Politique Internationale - La Revue n°134 - HIVER - 2012

sommaire du n° 134
ITALIE : UN PATRON DANS L'ARENE
Entretien avec Luca Cordero DI MONTEZEMOLO
Président de Ferrari depuis 1991
conduit par
Richard HEUZÉ
Chef du Bureau de Politique Internationale en Italie.
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en français

Entretien avec Luca Cordero di Montezemolo*
* Président de Ferrari depuis 1991. Président de la Confindustria (2004-2008). Président de Fiat (2004-2010).
italie : un patron dans l'arène
Cet entretien a été conduitpar Richard Heuzé**
** Correspondant du Figaro à Rome.
Une photo orne l'entrée du bureau du président de Ferrari, au sein de la grande usine de Maranello, située à 80 kilomètres au nord de Bologne. On y voit Luca Cordero di Montezemolo trépigner sur la ligne d'arrivée à côté du commissaire de course qui est en train d'abaisser le drapeau à damiers blanc et noir au passage de la Ferrari 312B pilotée par Niki Lauda. Le cliché a été pris lors du Grand prix d'Espagne le 8 avril 1974. C'était la première victoire, aussi bien pour Niki Lauda dans l'écurie du cheval cabré que pour l'industriel qui, trois ans plus tôt, avait pris en main les destinées du groupe automobile.
Vingt ans ont passé depuis que Luca di Montezemolo a succédé à Piero Fusaro à la tête de Ferrari, le 15 novembre 1991. Dans une lettre à tous les salariés du groupe, le nouveau président exposait ce qui est resté son leitmotiv : « Vous pouvez tout faire si vous avez l'enthousiasme » (1). L'enthousiasme, cet industriel hyper-médiatique de 64 ans l'aura, sa vie durant, mis au service de ses usines, des circuits automobiles, du patronat et de la politique italienne. S'il ne s'est pas encore lancé dans une carrière au Parlement, ce n'est sans doute pas faute d'envie, mais parce que l'occasion ne s'est pas présentée. Il est reconnu comme une valeur sûre par tous les partis modérés qui aspirent à former un Troisième Pôle entre gauche et droite, entre réformateurs d'inspiration communiste et partisans de Silvio Berlusconi.
Issu d'une famille de l'aristocratie piémontaise longtemps attachée à la Maison de Savoie, le marquis Luca Cordero di Montezemolo, après des études de droit à l'université Sapienza de Rome, puis à l'université Columbia de New York, fréquente divers cabinets d'avocats internationaux tout en commençant à devenir un assidu des circuits automobiles. Il se lie d'amitié avec un rejeton de la famille Agnelli, Cristiano Rattazzi, participe avec lui à diverses courses et se fait remarquer par Enzo Ferrari, dit The Drake, qui l'embauche comme assistant en 1973. Son entregent le propulse rapidement à des postes de haute responsabilité : chef des relations extérieures du groupe Fiat en 1977 ; responsable de la participation italienne à l'America's Cup en 1986 ; et, enfin, directeur général du comité d'organisation de la Coupe du monde de football en 1990. Après un passage au quotidien La Stampa, puis chez l'éditeur Rizzoli et au conseil d'administration de TF1, il revient chez Ferrari en 1991 pour en prendre la présidence. Il fait venir à ses côtés le Français Jean Todt et conquiert cinq titres successifs de champion du monde des constructeurs. En mai 2004, il est appelé dans des circonstances dramatiques à succéder au président de Fiat Umberto Agnelli qui vient de disparaître après avoir lui-même pris l'année précédente les rênes du groupe automobile à la mort de son frère, l'Avvocato Giovanni Agnelli. Montezemolo, qui a la pleine confiance de la famille, restera à la tête de Fiat jusqu'en 2010, cumulant cette charge pendant quatre ans, à partir de mai 2004, avec celle de président du patronat italien.
Libéral convaincu, Luca Cordero di Montezemolo ne manque aucune occasion d'appeler l'Italie à opérer de « profondes réformes ». Il le déclarait déjà dans un entretien accordé à Politique Internationale (numéro 104, hiver 2004-2005). Il énonçait à l'époque cinq grandes réformes (accroissement de la concurrence, justice, relance de la croissance, augmentation de la productivité, investissements dans le Mezzogiorno) qui constituent précisément l'ossature de la cure d'austérité que le gouvernement de l'ancien commissaire européen - et tout nouveau président du Conseil - Mario Monti a fait adopter juste avant Noël par le Parlement italien.
R. H.
Richard Heuzé - Avant de parler politique, un mot sur votre parcours. Il y a vingt ans, le 11 novembre 1991, vous preniez les commandes de Ferrari. Le groupe, doté d'un outil industriel obsolète, venait de traverser une saison marquée par l'absence de victoire en F1. Dès votre arrivée, vous avez voulu imprimer un style nouveau. Quel bilan tirez-vous de ces vingt années ?


Luca Cordero di Montezemolo - « Le vrai secret de la réussite, c'est l'enthousiasme », ai-je écrit en prenant mes fonctions. Vingt ans plus tard, je ne renie rien. C'est grâce à l'enthousiasme de nous tous que Ferrari a pu retrouver le chemin du succès. En vingt ans, notre chiffre d'affaires a été multiplié par dix. Il atteindra deux milliards d'euros cette année, soit 20 % de plus que l'an dernier. Nous étions présents dans 29 pays. Nous le sommes aujourd'hui dans 58. Nous employons 3 000 salariés et nous vendons 7 000 voitures par an, contre 2 300 en 1993. Dont 500 en Chine, notre nouveau marché à l'exportation derrière les États-Unis (premier avec 1 700 véhicules), l'Inde et le Moyen-Orient. En France, nos ventes sont d'environ 350 par an. Acquérir une Ferrari est un luxe qu'il faut mériter. Les délais d'attente sont d'environ un an. Nous mettons un point d'honneur à valoriser au mieux notre marque. Ainsi la Chine nous a concédé un contrat de trois ans pour maintenir notre pavillon à l'Expo universelle de Shanghai - un honneur rare. Sans oublier le parc à thèmes que nous avons inauguré à Abou Dhabi, un site unique dans le Golfe, à l'origine de notre forte percée commerciale dans la région.


R. H. - Il y a aussi vos succès en F1...


L. C. M. - Bien sûr. Nous avons remporté quatorze titres mondiaux de F1 en vingt ans, dont huit championnats du monde des constructeurs et six championnats des pilotes. C'est tout simplement exceptionnel. Nous avons eu des pilotes de légende comme Michael Schumacher, qui s'est adjugé à lui seul cinq titres mondiaux. Ces succès n'auraient sans doute pas existé sans la gestion avisée de Jean Todt. En tant que directeur général de l'écurie de course depuis juillet 1993, il a conduit nos bolides au sommet, leur permettant de récolter cinq titres mondiaux consécutifs entre 1999 et 2004. Comme vous le voyez, notre bilan est éloquent et il y a vraiment de quoi être satisfait.


R. H. - On ne peut pas en dire autant de l'Italie ! En cette période de turbulences monétaires qui mettent l'euro à genoux, comment avez-vous accueilli la nomination d'un gouvernement de techniciens n'appartenant à aucun parti ?


L. C. M. - Mario Monti est un éminent professeur d'économie qui, à travers son expérience de membre de la Commission de Bruxelles pendant dix ans, a acquis une connaissance approfondie des mécanismes européens. Il jouit d'une grande crédibilité internationale. Je crois son gouvernement capable de sortir l'Italie de l'ornière dans laquelle elle se trouve. Tout pays démocratique a besoin d'un gouvernement composé de gens compétents, crédibles et ayant le sens de l'intérêt général. Je forme des voeux pour que cet exécutif dure jusqu'à la fin naturelle de la législature, en 2013. Mais celui qui lui succédera devra être légitimé par un vote populaire.


