-ci s'exprime souvent avec des accents qui rappellent la rhétorique des « grands réveils » (9), ces mouvements de renaissance religieuse qui ont rythmé l'histoire américaine à ses débuts et conduit à la multiplication des dénominations protestantes (10) - et, parfois, à la création de sectes, comme les mormons. Alors que le développement économique du pays entraînait des changements sociaux d'envergure, les prédicateurs prévenaient leurs fidèles, dans des sermons enflammés, que si l'on ne retrouvait pas le droit chemin, la détermination et le coeur pur des premiers puritains, la colère de Dieu ne manquerait pas de s'abattre sur son peuple. Ce type de sermon, tenant à la fois de la prophétie apocalyptique et du discours de motivation politique, a imprégné durablement la culture américaine, au point de devenir quasiment un genre littéraire, la « jérémiade » ; on entend en ce moment les échos de sa traduction dans le registre politique (11).
Convaincus que leur bon sens vaut mieux que les discours prétendument éclairés de leurs dirigeants, les militants des tea parties se rassemblent sur les places publiques pour sonner l'alerte et exhorter le pouvoir à changer de direction tant qu'il est encore temps. Si leur discours peut sembler radical, c'est qu'ils souhaitent réveiller le pays de la torpeur dans laquelle l'auraient plongé un leadership corrompu et un confort illusoire - comme l'ont fait, lors de précédentes crises, d'autres citoyens et croyants ordinaires. Mais comment s'explique aujourd'hui la vigueur avec laquelle tant d'Américains, sur les traces de leurs ancêtres, souhaitent défendre un modèle unique qui leur semble menacé ?
Le désenchantement des classes moyennes
Les inquiétudes et la colère perceptibles en ce moment peuvent s'expliquer, au moins en partie, par trois mutations profondes engagées aux États-Unis avec le tournant du siècle. La première est l'évolution démographique du pays, avec une redistribution de la population en faveur des États du Sud et de l'Ouest (souvent en décalage avec les discours et les valeurs largement portés par les élites cosmopolites des grandes villes de la côte Est), mais aussi et surtout l'importance croissante des minorités hispaniques et asiatiques. Cette montée est en passe de faire de la population blanche, majoritairement protestante et de souche européenne, une minorité. Une récente étude du Pew Research Center a confirmé que plus de 16 % de la population américaine sont désormais hispaniques et, surtout, que le dynamisme démographique des États-Unis est dû, à 91 %, aux minorités dans leur ensemble (12). Il s'agit là d'un changement rapide et considérable. Même pour un pays qui a fait de l'ouverture à l'immigration l'une de ses valeurs essentielles, cette réalité nouvelle demande nécessairement un temps d'adaptation et ne peut aller sans provoquer de réactions. Logiquement, depuis au moins une dizaine d'années, cette évolution a nourri diverses angoisses sur l'identité nationale - angoisses illustrées par toute une littérature du déclin culturel, dont l'un des titres les plus connus est sans doute Who Are We ? de Samuel Huntington, paru en 2004.
Deuxième mutation profonde : la remise en cause des classes moyennes comme moteur de la croissance américaine, comme matrice culturelle et comme pivot du système politique. La crise de 2008 a atteint la middle class de manière flagrante dans deux de ses valeurs quasi sacrées : le travail et la propriété. Mais, pour elle, le rêve avait déjà commencé à se fissurer depuis longtemps, comme l'explique notamment Jacques Mistral dans La Troisième révolution américaine : les classes moyennes ont été les grandes perdantes de la révolution conservatrice initiée sous Reagan (13). Tandis que les 1 % les plus riches des États-Unis devenaient plus riches encore, les classes moyennes ont vu progressivement leurs emplois devenir plus précaires, leurs revenus devenir plus volatils et leur niveau de protection sociale reculer : même avec deux personnes actives par foyer, il devient toujours plus difficile d'épargner suffisamment pour pouvoir envoyer ses enfants à l'université, faire face à des dépenses de santé ou préparer sa retraite. La « Grande Récession » de 2008 a donc pris la suite de ce que certains économistes ont appelé la « Grande Stagnation ».
