Politique Internationale - La Revue n°139 - PRINTEMPS -

sommaire du n° 139
LA REGIME SYRIEN VU DE L'INTERIEUR
Entretien avec Manaf TLASS
Ancien général de la 104e brigade de la Garde républicaine syrienne.
conduit par
Isabelle Lasserre
Chef adjointe du service Étranger du Figaro
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Isabelle Lasserre - Général, comment expliquez-vous que Bachar el-Assad tienne encore, plus de deux ans après le début de la rébellion ?

Manaf Tlass - L'explication réside dans des raisons à la fois internes et externes. Depuis le début de la crise, Bachar a fait feu de tout bois pour essayer de reprendre la main. À l'intérieur, il a tenté de monter les minorités les unes contre les autres en manipulant les Kurdes, les alaouites (1), les sunnites, les chiites... Il a brandi la menace du confessionnalisme à un moment où ce danger n'existait pas. Son objectif premier consistait à persuader les alaouites que les insurgés avaient décidé de les prendre pour cible, et que si son régime venait à tomber les membres de cette communauté seraient massacrés. Il a atteint son but : les alaouites éprouvent désormais une crainte viscérale pour leur survie.
Les excès commis par les milices du régime ont renforcé le caractère confessionnel de la guerre, des deux côtés. Ce qui, à son tour, a servi les ambitions des groupes extrémistes islamistes... Bachar a également utilisé la carte iranienne puisqu'il a tout fait pour obtenir le soutien du Hezbollah (2). Ce dernier a accepté de se ranger aux côtés du dictateur de Damas. Ce faisant, le Hezbollah a commis une grave erreur : il a paru oublier que son mouvement était « populaire », que sa notoriété et la sympathie dont il bénéficiait étaient avant tout issues du peuple. En prenant position pour le régime syrien, il a donné l'impression de placer les préoccupations confessionnelles au-dessus des intérêts du peuple, au-dessus de la justice. C'est très inquiétant.
Pour résumer, au niveau national et régional le régime a déstabilisé le tissu communautaire syrien à seule fin de préserver son pouvoir. Il a volontairement exacerbé les peurs à l'intérieur et à l'extérieur du pays. C'est cette stratégie dévastatrice qui lui a permis de survivre jusqu'ici...

I. L. - Vous étiez un proche de Bachar el-Assad. À quel moment a-t-il basculé ? Pour quelles raisons s'est-il ainsi métamorphosé ?

M. T. - Le cercle qui l'entoure l'a beaucoup influencé, en lui faisant peur. Ce cercle ne voulait faire aucune concession - car toute concession aurait risqué de briser son équilibre interne et de le faire chuter. Face aux événements, au début de la rébellion, Bachar avait deux choix. La première solution aurait été de lancer un processus de réformes, de répondre aux demandes du peuple et à la réalité du terrain. Il n'était pas assuré de relever ce défi ; mais s'il y était parvenu, il aurait dirigé son pays de manière démocratique et participé à son évolution politique. Et s'il avait échoué, il aurait eu, au moins, le mérite d'avoir essayé de mettre la Syrie sur le bon chemin. Hélas, il a opté pour la seconde solution : la répression.
S'il réussit dans cette voie de la répression, il deviendra un dictateur régnant sur un pays et un peuple détruits, sur des villes en ruine. S'il échoue, il sera considéré comme un criminel de guerre. Malheureusement, Bachar a choisi la solution qui entraînait le moins de pertes pour son entourage. Faire des concessions à son peuple n'aurait pourtant pas été un échec, mais une victoire ! Je tiens également à souligner que si Bachar el-Assad a cru avoir les mains libres, c'est parce qu'il n'a pas subi de fortes pressions de l'extérieur. La communauté internationale n'a pas vraiment fait barrage, elle n'a pas opposé de réelle résistance face à la répression. Pendant ce temps, les soutiens traditionnels du régime syrien ont continué de l'appuyer. Ce sont toutes ces raisons qui expliquent que Bachar ait ainsi basculé.

