Politique Internationale - La Revue n°142 - HIVER - 2014

sommaire du n° 142
LE FLEAU DE LA CORRUPTION
Entretien avec Sergei GURIEV
conduit par
Grégory Rayko
Adjoint à la rédactrice en chef de Politique Internationale. et Isabelle Lasserre
Chef adjointe du service Étranger du Figaro et Grégory Rayko
Adjoint à la Rédactrice en chef
en français
in english
en español
en français
Isabelle Lasserre et Grégory Rayko - Vous étiez, jusqu'à l'été dernier, l'un des économistes les plus en vue de Russie. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a poussé à quitter précipitamment votre pays pour vous installer en France ?

Sergei Guriev - La raison principale est liée à l'affaire Khodorkovski. En 2011, le président Dmitri Medvedev a demandé à neuf experts (trois étrangers et six Russes, dont moi) de rédiger un rapport sur ce procès très médiatisé. Dans ce rapport, nous avons mis en cause le jugement officiel qui avait conclu à la culpabilité de Khodorkovski. Mais lorsque Vladimir Poutine est redevenu président, en 2012, il a ordonné l'ouverture d'une enquête visant à revoir les conclusions de cette expertise et à examiner la probité de ses auteurs. Au printemps 2013, j'ai été interrogé à plusieurs reprises par le Comité d'enquête. On m'a demandé si j'avais été payé par Khodorkovski pour écrire ce que j'avais écrit. J'ai eu beau les assurer que non, les interrogatoires se sont poursuivis. En avril 2013, mon bureau a été perquisitionné. Les enquêteurs se sont emparés de tous les e-mails que j'avais reçus et envoyés depuis cinq ans. Mes amis et collègues m'ont prévenu que la situation devenait dangereuse pour moi. Je craignais que mon passeport fût confisqué. C'est alors que je suis parti. Je n'ai, depuis, jamais regretté cette décision. À Moscou, les perquisitions ont continué. Je sais que mes transactions financières ont été passées au crible. Interrogé sur mon cas, Vladimir Poutine a répondu que je n'avais rien à craindre. Mais il a dit, également, qu'il n'interférerait pas dans l'enquête... et, en général, c'est mauvais signe !

I. L. et G. R. - Hormis le rapport sur l'affaire Khodorkovski, quelles autres raisons pourraient vous avoir valu les foudres du pouvoir ?

S. G. - Certains observateurs estiment que mes problèmes sont également liés au soutien financier que j'ai apporté à Alexeï Navalny (1) à partir de mai 2012. Il ne s'agissait pas de grosses sommes ; mais comme nous n'avons pas été nombreux à l'avoir soutenu publiquement, cet engagement est devenu très « visible ». Il existe une troisième explication à ma disgrâce : dans plusieurs interviews, en particulier au moment du dernier sommet de Davos, j'ai sévèrement critiqué la politique économique de Vladimir Poutine.

I. L. et G. R. - Dans quelles conditions retourneriez-vous en Russie ?

S. G. - Je reviendrai dans mon pays le jour où je ne craindrai plus pour ma liberté. Mais, très honnêtement, je sens que les conditions ne s'y prêteront pas aussi longtemps que l'affaire Khodorkovski ne sera pas close. Or, même s'il vient de sortir de prison, nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce que l'avenir lui réserve. S'il se montre trop actif, on pourrait bien l'inculper une fois de plus. Et si je rentre, le pouvoir pourrait vouloir me faire témoigner contre lui, ce que je me refuse à faire. Il est donc peu probable que je puisse rentrer en Russie dans un avenir proche.

I. L. et G. R. - Comment expliquez-vous l'acharnement de Vladimir Poutine à l'égard de Khodorkovski, qu'il a gardé embastillé pendant dix ans ? Et à quoi attribuez-vous la décision de libérer l'oligarque à la fin du mois de décembre?

S. G. - Le long emprisonnement de Khodorkovski était avant tout un message adressé aux autres : tous ceux qui défieront ouvertement le régime seront jetés en prison ou poussés à l'exil, et leurs amis aussi. De la même façon, lorsque Alexeï Navalny a brièvement été mis en prison, il s'agissait, là aussi, d'un signal envoyé par le pouvoir. Quant à la libération de Khodorkovski, je pense qu'il faut avant tout y voir une question de timing politique : à l'approche des Jeux olympiques de Sotchi, de nombreux leaders occidentaux, à commencer par Angela Merkel, ont demandé à Poutine de faire quelques gestes de bonne volonté. Or la réussite des JO lui est très chère. Même s'il existe peut-être d'autres raisons expliquant la grâce qu'il a accordée à son vieil adversaire, celle-ci me semble incontournable.

I. L. et G. R. - Khodorkovski ne risque-t-il pas de causer plus de problèmes à Poutine en liberté qu'en prison ? Pourrait-il, à l'avenir, jouer un rôle politique de premier plan ?