Comme en Europe, ce sentiment de précarité accrue se mêle aux perceptions négatives de la mondialisation qui en est, sinon directement responsable, en tout cas contemporaine. Lawrence Summers, à l'époque conseiller économique de Bill Clinton et nommé depuis chef du Conseil économique national par Barack Obama, avait souligné l'importance de ce phénomène dès 1996, dans un article du Financial Times où il rebaptisait les classes moyennes « the anxious middle ». Pour la première fois depuis très longtemps aux États-Unis, le sentiment est de plus en plus répandu que même en travaillant dur, et même en se montrant moral, responsable et respectueux des lois, on ne peut plus être assuré de construire un avenir meilleur pour ses enfants.
Troisième mutation, dont les effets s'ajoutent à ceux des deux premières : la recomposition des équilibres de pouvoir dans le monde, ce que Fareed Zakaria a appelé dans son dernier livre « the rise of the rest » (la montée en puissance du reste du monde). Avec l'émergence de nouvelles puissances économiques - et, en premier lieu, de la Chine -, les États-Unis se trouvent en effet sommés de revoir leur carte mentale de la planète. Habitués depuis un siècle à être les premiers en tout, ils doivent à présent composer avec une multitude d'autres premiers, dont aucun ne peut rivaliser avec eux sur tous les tableaux, mais qui installent progressivement une situation nouvelle et irréversible. Une chose est sûre : les États-Unis ne seront plus la puissance unipolaire qui a dominé le XXe siècle.
Dans la conscience populaire, c'est avant tout la Chine, on l'a dit, qui incarne cette remise en cause du leadership américain, et on ne compte plus les articles qui spéculent sur les intentions chinoises en matière militaire. Parions pourtant que le péril qu'incarnent les Chinois est d'une autre nature, et que si les Américains s'inquiètent à l'idée de perdre leur « rang », c'est d'abord en raison de la perte de compétitivité de l'industrie manufacturière américaine. Celle-ci, en effet, a été à l'origine de la prospérité de régions entières et de la fierté de la middle America pendant plus d'un siècle. Comment l'Amérique pourrait-elle continuer de prospérer dans un monde qu'elle n'est plus seule à dominer ? Les « élites libérales de la côte Est » peuvent toujours essayer d'expliquer que le vrai avantage compétitif des États-Unis se situe dans leur rapport à la connaissance, à la recherche et à l'innovation, et que tant que leurs universités demeureront les meilleures du monde ils ne seront pas menacés : la faillite de General Motors n'en marque pas moins un tournant historique, de nature à frapper les imaginations. Et, pendant ce temps, les sondages montrent qu'un grand nombre d'Américains pensent que la Chine est d'ores et déjà la première puissance économique mondiale...
L'Amérique en danger ?
C'est sur ce fond de transitions pénibles, complexes et difficiles qu'est survenu le 11 septembre 2001, avec les conséquences traumatisantes que l'on sait pour un pays qui n'avait jamais été frappé de la sorte sur son territoire. La menace du terrorisme islamique est devenue, sous l'administration Bush, la mère de tous les autres périls et a cristallisé nombre des angoisses diffuses évoquées ci-dessus. L'équipe au pouvoir à Washington a tenté de réagir par une démonstration de force militaire et de supériorité morale au Moyen-Orient : non seulement elle a échoué à conjurer la menace, mais elle a entraîné l'Amérique dans deux guerres difficiles et entamé son prestige auprès de ses alliés et dans une grande partie du monde. Sur le plan intérieur, la réaction au 11 Septembre a installé le pays, pour une période indéfinie, dans un état d'alerte permanente, sous l'égide d'un nouveau ministère de la « Sécurité du territoire ». L'ouragan Katrina, qui a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005, s'il était une catastrophe d'une tout autre nature, a encore renforcé le sentiment que l'État ne pouvait plus assurer la sécurité des personnes, spécialement des plus démunies. Le thème de la sécurité, ou plutôt de l'insécurité, est devenu omniprésent. On le constate en ce moment, entre autres exemples, dans le cas des questions énergétiques, qui sont traitées presque exclusivement à travers ce prisme. Et comme si deux guerres ruineuses, une perte de légitimité à travers le monde, l'injustice sociale et les inégalités mises à nu ne suffisaient pas, à l'automne 2008 Wall Street s'est effondrée... Faut-il vraiment s'étonner que l'Amérique soit démoralisée ?
