Politique Internationale - La Revue n°141 - AUTOMNE - 2014

sommaire du n° 141
AFRIQUE DU SUD : L'APRES-MANDELA
Article de Jean-Baptiste ONANA
Universitaire. Spécialiste de l’Afrique du Sud. Directeur de collection aux éditions L’Harmattan.
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Premier président noir d'Afrique du Sud, ex-pensionnaire du bagne de Robben Island (1) et icône de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela n'avait pas étrenné son unique mandat à la tête de la nation arc-en-ciel que l'on pariait déjà sur l'implosion du pays après lui. Il n'en fut rien, malgré des facteurs - d'ordre politique, social et économique - a priori favorables à pareil scénario : mainmise blanche sur les richesses ; taux de chômage record ; accroissement des inégalités et de la grande pauvreté ; explosion de la criminalité ; scepticisme suscité par les gestions Mbeki (président de 1999 à 2008) et Zuma (qui occupe cette fonction depuis 2009) ; et, in fine, grogne noire dans les ghettos et inquiétude dans les citadelles blanches. Une quinzaine d'années après sa sortie de la scène politique, la disparition annoncée de Mandela suscite à nouveau des interrogations. Et cela, alors même qu'il n'occupe plus l'espace public et n'influe quasiment plus sur la vie politique du pays. Ces peurs - réelles ou fantasmées - sont loin d'être partagées par une majorité de Sud-Africains, toutes communautés confondues. Pour autant, elles ne doivent pas être occultées dans un contexte qui se prête à une réévaluation de l'action de l'ancien prisonnier politique à la tête de l'Afrique du Sud.
L'impatience noire et la difficile réconciliation
Un président trop conciliant envers les Blancs ?
Qui mieux que Nelson Mandela lui-même pouvait parler de son bilan et de l'après-Mandela ? Malgré le concert de louanges qui accompagne toute évocation de son nom, l'homme ne s'est jamais cru indispensable. À un groupe de journalistes qui l'interrogeaient sur son action politique et sur les craintes que suscitait la perspective de sa disparition, il confiait en décembre 1998 : « Voyez le ministre de l'Eau, le professeur Kader Asmal ! À aucun moment de notre histoire, ce portefeuille n'a eu autant d'importance qu'aujourd'hui. Nous avons fourni de l'eau à 2,6 millions de personnes. Ce n'est pas Mandela qui l'a fait, c'est Kader Asmal. Prenez encore Trevor Manuel [le ministre des Finances]. Il a su gagner la confiance des économistes et des institutions financières de ce pays et du monde entier. Ce n'est pas Mandela qui a réussi cela, c'est Trevor Manuel. Voyez Alec Irwin au Commerce et à l'Industrie ! Où qu'il aille, il reçoit un accueil chaleureux en raison de son action » (2). À l'époque où il présidait encore le pays, Mandela manifestait le même enthousiasme envers la relève, même si l'Histoire ne lui a pas forcément donné raison étant donné le bilan mitigé de ses deux successeurs. « Voyez le vice-président Thabo Mbeki ! Nous avons là un homme extrêmement talentueux. C'est un réel atout pour nous. Il est aujourd'hui respecté, aussi bien ici qu'à l'étranger, et il joue un rôle très important sur ce continent et dans d'autres régions du monde. La question de l'après-Mandela ne se pose absolument pas... » (3). Anticipant les critiques, Mandela confessa qu'il n'avait pas été préparé au pouvoir : « Nous n'avons jamais été formés à gouverner. On nous a littéralement sortis de la brousse pour nous confier la tâche d'administrer un pays avancé. Si l'on prend tout cela en compte, nous avons fait du très bon travail, comparé au gouvernement précédent » (4). Il n'en reste pas moins que son héritage est loin de susciter la même unanimité chez les Sud-Africains que sa personnalité, respectée et adulée au-delà des clivages ethniques et raciaux traditionnels.
Pour une majorité de Noirs, la politique économique de « Madiba » n'a tout simplement pas résorbé les inégalités nées de l'apartheid institutionnel. Mais rares sont ceux qui, comme Winnie Madikizela-Mandela, oseraient le dire tout haut de son vivant. Aux yeux de l'ex-épouse, qui s'est radicalisée contre toute attente dans les années 1980, Mandela a, au mieux, été trop conciliant avec les Blancs et, au pire, il a trahi la cause noire en pactisant avec Frederik de Klerk. Le sort des Noirs aurait été sacrifié sur l'autel de la réconciliation nationale chère à son ex-époux sous sa présidence. Pour preuve, la mainmise continue de la minorité blanche sur l'économie. Condamnée à plusieurs reprises - notamment pour complicité dans l'enlèvement et l'assassinat d'un jeune militant (5) -, limogée de ses fonctions de vice-ministre des Arts, de la Culture, de la Science et des Technologies pour indiscipline et malversations en 1995 (6), elle ne décolère toujours pas d'avoir eu à comparaître devant la commission Vérité et Réconciliation, qu'elle a qualifiée de « farce » et de « cirque » (7). Si Winnie s'incline volontiers devant le sacrifice et la stature planétaire de Mandela, elle tient aussi à rappeler qu'il « n'a pas été le seul homme à avoir souffert. Il y en a eu beaucoup d'autres, des centaines, qui ont macéré en prison et sont morts » (8). L'éclosion d'une petite bourgeoisie et d'une classe moyenne noires ne trouve pas grâce à ses yeux : ces nouveaux riches ne seraient que des alibis, la majorité des Noirs attendant toujours de toucher les dividendes de leur lutte. Quant à l'érection d'une statue géante de Mandela au coeur de Sandton - prospère et chic banlieue cosmopolite au nord de Johannesburg -, plutôt qu'à Soweto, haut lieu de la contestation noire où elle a élu domicile, elle n'y voit qu'un détournement de plus de l'un des symboles de la lutte de libération des Noirs.
