Politique Internationale - La Revue n°141 - AUTOMNE - 2014

sommaire du n° 141
ISRAEL : LA SOCIETE CIVILE AUX AFFAIRES ?
Entretien avec Yaïr LAPID
conduit par
Aude MARCOVITCH
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Aude Marcovitch - Des années durant, vous avez été du côté des journalistes. Aujourd'hui, vous êtes celui que les journalistes interrogent. Comment ressentez-vous ce changement de rôle et de vie ?

Yaïr Lapid - C'est indéniable, il y a une grande différence. Certes, je vais aux mêmes cocktails, je rencontre les mêmes personnes et nous parlons des mêmes sujets... Mais alors que, en tant que journaliste, je me trouvais dans une position où je ne pouvais qu'émettre une opinion sur la situation politique, j'influence désormais le cours des événements. Être dans une position où non seulement on analyse ce qui ne va pas mais où l'on a aussi la capacité de modifier les choses, c'est exaltant !

A. M. - Que faites-vous de votre capacité à changer le monde ?

Y. L. - Si vous le voulez bien, je me limiterai à Israël... Depuis que je suis au gouvernement, nous nous sommes donné pour but de faire évoluer des situations qui semblaient définitivement figées. Nous avons, en particulier, fait adopter la loi sur le « partage du fardeau » qui impose la conscription des ultra-orthodoxes dans l'armée et les insérera dans le monde du travail. Nous avons, aussi, modifié le mode de fonctionnement du gouvernement israélien, afin qu'il soit plus stable et ne risque pas de tomber tous les deux ans (3). En outre, nous avons réduit la taille de l'exécutif : dans le gouvernement précédent, il y avait trente-cinq ministres et de nombreux vice-ministres. C'était absurde : on pourrait diriger toute l'Europe avec autant de portefeuilles ! C'est seulement grâce à notre insistance que ce nombre est descendu à vingt et un ministres dans le gouvernement actuel. Et ce n'est pas fini : une nouvelle loi limitera la quantité de ministres à dix-neuf dans la prochaine équipe gouvernementale. Nous avons, par surcroît, élevé le pourcentage minimal qu'un parti doit obtenir aux élections législatives pour entrer à la Knesset. Le but est d'éviter que notre Parlement soit divisé en d'innombrables factions. Tout le monde nous disait que ces changements n'étaient pas réalisables. Nous avons apporté la preuve du contraire.
Par ailleurs, nous avons modifié le traitement dont bénéficient les rescapés de la Shoah (4). C'est un sujet qui me tient particulièrement à coeur : mon père était un rescapé de la Shoah et a été le directeur de Yad Vashem (le musée de l'Holocauste à Jérusalem).
Last but not least : après trois ans de blocage, le processus de paix avec les Palestiniens a été relancé. Il n'y aurait pas eu de mouvement de ce côté-là si mon parti, Yesh Atid, n'avait pas participé au gouvernement (5).

A. M. - Comment faut-il interpréter le fait que vous, politicien tout neuf, soyez issu de la « société civile », de même que Naftali Bennett (6) et Shelly Yachimovich (7) ? Est-ce parce que la population n'a plus confiance dans les hommes politiques de métier ?

Y. L. - Je pense qu'il ne s'agit pas d'un phénomène uniquement israélien mais d'une tendance générale dans le monde d'aujourd'hui. Une communauté d'idées s'est développée entre les couches intellectuelles et la population, et ensemble elles regardent le système politique traditionnel d'un oeil critique. Pour une raison très simple : depuis quinze ou vingt ans, l'Europe, les États-Unis et Israël jouissent d'une bonne croissance économique, mis à part la parenthèse de 2008 ; or les bénéfices de cette croissance n'ont pas eu les retombées escomptées, notamment sur la classe moyenne. Partout, les gens qui ont travaillé dur et ont permis ce boom économique se mobilisent et exigent d'en tirer, eux aussi, les bénéfices. Le système politique traditionnel, les « politiciens de métier » orientent la répartition des richesses non pas vers ceux qui travaillent mais vers ceux qui disposent d'une grande capacité d'influence. Nous sommes en train de changer cela.

A. M. - Dans vos éditoriaux, du temps où vous étiez journaliste, vous parliez fréquemment de l'« israélienneté », c'est-à-dire ce que signifie le fait d'être israélien aujourd'hui. Pouvez-vous nous expliquer comment vous définissez cette identité ?