On a alors voulu voir dans la candidature puis dans l'élection de Barack Obama l'antidote à cette série de catastrophes. Entre respect du passé et foi en l'avenir, du titre de ses deux livres (14) jusqu'à son slogan de campagne (Yes We Can), tout en cet homme renvoyait à la face lumineuse du grand mythe national. Son parcours, son charisme, ses talents d'orateur permettaient enfin aux Américains de renouer avec « leur » rêve. Fidèle lui aussi à la tradition de la « jérémiade », Obama a d'ailleurs fait campagne presque entièrement sur le thème du renouveau, le caractère historique des défis auxquels le pays était confronté devant permettre de mobiliser toutes ses ressources. Avec les accents de Franklin Roosevelt invitant en 1933 la nation à se rassembler avec courage comme à toutes « les heures sombres de l'histoire nationale », ou de John Kennedy appelant ses compatriotes à reprendre le long combat pour la liberté, Obama exhortait les Américains à relever avec détermination les défis du XXIe siècle. Son élection a été un authentique moment d'épiphanie, comme en témoignent les accents lyriques des journaux et le sentiment de liesse qui s'est prolongé dans les semaines et les mois qui ont suivi (15).
Paradoxalement, la morosité actuelle doit sans doute beaucoup à l'immense espoir qu'avait soulevé la victoire de Barack Obama en novembre 2008. L'élection du premier président noir de leur histoire semblait donner raison à tous les Américains qui voulaient continuer de croire, comme Marco Rubio, que dans leur pays, à force de travail et de courage, d'ingéniosité et d'audace, chacun peut réussir. Une nouvelle fois, l'Amérique changeait le monde. L'histoire des États-Unis redevenait une histoire d'émancipation et de progrès. C'était bien l'histoire d'un peuple élu, d'un destin unique et exceptionnel ! C'est donc aussi cette bulle de confiance et d'espoir retrouvés qui a éclaté dans le courant de l'année 2009, lorsqu'il est devenu évident que les difficultés économiques et sociales s'accumulaient, que la politique partisane reprenait ses droits, et que Barack Obama, malgré toute la clairvoyance et la volonté qu'on voulait bien lui prêter dans différents cercles, allait avoir du mal à redresser la barre. La parenthèse s'est refermée. On peut même dire que la frustration et la colère actuelles sont d'autant plus grandes que la population a cru, un temps, que ce président pourrait changer la donne.
Aujourd'hui le thème du déclin n'est pas l'apanage de la droite populiste ; les commentateurs « libéraux » ne sont pas en reste lorsqu'il faut s'en prendre, parfois personnellement et avec beaucoup de virulence, aux élites de Washington (16). En schématisant, on pourrait dire que l'Amérique patriote et nationaliste, « jacksonienne », s'inquiète surtout de la perte du leadership mondial et des menaces que représentent d'un côté la Chine, de l'autre un système multilatéral qui ne peut que limiter la marge de manoeuvre et l'indépendance de son pays (17) ; tandis que l'Amérique libérale, qui espérait que Barack Obama serait en mesure de clore un cycle conservateur et d'inaugurer une nouvelle ère de progressisme en réinventant le New Deal, en est pour ses frais et pointe du doigt le dérèglement du moteur économique et social, la déliquescence des infrastructures et du système d'éducation, le moindre investissement dans la recherche et l'innovation et, à terme, le risque que les États-Unis perdent leur pouvoir de séduction, leur soft power.
Le moment Spoutnik
Les États-Unis iraient-ils donc si mal et devrions-nous, à notre tour, nous en préoccuper ? En un sens, écrit l'éditorialiste James Fallows dans un long article consacré à cette question dans The Atlantic, c'est si les États-Unis ne s'inquiétaient plus de leur avenir qu'il faudrait s'inquiéter, tant ces crises de confiance périodiques sont inscrites dans l'ADN de la nation. Depuis les admonestations de John Winthrop (18), à peine dix ans après que les premiers puritains eurent débarqué en Nouvelle-Angleterre, jusqu'au célèbre « discours du malaise » prononcé par Jimmy Carter en 1979, les Américains se sont périodiquement décrits comme étant au bord d'un précipice, mais ont toujours su éviter le désastre, si bien que la « résilience » semble être un trait de leur génie national. En ce sens, nous sommes peut-être en train d'assister à l'un de ces « moments Spoutnik » où le risque d'être dépassés incite les États-Unis à se réinventer et à consacrer toute leur énergie à la conquête d'une nouvelle Frontière.