S. G. - Une chose me semble certaine : Khodorkovski n'aurait aucune chance d'attirer énormément de voix sur son nom s'il venait à se présenter à une élection, quelle qu'elle soit : son passé d'oligarque le rend de toute façon détestable aux yeux d'une majorité de la population. D'ailleurs, depuis qu'il est en liberté, il a clairement dit qu'il n'allait pas s'occuper de politique. En revanche, il entend agir pour aider les autres prisonniers politiques du pays, et il souhaite s'impliquer dans l'évolution de la Russie vers une république parlementaire. Sur ces deux questions, il peut avoir un certain impact. Or le régime n'entend guère changer quoi que ce soit sur ces deux dossiers. On peut donc s'attendre à ce que le pouvoir lui mette des bâtons dans les roues s'il se montre trop entreprenant. Il me semble très probable qu'il ne sera pas autorisé à revenir en Russie, lui qui dès sa libération a été mis dans un avion pour l'Allemagne...

I. L. et G. R. - Les autres experts qui ont co-écrit le rapport Khodorkovski avec vous ont-ils connu les mêmes problèmes ?

S. G. - Oui. Leurs bureaux ont été perquisitionnés, leurs documents de travail confisqués. Certains d'entre eux ont quitté la Russie, d'autres ont perdu leur emploi.

I. L. et G. R. - On dit d'Alexeï Navalny qu'il est devenu le premier opposant à Vladimir Poutine. Pourquoi ? Quel type d'homme est-il ? Quel avenir lui prévoyez-vous?

S. G. - Sa principale qualité est le courage. Lorsque j'ai quitté la Russie, il m'a écrit pour me dire que le soutien que je lui avais apporté était probablement l'une des raisons de mes ennuis judiciaires, mais qu'il me demandait malgré tout de réitérer ce soutien ! Cet homme force mon respect. Il est prêt à aller en prison pour défendre sa cause. Pourtant, il n'est pas fou. C'est un individu normal, issu de la classe moyenne, qui n'a aucune envie de perdre la liberté. Mais il s'y prépare, au cas où il le faudrait. Moi, je ne veux pas aller en prison, c'est la raison pour laquelle je suis parti. Lui refuse de quitter la Russie, il préfère se battre, quitte à se retrouver derrière les barreaux. C'est presque de l'héroïsme. Au début, beaucoup pensaient qu'il finirait par être assassiné car, en dénonçant inlassablement la corruption, il s'était attaqué aux intérêts de nombreuses personnes haut placées. Mais il est toujours là.
En outre, et contrairement à d'autres hommes politiques en Russie, Navalny a le sens de l'humour et celui de l'autodérision. Peut-être possède-t-il un fort ego, mais il ne le montre pas. Il a, aussi, un immense charisme. C'est le seul opposant qui ait réussi à rassembler les gens autour de sa personne. Ce phénomène est rare en Russie, où l'opposition est surtout composée d'individus auto-centrés, à la tête de groupuscules hostiles les uns aux autres. Navalny, au contraire, construit progressivement une véritable opposition de niveau national. Il a déjà réussi à faire bouger les choses. Cet automne, à l'occasion des municipales, il a mené une campagne extrêmement active à Moscou. Il a parlé aux gens dans la rue. Il a énormément travaillé : il prenait part à plusieurs rassemblements par jour, même le week-end. C'était la première fois que cela arrivait à Moscou. Si l'élection avait été honnête, il aurait peut-être été élu.

I. L. et G. R. - Jusqu'où Vladimir Poutine peut-il aller dans la répression des droits de l'homme ?

S. G. - Assez loin, sans doute. Pour une raison simple : à l'exception de quelques moments précis, comme la préparation des JO de Sotchi, il ne se soucie guère de sa réputation dans le monde. Il pense sans doute que les opinions publiques à Paris, à Londres et à Washington sont forgées par la CIA. Ce qui lui importe avant tout, c'est la croissance économique de la Russie, bien plus que les rodomontades de la communauté internationale à propos des droits de l'homme.

I. L. et G. R. - M. Poutine sera-t-il à nouveau candidat en 2018 ? Pensez-vous qu'il veuille rester à jamais président de la Russie ?

S. G. - S'il le peut, oui. Mais je pense que la Russie connaîtra des changements importants avant 2018. L'émergence d'Alexeï Navalny prouve que beaucoup de gens en ont assez de la présidence de Poutine. Ce dernier en est conscient ; c'est la raison pour laquelle, par exemple, il tente de contrôler Internet. Ce que je redoute, c'est qu'un jour des manifestations soient violemment réprimées par le pouvoir. Il faudra suivre avec attention le sort d'Alexeï Navalny, ce sera un excellent indicateur des intentions des autorités. S'il finit par être à son tour condamné à une lourde peine de prison, on pourra en conclure que l'équipe qui gère le pays a franchi une nouvelle étape et est désormais prête à tout. Le régime de Poutine se transformera alors en une vraie dictature, ce qui n'est pas encore le cas pour le moment : aujourd'hui, le pouvoir russe hésite entre régime autoritaire et dictature pure et dure.