R. H. - À travers la fondation Italia Futura (2), que vous avez créée en 2009, vous tentez de préparer la classe politique et la société civile aux changements que pourraient apporter les prochaines élections. Comment entendez-vous procéder ?


L. C. M. - C'est exact. Italia Futura, que j'ai conçue comme un tremplin vers une nouvelle manière de concevoir la politique, jouera un rôle fondamental dans la préparation de cette échéance. Il faut comprendre que ces élections ne seront pas une étape de routine, mais un rendez-vous historique. En cette année 2012, Italia Futura fera campagne pour promouvoir un changement de programmes et de personnel politique afin d'offrir à l'Italie ce qu'elle mérite. La Deuxième République issue du berlusconisme a fait faillite. Otage des populismes de droite comme de gauche, le monde politique a progressivement perdu le contact avec la réalité quotidienne des Italiens. Il est devenu indifférent aux défis qu'impose une conjoncture internationale certes difficile, mais riche en opportunités. Les Italiens veulent participer à cette nouvelle ère politique qui s'annonce et reconstruire leur démocratie. Restaurer une politique forte, crédible et qui fasse autorité : voilà la tâche à laquelle ils ont envie de s'atteler. Cette fois-ci, il ne suffira pas, comme certains l'espèrent dans les officines politiques, que tout change pour que rien ne change. En 2013, il faudra leur offrir quelque chose de nouveau et de différent. D'ici là, Italia Futura sera présente sur le terrain pour mettre en place un réseau serré de relais régionaux. Leur rôle sera de réfléchir à des mesures concrètes et opérationnelles à partir d'une idée majeure : privatiser rapidement le patrimoine public afin de réduire la dette de l'État.


R. H. - Les partis politiques n'ont pas voulu participer au gouvernement formé le 14 novembre dernier par Mario Monti. Des personnalités éminentes comme Gianni Letta ou l'ex-socialiste Giuliano Amato ont été pressenties. Mais leurs formations respectives - le PDL de Silvio Berlusconi (3) et  le Parti démocrate (4) - s'y sont opposées. Pourquoi, à votre avis ?


L. C. M. - Les partis ont estimé que la meilleure solution pour eux était de conserver les mains libres pour pouvoir prendre leurs distances si la politique du gouvernement Monti ne leur convenait pas. Aussi courageux soit-il, cet exécutif court un risque : s'il échoue, on blâmera les techniciens et on dira que finalement on ne peut pas se passer de la politique. S'il réussit - ce que je lui souhaite - les partis s'en attribueront le mérite et prétendront que c'est grâce au soutien qu'ils lui ont apporté.


R. H. - Depuis que Silvio Berlusconi est revenu au pouvoir en mai 2008, il est devenu votre bête noire. L'été dernier, lors de la première vague d'attaques spéculatives contre l'Italie, après que Moody's eut déclassé la note de la dette publique italienne, vous l'avez invité à quitter le pouvoir. Rarement un industriel s'était comporté avec aussi peu de ménagement envers un président du Conseil. Pourquoi cette attitude ?


L. C. M. - Il faut bien comprendre que ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est l'épargne, le travail et l'avenir de millions d'Italiens. La situation est extrêmement grave et Silvio Berlusconi, avant d'être contraint au départ, semblait ne pas s'en rendre compte. Je n'avais aucune raison de le ménager. Je le lui ai dit clairement, dans une lettre ouverte au quotidien La Repubblica, le 31 octobre. Permettez-moi de me citer : « Il faut sans tarder mettre en place un gouvernement de salut public si nous voulons sauver le pays. » Dans le même temps, j'appelais à prendre des mesures douloureuses. Heureusement qu'il y a eu la lettre à l'Italie (5) envoyée le 5 août par la Banque centrale européenne (BCE). Cette intervention a été fondamentale. Il ne fait certainement plaisir à personne d'être mis sous tutelle, mais nous l'avons bien cherché. Le premier plan d'austérité, celui de juillet, était clairement insuffisant. Une chose importante est en train de se produire : nous demandons à l'Europe une gouvernance commune ; mais, en échange, l'Europe demande à tous les États membres des règles de comportement rigoureuses. Donnant-donnant en quelque sorte. C'est pourquoi je pense qu'il est fondamental d'inscrire la « règle d'or » (6) dans la Constitution.


R. H. - Revenons au gouvernement Berlusconi. Lui reconnaissez-vous quand même quelques mérites ?


L. C. M. - Rappelez-vous quand il s'est lancé en politique, au début 1994. La Première République sortait d'une période traumatisante. L'opération « Mani Pulite » (« mains propres ») avait entièrement décapité la génération qui dirigeait l'Italie depuis la fin de la guerre. La Démocratie chrétienne et le Parti socialiste, impliqués dans des affaires de corruption, avaient disparu. Les Italiens voulaient tourner la page.
Silvio Berlusconi s'était fixé trois priorités :
- montrer qu'un chef d'entreprise compétent et courageux pouvait diriger un pays avec succès ;
- en finir avec ce qu'il appelait le « petit théâtre de la politique » et gouverner sur la base de nouvelles règles ;
- promouvoir une révolution libérale en barrant la route aux communistes.
Les résultats sont pitoyables. Certes, il n'y a plus de communistes, tout au moins au Parlement. Ils en ont été évincés aux dernières élections d'avril 2008. Mais la majeure partie des membres du dernier gouvernement Berlusconi étaient de vieux briscards, des rescapés de la Première République. Quant à la révolution libérale, elle a complètement échoué. Depuis 2008, il n'a procédé à aucune libéralisation. Au contraire, les monopoles ont été consolidés. L'État est faible et, paradoxalement, il envahit tout.


R. H. - Comment expliquez-vous que la troisième économie d'Europe, qui affichait il y a encore un an des résultats parfois meilleurs que certains de ses voisins (dont la France) en matière de chômage, de déficit public ou de solidité industrielle, soit devenue la cible privilégiée de la spéculation internationale ?


L. C. M. - Depuis des décennies, l'Italie souffre de deux maux : un endettement public très élevé, égal à 120 % du revenu national ; et une croissance extrêmement faible, proche de zéro. À cela s'ajoutent des causes conjoncturelles. L'Italie a ressenti plus durement que les autres pays européens les effets des trois grandes crises de la dernière décennie : celle qui a suivi les attentats de septembre 2001 ; la crise financière de 2008 ; et, aujourd'hui, la crise des dettes souveraines.
La Ligue du Nord n'a rien fait pour arranger les choses. Cette force séparatiste et sécessionniste a participé au gouvernement Berlusconi en faisant pression pour que soient adoptées des lois favorisant la prétendue « Padanie », une entité territoriale qui ne correspond à aucune réalité politique. Elle n'a eu de cesse de fustiger « Rome la voleuse ». Pour marquer son indépendance, elle a transféré trois semblants de ministères à Monza, près de Milan (7). Plus ridicule encore : après la rupture, en octobre, de son alliance de gouvernement avec le PDL de Silvio Berlusconi, la Ligue a convoqué un « Parlement du Nord » à Mantoue. Soit dit en passant, je serais curieux de savoir qui représentera l'opposition dans ce pseudo-Parlement !
La troisième difficulté tient à la faiblesse d'une opposition qui verse de plus en plus dans le populisme. Aujourd'hui, le Parti démocrate ne peut pas espérer remporter les élections sans l'appui de populistes comme Antonio Di Pietro (8) ou Nichi Vendola (chef de file d'un rassemblement comprenant communistes et écologistes). À Naples, Luigi de Magistris, un ancien magistrat de gauche soutenu par Nichi Vendola et élu maire en juin 2011, refuse toute construction d'incinérateurs dans sa ville. Une ville - je vous rappelle - d'un million d'habitants où le traitement des ordures ménagères est un problème récurrent. C'est comme proposer de résoudre la faim dans le tiers-monde sans rien donner à manger aux gens !