Mais où trouver un nouveau programme Apollo, une nouvelle « Guerre des étoiles » ou encore une nouvelle révolution comparable à l'éclosion d'Internet ? Pendant la campagne électorale, Barack Obama avait paru, un temps, vouloir s'emparer des défis environnementaux - économie verte, bio et nanotechnlogies... - comme d'un nouvel eldorado que l'avance technologique et la capacité d'innovation des États-Unis permettraient de conquérir. Dans son discours sur l'état de l'Union prononcé début 2010, il s'était montré très volontariste. « L'Amérique n'acceptera pas de tenir les seconds rôles », avait-il dit, déclenchant l'un des seuls moments d'applaudissements unanimes. Mais depuis lors, s'il y a bien un domaine où presque tous s'accordent à dire que cette administration aura le plus grand mal à accomplir quoi que ce soit, tant les obstacles politiques s'accumulent, c'est bien celui de l'énergie et de l'environnement, comme l'ont encore montré tout récemment les débats sur le nucléaire (19).
C'est que les obstacles sont immenses, dans un contexte de polarisation politique et de crispation idéologique rarement atteint depuis les grandes luttes des années 1960. L'observateur européen ne peut qu'être frappé par la radicalisation des discours sur un certain nombre de sujets qui semblent précisément toucher au coeur du rêve américain. Sur la question de l'immigration, par exemple : on pense à l'Arizona, où des mesures très répressives ont été mises en place à l'encontre des immigrés illégaux, autorisant la police à opérer des arrestations « au faciès » et à expulser tous les sans-papiers. Ce contexte politique très dur a été évoqué comme l'une des explications de la fusillade de Tucson, le 8 janvier 2011, où la représentante Gabrielle Giffords a été grièvement blessée et un juge tué (sans pour autant que ce drame ne suscite une remise en cause des lois permissives sur le port d'armes)...
On pense aussi, sur le plan des droits civiques, à la façon dont certains leaders d'opinion très en vue, sur la blogosphère ou dans les médias indépendants, agitent le spectre de l'islamisme, désigné comme ennemi public numéro un à l'instar du communisme autrefois. Ces diatribes insistent sur le radicalisme anti-démocratique qui serait inhérent à l'islam. Vus d'Europe, ces débats nous paraissent étrangement familiers. Ils n'en sont pas moins surprenants dans un pays qui a tant protégé les revendications d'appartenance culturelle ou religieuse. La nomination récente d'une commission d'enquête chargée de prévenir les dérives radicales au sein de la communauté musulmane, pourtant largement intégrée et prospère, n'est de ce point de vue guère rassurante (20).
On est également frappé par la nouvelle coloration des propos officiels sur les nouvelles technologies. Avec une brusque accélération depuis le choc des révélations de WikiLeaks, on semble être passé en fort peu de temps d'un discours irénique sur les promesses de démocratisation et de prospérité partagée que doivent réaliser les nouvelles technologies à un discours ultra-défensif qui met en avant toutes sortes de nouvelles cyber-menaces (cyber-terrorisme, cyber-attaques de la part de puissances rivales, réseaux pornographiques et pédophiles...).
Même évolution dans le domaine des bio ou des nanotechnologies : les débats ont basculé du côté de la mise en garde et les « clean tech » n'ont plus le vent en poupe. C'est comme si l'ensemble des discours sur la science et la technologie - pourtant un ressort d'optimisme renouvelé aux États-Unis - avait basculé du côté obscur, qu'il s'agisse de la remise en cause du consensus scientifique sur le réchauffement climatique, de la contestation de l'enseignement de la théorie de l'évolution dans les écoles publiques ou encore de l'interdiction de la recherche sur les cellules souches...