I. L. et G. R. - Quel poids des hommes comme Garry Kasparov, le champion d'échecs, pèsent-ils au sein de l'opposition ?

S. G. - Il y a un certain nombre de personnalités remarquables parmi les opposants russes : Garry Kasparov, que vous venez de citer, mais aussi Boris Nemtsov, Andreï Illarionov, Mikhaïl Kassianov (2)... Le problème, c'est qu'ils ne sont pas capables de mobiliser l'opinion. Tous sont intelligents, mais ils n'ont pas l'habileté et les compétences de Navalny, celles qui lui permettent de réunir les Russes autour d'un projet. Il faut reconnaître, aussi, qu'ils travaillent moins à cette tâche que Navalny qui, lui, considère son rôle comme un travail à temps plein.

I. L. et G. R. - Quid de Mikhaïl Prokhorov (3) ?

S. G. - Son objectif n'est pas clair. Il pourrait être un sérieux challenger pour Poutine, mais personne ne sait s'il va continuer dans la politique. Non, le seul véritable opposant, c'est Alexeï Navalny.

I. L. et G. R. - On estime parfois, vu de France, que deux clans s'opposent au sommet du pouvoir en Russie : les libéraux, réunis autour de Dmitri Medvedev ; et les conservateurs étatistes, proches de Poutine. Cette vision est-elle conforme à la réalité ?

S. G. - Il n'y a pas vraiment deux clans qui s'opposent. Il y a, certes, des groupes d'individus dont certains ont des vues libérales et d'autres des vues étatistes. Mais, à l'arrivée, c'est toujours Poutine qui décide. Il est vrai que le mandat présidentiel de Medvedev (2008-2012) a été marqué par des ouvertures tangibles. C'est lui, par exemple, qui a pris la décision de faire entrer la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Au cours des quatre années qu'il a passées au pouvoir, il a également préparé des plans visant à privatiser des grosses entreprises d'État, il a eu des déclarations fortes contre la corruption... Mais, depuis le retour de Poutine, il n'y a plus guère d'ouverture. Pis : bon nombre des changements impulsés par Medvedev sont remis en cause.

I. L. et G. R. - Medvedev a-t-il toujours été une marionnette de Poutine ? Le retour de Poutine au pouvoir était-il organisé dès le début ?

S. G. - Disons que, si Vladimir Poutine avait pensé que Medvedev était susceptible de lui « voler » le pouvoir, il ne l'aurait jamais choisi pour être président. Poutine savait que Medvedev ne s'opposerait pas à son retour au Kremlin. Il a opté pour une personne qui accepterait de s'effacer.

I. L. et G. R. - La décision d'entrer dans l'OMC a été prise par Medvedev, dites-vous. L'a-t-elle été contre la volonté de Poutine ?

S. G. - Je ne crois pas que Medvedev aurait pu prendre une décision contre la volonté de Poutine. Mais, d'un autre côté, si Medvedev n'avait pas été président, cette décision n'aurait pas pu être prise. Il a tout de même eu une certaine marge de manoeuvre.

I. L. et G. R. - Cette adhésion est-elle une bonne ou une mauvaise chose pour l'économie russe ?

S. G. - C'est une bonne chose, bien sûr. Tous les grands pays sont dans l'OMC ; il est donc normal que la Russie y appartienne également. Pour les investisseurs, il est très important de pouvoir jouer selon des règles bien définies. Il est vrai, cependant, que dans la mesure où elle ouvre le pays à la concurrence étrangère, l'entrée dans l'OMC met en difficulté certains secteurs - je pense, notamment, aux « monovilles », ces cités bâties autour d'une usine unique qui risquent de pâtir d'un environnement plus compétitif.

I. L. et G. R. - La position de la Russie vis-à-vis de la Syrie a-t-elle, elle aussi, des raisons économiques ? Le complexe militaro-industriel joue-t-il un rôle dans le soutien que le Kremlin apporte au régime de Bachar el-Assad ?

