Politique Internationale - La Revue n°138 - HIVER - 2013

sommaire du n° 138
GRECE : CONTRE L'AUSTERITE
Entretien avec Alexis TSIPRAS
Premier Ministre de Grèce, Président du parti Syriza.
conduit par
Jean CATSIAPIS
Maître de conférences à l'Université Paris-X, spécialiste de la Grèce et de Chypre
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Jean Catsiapis - Vous êtes le chef de l'opposition depuis les élections du 17 juin 2012. Comment expliquez-vous la spectaculaire progression de votre parti qui a recueilli 26,89 % des suffrages exprimés alors qu'il n'en avait obtenu que 4,69 % en 2009 ?

Alexis Tsipras - La crise économique et la politique d'austérité ont provoqué des changements sismiques dans la société grecque. Le traditionnel pouvoir établi s'est aligné sur cette politique absurde, catastrophique et sans issue. Les Grecs savent bien que les sacrifices qu'ils subissent ne produiront aucun résultat positif. Nous avons soutenu, pour notre part, les actions de résistance sociale (4) et expliqué que la crise de la dette ne peut pas être traitée par des mesures financières qui provoquent une récession incontrôlable. Nous avons élaboré une politique de rechange et un programme économique sur lesquels nous avons recherché l'unité la plus large possible. C'est ainsi qu'un grand nombre de nos concitoyens se sont tournés vers nous : à leurs yeux, nous incarnons l'espoir et la solution.

J. C. - En 2012, les Grecs ont déjà élu leurs députés à deux reprises : en mai et en juin (5). Pourtant, début novembre, vous avez réclamé la tenue de nouvelles élections législatives anticipées. Ne pensez-vous pas qu'un scrutin supplémentaire risquerait de détériorer encore davantage l'image de la Grèce au sein de l'Union européenne ?

A. T. - La Grèce se doit de sortir du programme d'austérité dont je viens de vous dire à quel point je le trouve absurde et catastrophique. La politique imposée avec la complicité des gouvernements grecs provoque une pauvreté inconcevable, le malheur et l'insécurité... et, pendant ce temps, les indicateurs économiques empirent au lieu de s'améliorer ! Chacun peut le constater. À chaque objectif non atteint a répondu une nouvelle vague de mesures qui passent de plus en plus mal, tant au Parlement que dans la société. Le gouvernement élu en juin ne dispose plus que de 150 sièges sur 300 (6). Il y a donc un problème politique qui ne peut être résolu que par un gouvernement de gauche qui dénoncera le Mémorandum (7) de la Commission européenne, de la BCE et du FMI et élaborera un nouvel accord avec nos créanciers.

J. C. - Avec quels partis politiques pensez-vous faire alliance pour gouverner la Grèce ? Il est de notoriété publique que les rapports de Syriza avec le parti communiste KKE sont conflictuels et que vous combattez le parti de la gauche démocratique Dimar, qui soutient le gouvernement d'Antonis Samaras...

A. T. - Nous n'avons qu'un seul adversaire : la politique d'austérité et de récession. Les autres forces de la gauche ont choisi leur propre voie. Les formidables bouleversements que le pays est en train de vivre les forceront très probablement à reconsidérer leur position. Dans le cas contraire, elles seront marginalisées. De notre côté, nous désirons mettre en oeuvre la collaboration la plus large afin de changer la politique appliquée en Grèce. Si certains ne le souhaitent pas, le rassemblement de la majorité se fera à l'intérieur de notre propre parti. Mais ce n'est pas ce que nous recherchons. Même si nous obtenons la majorité, nous ne cesserons de proposer aux autres forces de la gauche l'unité et la convergence programmatique.

