Politique Internationale - La Revue n°142 - HIVER - 2014

sommaire du n° 142
LES SEPT PILIERS DE LA SAGESSE MAROCAINE
Article de Khattar ABOU DIAB
Consultant en géopolitique
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Dans un contexte régional marqué par les convulsions du « printemps arabe » (fragilité de la situation tunisienne, déstabilisation de la Libye...) et la montée du risque terroriste dans le Sahel, le royaume du Maroc fait figure de pôle de stabilité. Le pays, qui a largement échappé aux effets de la crise économique mondiale et du tsunami révolutionnaire arabe, demeure un acteur décisif pour l'équilibre du Maghreb, du pourtour méditerranéen et de l'Afrique en général. Le maintien de la croissance - autour de 4 % annuels (1) - et le dynamisme de l'économie lui permettent de continuer d'attirer les investisseurs étrangers, sensibles à une solidité institutionnelle qu'ont renforcée les multiples réformes engagées par le roi Mohammed VI en mars 2011.
Symbole de l'unité du pays, le monarque actuel est le vingt-troisième d'une longue dynastie alaouite arrivée au pouvoir au milieu du XVIIIe siècle. Depuis lors, le destin du pays se confond avec celui de la famille régnante. À l'instar de ses aïeux, Mohammed VI est Commandeur des croyants : c'est l'« Amir Al Mouminine ». Son titre religieux lui confère une certaine légitimité et les moyens de promouvoir un islam tolérant, conciliant valeurs traditionnelles et ouverture. Alors que le monde arabe traverse une période de confusion extrême sur la question religieuse, le Maroc relève le défi du combat contre les hérésies criminelles du fondamentalisme religieux et de sa variante salafiste djihadiste, responsable des attentats de Casablanca de mai 2003. Le Palais s'attache à défendre un islam malékite (l'un des quatre rites de l'islam sunnite orthodoxe) teinté d'un certain mysticisme lié à l'influence de groupes soufis et de la tradition berbériste non rigoriste. Ce courant constitue la base d'un modèle d'islam « à la marocaine ».
Le type de gouvernance développé au Maroc depuis quinze ans sous l'égide de Mohammed VI s'est concrétisé par l'adoption de réformes sociales, économiques et politiques et par un meilleur ancrage du pays dans le monde globalisé. Les sept grands axes de ce modèle sont : le nouveau Code de la famille (Moudawana) ; l'éducation et la lutte contre l'analphabétisme ; la régionalisation et le développement économique ; les réformes politiques et constitutionnelles ; l'alternance démocratique ; la reconnaissance du fait amazighe (autrement dit le fait culturel berbère) ; et le déploiement d'une diplomatie active.
Les acquis des femmes
Au Maroc, le combat des femmes pour la dignité et l'égalité des droits ne date pas des années 2000. Les avancées obtenues sont le résultat d'un long chemin parsemé d'embûches : poids de la tradition dans la société et ancien statut juridique rétrograde de la femme.
Afin de dépasser ces blocages, la démarche la plus audacieuse du souverain chérifien fut sans doute l'élaboration d'un nouveau Code de la famille en 2004 - une initiative dans laquelle la communauté internationale a vu l'acte de sortie d'une situation figée depuis 1958. Bien que ce Code soit perçu comme un début de « révolution » juridique et sociale qui consacre l'égalité entre les sexes en améliorant les droits des femmes, le bilan mitigé qui en a été dressé depuis sa mise en oeuvre conduit certains intellectuels ou opposants comme Abdellatif Laâbi (2) à le juger positif mais insuffisant par rapport aux attentes, notamment de ceux pour qui les droits des femmes en Tunisie étaient un modèle. Outre cette réforme phare, le souverain s'est beaucoup engagé en faveur de l'éducation. En 2009, il a lancé un plan d'urgence. Au regard du fort taux d'analphabétisme, véritable fléau pour le pays, il était plus que jamais essentiel qu'un tel programme fût mis en oeuvre. 735 000 personnes ont bénéficié du programme d'alphabétisation au cours de la seule année scolaire 2011-2012, et plus de six millions durant les dix dernières années. Concrètement, le taux d'analphabétisme est passé de 43 % en 2004 à 30 % en 2012. Même si ce taux demeure élevé, le progrès enregistré a permis au Maroc de faire un bond dans le classement onusien des pays en fonction de l'indice de développement humain en passant, ces cinq dernières années, de la 155e place à la 130e.
L'amélioration des conditions sociales, économiques et éducatives des couches les plus défavorisées ne doit pas faire oublier la nécessaire réforme de la régionalisation. Autrement dit, réduire les inégalités les plus flagrantes entre les sujets du roi est important, mais réduire celles qui existent entre les différentes régions du royaume est tout aussi fondamental pour la cohésion et la stabilité du pays.