Y. L. - Laissez-moi d'abord vous dire pourquoi il était tellement important que ce sujet fût ramené au centre du discours public. La société israélienne est une société d'immigrants. Le danger qu'elle se décompose entre ses différentes « tribus » est toujours présent. Il est donc primordial de rappeler les éléments qui la cimentent : le sionisme, la Torah, la langue hébraïque, la démocratie occidentale, le règne du droit assuré par la Cour suprême. Être israélien, c'est comprendre que nous n'avons pas d'autre endroit dans le monde pour y vivre. En fait, Israël n'est pas un endroit, c'est une idée : l'idée que le peuple juif est retourné à la maison après plus de 2 000 ans, qu'il habite sur une terre dont l'essence est aussi sa philosophie (8). Nous devons dans le même temps préserver le tissu démocratique de notre société alors que nous vivons dans une région qui ne l'est pas. Je résume : être israélien, c'est être démocrate et juif.

A. M. - Que faites-vous des Arabes israéliens (musulmans et chrétiens), qui comptent aujourd'hui pour 20 % de la population israélienne ?

Y. L. - Je veux être très clair : ils peuvent vivre ici et jouir de tous les droits. Mais ils doivent reconnaître qu'il y a un seul pays au monde pour les Juifs, et nous n'avons pas à nous en excuser. Notre volonté de préserver la démocratie et le respect des droits de l'homme dans ce pays, c'est justement ce qui protège les citoyens arabes d'Israël et leur permet de vivre ici.
L'israélienneté, il fallait en reparler, et le faire d'une voix forte. Je veux, par exemple, qu'un individu donné se définisse comme « israélien et ultra-orthodoxe », dans cet ordre, et non pas comme « ultra-orthodoxe et israélien ». On est d'abord relié à la centralité israélienne. Elle doit primer la communauté dans laquelle on vit.

A. M. - À vos yeux, quels sont les atouts et les faiblesses de cette société israélienne ?

Y. L. - La chose primordiale dans l'israélienneté - qu'on oublie parfois quand on voit nos soldats et notre puissance militaire, ou quand on entend les Palestiniens se plaindre de leur sort -, c'est que l'Histoire nous a appris de manière très douloureuse et décisive que nous n'avons nulle part où aller. Ici, c'est notre maison. Je vous l'ai dit et je le répète. Partout ailleurs, nous serons des étrangers. Les Juifs dans le monde n'aiment pas entendre ces propos, mais c'est la vérité : Israël est le seul pays où l'on peut être juif de manière entière, sans jamais avoir à surveiller ce qui se passe derrière son dos. Nous sommes ici au nom d'une seule idée. Et c'est ce qui rend Israël très fort.
Pour ce qui est des autres éléments positifs de notre société, je pourrais parler de l'émulation intellectuelle très élevée qui règne ici. Nous ne sommes pas devenus la « nation start-up » par hasard !

A. M. - Comment expliquez-vous cette réussite exemplaire de la high-tech en Israël ?

Y. L. - Ma réponse vous étonnera peut-être, mais j'estime que l'explication est à rechercher... dans nos origines religieuses. Le Talmud est, en réalité, un immense site Internet du monde intellectuel juif. Si vous ouvrez une page du Talmud, celui-ci vous donne un « lien », vous redirige vers une autre page, un autre commentaire, qui lui-même vous renverra à une autre page et ainsi de suite. Alors, quand les Juifs se connectent à Internet, ils se retrouvent dans un mode de fonctionnement connu ! C'est ce qui explique que les Israéliens se soient vite trouvés très à l'aise dans le monde de l'Internet. Et cela, d'autant plus que la culture Internet est une culture ouverte et flexible, exactement comme la culture juive.
À l'inverse, les faiblesses de notre société sont liées à certains aspects de la diversité de l'immigration. Songez seulement que les gens sont arrivés dans ce petit pays du Moyen-Orient en provenance de cent pays différents, parlant cent langues différentes ! Et il faut faire entrer tout cela dans un seul moule, le moule israélien. Ce n'est pas simple, c'est un processus de longue haleine. La variété de nos origines ne doit pas provoquer entre nous incompréhension ou hostilité. Notre mixité fait notre force. Mais si chacun se réfère à la culture dont il est issu, la cohésion de la société risque d'en pâtir.

A. M. - Comment décririez-vous votre politique économique ? Après vous avoir porté aux nues lors des législatives, vos électeurs semblent avoir du mal à cautionner vos décisions, spécialement en matière budgétaire. Ils vous reprochent de sacrifier la classe moyenne sur l'autel du déficit budgétaire et des hausses d'impôts...

Y. L. - Je pense que ma politique économique est très cohérente. Nous vivons aujourd'hui dans un monde où la politique économique ne peut plus être unidimensionnelle. Chacun comprend que le socialisme ne peut pas fonctionner et que le capitalisme de l'« école de Chicago » ne marche pas non plus. La théorie qui prétend que si les riches gagnent davantage, les classes moyennes et défavorisées en récolteront finalement les fruits ne fonctionne pas. L'État a un rôle important à jouer pour ce qui concerne la redistribution des richesses. Quant aux critiques que j'entends à propos de ma politique, j'estime que c'est un phénomène normal. Nous n'en sommes qu'au début. Nous avons dû adopter un budget strict, c'est vrai ; mais c'est parce que nous devions combler le plus important déficit que le pays ait jamais connu !