R. H. - Les prochaines élections sont prévues pour le printemps 2013. Quel sera alors le panorama politique ?


L. C. M. - Il faut s'attendre à un changement radical. Les prochaines élections marqueront la fin d'un cycle, comme cela avait été le cas en 1994 avec l'irruption fracassante de Silvio Berlusconi dans la sphère politique. Il est exclu que ceux qui étaient aux commandes lors des Première et Deuxième Républiques reviennent sur le devant de la scène à la faveur de ce qui s'annonce comme l'avènement d'une Troisième République. Les Italiens savent pertinemment qui est responsable de la situation actuelle. La faute n'incombe pas seulement à Silvio Berlusconi et à son gouvernement. L'ensemble de la classe politique a contribué au désastre. Les discours que nous entendons depuis un an sont désolants. La majorité de Silvio Berlusconi n'a cessé d'expliquer que l'économie allait bien et que le pays pouvait s'en sortir tout seul. L'opposition, elle, soutenait que le coupable était Silvio Berlusconi et qu'il suffisait de se débarrasser de lui pour que tout aille mieux. Personne n'avait tout à fait raison ni tout à fait tort. Ce qui est sûr, c'est qu'il nous faut à présent retrouver une culture de la cohésion. Prenons exemple sur Alcide De Gasperi qui, au lendemain de la guerre, a su composer avec les syndicats pour entreprendre la reconstruction du pays.


R. H. - Croyez-vous que cela soit suffisant ?


L. C. M. - Certainement pas, mais il faut sortir de ce climat de guerre civile permanente. Changer de personnel politique. Placer ses espoirs en des personnes compétentes, respectueuses des institutions, animées par la passion de la chose publique, conscientes de leurs responsabilités et fortement désireuses de tirer le meilleur parti des atouts du pays : ses entreprises, son savoir-faire, ses marques, sa culture. L'Italie brille dans le monde par sa mode, ses produits alimentaires, son design, sa créativité. Prenez le cas des usines Ferrari dans cette ville de Maranello. Savez-vous comment le Financial Times les a baptisées ? « The best place to work in Europe... »


R. H. - Les élections sont encore loin...


L. C. M. - D'ici là, une double tâche attend le gouvernement de Mario Monti : ramener les comptes publics à l'équilibre d'ici à 2013 comme l'Italie s'y est engagée ; et enclencher, grâce à des réformes de fond, une dynamique qui modifie très profondément le rapport entre les citoyens et leur représentation politique.
Le problème dont dépend la solution de tous les autres, c'est l'incapacité de la classe politique à mettre en oeuvre les réformes indispensables. Du temps où je présidais la Confindustria, le patronat italien, de 2004 à 2008, j'avais l'habitude de dire que, quelle que soit l'adresse du conducteur, il est impossible de gagner une course si l'on pilote une voiture vieille, poussive et lourde à manier. Même si l'on est Michael Schumacher ! Cette vieille voiture, c'est notre Constitution. Une Constitution qui a été conçue et approuvée par le Parlement au sortir de la guerre, en décembre 1947. Or, depuis, le monde a complètement changé. Il ne s'agit pas de toucher aux principes fondamentaux qui énoncent nos droits et nos devoirs, mais de modifier la seconde partie du texte qui régit l'organisation de l'État, de ses institutions et des rapports entre citoyens.


R. H. - Quelles seraient les modifications les plus importantes ?


L. C. M. - Trois changements sont, à mes yeux, prioritaires :
- renforcer les pouvoirs du président du Conseil de manière à en faire un véritable premier ministre qui soit en mesure de choisir les membres de son gouvernement, d'évaluer leur travail et, s'il n'en est pas satisfait, de les renvoyer. Actuellement, pour se séparer d'un ministre, le président du Conseil doit recevoir l'aval des partis politiques qui ont proposé sa nomination ;
- revoir les prérogatives de la Chambre des députés et du Sénat. On ne peut pas continuer à fonctionner avec deux Chambres qui sont la copie conforme l'une de l'autre, devant lesquelles tout chef du gouvernement doit prononcer deux fois de suite le même discours pour obtenir la confiance de chacune et qui doivent, l'une et l'autre, donner leur accord avant qu'une loi puisse être considérée comme définitivement adoptée. Il en résulte des lenteurs phénoménales. Le Parlement est incapable de prendre des décisions dans l'urgence. Parmi les propositions de révision constitutionnelle envisagées, l'une de celles qui font le plus autorité serait la création d'un Sénat des régions dont les modalités d'élection et le mandat seraient différents de ceux de la Chambre des députés (9). Il faut passer à l'action ;
- alléger les structures de l'État, c'est-à-dire supprimer les 110 provinces qui font doublon avec les 21 régions et réduire, voire diviser par deux, le nombre de parlementaires (930, plus 6 sénateurs à vie ; sans compter les 57 eurodéputés) - l'un des plus élevés d'Europe.


R. H. - Que peut-on attendre de telles réformes ?


L. C. M. - On peut en attendre un appareil institutionnel plus moderne, plus alerte, plus vif à réagir et moins coûteux. En réduisant les navettes parlementaires, on pourrait adopter les réformes plus rapidement. Silvio Berlusconi a dû solliciter plus de cinquante fois la confiance du Parlement pour légiférer à coups de majorité, le fait de poser la question de confiance coupant court à tout débat parlementaire. Modifier les règles reviendrait à instaurer le fameux « time to market » (10) indispensable à toute entreprise qui se confronte quotidiennement à la concurrence internationale. Une telle réforme n'est ni de droite ni de gauche. Elle est dans l'intérêt de l'Italie.
Ce n'est pas tout : il faudrait supprimer une multitude d'établissements publics parfaitement inutiles ; privatiser les biens des domaines qui ne produisent aucune valeur ajoutée, comme les casernes désaffectées ; tailler à la hache dans la jungle des privilèges et des avantages indus, à commencer par les jetons de présence distribués à tout-va aux membres des conseils d'administration de fondations publiques qui ne jouent aucun rôle actif dans la vie du pays.
Depuis dix ans, l'État s'est immiscé dans des domaines où il n'a pas sa place. Un grand nettoyage s'impose. Il doit se concentrer sur ses fonctions essentielles : la santé, l'école, la recherche et les infrastructures d'importance nationale. Quant à la gestion des infrastructures locales, elle serait concédée aux collectivités territoriales. En vendant des actifs dont il n'a plus l'utilité et en privatisant, l'État pourrait dégager des ressources importantes destinées à des investissements d'avenir. Tout cela peut et doit se faire dans la transparence. Le citoyen doit être informé, savoir où iront les sommes ainsi récupérées et en quoi elles profiteront à la collectivité.


R. H. - Cet été, dans une interview au Corriere della Sera, vous dénonciez les souffrances infligées aux citoyens, leurs difficultés croissantes à faire face aux rigueurs budgétaires. Pourriez-vous illustrer votre propos ?


L. C. M. - Je ne vous donnerai qu'un exemple : les ménages italiens sont endettés à hauteur de 5,5 % de leur revenu (11). En d'autres termes, les Italiens n'arrivent plus à joindre les deux bouts. Pour boucler les fins de mois, ils s'endettent de plus en plus à des taux qui dépassent les 10 %, pour autant que leurs banquiers acceptent de leur prêter. Ce n'est pas le signe d'une économie saine. L'Italie détient le record de la pression fiscale en Europe, après les pays scandinaves (12). La différence, c'est qu'en Suède l'État offre en retour des services publics efficaces, des crèches, des écoles, des transports qui fonctionnent, du bien-être social. Ce n'est pas le cas chez nous, loin de là. Nos impôts finissent dans l'immense chaudron d'une dépense publique aussi vaine que désordonnée. Tout le monde déplore l'ampleur de la fraude fiscale, qui atteindrait un cinquième du revenu national. J'en entends parler depuis ma jeunesse. Mais ce qui a été fait jusqu'à présent reste largement insatisfaisant.