Les états d'âme de Winnie Madikizela-Mandela n'épargnent pas l'ANC et sa direction, qu'elle accuse d'utiliser le nom de son ex-mari pour sauver les apparences après l'avoir sciemment écarté. Qu'ils découlent d'un ressentiment personnel ou d'une analyse froide et objective de l'Afrique du Sud post-apartheid, ces propos n'en restent pas moins légitimes. La « mère de la nation » demeure une figure populaire et emblématique des townships. Elle en a conscience (« Je ne suis pas seule. Les gens de Soweto sont avec moi »), en joue volontiers (« Je ne pardonne pas à Mandela d'avoir reçu le Nobel avec son geôlier, Frederik de Klerk ») et peut seule s'autoriser de questionner en des termes rudes l'héritage politique de l'homme avec qui elle n'aura eu que cinq années de vie commune sur trente-huit de mariage (« Qu'a-t-il fait pour nous, à part nous abandonner à notre sort en signant un mauvais accord avec les Blancs ? »). L'égérie des ghettos noirs fait même des émules, comme le populiste et controversé Julius Malema (9).
Les échecs du mandat Mandela
Ancien chef des jeunesses de l'ANC, tombé en disgrâce après s'être brouillé avec Jacob Zuma dont il fut naguère le protégé, Malema n'a pas perdu de son aura auprès des masses déshéritées. En attendant la création programmée de son propre parti qui se donnera pour but d'accélérer le transfert des richesses aux Noirs, il est adoubé et couvé par Winnie Madikizela-Mandela qui l'appelle affectueusement « mon petit-fils ». Prônant l'expropriation des fermiers blancs sans aucune compensation financière, il ne digère pas que plus de 80 % des terres arables se trouvent encore aux mains des Afrikaners, une vingtaine d'années après l'abrogation des dernières lois raciales. Il est vrai que le programme de rétrocession des terres aux Noirs est en panne, faute de moyens financiers, le gouvernement sud-africain et l'ANC n'envisageant pas d'expropriations sans indemnités sur le modèle zimbabwéen (10). Qui plus est, les délais procéduraux sont allongés par d'interminables négociations entre l'État et les expropriés désignés, ainsi que par les recours systématiques de ces derniers devant les tribunaux. Il n'est d'ailleurs pas rare que la justice donne gain de cause au propriétaire terrien blanc et que l'État sud-africain doive reculer. C'est ce qui s'est passé dans l'affaire de Charles Senekal, le plus grand producteur de canne à sucre du pays. Depuis neuf ans, deux ethnies - les Gumbis et les Myenis - revendiquaient son exploitation de vingt mille hectares du Kwazulu Natal, affirmant en avoir été spoliées. Or, vérifications faites avec le concours de deux ethnologues, cette revendication a été jugée infondée (11). Au regard de tant d'écueils et au rythme où les terres changent actuellement de propriétaire (à peine 8 % ont à ce jour été transférées aux Noirs, ce à quoi s'ajoutent les 12 % que les Noirs possédaient déjà en début de réforme), on voit mal comment l'objectif consistant à transférer à ces derniers, à l'horizon 2014, 30 % des fermes appartenant encore aux Blancs pourrait se réaliser. Pressé par l'aile gauche de l'ANC et les syndicats, Jacob Zuma a pourtant proposé un plan de rechange à la veille de briguer un second mandat à la tête du parti en décembre 2012 : racheter une partie des terres appartenant aux fermiers blancs pour 50 % de leur valeur réelle sur le marché. Voeu resté pieux pour l'instant. Autre problème : 90 % des fermes cédées dans le cadre de la réforme agraire sont désormais en faillite, inexploitées ou morcelées en une multitude de petits lopins de cultures vivrières (12). Conséquence : les nouveaux fermiers noirs vivent toujours dans la pauvreté, alors que l'objectif de la réforme est précisément de les en sortir. C'est le cas, par exemple, des paysans bénéficiaires de la toute première ferme expropriée dans le pays, à Kimberley (province du Cap-Nord), dont le gouvernement sud-africain n'avait pris possession qu'en mars 2007 (13).
Dans un tout autre registre, mais avec plus de retenue, Mandela est également critiqué pour sa gestion de l'épidémie du sida qui continue de faire des ravages dans le pays, tout particulièrement au sein de la population noire. Le juge Edwin Cameron, qu'il avait nommé à la Cour suprême et qui est lui-même séropositif, lui a notamment reproché d'avoir alloué insuffisamment de crédits à la lutte contre la pandémie et, surtout, d'avoir omis de mettre en place des politiques de prévention en direction des populations les plus exposées : les jeunes, les prostitués, les ménages polygames et les toxicomanes. Mandela -  dont trois membres de la famille, y compris son propre fils Magekatho, ont succombé au fléau - a par la suite présenté ses excuses pour ne pas avoir su endiguer la propagation de la maladie.
