Politique Internationale - La Revue n°142 - HIVER - 2014

sommaire du n° 142
LES JEUX OLYMPIQUES DE MONSIEUR POUTINE
Entretien avec Boris NEMTSOV
conduit par
Galia Ackerman
Journaliste
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Galia Ackerman - Monsieur Nemtsov, quelle serait, selon vous, la formule qui désignerait avec le plus de justesse les Jeux olympiques de Sotchi ?

Boris Nemtsov - La réponse va de soi : ces Jeux sont la plus grande escroquerie de toute l'histoire de la Russie. Les Jeux olympiques d'hiver de Sotchi ont coûté à nos citoyens plus de 50 milliards de dollars. Ce sont les JO les plus chers de toute l'histoire du mouvement olympique. Leur coût dépasse toutes les éditions précédentes des JO d'hiver cumulées. Or les premiers Jeux d'hiver ont eu lieu en France, à Chamonix, en 1924 ! L'organisation de cet événement a donné lieu à un pillage colossal des fonds publics qui a bénéficié exclusivement aux amis de Vladimir Poutine et, en tout premier lieu, à Vladimir Iakounine, membre éminent de la coopérative Ozero.

G. A. - Avant d'aller plus loin, pouvez-vous nous dire quelques mots d'Ozero ?

B. N. - Il s'agit d'une coopérative créée à l'origine, en 1996, pour construire un ensemble de villas au bord d'un lac (« ozero », en russe), en Carélie. Cette société a été fondée par huit amis de longue date. L'un de ces hommes était Vladimir Poutine, à l'époque inconnu du grand public. Quatre ans plus tard, il a été élu président. Il a immédiatement propulsé bon nombre de ses amis et anciens collègues - au premier rang desquels ses copains d'Ozero - à des postes de responsabilité. Certains se sont retrouvés dans son administration, d'autres dans des ministères, d'autres encore dans de grandes entreprises publiques... Et tous se sont enrichis de façon fulgurante. Exemple parmi d'autres : Vladimir Smirnov, le président de cette coopérative, devenu PDG de Tekhsnabeksport, entreprise monopolistique dans le domaine des livraisons pour toute l'industrie nucléaire russe. Cet enrichissement occupe d'ailleurs tout un chapitre du rapport « Poutine, la corruption », dont je suis l'un des auteurs.

G. A. - Quel rôle Vladimir Iakounine a-t-il tenu dans la préparation des Jeux ?

B. N. - Je rappelle que M. Iakounine dirige depuis 2005 les Chemins de fer de Russie (RJD), qui sont une compagnie appartenant à 100 % à l'État. Auparavant, il a occupé le poste de vice-ministre des Transports. Nous avons découvert que ce fidèle serviteur de l'État possède un domaine dans le district de Domodedovo, au village d'Akoulinino. D'après les agents immobiliers que nous avons interrogés, le prix de sa propriété s'élève à 75 millions de dollars. Or le salaire officiel de Iakounine est de 1,5 million de dollars par an. Faites le calcul... Les documents que nous avons consultés prouvent qu'il a commencé à faire édifier ce domaine précisément à l'époque où il s'est mis à détourner l'argent destiné aux JO.
Ce détournement a pris des formes multiples. Iakounine a, en particulier, fait construire la route la plus chère du monde. Il s'agit d'une voie multimodale de 48 km qui relie la ville d'Adler à la station de ski Krasnaïa Poliana, à la fois par le rail et par la route. Le patron des RJD a confié la mise en oeuvre de ce projet à des sociétés « amies », sans le moindre appel d'offres. Au total, cette route a coûté à l'État, donc au contribuable, la somme astronomique de 9,4 milliards de dollars. À ce prix-là, elle aurait pu être faite d'or pur !
Cet exemple n'est qu'une illustration parmi d'autres de la démesure du projet olympique russe. Songez seulement que la route Adler-Krasnaïa Poliana coûte trois fois et demie plus cher que le programme américain de mission sur Mars ! Pour le prix qu'a coûté cette route de seulement 48 km, on aurait pu construire 1 000 km de routes ultra-modernes en Russie ; on aurait pu bâtir une ville nouvelle de 300 000 habitants ; on aurait pu édifier dans le pays de nombreux stades ou patinoires de hockey et offrir une paire de patins à glace à chaque habitant ! Mais tout est allé à Iakounine, camarade de Poutine au KGB, et à la coopérative Ozero.

