Politique Internationale - La Revue n°135 - PRINTEMPS - 2012

sommaire du n° 135
UN MILLIARDAIRE EN POLITIQUE
Entretien avec Mikhail PROKHOROV
Homme d'affaires russe.
conduit par
Grégory Rayko
Adjoint à la rédactrice en chef de Politique Internationale.
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Grégory Rayko - M. Prokhorov, quand nous vous avons interviewé il y a deux ans, début 2010 (2), il aurait été difficile d'imaginer que vous seriez, en 2012, candidat à l'élection présidentielle russe. Vous disiez alors ne pas être un expert des questions politiques, et vous vous montriez prudent dans votre analyse du travail de Vladimir Poutine et de Dmitri Medvedev. Pourtant, vous aviez également dit ceci : « Je fonctionne par cycles de sept ans. C'est à peu près le temps qu'il me faut pour atteindre les résultats que je me suis fixés ; ensuite, je n'éprouve plus d'intérêt à continuer dans la même voie et j'ai envie de faire quelque chose de nouveau. » À quel moment avez-vous décidé qu'il était temps pour vous de commencer un nouveau cycle dans votre vie et de vous lancer en politique ?

Mikhaïl Prokhorov - Il y a un an, début 2011. Cette décision s'explique par la combinaison de deux facteurs : ma situation personnelle, d'une part ; et ce qui se passait dans le pays de l'autre. Commençons par mon cas : je m'étais retrouvé en quête d'un nouveau sommet à conquérir. Pour mon plus grand bonheur, j'avais réussi à pleinement réaliser mon potentiel dans le monde des affaires. Dans ce domaine, j'avais connu les plus grands succès. Et comme chaque fois, dans ma vie, où j'avais atteint mes objectifs, je me suis demandé : « Et maintenant ? » J'ai beaucoup réfléchi à cette question. J'ai fait une sorte de bilan et je me suis rendu compte que je possédais un important bagage de connaissances et une énergie qui pouvaient être consacrés à la résolution des grands problèmes auxquels la Russie devait faire face à ce moment de son histoire.
Dans le même temps, il est apparu clairement, au printemps dernier, que la société civile s'éveillait et que les consultations électorales à venir - législatives en décembre 2011, présidentielle en mars 2012 - seraient très différentes des scrutins précédents. Le mécontentement ne cessait de croître, spécialement au sein de la classe moyenne, des jeunes et de l'élite intellectuelle - ce que l'on appelle en Russie la « classe créative ». Bien sentir le moment, c'est ce qu'il y a de plus important en politique. J'ai vu que j'avais une chance de peser sur les événements ; et cette chance, je l'ai saisie.

G. R. - En juin 2011, vous êtes devenu le président du parti Juste cause. Pourquoi avoir opté pour ce parti et pas un autre ? Qu'est-ce qui explique que vous en ayez pris la tête dès votre entrée dans cette formation ?

M. P. - Je suis parti de l'idée que, étant donné le court laps de temps restant jusqu'aux législatives de décembre, il valait mieux prendre la tête d'un parti déjà existant que d'essayer d'en créer un nouveau à partir de zéro. Il faut savoir que notre législation complique significativement la procédure d'enregistrement d'un nouveau parti - il est, d'ailleurs, urgent de remédier à ces lourdeurs administratives. Or il était de notoriété publique que Juste cause cherchait un nouveau leader. Sur le papier, tout s'accordait parfaitement : d'un côté, il y avait un parti qui voulait représenter les valeurs des citoyens et des hommes d'affaires d'obédience libérale ; de l'autre, il y avait moi, qui partageais la plupart de leurs opinions.
Si je suis immédiatement devenu le numéro un de cette formation, c'est parce que je n'avais jamais envisagé de n'être qu'un militant parmi d'autres. Mon talent consiste précisément à conduire les hommes, et non à suivre quelqu'un d'autre. Quand je présidais Norilsk Nickel, je dirigeais une compagnie dont dépendaient 300 000 personnes. Je devais non seulement m'occuper des affaires de l'entreprise stricto sensu, mais aussi négocier avec les syndicats, gérer les constructions et, plus largement, m'occuper de tout ce qui avait trait à la compagnie de près ou de loin. Je n'exagère pas quand je dis que j'ai appris à réfléchir à grande échelle et à long terme !

G. R. - Vous n'avez passé que trois mois dans ce parti. Trois mois fort agités, au cours desquels votre leadership a été largement contesté. Finalement, vous avez quitté Juste cause en septembre, affirmant que le parti était devenu un instrument aux mains des « marionnettistes du Kremlin ». Or certains observateurs ont assuré que votre intronisation à la tête de Juste cause était, précisément, un projet téléguidé depuis le Kremlin ! Pouvez-vous nous aider à y voir plus clair ?