J. C. - Comment expliquez-vous que la Grèce ne parvienne pas à sortir de la crise financière, économique et sociale ?

A. T. - À l'époque où l'économie grecque se développait à des rythmes élevés et bénéficiait d'une évaluation élogieuse, elle connaissait déjà, en réalité, d'énormes problèmes structurels. Il est mensonger de dire que les Grecs ont dépensé sans travailler. La vérité, c'est que le pays fonctionnait selon un modèle de développement caricatural fondé sur les importations et la consommation. Ce modèle permettait aux banques de s'enrichir très facilement. Par surcroît, les bénéfices des entreprises ainsi que les grandes fortunes bénéficiaient d'une exemption fiscale très élevée ; et à cause des réseaux clientélistes du pouvoir en place, la corruption était omniprésente dans les contrats du secteur public - je pense, en particulier, aux programmes d'armement et aux Jeux olympiques (8). C'est ainsi que le pays s'est trouvé exposé à la crise de la dette. Le crime tient en ce que le gouvernement de l'époque, celui du Pasok, s'est hâté d'ouvrir les outres d'Éole et de faire enfler cette crise de manière à imposer plus facilement les mesures d'austérité. Or les mesures d'austérité provoquent la récession. La récession entraîne des infléchissements des buts économiques poursuivis car on ne peut pas gagner de l'argent avec une économie qui ne fonctionne plus. Ces infléchissements suscitent à leur tour des mesures encore plus dures qui ont pour conséquence une récession plus profonde. L'échec de cette politique était programmé dès le premier instant.

J. C. - Vous critiquez les mesures d'austérité décidées depuis 2009 par les différents gouvernements grecs. Mais vous, que proposez-vous, concrètement ? Souhaitez-vous que la Grèce annule unilatéralement sa dette souveraine, ou bien qu'elle la renégocie avec l'UE ?

A. T. - Je vous l'ai dit : le Mémorandum qui a été imposé à la Grèce conduit le pays à une faillite complète. C'est pourquoi il faut cesser de l'appliquer. Nous visons l'effacement d'une partie de la dette provoquée par les spéculateurs ou qui nous a été imposée de manière fourbe - par exemple pour satisfaire certains intérêts. Pour le reste, il faut qu'il y ait une indexation de nos dettes sur la croissance. Pour une raison simple : c'est seulement s'il y a de la croissance en Grèce que nous pourrons payer nos dettes. C'est cette solution qui a été appliquée à l'Allemagne en 1953 (9). Le plus important, toutefois, est qu'il y ait une solution européenne globale au problème de la dette, ce pour quoi nous allons nous battre de toutes nos forces.

J. C. - Et si les États créanciers rejettent cette solution ?

A. T. - Il est dans leur intérêt d'accepter ce que nous proposons. Si la Grèce fait faillite, ils perdront tout !

J. C. - Vous avez déclaré que l'Europe ne pourra faire face à la crise que si elle « s'extirpe de la logique néo-libérale ». Pouvez-vous préciser votre conception de l'Europe ?

A. T. - En ce moment, l'Europe travaille pour payer les banquiers qui ont enregistré des pertes avec la crise financière mondiale. Ce qui conduit à de terribles impasses politiques, économiques et sociales. Mon pays ne représente que 2 % du PIB de la zone euro ; pourtant, il risque de provoquer l'effondrement de l'ensemble de l'économie européenne. Il y a donc quelque chose qui ne va pas. Il est temps qu'intervienne un grand tournant historique vers une Europe démocratique et sociale. Une Europe qui produise et se développe avec pour critère les besoins humains et sociaux et non pas les profits de quelques entreprises toutes-puissantes. Il faut mettre en place un fort pôle public dans le système bancaire et imposer un contrôle social dans les secteurs de l'énergie, des médicaments et des infrastructures de base. Il faut, aussi, trouver des formes de production, de distribution et d'échange qui court-circuiteront le capital et favoriseront les petites entreprises privées et les coopératives. En deux mots, il faut un modèle de croissance que je caractériserai par la formule « l'économie des besoins ».

J. C. - Certains observateurs estiment que l'intérêt de la Grèce serait de sortir de la zone euro. Est-ce aussi votre avis ? 

A. T. - Non. Nous pensons que la lutte pour changer l'Europe doit être conduite à l'intérieur même de l'Europe. L'isolationnisme n'est pas une solution et ne peut conduire qu'à une concurrence avec des pays dont la situation est proche de la nôtre. Le retrait de la Grèce ou de tout autre pays de la zone euro ne profiterait à personne. Au contraire, ce serait une catastrophe pour nous tous. Ce qu'il faut, c'est que l'économie européenne et la société européenne s'affranchissent de la spéculation et de la logique « le profit pour quelques-uns ».

J. C. - Pensez-vous que la Grèce tirera avantage des mesures de relance économique décidées au niveau de l'UE ? Je pense, notamment, au « Pacte pour la croissance » de 120 milliards d'euros, adopté le 28 juin dernier par le Conseil européen sur proposition du président François Hollande...