S. G. - L'aspect économique n'est pas la principale raison du soutien russe à la Syrie. Il y a des explications plus importantes : la Russie a besoin de s'opposer aux États-Unis car il lui faut un ennemi extérieur pour dissimuler les difficultés à l'intérieur du pays. En outre, la Russie protège les régimes non démocratiques car, pour des raisons là encore internes, elle a peur des révolutions dites « de couleur ». Moscou a suivi les printemps arabes avec la plus grande méfiance. Elle conserve, en particulier, un très mauvais souvenir de l'intervention en Libye. Le régime Poutine estime avoir été trahi par l'Occident : il avait donné son accord à l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne et, finalement, l'intervention occidentale a abouti à la chute de Kadhafi. Hors de question de revivre le même scénario avec Assad ! Cependant, il me semble certain que la Russie ne fera pas la guerre pour la Syrie. Elle bloquera les résolutions du Conseil de sécurité, accusera les États-Unis d'impérialisme et se servira de ce dossier sur le front intérieur en présentant la démocratie comme un épouvantail puisque c'est au nom de la démocratie que les États-Unis aident les opposants syriens qui, on le sait, ne sont pas des amis de Moscou. Mais elle n'ira pas jusqu'à prendre les armes pour défendre le régime de Damas.

I. L. et G. R. - La puissance énergétique de la Russie a contribué à son retour sur la scène diplomatique. Gazprom est-elle la meilleure arme de Vladimir Poutine ?

S. G. - Vous employez le terme d'« arme » à bon droit. Il est vrai que Gazprom a été utilisé comme une arme dans les relations de Moscou avec l'Europe occidentale, avec l'Europe de l'Est, avec les anciennes républiques soviétiques... Quand la Russie a coupé le gaz à l'Ukraine ou à la Biélorussie, Gazprom a joué un rôle politique de premier plan. Mais Gazprom n'est plus aussi fort qu'avant. Son influence a été affectée par la baisse de la dépendance énergétique de l'Europe et par la découverte du gaz de schiste - une révolution dans ce domaine, que la direction du monopole gazier russe a complètement manquée.

I. L. et G. R. - Cette erreur de Gazprom est-elle due à la corruption ou à l'incompétence de ses dirigeants ?

S. G. - En niant l'existence du gaz de schiste, les dirigeants de Gazprom ont fait preuve d'incompétence. Cela ne signifie pas nécessairement qu'ils sont corrompus. Ce qui est sûr, c'est que les marchés jugent que Gazprom a été très mal géré.

I. L. et G. R. - Où la Russie en est-elle du point de vue de la lutte contre la corruption, ce fléau que Poutine comme Medvedev ont souvent dénoncé et qui a encore été illustré récemment par la spectaculaire affaire Serdioukov (4) ? Les engagements de l'exécutif dans ce domaine vous semblent-ils crédibles ? Y a-t-il des chiffres permettant d'évaluer le coût que la corruption représente pour la Russie ?

S. G. - Il y a de nombreuses histoires impliquant des membres de ce gouvernement dans des affaires de corruption. Force est de constater que les mêmes personnes gouvernent le pays depuis de longues années et que, malgré tous leurs discours, la corruption est toujours au même niveau. De deux choses l'une : soit ces dirigeants sont incapables de lutter contre ce problème, soit ils ne le veulent pas. Le leader singapourien Lee Kwan Yew a dit un jour que, si vous voulez réellement combattre la corruption, vous devez envoyer quelques-uns de vos amis en prison. Aujourd'hui, notre élite s'y refuse.
Quant au niveau exact de la corruption, il est difficile à estimer ; mais ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que la Russie est bien plus corrompue que des pays qui ont le même niveau de développement qu'elle, comme la Pologne, le Brésil, l'Argentine ou le Mexique. Dans ce domaine, on pourrait plutôt la comparer à des pays d'Afrique subsaharienne... De la même manière, il est difficile de mesurer l'impact de la corruption sur notre économie. Ce qui est certain, c'est qu'il est énorme et qu'il crée un mauvais climat pour les investissements. La Russie n'attire pas suffisamment d'investissements étrangers et, dans le même temps, on assiste à une immense fuite des capitaux, qui s'est élevée à 70 milliards de dollars par an ces dernières années. C'est étrange : la Russie a de bons fondamentaux macro-économiques. Elle a un budget équilibré. Elle n'a pas de dette souveraine. Elle a un fonds de réserve. Et, pourtant, les capitaux fuient le pays pour une Europe en crise, voire en récession. La raison, c'est justement ce mauvais climat pour les investissements dû à la corruption.

I. L. et G. R. - Poutine semble se rendre compte de la nécessité d'améliorer le climat des affaires. Lors de sa dernière campagne présidentielle, il s'est engagé à ce que la Russie arrive d'ici à la fin de son mandat dans le top 20 du classement « Doing Business » publié chaque année par la Banque mondiale. Cela vous semble-t-il possible ?