M. P. - Permettez-moi de commencer par répondre à la seconde partie de votre question. Il n'y a aucune équivoque : je prends toutes mes décisions de façon indépendante. Toujours. Personne ne m'a demandé - et, a fortiori, personne ne m'a imposé - de prendre la tête de Juste cause. En fait, cette idée est née lors d'une conversation avec des amis. Sur le moment, j'ai pensé que ce serait sage. Une fois la décision prise, j'en ai informé M. Poutine et M. Medvedev, mais uniquement par politesse. En effet, j'étais membre de diverses commissions gouvernementales ; par surcroît, j'étais en contact avec le président et avec le premier ministre dans le cadre de mes affaires. Ils m'ont tous deux souhaité bonne chance. Rien de plus.
Alors, que s'est-il passé fin septembre ? Comme je viens de vous le dire, j'avais décidé de prendre la direction d'un parti déjà existant afin d'éviter toutes les difficultés qui seraient sans aucun doute apparues si j'avais décidé de fonder une nouvelle formation ex nihilo. J'aurais perdu un temps précieux alors que la campagne électorale approchait. Mais je dois admettre que j'ai payé cette décision très cher...

G. R. - Pouvez-vous préciser ?

M. P. - Il y avait dans les rangs du parti des gens qui, à première vue, paraissaient prêts à collaborer avec moi de façon constructive. Je ne me suis pas donné pour but d'observer au microscope tous les membres du parti un par un afin de déterminer qui devait rester et qui devait partir. C'était une erreur. Mais il y avait tant de questions qui requéraient toute ma concentration ! Je ne pensais pas qu'il était nécessaire de procéder à une purge, si je peux employer une telle expression.
À la fin du mois d'août, j'ai commencé à ressentir la pression du Kremlin. On essayait de m'expliquer qui je devais inclure dans le parti et à qui je devais l'interdire. On essayait, aussi, de peser sur mes décisions concernant les questions les plus variées. Un jour, on m'a demandé d'exclure du parti mon ami Evguéni Roïzman (3), qui s'était rendu célèbre en Russie grâce à son projet « Villes dans drogue ». Ce fut la dernière goutte. Quand j'ai refusé de m'exécuter, certains membres du parti qui, jusqu'alors, s'étaient montrés tout à fait passifs, se sont soudain réveillés et ont employé diverses méthodes illégales pour m'écarter de la direction de Juste cause. Et s'il n'y avait pas eu cette histoire avec M. Roïzman, je suis certain qu'ils auraient trouvé un autre prétexte.
Le problème, ici, est bien plus important qu'on pourrait le croire. L'essentiel, ce n'est pas ce qui m'est arrivé. Le coeur du problème, ce n'est pas un conflit d'intérêts entre diverses personnes. En vérité, il s'agit d'un conflit au sein de l'élite au pouvoir. Et l'enjeu, c'est la direction que doit prendre le pays. Il y a, d'un côté, les conservateurs qui veulent qu'une machine bureaucratique hypertrophiée contrôle tout ce qui se passe en Russie ; de l'autre côté, on retrouve les libéraux qui souhaitent améliorer la compétitivité du pays et donner l'initiative aux citoyens. Aujourd'hui, la plupart des membres de l'élite politique appartiennent à l'un ou à l'autre des deux camps, et certains se trouvent entre les deux. La question la plus actuelle est de savoir quel sera le cap que nous allons emprunter. Et j'entends bien peser sur la décision qui sera prise.

G. R. - Si vous pouviez revenir en arrière, quelles décisions prises à la tête de Juste cause changeriez-vous ?

M. P. - Si je pouvais revenir en arrière, je « nettoierais » les rangs du parti dès le départ. Mais je ne suis pas certain que cela aurait changé grand-chose en fin de compte. Je suis resté fidèle à mes principes et à mes convictions : c'était cela, le problème principal...

G. R. - Juste cause, sous la direction d'Andreï Dounaev, a ensuite participé aux législatives de décembre 2011 et n'a recueilli que 0,6 % des suffrages. Comment expliquez-vous cet échec retentissant ?

M. P. - C'est très simple : les gens ne sont pas idiots. Tout le monde avait vu ce qui s'était passé. Après mon départ, le parti n'était plus qu'une coquille vide. Il n'y avait plus ni vraies idées ni vrai leader.

G. R. - Les législatives du 4 décembre 2011 ont été suivies de plusieurs importantes manifestations tenues à Moscou et dans les autres grandes villes du pays. Ces éruptions de colère populaire vous ont-elles surpris ? Ou bien sentiez-vous qu'une bonne partie de la population était prête à descendre dans la rue en cas de résultats manifestement arrangés ? Par ailleurs, que pensez-vous des hommes qui ont incarné ce mouvement, comme Alexeï Navalny ou encore Sergueï Oudaltsov (4) ?

M. P. - Je n'ai absolument pas été étonné de voir les gens sortir dans la rue après les élections. Le processus de préparation de ce scrutin avait été marqué par un cynisme éhonté. Nulle part dans le monde les citoyens ne veulent que les leaders du pays les traitent comme un troupeau de moutons. Il faut souligner que ceux qui ont pris part aux actions de protestation ne demandaient pas une augmentation de leur salaire ou de leur retraite. Ce sont des représentants de la classe moyenne, des personnes éduquées qui exigent la justice politique et veulent que les leaders soient tenus responsables de ce qui se passe dans le pays.
Or il est évident que les élections législatives n'ont été ni libres ni honnêtes. J'ai déjà eu l'occasion de le dire : je suis favorable à l'annulation des résultats et à l'organisation de nouvelles élections. De ce point de vue, je suis d'accord avec Alexeï Navalny et Sergueï Oudaltsov, et avec bien d'autres. En revanche, nous avons des différends sur les actions à entreprendre. Ils critiquent le régime actuel et aspirent à le renverser ; moi, je veux élaborer des solutions concrètes et les mettre en oeuvre.

