Politique Internationale - La Revue n°149 - HIVER - 2015

sommaire du n° 149
UN ITINERAIRE EUROPEEN
Entretien avec Enrico LETTA
Ancien président du Conseil des ministres italien (avril 2013-février 2014).
conduit par
Richard HEUZÉ
Chef du Bureau de Politique Internationale en Italie.
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Richard Heuzé - Comme président du Conseil d'avril 2013 à février 2014, de même que dans toute votre activité politique et universitaire, vous avez toujours placé l'Europe au coeur de vos préoccupations. Elle se trouve aujourd'hui aux prises avec deux défis historiques : la crise grecque et ses implications économiques et institutionnelles ; et l'arrivée massive de migrants et de réfugiés. En quelques mots, quelles réflexions ces deux dossiers vous suggèrent-ils ?



Enrico Letta - Le drame « euro-grec », d'abord. Je crains qu'on n'en ait pas encore vu la fin. En tant qu'Européen convaincu j'ai été choqué par l'absence de la Commission sur la photo de la réunion décisive Tsipras-Merkel-Hollande qui était, en quelque sorte, le symbole de la dernière négociation à Bruxelles en plein été. La question grecque doit être gérée avec les institutions européennes, pas sans elles. J'ajoute que la présence si importante du FMI n'aide pas et n'a pas aidé. Pour l'Europe, la Grèce est un problème interne. C'est donc à nous, Européens, de le résoudre. Dans le cas contraire, nos opinions publiques, en voyant le FMI en première ligne, adopteront une attitude négative.



R. H. - Comment jugez-vous la politique d'Angela Merkel, aussi bien vis-à-vis de la Grèce que face au problème des migrants ?



E. L. - Le leadership qu'elle exerce lui vient, d'une part, de sa longue expérience et, d'autre part, de la force objective de l'économie allemande. Elle agit - et c'est naturel - en tenant toujours compte des priorités de l'Allemagne. Or, aujourd'hui, il apparaît que les Allemands ne sont pas trop soucieux de progresser vers une véritable intégration européenne. Par conséquent, le rôle clé est celui du leadership de la chancelière. Et, sur le sujet des migrations, les choix courageux que Mme Merkel vient de faire sont la démonstration de sa profonde conviction pro-européenne et de son sens de la solidarité.



R. H. - On a parlé, au début de l'été, d'un « pacte secret » qu'auraient passé Angela Merkel et François Hollande pour exclure des processus européens de prise de décision les pays récalcitrants à l'intégration politique et à la discipline budgétaire. Partagez-vous cette approche ?



E. L. - Je ne pense pas qu'il existe des pactes secrets. En revanche, je pense qu'un axe franco-allemand fort peut pousser de façon décisive vers l'Union fédérale de la zone euro, ce qui reste le but premier. Si la coopération franco-allemande va dans cette direction, alors il faut la soutenir. Il faut donc une Union qui soit clairement à deux vitesses et dont l'un des objectifs serait de conserver la Grande-Bretagne en son sein. Comment convaincre les électeurs britanniques de rester parmi les 28 ? À mon sens, il convient de leur faire passer le message suivant : « Partagez ce que vous aimez, c'est-à-dire surtout le marché unique. Quant à l'intégration fédérale, nous allons la faire sans vous. Vous pouvez rester dans cette enceinte sans avoir à accepter davantage d'intégration. »

N'oubliez pas que le but majeur des 19 États de la zone euro consiste à faire fonctionner la monnaie unique sans courir de grands risques, tout en restant compétitifs et en profitant de la reprise. Pour y parvenir, il faut un moteur qui serait constitué, avant tout, par quatre personnes : Mario Draghi, Jean-Claude Juncker, Angela Merkel et François Hollande.

Encore une fois, le moment est venu d'affirmer avec force que l'Europe doit avoir la lucidité de progresser à deux vitesses. D'une part, celle de l'Union à 28, avec une Grande-Bretagne à son bord. De l'autre, celle de la zone euro, à 19, qui partagerait des institutions plus fortes, un budget unique et une politique fiscale commune. La formule d'une Europe à deux vitesses ne paraît plus une hérésie.