En outre, le passé militaire et terroriste du premier président noir a resurgi, écornant son image lisse de pacifiste et d'adepte de la non-violence ayant placé ses pas dans ceux de Gandhi et de Martin Luther King. Contrairement aux croyances populaires, Mandela a engagé le Congrès national africain dans la lutte armée. À la tête d'Umkhonto We Sizwe (« Fer de lance de la nation »), branche militaire de l'ANC, il a organisé et coordonné de multiples attaques et actions de sabotage. L'attentat le plus meurtrier dont il porte indirectement la responsabilité est l'explosion d'une voiture piégée dans Church Street, à Pretoria en mai 1983, qui fit 18 morts et 210 blessés (14). Dans ses mémoires, Longue Marche vers la liberté, il confesse d'ailleurs avoir approuvé cette opération alors qu'il se trouvait en détention.
Enfin, le passage de témoin à Thabo Mbeki, en 1999, est généralement considéré comme une autre erreur de jugement dont il a fini par prendre conscience. Accusé d'avoir instrumentalisé la justice pour empêcher son principal rival, Jacob Zuma, d'accéder à la présidence, Mbeki s'était également illustré en développant des thèses négationnistes et afrocentristes sur la responsabilité du VIH dans la transmission du sida (15).
Le dévoiement du rattrapage social
Des réformes qui n'ont bénéficié qu'à quelques rares élus
La transition politique entre la minorité blanche et la majorité noire n'a pas été suivie par une transition économique. Dix-neuf ans après les premières élections démocratiques, plus de la moitié des Sud-Africains, dont 62 % de familles noires et 1 % de familles blanches (16), vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté (17). Un ménage blanc gagne encore six fois plus qu'un foyer noir, soit respectivement 365 000 rands (28 000 E) contre 60 000 rands (4 600 E) par an. Au rythme de progression actuel du salaire moyen (14 % par an pour un travailleur noir contre 7 % pour son homologue blanc), il faudrait soixante ans pour que les revenus s'équilibrent (18). Selon un rapport de la centrale syndicale Cosatu, l'Afrique du Sud serait même plus inégalitaire aujourd'hui qu'elle ne l'était sous l'apartheid (19). Mais, phénomène récent, le clivage riches/pauvres prend lentement de la consistance et pourrait, à terme, se substituer au vieux schéma racial Noirs/Blancs. À ce jour, les mesures de discrimination positive (Affirmative Action) n'ont pas fait mieux que générer une classe moyenne de quelque trois millions d'individus - sur une population noire de 41 millions d'habitants d'après les chiffres du recensement de 2011 - qui peuvent se targuer de gagner plus de 6 000 rands (464 E) par mois (20). En cause, une formation insuffisante - en particulier dans les domaines scientifique et technologique -, pourtant censée accompagner ces politiques controversées. Conséquence : de nombreux postes sont vacants dans l'attente d'hypothétiques compétences noires, et des entreprises sont contraintes de réembaucher du personnel blanc qualifié en free-lance pour ne pas tomber sous le coup de la loi. Quant au Black Economic Empowerment (BEE), rebaptisé Broad Based Black Economic Empowerment (BBBEE) en réponse à ses détracteurs qui pointaient la lourdeur de son fonctionnement et son noyautage par le parti majoritaire, il a accouché d'une toute petite oligarchie noire affairiste, sans pour autant rééquilibrer les richesses entre Blancs et Noirs. La faute, entre autres causes, à l'accent mis sur l'émergence d'une classe d'hommes d'affaires noirs, le plus souvent novices, en lieu et place d'une politique massive d'éradication de la pauvreté à la base. Le BEE ne profite qu'à une élite et n'améliore nullement les conditions d'existence de la masse des Sud-Africains. Il sert exclusivement les intérêts d'une poignée de prébendiers qui ont tous fait allégeance au parti au pouvoir et bénéficient de solides relations politiques. Parmi ses bénéficiaires les plus célèbres, citons Tokyo Sexwale (Mvelaphanda Resources), Cyril Ramaphosa (Shanduka Group), Patrice Motsepe (African Rainbow Minerals), Mzilikazi Khumalo (Capital Alliance) ou encore Saki Makozoma (Safika Holding) - tous anciens ou actuels responsables de l'ANC. S'y ajoutent des noms prédestinés comme Zondwa Mandela (petit-fils de Nelson Mandela) ou Khulubuse Zuma (neveu de l'actuel chef de l'État), co-dirigeants d'Aurora Empowerment Systems. Leur patronyme célèbre n'en fait pas forcément des responsables d'entreprise modèles et irréprochables. En témoignent les poursuites dont ils font l'objet pour malversations financières aggravées.