G. R. - Êtes-vous allé manifester, personnellement ?

M. P. - J'ai participé à deux des trois grands meetings organisés à Moscou après les législatives. Ce fut un grand moment : quel plaisir de voir tant de Russes désireux de participer activement à la société civile en dépit du froid polaire ! C'est dans ces moments-là que je me sens fier d'être russe.

G. R. - Comment interprétez-vous la décision, officialisée le 24 septembre dernier, consistant à intervertir les postes de Vladimir Poutine et de Dmitri Medvedev ? Dans l'interview que vous nous avez accordée il y a deux ans, vous disiez que ce tandem constituait un atout pour la Russie car, pour la première fois de son histoire, le pays était dirigé par deux figures également fortes. A posteriori, ne croyez-vous pas qu'on a exagéré l'influence de Medvedev ?

M. P. - Ce fut, à tout le moins, un moment très étrange. Ils ont déclaré qu'ils avaient pris cette décision il y a plusieurs années : voilà qui paraissait particulièrement cynique. Quid des électeurs ? N'ont-ils pas le droit de faire entendre leur voix, de peser sur le choix du candidat ? Quid de ceux qui avaient voté pour Medvedev et auraient aimé qu'il brigue un second mandat ? Du point de vue du rapport avec l'électorat, cette façon de présenter les choses n'était pas la plus appropriée...
Pour ce qui concerne le tandem, est-il vraiment si important de savoir lequel des deux est le leader ? Je ne le crois pas. Je le répète : l'enjeu fondamental, c'est la voie de développement que la Russie va suivre au cours de ces prochaines années. Si nous demeurons une nation dirigée par des bureaucrates et non par des managers au service de l'État, si la corruption continue de primer la concurrence, alors nous perdrons. Nous avons besoin d'un programme susceptible de faire progresser la compétitivité dans tous les domaines de l'existence, y compris la sphère politique. Le meilleur leader, ce sera celui qui saura mener ces changements à bien. Son nom importe peu.

G. R. - Le 12 décembre, vous avez annoncé que vous seriez candidat à l'élection présidentielle. Pourquoi une telle décision ? L'issue controversée de votre passage à la tête de Juste cause ne vous a-t-elle pas refroidi ?

M. P. - Je ne suis pas habitué à perdre. Après mon départ de Juste cause, j'ai passé les mois suivants à organiser des comités de soutien dans tout le pays et j'ai discuté avec des dizaines de personnes à tous les niveaux à propos des prochaines décisions que j'allais prendre. Je suivais de près l'humeur de la société - dans la rue, sur Internet, dans la presse. Et j'ai compris que l'occasion de me porter candidat à l'élection présidentielle ne se représenterait peut-être pas. Je devais en profiter ! En quelque sorte, je n'ai pas eu d'autre choix que de me déclarer candidat indépendant et de recueillir les signatures nécessaires pour que ma candidature soit officiellement enregistrée.

G. R. - Justement, comment avez-vous réussi à obtenir les deux millions de signatures de citoyens nécessaires à l'enregistrement de votre candidature ?

M. P. - J'étais préparé à ce processus, et je pouvais compter sur plusieurs milliers de personnes capables de se mobiliser rapidement partout en Russie. Mais ce ne fut pas facile.

G. R. - Le Kremlin vous a-t-il mis des bâtons dans les roues ?

M. P. - Le Kremlin ne m'a pas « gêné » stricto sensu. Cela dit, il est ridicule d'exiger des candidats qu'ils recueillent un nombre aussi gigantesque de signatures ! Par exemple, Grigori Iavlinski, qui est une personnalité respectée dans le pays depuis plus de vingt ans, et dont le parti avait obtenu plus de deux millions de suffrages en décembre, a dû se soumettre à ce même processus et, finalement, il a été exclu de la course présidentielle. Ce n'est pas juste. Cet aspect de notre code électoral doit être immédiatement rectifié, tout comme d'autres éléments du processus politique.

G. R. - Plus généralement, comment le pouvoir a-t-il réagi à votre candidature ? On sait que Vladimir Poutine a déclaré que vous étiez un « adversaire respectable » mais, dans les faits, avez-vous pu faire campagne comme vous le vouliez ?