A. M. - Comment expliquez-vous l'ampleur du déficit que vous avez découvert en prenant vos fonctions ?

Y. L. - Je n'entrerai pas dans les détails. Ne serait-ce que parce que je ne veux pointer un doigt accusateur sur personne. La seule chose que je peux vous dire c'est que, quand je suis arrivé, j'ai trouvé un déficit absolument colossal. Et ce déficit, je l'ai comblé (9). Ce qui ne fut pas aisé... En stratégie politique, il existe une théorie qui dit que s'il faut prendre des décisions pénibles, il faut le faire dans les six premiers mois de son mandat. Tony Blair, entre autres leaders, avait prôné ce système. Évidemment, au moment où ces choix sont appliqués, les gens sont mécontents. Mais nous n'avions pas le choix : il fallait combler le déficit. Le résultat, c'est que l'économie israélienne se trouve dans une bonne situation : la croissance va dépasser 3,5 % cette année et le chômage est inférieur à 7 %. Je pense que la France, comme la plupart des pays européens, accueillerait de tels chiffres avec joie...
Quand je suis devenu ministre, ma stratégie est restée la même que ce qu'elle avait été pendant la campagne électorale : la classe moyenne, la classe moyenne, la classe moyenne. Les gens qui travaillent, c'est eux qu'il faut aider. Aujourd'hui, ils sont énervés parce qu'on a réduit les aides pour les enfants et parce qu'ils doivent payer un peu plus d'impôts. Je comprends leur agacement. Mais ces décisions vont permettre à notre pays de ne pas se retrouver dans une situation comparable à celle de la Grèce ou de l'Espagne. Quand les gens ne seront plus fâchés, ils comprendront que nous avons sauvé l'économie israélienne.

A. M. - Quel pays citeriez-vous en exemple ? Quel est celui qui jouit d'une santé économique enviable ?

Y. L. - L'Allemagne. Elle a la culture de la sacralité du travail. Il y existe un juste équilibre entre conservatisme fiscal et souplesse économique. Quant à nous, nous devons alléger notre bureaucratie : elle freine le développement du pays et pèse sur les gens. En revanche, nous pouvons nous enorgueillir de nos efforts en matière d'innovation. Plus de 40 % des exportations israéliennes sont des produits de haute technologie. Je ne connais pas d'autre pays qui puisse se targuer d'un tel ratio.

A. M. - Vous citez de bons chiffres macro-économiques pour Israël. Mais qu'en est-il de la micro-économie, du revenu des gens qui s'atrophie et des loyers qui explosent ?

Y. L. - L'état de la micro-économie est difficile, je ne le conteste pas. Les couches les plus défavorisées s'inquiètent de leur situation. C'est pour eux qu'il est important que l'État soit fort. Seul un État fort peut aider les plus faibles. Mais il faut que tout le tissu social fonctionne. C'est pourquoi, malgré les coupes que nous avons dû faire, nous avons accru le budget de l'Éducation et de la sécurité sociale afin de conserver les structures et la base de la société israélienne. Le quotidien est difficile pour les Israéliens, c'est vrai. Mais, dans le même temps, ils se sentent rassurés parce qu'ils savent que tout ne va pas s'effondrer autour d'eux. Cette certitude est essentielle pour la réussite de notre pays, tant au niveau macro-économique que micro-économique.

A. M. - Votre définition de la classe moyenne exclut les ultra-orthodoxes. Qu'allez-vous faire pour inciter cette catégorie de la population à entrer dans le monde du travail ?

Y. L. - Vous dites vrai : pour moi, les ultra-orthodoxes n'appartiennent pas à la classe moyenne. Notre politique économique vise à faire en sorte qu'il n'y ait plus, dans notre pays, une culture de l'assistanat. L'une des injustices qui se sont développées dans la société israélienne, c'est que les ultra-orthodoxes ont formé un pouvoir politique qui leur a permis d'élaborer une culture de non-travail. Cette culture a des conséquences néfastes non seulement pour le pays mais aussi pour eux. Il n'y a aucune contradiction entre le fait d'être religieux et le fait de travailler. Et certainement pas dans le judaïsme. La Torah et le travail sont des éléments de base de la religion juive. Nous avons réduit les aides en faveur des yeshivas et des kolels (les écoles religieuses) pour exprimer notre message : si vous travaillez, nous vous aiderons. Si vous ne faites qu'étudier, nous réduirons nos aides. Il ne peut pas y avoir ici de gens qui ne travaillent pas et qui vivent aux dépens des autres. Attention : je parle évidemment des individus qui sont capables de travailler ; bien entendu, l'État doit soutenir fortement tous ceux qui ont des problèmes de santé.

