Politique Internationale - La Revue n°148 - ÉTÉ -

sommaire du n° 148
PEUT-ON VAINCRE DAESH ?
Article de Myriam BENRAAD
Chercheuse à Sciences Po
in english
en español
en français
Notes :




(1) Acronyme de l'arabe Dawla islamiyya fi al-'Iraq wa al-Cham (État islamique en Irak et au Levant), utilisé dans le dialecte irako-levantin depuis plusieurs années et banalisé en Occident depuis 2014 pour désigner ce groupe.

(2) Voir Joseph Braude, The New Iraq: Rebuilding the Country for its People, the Middle East, and the World, Basic Books, 2003. Publié à la veille de l'intervention militaire américaine, cet ouvrage envisage la restauration de l'État irakien et s'inspire du livre de Ruth Benedict, Le Chrysanthème et le sabre, paru en 1946 au sujet du Japon.

(3) Si les Arabes sunnites en constituaient le coeur historique, tous n'étaient pas associés au régime. De la même manière, certains chiites et Kurdes ont occupé des postes clés à Bagdad. La diabolisation de l'entité arabo-sunnite irakienne procède donc d'une construction née dans l'après-2003, sous le double effet de la politique des États-Unis et de l'influence des anciens opposants à Saddam Hussein de retour en Irak.

(4) Ce stigmate, vivement rejeté par les intéressés, est en lien direct avec la réaffirmation majoritaire dont Daech se veut porteur et qui éclaire en large part son succès parmi des populations arabo-sunnites lésées.

(5) La plupart sont destinées à « encercler et chercher » les baasistes et insurgés suspectés de préparer des attaques armées contre la coalition. Centrées sur le « triangle sunnite » (terme propre au jargon du Pentagone mais inconnu des Irakiens...), elles consistent pour l'armée américaine à forcer l'entrée des maisons et des bâtiments publics. Elles ancrent une animosité durable des populations civiles à l'égard des États-Unis.

(6) Ce mouvement prend corps en septembre 2006 dans la province d'Al-Anbar et s'étend par la suite à l'ensemble de l'Irak. Voir Myriam Benraad, « Une lecture de la Sahwa ou les mille et un visages du tribalisme irakien » (dossier « La tribu à l'heure de la globalisation »), Études rurales, no 184, été 2009, pp. 95-106.

(7) Celle-ci n'est néanmoins que de pure forme car la « Commission responsabilité et justice » qui la remplace renforce les prérogatives de l'exécutif qui s'assure de la loyauté des personnels réhabilités. De plus, la majorité des officiers sunnites ne sont pas réintégrés au sein de l'armée alors qu'ils auraient pu être une carte maîtresse de la lutte anti-jihadiste.

(8) La branche irakienne d'Al-Qaïda, dirigée par le jihadiste jordanien Abou Moussab al-Zarkawi, avait formé avec cinq autres factions armées un Conseil consultatif des moujahidin en Irak. Le 15 octobre 2006, celui-ci annonce la création de l'État islamique d'Irak (Dawla al-'Iraq al-islamiyya).

(9) Entre 2010 et 2011, des centaines de candidats aux élections sont ainsi disqualifiés, tandis que de nombreux Arabes sunnites, militaires, fonctionnaires et hommes politiques locaux sont pourchassés par Bagdad. Sur simple dénonciation d'un « informateur secret », tout individu peut faire l'objet d'une arrestation et être emprisonné.

(10) Voir Kirk H. Sowell, « Iraq's Second Sunni Insurgency », Current Trends in Islamist Ideology, Hudson Institute, août 2014.

(11) De son appellation arabe Ansar al-Islam, ce groupe a été constitué au Kurdistan irakien dès 2001. Après avoir combattu les forces américaines en Irak, ses membres se sont tournés vers les régimes de Bagdad et de Damas. En août 2014, une partie de ses combattants a rejoint les rangs de l'État islamique.

(12) Notamment l'Armée des hommes de la Naqchbandiyya, constituée en 2006 après la pendaison de Saddam Hussein et conduite par le numéro deux de l'ancien régime, Ezzat Ibrahim al-Douri ; et le Conseil militaire général des révolutionnaires irakiens né en janvier 2014.

(13) Au sujet des groupes insurgés autres que l'État islamique, lire le rapport de Sinan Adnan et Aaron Reese, Beyond the Islamic State: Iraq's Sunni Insurgency, Institute for the Study of War, octobre 2014.