I. L. - Sur quels hommes s'appuie-t-il à présent ?

M. T. - Il faut distinguer trois cercles. La famille - le cercle le plus important, celui qui lui fournit un soutien indéfectible - filtre toutes les informations et régule l'accès au sommet. Le deuxième cercle est constitué des forces de sécurité, qui ont un accès direct au président ou à la famille. Les hommes sur lesquels Bachar s'appuie sont toujours les mêmes, mais leurs noms n'ont pas d'importance car, dans ce système, c'est surtout la position qui compte. Qu'Ali Mamlouk, Rustom Ghazaleh ou Jamil Hassan (3) disparaissent du jour au lendemain ne changerait rien. Ils seraient immédiatement remplacés par d'autres hommes qui reprendraient leur rôle. Ils sont tous remplaçables. Enfin, le dernier cercle est formé du parti, des ministères et de l'armée. Ce cercle a parfois un accès direct à Bachar. Mais les décisions passent obligatoirement par la famille ou par les forces de sécurité. Là est le principal problème car, normalement, c'est ce troisième cercle qui devrait prendre les décisions !

I. L. - Comment Bachar el-Assad vit-il aujourd'hui ?

M. T. - Je suppose qu'il vit dans une bulle, entouré de gens qui pensent de la même manière que lui.

I. L. - Sait-il combien il y a de tués de part et d'autre? Est-il au fait de l'évolution quotidienne de la situation ?

M. T. - Nul ne peut prétendre ignorer le nombre de morts quotidiens en Syrie. La situation est catastrophique, elle défie toute logique. Bachar suit-il les événements au jour le jour ? Probablement. Mais il est très certainement informé par des membres de son entourage qui affirment que le régime est en passe de l'emporter et le confortent dans ses certitudes et dans ses actions.

I. L. - Vous qui avez longtemps travaillé à ses côtés, avez-vous un jour pensé qu'il pourrait devenir le bourreau de son peuple ?

M. T. - Non, jamais. J'avais cru que, en tant que président, il pouvait profiter de la révolte pour réaliser une sorte de coup d'État en imposant sa propre équipe contre les durs du régime ; et cela, afin de transformer la révolution en un moment positif de l'histoire politique de la Syrie. Et non pas pour jouer un sinistre jeu politique aux dépens du pays, de sa stabilité, de son peuple et de son histoire. Mais, malheureusement, Bachar semble n'avoir qu'une seule vision, que l'on pourrait résumer par la formule : « Moi ou la fin de la Syrie. »

I. L. - Quelles sont les véritables raisons de l'insurrection ? Est-elle due aux contradictions internes du pays ou découle-t-elle du « printemps arabe » qui balaie la région ?

M. T. - Les raisons s'entremêlent. Ce qui est certain, c'est que les réseaux sociaux et les médias ont largement contribué au développement de l'insurrection. En voyant les autres peuples se révolter dans la région, les Syriens ont cru qu'ils pouvaient, eux aussi, contribuer à un changement dans leur pays. Les raisons de la révolte étaient multiples et légitimes. Mais les protestataires ont été confrontés à une violence que personne n'aurait pu imaginer. N'oubliez pas que, jusqu'au sixième mois, la révolution syrienne a été pacifique. Mais comme ce régime a décidé d'aller jusqu'au bout, les insurgés ont fait de même.

I. L. - Qui mène la répression aujourd'hui ?

M. T. - Depuis le début de la rébellion, les modérés ont peu à peu été évincés du pouvoir. Les durs ont pris l'ascendant au sein de tous les courants. Intouchables, ces courants, notamment les chabbihas (4), se sont armés et militarisés. Aujourd'hui, la répression n'est plus l'affaire de l'État : c'est le premier cercle qui décide et donne des ordres aux hommes qui sont restés loyaux. La répression est exercée par les durs de tous les groupes et, avant tout, par les forces de sécurité et les chabbihas. Tous ceux qui se sont montrés fidèles au régime ont été promus et se sont rapprochés du pouvoir. L'institution militaire a de facto été transformée en une milice de plus.