L'enjeu de la régionalisation
L'État a créé en 2000 le « Fonds Hassan II pour le développement économique et social » qui offre un cadre pour le lancement de grands projets dans tous les secteurs, en particulier celui de l'urbanisme. Le « Grand Tanger », par exemple, combine des projets innovants en matière de tourisme et d'infrastructures portuaires qui pourraient permettre un véritable développement industriel de la ville. Bien qu'il soit dépourvu de ressources en hydrocarbures, le Maroc a su exceller en misant sur le développement du marché intérieur et sur l'investissement que lui permettait une épargne importante. De plus, les grands atouts économiques du Maroc que sont la production de phosphates, la pêche, la solidité du secteur bancaire et la place de la Bourse de Casablanca rendent son économie toujours plus attractive et plus compétitive. En revanche, le passage incertain à la transparence, l'échec relatif de la redistribution des richesses au niveau national, les bidonvilles où vivent encore environ 10 % des habitants et le chômage dont le taux s'élève à 8,8 % en moyenne nationale (mais au double pour les femmes) sont autant de handicaps et de défis que le pays devra rapidement relever. La « régionalisation avancée » constitue un modèle de la nouvelle gouvernance que le Maroc entend mettre en place.
Cette régionalisation avancée, fruit d'une approche participative associant l'ensemble des acteurs (société civile, acteurs territoriaux et politiques), dotera les collectivités décentralisées de nouvelles prérogatives. Selon la vision définie par le pouvoir central, l'objectif fondamental de cette organisation administrative est « la promotion de la croissance et de la richesse, pour faire aboutir et élaborer un modèle de régionalisation avancée pour le royaume en tenant compte des spécificités régionales mais également d'impératifs de développement économique et social » (3). En d'autres termes, la régionalisation est un moyen d'associer les différentes composantes de la société marocaine à la gestion de l'État.
L'action déterminée sur le plan socio-économique s'accompagne d'une transition démocratique conduite par le souverain et accélérée lors du « printemps arabe ».
Le chantier des réformes politiques
Dans sa conduite des affaires de l'État, le roi Mohammed VI ne s'est pas contenté de se référer à ses ancêtres ou de s'inspirer entièrement de l'héritage de son père. Il a entrepris une transformation du paysage politique du royaume et lancé des réformes politiques assez substantielles.
Depuis son intronisation, le roi a pris d'importantes initiatives pour ancrer au Maroc le respect des droits de l'homme dans leur acception universelle. C'est dans ce but qu'a été créée en 2004 l'instance « Équité et Réconciliation », chargée de traiter et de clore définitivement les dossiers douloureux du passé. Il s'agit de la dernière étape d'un processus juridique éclairé et original, à la manière de celui qui a été mis en oeuvre par l'Afrique du Sud dans les années post-apartheid.
Par surcroît, le Conseil consultatif des droits de l'homme (CCDH), créé en 1990, a été rénové en avril 2001. Ses attributions ont été étendues à la promotion des droits socio-économiques des Marocains, à la protection des droits des Marocains résidant à l'étranger (MRE), à l'élargissement de la représentativité et au renforcement de l'indépendance.
Ces démarches royales ont été globalement saluées à l'intérieur du pays. Elles furent le prélude au lancement, en mars 2011, de réformes politiques audacieuses. À la faveur du « printemps arabe », le souverain marocain a répondu aux revendications de la jeunesse avec l'adoption d'une nouvelle Constitution. Adoptée par un référendum populaire le 1er juillet 2011, la nouvelle Loi fondamentale engage des changements majeurs, au premier rang desquels le renforcement des pouvoirs du premier ministre. Désormais appelé « chef du gouvernement » et issu du parti politique arrivé en tête des élections (alors qu'il était auparavant désigné par le souverain), le titulaire de ce poste dispose d'importantes prérogatives qui relevaient jusqu'alors du monarque, à commencer par la possibilité de dissoudre le Parlement.
Outre le volet politique, la nouvelle Constitution a consacré l'élargissement du champ des libertés individuelles et collectives (notamment la liberté de la presse et celle de manifester), ainsi que le renforcement de la politique d'égalité entre hommes et femmes déjà consacrée par le Code de la famille de 2004. Elle fait de l'islam une religion d'État mais garantit la liberté de culte.