A. M. - La réduction des aides versées aux religieux, c'est le bâton. Quelle carotte leur promettez-vous ?

Y. L. - La carotte, c'est l'idée que celui qui travaille gagne davantage et élève son niveau de vie. Il existe, d'ailleurs, une génération entière de jeunes ultra-orthodoxes qui pensent différemment. Ils ne veulent plus être la population la plus pauvre d'Israël. Ils ont lu le Talmud, et ils savent qu'il n'y a aucune obligation religieuse à ne pas travailler. En s'insérant dans le monde du travail, ils offrent un avenir meilleur à leurs enfants. Nous n'aiderons plus les écoles où les mathématiques et l'anglais ne sont pas enseignés. Si les élèves étudient des matières variées, ils accroissent leurs chances de trouver un travail. L'idée est de créer dans ces communautés une culture du travail.

A. M. - Y a-t-il aujourd'hui en Israël assez de travail pour tout le monde ?

Y. L. - Oui. Je vous l'ai dit : le chômage est inférieur à 7 %. Et lorsqu'on fait entrer sur le marché du travail des dizaines de milliers de personnes d'un seul coup, c'est, par surcroît, un moteur de croissance. Les ultra-orthodoxes sont une population intelligente qui est très adaptée aux exigences des métiers de la high-tech, grâce à la forme d'apprentissage des études talmudiques. Nous sommes également en train de créer un système de stages professionnels : ceux qui y participeront seront soutenus financièrement.

A. M. - Passons, à présent, aux sujets purement politiques. Quelle est l'importance, à vos yeux, de la reprise du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens ?

Y. L. - C'est crucial. Il n'y avait plus de processus de paix depuis trois ans. J'ai dit avant les élections, et je l'ai redit au moment de la formation du gouvernement, que nous ne participerions pas à un gouvernement qui ne s'engagerait pas dans un tel processus. Sans vouloir nous attribuer tout le crédit de la reprise de ces pourparlers, je dois rappeler que nous avons largement contribué au retour d'Israël à la table des négociations. J'ai effectué une tournée politique (10) au cours de laquelle j'ai rencontré des dirigeants européens et américains. Devant eux, j'ai expliqué, systématiquement, que nous sommes impliqués et investis dans la recherche de la paix. Il n'aurait pas été possible de commencer les négociations sans notre soutien. Et nous veillerons à ce qu'elles se poursuivent.

A. M. - S'agit-il d'arriver à un véritable « accord » ou bien, comme l'a cyniquement relevé un journaliste israélien, de simplement se lancer dans un énième « processus » ?

Y. L. - Pour le moment, c'est un processus. Pour aboutir à un véritable accord, il faut être deux. Le conflit israélo-palestinien ne se cristallise ni sur les frontières, ni sur Jérusalem, ni sur le droit au retour des Palestiniens. Ce conflit parle de peur, de haine, de manque de confiance, de menace existentielle. C'est ce qui crée des blocages. Techniquement, les différences ne sont pas si importantes. Disons que si Israël parle de 93 % du territoire et que les Palestiniens parlent de 98% du territoire (11), on peut trouver un terrain d'entente ! Toute la question est de savoir s'il existe de la bonne volonté de part et d'autre.

A. M. - Précisément, cette bonne volonté est-elle présente au sein du gouvernement auquel vous participez aujourd'hui ?

Y. L. - Je pense qu'il y en a chez le premier ministre. Le gouvernement est issu d'une coalition dont les membres ne sont pas toujours d'accord entre eux. Mais je discute constamment avec le premier ministre et j'ai confiance : il souhaite parvenir à un accord. Quant à la partie palestinienne, elle affiche aussi certaines divergences. Je ne peux pas vous dire que je suis absolument convaincu que les Palestiniens sont prêts à aller jusqu'au bout. Car si l'on veut une vraie paix, il faut être prêt à faire des sacrifices. Les deux parties devront s'y résoudre.

A. M. - Entrons dans les détails. De votre point de vue, quels sont les points fondamentaux sur lesquels Israël ne devrait rien lâcher ?

Y. L. - La base, c'est Jérusalem et ce que l'on appelle les « blocs d'implantation » (12). Sur ces sujets-là, Israël ne fera aucune concession. Aucun pays dans le monde ne céderait sur sa capitale ! Quant aux blocs d'implantation - Maale Adumim, le Gush Etzion et Ariel -, chacun reconnaît qu'il s'agit d'une réalité sur le terrain. Même le Qatar et l'Arabie saoudite l'admettent. Il n'est plus possible de les séparer d'Israël. Sur tout le reste, il faut discuter.