M. P. - Oui, j'ai conduit ma campagne exactement comme je voulais le faire. Bien sûr, il y a eu quelques menus problèmes. Il est arrivé que mes affiches de campagne soient illégalement retirées. Dans certaines régions, j'ai eu du mal à louer des salles pour mes réunions publiques. Enfin, malgré ce que stipule la loi, je n'ai pas eu autant accès que mes adversaires aux chaînes de télévision nationales. Mais, à vrai dire, je ne sais pas si tout cela relève d'un problème systémique. Il est très possible que ces difficultés soient dues à quelques personnes particulièrement zélées qui voulaient démontrer leur loyauté au pouvoir. Il n'en demeure pas moins que, du point de vue du contenu, j'ai réussi à exprimer mes convictions sur l'avenir de la Russie. Nous avons, en particulier, largement utilisé Internet pour diffuser nos informations auprès de notre électorat privilégié, à savoir les personnes très éduquées, les jeunes, les chefs de famille.

G. R. - Vous êtes parti à la rencontre des électeurs, à travers tout le pays. Qu'est-ce que ces déplacements vous ont appris ?

M. P. - J'ai effectué sept grands voyages à travers la Russie, dont deux en Sibérie. Je savais depuis longtemps que les habitants de Moscou et de Saint-Pétersbourg étaient, dans leur majorité, des adeptes de la modernisation du pays. Mais j'ai été étonné de voir à quel point ceux de mes concitoyens qui résident dans les coins les plus reculés étaient, eux aussi, en phase avec leur temps. Ils comprennent très bien toute l'importance de la compétitivité. J'ai pris énormément de plaisir en discutant avec des gens de Rostov, d'Ekaterinbourg, de Novossibirsk, qui veulent croire à un avenir meilleur et qui exigent toujours plus des leaders politiques. Ces gens font des affaires ou des études, et ils souhaitent savoir ce qui les attend. Ils veulent trouver un bon travail. Leur niveau de vie est inférieur à celui des Moscovites, ils ont moins de possibilités de se rendre à l'étranger, ils n'ont pas accès à la vie culturelle de Moscou, mais ils désirent tout autant que les habitants de la capitale travailler et vivre honnêtement, sans subir de tracasseries de la part du gouvernement.
J'ai également découvert que notre pays avait énormément changé depuis vingt ans. On le ressent à chaque instant quand on se rend en province ! Ma génération n'avait aucune idée de ce qu'est l'économie de marché, pas plus que nous ne savions à quoi pouvait ressembler une société civile active où les citoyens s'impliquent réellement dans la vie politique du pays. Songez seulement que, aujourd'hui, quand les gens font leurs courses, ils ont le choix entre dix sortes de cafés et vingt types de réfrigérateurs ! Cela n'a l'air de rien, mais je vous assure que cette richesse de choix a fondamentalement changé l'état d'esprit de nombreuses personnes. Désormais, les Russes veulent aussi choisir leurs dirigeants !

G. R. - Globalement, les milliardaires ont mauvaise presse en Russie. Ils sont souvent associés aux années 1990, celles d'une privatisation discutable d'un point de vue légal, une période au cours de laquelle quelques rares individus ont forgé des fortunes fabuleuses tandis que le reste de la population voyait son niveau de vie s'écrouler. Ne vous êtes-vous pas dit, avant de vous lancer dans la course à la présidentielle, que vous ne pourriez jamais convaincre une majorité de vos concitoyens de surmonter leurs réticences et de voter pour vous ?

M. P. - Si j'écoutais tout ce qu'on dit, je serais encore en train de teindre des jeans ! Bien sûr, il existe des stéréotypes liés aux riches et je n'ignore pas que la perception de ce qui s'est passé en Russie dans les années 1990 est largement négative. Le pouvoir actuel s'efforce, d'ailleurs, de conforter ces sentiments : il souhaite que les citoyens considèrent les personnes qui se sont enrichies à cette époque comme des « ennemis du peuple ». J'admets volontiers que le processus de privatisation n'a pas été idéal, loin de là. Mais il faut bien comprendre que, aujourd'hui, la redistribution des richesses ne constitue pas la solution à tous les problèmes. Le plus important, c'est de rétablir le sens de la justice. C'est pour cette raison que je propose d'annoncer une amnistie. Voici comment je l'imagine : ceux qui ont fait fortune et n'ont pas payé les impôts qu'ils devaient à l'État obtiendraient un délai pendant lequel ils devraient déclarer tous leurs biens et s'acquitter des taxes correspondantes. Naturellement, ce principe vaudra également pour les fonctionnaires corrompus. Pour dire les choses trivialement : tu paies, et on ne t'embête plus ! Mais une fois ces affaires réglées, on tourne la page et on ouvre un nouveau chapitre. Un chapitre sans corruption, sans montages financiers complexes destinés à contourner la législation. De mon point de vue, c'est le seul moyen d'aller de l'avant.
Et puisqu'il faut absolument aller de l'avant, il est fondamental de changer les mentalités. Plus il y aura de personnes ayant réussi - pas seulement dans les affaires, mais aussi dans des domaines comme la science, la culture et l'éducation -, mieux la nation se portera. Nous ne devons pas nous donner pour but de les rabaisser au niveau de celles qui n'ont pas réussi ; au contraire, nous devons utiliser leurs compétences pour le bien du pays où nous vivons tous. Pendant ma campagne, j'ai souvent dit aux électeurs : « Regarde, j'ai gagné énormément d'argent et j'ai mis sur pied plusieurs entreprises gigantesques. Je suis un bon manager. À présent, je veux mettre mon talent à ton service. Alors, utilise-moi ! » Et je pense que cette idée progresse. Les gens comprennent que le pays a besoin de personnes talentueuses à tous les niveaux.