G. A. - Iakounine n'a pas été le seul à profiter de la « manne » olympique...

B. N. - Bien entendu. Il faut aussi parler de deux autres vieux amis de Poutine, les frères Rotenberg. Ils ont connu le président actuel quand ils étaient tous encore enfants : ils faisaient du judo ensemble. À propos, notre rapport contient une photo de groupe unique en son genre datant de cette époque : sur ce cliché, Poutine ne joue pas un rôle de leader mais plutôt un rôle subordonné. Quoi qu'il en soit, grâce à la précieuse amitié de notre « leader national », les frères Rotenberg sont devenus milliardaires. Ils ont des intérêts dans de nombreux domaines et, notamment, dans l'industrie gazière.
C'est aux Rotenberg que Gazprom a confié, en 2009, la tâche de construire le gazoduc Djougba-Sotchi. Ce gazoduc posé au fond de la mer Noire a pour fonction d'assurer les besoins énergétiques de la ville qui accueillera les JO. Comme dans le cas de la fameuse route de Iakounine, il n'y a eu aucun appel d'offres. Le prix de ce pipeline est cinq fois plus élevé que celui d'équipements comparables construits par des compagnies européennes. Il coûte encore plus cher, au kilomètre, que le Nord Stream qui longe puis traverse la mer Baltique.
Les Rotenberg ont également construit des routes à Sotchi même, là encore à un prix dément. Chaque kilomètre de route a été estimé à 170 millions de dollars. C'est du pillage pur et simple. Au total, les prestations des frères Rotenberg ont coûté au budget russe la bagatelle de 7 milliards de dollars - c'est plus que le coût total des derniers JO en date, tenus à Vancouver, au Canada, en 2010 ! En outre, il faut comprendre que la majorité écrasante des épreuves de ces Jeux olympiques d'hiver seront organisées dans une espèce de marais subtropical, sur les rives de la mer Noire, dans la vallée d'Imereti, et non pas dans les montagnes. Six enceintes sportives ont été bâties là. Les cérémonies d'ouverture et de clôture des JO auront lieu au stade Ficht, à Sotchi, construit sur un marécage. En son temps, Staline avait abandonné l'idée d'installer un aéroport à cet endroit parce qu'on lui avait expliqué que la piste d'atterrissage allait flotter. Ce marécage est d'une profondeur de 170 mètres, voire plus.

G. A. - Voulez-vous dire que ces équipements risquent de s'effondrer ?

B. N. - À notre connaissance, ces sites ont été édifiés sans que les bâtisseurs disposent de la documentation adéquate. Et il faut tenir compte du fait que ceux qui les ont construits étaient des travailleurs étrangers, des migrants. Comme l'argent a été détourné, ces travailleurs étrangers ne recevaient pas leur salaire. L'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, qui a examiné les conditions de travail des ouvriers embauchés sur les chantiers des JO, a considéré que leur sort s'apparentait à de l'esclavage (1). Dans les faits, ils travaillaient gratuitement. C'étaient des ressortissants de diverses ex-républiques soviétiques - Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan. Évidemment, tous ces édifices construits à la va-vite, sur des terrains meubles, par des gens peu motivés pourraient s'effondrer à n'importe quel moment !
Par ailleurs, en tant que natif de la ville de Sotchi, je dois souligner que les sports d'hiver n'y sont absolument pas développés. À Sotchi, il n'y a pas de patineurs artistiques ou de vitesse, il n'y a pas de hockeyeurs, il n'y a pas de biathlètes. Ce qui signifie que toutes ces installations qu'on a bâties pour un coût gigantesque resteront inutilisées une fois les JO passés. Songez seulement que la ville possède depuis longtemps un stade de 10 000 places : eh bien, à ce jour, il n'a jamais fait le plein. Et voilà que, rien que dans la vallée d'Imereti, on a construit plusieurs stades d'une capacité totale de 82 000 places ! À quoi cela rime-t-il ? Même s'il n'y avait pas eu de détournements d'argent, il était de toute façon absurde d'organiser des JO d'hiver à Sotchi.

G. A. - Au total, savez-vous combien d'argent a été détourné dans toutes ces opérations ?

B. N. - Selon nos calculs, cette somme est comprise entre 25 et 35 milliards de dollars. Pour évaluer l'ampleur du pillage, nous avons comparé les coûts des sites de Sotchi à ceux de sites analogues bâtis lors des JO précédents. Par exemple, le stade central a coûté trois fois plus cher que ceux de Vancouver, Salt Lake City, Lillehammer ou Turin. Quant aux tremplins de saut à ski, qui ont eux aussi été construits par les comparses de Poutine, ils ont coûté dix fois plus cher que les mêmes tremplins construits pour les précédentes éditions des JO. Nous avons également comparé le coût de la construction des routes avec les standards en vigueur ailleurs dans le monde et, chaque fois, nous sommes arrivés au même constat...
Il faut noter que de nombreuses informations judiciaires ont été ouvertes mais aucune d'entre elles n'a abouti à un procès (2). Mieux : la Cour des comptes, chargée de contrôler l'utilisation de l'argent de l'État, a conduit chaque trimestre des évaluations et rédigé des rapports sur le détournement de fonds publics... mais tous ces rapports sont classés secrets. Aucun n'a été publié.
Notre rapport a fait beaucoup de bruit dans le monde entier. Toutes les agences de presse et les grands médias en ont parlé - Associated Press, Reuters, Fox News, le Daily Mail, le Telegraaf, le Washington Post... mais aucune agence de presse russe ne l'a mentionné, aucune. Et il n'a été publié dans aucun journal, uniquement sur Internet.