 En octobre 2009, Aurora Empowerment Systems, groupe spécialisé dans l'extraction minière, les énergies et les ressources naturelles, a repris deux mines d'or jusque-là détenues par la société Pamodzi Gold qui venait d'être placée en redressement judiciaire. Selon l'acte d'accusation, Aurora n'a pas honoré son engagement de lever les fonds nécessaires à la finalisation de l'acquisition, et ses dirigeants auraient détourné plusieurs dizaines de millions de rands issus des ventes d'or. Bilan social de cette indélicatesse : 300 mineurs - qui n'étaient déjà plus payés depuis des mois - ont été abandonnés à leur sort (21). S'il ne connaît pas d'ennuis judiciaires et fait même figure de probable successeur de Zuma à la présidence du pays, Cyril Ramaphosa, actuel vice-président de l'ANC et dirigeant historique du Num (syndicat des mineurs affilié à la Cosatu sous l'apartheid), est de son côté actionnaire de la compagnie Lonmin, elle-même propriétaire de la mine de Marikana où 34 mineurs grévistes sont tombés sous les balles de la police en août 2012 (22). La cession par les grands groupes miniers et financiers d'une partie de leurs actifs à des personnalités cooptées par l'ANC n'est donc pas nécessairement créatrice d'emplois dans un contexte de chômage aggravé qui frappe un actif sur quatre au premier trimestre 2013 (23). Au contraire, elle « empêche l'émergence d'entrepreneurs noirs, en donnant naissance à une petite classe de capitalistes non productifs mais riches » (24).
Népotisme, corruption et inefficacité économique
À quelques exceptions près, dont celle du Dr Nthato Motlana - ancien médecin personnel de Mandela et premier bénéficiaire du BEE en 1993, bien avant les premières élections multiraciales (25) -, très peu de nouveaux millionnaires ou milliardaires noirs doivent, de fait, leur fortune à une création nouvelle d'entreprise. S'ils ont la tentation, aiguisée par des décennies de frustration sous l'apartheid, de s'enrichir très vite à peu de risques et de frais, ils disposent rarement des fonds nécessaires. Les prises de participation dans des holdings et conglomérats blancs sont donc financées par l'endettement auprès des banques, voire par le vendeur lui-même. Ce dernier cas équivaut à une cession gratuite qui ne dit pas son nom. En échange, l'entreprise cédante bénéficie des connexions politiques du cessionnaire, utiles pour décrocher des marchés publics, mais aussi génératrices de passe-droits et de corruption. En mars 2012, le Dr Mamphela Ramphele, ex-fiancée du fondateur du Mouvement de la conscience noire Steve Biko (assassiné en détention par la police en 1977), a raconté comment le gouvernement sud-africain avait contraint Gold Fields - une firme minière dont elle a été la présidente - à vendre des parts à un consortium lié à l'ANC. Outre le président de l'ANC en personne, ce consortium de 73 membres compterait dans ses rangs l'un des avocats qui ont défendu Jacob Zuma dans son procès pour viol en 2006 (26). Le même Zuma qui, mis en cause dans une affaire de pots-de-vin (27), ne devra l'abandon des poursuites à son encontre qu'à un vice de forme et non à un plaidoyer sur le fond. Trois semaines tout juste avant la présidentielle de mai 2009 dont il était le grand favori ! La suspicion qui entoure les conditions d'enrichissement d'une certaine élite s'accroît encore davantage quand s'imbriquent les liens familiaux, politiques et commerciaux. Le cas le plus connu et le plus raillé est celui du ministre de la Justice Jeff Radebe, beau-frère du multimillionnaire Cyril Ramaphosa et du magnat de l'industrie minière Patrice Motsepe, les deux premiers ayant chacun épousé une soeur du dernier. Sa femme Bridgette Motsepe est à la tête d'une kyrielle de sociétés, dont Mmakau Mining qu'elle a fondée en 1995. Le clan Mandela n'est pas en reste. Outre le petit-fils Zondwa, Zenani Mandela-Dlamini, la fille, a elle aussi des intérêts dans le secteur minier. Présidente de Chuma Holdings, un fonds BEE dédié aux femmes, elle est également la nouvelle ambassadrice de son pays au Brésil. Quant à sa soeur Makaziwe Mandela, elle cumule les fonctions de PDG d'Afripack (industrie manufacturière), de Nozola Investments (banque et finances) et de House of Mandela Wines, dont elle est co-fondatrice.
Autre épisode révélateur des limites du BEE, mais dans un tout autre contexte : la perte en 2012, par Saatchi & Saatchi, d'un gros contrat publicitaire avec la compagnie nationale d'électricité Eskom. Non pour des questions de résultat, de coût ou d'efficacité, mais... à cause d'une directive du BEE stipulant que les entreprises publiques, comme Eskom, ne peuvent passer des contrats qu'avec des sociétés dont l'actionnariat est à 50 % noir. Un an auparavant, le groupe Saatchi & Saatchi remplissait pourtant cette condition. Mais avec le rachat par Publicis de la majorité du capital du groupe britannique en juillet 2012, la part de l'actionnariat noir est subitement tombée à 26 %. Suffisant pour qu'Eskom dénonce unilatéralement le contrat qui courait jusqu'en mars 2016 et se tourne vers un concurrent (28). Le cas particulier de Saatchi & Saatchi pose plus généralement la question du cadre juridique et administratif contraignant des appels d'offres publics sous le régime du BEE. Ce cadre s'impose  aux entreprises soumissionnaires aussi bien locales qu'étrangères. South African Airways (transports aériens) et South African Broadcasting Corporation (radiotélévision) en ont fait les frais tout récemment quand ces deux fleurons économiques nationaux ont dû attendre plus d'un an pour trouver une agence publicitaire répondant aux critères raciaux imposés par la loi. En réalité, les conditions de soumission inspirées du Black Economic Empowerment, même dans leur version édulcorée de 2003 et leur nouvel habillage terminologique de « Broad Based Black Economic Empowerment », demeurent difficilement réalisables. Précisément parce que la prise de contrôle du capital de l'entreprise adjudicatrice à hauteur de 50 % a minima par des actionnaires noirs continue de primer toute autre considération. Les soumissionnaires potentiels - en particulier ceux du marché publicitaire et de la communication - plaident pour la reconnaissance de la spécificité de chaque activité, couplée à un panachage de critères purement commerciaux avec des quotas raciaux appliqués (de façon souple) au salariat plutôt qu'à l'actionnariat (29).