Le régime du Maroc est désormais une monarchie parlementaire dotée d'un exécutif bicéphale. Quelques mois après l'adoption de la Constitution, des élections législatives anticipées ont eu lieu. Le Parti de la Justice et du Développement (PJD) les a remportées avec 27 % des sièges. N'ayant pas obtenu la majorité, le PJD, qui représente un courant islamiste modéré, a formé un gouvernement de coalition avec plusieurs autres partis, dont l'Istiqlal, courant nationaliste et conservateur.
Ce gouvernement, dirigé par Abdelilah Benkirane, a succombé à l'été 2013 à une crise provoquée par la rupture avec l'Istiqlal. Des luttes d'influence et de pouvoir avec le Palais sont évoquées pour expliquer ce bouleversement du paysage politique. Bon nombre d'observateurs estiment que le Maroc est bel et bien engagé sur la voie de la démocratie. Cependant, la monarchie devra résoudre certains problèmes persistants, notamment celui du manque de transparence qui serait lié aux élites « bénéficiaires » s'abritant derrière le pouvoir. À en croire Ali Benhaddou (4), « pouvoir, richesse et prestige sont concentrés entre les mains d'une minorité de familles dirigeantes (...). De cette organisation à base familiale émergent des hommes (...) placés à la tête des institutions de l'État, des organisations patronales, des associations sportives et philanthropiques ; ils possèdent tous les pouvoirs. Sans créer une classe, ils s'associent pour former une unité de pouvoir qui domine la société ». Cette unité de pouvoir est ce qu'on appelle le « Makhzen ».
On reproche à ce « Makhzen » à la fois son immobilisme et son ingérence - et cela, même si une quantité non négligeable d'opposants reconnaissent l'habileté dont il fait montre dans la gestion du pays et dans sa capacité à maintenir la « paix sociale ». On le voit : une partie de la réussite du modèle marocain tient au fait qu'il a su intégrer les opposants les plus farouches au système politique. Cette démarche intégratrice du royaume constitue l'un des gages de stabilité, voire de progrès du régime.
La preuve de la réussite du processus d'alternance démocratique est l'« alternance dans l'alternance » réalisée avec la formation du gouvernement Benkirane II. Le remaniement du 10 octobre 2013 a mis un terme à une crise gouvernementale qui aura duré quatre mois. Il a été marqué par le retour en force du RNI (Rassemblement national des indépendants, proche du Palais) et des technocrates. Ce gouvernement a également permis la réduction de la représentation du parti islamiste de Benkirane, le PJD. Un de ses leaders influents, Saadeddine El Othmani, ancien ministre des Affaires étrangères, a cédé sa place à Salaheddine Mezouar, patron du RNI. Autre atout de ce nouveau cabinet : la présence de six femmes. Il n'y en avait qu'une dans l'ancien gouvernement.
Toutefois, les progrès du pluralisme politique à la marocaine ne signifient pas que le risque extrémiste n'existe plus. L'affaiblissement du parti légaliste de Benkirane pourrait renforcer les formations islamistes les plus radicales : le mouvement « Al Adl Wa Al Ihsane » (Justice et Bienfaisance, fondé par cheikh Abdel Salam Yassine) et le salafisme djihadiste. Autre problème : l'absence de jeunes dans les directions des partis politiques, voire leur marginalisation dans un pays majoritairement jeune. Cette exclusion relative de la jeunesse de la direction du jeu politique, ajoutée au chômage élevé des diplômés, pourrait être un déclencheur de nouvelles contestations. Certes, la revendication d'une transformation du royaume en véritable « monarchie constitutionnelle » à l'anglaise semble aujourd'hui plutôt utopique. Mais il n'empêche : l'association de la jeunesse et l'élargissement du champ politique, ainsi que l'attribution de plus de prérogatives au gouvernement en dehors du champ régalien constituent des éléments de réponse qui permettraient de consolider et d'améliorer les réformes annoncées en mars 2011.
La reconnaissance du fait amazighe
En mars 2011, le souverain marocain a satisfait les revendications amazighes en reconnaissant la « pluralité de l'identité marocaine, unie et riche de la diversité de ses affluents, et au coeur de laquelle figure l'amazighité, patrimoine commun de tous les Marocains » (5). Ces quelques mots constituent une grande avancée pour la pluralité religieuse et ethnique d'un pays fier de toutes ses composantes.
Dans un monde secoué par les crises d'identité « meurtrières » (selon l'expression d'Amin Maalouf), la reconnaissance du fait amazighe facilite la clarification de la diversité marocaine. L'identité culturelle du Maroc se définit objectivement par les données suivantes : l'historicité de la langue et de la culture amazighe, et leur enracinement dans la terre marocaine ; la langue arabe et la culture arabo-musulmane, présentes au Maroc en tant qu'éléments constitutifs de l'identité culturelle marocaine depuis la pénétration de l'islam au cours du VIIe siècle ; l'interaction de la culture amazighe avec les cultures avoisinantes comme caractéristique essentielle de l'histoire du Maroc.