A. M. - Concrètement, cela implique que l'on évacue combien d'Israéliens de Cisjordanie ?

Y. L. - Je ne peux pas vous répondre précisément. Tout simplement parce que nous n'y sommes pas encore ! L'une des grandes erreurs que nous avons commises lors des différents processus de paix jusqu'ici, c'est que nous avons toujours annoncé dès le départ à quoi nous étions prêts à renoncer. Or ce n'est pas ainsi qu'on conduit des négociations au Moyen-Orient ! Il y aura un donnant-donnant lent et détaillé. Tout le monde comprend, bien sûr, qu'au terme des négociations des dizaines de milliers d'habitants des colonies devront quitter leur maison. Certains semblent considérer que ces départs vont de soi. Pour ma part, je ne suis pas un homme de gauche, je suis un centriste. Cette perspective ne me rend pas joyeux, elle me brise même le coeur. Je pense que ces territoires font partie de l'Israël historique et l'idée que nos concitoyens devront les quitter un jour est déchirante. Mais pour obtenir un accord de paix, nous devrons faire ce sacrifice. Ce sera un processus atroce qui déchirera la société israélienne de l'intérieur. Parfois, je rencontre mes amis européens qui vivent à Paris, Londres ou Berlin et qui me disent : « Mais abandonnez donc ces territoires ! » Ils ne comprennent pas à quel point ce sera compliqué et douloureux.

A. M. - Quand en 2005 Ariel Sharon a évacué Gaza, 8 000 personnes ont dû quitter les lieux. Leur départ forcé a provoqué dans la société israélienne une crise dont on parle encore aujourd'hui. Pensez-vous vraiment que vos compatriotes sont prêts, aujourd'hui, à accepter l'évacuation de dizaines de milliers d'Israéliens installés en Cisjordanie ?

Y. L. - Oui. Selon moi, cette évacuation sera le test le plus important pour la société israélienne depuis la guerre du Kippour. Un test qui, je le répète, nous déchirera de l'intérieur. Mais cela ne débouchera pas sur une guerre civile. L'évacuation de maisons est horrible à mes yeux, pas seulement aux yeux des colons. Mais l'autre option est pire encore. Si nous n'aboutissons pas à un accord de paix, Israël sera menacé en tant qu'État juif. À cet égard, je vous fais observer qu'il y a de plus en plus de voix, des deux côtés, qui parlent d'un seul État pour les Arabes et pour les Juifs. Un État unique et binational. Ce serait la fin du sionisme ! Et je suis sioniste. Je veux vivre dans un État juif. Je ne veux pas d'un État binational. C'est pour cette raison que nous devons nous séparer de 3,5 millions de Palestiniens. Si ce n'était pas un enjeu existentiel, je ne me prononcerais pas en faveur du démantèlement de certaines de nos implantations. Mais c'est un enjeu existentiel. Il faut donc en passer par ce terrible processus d'évacuation. Et je pense que le pays a la force de traverser cette épreuve.

A. M. - Il y a dans votre coalition un partenaire qui, contrairement à vous, refuse l'idée même de deux États : Naftali Bennett. Il souhaite, au contraire, annexer une grande partie de la Cisjordanie à Israël. Or vous avez donné l'impression d'être très proches l'un de l'autre pendant les discussions portant sur la formation de la coalition gouvernementale. Comment décririez-vous vos relations avec lui ?

Y. L. - Il existe une vraie communauté d'idées entre mon parti et le sien sur la plupart des sujets de politique intérieure. Nos convictions économiques sont similaires ; nous percevons les questions sociales de la même manière ; nous avons une vision identique de l'ethos israélien. Mais s'agissant de la colonisation, nos avis sont radicalement opposés. Sur ce point, nous nous trouvons dans un conflit politique permanent, et nous ne nous en cachons pas. M. Bennett dit avec humour qu'il fait plus confiance aux Palestiniens que moi : il pense que les Palestiniens finissent toujours par se retirer des négociations au moment où il s'agit de parvenir à un accord et qu'ils le feront aussi cette fois, parce qu'ils ne veulent pas vraiment la paix. Moi, à l'inverse, je défends l'idée qu'il ne faut abandonner aucune possibilité de parvenir à un accord avec les Palestiniens. Ces divergences ne nous empêchent pas de travailler ensemble à remettre de l'ordre dans l'économie israélienne et de nous occuper des problèmes sociaux. Nous faisons de très bonnes choses ensemble, main dans la main.

A. M. - Je vais vous demander de vous placer du point de vue des Palestiniens. Sur quels aspects comprenez-vous qu'ils ne puissent pas céder dans les négociations ?

Y. L. - Je comprends qu'ils refusent de céder sur une exigence fondamentale : celle d'un État. Mais je perçois, aussi, leurs contradictions : ils veulent un État, certes... mais cette perspective leur fait peur. La position de victime est une position confortable d'un point de vue émotionnel. Tout le monde aime les victimes, tout le monde éprouve de la sympathie à leur égard. Or lorsqu'ils auront établi leur État, les Palestiniens devront relever énormément de défis nouveaux. Aujourd'hui, ils nous accusent d'être responsables de tous leurs malheurs. Mais une fois qu'ils seront indépendants, ils devront assumer eux-mêmes leurs problèmes, à commencer par la division de la société entre partisans du Hamas et du Fatah. Ils devront élaborer une position claire face aux divisions qui déchirent le monde musulman. Ils devront combattre la pauvreté. Bref, ils devront prendre leur destin en main, et ce n'est pas si simple. Mais je reconnais que leur volonté d'obtenir un État reconnu internationalement est une volonté juste.