S. G. - Cette promesse a été traduite dans un décret que Poutine a signé après son retour au Kremlin et qui est toujours affiché sur le site Internet de la présidence. Ce décret disait effectivement que la Russie devait, en six ans, passer du 120e rang dans cet index qui était le sien en 2012 au 50e en 2015 et au 20e en 2018. En soi, un tel progrès est possible, d'autres pays y sont parvenus. Il serait même relativement aisé, au départ, de gagner un certain nombre de places dans ce classement. Mais on en revient à la question de la lutte contre la corruption. Si l'on n'éradique pas la corruption au sein de la bureaucratie, le climat des affaires ne s'améliorera pas. Pour que la Russie pointe au 50e rang en 2015, il faut immédiatement adopter toute une série de mesures volontaristes dans ce domaine. Jusqu'ici, on n'en voit aucun signe. Il faudra qu'un jour M. Poutine explique pourquoi il n'a pas pris le taureau par les cornes. C'est quelque chose qu'il pourrait faire facilement puisqu'il contrôle tous les leviers législatifs et exécutifs. S'il ne le fait pas, ce n'est certainement pas parce que la tâche est trop compliquée...

I. L. et G. R. - Quelles ont été les principales erreurs économiques de Poutine ?

S. G. - Le fait de ne pas avoir lutté contre la corruption en est une, bien sûr. Il n'a pas non plus réussi à combattre l'inflation, qui est toujours très forte (6-7 % par an) et qui a des effets négatifs sur l'économie. Il a également laissé le gouvernement russe dépenser plus que de raison. Certes, comme je l'ai dit, le budget de l'État est aujourd'hui à l'équilibre. C'est une bonne chose, mais il faut bien comprendre que cet équilibre est permis par les prix très élevés du pétrole : le baril est à plus de 100 dollars. Or, il y a six ou sept ans, le budget était déjà à l'équilibre ; mais le baril ne valait que 35 dollars ! Il n'y a donc vraiment aucun mérite à réussir la même performance avec un baril trois fois plus cher.
Autre problème : le système des retraites, qui n'est pas tenable à terme, n'a pas été réformé. M. Poutine refuse, contre toute logique, d'augmenter l'âge du départ à la retraite. La manière dont il veut financer les pensions à l'avenir est contre-productive dans la mesure où elle consiste à augmenter les impôts sur les entreprises. Mais la plus grosse erreur qu'il a commise, c'est d'avoir différé les privatisations. Il avait promis, pendant la dernière campagne présidentielle, de privatiser d'ici à 2016 toutes les entreprises d'État hormis celles qui exploitent les ressources naturelles, celles engagées dans le secteur militaire et ce qu'on appelle les monopoles naturels. Je n'y crois pas. Au contraire, on voit qu'il s'est lancé dans la nationalisation de certaines entreprises privées : le deal Rosneft-TNK (5) vise à bâtir un « Gazprom du pétrole ».

I. L. et G. R. - Certains observateurs affirment que Poutine serait l'homme le plus riche de Russie. Est-ce vrai ?

S. G. - Il est très difficile de savoir exactement qui possède quoi en Russie. Ce qui est sûr, c'est que M. Poutine et ses amis ont le pouvoir de prendre des décisions qui affectent des compagnies gigantesques appartenant à l'État. Concrètement, ces hommes contrôlent des biens industriels colossaux. Et il est plus que probable qu'ils en profitent à titre individuel. S'ils venaient à privatiser à leur propre profit Gazprom ou Rosneft, ils ne pourraient jamais expliquer comment ils ont trouvé les moyens de racheter ces entreprises géantes qui coûtent des milliards de dollars. Officiellement, M. Poutine reçoit un salaire d'environ 100 000 dollars par an, c'est tout... Je le répète : il est bien plus pratique de diriger réellement des compagnies publiques. Mais cela signifie que le président et ses proches n'accepteront jamais de rendre le pouvoir. Une fois qu'ils auront abandonné le pouvoir politique, ils perdront aussi leur accès aux ressources économiques du pays.

I. L. et G. R. - On dit souvent que la société russe est formée de deux groupes : une classe moderne et éduquée, résidant dans les grandes villes, tournée vers l'Occident ; et une catégorie moins diplômée, nostalgique de l'URSS. Le pouvoir aurait choisi de s'appuyer sur la seconde ; mais comme elle est composée de gens souvent vieux et malades, son soutien s'éroderait avec le temps...

S. G. - Cette distinction me paraît un peu caricaturale. Certes, elle existe mais elle n'est pas aussi nette. N'oubliez pas que Poutine a essayé de rallier les jeunes, avec le mouvement des Nachi (6). Il est vrai qu'ils ne descendent plus beaucoup dans la rue pour le soutenir. En fait, s'il s'est tourné vers les conservateurs, c'est parce qu'il n'a pas su séduire les classes moyennes. Pourquoi ? Le revenu des classes moyennes est peut-être égal à celui des Espagnols mais, à maints égards, la population a l'impression de vivre dans un pays sous-développé. Les routes et les infrastructures sont de mauvaise qualité. Les services publics sont largement inefficaces. Les gens ne demandent pas seulement un revenu, ils veulent de la dignité. Voilà pourquoi Poutine a perdu les classes moyennes. Alors, certes, il s'appuie en partie sur les vieux, qui disparaissent ; mais, en même temps, de nombreux jeunes quittent le pays, ce qui lui permet de compenser. En fait, Poutine se moque que les jeunes émigrent. Il préfère même les voir partir plutôt que rester et s'opposer à lui !