G. A. - Quid du Comité international olympique ? A-t-il réagi à vos révélations ?

B. N. - Oui, et c'est très important. Jean-Claude Killy - qui a été dans le passé un immense champion français de ski alpin et qui a présidé le comité d'organisation des JO de Sotchi - a répondu ceci à un journaliste qui lui demandait s'il savait que Nemtsov évaluait les sommes détournées à 30 milliards de dollars : « Il est difficile de croire que dans un pays où la corruption est très présente, on puisse construire les installations nécessaires à des JO de façon parfaitement honnête. Mais, quoi qu'il en soit, nous n'en sommes pas responsables. »
J'ai une supposition, ou une hypothèse si vous voulez : j'estime qu'une entente s'est forgée entre la direction du CIO et Poutine. Par crainte du scandale, Rogge, Killy et tous les autres responsables du CIO se font les avocats de Poutine et ne s'indignent guère du détournement de fonds et du vol qui entourent les JO. Leurs positions n'ont rien à voir avec les idéaux du mouvement olympique.
Je considère qu'une enquête internationale doit faire la lumière sur les crimes économiques que je dénonce. En Russie, lancer une procédure judiciaire n'aurait aucun sens car nous n'avons pas de tribunaux indépendants. C'est pourquoi il faut créer une Cour internationale anti-corruption. Il y a bien, à La Haye, une Cour pénale internationale qui juge les personnes soupçonnées de génocide, de crimes de guerre, etc. Eh bien, à mon avis, il faut créer quelque part, à La Haye ou ailleurs, une Cour internationale anti-corruption qui examinerait tous les détournements de fonds massifs de ce type, notamment ceux qui surviennent lors de l'attribution des marchés pour les JO, les championnats internationaux et ainsi de suite. De fait, le CIO se trouve impliqué dans un gigantesque schéma de corruption. Dans la mesure de nos moyens, nous allons donner toutes les suites possibles à ce scandale.
Quant aux instances sportives russes, leur silence sur la question est assourdissant. Le président du Comité olympique russe, Alexandre Joukov, a récemment déclaré : « Nous savons tout sur les vols qui entourent les JO ; chez nous, tout se trouve sous contrôle, ce sont le parquet et la Chambre des comptes qui s'en occupent. » Il n'y a pas eu d'autre réaction, il n'y a pas eu de procès. Chez nous, on censure, on passe les choses sous silence, on étouffe. Même l'escroquerie du siècle. La Russie a connu dans son histoire un certain nombre de grands projets loufoques : Khrouchtchev a semé du maïs dans l'Arctique russe, les communistes ont voulu inverser le cours des grands fleuves du nord vers le sud, et ainsi de suite. Mais tout cela n'est rien par rapport à cette arnaque magistrale qui s'intitule « Jeux olympiques d'hiver de Sotchi ».

G. A. - On répète souvent que la moitié des sommes dépensées a été octroyée par le gouvernement russe alors que l'autre moitié proviendrait de l'investissement de plusieurs oligarques. Est-ce vrai ?

B. N. - La proportion que vous citez n'est pas la bonne. Nous avons étudié la question de l'origine des sommes dépensées. Cet argent est issu, pour 96 %, du budget de l'État. 96 % ! Je vais détailler. Il n'y a que deux investisseurs privés qui ont été concernés par ces contrats : Potanine et Deripaska (3). Potanine a dépensé 2,3 milliards de dollars. Deripaska a dépensé 1,5 million de dollars. Mais la majeure partie de leurs dépenses a été financée par la Mejekonombank, qui est une banque publique. Toutes les autres dépenses proviennent du budget de l'État, de l'augmentation des tarifs sur les chemins de fer (qui sont publics), de Gazprom (compagnie publique), de la Vnechekonombank (banque publique), de la Sberbank (banque publique), d'autres compagnies publiques encore. C'est ainsi qu'on arrive à ce chiffre : 96 % des sommes engagées pour les JO sortent des poches du contribuable.
Comme je vous l'ai expliqué, tous ces sites n'engendreront pratiquement aucun retour sur investissement car, dans cette région subtropicale, il n'y a aucune culture des sports d'hiver. Les gens qui y résident n'utiliseront pas ces installations : elles seront vides dès la fin des Jeux. Il faut ajouter que ces JO seront un gouffre énergétique. Les équipements olympiques, comme les patinoires ou les tremplins, consomment plus d'énergie que la ville de Sotchi tout entière ! Et il va falloir entretenir ces sites après la fin des JO pour qu'ils ne tombent pas en ruine. D'après mes estimations, l'entretien des installations olympiques représentera un coût de 350 millions de dollars par an. Qui paiera ?
Ce crime est d'autant plus scandaleux que nous sommes dans un pays qui manque de stades et où, au-delà même du monde du sport, les besoins de financements sont immenses, ne serait-ce que pour soigner nos très nombreux enfants malades. Dans ce contexte, construire des installations de sports d'hiver sous les tropiques, c'est non seulement une escroquerie de premier ordre mais, aussi, une véritable abjection morale.

G. A. - Diriez-vous que le projet olympique russe a d'emblée été conçu pour permettre à quelques proches du régime de se partager un gros gâteau ?