A. M. - L'Union européenne a décidé de suspendre ses aides aux projets mis en oeuvre au-delà de la ligne verte (c'est-à-dire à Jérusalem-Est, en Cisjordanie, sur le Golan et à Gaza) et aux institutions qui y ont des représentations (13). Que pensez-vous de cette mesure ?

Y. L. - Je pense avant tout qu'il s'agit d'une décision très, très stupide. En la prenant, l'UE aide tous ceux qui sont contre le processus de paix ! Elle aide le Hamas, le Djihad islamique, Al-Qaïda. Que disent aujourd'hui les extrémistes à la population palestinienne ? « Écoutez, il y a un processus de dé-légitimation et d'isolement d'Israël qui est en cours. La seule chose qui puisse arrêter cela, ce sont des négociations de paix. Mais si vous refusez ces négociations, nous obtiendrons des décisions qui nous sont favorables, comme celle de l'Union européenne. » Celui qui a pris cette décision ne connaît tout simplement pas cette région. L'UE s'est, de facto, placée aux côtés des organisations extrémistes qui menacent Mahmoud Abbas et lui répètent qu'il ne faut surtout pas s'asseoir à la table des négociations avec les Israéliens. J'espère que les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne se rendront compte, finalement, qu'ils commettent une grave erreur et desservent la cause qu'ils essayent de soutenir.

A. M. - Ne pouvez-vous pas admettre la position des Européens lorsqu'ils s'étonnent que le gouvernement israélien choisisse le moment où s'ouvrent des négociations avec les Palestiniens pour autoriser la construction de nouvelles unités de logement sur la rive ouest ?

Y. L. - La question que je me pose, c'est : quel est le but de l'exercice ? Pour l'UE, l'intérêt est-il qu'il n'y ait pas de discussions de paix ou qu'il y ait des discussions de paix ? Si Bruxelles souhaite faire du tort aux discussions de paix et les mettre en danger, qu'elle continue sur le chemin de ses dernières décisions ! Pour ma part, je souhaite des négociations et je reconnais que des colonies doivent être démantelées. Je ne suis pas un homme de droite ; je suis un homme du centre. Et je dis avec fermeté que l'UE a fait des dégâts qui, je l'espère, n'auront pas un impact trop négatif sur le processus de paix.
D'autre part, ceux qui, de notre côté, s'opposent à ce processus utilisent cette décision européenne pour « prouver » que tout le monde est contre nous, quoi que nous fassions.

A. M. - Le gouvernement israélien comprend-il qu'il existe aujourd'hui, sur la scène internationale, un agacement croissant vis-à-vis de la politique de colonisation ?

Y. L. - Bien sûr que oui. Mais la question est de savoir si l'Europe veut se préoccuper de ses propres sentiments ou si elle veut être impliquée dans le processus. Il est de bon ton, en Europe, de critiquer Israël - et cela, quoi que nous fassions, même quand nous nous engageons dans un processus de paix ! Il n'en demeure pas moins que j'entends les critiques qui nous sont faites, et je ne vous cache pas qu'elle m'inquiètent. Comme m'inquiètent les actions « BDS » (« Boycott, Désinvestissement, Sanctions ») contre Israël. Il s'agit d'un mouvement, issu de la société civile européenne, qui prend de plus en plus d'ampleur. Mais je suis très surpris qu'aucun de mes amis européens, et j'en ai beaucoup, ne perçoive que ces mouvements de boycott sont souvent dirigés par des organisations non gouvernementales que finance en sous-main le pétrole islamique. Ce sont des fonds islamiques qui financent cette mouvance anti-israélienne. Troublant, n'est-ce pas ?

A. M. - Le mouvement BDS vise l'État d'Israël et ses citoyens alors que la décision de l'UE, elle, ne se focalise que sur les territoires occupés depuis 1967...

Y. L. - Oui, mais elle est une conséquence de l'impact du mouvement BDS. Ce qui est à l'oeuvre ici, c'est tout simplement un processus de délégitimation d'Israël, comme je vous l'ai dit tout à l'heure. Or, dans le même temps, le conflit en Syrie n'est pas traité avec l'implacabilité qui conviendrait. Depuis un an et demi, il y a eu plus de morts en Syrie qu'en cinquante ans de guerres israélo-arabes ! Et je ne vous parle pas seulement du conflit israélo-palestinien, mais de tous les conflits entre Israël et les États arabes. Pourquoi deux poids, deux mesures ?