 Dans l'attente d'une hypothétique prise en compte de ces voeux par les pouvoirs publics, un constat s'impose : la mainmise sur les biens de production et sur les capitaux par une minorité a jusqu'ici échoué à transformer en profondeur l'économie et la société sud-africaines. Au-delà du transfert mécanique des atouts économiques existants à une frange privilégiée de la population, le BEE se doit - pour être réellement à la hauteur de ses ambitions originelles - d'insuffler une autre dynamique de croissance en favorisant le développement de nouveaux marchés et en suscitant un surcroît d'investissements. Son champ d'action gagnerait à s'étendre à un plus grand nombre et à cibler les pauvres, aussi bien dans les zones urbaines que dans les zones rurales. Comme, par ailleurs, les banques, compagnies d'assurances et autres fonds de pension - qui concentrent une part importante du capital - ne font pas dans la philanthropie, le recours à des sources alternatives de financement (microcrédit, crédit coopératif...) s'impose autant aux petites et moyennes entreprises qu'aux pouvoirs publics qui doivent les encourager et les organiser.
Les peurs blanches
Une minorité aux abois
L'exode des Blancs, consécutif à l'avènement de la majorité noire au pouvoir, inspira naguère ce commentaire à Nelson Mandela : « Dans tous les pays colonisés, lorsque des changements démocratiques surviennent, l'ancienne classe dirigeante préfère partir. Les minorités ont très peur et quittent le pays. C'est ce qui est arrivé en Afrique et en Asie. Mais une fois que ces gens s'aperçoivent que tout se passe normalement, que leurs craintes sont infondées, ils reviennent (...). Ceux qui sont partis ne représentent qu'une infime minorité, comparés à ceux qui sont décidés à rester. Néanmoins, nous voulons qu'ils reviennent avec leurs compétences. » D'abord justifiées par l'insécurité et le manque de confiance dans une gestion noire, les motivations des peurs blanches ont évolué dans le temps. Aujourd'hui, ceux qui partent - généralement, les plus jeunes et les plus diplômés - évoquent surtout une discrimination à rebours qui se serait substituée à l'apartheid institutionnel. Ils représenteraient 15 % de la population blanche entre 1994 et 2006. Selon eux, le dispositif du rattrapage social mis en place au bénéfice des Noirs hypothéquerait gravement leur avenir et celui de leurs enfants. Certains n'hésitent d'ailleurs pas à le contester devant les tribunaux, avec le soutien d'organisations communautaires. En mai 2013, le syndicat Solidarité a engagé une action en justice au nom d'une dizaine de gardiens blancs de la prison d'Allanda à Paarl, dans la province du Cap-Ouest (30). S'estimant victimes du Black Economic Empowerment qui empêcherait leur promotion au sein de l'administration pénitentiaire malgré leur qualification et leur ancienneté, les plaignants demandent au tribunal de déclarer l'application du BEE illégale dans une province où les Blancs et les Métis sont numériquement majoritaires. S'ils obtiennent gain de cause, le verdict pourrait bien faire jurisprudence dans les derniers bastions blancs où la démographie est nettement défavorable à la majorité nationale noire. D'autres initiatives de ce type se sont multipliées dans le pays au cours des derniers mois - en particulier devant les juridictions de Durban, Port-Elisabeth, East London et Pietermaritzburg -, avec toutefois d'inégales chances d'aboutir. Comme si le cadre légal et institutionnel actuel ne leur offrait pas suffisamment de garanties, les Afrikaners s'organisent en groupements de défense de leurs intérêts, quand ils ne se lancent pas dans des projets urbanistiques nostalgiques du passé en reconstituant des enclaves résidentielles interdites aux autres populations. Ainsi d'Orania, citadelle blanche de 8 000 hectares et quelque 1 500 âmes, située dans la province du Cap-Nord. Ce « volkstaat » (État du peuple en afrikaans) se veut, de l'aveu même de son fondateur Carel Boshoff (31), le prélude d'une future république boer indépendante au sein d'une Afrique du Sud multiraciale. Ainsi également de Kleinfontein, entre Pretoria et Bronkhorstspruit, à quelques kilomètres seulement d'un haut lieu de la mémoire afrikaner : Diamond Hill, là même où eut lieu la seconde guerre anglo-boer (32). Fiers Afrikaners attachés à l'histoire héroïque du peuple Boer dont ils sont les descendants, les résidents perpétuent les traditions et les croyances de leurs illustres ancêtres. Ils revendiquent et assument une exception culturelle qui justifierait que Kleinfontein soit interdite aux non-locuteurs de l'afrikaans, aux Noirs, aux catholiques et aux juifs. Ironie de la situation, c'est la Constitution sud-africaine - généralement considérée comme l'une des plus progressistes au monde malgré ses imperfections - qui ouvre la voie à pareilles pratiques. Dans son article 31, elle reconnaît aux membres d'une même communauté culturelle, religieuse ou linguistique le droit de se constituer en associations ou autres organismes de la société civile sur la base de cette appartenance ou de cette identité.