A. T. - Ce Pacte est accompagné de mesures très restrictives pour toutes les économies européennes et ne permet pas d'affronter la crise. Il l'aggrave même et conduit à l'impasse. Il s'inscrit dans cette même logique néo-libérale qui a conduit le modèle européen de croissance à la crise. Les dirigeants des pays de l'UE n'ont pas été à la hauteur et se sont révélés réticents à prendre des décisions justes. Ce qui a conduit au désordre politique et social. La sortie de la crise suppose une priorité à la croissance. Elle suppose aussi que l'on mette l'accent sur la demande, la démocratie et la solidarité sociale.

J. C. - Dans une interview accordée à CNN, le 13 novembre dernier, vous avez évoqué la nécessité d'investissements publics dans votre pays. Mais vous n'avez pas parlé des investissements privés. Êtes-vous favorable à des investissements de sociétés étrangères ?

A. T. - Jusqu'à présent, l'une des caractéristiques de ces investissements a été la pratique des « dessous de table ». En outre, les grandes entreprises et leurs actionnaires se sont livrés à une évasion fiscale de grande ampleur. Cela doit changer. Il faut que les investisseurs étrangers respectent la Constitution et la législation de la Grèce. Le coût du travail ne doit pas être le seul facteur à prendre en compte. Les investisseurs privés ont besoin d'un système fiscal stable et transparent. Un tel système - à la différence de ce que préconisent les conceptions néo-libérales qui affirment que le capital doit être libre de toute entrave - favorisera les investissements productifs et la croissance, et non pas la spéculation.

J. C. - En 2012, pour la première fois dans l'histoire du pays, des représentants du parti néo-nazi Aube dorée (10) ont été élus au Parlement, ce qui a suscité la plus grande inquiétude dans l'opinion publique internationale. Que signifie, selon vous, l'irruption de ce parti dans la vie politique grecque ?

A. T. - L'entrée au Parlement grec des skinheads néo-nazis est le résultat de la crise profonde du système politique de la Grèce. Les responsables en sont ceux qui, pendant tant d'années, ont joué politiquement avec le racisme, la xénophobie et la spéculation nationaliste pour obtenir la confiance du camp conservateur. Aujourd'hui, une partie de ce camp croit trouver une issue dans ce qu'il a de pire, estimant que le meilleur moyen de punir le monde politique traditionnel est de voter pour Aube dorée. La réponse à ce phénomène doit être massive, unitaire et solidaire. Ce n'est qu'ainsi qu'on fera face à la politique de violence et de haine que prône cette formation. La Grèce a une longue tradition de lutte anti-fasciste. Elle l'honorera.

J. C. - Les Européens ne comprennent pas pourquoi l'Église orthodoxe (11) et les armateurs ne paient pas ou peu d'impôts. Que pouvez-vous leur dire ? Êtes-vous favorable à la séparation de l'Église et de l'État (12) et à la taxation des Grecs qui ont placé leur fortune à l'étranger ?

A. T. - Il s'agit d'une des causes pathogènes fondamentales du système politique. Les puissants, ceux qui ont de l'argent et exercent leur influence sur le monde politique traditionnel, réussissent à ne pas payer d'impôts. Notre opinion est que la richesse et la fortune doivent être imposées de façon transparente et de manière juste. Quant à la séparation de l'Église et de l'État, elle constitue l'un de nos principes fondamentaux. Cette séparation - qui aurait dû avoir lieu il y a bien longtemps - va de soi dans une société de progrès.

J. C. - La Grèce entretient une armée très coûteuse en raison de ses difficiles rapports avec son voisin turc. Pensez-vous néanmoins qu'il convient de réduire de façon importante le budget militaire ?

A. T. - Les dépenses militaires, qui ne cessent d'augmenter, n'ont pour seule justification que les gains des marchands d'armes et de leurs amis politiques. La Grèce et la Turquie peuvent s'entendre sur une désescalade mutuelle des armements. La tension et le nationalisme des deux côtés ne mènent à rien. Nous souhaitons des relations de confiance et de bon voisinage avec tous les pays qui nous entourent.

J. C. - Vous avez participé, le 9 octobre dernier, aux manifestations contre la venue de la chancelière allemande Angela Merkel à Athènes (13). Que reprochez-vous précisément à l'Allemagne ?