I. L. et G. R. - Quels sont les principaux risques que le vieillissement de la population et le recul démographique font peser sur le pays ? L'État aura-t-il la capacité de verser des pensions décentes aux retraités actuels et futurs ? N'est-ce pas là une bombe à retardement ? Que peut faire la Russie pour endiguer ce phénomène ? Doit-elle massivement encourager l'immigration ?

S. G. - La démographie est en train d'évoluer dans un sens favorable. Les hommes russes vivent de plus en plus longtemps car ils boivent moins - ou différemment - et fument moins (notamment parce que les taxes sur le tabac ne cessent de grimper). Leur espérance de vie est en constante augmentation. Mais ce phénomène, qui est bien sûr positif en soi, ne fait qu'exacerber le problème des retraites : il y a de plus en plus de vieux et le nombre d'actifs est insuffisant...
Quant à l'immigration, y compris l'immigration illégale, elle est déjà importante. Sur ce sujet, le débat politique est le même en Russie qu'à Paris. Bon nombre de clandestins sont exploités en Russie comme en Europe. Certaines entreprises sont d'ailleurs ravies d'utiliser sans vergogne ces sans-papiers qui représentent une force de travail malléable et bon marché. À Moscou, les conditions de travail et de vie de nombreux immigrés sont scandaleuses, si bien qu'il est approprié de parler à cet égard d'esclavage moderne. Mais ces gens vivraient encore plus mal en Ouzbékistan ou au Tadjikistan... En outre, leur situation produit de la criminalité. Ce n'est pas une question simple et le gouvernement ne sait pas comment régler le problème. C'est l'un des thèmes dont Navalny veut s'emparer. Sur ces sujets, il défend des positions très dures : il souhaite réduire considérablement l'immigration, expulser de nombreux étrangers, introduire une procédure d'obtention de visas très complexe pour les migrants en provenance d'Asie centrale... C'est l'un de nos points de divergence, d'ailleurs.

I. L. et G. R. - Revenons aux privatisations que vous appelez de vos voeux. Le terme même de « privatisation » est teinté d'une connotation négative en Russie depuis les années 1990. Selon un cliché bien établi, les Russes seraient fondamentalement hostiles, voire inadaptés, à la propriété privée...

S. G. - Ce cliché est erroné. De plus en plus, les Russes comprennent que l'étatisme en matière économique favorise la corruption. Ils voient que les compagnies publiques fonctionnent souvent mal ; et ils savent que certaines entreprises privées ont très bien réussi. Par exemple, avant que le secteur du pétrole soit nationalisé, la différence était criante entre ce secteur et celui du gaz : il y avait, d'un côté, les entreprises pétrolières privées qui investissaient énormément et étaient compétitives au niveau international ; de l'autre, il y avait le monopole étatique Gazprom, bien moins efficace. Chacun constate aussi que la Russie possède d'excellentes entreprises privées dans le domaine de l'informatique. Certaines sont connues sur la planète entière, comme le fabricant d'anti-virus Kaspersky, ou Parallels, qui est l'un des leaders mondiaux dans les services cloud. Dans les pays russophones, le moteur de recherche Yandex concurrence Google avec succès. Bref, la Russie et la propriété privée ne sont pas incompatibles, loin de là ! La preuve : lorsque des entrepreneurs russes s'installent aux États-Unis, en particulier dans la Silicon Valley, ils se débrouillent très bien. En fait, les citoyens ne sont pas hostiles à la propriété privée ou à la privatisation en tant que telles : c'est seulement qu'ils ne veulent pas que ce phénomène soit le prétexte de détournements massifs. On en revient à la nécessaire lutte contre la corruption des agents de l'État... Je sais que je parle beaucoup de ce sujet, mais il est absolument central.

I. L. et G. R. - Quels sont les économistes qui ont le mieux compris la Russie ?

S. G. - Ils sont nombreux. Mais il n'y a pas de consensus dans la communauté des économistes sur ce que la Russie devrait faire. Tout simplement parce que les économistes ont des vues très différentes sur le rôle du gouvernement. Je crois, à cet égard, qu'on est très influencé par l'environnement dans lequel on a grandi. Par exemple, lorsqu'on est né en France on estime globalement - malgré quelques scandales qui éclatent de temps à autre - que le gouvernement n'est pas corrompu. De même, on pense que la police et la justice sont là pour vous protéger. Mais, lorsqu'on est né en Russie la perception n'est pas la même : on a l'impression que le pouvoir est monopolisé par un petit groupe de gens corrompus qui ne se préoccupent que de leurs intérêts personnels. En France, je serais plutôt du côté libéral, en faveur des marchés plutôt que des interventions gouvernementales. Même si j'ai beaucoup de respect pour les travaux d'économistes favorables à des impôts sur le revenu très élevés comme Emmanuel Saez ou Thomas Piketty, je me situe pour ma part dans le camp des « pro-marché » qui ne souhaitent pas voir l'État jouer un rôle trop important.