À l'impatience des Noirs qui voudraient voir s'accélérer le train des réformes et des expropriations, les Afrikaners opposent volontiers leurs droits séculaires sur les terres héritées de leurs ancêtres, selon l'adage bien connu : « La terre appartient à celui qui l'exploite et la met en valeur. » La tension est d'autant plus vive que ces droits restent menacés par le programme de réforme agraire et que la question foncière est centrale dans les revendications des Noirs. En témoigne la recrudescence d'assassinats de fermiers blancs au cours des cinq dernières années, dont celui d'Eugène Terre'Blanche, chef de l'Afrikaner Weerstandsbweging (Mouvement de résistance afrikaner). Depuis 1994, cette communauté de 50 000 exploitants agricoles a payé un lourd tribut à sa mainmise foncière : elle a subi une centaine d'assassinats par an, avec un pic de mortalité en 2010 (33). À tort ou à raison, de nombreux Blancs y voient un complot ourdi par le pouvoir pour les chasser de leurs terres tout en faisant l'économie d'une coûteuse réforme agraire. Ils en veulent pour preuve le soutien de la Cosatu, proche de l'ANC, à l'appel lancé par le syndicat de mineurs Num en faveur d'un retrait pur et simple du procès intenté par Afriforum - une association de défense des droits afrikaners - contre l'ex-leader des jeunes de l'ANC, Julius Malema, pour incitation à la haine raciale. Ils dénoncent également la présence de Winnie Madikizela-Mandela et de Gwede Mantashe - actuel secrétaire général de l'ANC et président du parti communiste sud-africain - aux côtés de Malema lors de son procès. Ce dernier, qui jouissait encore récemment d'une surprenante impunité, est effectivement coutumier des appels publics au meurtre de fermiers blancs lors de ses meetings politiques... En réaction, les syndicats de propriétaires agricoles blancs - dont le plus en pointe est la Transvaal Agricultural Union, dans la région du Limpopo - s'organisent en unités d'autodéfense s'apparentant à de véritables milices armées et encouragent les adhérents qui le peuvent à s'expatrier. Un accord a été signé dans cette optique en 2010 avec la Géorgie (34), dont l'agriculture peine à se moderniser et qui importe 80 % de ses besoins alimentaires (35) ; mais aussi avec des pays africains qui mettent des terres à la disposition de ces expatriés et leur consentent une fiscalité très avantageuse : le Mozambique - souvent qualifié de dixième province d'Afrique du Sud en raison de l'ampleur des investissements sud-africains -, le Botswana, la République démocratique du Congo, le Cameroun, le Gabon ou l'Égypte (36).
Ghettos pour riches, bidonvilles pour pauvres
 Le repli identitaire afrikaner s'accompagne d'un enfermement sécuritaire que seuls les plus nantis peuvent s'offrir. Les ensembles résidentiels sécurisés (« clusters » ou « estates »), bâtis sur le modèle des « gated communities » d'Amérique du Nord ou des « barrios cerrados » sud-américains, se multiplient dans les grandes agglomérations urbaines. En principe conçus pour accueillir des populations huppées désireuses de se prémunir contre la criminalité et de jouir paisiblement de leur standing entre gens de même condition sociale, il n'est pas rare qu'ils se créent sur une base raciale et ethnique non avouée. À elle seule, Johannesburg en compte plus de cinq cents (37), dont Saddlebrook, au nord-est de la mégapole. Véritable ville dans la ville, des hommes en armes y font des rondes de jour comme de nuit. Quant aux résidents, domestiques et autres travailleurs, ils doivent montrer patte blanche en produisant un sauf-conduit pour pénétrer et circuler dans les lieux. Ce qui n'est pas sans rappeler les fameux « pass books » (laissez-passer) du système d'apartheid, dont tous les travailleurs migrants noirs devaient être détenteurs pour être autorisés à se déplacer dans les zones urbaines réservées aux Blancs.
Il existe une autre source d'inquiétude chez ces derniers, ou plutôt chez les plus économiquement fragiles d'entre eux. Alors que le système d'apartheid institutionnel leur garantissait la sécurité économique - un emploi dans l'administration, des aides financières et un logement social -, ils doivent se rendre à une cruelle évidence : la pauvreté structurelle a bel et bien franchi les barrières raciales, au point de frapper durement ceux que l'on dénomme pudiquement les « petits Blancs » par allusion à leur condition sociale défavorable. En concurrence avec les Noirs pour les petits boulots ne requérant aucune qualification particulière, handicapés par les dispositifs d'« affirmative action » et du Black Economic Empowerment dont ils sont exclus, ne disposant pas des moyens de s'exiler comme leurs riches congénères, ils ont le sentiment de subir une discrimination à rebours. À l'échelle nationale, ils sont 450 000 à vivre en dessous du seuil de pauvreté, dont quelque 100 000 irréductibles pauvres survivant tant bien que mal dans des camps de fortune (38). Coronation Park, à une trentaine de kilomètres de Johannesburg, en est un. Au moins 400 Blancs afrikaners y croupissent dans un état de dénuement comparable à celui des ghettos noirs sous l'apartheid, au milieu d'immondices pestilentiels, de chats et de chiens errants. Ironie du sort, ce sont des bénévoles noirs qui ravitaillent ces laissés-pour-compte de l'Afrique du Sud multiraciale, avec des subsides collectés par des associations caritatives. Visitant un autre camp près de Pretoria lors de la campagne présidentielle de 2009, Jacob Zuma s'était dit « choqué et surpris » par cette misère qu'il n'est pas aisé d'évoquer dans un pays toujours malade de son passé. Le candidat s'était engagé à s'y attaquer sitôt élu. Ce n'était apparemment qu'une promesse électorale puisque les squatters de Coronation Park sont menacés d'expulsion sans proposition de relogement, après avoir été privés d'électricité depuis trois ans.