B. N. - Non, je ne le crois pas. Pour Poutine, c'est avant tout un projet personnel, éminemment politique. Hitler avait tenu à organiser les JO à Berlin en 1936 afin que le monde entier, et pas seulement l'Allemagne, le reconnaisse comme un leader. Poutine n'est pas Hitler, bien sûr, mais de ce point de vue leurs objectifs sont similaires. Poutine rêve d'être considéré comme un leader mondial. Il veut que chacun reconnaisse sa puissance, son importance, son prestige. D'où l'immense attention qu'il a portée à l'organisation des JO. S'il a passé une grande partie de l'été dernier à Sotchi, ce n'est pas parce que c'est un endroit agréable où recevoir ses homologues étrangers - il y a accueilli, entre autres, David Cameron et Benyamin Netanyahou -, mais parce qu'il voulait suivre de très près le chantier des JO.
Bref, si Poutine s'est démené pour obtenir l'organisation des JO de Sotchi, ce n'était pas au premier chef pour mettre sur pied une énorme opération de détournement de fonds. Ce qui ne l'a pas empêché, bien sûr, de distribuer les contrats juteux à ses petits copains. Ceux-ci se sont énormément enrichis dans cette histoire ; mais lui ont-ils, ensuite, donné une part de leur butin ? Je l'ignore. C'est déjà un homme extrêmement riche, qui n'a pas nécessairement besoin de l'argent olympique.
Ce qui est sûr, c'est que tout a été fait dans l'opacité. Il n'y a pas eu un seul appel d'offres normal ; chaque opération s'est accompagnée de scandales et de détournements de fonds publics ; ce sujet est entièrement censuré dans la presse russe ; et les députés ne sont pas autorisés à contrôler ce qui se passe à OlimpStroï, la structure formellement chargée des constructions liées aux JO. Cette organisation a été dès le départ gérée dans la plus grande confusion. Ses cadres dirigeants ont sans cesse changé : quatre directeurs se sont succédé depuis sa création. Comme je vous l'ai dit, des dizaines d'informations judiciaires pour corruption et détournements de fonds ont été ouvertes, mais aucune n'a abouti à un procès... Un système complètement pourri a été mis en place sur ce tout petit bout de territoire russe. C'est un système marqué par l'esprit clanique, le culte du secret, le vol, l'absence de justice, l'absence de droits de propriété, le non-paiement des salaires, l'amoralité. Toutes ces bassesses, tout ce mépris envers les droits des gens, tout cela se concentre à Sotchi !

G. A. - Vous combattez la corruption du régime Poutine depuis plusieurs années. Vous avez participé à la rédaction de nombreux rapports d'experts indépendants accablants pour le pouvoir. Comment se fait-il qu'on n'ait pas essayé de monter des dossiers contre vous, comme le pouvoir l'a fait à l'encontre d'un autre grand pourfendeur de la corruption, Alexeï Navalny (4) ?

B. N. - C'est une excellente question, mais il faut la poser à Poutine et non à moi. C'est lui qui fait emprisonner ses opposants. Cependant, je peux vous confier ma version des faits. Au préalable, je veux souligner que je me suis lancé dans ce combat bien avant Navalny. J'ai été l'un des principaux auteurs de rapports accablants comme « Poutine, la corruption », « Poutine, le bilan », « Poutine et Gazprom », entre 2010 et 2012, sans compter mes rapports sur les JO de Sotchi. Alors pourquoi n'ai-je pas, du moins jusqu'ici, fait l'objet d'accusations au pénal absurdes, à l'inverse de ce qui est arrivé à Navalny ? À mon avis, Poutine estime que je suis décrédibilisé par mon appartenance, dans les années 1990, à l'équipe de Boris Eltsine. Dès lors, je ne saurais représenter une menace pour son pouvoir. Au contraire, même : plus il y aura de gens comme moi qui dénonceront Poutine, plus il sera populaire car, pour une frange non négligeable de la population, les hauts responsables des années 1990 sont des ennemis de la Russie dont les propos ne doivent pas être crus...

G. A. - Pouvez-vous préciser ?

B. N. - Toute la propagande de Poutine est fondée sur l'idée que les années 1990 ont été cauchemardesques, qu'à cette époque tout était affreux, que les gens vivaient mal... et que, soudain, un bienfaiteur est arrivé et a rendu le peuple heureux. Ce bienfaiteur - Poutine, bien sûr - a amené l'opulence, le bonheur et la stabilité. C'est ce que martèle la propagande. Et cette approche que je n'hésiterai pas à qualifier de « goebbelsienne » me présente moi, personnellement, comme l'un des principaux responsables de ces horribles années 1990.
Poutine a dépensé énormément d'argent et d'efforts médiatiques pour me discréditer. Il faut dire que, de tous les réformateurs des années 1990, je suis le seul à être dans l'opposition : tous les autres sont aux côtés de Poutine. Tchoubaïs est avec Poutine, Kirienko est avec Poutine, Koudrine - malgré quelques réticences - est avec Poutine, Gref est avec Poutine (5)... et moi, je me dresse contre lui.