(14) Sur cette question, voir l'enquête du journaliste Christoph Reuter, « The Terror Strategist: Secret Files Reveal the Structure of Islamic State », Der Spiegel, 18 avril 2015 ; Christophe Ayad, « L'État islamique, un projet salafiste, des méthodes baasistes », Le Monde, 27 mai 2015.

(15) Concomitant à la mobilisation des tribus sunnites, ce rejet populaire se traduit par la formation de coalitions armées contre les jihadistes, rassemblant tous ceux qui veulent en finir avec l'État islamique et rétablir la sécurité au sein de leurs communautés. L'armée américaine parle de ces hommes comme des « fils d'Irak » (Sons of Iraq) ou des « citoyens locaux concernés » (Concerned Local Citizens).

(16) Voir l'ouvrage évocateur de Loretta Napoleoni, L'État islamique : multinationale de la violence, Calmann-Lévy, 2015.

(17) Selon une enquête de l'Institut de recherche et de sondage irakien IIACSS, 80 % des sunnites se disaient encore irakiens avant tout en 2008, contre 40 % en 2014 - une évolution qui démontre bien la « sunnification » de leur identité et de leur cause politique : Munqith al-Dagher, « How Iraqi Sunnis really feel about the Islamic State », The Washington Post, 24 mars 2015.

(18) Ce rejet avait été observé du temps de l'occupation lorsque les Arabes sunnites s'étaient opposés aux méthodes d'Al-Qaïda et de l'État islamique. Voir Sudarsan Raghavan, « Sunni Factions Split With Al-Qaeda Group », The Washington Post, 14 avril 2007.

(19) Voir Myriam Benraad, « Défaire Daech : une guerre tant financière que militaire », Politique étrangère, no 2, été 2015, p. 132.

(20) Ces personnalités sont totalement déconnectées des territoires contrôlés par Daech et n'ont plus d'assise. Parmi elles figure l'ancien gouverneur de Ninive, Athel al-Noujaïfi, qui avait fui devant les jihadistes et a été démis de ses fonctions par le Parlement irakien en mai 2015.

(21) Sur cet aspect, voir Myriam Benraad, « Les sunnites, l'Irak et l'État islamique », Esprit, novembre 2014, pp. 97-98.

(22) En décembre 2014, le nouveau premier ministre irakien Haïdar al-Abadi révèle l'existence de 50 000 « soldats fantômes » dans les forces armées. L'effondrement de celles-ci résulte non seulement de carences en matière d'armement et d'entraînement, mais aussi de la corruption en leur sein.

(23) En mars 2015, les miliciens chiites auraient pillé des habitations sunnites à Tikrit en représailles contre les tueries de l'État islamique, notamment le massacre de plus de 1 500 soldats, majoritairement chiites, du camp Speicher, une ancienne base américaine.

(24) Citons l'exemple du Rassemblement de la nation (Hachd al-watani), milice pluricommunautaire à dominante arabo-sunnite qui vise la reprise de Mossoul.

(25) En avril 2014, le cheikh sunnite Ahmed Abou Richa avait ainsi annoncé qu'il allait libérer Fallouja. Or c'est le contraire qui s'est produit, l'État islamique n'ayant fait que resserrer son emprise sur cette ville.

(26) Il s'agit de la posture d'une partie de la tribu Joumaïla qui considère l'alliance avec les milices comme une nécessité, voire une opportunité pour refonder une armée authentiquement nationale. Voir Nour Malas et Ghassan Adnan, « Sunni Tribes in Iraq Divided Over Battle Against Islamic State », The Wall Street Journal, 22 mai 2015.

(27) Voir Erika Solomon, « Sunni tribes in bitter rift over Isis's Iraq gains », Financial Times, 27 mai 2015.

(28) Voir Frederic Wherey et Ala' Alrababa'h, « An Elusive Courtship: The Struggle for Iraq's Sunni Arab Tribes »(Syria in Crisis), Carnegie Endowment for International Peace, 7 novembre 2014.

(29) L'accusation est lancée en août 2014 par le ministre allemand du Développement Gerd Mueller. Voir également David D. Kirkpatrick, « Qatar's Support of Islamists Alienates Allies Near and Far », The New York Times, 7 septembre 2014.

(30) L'auteur de ces lignes avait très tôt mis en exergue la centralité de la question sunnite irakienne dans l'avenir du pays et dans celui du Moyen-Orient. Voir « Fin de l'occupation et crise en Irak : la clé de voûte sunnite », Politique étrangère, no 1, printemps 2012, pp. 161-172.