G. R. - Vous avez eu des mots très durs envers les autres adversaires de Vladimir Poutine à la présidentielle. Ainsi, vous avez déclaré que MM. Ziouganov, Jirinovski et Mironov étaient des « agents du Kremlin ». Mais ces trois hommes critiquent régulièrement le pouvoir, et d'une façon assez féroce. Leurs critiques ne seraient-elles que de la poudre aux yeux?

M. P. - Exactement. Ces hommes sont présents dans la politique russe depuis une bonne quinzaine d'années. Leurs partis sont largement représentés à la Douma. Et que voyons-nous ? Nous voyons que la Douma est un outil entre les mains du tandem au pouvoir. C'est une chambre d'enregistrement, rien de plus ! Elle exécute systématiquement les instructions venues d'en haut. Ces trois candidats ont démontré leur incapacité à incarner les aspirations des électeurs - quoi qu'ils disent à propos du pouvoir. Selon moi, il est grand temps qu'ils s'effacent devant des gens porteurs de nouvelles idées et qu'ils cessent de jouer avec l'avenir politique du pays.

G. R. - Vous êtes le tenant d'un programme économique très libéral. Dans un pays traditionnellement attaché aux acquis sociaux, ne redoutez-vous pas que les mesures que vous préconisez effraient les électeurs ?

M. P. - Vous employez le terme « libéral » pour décrire mon programme économique. Or, à mon avis, la terminologie politico-économique est devenue très floue, en Russie comme dans le monde en général. Qu'est-ce qui est de droite, qu'est-ce qui est de gauche ? Qu'est-ce qui est libéral, qu'est-ce qui est conservateur ? Je ne suis plus sûr de rien. Ce que je peux dire, c'est que je suis favorable à la libéralisation de l'économie dans la mesure où je souhaite qu'elle soit ouverte à la concurrence et à l'innovation, et qu'elle échappe aux monopoles étatiques et au contrôle strict de la bureaucratie. Il est possible que, dans certains pays, ma volonté de faire en sorte que l'État cesse de constituer un obstacle dans la vie des individus me classerait dans les rangs des « conservateurs ». À vrai dire, ces étiquettes m'importent peu. J'ajoute qu'il faut, également, que l'éducation et la culture soient considérées comme des priorités nationales, et que les dépenses militaires soient réduites. C'est le seul moyen de rendre notre pays compétitif dans un monde où les frontières s'effacent rapidement. Et au grand dam de tous ceux qui s'attendaient à ce que je présente un programme sans âme, uniquement axé sur le business, j'affirme que nous devons soutenir ceux qui ne peuvent pas se montrer compétitifs par eux-mêmes : les retraités, les malades, les adolescents... La société est responsable de ces personnes et doit se préoccuper de leur bien-être. Mais même dans ces domaines-là, j'estime qu'il faut introduire le principe de concurrence - par exemple en matière de santé publique ou d'éducation. Une telle évolution serait un bienfait pour tous.

G. R. - Vous avez nommé directeur de votre campagne le journaliste Anton Krasovski. Or celui-ci n'avait pas ménagé ses critiques à votre encontre quand vous vous êtes lancé en politique à l'été 2011. Pourquoi un tel choix?

M. P. - Je préfère m'entourer de personnes talentueuses et originales, qui possèdent leur propre point de vue. Pourquoi engagerais-je quelqu'un qui serait d'accord avec tout ce que je dirais et passerait son temps à répéter mes paroles ? Anton est un journaliste très expérimenté. Il représente parfaitement l'électorat que je cible en priorité : les gens éduqués, ambitieux, laïques. C'est pourquoi il sait très bien ce que veulent mes électeurs. En règle générale, il est très utile d'avoir à ses côtés quelqu'un qui n'hésite pas à vous critiquer. Ne serait-ce que parce que ses commentaires vous préparent aux arguments que vous opposeront vos adversaires !

G. R. - En janvier, vous avez surpris de nombreux observateurs en affirmant que, en cas de victoire, vous aimeriez nommer premier ministre soit l'ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine, soit l'ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné depuis 2003. Pouvez-vous expliquer cette annonce ?

M. P. - J'ai dressé toute une liste de personnalités qui feraient d'excellents premiers ministres si j'étais élu président. Le nom d'Alexeï Koudrine se trouvait tout en haut de cette liste. Pour ce qui concerne Mikhaïl Khodorkovski, j'ai évoqué son nom pour deux raisons. Premièrement, parce que je respecte profondément cet homme qui a été un businessman extrêmement inventif et talentueux. Deuxièmement, il faut y voir une façon de le soutenir. Que sa condamnation ait été juste ou non, il ne devrait plus être en prison à l'heure qu'il est. En effet, selon la législation russe, il devrait déjà avoir été libéré pour bonne conduite. Si j'avais été élu président, je l'aurais immédiatement gracié.