A. M. - Quelle analyse faites-vous du conflit en Syrie ? Quelle doit être la place d'Israël dans ces événements ?

Y. L. - C'est très simple : Israël n'a pas de place dans ce conflit. Israël n'a pas à s'impliquer dans les affaires de ses voisins, que ce soit en Syrie ou en Égypte. Il s'agit de problèmes intérieurs - tragiques, certes - dont nous ne devons pas nous préoccuper. Nous avons seulement dit que, dans le cas syrien, nous redoutions que des armes sophistiquées puissent être transférées vers le Liban et remises au Hezbollah.

A. M. - Comment Israël peut-il échapper aux retombées des affrontements en Syrie et en Égypte ?

Y. L. - Nous sommes un État souverain et nous avons l'obligation de protéger nos frontières. Je n'en dirai pas plus. Je peux cependant vous donner mon opinion personnelle, en tant que personne privée et non pas en tant que représentant du gouvernement. Le fait que des élections se soient tenues en Égypte ne signifie pas que ce pays est devenu, d'un coup, démocratique. Un État qui organise des élections mais qui n'assure pas la liberté de parole n'est pas vraiment démocratique. J'ajoute que le fondamentalisme islamique qui a triomphé lors des dernières législatives puis de la présidentielle en Égypte n'a, lui non plus, rien de démocratique. Encore une fois, il s'agit de mes observations personnelles, celles d'un homme qui regarde ces événements à la télévision depuis son salon. Ce que je viens de vous dire n'implique aucunement l'État d'Israël.

A. M. - Quels sont les personnages politiques dans le monde, aujourd'hui ou dans l'Histoire, que vous admirez ?

Y. L. - J'apprécie beaucoup Bill Clinton, que je connais personnellement d'ailleurs. J'ai pris un petit déjeuner avec lui à Jérusalem il n'y a pas longtemps. Il fut un excellent président et c'est un grand ami d'Israël. Mon père respectait beaucoup Winston Churchill parce que la nuit, du fond de son ghetto, il l'entendait sur la BBC, avec un poste de radio clandestin. Mon père avait alors l'impression que quelqu'un dans le monde lui parlait. Il m'a transmis cette admiration. Enfin, je pense qu'Angela Merkel a réalisé un travail admirable sur le plan économique. C'est aussi une grande amie d'Israël.

A. M. - Vous avez déclaré à plusieurs reprises que vous souhaitiez devenir le prochain premier ministre d'Israël. Pourquoi ?

Y. L. - D'abord, ce n'est pas pressé. Je veux que ce gouvernement se maintienne jusqu'à la fin de la législature, dans quatre ans. Mais je suis entré en politique pour changer les choses. Il est donc tout à fait logique que j'aspire à peser le plus possible sur le cours des événements. En Israël, le poste de premier ministre est celui qui permet d'influencer la réalité, d'agir pour qu'il y ait une économie saine, pour que la paix soit maintenue, pour que les liens entre les citoyens restent forts. Lorsqu'on m'a demandé quel est le prochain poste que je souhaiterais occuper, j'ai répondu « premier ministre ». Mais ce n'est pas une obsession pour moi. Il est, tout simplement, naturel, lorsqu'on est ministre, de viser le poste de chef du gouvernement. C'est une ambition légitime et qui va de soi !

A. M. - Que voudriez-vous réaliser que d'autres n'ont pas fait dans cette fonction de premier ministre ?

Y. L. - Attendons de voir quelle sera la situation d'Israël dans trois ans ; à ce moment-là, je pourrai vous répondre.

A. M. - Et que souhaitez-vous réaliser que votre père n'a pas fait ? Vous avez jusqu'ici suivi un parcours similaire au sien : journaliste de presse écrite et de télévision, vous avez fondé un parti centriste et laïque, puis vous êtes entré au gouvernement...