R. H. - Silvio Berlusconi n'est-il pas un bouc émissaire commode ? Parmi les membres de son gouvernement, qui sauveriez-vous de l'opprobre général ?


L. C. M. - Je ne suis pas assez présomptueux pour me livrer à ce genre d'évaluation. Mais lorsqu'on compare ce qui aurait dû être fait à ce qui a été fait, force est de constater que l'écart est gigantesque. Le gouvernement a été, je ne dirai pas l'unique, mais la principale cause de la détérioration des comptes publics. Il partage cette responsabilité avec l'opposition de gauche qui, elle non plus, n'a rien compris aux défis auxquels l'économie réelle du pays est confrontée : politique énergétique, chômage, précarité des jeunes. Il ne suffit pas de dire « non » au nucléaire, comme cela a été fait en juin 2011 par référendum. Il faut aussi dire quelle politique énergétique on entend mettre en oeuvre. Réformer les retraites est un impératif national. Dans un monde où l'espérance de vie s'allonge, il est inimaginable de laisser les gens partir à la retraite à 60 ans (13) pour avoir ensuite des cohortes de retraités qui travaillent au noir. C'est pourtant ce qu'exige la Ligue du Nord. D'une manière générale, le gouvernement Berlusconi a manqué de courage et a été paralysé par les contradictions internes à la coalition. Surtout, il s'est occupé d'une myriade de choses qui n'étaient pas prioritaires.


R. H. - Un exemple concret ?


L. C. M. - Prenez NTV, la joint-venture ferroviaire que j'ai constituée (14) avec l'industriel Diego Della Valle et, à hauteur de 20 %, avec la SNCF. C'est l'une des rares réalisations industrielles italiennes des dernières années. Elle est entièrement gérée par le secteur privé. Eh bien, Giulio Tremonti, ministre de l'Économie pseudo-libéral d'un gouvernement Berlusconi lui aussi prétendument libéral, a tout fait pour s'opposer à ce projet. Il n'a créé aucune autorité, mis en place aucun arbitre, aucune structure chargée de nous protéger du monopole, de nous permettre de lutter contre la concurrence à armes égales, comme il en avait le devoir. Il a même fait tout le contraire, et cela au détriment de l'intérêt des citoyens. Pourtant, nous avons embauché mille salariés, investi 650 millions d'euros pour acquérir 25 trains à grande vitesse de dernière génération fabriqués par Alstom, dépensé 90 millions d'euros pour créer à Naples un grand centre de manutention. À ce jour, nous n'avons pas encore encaissé un seul euro provenant de la vente de billets. Nous ne sommes pas encore parvenus à faire homologuer nos trains parce que des problèmes surgissent tous les jours. Tandis que les Ferrovie dello Stato, qui sont en situation de monopole, bénéficient constamment de subventions publiques. Dans le transport régional et le fret, la situation est identique : le monopole fait barrage au développement de toute offre concurrente. Pourtant, les chemins de fer locaux se trouvent dans un état désastreux. Il suffit d'aller de Rome à l'aéroport de Fiumicino par le train de banlieue pour s'en rendre compte. Il en va de même pour le transport de marchandises dont la part ne cesse de diminuer au bénéfice du transport routier. Le gouvernement Berlusconi aurait dû remédier à cette situation en brisant les monopoles. Il n'en a rien fait. Ce n'était pas un gouvernement libéral.


R. H. - L'Europe fonde beaucoup d'espoirs sur le gouvernement Monti. A-t-elle raison ?


L. C. M. - Je vous l'ai dit : le gouvernement Monti est la meilleure solution possible. Ses propositions, en matière fiscale, de concurrence ou de justice sociale, sont les seules qui soient en mesure de rassurer les différentes composantes de la société. Il faut se mobiliser pour qu'il réussisse.
Mais l'Italie n'est pas un cas isolé. L'Europe tout entière est à la veille de grands changements. L'année 2011 a été marquée par une série d'élections : en février en Irlande, gagnées par le Fine Gael conservateur ; en juin au Portugal, où les socialistes au pouvoir depuis 2005 ont été battus ; et en novembre en Espagne, où les conservateurs de Mariano Rajoy ont remporté une large victoire. La France connaîtra bientôt, elle aussi, un scrutin décisif. Dans ce contexte, l'Italie doit retrouver au plus vite le chemin de l'Europe. Jusqu'à présent, elle s'en était tenue à distance parce qu'elle avait avec Silvio Berlusconi un gouvernement « local », comme le disent les Anglo-Saxons, plus préoccupé par ses problèmes internes que par ce qui se passait dans le monde. Il est tout de même paradoxal de voir un pays fondateur de la Communauté européenne s'intéresser si peu à l'Europe et à son destin. Nous avons même eu à l'Économie un ministre eurosceptique comme Giulio Tremonti qui voulait fermer les frontières de nos marchés à la Chine alors que nos entreprises vivent aujourd'hui des commandes qu'elles décrochent dans ce pays !
Je persiste par ailleurs à penser que l'Europe ne doit pas être dominée par un directoire de deux États. Croire que la solution aux problèmes de l'Europe dépend de deux pays seulement, fussent-ils la France et l'Allemagne, est une erreur. Tout comme serait une erreur de croire qu'un seul pays comme l'Allemagne, aussi puissant soit-il, puisse dicter sa ligne aux 26 autres.


R. H. - Dans la première interview que vous avez accordée à Politique Internationale, en 2005, vous insistiez sur la nécessité de relancer le processus de Barcelone afin de renforcer la compétitivité de l'Europe. Ce processus est-il encore à l'ordre du jour ?


L. C. M. - Depuis cette interview, six ans ont passé. Six ans de bouleversements qui équivalent à quinze ans en période ordinaire. Entre-temps, nous sommes entrés dans une zone de tempête. L'euro est sous pression comme jamais depuis sa création et l'Europe elle-même n'est plus à l'abri d'une désintégration. La France et l'Allemagne veulent la relancer, reconfigurer les traités, revitaliser les institutions européennes. Il faut aller vite, car le temps presse. En six ans, d'autres réalités économiques ont émergé sur la scène internationale. Les États-Unis et la Chine ne sont plus seuls. Des pays comme le Brésil, l'Inde, la Turquie, plus récemment les Émirats arabes avec Abou Dhabi et le Qatar sont apparus. L'Europe doit prendre garde à ne pas se laisser distancer par ces nouveaux concurrents.


R. H. - Comment réagir aux turbulences monétaires ?


L. C. M. - En gardant des nerfs d'acier. Le pire serait de perdre son calme. Le made in Italy occupe encore une place de choix sur les marchés internationaux. Sa réputation n'est plus à faire. Ferrari - l'emblème de notre excellence nationale - réalise plus de 90 % de son chiffre d'affaires à l'exportation. Mais il est parfois permis de se poser des questions. Le jour où Poltrona Frau, leader du design et grande marque du luxe italien, présent en Inde et dans les Émirats arabes avec des joint-ventures, annonce des résultats exceptionnels, le titre est attaqué en Bourse. Allez comprendre pourquoi ! Cela montre que quelque chose ne tourne pas rond. La leçon qu'on doit en tirer, c'est qu'il ne faut pas se préoccuper outre mesure de l'état des marchés, mais prendre en compte les données de l'économie réelle. C'est la seule chose qui importe vraiment. Il est grand temps que nos gouvernants et nos autorités monétaires réglementent ces agences de notation qui font la pluie et le beau temps sur les marchés et que soit mis un terme à leurs conflits d'intérêts. Avec de telles agences qui spéculent sur notre épargne, comment voulez-vous que la Bourse continue à fournir les ressources financières nécessaires à la croissance ? C'est cette spéculation de papier, et uniquement elle, qui a été à l'origine de la crise financière d'il y a trois ans.