G. A. - Poutine lui-même n'est pas sorti de nulle part au début des années 2000...

B. N. - Exactement. La présentation manichéenne de notre histoire récente qu'il impose à la population - horribles années 1990, merveilleuses années 2000 - oublie opportunément qu'il a joué un rôle non négligeable au cours de la décennie honnie. Comme vous le savez, il a été le vice-maire de Saint-Pétersbourg quand Anatoli Sobtchak était le premier magistrat de la capitale. À cette époque, la ville était surnommée « Pétersbourg des bandits ». Il y a même eu une série télévisée à succès portant ce titre ! Au même moment, j'étais le gouverneur de Nijni-Novgorod et personne ne disait que notre ville était dévorée par le crime...
Poutine porte l'entière responsabilité de ce qui se passait à Saint-Pétersbourg à cette époque. En outre, il était un grand ami de l'oligarque Boris Berezovski qui était alors surnommé, non sans raison, le « parrain du Kremlin » et qui est aujourd'hui présenté comme l'incarnation absolue de toutes les dérives des années 1990. Or c'est Berezovski qui a proposé à Boris Eltsine de faire de Poutine son successeur. Berezovski et moi étions des ennemis (6) alors que Berezovski et Poutine étaient, eux, des alliés très proches. C'est cela, la vérité ! Mais la propagande a tout présenté autrement : dans les années 1990, tout allait mal, c'était l'époque de Eltsine et de Nemtsov. Et maintenant, tout va pour le mieux ! Le fait est que cette propagande a très bien fonctionné. C'est pourquoi - je reviens à votre question initiale - Poutine considère que je ne représente pas une menace politique.
De plus, je suis quelqu'un de très connu. Une fois, ils m'ont mis en prison (7) : il y a eu un scandale international et Poutine a décidé, au vu des répercussions à l'étranger, qu'il n'était pas souhaitable de m'envoyer derrière les barreaux sans raison valable. Il a donc ordonné à de multiples reprises qu'on trouve des informations compromettantes me concernant afin d'ouvrir une information judiciaire. Ils ont cherché, ils ont dépensé beaucoup d'argent, mais ils n'ont rien trouvé. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a rien à trouver. Si j'avais un cadavre dans le placard, je ne me serais en aucun cas engagé dans l'opposition ! Je sais parfaitement qu'en Russie on peut être emprisonné pour rien ; alors, a fortiori, si l'on s'oppose au pouvoir en ayant vraiment quelque chose à cacher, on peut être sûr à 100 % de se retrouver en prison.
En fait, le régime ne cesse de se dégrader. La répression s'accroît. Les gens sont fatigués et n'ont plus confiance. Il existe une certaine logique propre à l'autoritarisme, une logique fort simple : Poutine est tout simplement en train de se transformer en Loukachenko. Il y a chez nous plus de prisonniers politiques qu'en Biélorussie. Dès lors, je ne peux pas dire que je me sente entièrement en sécurité. Ils nous filent, ils organisent des provocations, ils nous mettent sur écoute, ils publient diverses déclarations, ils nous menacent, etc. Mais si l'on a peur de Poutine, on ne peut pas vivre en Russie. C'est notre patrie et nous n'avons aucune intention de partir ailleurs.