En guise de conclusion...
 Après l'assassinat de son neveu en 2008, l'écrivain sud-africain André Brink regrettait que Nelson Mandela n'ait effectué qu'un seul mandat présidentiel. D'autres que lui ont exprimé ce regret. Bon nombre de ses concitoyens estiment que si l'ancien bagnard de Robben Island avait passé davantage de temps à la tête de l'Afrique du Sud, il l'aurait laissée dans un bien meilleur état. L'Histoire, elle, retiendra avant tout son oeuvre réelle, effective et concrète, et non ce qu'elle aurait pu ou dû être sur une plus longue période. Mandela n'est évidemment pas comptable de la gestion de ses successeurs et de la situation économique du pays aujourd'hui. Sans être indifférente à son combat passé, la génération des Sud-Africains nés après l'apartheid (« les born-free ») n'a de lui que l'image d'un vieillard amoindri par la maladie et l'âge. Elle va voter pour la première fois en 2014 et se prend à rêver d'un avenir radieux, malgré un contexte social et économique défavorable. Qui plus est, le pays dont cette jeune génération hérite demeure fragmenté : la réconciliation nationale est loin d'être achevée. L'apparition récente de nouveaux clivages et antagonismes, favorisée par l'émergence d'une bourgeoisie de plus en plus multiraciale, ne semble pas pour l'instant pouvoir infléchir significativement la vieille bipolarisation Blancs/Noirs, même si le processus est en gestation.
On peut raisonnablement prédire que la disparition de Mandela n'induira pas de scénario catastrophe ou de chamboulement de la société sud-africaine. D'abord parce que les Sud-Africains ont appris à vivre sans lui depuis des années. Ensuite parce que la « Rainbow Nation » est une démocratie constitutionnelle mettant en présence diverses forces qui s'équilibrent : la société civile, les partis d'opposition, les syndicats, les entreprises et même l'Église. Mais le héros de la lutte anti-apartheid, devenu après 1999 le garant silencieux d'une Afrique du Sud libre et démocratique, une sorte de chef d'État informel, laissera forcément un vide difficile à combler - et cela, même si la statue du Commandeur ne peut que se fissurer avec le temps, révélant peut-être d'autres aspects moins favorables de l'homme Mandela...
Notes :
(1) Robben Island (ou Robbeneiland en afrikaans) est une île sud-africaine de 5,07 km² située au large du Cap, classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1999. Elle fut utilisée à diverses époques entre le XVIIe siècle et le XXe siècle comme prison, hôpital pour catégories sociales indésirables et base militaire.
(2) Chems Eddine Chittour, « Pour la dignité et la justice, Mandela est entré dans l'histoire », http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/176707-mandela-est-entre-dans-l-histoire.html, 1er juillet 2013.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Léa Magro, « Winnie gagne en médiatisation suite à l'hospitalisation de Mandela », http://lci.tf1.fr/monde/afrique/winnie-gagne-en-mediatisation-suite-a-l-hospitalisation-de-mandela-8083670.html
(6) Corinne Moutout, « Winnie une nouvelle fois limogée par Mandela », http://www.liberation.fr/monde/1995/04/15/-_130095
(7) Nadira Naipaul, « L'Amertume de Winnie Mandela », http://www.courrierinternational.com/article/2010/03/11/l-amertume-de-winnie-mandela, 11 mars 2010.
(8) Ibid.
(9) Devenu un farouche opposant à Jacob Zuma, Julius Malema doit aujourd'hui faire face, avec neuf autres accusés, à un procès pour blanchiment d'argent, corruption et fraude fiscale. Fils de domestique, n'ayant jamais fréquenté l'école, il a reçu à l'âge de 14 ans une formation militaire au sein de l'ANC avant de devenir, comme Nelson Mandela avant lui, président de la branche jeunesse du mouvement, l'ANCYL.
(10) Mathieu Olivier, « Afrique du Sud, une réforme agraire complexe et sous haute tension », http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20110901164450/, 1er septembre 2011.
(11) Juliette Rengeval, « Réforme agraire en Afrique du Sud, un grand fermier blanc gagne contre deux clans »,  http://www.rfi.fr/afrique/20101103-reforme-agraire-afrique-sud-grand-fermier-blanc-gagne-contre-deux-clans, 11/03/2010.
(12) Patricia Huon, « Le débat sur la réforme agraire relancé »,  La Libre Belgique, 29 octobre 2012.
(13) Chris Otton, « Première expropriation dans le cadre de la réforme agraire », AFP, http://www.epochtimes.fr/front/7/3/14/n3498375.htm, 14 mars 2007.
(14) Sarah Munoz, « Nelson Mandela : son passé militaire et terroriste ressurgit », http://www.linternaute.com/actualite/personnalites/nelson-mandela-son-passe-militaire-et-terroriste-ressurgit-0713.shtml, 2 juillet 2013.