G. R. - Vous avez dit que, au-delà de la présidentielle, vous entendiez inscrire votre action politique dans la durée. Concrètement, quelle forme votre engagement prendra-t-il ?

M. P. - Comme je vous l'ai dit, je me suis consacré à la politique sérieusement et pour longtemps. C'est pourquoi, avant même la présidentielle, j'ai commencé à mettre sur pied un parti. Il sera ouvert à tous ceux qui veulent peser sur le destin de leur pays, à toutes les personnes de talent qui partagent les principes défendus pendant ma campagne électorale. Sur mon site Internet, il existe une section où chaque personne désireuse de rejoindre mon parti peut laisser ses coordonnées. Bref, comme vous le voyez, je suis déterminé à continuer mes activités politiques.

G. R. - Vous sera-t-il physiquement possible de mener de front une carrière politique tout en continuant de gérer votre impressionnant empire industriel ? Avez-vous l'intention de vendre certaines de vos entreprises ?

M. P. - Le jour même où j'ai pris la tête du parti Juste cause, en juin 2011, j'ai quitté toutes mes fonctions officielles dans les affaires, y compris mon poste de président du groupe Onexim et mon poste de directeur général de Polyus Zoloto (5). Pour une raison toute simple : de mon point de vue, on ne devrait pas être actif à la fois en politique et dans le grand business. J'ai laissé mon équipe gérer mes actions ; pour ma part, je me suis complètement concentré sur ma campagne. J'avais également prévenu que si j'étais élu président, je vendrais tous mes actifs et j'offrirais la plus grosse partie de mon argent à des oeuvres caritatives. Si j'ai l'intention de combattre la corruption et d'exiger de mes concitoyens qu'ils se conduisent d'une façon irréprochable, je dois montrer l'exemple moi-même. Il ne doit pas y avoir une once de conflit d'intérêts ; or c'est ce qui se produit quand les membres du gouvernement et les législateurs sont également des entrepreneurs matériellement intéressés.

G. R. - Quel regard le grand businessman que vous êtes jette-t-il sur la crise financière ? La récente entrée de la Russie dans l'OMC (après presque vingt ans de négociations) constitue-t-elle de ce point de vue une bonne nouvelle ? Certains experts russes s'inquiètent : d'après eux, le pays sera désormais exposé aux vents de la mondialisation, ce qui mettra en danger son industrie peu compétitive...

M. P. - Le futur de l'euro est flou. Je propose que la Russie intègre l'eurozone. Voilà qui apporterait des avantages colossaux aux deux parties ! Songez-y. L'Europe obtiendrait d'importantes réserves supplémentaires, ainsi qu'un meilleur accès à nos marchés et à nos ressources. La Russie y gagnerait un meilleur accès aux technologies de pointe et à un mode de vie élevé. Cette évolution, j'en suis convaincu, serait mutuellement profitable. N'oublions pas, par ailleurs, que du point de vue économique le monde est aujourd'hui bipolaire. Il y a les États-Unis d'un côté, la Chine de l'autre. L'Europe perd ses positions. La Russie aussi. Mais, ensemble, nous pourrions devenir compétitifs !
Pour ce qui concerne l'OMC, je pense que cette adhésion est porteuse de grandes promesses pour la Russie. Je suis favorable à toutes les mesures qui apporteront davantage de transparence à mon pays et qui nous rapprocheront de nos alliés naturels, à savoir l'Europe et les pays démocratiques. Nous ne pouvons pas prétendre nous développer si nous fermons nos portes, si nous cherchons à éviter des changements qui sont de toute façon inéluctables. À l'époque de l'URSS, par exemple, les Russes achetaient des voitures soviétiques car ils n'avaient pas d'autre option. Cette situation permettait à l'industrie automobile de prospérer sur le papier et d'entretenir la demande à un niveau élevé. Mais dès que les gens ont eu la possibilité de choisir, ils ont montré ce qu'ils pensaient vraiment de la qualité de nos véhicules ! Or, aujourd'hui, nous sommes dans une économie globalisée. Nous ne pouvons pas fermer nos marchés. Nous devons être compétitifs. Et il se trouve que nous avons le potentiel intellectuel et les ressources nécessaires pour tirer notre épingle du jeu sur les marchés internationaux. Il faut seulement que nous fassions évoluer notre système avant qu'il ne soit trop tard.

G. R. - Les oligarques qui se sont élevés contre Vladimir Poutine ont connu bien des déboires, de Berezovski à Khodorkovski en passant par Goussinski. N'avez-vous pas peur d'être pris pour cible à votre tour si le pouvoir se met à vous considérer comme un danger réel ?

M. P. - Non, je n'ai pas peur. Je pense que la différence fondamentale entre les gens que vous avez cités et moi-même, c'est que j'ai déclaré que je me retirais des affaires dès l'instant où je me suis lancé en politique. Je n'ai jamais essayé de combiner les deux, ce qui aurait pu être interprété comme un conflit d'intérêts. De toute façon, la peur n'est pas bonne conseillère. Ce qui me motive, ce n'est pas la peur. Ce sont les idées et les défis... surtout s'ils sont liés à une certaine part de risque !