Ces données d'ordre historique indiquent indiscutablement que la culture marocaine est pluridimensionnelle. Elle s'est constituée de différents apports dont la culture amazighe, la culture arabo-musulmane, la culture africaine et la culture universelle.
À cet égard, la nouvelle Constitution marocaine est inédite dans le monde arabe car elle désigne l'amazigh comme langue officielle, à côté de l'arabe.
L'action diplomatique entre le statu quo et le pragmatisme
Sur le plan de la politique étrangère, Rabat concentre ses efforts sur la question du désert du Sud marocain (selon l'appellation officielle), communément appelé Sahara occidental ; le positionnement africain et méditerranéen ; et l'arrimage à l'Union européenne.
Rappelons que, dans le cadre de ses efforts pour la recherche d'une solution définitive au conflit du Sahara (6), le Maroc a présenté aux Nations unies, le 11 avril 2007, une proposition consistant à doter ses provinces du Sud d'une autonomie élargie, sous souveraineté marocaine. Cette initiative, que la communauté internationale s'accorde à qualifier de « sérieuse et crédible » (7), est à même, d'une part, de créer un environnement nouveau qui devrait prémunir cette région contre les « velléités séparatistes » du Polisario ; d'autre part, de définir une approche plus concrète susceptible de redynamiser l'édification de l'Ensemble maghrébin (8). Cette initiative constitue aux yeux de la diplomatie marocaine une plateforme pour une solution politique consensuelle et définitive, dans la mesure où elle est ouverte à la négociation. Cependant, le Polisario et l'Algérie, son soutien régional, insistent toujours sur l'application du principe d'autodétermination, ce qui rend les négociations entre les parties concernées nécessairement insolubles.
Depuis octobre 2013, plusieurs événements se sont succédé et ont accentué la tension entre le Maroc et l'Algérie. Le Parlement européen, autrefois favorable aux thèses algériennes sur la question du Sahara, ne s'aligne plus sur les positions du Polisario. Le 22 octobre 2013, le Parlement européen, réuni en session plénière, a en effet adopté un Rapport sur les droits de l'homme dans la région du Sahel, présenté par l'eurodéputé conservateur britannique Charles Tannock. Ce texte contient plusieurs reproches à l'encontre de l'Algérie. Selon la lecture marocaine, l'adoption par les eurodéputés dudit rapport signifie que « le Maroc est l'un des seuls pays à avoir mené une vraie politique de développement dans cette région tourmentée d'Afrique et à avoir développé un État de droit respectable » (9).
Le rapport demande également aux autorités algériennes d'assumer leurs responsabilités pour améliorer la situation des droits de l'homme dans les camps de Tindouf (10) et d'accorder aux observateurs indépendants un accès libre, régulier et illimité aux camps. Enfin, il s'intéresse au projet marocain d'autonomie au Sahara. Face à ce tournant diplomatique, la tension est devenue vive au point que certains craignent un retour du Polisario à l'action armée.
Ce conflit qui dure depuis 1976 et qui a provoqué la fermeture des frontières algéro-marocaines depuis 1994 est donc toujours l'objet d'un litige insoluble entre Alger et Rabat. La convocation par les autorités algériennes de l'ambassadeur marocain accrédité auprès de l'Algérie et la manifestation contre le consulat algérien de Casablanca, puis l'apaisement bilatéral observé en octobre-novembre 2013 confirment que cette question exige la sauvegarde des intérêts mutuels et un « compromis historique ».
Par ailleurs, la diplomatie marocaine, qui ne s'oppose pas à la réconciliation avec l'Algérie pour relancer l'espace maghrébin, ne reconnaît pas sa mise à l'écart au sein du continent africain. Le retrait du Maroc de l'Union africaine (11) constitue un échec pour l'institution régionale comme pour Rabat. Une nouvelle ambition se dessine pour le Maroc. Le roi table sur une véritable diplomatie économique mettant en exergue les atouts du Maroc et sa place géostratégique afin de devenir un « leader africain », en particulier en matière de tourisme, dans le secteur bancaire, les infrastructures portuaires et l'économie du développement durable.
Enfin, le rapprochement avec l'UE est indéniable. Le roi d'Espagne, à l'occasion de sa dernière visite à Rabat, le 15 juillet 2013, a qualifié le royaume de « bel exemple d'ouverture et de stabilité », illustrant ainsi les liens étroits tissés entre le Maroc et l'Europe, humainement et économiquement, y compris sur des dossiers aussi épineux que la lutte contre le terrorisme et l'immigration clandestine.