La montée en puissance du thème de la sécurité énergétique, enfin, se fait sur le même schéma. Quand bien même on ouvrirait chaque coin de nature vierge à l'exploration pétrolière, cette production nationale ne pourrait changer les équilibres d'approvisionnement qu'à la marge. Pour diminuer la dépendance envers le pétrole du Moyen-Orient, le bon sens voudrait plutôt que l'on cherche à réduire les habitudes de consommation, que l'on réforme la fiscalité, ou encore que l'on développe des combustibles ou des énergies alternatives... mais ces projets se heurtent à l'opposition des tea parties à tout ce qui pourrait ressembler à des engagements multilatéraux contraignants ou même à une réglementation fédérale dans ce domaine. Dans une mécanique difficile à briser, la montée du mécontentement populaire et la défiance à l'égard des élites semblent barrer la route aux politiques publiques qui pourraient permettre aux États-Unis d'engager des réformes structurelles, et de trouver ainsi un nouveau souffle.
Ce contexte idéologique se conjugue avec un sentiment de blocage des institutions et de dérèglement du fonctionnement politique. Les enthousiastes des tea parties dénoncent des gouvernants irresponsables et égoïstes qui serviraient avant tout les intérêts de petits cercles d'insiders ; mais avant eux déjà, Barack Obama en campagne avait dit « Washington is broken » et promis de mettre fin aux blocages partisans qui entravent les réformes de fond dont le pays aurait besoin. Au Sénat, les deux blocs politiques ont, en effet, la possibilité de verrouiller les débats en menaçant le camp adverse de filibuster (21), de telle sorte qu'il faut désormais une « supermajorité » de 60 voix pour pouvoir adopter la moindre loi. À quoi s'ajoute le poids croissant des lobbies représentant des intérêts sectoriels, au moment où des organisations « transversales » de la société civile qui pourraient parler pour les classes moyennes peinent, elles, à se réinventer ; le rôle grandissant de l'argent dans les campagnes politiques ; ou encore le poids démesuré dont disposent au Sénat des États très faiblement peuplés et peu représentatifs des préoccupations de la majorité. Les dysfonctionnements s'accumulent, tant et si bien que les institutions américaines, largement intouchées depuis la Convention de Philadelphie en 1787, figurent aujourd'hui au banc des accusés. Bref, les grands défis actuels demanderaient des compromis que le fonctionnement des institutions rend de plus en plus difficiles : l'Amérique serait devenue ingouvernable...
« Renewal and change »
Alors, que faire ? Dans la tradition des grandes « jérémiades », l'évocation d'une apocalypse prochaine, dont les désordres contemporains seraient les signes avant-coureurs, exhorte chacun à renouer avec le meilleur de lui-même et la fidélité à son Dieu. Dans le registre politique, les discours déclinistes peuvent fonctionner, pareillement, comme des appels à la réforme, au redressement, à une rédemption individuelle et collective. Ils représentent une alerte salutaire destinée à susciter un regain de foi, de confiance et de détermination. « Renewal and change » (renouveau et changement), promettait John Fitzgerald Kennedy dans son discours d'investiture. Mais, aujourd'hui, à quoi les États-Unis devraient-ils rester fidèles, et que peuvent-ils accepter de réformer ?
Ce qui semble être en jeu actuellement, c'est, d'une part, la faculté des États-Unis à rester une société ouverte et, d'autre part, leur faculté à revoir leur exceptionnalisme à l'aune des nouveaux rapports de force planétaires. « Tout bien considéré, l'ouverture au monde est la grande force de l'Amérique », insiste Fareed Zakaria dans la conclusion de The Post-American Era. Pour de nombreux commentateurs, en effet, ce n'est que si les États-Unis renonçaient à être une société ouverte qu'ils seraient réellement menacés, car leur vraie force réside dans leur capacité de séduction - une vertu qui attire à eux les talents du monde entier et ouvre la voie à la conquête de nouveaux marchés (en particulier via leur industrie culturelle). À ce titre, la montée actuelle d'une politique de suspicion à l'égard de la communauté musulmane ou les restrictions imposées à la délivrance de visas à des étudiants venus de pays « sensibles » sont des évolutions préoccupantes qui menacent peut-être plus sûrement la compétitivité des États-Unis et la primauté de leur modèle que la politique de puissance de la Chine ou les déficits budgétaires.