A. T. - Le gouvernement allemand insiste pour que soit maintenue la politique d'austérité qui désintègre les pays surendettés. Pendant des mois, l'opinion publique allemande a été bombardée d'articles diffamatoires envers les Grecs qui dépenseraient l'argent qu'ils n'ont pas. Nos camarades allemands de Die Linke ont bien posé le problème dès le départ : la question grecque constitue un élément d'un problème plus vaste qui est celui de l'éclatement de la bulle boursière. Les déficits grecs, dans une large mesure, correspondent à des excédents allemands dans notre pays. Ce qui illustre les énormes inégalités au sein de l'Union européenne. La crise dans l'Europe du Sud ne peut être résolue par l'imposition de sévères contraintes d'ordre financier. Au risque de me répéter, j'affirme que le programme appliqué à la Grèce conduit à un naufrage, à la récession et met en danger tant l'argent qu'on lui a prêté que la cohésion même de la zone euro. Il faut une solution européenne globale à la question de la dette. L'objectif de Mme Merkel est de remporter les prochaines élections (14) dans son pays en demeurant indifférente au danger que court toute l'Europe en raison de cette politique. Mais comprenez-moi bien : notre problème, ce n'est pas l'Allemagne ; c'est l'actuel rapport de forces en Europe - une Europe qui, pour réaliser des bénéfices financiers et politiques immédiats, maintient les pays cloués dans la crise (15). Les travailleurs grecs et les travailleurs allemands ont des intérêts communs face à l'agressivité du capital et aux perspectives de suppression des acquis sociaux dans toute l'Europe.

J. C. - Si vous devenez premier ministre, votre politique étrangère sera-t-elle très différente de celle menée par le gouvernement d'Antonis Samaras ?

A. T. - M. Samaras ne fait de politique ni sur le plan interne ni sur le plan externe. Il se contente d'appliquer le Mémorandum pour essayer d'assurer sa propre survie politique. Dans toutes les récentes évolutions qu'a connues notre pays son gouvernement n'a été qu'un simple observateur. Sa politique est celle du « bon élève » qui attend une récompense pour sa conduite. Cette tactique nous conduit à des échecs tragiques. Pour pouvoir mener une vraie politique étrangère, la Grèce doit de nouveau créer une force de négociation et une possibilité de revendiquer la défense de ses intérêts comme tout État souverain. Elle se doit d'abord de s'adresser à l'Eurogroupe pour lui faire savoir que les mémorandums signés par ses différents gouvernements n'ont aucune chance de réussir. Elle doit aussi constituer un front stable avec les autres pays qui connaissent la crise afin de promouvoir une solution européenne au problème de la dette. La mobilisation et la détermination à négocier - dont les gouvernements grecs n'ont pas fait preuve jusqu'à présent - pourraient aboutir à une politique différente et efficace face à la crise.

J. C. - La presse française vous présente parfois comme le « Mélenchon grec ». Êtes-vous proche du candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle française de 2012 ?

A. T. - Nous sommes amis et camarades, et nous combattons pour les mêmes objectifs. C'est une grande affaire pour la gauche que de dépasser les divisions nationales et d'éclairer la dimension exacte des problèmes. C'est cette approche qui permettra à la gauche d'être le facteur de grands changements politiques, sociaux et progressistes en Europe.

J. C. - Pensez-vous que l'accord de l'Eurogroupe et du FMI du 26 novembre dernier sur la dette de la Grèce, qui doit être ramenée en 2020 à 124 % de son PIB, constitue un succès du gouvernement Samaras ?

A. T. - Il ne peut être question de réduire la dette à 124 % du PIB en 2020 alors même qu'une grande partie de celle-ci doit être effacée ! Il n'y a aucune chance de sortir de la crise de la dette si nous ne mettons pas fin à la politique de la récession incontrôlée. La gauche n'est pas la seule à le dire. Tout le monde en convient ! Le pire, c'est que cette politique de l'impasse ne fait que repousser la solution des problèmes et s'accompagne de mesures qui paupérisent la société grecque. Le système de sécurité sociale se dissout, les hôpitaux ferment, le chômage dépasse les 30 % (16) et la pauvreté fait rage. On ne pourra pas continuer longtemps ainsi. Samaras n'a donc rien réussi. Celui qui peut réussir, c'est le peuple grec, s'il porte au pouvoir un gouvernement de gauche doté d'un programme politique de rechange et de sortie de crise.