On l'aura compris : le Maroc, auquel le président François Hollande a lui aussi rendu hommage en mai 2013 devant le Parlement de Rabat, soulignant les valeurs universelles que le royaume a faites siennes - « l'État de droit, la démocratie, le pluralisme politique, le respect des minorités, l'égalité entre les femmes et les hommes » -, représente une promesse pour l'avenir de la région et du continent africain. Son évolution devrait nous inciter à envisager l'« autre rive de la Méditerranée » avec moins de scepticisme.
Notes :
(1) Haut Commissariat au Plan du Maroc, « Note d'information sur l'économie nationale en 2012 et 2013 » (version française).
(2) Abdellatif Laâbi, Maroc, quel projet démocratique ?, Éditions la Différence, 2012.
(3) Youssef Amrani, ancien ministre marocain délégué aux Affaires étrangères et à la Coopération, dans le quotidien Al Bayane, 4 avril 2012.
(4) Ali Benhaddou, « Les élites du royaume : enquête sur l'organisation du pouvoir au Maroc », Éditions Riveneuve, 2009.
(5) Le texte intégral du discours prononcé le 9 mars 2011 par le roi Mohammed VI du Maroc peut être consulté à l'adresse : http://www.rue89.com/2011/03/10/discours-du-roi-mohammed-vi-du-maroc-le-texte-integral-194270
(6) Pour régler ce litige qui dure depuis 1976 et qui oppose Rabat à Alger et au front du Polisario, le Maroc avait soumis aux Nations unies, en 2007, une « Initiative d'autonomie destinée à régler définitivement le différend (...) entretenu autour du recouvrement par le Maroc de ses provinces du Sud ». Baptisé « Initiative nationale pour la négociation d'un statut d'autonomie de la région du Sahara », le plan des autorités marocaines s'inspire des propositions de l'ONU. Selon ce plan, le Maroc s'engage à garantir à tous les Sahraouis, à l'extérieur comme à l'intérieur, toute leur place et tout leur rôle, sans discrimination ni exclusive, dans les instances et institutions de la région, afin que les populations du Sahara gèrent elles-mêmes, démocratiquement, leurs affaires à travers des organes législatif, exécutif et judiciaire dotés de compétences exclusives. De son côté, l'État marocain conservera ses compétences régaliennes, en particulier la défense, les relations extérieures et les attributions constitutionnelles et religieuses du roi. Le statut d'autonomie finale de la région sera, lui, soumis à référendum, conformément au principe de l'autodétermination et des dispositions de l'ONU.
(7) La proposition marocaine a été bien accueillie par de nombreux hauts responsables à travers le monde, notamment en France, en Espagne et aux États-Unis. La France a été le premier pays à commenter la proposition marocaine. Ainsi, le 5 février 2007, l'ancien président Jacques Chirac a qualifié le projet marocain d'autonomie de « constructif ». Quant au porte-parole du ministère français des Affaires étrangères de l'époque, il a affirmé que la France souhaite que « les idées concernant un cadre d'autonomie (...) soient prises en compte dans les prochaines discussions aux Nations unies ». S'agissant de la position américaine, le sous-secrétaire d'État de l'époque, Nicholas Burns, a, le 10 avril 2007, qualifié l'initiative marocaine de « proposition sérieuse et crédible visant à octroyer une réelle autonomie au Sahara ». Le responsable américain a déclaré que « les États-Unis espèrent que la présentation par le Maroc de son initiative aux Nations unies va encourager les discussions et créera l'opportunité pour le Maroc et le Polisario d'entamer des négociations directes, sans conditions préalables, en vue de résoudre le conflit du Sahara ».
(8) En référence à l'Union du Maghreb arabe. L'UMA, composée du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie, de la Libye et de la Mauritanie, a été fondée le 17 février 1989, date à laquelle son Traité constitutif a été signé par les cinq chefs d'État à Marrakech. Mais au fil des ans, l'UMA est restée lettre morte.
(9) Voir l'article de Farid Mnebhi sur Atlasinfo.fr, 25 octobre 2013.
(10) Camps de réfugiés sahraouis situés près de Tindouf, ville du Sud-Ouest algérien, ils avoisinent le QG du Front Polisario.
(11) En 1984, le Maroc s'est retiré de l'Organisation de l'Unité africaine, appelée désormais Union africaine, en signe de protestation contre la reconnaissance par l'organisation de la République proclamée par le Polisario - la RASD -, perçue comme fictive et « ridicule » par Rabat.