G. A. - Vous avez dit tout à l'heure que Poutine était un homme extrêmement riche. À combien évaluez-vous sa fortune ?

B. N. - Différentes estimations existent. Certains parlent de 150 milliards de dollars, d'autres de 50 milliards de dollars. Je vais vous expliquer comment il travaille. Il travaille comme un mafioso. Je pense qu'il ne dispose pas de comptes personnels contenant de telles sommes. Mais il a des amis à qui il distribue généreusement des biens, comme Guennadi Timtchenko (8), qui est citoyen finlandais, possède une villa à Genève et paie ses impôts à l'étranger. Poutine lui a offert le droit d'exporter le pétrole appartenant à l'État russe. Il faut bien voir le tableau : le pétrole est la principale ressource économique russe et le président a permis à un citoyen étranger de le vendre ! Il est évident que, fidèle à ses principes criminels et mafieux, Poutine considère, dès lors, qu'il est en droit de faire l'usage qu'il souhaite de l'argent de Timtchenko. De la même façon, les frères Rotenberg, dont je vous ai dit qu'ils ont obtenu un contrat énorme pour les Jeux olympiques, avaient auparavant pratiquement dévalisé Gazprom en mettant la main sur divers actifs immobiliers de cette compagnie publique (9). Et c'est à eux que Poutine a confié la tâche, très rémunératrice, de construire le gazoduc Nord Stream...
Il est évident que la caisse de Poutine et celle des Rotenberg, c'est la même chose, et ce sera le cas aussi longtemps qu'il restera président. C'est la raison pour laquelle il tient absolument à demeurer au pouvoir jusqu'à la fin de ses jours : tant qu'il occupe la présidence, cet argent est le sien. Et, de ce point de vue, l'évaluation de sa fortune à 150 milliards de dollars est justifiée. Si l'on prend en compte tous ses copains et que l'on fait la somme de leurs capitaux, et si l'on y ajoute une partie des actifs de Rosneft et de Gazprom, dont l'État russe est l'actionnaire majoritaire, on arrive à cette somme. Mais comprenez bien que tout cet argent lui appartient en vertu des usages de la mafia, mais pas de façon légale. S'il est mis sur la touche, ses vieux camarades seront les premiers à le trahir. En réalité, Poutine, c'est une espèce de macro-Loujkov. Quand Iouri Loujkov (10) était le maire de Moscou, son épouse, Elena Batourina, qui possédait une entreprise de bâtiment, s'est constitué une fortune énorme. Il lui avait octroyé mille hectares de terrains à Moscou. Vous imaginez ce que cela représente ? Ce sont des terrains en or ! Poutine est dans une situation similaire. Et quand il voit ce qui est arrivé à Loujkov - tombé en disgrâce, exilé et quasiment ruiné -, il comprend qu'il est en danger.
J'ajoute que Poutine ne risque pas seulement de perdre « son » argent, mais aussi de perdre la liberté, parce que notre enquête sur Gazprom mène directement à sa personne. C'est pourquoi vous ne trouverez pas sa signature au bas de documents sur le transfert de fonds vers des comptes offshore. Il n'est pas idiot. Mais vous trouverez de tels documents signés de ses amis qu'il a rendus milliardaires. Une quantité invraisemblable de ses proches qui n'étaient dans les années 1990 que de petits hommes d'affaires sans envergure sont désormais dans les listes des personnes les plus riches de la planète établies par Forbes. S'ils sont devenus milliardaires, c'est parce que Poutine leur en a donné la possibilité, ce qui s'est fait avant tout au détriment de l'État. Iakounine dirige les chemins de fer de l'État, les Rotenberg ont arraché les propriétés de Gazprom à l'État, Timtchenko exporte le pétrole de l'État... Bref, ils se sont couverts d'or parce que Poutine leur a permis de puiser dans les biens de l'État comme s'ils leur appartenaient en propre.

G. A. - Bill Browder (11) affirme qu'après la première condamnation de Mikhaïl Khodorkovski (12), en 2005, il y a eu une rencontre entre Poutine et les oligarques. Ces derniers lui auraient demandé comment ils devaient se comporter pour éviter le sort de Khodorkovski. Et Poutine, selon Browder, aurait répondu qu'il fallait partager les bénéfices avec lui, à 50/50. Êtes-vous au courant de cette rumeur ?

B. N. - Je ne suis pas au courant d'un tel accord. Ce qui est certain, c'est qu'il y a eu plusieurs rencontres à huis clos entre Poutine et les oligarques. Ce qui est certain, également, c'est que dès son arrivée au pouvoir, en 2000, Vladimir Poutine a proposé un « deal » aux hommes d'affaires. Il les laisserait s'enrichir en paix à condition qu'ils n'interviennent pas dans les affaires politiques sans son autorisation. Ceux qui violeraient cette interdiction risqueraient la prison. C'est ce qui est arrivé à Khodorkovski. Deuxième aspect de ce deal : si le président demandait à un oligarque de « soutenir » tel ou tel projet de l'État, celui-ci ne pourrait pas refuser. C'est ce qui s'est passé avec Potanine et Deripaska pour Sotchi. Poutine demande de l'argent aux oligarques pour toutes sortes de choses - tantôt pour aider les tchékistes (13), tantôt pour payer des équipes de foot, tantôt pour renflouer une fondation, etc. Et ils acceptent toujours.

G. A. - Quelles sont les perspectives de l'opposition ?

B. N. - Nous finirons par vaincre ce régime parce qu'il est impossible de faire tenir un pays sur l'amoralité, la lâcheté, le vol, la cruauté, le cynisme et le mensonge. Mais nous devons faire preuve de patience, nous devons être forts, courageux, obstinés, passionnés. Ce ne sera pas facile, d'autant qu'un certain nombre de Russes qui, justement, disposaient de toutes ces qualités, ont été emprisonnés ou contraints à l'exil. À vrai dire, il est même étonnant que le peuple russe possède encore une telle énergie. Je pense qu'un autre peuple n'aurait pas pu se relever après tout ce que la Russie a enduré depuis cent ans - deux guerres mondiales, les goulags, le communisme, les répressions, etc. Mais, chez nous, il y a beaucoup de gens, en particulier parmi les jeunes, qui sont prêts à se battre pour un avenir meilleur, pour la démocratie et la transparence.
Indéniablement, le rapport des forces n'est pas à notre avantage. Poutine a les services spéciaux, la télévision - c'est une arme très puissante -, toute l'économie, à commencer par les ressources naturelles... Il contrôle l'appareil d'État, il a à son service une machine surpuissante d'abrutissement des masses, des espèces de groupes goebbelsiens qui lui sont totalement dévoués... Mais il n'a pas de grande idée. Le sens de la vie de Poutine, c'est l'argent et le pouvoir. C'est une position amorale et cynique qui ne peut pas emporter le soutien des masses. Ceux qui se nourrissent sur la bête apprécient ce système, mais la majorité des gens sont mis à l'écart. Le président ne propose pas une vision de l'avenir claire, nette, propre à provoquer l'enthousiasme... C'est pourquoi le « concept Poutine » est condamné.
Je le répète : son but est de s'accrocher au pouvoir par tous les moyens possibles, jusqu'à la mort. Et de voler. On se demande souvent à partir de quelle somme il consentira à se calmer. J'ai une réponse à cela. Il ne s'agit pas de tonnes de caviar, de diamants à offrir à Kabaeva (14), de palais comme celui qu'il s'est fait construire pour un milliard de dollars sur la mer Noire ; il considère simplement que tout l'argent doit se trouver sous son contrôle pour éviter, à Dieu ne plaise, que cet argent soit utilisé contre lui. Vous comprenez ? Son but n'est pas principalement de s'en mettre plein les poches, mais de faire en sorte que les autres ne puissent pas se servir de cet argent pour lui faire du tort. C'est absurde du point de vue économique, une véritable folie qui conduit à la dégradation économique du pays, mais c'est un fait.