J. C. - De quelles personnalités politiques présentes ou passées vous sentez-vous proche ?

A. T. - Il y a de nombreuses personnalités que je pourrais citer. En particulier Roosevelt, en raison du New Deal qui a permis la relance économique et le consensus social. Dans le camp de la gauche, je mentionnerai Mao et Fidel Castro qui, en dépit de leurs contradictions et des problèmes de leurs pays, symbolisent la possibilité pour les peuples de changer leur destin afin de mettre en oeuvre la justice sociale, l'égalité et la libération du joug du colonialisme. S'agissant des personnalités politiques européennes actuelles, je ne vois personne aujourd'hui de la dimension d'un François Mitterrand ou d'un Willy Brandt : ce sont des hommes qui ont lutté pour l'avènement d'un véritable modèle social européen.
Notes :
(1) Antonis Samaras décide en novembre 2011 de soutenir le nouveau gouvernement de Lucas Papademos, qui poursuit la politique d'austérité inaugurée fin 2009 par le gouvernement de Georges Papandréou (Pasok).
(2) Dans la période 2008-2011, trois ministres et l'higoumène du monastère Vatopédi (Mont Athos) ont été impliqués dans une transaction immobilière illégale portant sur des installations et des terrains utilisés pour les Jeux olympiques d'Athènes de 2004. Mais c'est surtout fin 2012 que le parti Syriza a exploité le scandale de la « liste Lagarde » - un document remis en 2010 à son homologue grec Georges Papaconstantinou (Pasok) par Christine Lagarde, alors ministre française de l'Économie et des Finances - où figuraient les noms de plus de deux mille Grecs possédant un compte dans une banque suisse. A. Tsipras accuse G. Papaconstantinou d'avoir dissimulé la « liste Lagarde » qui comprenait, notamment, les noms de trois membres de sa famille. Il accuse également l'ancien premier ministre Georges Papandréou et l'actuel président du Pasok, Evangelos Venizelos, d'avoir gardé le silence dans cette affaire de fraude fiscale.
(3) Par des décisions du 26 novembre confirmées le 13 décembre 2012, l'Eurogroupe et le FMI sont tombés d'accord pour que la Grèce puisse ramener sa dette à 124 % de son PIB en 2020, moyennant la mise en oeuvre par ce pays d'un plan complexe de réformes et de mesures impliquant, entre autres exigences, un rachat par Athènes de 31,9 milliards d'euros de cette dette, payés seulement 11,29 milliards d'euros, cette somme étant avancée par le Fonds européen de stabilité financière. Suite à cet accord, Athènes devait recevoir 52,5 milliards d'euros en suspens depuis plusieurs mois : 34,4 milliards fin 2012 et 18,1 milliards au cours du 1er semestre 2013.
(4) A. Tsipras et son parti soutiennent les actions de résistance aux plans d'austérité menées par des mouvements de citoyens comme « Je ne paie pas » qui incite les utilisateurs des transports publics à voyager sans payer dans les transports en commun d'Athènes et des grandes villes de Grèce, dont les prix ont été relevés à plusieurs reprises depuis 2010.
(5) Le 6 mai 2012 ont eu lieu des élections législatives où la Nouvelle démocratie n'a obtenu qu'une majorité relative de sièges. Le Parlement a été aussitôt dissous et de nouvelles élections se sont tenues le 17 juin. La Nouvelle démocratie y a obtenu seulement 129 sièges sur 300 et s'est trouvée contrainte de former un gouvernement de coalition alors qu'elle avait mené campagne pour diriger le pays seule.
(6) Le gouvernement d'Antonis Samaras avait obtenu lors de son vote d'investiture, le 8 juillet 2012, 179 voix contre 121. Ce gouvernement formé pour l'essentiel de ministres de la Nouvelle démocratie, le parti de droite dirigé par A. Samaras, est soutenu par le Pasok (socialiste) et le Dimar (Gauche démocratique). Le 8 novembre 2012, le premier ministre a échoué à faire adopter un train de mesures d'austérité prévoyant 13,5 milliards d'euros d'économies sur deux ans.