I. L. - Quelles sont les forces et les faiblesses de l'ASL ?

M. T. - Ce qui fait sa force c'est, d'abord, sa volonté et sa dynamique actuelle : elle ne cesse de monter en puissance. L'ASL est, en effet, en train de se renforcer. Ceux qui la composent n'ont plus rien à perdre. Sa force réside aussi dans sa manière de pratiquer la guérilla en menant des actions ponctuelles, là où on ne l'attend pas. Quant à ses faiblesses, elles sont, malheureusement, encore nombreuses. L'ASL n'est pas organisée. Le côté populaire, et donc émotionnel, passionnel, commence à prendre le dessus sur la raison, par réaction aux excès de violence que commet le régime. Bien sûr, la passion est un sentiment positif. Mais, en même temps, la passion ne sait pas s'arrêter. Le militaire, lui, sait s'arrêter une fois la victoire acquise. Son but est de faire tomber le régime tout en évitant que des actes de vengeance soient commis. C'est la raison pour laquelle je pense que les officiers devraient être plus présents au sommet de l'ASL (5). Il faudrait, aussi, mieux intégrer les différentes communautés au sein de cette ASL. L'Armée syrienne libre ne doit pas être l'armée d'un seul groupe. Elle ne devrait pas être perçue comme une armée sunnite combattant une armée alaouite car la Syrie n'est pas d'une couleur unique et l'opposition n'a jamais appartenu à une seule confession. Je pourrais citer une quantité interminable d'opposants alaouites, chrétiens, druzes, kurdes... Dans l'opposition, la voix du citoyen syrien s'élève contre l'oppression, l'injustice et la corruption. La situation ne devrait pas être différente au sein de l'ASL.

I. L. - Pourquoi y a-t-il si peu de défections au sein de la communauté alaouite (6) ?

M. T. - Ils redoutent que ceux qui détiennent les armes exercent des représailles à leur égard. Ce qui, je le répète, ne se produirait pas si les militaires étaient placés au sommet de l'ASL. Ces hommes, en effet, épousent les principes laïques propres à l'armée ; c'est pourquoi ils me paraissent les plus aptes à admettre dans l'ASL les représentants des différentes communautés. Cette vision peut sembler idéaliste, mais c'est une nécessité. Bachar affirme depuis le début des événements que la Syrie n'a le choix qu'entre lui et l'extrémisme. Mais je suis persuadé qu'il existe une troisième voie, une voie d'unité nationale qui rejetterait l'extrémisme des deux côtés et serait représentative de la vraie Syrie. Si Bachar bénéficiait vraiment du soutien dont il prétend disposer, il serait parvenu à ses fins en quelques mois. De même pour les islamistes. La vérité, c'est que la grande majorité des Syriens souhaite que le pays emprunte ce chemin différent qui, pour l'instant, ne leur est pas proposé. Ils ne veulent ni du régime ni des extrémistes.

I. L. - Les défections, quelles qu'elles soient, peuvent-elles accélérer la chute du régime ?

M. T. - Les défections ne feront pas tomber le régime. Celui-ci, comme je vous l'ai dit, s'est transformé depuis quatre ou cinq mois en une gigantesque milice. Or les défections ont lieu en dehors de cette milice. C'est-à-dire que, à de rares exceptions près, seuls les modérés, ou ceux qui n'ont pas de grandes responsabilités, font défection. Ces défections ne changent pas grand-chose, à ce stade, au rapport des forces. Bien sûr, les défections d'alaouites, de druzes et de chrétiens sont positives dans la mesure où elles montrent que toutes les communautés ont la même position vis-à-vis des violences commises par le régime et traversent les mêmes difficultés. Elles sont très importantes pour éviter que des actes de revanche soient un jour perpétrés contre les représentants de ces minorités. Mais il ne faut pas, non plus, que tout le monde quitte la Syrie ! Les gens compétents doivent rester dans le pays afin de sauver les institutions et éviter, le moment venu, un écroulement de l'État.

I. L. - Pensez-vous que Bachar el-Assad puisse encore négocier ? Ou accepter de quitter le pouvoir ?

M. T. - Dès le début, je vous l'ai indiqué, Bachar a fait un choix : la victoire ou la défaite. Il n'a jamais laissé aucun espace à l'éventualité d'un retrait du pouvoir. Et il a entraîné dans la même direction tous ceux qui ont cru en la victoire du régime et ont exercé des violences directes ou indirectes. Aujourd'hui, même si Bachar el-Assad décidait, personnellement, de négocier, ces personnes, qui sont allées beaucoup trop loin dans la compromission et la répression, ne l'accepteraient pas. En impliquant beaucoup de gens dans sa politique sanguinaire, Bachar est devenu le problème de la Syrie. Il ne peut plus en être la solution.