G. A. - Comment interprétez-vous les pressions fiscales exercées sur les PME (15) ? Est-ce une tentative visant à étrangler le petit business au profit des grandes structures oligarchiques ?

B. N. - Poutine n'a pas besoin du peuple. Il a tout misé sur les matières premières. Nous avons 300 000 personnes qui travaillent pour Gazprom et 1,5 million de personnes qui travaillent dans le secteur pétrolier. En principe, il n'a besoin que de ces gens-là. Le reste du peuple est superflu, c'est du lest. Il y a des Gouriev (16), des Nemtsov, qui font du boucan, qui parlent du « choix européen » et des droits de l'homme. Poutine n'a pas besoin d'eux. Il a un nouveau concept : il veut remplacer une partie de la population. Se débarrasser de ce qu'on appelle la « classe créative » et, notamment, des jeunes entrepreneurs qui ne dépendent pas de l'État. C'est pour cela qu'on les étrangle fiscalement. Tous ces Gouriev et compagnie, il les pousse à l'exil, et à leur place il fait venir des Ouzbeks et des Tadjiks. Je n'ai rien contre les Ouzbeks et les Tadjiks, mais je sais que ce sont des personnes très dépendantes, avec une mentalité d'esclaves, qui voteront pour Poutine. Aujourd'hui, il est en passe, en toute connaissance de cause, d'ouvrir la Russie à l'immigration en provenance des pays d'Asie centrale. Il facilitera l'obtention, par ces migrants, de la nationalité russe, d'un permis de travail, etc. Dans le même temps, il souhaite que la classe créative, éduquée, quitte le pays. Il aspire à remplacer un peuple par un autre, parce qu'il est plus facile, selon lui, de gouverner des esclaves. En réalité, il n'est plus facile de gouverner des esclaves que si on leur donne à manger. Mais si on cesse de les nourrir, ils se révoltent.