I. L. et G. R. - Vous vous sentez donc plus proche de Friedman que de Keynes, pour résumer ?

S. G. - Oui. Même si, dans le monde actuel, les différences entre Friedman et Keynes ne sont plus si grandes. Par exemple, les néo-keynésiens comme les monétaristes estiment aujourd'hui que, dans une période de récession, quand les taux d'intérêt sont à zéro, il faut imprimer de l'argent. Ces écoles se distinguent sur des questions comme la taille optimale de l'État, mais je ne surestimerais pas leur opposition à notre époque.

I. L. et G. R. - L'équipe au pouvoir en Russie au début des années 1990, très inspirée par l'École de Chicago, a procédé à une privatisation rapide et de très grande ampleur. Était-ce la bonne voie à suivre ?

S. G. - J'aurais évidemment préféré que ces privatisations fussent faites différemment. Elles auraient dû être plus transparentes et ouvertes aux investisseurs étrangers, comme ce fut le cas en Europe centrale et orientale. L'État russe aurait gagné plus d'argent, et le processus entier serait apparu plus légitime. Anatoli Tchoubaïs et les autres architectes des privatisations disaient que le transfert de la propriété de l'État au secteur privé aboutirait à la constitution d'un marché normal, tout simplement parce que les acteurs économiques exigeraient la mise en place d'un environnement sain. Cela a fini par se produire, mais plus tard que prévu : après une décennie extrêmement confuse, les oligarques ont fini par demander au président Poutine, au début des années 2000, d'instaurer un système clair permettant le fonctionnement des mécanismes de marché. Poutine a accepté, mais il a également profité du fait que le grand public n'aimait pas les oligarques pour les mettre au pas. C'est alors que lui-même et son entourage ont commencé à mettre la main sur les leviers économiques du pays. Pour l'écrasante majorité des citoyens, il était préférable de voir Poutine et les siens aux manettes de l'économie plutôt que les oligarques. Ceux-ci s'étaient livrés à d'innombrables violations de la loi. Le procès qui a opposé feu Boris Berezovski à Roman Abramovitch devant un tribunal de Londres (7) a mis en évidence le nombre colossal de crimes économiques commis par les milliardaires à cette époque...

I. L. et G. R. - À propos de crimes économiques, certains observateurs affirment que la préparation des Jeux olympiques de Sotchi a donné lieu à l'un des plus grands détournements d'argent de tous les temps par Vladimir Poutine et son entourage...