Mais la question est également celle de la place de l'exceptionnalisme dans la culture politique américaine. Les Américains parviendront-ils à retrouver la fierté de leur destin national, de leur civilisation et de leurs valeurs, sans les ranger pour autant du côté de ce qui est unique, exceptionnel et intouchable ? Les sentiments de désillusion et de désorientation ne proviennent-ils pas, en partie, de la découverte que les États-Unis éprouvent en réalité les mêmes difficultés que, par exemple, les pays de l'Union européenne ? Comme l'Europe, l'Amérique a été rattrapée par la désindustrialisation et la sclérose démocratique. Comme l'Europe, elle doit affronter la migration de l'industrie manufacturière vers les pays du Sud ; le chômage structurel dans certaines régions ; le poids des dépenses de santé et des retraites dans le budget national ; les tensions sociales autour des populations immigrées ; la menace du terrorisme et des réseaux criminels planétaires ; la perte de confiance dans les élites et le système de représentation démocratique... Les États-Unis, en fin de compte, ne seraient-ils qu'une démocratie développée parmi les autres ? On imagine combien, pour certains militants des tea parties, cette idée est insupportable. D'où leur réaction : l'affirmation de plus en plus rigide des principes de la révolution conservatrice, anti-impôts et anti-régulation, qui devait permettre aux États-Unis de prospérer toujours davantage en suivant leur modèle propre. En politique étrangère également, tout ce qui ressemblerait à une concession à des enjeux partagés avec le reste du monde serait, par définition, un-American (non américain) : s'il ne peut plus être question de repli isolationniste - car le 11 Septembre a montré que les désordres du monde s'invitent parfois jusqu'au coeur des États-Unis -, la politique étrangère ne saurait légitimement être motivée que par la protection des intérêts nationaux américains.
Pour toute une tradition progressiste, au contraire, le génie particulier des États-Unis serait de savoir se remettre en cause lorsque les circonstances l'exigent. Le discours tenu par Barack Obama le 29 mars dernier sur l'engagement américain en Libye le situe clairement dans cette filiation. Se présentant en commandant en chef de l'armée et ouvrant son allocution par un hommage appuyé au courage, au professionnalisme et au patriotisme des soldats américains, le président a d'abord fait des concessions aux conservateurs puisqu'il a cherché à démontrer que les États-Unis avaient un intérêt stratégique à s'assurer de la stabilité de la Libye et, au-delà, du succès des « printemps arabes ». Mais il a sans cesse replacé cet engagement américain dans le contexte du mandat international conféré par l'ONU, de la coopération avec une coalition internationale et du transfert de commandement à l'Otan. Pragmatique comme toujours, il a fait plusieurs fois allusion aux difficultés « domestiques » et à la réticence légitime du contribuable américain à aller financer des guerres hasardeuses alors que l'économie américaine est fragilisée.
Plus de prudence dans la politique étrangère ; plus de coopération avec les alliés ; des objectifs plus modestes ; une attention portée aux priorités domestiques : voilà qui ressemble fort à une attitude de repli après les années de politique révolutionnaire et messianique mise en oeuvre par les équipes néoconservatrices de l'administration Bush. Le président Obama ne s'est pas privé, pour autant, de donner sa propre version de l'exceptionnalisme américain. Les États-Unis auraient ainsi une responsabilité particulière dans le soutien aux mouvements de libération à l'oeuvre dans le monde arabe, non pas en raison de leur suprématie militaire mais parce que la nation américaine, née elle aussi d'une révolution, porte la défense de la liberté en son sein. Dans cette version du « long combat nocturne », pourtant, la liberté n'est plus un système que Washington pourrait exporter dans le reste du monde, mais un simple repère au coeur des épreuves, dont le fardeau est à partager entre tous les peuples de la planète.