(7) Le Mémorandum est le terme utilisé pour désigner chacun des plans de soutien financier à la Grèce élaborés depuis 2010 par la Commission européenne, la BCE et le FMI, qui prévoient des prêts à ce pays moyennant de très dures mesures d'austérité.
(8) Le 18 novembre 2012, en réponse à une question de A.Tsipras et de trois de ses collègues de Syriza, le ministre adjoint des Finances Christos Staïkouras a indiqué que le coût total des Jeux olympiques d'Athènes de 2004 s'est élevé à 8,5 milliards d'euros.
(9) En 1953 s'est tenue à Londres une conférence de 22 États créanciers de l'Allemagne - dont la Grèce - qui a décidé d'effacer 50 % de sa dette et de lui donner trente ans pour en payer le solde. L'Allemagne a ainsi pu relancer son économie. Elle a été contrainte, en payant ce solde, de régler des réparations de guerre à de nombreux pays mais pas à la Grèce. De fait, les gouvernements helléniques de l'après-guerre se sont abstenus de réclamer des réparations à l'Allemagne, qui dans les années 1960 et 1970 a accueilli des centaines de milliers de leurs ressortissants venus y travailler, et dont l'envoi de fonds en Grèce a contribué à la prospérité de ce pays.
Syriza, comme tous les autres partis politiques grecs, estime aujourd'hui que l'Allemagne devrait rembourser à la Grèce l'emprunt imposé par Hitler à la Grèce pendant l'occupation de ce pays de 1941-1944 et lui verser des indemnités de guerre qu'Athènes n'a jamais réclamées. L'économiste Jacques Delpla a calculé que la dette allemande s'élèverait aujourd'hui - avec les intérêts à payer sur près de 70 ans - à 375 milliards d'euros (Les Échos du 22 juin 2011).
(10) Ce parti a fait son entrée au Parlement grec après les élections du 17 juin 2012, où il a obtenu 18 députés et 6,92 % des suffrages exprimés. En raison des exactions fréquemment commises par des militants d'Aube dorée à l'égard de travailleurs étrangers, le président du Pasok, E. Venizelos, a déclaré, le 28 novembre 2012, qu'il allait prendre une initiative pour obtenir l'interdiction de ce parti.
(11) Le 28 décembre 2012, en réponse aux critiques formulées contre l'Église orthodoxe au sujet de la faible fiscalité qui lui est imposée, l'Archevêque d'Athènes Hiéronymos a déclaré que l'Église offrait chaque jour des milliers de repas à des indigents et était prête à distribuer 12 000 hectares de terre labourable à des agriculteurs dans le besoin.
(12) Selon l'article 3 alinéa 1 de la Constitution grecque, la religion dominante en Grèce est celle de l'Église orthodoxe orientale du Christ. Les membres du clergé de cette Église sont fonctionnaires d'État. Le mariage religieux en Grèce a la même valeur juridique que le mariage civil, qui n'a été introduit dans le pays qu'en 1982.
(13) Les prochaines élections législatives en Allemagne doivent avoir lieu à l'automne 2013.
(14) Mme Merkel a effectué une visite de quelques heures à Athènes le 9 octobre 2012. Cette visite a été considérée par de nombreux observateurs comme un geste de soutien au gouvernement Samaras. D'importantes manifestations de protestation contre cette visite ont eu lieu dans la capitale grecque. Les militants de Syriza et des représentants du parti allemand Die Linke y ont pris part.
(15) M. Tsipras fait allusion à certains pays européens créanciers de la Grèce, comme l'Allemagne, qui profitent de la crise grecque grâce aux intérêts versés sur les emprunts consentis à Athènes. Berlin a ainsi perçu chaque année depuis 2010 un milliard d'euros d'intérêts sur son aide financière à la Grèce, somme que Mme Merkel n'a pas exclu, à la mi-2012, de restituer dans le cadre d'un éventuel effacement d'une partie de la dette grecque qui pourrait intervenir en 2013.
(16) Selon l'Autorité des statistiques grecques (ASE), le chômage a atteint en Grèce, en juillet 2012, 25,1 % de la population active contre 17,8 % un an plus tôt. Dans son rapport semestriel publié le 3 décembre 2012, la Banque de Grèce estime que le taux de chômage pourrait atteindre en 2013 les 26 % en raison de la poursuite de la récession.