S. G. - Ce qu'on sait avec certitude, c'est que le coût estimé initialement n'a cessé d'être revu à la hausse. Poutine a manifesté son mécontentement en licenciant personnellement plusieurs responsables chargés de l'organisation de ces Jeux (8). Certains investissements seront utiles, car des infrastructures d'intérêt général ont été bâties, surtout dans les transports. En revanche, il est permis de s'interroger sur la pérennité d'installations de sports d'hiver dans cette ville au climat sub-tropical... Les lourds soupçons de corruption qui pèsent sur cet événement s'inscrivent dans un climat général de défiance vis-à-vis des initiatives de l'équipe dirigeante. Je n'ai cessé de le marteler tout au long de notre entretien, mais je le redis une dernière fois : la Russie doit absolument prendre des mesures énergiques pour mettre un terme à ce fléau.
Notes :
(1) Avocat de formation, Alexeï Navalny, né en 1976, est considéré aujourd'hui comme le principal opposant au régime de Vladimir Poutine. Devenu célèbre à la fin des années 2000 grâce à son site, « Rospil » (pillage), qui dresse l'inventaire des innombrables faits de corruption imputés aux autorités, il prend progressivement une stature nationale et s'impose  comme le principal leader de l'opposition, même si ses sympathies nationalistes lui valent la méfiance d'une partie de l'électorat démocratique traditionnel. En 2011, il qualifie Russie unie, la formation de Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, de « parti des voleurs et des escrocs », formule qui fera florès. Très actif dans les manifestations de mécontentement qui se multiplient fin 2011, après des législatives jugées faussées, il est interpellé et placé en garde à vue à de multiples reprises, et effectue même plusieurs courts séjours en prison pour troubles à l'ordre public. En juillet 2012, il est inculpé de corruption dans une affaire nébuleuse de détournement de fonds d'une société d'exploitation forestière. Son procès se tient un an plus tard : il est condamné à cinq ans de camp. Mais, entre-temps, il s'est porté candidat à l'élection municipale de Moscou, qui doit avoir lieu le 8 septembre. Sous la pression des États-Unis et de l'Union européenne, ainsi que d'une partie de l'opinion publique, il est libéré le temps de la campagne. Il est battu par le maire sortant et candidat du pouvoir, Sergueï Sobianine, élu dès le premier tour avec 52 % des voix. M. Navalny, qui a récolté officiellement 30 % des suffrages, affirme que les résultats ont été truqués et réclame, sans succès, un deuxième tour. En tout état de cause, Navalny sort renforcé de ce scrutin. Le 16 octobre 2013, la justice commue sa condamnation en une peine avec sursis.
(2) Boris Nemtsov (qui a été vice-premier ministre chargé de l'Économie à l'époque de Boris Eltsine), Andreï Illarionov (ancien conseiller économique de Vladimir Poutine qui a rompu avec le pouvoir en 2004) et Mikhaïl Kassianov (premier ministre de Vladimir Poutine de 2000 à 2004) comptent parmi les principaux représentants de l'opposition libérale en Russie.
(3) Mikhaïl Prokhorov, qui a fait fortune dans l'exploitation des ressources naturelles, est l'un des hommes les plus riches de Russie. Il s'est lancé en politique en 2010, d'abord en rejoignant le parti Juste cause, dont il a brièvement pris la présidence mais qu'il a fini par quitter, puis en se présentant à l'élection présidentielle de 2012, où il finit au troisième rang avec 7,7 % des voix, derrière Vladimir Poutine (63,6 %) et le patron du parti commniste, Guennadi Ziouganov (17,2 %). Il a depuis formé son propre parti, Plateforme civique, d'obédience libérale. Ce parti compte notamment dans ses rangs Evguéni Roïzman, élu le 8 septembre 2013 maire d'Ékaterinbourg, la quatrième ville de Russie.
(4) Anatoli Serdioukov, un proche de Vladimir Poutine qui occupait le poste de ministre de la Défense depuis février 2007, a été limogé en novembre 2012 à cause de son implication dans le scandale Oboronservis - du nom d'une société relevant du ministère de la Défense et dirigée par sa maîtresse, accusée de malversations financières autour de la vente de divers actifs immobiliers appartenant à l'armée. Le préjudice pour l'État s'élèverait à 74 millions d'euros. En novembre 2013, Serdioukov a été inculpé de « négligence » pour une autre affaire, liée à la construction par des soldats du contingent d'une route menant à un site touristique appartenant à son beau-frère.
(5) Créé en 2003 par la major britannique BP et le consortium d'oligarques russes Alfa Access Renova (AAR), TNK-BP était le troisième producteur russe de pétrole. Un conflit entre actionnaires est apparu lors de la signature en janvier 2011 d'une alliance entre BP et la compagnie publique russe Rosneft pour explorer l'Arctique, qui a finalement échoué en raison de l'opposition d'AAR à cet accord. En octobre 2012, BP a vendu ses parts dans TNK-BP à Rosneft, qui a également racheté les parts détenues par AAR, dépensant au total 61 milliards de dollars. Cette opération permet au Kremlin de renforcer son emprise sur le secteur énergétique en Russie. Voir : Emmanuel Grynszpan, « Rosneft-BP : tout comprendre au deal pétrolier de la décennie », La Tribune, 23 octobre 2012.
(6) Nachi (« Les Nôtres ») est un mouvement de jeunesse fondé en 2005 pour soutenir l'action de Vladimir Poutine. Souvent considéré comme une étape nécessaire pour les jeunes désireux d'accomplir par la suite une carrière politique, il a organisé de nombreux rassemblements patriotiques visant à donner un visage festif et dynamique aux partisans de l'homme fort du Kremlin. Son influence s'est cependant érodée au cours des dernières années.
(7) Ce procès, intenté par l'oligarque en disgrâce Boris Berezovski à son ancien associé en affaires Roman Abramovitch, s'est tenu devant la Haute Cour de justice d'Angleterre et du Pays de Galles (EHWC), à Londres, du 3 au 20 août 2012. Pendant les audiences, les deux hommes d'affaires ont révélé de nombreux détails sur les multiples failles de la législation russe qui leur ont permis d'amasser des fortunes colossales dans les années 1990. Boris Berezovski a été débouté de sa plainte et condamné à verser des compensations colossales à son adversaires. Ruiné, l'ancien « parrain du Kremlin » a été retrouvé mort le 23 mars 2013 dans sa résidence d'Ascot (sud de l'Angleterre). La thèse du suicide est privilégiée.
(8) Vladimir Poutine a notamment limogé de façon spectaculaire, en février 2013, Akhmed Bilalov, vice-président du Comité olympique russe, à cause des retards enregistrés dans les travaux.