I. L. - Quels sont les différents scénarios de la fin du régime ?

M. T. - J'en distingue quatre. Deux mauvais et deux bons.
Le premier est celui de la guerre civile. Si le régime s'écroule par le chaos, c'est le chaos qui régnera. Assoiffées de vengeance, les communautés se livreront à des affrontements sanglants. Le pays entrera dans une longue phase de violence et d'anarchie.
Le deuxième scénario est celui du statu quo. En raison de l'équilibre qui semble s'être instauré entre le régime et l'opposition, la situation actuelle pourrait perdurer pendant très longtemps. Ce qui provoquerait un écroulement de l'intérieur. L'État se déliterait entièrement. Il y aurait encore plus de pertes. Ce serait, en quelque sorte, un scénario à la somalienne.
Troisième possibilité : Bachar accepte une transition imposée par la communauté internationale. Le problème, c'est qu'il a déjà clairement rejeté une telle solution. Cette option me paraît extrêmement improbable.
Reste le quatrième scénario, qui est aussi le meilleur. Ce qui est important, voyez-vous, c'est le jour d'avant la chute et non celui d'après. Il est essentiel de rassembler les modérés de tous bords, ceux qui n'ont pas de sang sur les mains et n'ont pas participé à la répression, afin de protéger le peuple et la patrie d'un chaos destructeur. Les minorités - druzes, alaouites, chrétiens, Kurdes... - doivent participer au changement de régime. Cela n'a rien d'irréaliste. Bon nombre d'alaouites n'attendent qu'une chose : pouvoir se défaire du régime. Mais ils n'ont, pour l'instant, aucune garantie concrète concernant la place qui leur sera faite dans l'après-Bachar. Ce qui est sûr, c'est que la Syrie a besoin de ce projet d'unité nationale, représentatif du tissu social et communautaire du pays. Un projet visant à protéger l'État et les institutions, en particulier l'institution militaire. Si ce projet s'impose, alors il sera possible de transmettre le pouvoir à la société civile et de lancer une transition qui aboutira à un processus électoral normal, dans un pays pacifié.

I. L. - Vous évoquez l'armée syrienne. Est-elle toujours aussi puissante ?

M. T. - Après deux ans de guerre, elle s'est un peu usée, bien sûr. Mais elle apparaît encore assez forte, pour deux raisons : elle conserve la supériorité en matière d'armements ; et elle bénéficie toujours de l'appui de l'allié iranien. Mais les officiers sont fatigués de cette lutte interminable. Surtout, ils n'ont plus de vision d'avenir. Au départ, en bons soldats, ils voulaient remporter la victoire. Mais ils sont en train de comprendre que vaincre son propre peuple s'apparente à une défaite !

I. L. - Quelle force les islamistes représentent-ils au sein de l'opposition ?

M. T. - Les islamistes durs représentent 15 à 20 % de la rébellion armée. Il faut absolument contrôler la provenance et la destination de l'argent envoyé à ces extrémistes car il s'agit souvent de financements douteux.

I. L. - Le régime, rappeliez-vous, est soutenu par l'Iran. Mais aussi par la Russie...

M. T. - Moscou et Téhéran n'apportent pas au régime de Damas le même soutien. L'Iran s'inquiète car il réalise que ce proche allié peut s'écrouler. Téhéran fait de son mieux pour le soutenir : il participe à la guerre par procuration en envoyant des conseillers militaires et techniques auprès de Bachar. Mais la population syrienne dans son ensemble n'acceptera ni un projet islamiste ni la mainmise de l'alliance chiite sur le pays. La Russie, quant à elle, a toujours été très proche de la Syrie - au niveau politique, mais également au niveau de la population. Pendant des décennies, des échanges ont eu lieu et un réel rapprochement s'est opéré entre les deux peuples. En raison de cette ancienne complicité et en contrepartie de son opposition aux résolutions de l'ONU condamnant la répression en Syrie, Moscou aurait dû imposer à Bachar des réformes crédibles. Or, en réapprovisionnant le régime en armes et en munitions, la Russie a perdu le soutien d'une large partie de la population syrienne. Elle aurait intérêt, au contraire, à contribuer à la recherche d'une sortie de crise et à faire ce qui est en son pouvoir pour diminuer la souffrance des gens. Si elle n'agit pas dans ce sens, elle perdra son influence dans la Syrie de demain.