R. H. - En décembre 2008, vous avez été élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy. Je remarque, d'ailleurs, que vous en portez l'insigne à la boutonnière. Que représente, pour vous, cette distinction ?


L. C. M. - C'est un grand honneur, qui m'a procuré un plaisir immense. J'ai été aussi heureux que le jour où Forbes m'a proclamé « homme de l'année du secteur automobile ». Quand on s'implique dans son travail avec passion, il est très agréable de constater que ce travail est reconnu au niveau international. Cela ne peut que m'inciter à continuer.
Je conserve de cette journée le souvenir d'une splendide cérémonie à l'Élysée. Avec beaucoup de gentillesse, le président Nicolas Sarkozy a prononcé un beau discours en feignant de connaître le moindre détail de ma carrière...


R. H. - Comment jugez-vous le président Sarkozy ?


L. C. M. - C'est un homme très compétent, intelligent. Il s'est admirablement comporté sur la scène internationale ces derniers temps. Peut-être joue-t-il un jeu un peu trop personnel... En tout cas, c'est assurément un leader.


R. H. - Vous même êtes très actif à l'étranger, sans arrêt en déplacement, multipliant les contacts. Quels sont vos interlocuteurs préférés ?


L. C. M. - En France, je dirais François Fillon. J'ai noué avec lui un très bon rapport. Je l'estime pour sa compétence, sa solidité, sa connaissance des dossiers. Nous nous voyons deux fois par an et ces rencontres sont toujours un bonheur.
Partout où j'ai travaillé, j'ai tissé un réseaux d'amitiés fidèles. Que ce soit aux États-Unis, où j'ai fait mes études ; dans les Émirats arabes, notamment à Abou Dhabi où, je vous le disais tout à l'heure, Ferrari a ouvert un parc à thèmes spectaculaire ; en France, où j'ai exercé de nombreuses responsabilités, au conseil d'administration du Monde par exemple. J'ai également été administrateur de PPR, la holding de François Pinault. Je suis très proche, aussi, de l'architecte Jean Nouvel. Et, bien entendu, de Jean Todt, qui a tant contribué au succès des Ferrari en F1.
En Allemagne, je citerais Josef Ackermann, le président de la Deutschebank, que je connais depuis quinze ans et dont j'apprécie l'intelligence. En Espagne, j'ai une grande estime, depuis longtemps, pour Mariano Rajoy, qui vient d'être élu premier ministre ; Rita Barbera Nola, qui est maire de Valence depuis 1991 ; et Alberto Ruizi Gallardon, le maire de Madrid, avec qui je suis fréquemment en contact. Sans oublier, bien sûr, le banquier Emilio Botin (15).
Voyez-vous, ce trésor de relations, c'est ma manière à moi de me sentir citoyen de l'Europe. C'est un trésor que je cultive avec soin.