G. R. - Vous avez obtenu presque 8 % des voix à la présidentielle, devançant Vladimir Jirinovski et Sergueï Mironov. Êtes-vous satisfait de ce résultat au niveau national ?

M. P. - Je pense que c'est, à tout le moins, un bon début. Les autres candidats avaient déjà tous concouru à l'élection présidentielle auparavant (6). Ils sont tous des politiciens professionnels depuis des lustres. Étant donné que ma campagne a duré six semaines - entre le moment où j'ai été inclus dans la liste des candidats et le jour du vote -, j'estime que mon résultat est plus que correct.

G. R. - Vos résultats sont significativement meilleurs dans les grandes villes que dans les régions. Cela vous étonne-t-il ?

M. P. - Il est vrai que j'ai obtenu mes meilleurs scores dans les grandes villes, spécialement à Moscou et à Saint-Pétersbourg, où je me suis classé à la deuxième place. L'explication tient, en premier lieu, à la durée très courte de la campagne. Dans les grandes villes, où sont concentrées les entreprises et les universités, j'étais déjà connu de nombreux électeurs. On pouvait s'attendre à ce que mon programme, qui consacrait une large place à l'augmentation de la compétitivité de la Russie dans le monde, y trouve un auditoire bienveillant.
Bien sûr, j'ai beaucoup voyagé à travers le pays pour rencontrer les électeurs et répondre à leurs questions. Mais la Russie est un pays immense, et il m'était impossible de couvrir la totalité du territoire en seulement six semaines. En province, certaines personnes n'avaient sans doute jamais entendu parler de moi. D'autres n'étaient guère enclines à partager mes vues ou même à faire des efforts sérieux pour comprendre ce que j'avais à leur proposer. Dès lors, il est logique que mes scores y aient été moins élevés. Il n'y a là rien d'étonnant. Je dirai même que ces résultats sont porteurs de grands espoirs : ils signifient que je possède une base électorale solide, et que de nombreux Russes s'intéressent aux nouveaux visages et aux nouvelles idées en politique.

G. R. - De votre point de vue, ce scrutin a-t-il été plus ou moins honnête que les législatives ? Vladimir Poutine est-il le président légitime de la Russie ?

M. P. - Le tableau global que nous ont fourni nos observateurs (qui étaient plus de vingt mille) ainsi que les observateurs envoyés par d'autres groupes, notamment étrangers, montre que la présidentielle a été moins entachée de fraudes que les législatives. Ce qui ne signifie pas que ce scrutin ait été idéal... Nous continuons d'analyser les informations recueillies par les observateurs, et nous avons l'intention de porter à l'attention de la justice les cas de fraude les plus indiscutables et révoltants. Avec nos collègues des autres organisations, nous allons évaluer le volume global des infractions. Une fois que nous aurons ces chiffres, nous saurons si le résultat de l'élection est légitime ou non. Ce qui est sûr, c'est que Vladimir Poutine l'a emporté avec une avance très importante : 63 % des suffrages au premier tour. Imaginons que 5 % des voix aient été falsifiés : le résultat final en aurait-il été fondamentalement affecté ? Non. Il peut arriver qu'un scrutin soit entaché de fraudes mais que le résultat reflète tout de même la volonté de la majorité.

G. R. - Navalny et Oudaltsov estiment que le pouvoir a « volé un second tour au pays ». Et vous ?

M. P. - Je ne pense pas que l'on puisse tirer de telles conclusions en se fondant uniquement sur une intuition. Il faut des preuves. Mon équipe prépare des preuves, qui seront transmises à la justice. Je recommande aux autres d'en faire de même.

G. R. - Vladimir Poutine vous a proposé d'entrer au gouvernement - une proposition que vous avez promptement rejetée. Pouvez-vous revenir sur cet épisode ? Que révèle-t-il de l'attitude du pouvoir à votre égard ? Pourriez-vous entrer, plus tard, dans un gouvernement dirigé par Dmitri Medvedev, sous la présidence de Poutine ? Si oui, quelles circonstances devraient être réunies pour cela ?

M. P. - Vladimir Poutine a dit que, en théorie, je pourrais participer au gouvernement si j'en exprimais le désir. Il ne m'a pas proposé un poste concret. Or il se trouve que, comme je l'ai dit à maintes reprises pendant ma campagne électorale, je ne souhaite mettre en oeuvre qu'une politique avec laquelle je suis d'accord. Ce n'est pas négociable. Concernant une éventuelle participation au gouvernement, ce qui m'importe le plus, c'est ce que je pourrais faire, concrètement. Les questions de personnes sont secondaires. Il reste que tout au long de ma vie professionnelle, j'ai toujours été le numéro un. Il me serait difficile de devenir le second de quiconque.

G. R. - Pendant la campagne, le pays a découvert votre soeur Irina (7), qui vous a représenté très efficacement. Est-elle appelée à jouer un rôle de premier plan dans votre futur parti ?