Ces succès récents de politique étrangère semblent pour l'heure apaiser un peu les tensions que les élections de mi-mandat et leurs suites immédiates avaient vu s'exacerber, mais il reste que l'Amérique a un peu perdu de sa superbe, ces derniers temps. Sans doute en sommes-nous étonnés, depuis l'Europe, tant nous avions pris l'habitude de compter sur son optimisme pour contrebalancer notre sens tragique de l'Histoire... Cherchant à comprendre de quoi est faite cette humeur nouvelle, il faut regarder tout à la fois du côté d'événements économiques et politiques d'une portée majeure pour les États-Unis, mais aussi d'une culture politique bien particulière, à caractère cyclique, qui fait succéder à des périodes de désorientation, d'introspection, et de divisions internes des regains de dynamisme spectaculaires. Ce n'est pas la première fois, loin s'en faut, que l'Amérique est ainsi saisie par le doute ; et elle s'en est toujours relevée. Cherchant à comprendre quelles évolutions s'annoncent, sans doute peut-on s'attarder sur les choix du président Obama, et sur ses qualités, ou non, d'homme d'État ; mais il faudrait bien se garder pour autant de surestimer sa marge de manoeuvre. Le paysage politique et culturel américain est devenu particulièrement compliqué, et le chemin des réformes d'avenir est semé d'embûches. D'autres acteurs de poids porteront demain une responsabilité de taille dans le tournant que les États-Unis auront réussi, ou non, à prendre pour embrasser les enjeux de la mondialisation : les médias, Fox News en tête ; la classe politique dans son ensemble ; la Cour suprême ; les Églises et les mouvances fondamentalistes en particulier ; les ONG... En tant qu'Européens, notre intérêt n'est pas non plus de situer toujours nos espoirs et nos désillusions par rapport au seul projet américain, comme si nos voisins d'outre-Atlantique ne souffraient pas des mêmes maux que nous. Mais il faut leur souhaiter de réussir. Car une Amérique qui tournerait le dos à l'avenir, voilà qui serait tout à fait déprimant !
Notes :
(1) Dans certaines villes, ce sont désormais des quartiers entiers où une maison sur deux est vide, les panneaux de foreclosure bien en évidence sur les portes et les pelouses.
(2) Barack Obama s'était engagé dès sa campagne à réformer le système d'assurance santé. Après plusieurs mois de manifestations et de débats houleux, des projets de lois (différents) ont été passés par le Sénat le 7 novembre 2009 et par la Chambre des représentants le 24 décembre 2009. Les textes ont ensuite fait plusieurs allers-retours entre les deux chambres, avant que le projet dit de « réconciliation » (synthèse des deux textes) ne soit enfin accepté par la Chambre des représentants le 21 mars 2010, par 220 voix contre 211. Le Sénat avait encore demandé deux amendements avant d'accepter le texte à son tour, par 56 voix contre 43, avant un vote final à la Chambre, 220 contre 207. Pas un seul représentant républicain n'a approuvé ce texte.
(3) La plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, louée par la compagnie BP pour forer dans le golfe du Mexique (dans les eaux territoriales américaines) a explosé le 20 avril 2010, générant un incendie puis une marée noire de grande envergure. 4,9 millions de barils soit 780 millions de litres se seraient répandus, causant un désastre écologique sans précédent. Il faudra attendre le 19 septembre pour que la fuite soit enfin déclarée colmatée par le gouvernement fédéral américain.
(4) « The Troubles », Newsweek, 16 mars 2010.
(5) « Complexity and Collapse », Foreign Affairs, mars-avril 2010.
(6) Alfred McCoy, « How America Will Collapse (by 2025) », Salon, 6 décembre 2010.
(7) « The Tea Party and American Foreign Policy : what Populism Means for Globalism », Foreign Affairs, mars-avril 2011.
(8) Le People's Party a été créé en 1892, à la suite d'un mouvement durable de révoltes agraires dans le Sud-Ouest et les Grandes Plaines. Les fermiers y protestaient contre le pouvoir des banquiers et des compagnies de chemins de fer, et proposaient notamment d'abandonner l'étalon-or pour contrer la chute drastique des prix agricoles. Après quelques succès électoraux au plan local, le parti a progressivement perdu de son influence au point de se dissoudre, mais certains de ses thèmes de prédilection ont été repris dans les discours démocrates, en particulier par William Jennings Bryan, candidat deux fois malheureux à la présidentielle, en 1896 et en 1900.