(1) Lettre envoyée par Luca Cordero di Montezemolo à tous les salariés du groupe, au moment de succéder comme président de Ferrari à Piero Fusaro, le 15 novembre 1991 : « The real secret of success is enthusiasm. You can do anything if you have enthusiasm. Enthusiasm is the yeast that makes your hope rise to the stars. Enthusiasm is the sparkle in your eye, it is the swing of your gait, the grip of your hand, the irresistible surge of your will and your energy to execute your ideas. Enthusiasts are fighters. They have fortitude, they have staying qualities. Enthusiasm is at the bottom of all progress. With it there is accomplishment. Without it they are lonely alibis. »
(2) Italia Futura est une association fondée en juillet 2009 par Luca Cordero di Montezemolo pour sortir le débat politique du carcan dans lequel la logique du bipolarisme l'avait enfermé. Très vite, de hautes personnalités du monde de la politique, de l'entreprise et de la culture adhèrent à cette nouvelle approche. Du président de la Chambre des députés Gianfranco Fini à Alessandro Profumo, patron (à l'époque) de la première banque du pays Unicredit, en passant par l'industriel Diego Della Valle (propriétaire de la marque de chaussures de luxe Tod's), un nouveau courant émerge et essaime à travers tout le pays. Italia Futura se préoccupe de promouvoir le débat civique et politique, de créer des contacts entre fondations, mouvements d'idées et autres associations impliqués dans la recherche d'une nouvelle donne politique et sociale. Elle organise des colloques, publie des articles, favorise des initiatives et des projets de développement technologique. Très vite, elle sera perçue comme la rampe de lancement du Terzo Polo, un rassemblement politique de centristes qui ne souhaitent adhérer à aucun des deux grands partis majoritaires, le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi et le Parti démocrate de la gauche réformiste. Italia Futura est souvent soupçonnée de préparer l'éventuelle entrée en politique de Luca di Montezemolo.
(3) Le PDL ou Peuple de la liberté est une formation politique dont Silvio Berlusconi avait annoncé la formation en novembre 2007 et qui se présentait au départ comme une fédération de partis politiques soutenant son action. À la Foire de Rome en mars 2009, pour le quinzième anniversaire de son entrée en politique, s'est tenu le premier congrès du PDL. À l'occasion, Forza Italia, qui était l'émanation directe de son mouvement politique, et son allié post-fasciste, l'Alliance nationale, ont fusionné pour se doter de structures communes et d'une gouvernance unique. Un an auparavant, aux élections législatives de 2008, les formations se réclamant du PDL, qui s'étaient présentées sous une liste commune et des groupes parlementaires unifiés, s'étaient affirmées comme la principale force politique d'Italie, réalisant un score de 37,4 % des voix, treize millions et demi de voix et 276 députés (sur 630). Au moment de la démission de Silvio Berlusconi en novembre dernier, le PDL n'était plus crédité dans les sondages que de 23 % des suffrages.
(4) Fondé en octobre 2007, le Parti démocrate (ou PD) se promettait de promouvoir les idéaux réformateurs et de gauche qui avaient permis le succès électoral de Romano Prodi aux élections de 2006. Il rassemblait, à l'origine, des formations qui partageaient les mêmes aspirations : les Démocrates de gauche issus de la social-démocratie et descendants en ligne directe du parti communiste italien qui s'était auto-dissous en février 1991 au lendemain de l'effondrement du mur de Berlin ; la Marguerite du catholique de gauche Francesco Rutelli ; les Républicains européens ; l'Alliance réformiste ; et, pour finir, des formations locales. Aux élections de 2008 remportées par la coalition de Romano Prodi, le PD se classe deuxième, avec 33 % des voix et 211 députés. Deux ans plus tard, il avait perdu dix points et n'a commencé à relever la tête qu'avec les déboires politiques et sexuels de Silvio Berlusconi. Il est aujourd'hui la première force du pays, avec 26 % des voix, loin de son score de 2008.
(5) Le 5 août 2011, la Banque centrale européenne (BCE) a fait parvenir une lettre « secrète » à l'Italie, demandant au gouvernement de Silvio Berlusconi de procéder à des réformes structurelles urgentes sous peine d'un regain de spéculation des marchés. Le document signé du gouverneur de la BCE Jean-Claude Trichet et de son successeur désigné, le gouverneur de la Banque d'Italie Mario Draghi qui n'a jamais ménagé ses critiques à l'encontre de la politique suivie par le ministre de l'Économie de Berlusconi, Giulio Tremonti, a fait forte impression. Elle aurait dû rester secrète, mais le Corriere della Sera en ayant publié des extraits immédiatement et l'intégralité le 29 septembre 2011, un débat très vif s'ensuivit sur la souveraineté nationale face au présumé « diktat » de Francfort. Le document rejette comme totalement insuffisant un premier plan de restructuration de l'économie qui venait d'être adopté par le gouvernement et appelle à des réformes de fond sur les retraites, les libéralisations, les privatisations, la lutte contre les corporatismes, la vente de biens de l'État ainsi que sur le droit du travail qui n'a pas évolué depuis 1970. Les mesures énoncées par la BCE alimenteront le débat national pendant des mois et serviront, début décembre, de fil directeur au plan d'assainissement budgétaire radical du gouvernement de Mario Monti.
(6) La règle d'or est l'obligation constitutionnelle d'assurer l'équilibre budgétaire lors de l'adoption des comptes de la nation : à la différence des socialistes français qui s'opposent avec force à l'inscription de cet objectif (assorti de pénalités en cas de dépassement) dans la Constitution, les Italiens, toutes forces politiques confondues, le partagent pleinement. Silvio Berlusconi a été le premier à en parler et un débat est en cours au Parlement pour voter une loi constitutionnelle. Le président du Conseil Mario Monti lui-même y est extrêmement favorable et souhaite que la mesure soit étendue de manière automatique à tous les pays de la zone euro.
(7) En pleine rupture avec Silvio Berlusconi, la Ligue du Nord multiplie depuis le début de l'été 2011 les provocations. Elle a, notamment, remis à l'ordre du jour le mot d'ordre de « sécession de la Padanie » qu'elle avait brandi dans les années où elle cultivait l'isolement politique, entre 1975 et 2000. Conséquence de l'appel lancé un an auparavant en faveur d'une décentralisation des ministères installés à Rome, elle a procédé le 23 juillet 2011 à l'« inauguration » de quatre bureaux d'administrations ministérielles dans le cadre majestueux de la Villa Reale, un palais d'époque autrichienne aux portes de Monza, près de Milan. Les locaux, qui occupent au total une centaine de m2, ont été pompeusement rebaptisés « ministères » et occupés par des administrations des ministères de l'Économie, des Réformes, de la Simplification et du Tourisme. En octobre, le tribunal de Rome a annulé cette décision, à la grande fureur de la Ligue du Nord, condamnée aux dépens.