(15) Dr Marc Deru, « Le président Mbeki et le sida africain », http://www.sidasante.com/deru/mdmbeki.htm, septembre 2000.
(16) 32,9 % des familles indiennes et 7,3 % des familles métisses sont également concernées. « Afrique du Sud : un quart de la population a faim, la moitié est pauvre », http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20121127.AFP6178/afrique-du-sud-un-quart-de-la-population-a-faim-la-moitie-est-pauvre.html, 27 novembre 2012.
(17) Le seuil de pauvreté est défini comme la somme en dessous de laquelle il est impossible de subvenir à ses besoins vitaux (se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner, scolariser ses enfants), soit 577 rands mensuels (l'équivalent de 50 E).
(18) Sébastien Hervieu, « Un quart des Sud-Africains ne mangent pas à leur faim », http://afriquedusud.blog.lemonde.fr/2012/12/01/un-quart-des-sud-africains-ne-mangent-pas-a-leur-faim-tous-les-jours/
(19) François D'Alançon, « La nouvelle élite noire de Johannesburg », http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/La-nouvelle-elite-noire-de-Johannesburg-_NG_-2012-08-06-839515, 6 août 2012.
(20) René Dassié, « Les avancées du Black Empowerment », http://www.afrik.com/article23383.html, 1er août 2011.
(21) « Miners starve as Aurora drags its heels on payout », http://mg.co.za/article/2012-03-12-aurora-workers-bear-the-brunt-of-dragging-heel, 12 mars 2012. Et Sophie Bouillon, « Le "Black Business" en terrain miné », Libération, 26 août 2010.
(22) Christine Abdelkrim-Delanne, « Marikana, la mine de toutes les trahisons », http://www.afrique-asie.fr/menu/afrique/4029-afrique-du-sud-marikana-la-mine-de-toutes-les-trahisons.html, 30 octobre 2012.
(23) « Afrique du Sud : remontée du chômage au 1er trimestre 2013 », http://www.jeuneafrique.com/actu/20130506T110007Z20130506T110005Z/, 6 mai 2013.
(24) Moeletsi Mbeki, Architects of Poverty. Why African Capitalism Needs Changing, Éditions Picador Africa, mai 2009.
(25) Cette année-là, Metropolitan Life, une compagnie d'assurance-vie basée au Cap, avait cédé 10 % de son capital à Methold, holding codétenue par des hommes d'affaires noirs, dont le Dr Nthato Motlana. Au moment de la transaction, l'ancien compagnon de lutte de Nelson Mandela connaissait déjà le succès à la tête d'une florissante holding d'investissement (New Africa Investment Limited), notamment propriétaire du Sowetan, premier quotidien d'Afrique du Sud.
(26) « Fool's Gold : Black Economic Empowerment has not worked well. Nor will it end soon », http://www.economist.com/news/briefing/21576655-black-economic-empowerment-has-not-worked-well-nor-will-it-end-soon-fools-gold, 27 avril 2013.
(27) Steven Jambot, « Le plus gros scandale de corruption post-apartheid sur le devant de la scène ? », http://www.france24.com/fr/20110928-afrique-du-sud-jacob-zuma-thabo-mbeki-affaire-corruption-arms-deal-thales-thomson-csf-anc-da
(28) Zweli Mokgata, « Agency not black enough for Eskom account after Publicis deal », Financial Mail, 20 décembre 2012.
(29) C'est notamment l'avis d'Odette Van Der Haar, responsable de l'Association pour la communication et la publicité, et de Gail Curtis, directrice de l'agence Saatchi & Saatchi de Johannesburg. Financial Mail, art. cit.
(30) « No promotion for non-blacks in SA prison service », http://refugeecamps.boerentrepreneur.com/tag/broad-based-black-economic-empowerment/, mai 2013.
(31) Universitaire, ancien président de l'Afrikaner Broerderbond (1980-1984) et du mouvement Voortrekker (1981-1989), créateur du concept de Volkstaat, Carel Boshoff était aussi le gendre de Hendrik Verwoerd, théoricien de l'apartheid. Il est décédé en mars 2011. Il occupait alors les fonctions de maire d'Orania.
(32) Elle eut lieu entre octobre 1899 et mai 1902, et vit l'État libre d'Orange et la République sud-africaine perdre leur indépendance et être intégrés à l'Empire britannique.
(33) « Recrudescence de meurtres de fermiers blancs en Afrique du Sud », http://www.afriquemonde.org, 24 septembre 2012.
(34) « La Géorgie courtise les fermiers blancs sud-africains », http://www.rfi.fr/afrique/20110102-georgie-courtise-fermiers-blancs-sud-africains
(35) Dom Bosco, « Des colons boers en Géorgie », http://www.dombosco.fr/article-des-colons-boers-en-georgie-61134625.html
(36) « La Géorgie courtise les fermiers blancs sud-africains », art. cit.
(37) Chrystelle Carroy, « Johannesburg : cinq cents quartiers fermés aux indésirables », http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=3224, 03 juin 2003.
(38) « Afrique du Sud, voyage au coeur d'un ghetto blanc », Pegah Hosseini, http://www.lefigaro.fr/international/2010/06/25/01003-20100625ARTFIG00434-afrique-du-sud-voyage-au-coeur-d-un-ghetto-blanc.php