(9) Les historiens distinguent d'ordinaire deux « Grands Réveils », l'un en 1730, très vite après l'arrivée du Mayflower, alors que la meilleure fortune des colons de Nouvelle-Angleterre venait remettre en cause le caractère très soudé des premiers settlements ; l'autre en 1830, alors que l'expansion territoriale vers l'Ouest, notamment, transformait radicalement les rapports sociaux et politiques. Mais on pourrait aussi souligner que ces moments de ferveur religieuse ont été la matrice de multiples scissions et renouveaux par la suite, jusqu'à l'émergence de l'évangélisme conservateur comme force politique dans les années 1980.
(10) Les communautés puritaines installées en Angleterre à partir de la fin du XVIIe siècle se sont beaucoup divisées dans le siècle et demi qui a suivi, conduisant à des schismes internes de différentes ampleurs, de la création des sectes anabaptistes ou mennonites aux divisions plus subtiles entre congrégationalistes, épiscopaliens, unitariens, etc. L'Église protestante aux États-Unis comprend aujourd'hui sept dénominations, ou courants, majeurs.
(11) C'est le critique littéraire Sacvan Bercovich, un Canadien, qui a d'abord identifié et analysé au long cours ce topoï de la culture américaine, en particulier dans deux ouvrages qui ont fait date, The Puritan Origins of the American Self et The American Jeremiad, parus respectivement en 1975 et en 1979.
(12) Résultats du 25 mars 2011 : http://pewresearch.org/pubs/1940/hispanic-united-states-population-growth-2010-census
(13) La Troisième révolution américaine, Perrin, 2004.
(14) Dreams from my Father : a Story of Race and Inheritance, Three Rivers Press, 1995 ; et The Audacity of Hope : Thoughts on Reclaimaing the American Dream, Vintage Books, 2006.
(15) Voir par exemple le commentaire de CNN, le 5 novembre 2008, « Obama embodies the American dream » (Obama personnifie le rêve américain) : « L'élection présidentielle a confirmé ce que bon nombre d'entre nous savaient déjà : nous vivons dans un pays remarquable et merveilleux, et les Américains sont un peuple passionnant et complexe. C'est un pays où, comme l'a dit Barack Obama cette semaine, " tout est possible " si l'on travaille dur, si l'on fait des sacrifices, si l'on se montre persévérant. Un pays dont chacun peut devenir le président. Et c'est un pays dont les habitants votent parfois contre leur propre intérêt, peut-être pour défendre des causes plus importantes que leur confort personnel. »
(16) Parmi les libéraux très en colère, on est particulièrement frappé par le moralisme vengeur, férocement anti-intellectuel, d'un chroniqueur comme Keith Olbermann, sur la chaîne MSNBC.
(17) Il est intéressant, à ce titre, qu'il soit devenu tout à fait politiquement correct de présenter les États-Unis comme un empire à présent que cet empire serait en train de se dissoudre. On ne compte plus les comparaisons entre les États-Unis et Rome ou la Grande-Bretagne, alors que ce terme a longtemps été frappé d'anathème.
(18) Élu gouverneur de la colonie du Massachusetts en 1637, John Winthrop a laissé à la postérité un certain nombre de discours et de prêches, dont « A Modell of Charity », peut-être écrit au moment de la traversée vers le Nouveau Monde, où il utilise pour la première fois l'expression de « cité sur la colline » pour décrire l'expérience des colons américains, nouveau peuple élu parti pour une nouvelle Terre Promise.
(19) Le président Obama avait annoncé un nouveau programme d'investissements fédéraux dans la construction de centrales début 2010, malgré les réticences des conservateurs et des environnementalistes. L'explosion de la centrale de Fukushima a de nouveau remis en cause ce virage dans la politique énergétique du pays. Voir l'article du Christian Science Monitor, « Nuclear power in US : public support plummets in wake of Fukushima », 22 mars 2011.
(20) Un article récent de The Economist, « Muslims and Maccarthyism » (10 mars 2011), souligne que la nomination d'un catholique pur et dur à la tête de celle-ci n'est sans doute pas faite pour apaiser les tensions.
(21) Le filibuster est la possibilité offerte à un sénateur de garder la parole autant de temps qu'il le souhaite pour empêcher qu'un débat parlementaire ne soit clos et une décision prise à la majorité simple. S'il n'est plus guère pratiqué dans les faits, il est agité comme une menace, obligeant à clore les débats par un vote des deux tiers du Sénat, soit 60 votes.