Autre aberration juridique de la Ligue du Nord : l'installation dans la ville de Mantoue d'un « Parlement du Nord » censé représenter la « Padanie », cette entité géopolitique confuse regroupant, pour le parti d'Umberto Bossi, toutes les régions baignées par le bassin du Pô. En 1997, des listes émanant des diverses corporations de la Ligue du Nord ont participé, sans publicité ni confrontation politique, à l'élection de ce Parlement. Seuls les radicaux s'étaient prêtés à ce simulacre de scrutin. Ce prétendu « Parlement » dans lequel n'existe aucune opposition n'a jamais délibéré. Son siège a été un instant établi dans une villa de Vicenza. Après la démission de Silvio Berlusconi en novembre 2011, la Ligue a décidé de le relancer. Le 4 décembre, une séance s'est tenue sous la houlette de son « président », l'ancien ministre de la Simplification Roberto Calderoli. La presse italienne a fait l'impasse sur ses délibérations.
(8) Ancien policier devenu juge d'instruction dans les grands procès de « mains propres » sur la corruption politique qui ont défrayé la chronique judiciaire au début des années 1990, Antonio Di Pietro (61 ans) a quitté la magistrature après le procès retentissant de l'ex-président du Conseil socialiste Bettino Craxi pour fonder un parti très revendicatif, « l'Italie des valeurs » (IDV). Ce politicien populiste et opportuniste aux propos enflammés se situe à la gauche du Parti démocrate, qu'il a mis dans l'embarras plus d'une fois. Il doit son succès à ses violentes campagnes contre Silvio Berlusconi qui le déteste : « Di Pietro me fait horreur », déclare l'ancien président du Conseil. Maintenant que le Cavaliere n'est plus au pouvoir, l'opposition véhémente et irréfléchie de l'ancien magistrat au plan d'austérité du gouvernement de Mario Monti a fourni au Parti démocrate l'occasion de se démarquer nettement de lui. Isolé et privé de programme, Di Pietro espère jouer sur la fibre populaire pour maintenir son score d'environ 4,4 % aux prochaines élections de 2013.
(9) Le Parlement italien issu de la Constitution de 1948 est l'expression d'un « bicaméralisme parfait », terme sous lequel on désigne un système composé de deux Chambres dotées de fonctions absolument identiques. Cette dualité a fait l'objet de nombreuses tentatives de réforme visant à alléger le fonctionnement d'une institution particulièrement pesante.
En juin 2007, la Commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre, présidée par l'ex-communiste Luciano Violante, a adopté un projet de Sénat fédéral élu pour moitié au suffrage universel et pour moitié par les Conseils régionaux et les Conseils des autonomies locales. Le 17 octobre de cette même année, cette même Commission a toutefois retenu une proposition alternative de Sénat fédéral élu uniquement au suffrage indirect sur le modèle du Bundesrat autrichien.
Avec le début d'une nouvelle législature en avril 2008, le Parlement s'est saisi d'une nouvelle réforme du Sénat sur une base fédérale. Il serait doté d'un rôle différent de celui de la Chambre à laquelle reviendrait l'exclusivité de l'adoption des lois et qui serait l'expression des autonomies territoriales. C'est sur cette proposition que portent actuellement les débats sur la réforme du Parlement.
(10) « Time to market » : les industriels ont l'obsession des délais résultant de la nécessité de faire approuver tout texte de loi par les deux chambres du Parlement. Dans certains cas, ce délai se compte en mois, voire davantage. D'autant qu'une fois le texte approuvé il faut encore attendre la publication des décrets d'application qui peut également prendre une éternité.
(11) Selon l'observatoire économique CGIA de Mestre (Vénétie) qui fait autorité dans ce domaine, l'endettement des familles italiennes s'est accru de 131 % depuis l'introduction de l'euro pour atteindre 19 198 euros fin 2010, soit une augmentation de 3 268 euros en douze mois. L'essentiel de cet endettement est constitué par le remboursement de prêts immobiliers. La région de Rome, avec une moyenne de 27 727 euros par ménage, est celle où l'endettement est le plus élevé.
(12) En fait, après les mesures d'austérité adoptées en décembre 2011 par le gouvernement Monti, l'Italie se situe au quatrième rang européen en termes de pression fiscale, devançant la France. Selon la Banque d'Italie, la pression fiscale italienne s'établira en 2012 à 43,8 % du revenu (contre 43,3 % en 2009) alors qu'elle atteint 48,9 % au Danemark, 48,2 % en Suède et 44,4 % en France.
(13) Le 16 décembre 2011, la Chambre des députés a adopté à une très large majorité le plan de réformes budgétaires présenté par le gouvernement de Mario Monti - un plan aussi appelé « plan de la dernière chance » ou « sauve-Italie », destiné à empêcher le pays de sombrer dans la faillite. Le Sénat en a fait autant huit jours plus tard.
La réforme des retraites en est l'une des mesures phares. Élaborée par une universitaire turinoise de prestige, Elsa Fornero, éminente spécialiste du droit du travail, elle jette les bases d'un système de retraites plus équilibré. L'âge du départ à la retraite dans le secteur privé est fixé à 66 ans pour les hommes et à 62 ans pour les femmes. Soit un an plus tard que la durée actuelle. De plus, à partir de 2018, le statut des femmes sera aligné sur celui des hommes, avec un départ à la retraite à 66 ans pour tous.
À cette date, ce qu'on a appelé l'« anomalie » italienne, c'est-à-dire les « bébés-retraités » pouvant cesser de travailler dès 57-58 ans en profitant de tous les cumuls de cotisations permis par le législateur, aura pris fin.
Dès l'an prochain, en effet, les femmes devront cotiser au moins 41 ans et un mois et les hommes 42 ans et un mois pour pouvoir prendre leur retraite à taux plein. Les uns et les autres se verront, en outre, imposer des retraites dégressives s'ils anticipent la fin de leur activité. Jusqu'à la fin 2010, il suffisait d'atteindre 40 annuités de contribution pour être admis à prendre sa retraite à taux plein.  
(14) La holding NTV (Nuovo Trasporto Viaggiatori) a été constituée le 9 octobre 2008. Elle a pour principaux actionnaires la MDP Holding (38,4 % détenus à parts égales par Montezemolo, Diego Della Valle et un troisième partenaire, Punzo) ; la SNCF et la banque d'investissement IMI (20 % chacune) ; et l'assureur Generali (15 %). Le projet prévoyait au départ une mise en service en 2011 et un trafic passagers sur les lignes TGV de dix millions de voyageurs en 2015. Les multiples obstacles dressés par le concurrent public Ferrovie dello Stato ont retardé l'inauguration de la première ligne, aujourd'hui prévue pour juin 2012.
(15) Emilio Botin-Sanz de Santuola y Garcia de los Rios (77 ans) est l'une des principales personnalités économiques d'Espagne. En 1986, il a succédé à son père à la tête du Banco Santander Central Hispano, l'un des leaders européens du crédit. Cet établissement a successivement absorbé le Banco Espanol de Credito, devenant la principale banque d'Espagne, puis, en juillet 2008, la banque britannique Abbey National.