M. P. - Je suis très heureux que les Russes, et même l'opinion publique internationale, aient fait la connaissance de ma soeur et découvert à quel point c'est une femme intelligente et talentueuse. Elle a une longue expérience dans l'édition, et elle a dirigé ma fondation pendant des années. Elle connaît parfaitement tous les enjeux du monde de la culture et a accès à toutes les informations de première main. Il ne fait aucun doute que son expertise dans le domaine de la culture et son implication dans l'élaboration d'une ligne politique seront d'une grande utilité au nouveau parti.

G. R. - À propos de votre parti, lui avez-vous enfin trouvé un nom ? Quelles personnalités célèbres pourraient y entrer ?

M. P. - Pour ce qui concerne la dénomination du parti, nous sommes en train d'interroger l'opinion publique. Nous souhaitons que cette question soit largement débattue. Le nom du parti doit refléter sa philosophie. C'est pourquoi il sera décidé avec la plus grande attention. Le choix final devra faire l'unanimité.
Quant aux personnalités, nous espérons conserver le soutien d'un certain nombre de personnes importantes qui ont soutenu ma candidature présidentielle. Je ne pense pas seulement, ici, aux célébrités ou aux sportifs. Je fais aussi allusion à des individus reconnus dans leur domaine : des entrepreneurs, des économistes, des médecins, des enseignants, etc. Nous attendons d'eux qu'ils nous soutiennent pleinement et qu'ils s'impliquent dans la vie politique. C'est en sélectionnant les meilleures pratiques dans tous les domaines que nous réussirons à créer la meilleure plateforme.

G. R. - Une dernière question : serez-vous candidat à l'élection présidentielle en 2018 ?

M. P. - Vous comprendrez aisément que je ne peux pas répondre à une telle question aujourd'hui. Tout ce que je peux dire, c'est que nous avons beaucoup de travail à faire et que je suis prêt à m'y consacrer. Nous avons lancé un nouveau type de discours politique en Russie, et nous devons continuer sur notre lancée. Pour reprendre les mots de Bob Dylan, « les temps changent »...
Notes :
(1) Le nom de ce parti, Pravoé Delo, a une double signification : il signifie à la fois « Juste cause » et « Cause de droite ». Si la traduction anglaise, « Right cause », reflète parfaitement ce double sens, il est communément admis d'employer en français la formulation « Juste cause », même si « Cause de droite » est également utilisé. Le parti a été créé fin 2008 sur la base de trois formations d'obédience démocratique et libérale. Mikhaïl Prokhorov l'a dirigé de juin à septembre 2011.
(2) « Une réussite russe », entretien avec Mikhaïl Prokhorov, Politique Internationale, n°127, printemps 2010.
(3) Historien, entrepreneur, poète, Evguéni Roïzman, originaire d'Ekaterinbourg, a été député à la Douma russe de 2003 à 2007. Il s'est notamment rendu célèbre pour avoir créé dans sa ville, en 1999, la fondation « Ville sans drogue » qui a lancé de nombreuses initiatives en matière de prévention de la consommation de drogue et d'aide aux toxicomanes. Mikhaïl Prokhorov avait souhaité lui confier un rôle de premier plan au sein de Juste cause. Les adversaires de Prokhorov protestèrent contre la présence de Roïzman au sein du parti, arguant notamment du fait que ce dernier avait été condamné en 1981, à dix-neuf ans de prison, pour escroquerie, vol et port d'arme blanche.
(4) Alexeï Navalny, né en 1976, est un avocat qui s'est rendu célèbre en dénonçant la corruption dans le pays sur son blog. Sergueï Oudaltsov, né en 1977, est un activiste politique, chef du Front de gauche, un mouvement de la gauche radicale. Les deux hommes ont contribué à l'organisation de nombreuses manifestations critiquant le pouvoir et ont été emprisonnés à de multiples reprises pour « troubles à l'ordre public ».
(5) Onexim Group est un fonds d'investissement fondé par Mikhaïl Prokhorov en 2007. Poluys Zoloto est la plus grande entreprise d'extraction aurifère de Russie.
(6) La campagne présidentielle de 2012 a été la quatrième pour Guennadi Ziouganov (déjà candidat en 1996, en 2000 et en 2008) et pour Vladimir Jirinovski (qui avait lui aussi tenté sa chance en 1996, 2000 et 2008). Vladimir Poutine, lui, se présentait pour la troisième fois, après ses victoires en 2000 et 2004. Enfin, Sergueï Mironov avait déjà été candidat en 2004.
(7) Irina Prokhorova, née en 1956, est une personnalité reconnue de la scène culturelle russe. Créatrice et rédactrice en chef de la prestigieuse Nouvelle revue littéraire et de la maison d'édition du même nom, elle préside la Fondation Mikhaïl Prokhorov qui vise à développer les arts et lettres en Russie. Lors de la campagne présidentielle, elle a représenté son frère lors de nombreux débats télévisés où elle a été opposée à des représentants des autres candidats. Bien qu'elle ne soit pas une politicienne professionnelle, ses performances lors de ces débats ont été largement saluées par les observateurs.