G. A. - Vous dressez un tableau très sombre de l'avenir de la Russie...

B. N. - Hélas ! Pour rester au pouvoir, Poutine détruit le pays. C'est cela, son combat.

G. A. - Peut-il réussir ?

B. N. - Je suis d'une nature optimiste. Si je n'étais pas certain de la justesse de ma cause et de ma victoire finale, je ne me serais pas engagé dans ce combat. Je passerais plus de temps avec mes nombreux enfants ! Comme le disait Alexandre Nevski : « Dieu n'est pas dans la force, mais dans la vérité. » Chacun doit faire tout son possible. Fais ce que dois et advienne que pourra. C'est ce que croyaient les dissidents à l'époque soviétique, et ils avaient raison...
Notes :
(1) Voir : http://www.hrw.org/fr/news/2013/10/28/russie-les-violations-des-droits-humains-ternissent-la-preparation-des-jo-de-sotchi-
(2) Ainsi, en juillet 2010, Dmitri Medvedev, qui était à l'époque le président de la Russie, a demandé l'ouverture d'une enquête sur la corruption à Sotchi. Voir : http://word-sochi.ru/archives/722
(3) Vladimir Potanine et Oleg Deripaska sont des hommes d'affaires russes. La fortune de Potanine était évaluée, en 2013, à 14,3 milliards de dollars. Il est notamment le directeur général de l'énorme holding Norilsk Nickel. Le magazine Forbes le classe parmi les 500 personnes les plus influentes du monde.
Oleg Deripaska pèserait, pour sa part, 8,5 milliards de dollars. Il possède, entre autres biens, un important paquet d'actions (45,3 %) du plus grand producteur d'aluminium au monde, RUSAL. Il est également le propriétaire de la holding BasEl qui possède des actifs dans l'énergie, le bâtiment et les constructions mécaniques.
(4) Juriste et blogueur, Alexeï Navalny est célèbre pour son combat contre la corruption. Président du parti politique non enregistré Alliance populaire, il fut condamné en juillet 2013 à cinq ans de camps pour « détournement de fonds », accusation jugée farfelue par plusieurs experts. En appel, cette condamnation fut remplacée par une peine avec sursis. Une grande partie de l'opinion publique russe et des grandes ONG internationales considèrent que ce procès a été politiquement motivé. Malgré une condamnation en première instance, Navalny a participé aux élections municipales de Moscou, en septembre 2013, et obtenu plus de 27 % des voix (632 000 personnes ont voté pour lui).
(5) Anatoli Tchoubaïs, idéologue des privatisations de l'économie russe, est actuellement président de la corporation d'État « Corporation russe des nanotechnologies ». Serguei Kirienko, premier ministre en 1998, est aujourd'hui le directeur général de la corporation d'État « Rosatom ». Alexeï Koudrine, ministre des Finances de la Fédération de Russie de 2000 à 2011, est devenu après une période de « fronde » membre du présidium du Conseil économique auprès du président Poutine. Guerman Gref, ministre de l'Économie de 2000 à 2007, est le PDG de la banque d'État « Sberbank » (caisse d'épargne russe).
(6) En 1997, Nemtsov a empêché la nomination de Berezovski à la tête de Gazprom, ce qui lui a valu des menaces de la part de l'oligarque, tout-puissant à cette époque.
(7) Nemtsov fut arrêté le 31 décembre 2010, après un meeting de protestation tenu dans le centre de Moscou. Condamné à 15 jours de prison pour désobéissance à la police, il fut aussitôt reconnu prisonnier de conscience par Amnesty International.
(8) Entrepreneur russe possédant la nationalité finlandaise, ami de jeunesse de Vladimir Poutine, surnommé le « portefeuille » : des rumeurs persistantes affirment qu'il gère une partie de la fortune personnelle du président russe. Il est copropriétaire du groupe « Gunvor », l'un des plus grands traders pétroliers internationaux, qui exporte la quasi-totalité du pétrole russe. Il est également le fondateur du groupe d'investissement « Volga Group », actif dans plusieurs domaines : énergie, transports, infrastructures, finances, biens de consommation.
(9) Les hommes d'affaires Boris et Arkadi Rotenberg sont des amis de jeunesse de Poutine. Ensemble, les deux frères ont racheté à Gazprom plusieurs sociétés spécialisées dans le transit de gaz et la construction de pipelines, sans appel d'offres, dans des conditions opaques. Ils ont obtenu plusieurs gros contrats de l'État, également sans appel d'offres. La fortune de chacun est évaluée à près de un milliard de dollars.
(10) Maire de Moscou de 1992 à 2010. Il fut limogé par Dmitri Medvedev. Actuellement, il vit en Autriche.
(11) Homme d'affaires britannique, cofondateur du fonds d'investissement « Hermitage capital » qui a été actif en Russie jusqu'en 2005. Il est devenu persona non grata à cause de ses révélations sur la corruption régnant dans les grandes sociétés publiques. Voir notre entretien avec Bill Browder : « Russie : l'empire de l'arbitraire », Politique Internationale, n° 134, hiver 2011-2012.
(12) Mikhaïl Khodorkovski, ex-oligarque et patron de Ioukos, énorme corporation pétrolière. Arrêté en 2003, pour « escroquerie » (en réalité, pour avoir exigé la transparence dans les affaires et financé des partis d'opposition), il fut condamné à plusieurs années de prison ferme en 2005, après un long procès biaisé. Sa société fut expropriée et rachetée à bas prix par la corporation d'État Rosneft. Il est resté au total plus de dix ans derrière les barreaux. En décembre 2013, il a été gracié par Vladimir Poutine.
(13) De l'acronyme Tchéka, première police politique soviétique créée sur l'initiative de Lénine, dès la prise du pouvoir par les bolcheviks, en 1917. C'est ainsi qu'on appelle ironiquement, à ce jour, les collaborateurs des services de sécurité d'État.
(14) Alina Kabaeva, née en 1983, est l'une des gymnastes les plus médaillées de sa génération. Députée de la Douma au sein du parti Russie unie depuis 2007. Des rumeurs insistantes lui prêtent une longue liaison avec Vladimir Poutine (qui a divorcé de son épouse en 2012), avec lequel elle aurait eu deux enfants. Kabaeva comme Poutine ont toujours réfuté ces affirmations, la jeune femme affirmant par ailleurs ne pas avoir d'enfants.
(15) En vertu des récentes modifications du Code fiscal (hausse des contributions au Fonds national des retraites), l'imposition des PME en Russie a considérablement augmenté. Le taux d'imposition des PME russes est quatre fois supérieur à celui des PME américaines, ce qui cause des fermetures en masse partout en Russie. Voir : http://www.partyadela.ru/who-we-are/blogs/forums-blogs/pochemu-nalogovoe-bremya-na-maloe-proizvodstvennoe-predpriyatie-bolshe-chem-na-takoe-ge-predpriyatie-v-usa/
(16) Célèbre économiste russe, qui fut pratiquement forcé à l'exil en 2013. Voir l'entretien qu'il a accordé à Isabelle Lasserre et Grégory Rayko dans ce même numéro.