Notes :
(1) Lettre envoyée par Luca Cordero di Montezemolo à tous les salariés du groupe, au moment de succéder comme président de Ferrari à Piero Fusaro, le 15 novembre 1991 : « The real secret of success is enthusiasm. You can do anything if you have enthusiasm. Enthusiasm is the yeast that makes your hope rise to the stars. Enthusiasm is the sparkle in your eye, it is the swing of your gait, the grip of your hand, the irresistible surge of your will and your energy to execute your ideas. Enthusiasts are fighters. They have fortitude, they have staying qualities. Enthusiasm is at the bottom of all progress. With it there is accomplishment. Without it they are lonely alibis. » (2) Italia Futura est une association fondée en juillet 2009 par Luca Cordero di Montezemolo pour sortir le débat politique du carcan dans lequel la logique du bipolarisme l'avait enfermé. Très vite, de hautes personnalités du monde de la politique, de l'entreprise et de la culture adhèrent à cette nouvelle approche. Du président de la Chambre des députés Gianfranco Fini à Alessandro Profumo, patron (à l'époque) de la première banque du pays Unicredit, en passant par l'industriel Diego Della Valle (propriétaire de la marque de chaussures de luxe Tod's), un nouveau courant émerge et essaime à travers tout le pays. Italia Futura se préoccupe de promouvoir le débat civique et politique, de créer des contacts entre fondations, mouvements d'idées et autres associations impliqués dans la recherche d'une nouvelle donne politique et sociale. Elle organise des colloques, publie des articles, favorise des initiatives et des projets de développement technologique. Très vite, elle sera perçue comme la rampe de lancement du Terzo Polo, un rassemblement politique de centristes qui ne souhaitent adhérer à aucun des deux grands partis majoritaires, le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi et le Parti démocrate de la gauche réformiste. Italia Futura est souvent soupçonnée de préparer l'éventuelle entrée en politique de Luca di Montezemolo. (3) Le PDL ou Peuple de la liberté est une formation politique dont Silvio Berlusconi avait annoncé la formation en novembre 2007 et qui se présentait au départ comme une fédération de partis politiques soutenant son action. À la Foire de Rome en mars 2009, pour le quinzième anniversaire de son entrée en politique, s'est tenu le premier congrès du PDL. À l'occasion, Forza Italia, qui était l'émanation directe de son mouvement politique, et son allié post-fasciste, l'Alliance nationale, ont fusionné pour se doter de structures communes et d'une gouvernance unique. Un an auparavant, aux élections législatives de 2008, les formations se réclamant du PDL, qui s'étaient présentées sous une liste commune et des groupes parlementaires unifiés, s'étaient affirmées comme la principale force politique d'Italie, réalisant un score de 37,4 % des voix, treize millions et demi de voix et 276 députés (sur 630). Au moment de la démission de Silvio Berlusconi en novembre dernier, le PDL n'était plus crédité dans les sondages que de 23 % des suffrages. (4) Fondé en octobre 2007, le Parti démocrate (ou PD) se promettait de promouvoir les idéaux réformateurs et de gauche qui avaient permis le succès électoral de Romano Prodi aux élections de 2006. Il rassemblait, à l'origine, des formations qui partageaient les mêmes aspirations : les Démocrates de gauche issus de la social-démocratie et descendants en ligne directe du parti communiste italien qui s'était auto-dissous en février 1991 au lendemain de l'effondrement du mur de Berlin ; la Marguerite du catholique de gauche Francesco Rutelli ; les Républicains européens ; l'Alliance réformiste ; et, pour finir, des formations locales. Aux élections de 2008 remportées par la coalition de Romano Prodi, le PD se classe deuxième, avec 33 % des voix et 211 députés. Deux ans plus tard, il avait perdu dix points et n'a commencé à relever la tête qu'avec les déboires politiques et sexuels de Silvio Berlusconi. Il est aujourd'hui la première force du pays, avec 26 % des voix, loin de son score de 2008. (5) Le 5 août 2011, la Banque centrale européenne (BCE) a fait parvenir une lettre « secrète » à l'Italie, demandant au gouvernement de Silvio Berlusconi de procéder à des réformes structurelles urgentes sous peine d'un regain de spéculation des marchés. Le document signé du gouverneur de la BCE Jean-Claude Trichet et de son successeur désigné, le gouverneur de la Banque d'Italie Mario Draghi qui n'a jamais ménagé ses critiques à l'encontre de la politique suivie par le ministre de l'Économie de Berlusconi, Giulio Tremonti, a fait forte impression. Elle aurait dû rester secrète, mais le Corriere della Sera en ayant publié des extraits immédiatement et l'intégralité le 29 septembre 2011, un débat très vif s'ensuivit sur la souveraineté nationale face au présumé « diktat » de Francfort. Le document rejette comme totalement insuffisant un premier plan de restructuration de l'économie qui venait d'être adopté par le gouvernement et appelle à des réformes de fond sur les retraites, les libéralisations, les privatisations, la lutte contre les corporatismes, la vente de biens de l'État ainsi que sur le droit du travail qui n'a pas évolué depuis 1970. Les mesures énoncées par la BCE alimenteront le débat national pendant des mois et serviront, début décembre, de fil directeur au plan d'assainissement budgétaire radical du gouvernement de Mario Monti. (6) La règle d'or est l'obligation constitutionnelle d'assurer l'équilibre budgétaire lors de l'adoption des comptes de la nation : à la différence des socialistes français qui s'opposent avec force à l'inscription de cet objectif (assorti de pénalités en cas de dépassement) dans la Constitution, les Italiens, toutes forces politiques confondues, le partagent pleinement. Silvio Berlusconi a été le premier à en parler et un débat est en cours au Parlement pour voter une loi constitutionnelle. Le président du Conseil Mario Monti lui-même y est extrêmement favorable et souhaite que la mesure soit étendue de manière automatique à tous les pays de la zone euro. (7) En pleine rupture avec Silvio Berlusconi, la Ligue du Nord multiplie depuis le début de l'été 2011 les provocations. Elle a, notamment, remis à l'ordre du jour le mot d'ordre de « sécession de la Padanie » qu'elle avait brandi dans les années où elle cultivait l'isolement politique, entre 1975 et 2000. Conséquence de l'appel lancé un an auparavant en faveur d'une décentralisation des ministères installés à Rome, elle a procédé le 23 juillet 2011 à l'« inauguration » de quatre bureaux d'administrations ministérielles dans le cadre majestueux de la Villa Reale, un palais d'époque autrichienne aux portes de Monza, près de Milan. Les locaux, qui occupent au total une centaine de m2, ont été pompeusement rebaptisés « ministères » et occupés par des administrations des ministères de l'Économie, des Réformes, de la Simplification et du Tourisme. En octobre, le tribunal de Rome a annulé cette décision, à la grande fureur de la Ligue du Nord, condamnée aux dépens. Autre aberration juridique de la Ligue du Nord : l'installation dans la ville de Mantoue d'un « Parlement du Nord » censé représenter la « Padanie », cette entité géopolitique confuse regroupant, pour le parti d'Umberto Bossi, toutes les régions baignées par le bassin du Pô. En 1997, des listes émanant des diverses corporations de la Ligue du Nord ont participé, sans publicité ni confrontation politique, à l'élection de ce Parlement. Seuls les radicaux s'étaient prêtés à ce simulacre de scrutin. Ce prétendu « Parlement » dans lequel n'existe aucune opposition n'a jamais délibéré. Son siège a été un instant établi dans une villa de Vicenza. Après la démission de Silvio Berlusconi en novembre 2011, la Ligue a décidé de le relancer. Le 4 décembre, une séance s'est tenue sous la houlette de son « président », l'ancien ministre de la Simplification Roberto Calderoli. La presse italienne a fait l'impasse sur ses délibérations. (8) Ancien policier devenu juge d'instruction dans les grands procès de « mains propres » sur la corruption politique qui ont défrayé la chronique judiciaire au début des années 1990, Antonio Di Pietro (61 ans) a quitté la magistrature après le procès retentissant de l'ex-président du Conseil socialiste Bettino Craxi pour fonder un parti très revendicatif, « l'Italie des valeurs » (IDV). Ce politicien populiste et opportuniste aux propos enflammés se situe à la gauche du Parti démocrate, qu'il a mis dans l'embarras plus d'une fois. Il doit son succès à ses violentes campagnes contre Silvio Berlusconi qui le déteste : « Di Pietro me fait horreur », déclare l'ancien président du Conseil. Maintenant que le Cavaliere n'est plus au pouvoir, l'opposition véhémente et irréfléchie de l'ancien magistrat au plan d'austérité du gouvernement de Mario Monti a fourni au Parti démocrate l'occasion de se démarquer nettement de lui. Isolé et privé de programme, Di Pietro espère jouer sur la fibre populaire pour maintenir son score d'environ 4,4 % aux prochaines élections de 2013. (9) Le Parlement italien issu de la Constitution de 1948 est l'expression d'un « bicaméralisme parfait », terme sous lequel on désigne un système composé de deux Chambres dotées de fonctions absolument identiques. Cette dualité a fait l'objet de nombreuses tentatives de réforme visant à alléger le fonctionnement d'une institution particulièrement pesante. En juin 2007, la Commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre, présidée par l'ex-communiste Luciano Violante, a adopté un projet de Sénat fédéral élu pour moitié au suffrage universel et pour moitié par les Conseils régionaux et les Conseils des autonomies locales. Le 17 octobre de cette même année, cette même Commission a toutefois retenu une proposition alternative de Sénat fédéral élu uniquement au suffrage indirect sur le modèle du Bundesrat autrichien. Avec le début d'une nouvelle législature en avril 2008, le Parlement s'est saisi d'une nouvelle réforme du Sénat sur une base fédérale. Il serait doté d'un rôle différent de celui de la Chambre à laquelle reviendrait l'exclusivité de l'adoption des lois et qui serait l'expression des autonomies territoriales. C'est sur cette proposition que portent actuellement les débats sur la réforme du Parlement. (10) « Time to market » : les industriels ont l'obsession des délais résultant de la nécessité de faire approuver tout texte de loi par les deux chambres du Parlement. Dans certains cas, ce délai se compte en mois, voire davantage. D'autant qu'une fois le texte approuvé il faut encore attendre la publication des décrets d'application qui peut également prendre une éternité. (11) Selon l'observatoire économique CGIA de Mestre (Vénétie) qui fait autorité dans ce domaine, l'endettement des familles italiennes s'est accru de 131 % depuis l'introduction de l'euro pour atteindre 19 198 euros fin 2010, soit une augmentation de 3 268 euros en douze mois. L'essentiel de cet endettement est constitué par le remboursement de prêts immobiliers. La région de Rome, avec une moyenne de 27 727 euros par ménage, est celle où l'endettement est le plus élevé. (12) En fait, après les mesures d'austérité adoptées en décembre 2011 par le gouvernement Monti, l'Italie se situe au quatrième rang européen en termes de pression fiscale, devançant la France. Selon la Banque d'Italie, la pression fiscale italienne s'établira en 2012 à 43,8 % du revenu (contre 43,3 % en 2009) alors qu'elle atteint 48,9 % au Danemark, 48,2 % en Suède et 44,4 % en France. (13) Le 16 décembre 2011, la Chambre des députés a adopté à une très large majorité le plan de réformes budgétaires présenté par le gouvernement de Mario Monti - un plan aussi appelé « plan de la dernière chance » ou « sauve-Italie », destiné à empêcher le pays de sombrer dans la faillite. Le Sénat en a fait autant huit jours plus tard. La réforme des retraites en est l'une des mesures phares. Élaborée par une universitaire turinoise de prestige, Elsa Fornero, éminente spécialiste du droit du travail, elle jette les bases d'un système de retraites plus équilibré. L'âge du départ à la retraite dans le secteur privé est fixé à 66 ans pour les hommes et à 62 ans pour les femmes. Soit un an plus tard que la durée actuelle. De plus, à partir de 2018, le statut des femmes sera aligné sur celui des hommes, avec un départ à la retraite à 66 ans pour tous. À cette date, ce qu'on a appelé l'« anomalie » italienne, c'est-à-dire les « bébés-retraités » pouvant cesser de travailler dès 57-58 ans en profitant de tous les cumuls de cotisations permis par le législateur, aura pris fin. Dès l'an prochain, en effet, les femmes devront cotiser au moins 41 ans et un mois et les hommes 42 ans et un mois pour pouvoir prendre leur retraite à taux plein. Les uns et les autres se verront, en outre, imposer des retraites dégressives s'ils anticipent la fin de leur activité. Jusqu'à la fin 2010, il suffisait d'atteindre 40 annuités de contribution pour être admis à prendre sa retraite à taux plein.   (14) La holding NTV (Nuovo Trasporto Viaggiatori) a été constituée le 9 octobre 2008. Elle a pour principaux actionnaires la MDP Holding (38,4 % détenus à parts égales par Montezemolo, Diego Della Valle et un troisième partenaire, Punzo) ; la SNCF et la banque d'investissement IMI (20 % chacune) ; et l'assureur Generali (15 %). Le projet prévoyait au départ une mise en service en 2011 et un trafic passagers sur les lignes TGV de dix millions de voyageurs en 2015. Les multiples obstacles dressés par le concurrent public Ferrovie dello Stato ont retardé l'inauguration de la première ligne, aujourd'hui prévue pour juin 2012. (15) Emilio Botin-Sanz de Santuola y Garcia de los Rios (77 ans) est l'une des principales personnalités économiques d'Espagne. En 1986, il a succédé à son père à la tête du Banco Santander Central Hispano, l'un des leaders européens du crédit. Cet établissement a successivement absorbé le Banco Espanol de Credito, devenant la principale banque d'Espagne, puis, en juillet 2008, la banque britannique Abbey National.