I. L. - La communauté internationale a-t-elle commis des erreurs ?

M. T. - Oui. Elle a donné beaucoup d'espoir au peuple en faisant croire qu'elle allait lui apporter son aide. Les Syriens ont compris, depuis, qu'on leur avait menti. Lorsque les avions et les milices du régime ont commencé à exercer leur répression, les puissances internationales ont été incapables de parler d'une seule voix. Leurs positions divergentes ont laissé la voie libre à l'influence de pays menant des politiques douteuses et ambiguës (7). En un mot : c'est l'indécision de la communauté internationale qui a permis aux courants extrémistes d'émerger.

I. L. - Que faudrait-il faire, concrètement, pour corriger ces erreurs ?

M. T. - Il faudrait unir les différentes visions pour la Syrie, obliger les pays qui utilisent la situation pour servir leurs intérêts personnels à aller dans le même sens et à soutenir le quatrième scénario de sortie de crise. La levée de l'embargo sur les armes n'est pas la solution pour moi. Je suis, aussi, opposé à une intervention ; de même qu'à l'instauration d'une zone tampon. La seule chose intelligente à faire est de réorganiser l'ASL et de reproduire en son sein la diversité de la Syrie. Il faudrait également exercer de sérieuses pressions pour faire cesser ce que j'ai appelé les « financements douteux ». Il faut que tous les modérés s'unissent et travaillent en équipe pour imposer leur projet à la Syrie. Le temps des « moi » est terminé. C'est le temps du « nous » qu'il faut imposer aujourd'hui.

I. L. - Comment imposer ce projet aux forces de l'intérieur ?

M. T. - Il faut changer le système de représentation. Dans la coalition (8), par exemple, les conseillers militaires sont tous sunnites. Il faut y inclure des alaouites. L'Europe doit être plus claire et ne pas adopter des solutions qui ne feraient qu'affaiblir les chances de mettre en oeuvre le quatrième scénario. Aujourd'hui, il faut absolument renforcer le côté laïque et militaire dans les structures de l'opposition. Les alaouites et les chrétiens ne feront défection que lorsqu'ils verront apparaître un projet qui regroupera tout le monde.

I. L. - À quel moment et pour quelles raisons avez-vous décidé de faire défection ?

M. T. - Dès le début, il était clair pour moi que je n'étais pas entré dans l'armée pour tuer mon propre peuple. Quand la rébellion a commencé, j'ai travaillé à différentes solutions. Mais j'ai vite perdu l'espoir d'exercer une quelconque influence sur la prise de décision puisque j'étais considéré comme un militaire qui pensait différemment et refusait d'obéir. J'ai senti que je ne pourrais plus rien faire de l'intérieur. J'ai aussi réalisé que le président n'était pas prêt à changer sa manière de gérer la crise. J'ai donc décidé que je serais plus efficace en agissant de l'extérieur. Avec un but unique : faire émerger le « quatrième scénario ».
Notes :
(1) La population syrienne est formée de plusieurs groupes ethniques et religieux. Les sunnites arabes, majoritaires, cohabitent avec les alaouites, les Kurdes, les chrétiens arabes...
(2) Hezbollah : mouvement chiite armé libanais allié du régime iranien et de Bachar el-Assad. Depuis plusieurs mois, il a envoyé des hommes combattre aux côtés des forces armées syriennes.
(3) Le général Ali Mamlouk dirige l'appareil sécuritaire syrien. Rustom Ghazaleh est le chef des services de renseignements militaires. Le général Jamil Hassan est le chef des services de renseignements de l'armée de l'air.
(4) En français, le terme signifie « fantômes ». Les chabbihas sont les milices pro-Assad en Syrie, qui comptent plusieurs dizaines de milliers d'hommes - un mélange de paramilitaires, de civils armés et de bandits.
(5) L'ASL est dirigée par le colonel Riad el-Asaad, gravement blessé dans un attentat le 25 mars. Longtemps installé en Turquie, son état-major a été déplacé fin 2012 dans les « zones libérées ».
(6) Les alaouites sont une secte musulmane chiite minoritaire (13 % de la population). La plupart des hommes au pouvoir à Damas en font partie.
(7) M. Tlass vise ici au premier chef l'Arabie saoudite et le Qatar, qui ont largement participé au financement des groupes rebelles islamistes.
(8) M. Tlass fait ici référence à la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution. Il s'agit de la principale autorité politique de transition syrienne créée le 11 novembre 2012 à Doha, au Qatar. La Coalition réunit de nombreuses composantes de l'opposition et s'efforce de préparer l'après-Bachar malgré les dissensions qui la traversent du fait de son hétérogénéité.