Y. L. - C'est vrai, j'ai fait plusieurs choses que mon père avait faites. Mais les partis politiques que nous avons constitués sont très différents, ils ne se ressemblent qu'à première vue.
Papa n'a pas eu le temps d'améliorer la façon dont Israël traite les rescapés de la Shoah qui résident en Israël. Cette tâche lui tenait beaucoup à coeur ; je l'ai reprise à mon compte et j'entends la mener à bien. La Shoah a été une expérience centrale pour mon père, à la fois du point de vue émotionnel et du point de vue intellectuel. Une expérience qu'il m'a transmise. L'urgence est grande puisque les survivants de la Shoah n'ont plus beaucoup d'années à vivre : trois ans, cinq ans... Je souhaite que ces dernières années leur soient aussi légères et agréables que possible. J'estime qu'il s'agit, pour moi, d'une obligation morale.
Notez tout de même que je ne suis pas en compétition avec mon père ! Au contraire. Quand je conduis sur la route entre Tel-Aviv et Jérusalem, je discute parfois avec lui, dans ma tête, et je lui demande ce qu'il pense de ce que je fais. Eh bien, je reçois des réponses qui ne sont pas mauvaises du tout... Même après sa mort, il est resté intelligent !
Notes :
(1) Yesh Atid a été fondé en janvier 2012. Un an plus tard, il obtient 19 sièges sur 120 aux élections législatives, arrivant en deuxième position derrière le Likoud-Beitenou (liste commune des partis de Benyamin Nétanyahou et d'Avigdor Lieberman). Centriste et laïque, la formation défend des idées sociales-libérales et met l'accent sur la classe moyenne, sur l'éducation et sur le service militaire pour tous. Elle exige également une réforme du système de gouvernement. Les parlementaires de Yesh Atid sont issus de secteurs variés de la société israélienne. La formation compte le plus grand nombre de femmes à la Knesset (8 femmes sur 19 parlementaires). Parmi ses membres les plus importants, on peut citer le rabbin Shai Piron, la maire d'Herzelyia Yael German, l'ex-chef du Shin Beth Yaakov Peri, le maire de Dimona Meir Cohen, les Éthiopiens-Israéliens Shimon Solomon et Penina Tamnu-Shata ou encore la fondatrice d'écoles d'enseignement du judaïsme sous une forme laïque Ruth Calderon. Yesh Atid compte cinq ministres sur vingt et un dans la coalition gouvernementale.
(2) Tommy Lapid est né en 1931 en Yougoslavie, à Novi Sad, dans une famille juive originaire de Hongrie. Durant la guerre, il a été envoyé par les nazis, avec sa mère, dans le ghetto de Budapest. Il a émigré en Israël en 1948.
(3) La loi, votée l'été dernier, sera mise en application de manière progressive sur cinq ans.
(4) Le seuil électoral minimal pour entrer à la Knesset a été élevé de 2 à 4 %. L'idée est de faire baisser le nombre de petits partis représentés au Parlement et d'abréger les tractations pour former une coalition gouvernementale dont la stabilité dépend de petites formations. L'adoption de cette loi a été vivement critiquée par les partis ultra-orthodoxes et les partis arabes qui redoutent, au vu des scores obtenus lors des dernières législatives, de ne plus pouvoir accéder à la Knesset après le prochain scrutin.
(5) Plusieurs dizaines de millions de shekels supplémentaires ont été accordés à la Fondation pour le bénéfice des rescapés de la Shoah, suite à un accord entre Yesh Atid et le Likoud-Beitenou. Le budget alloué aux rescapés sera encore augmenté dans les prochaines années.
(6) Ancien chef d'entreprise, actuellement président du parti La Maison juive, membre de la coalition gouvernementale.
(7) Ex-journaliste, aujourd'hui leader du Parti travailliste, dans l'opposition.
(8) Pour Yaïr Lapid, le sionisme - compris comme le retour en Israël pour vivre dans un foyer national pour les Juifs - est la quintessence de l'existence juive.
(9) Le budget d'austérité présenté par Lapid a été accepté par le Parlement. Entre autres mesures, les allocations familiales ont été réduites et le budget de l'armée a subi une coupe drastique.
(10) M. Lapid s'est notamment rendu à la conférence de l'OCDE à Paris en mai dernier où il a rencontré de nombreux ministres.
(11) Référence aux pourcentages de la Cisjordanie qu'Israël serait prêt à évacuer après un accord avec les Palestiniens. Le territoire de la Cisjordanie formerait ensuite (avec Gaza) le futur État de Palestine.
(12) Les blocs d'implantation sont des colonies densément peuplées situées près de la ligne verte (ligne d'armistice de 1949). C'est le cas de Maale Adumim, qui compte quelque 30 000 habitants, et de la série de colonies du Gush Etzion, ces deux blocs se situant près de Jérusalem. Ariel est le troisième bloc d'implantation. La ville est plus enfoncée en Cisjordanie et son sort en cas d'accord fait débat chez les Palestiniens.
(13) Les directives européennes annoncées en juillet dernier font suite à une décision prise par les 28 États membres lors d'un Conseil affaires étrangères de l'UE. Cette décision a été énoncée comme telle : « Tous les accords entre l'État d'Israël et l'UE doivent sans équivoque et explicitement indiquer leur inapplicabilité aux territoires occupés par Israël en 1967. » Elle doit prendre effet dès janvier 2014. Elle concerne les subventions, les aides à la coopération ou les instruments financiers de l'UE qui ne seront plus octroyés aux entités israéliennes menant tout ou partie de leurs activités au-delà de la ligne verte, c'est-à-dire en Cisjordanie, à Jérusalem-Est, sur le plateau du Golan et à Gaza. Les autorités locales ou régionales, les entreprises et les organisations non gouvernementales sont également concernées.