R. H. - Quel rôle attribuez-vous à l'Italie dans ce tableau ?



E. L. - Dans ce cadre, l'Italie joue un rôle avant-coureur, comme elle l'a toujours fait. Dès novembre 2007, Tommaso Padoa-Schioppa (1), au nom du gouvernement Prodi, avait présenté à l'ECOFIN et à l'Eurogroupe une feuille de route visant à compléter l'Union économique et monétaire : il proposait de créer l'Union bancaire. Dans les milieux financiers, on avait pris cette proposition pour une plaisanterie... Puis la crise est survenue. Ma certitude, c'est que si l'on avait fondé l'Union bancaire quand l'Italie a avancé cette idée, la crise aurait eu un impact bien moindre. Vous le voyez : l'Italie a vocation à être une « avant-garde » crédible. C'est pour cette raison que je plaide en faveur d'une Italie qui verrait l'intégration comme un idéal. Il faut plus de vision. Il faut que Matteo Renzi cesse de camper sur la position très, et peut-être trop, europragmatique qu'il a tenue jusqu'à présent. C'est à ce niveau de l'idéal, de la vision, que l'Italie peut jouer un rôle clé en Europe, en se distinguant des autres pays membres - qui ne manquent certes pas de pragmatisme et de prudence quand on parle d'Europe. Et c'est ce que j'écris dans mon dernier livre (2).



R. H. - Quelles devraient être les prochaines étapes de l'édification d'une Union à deux vitesses ?



E. L. - Le point de départ, c'est le rapport que Jean-Claude Juncker a présenté au Conseil européen à la mi-juin 2015 (3). Il est crucial d'anticiper le référendum britannique sur l'adhésion à l'Europe. Comme je viens de le dire, il faut convaincre les Britanniques qu'on a la capacité de réaliser une Europe à deux vitesses et qu'il s'agit d'une idée sérieuse : ils pourront adhérer au projet le plus large de l'Europe sans être impliqués pour autant dans une construction fédérale qui leur répugne. C'est pour cette raison que je suis un grand partisan de l'entente franco-allemande. Il est clair, en effet, que les institutions européennes n'ont pas la force, aujourd'hui, d'imposer leur vision. Ce n'est plus l'Europe de Jacques Delors ! À cet égard, je suis enthousiaste en contemplant ce que Mario Draghi est en train d'accomplir (4). Avec le Quantitative Easing, il a créé les conditions du redressement économique de la zone euro. Et il a réussi à le faire malgré la position assez divergente de la Bundesbank qui, avec Jens Weidmann (5), ne semble s'intéresser, elle, qu'aux intérêts immédiats de l'Allemagne.



R. H. - Quels changements préconisez-vous ?



E. L. - La révolution se fera quand l'électeur votera pour une même personne, un même candidat, qu'il vive à Pise, à Strasbourg, à Barcelone ou à Tallinn. Un jour viendra où le président de la Commission sera élu au suffrage direct, j'en suis convaincu. Même s'il faut procéder par petits pas. Lors du renouvellement du Parlement européen prévu en 2019, on pourrait, par exemple, ajouter une 29e circonscription qui représenterait l'ensemble de l'Union européenne.



R. H. - Quel rôle la France devrait-elle tenir, selon vous ?



E. L. - Un rôle clé. La France a de nouveau une occasion d'exercer un leadership global dans le domaine militaire, face au désengagement américain et aux difficultés britanniques. En témoigne la gifle que le Parlement de Westminster a donnée au gouvernement de David Cameron sur la question de la Syrie, juste avant le G8 en 2013 : ce jour-là, pour la première fois, le Parlement britannique a voté contre le gouvernement sur une question importante de politique étrangère.

La France est le seul grand pays européen qui dispose d'une capacité de projection internationale en matière de sécurité et de défense. Elle doit se servir de cette position pour renforcer son leadership et, avec l'Allemagne, créer cette union fédérale de l'Europe que j'appelle de mes voeux. Ce qui est sûr, c'est que les prochains mois seront déterminants.



R. H. - Le 3 octobre 2013, après la tragédie devant Lampedusa qui a fait 366 victimes en mer, vous vous êtes rendu sur place avec le président de la Commission européenne de l'époque, le Portugais José Manuel Barroso, et vous avez déclaré que l'Europe « commençait à prendre conscience de l'ampleur du drame qui se jouait en Méditerranée ». De retour à Rome, vous avez déclenché le plan Mare Nostrum qui a permis de secourir en mer 187 000 migrants en treize mois, jusqu'au 1er novembre 2014, quand l'opération européenne Triton a pris la relève. Estimez-vous aujourd'hui que l'Europe a bien évalué l'ampleur du problème et assume ses responsabilités ?



E. L. - Non, je ne le pense pas. Les migrations actuelles constituent un phénomène de portée révolutionnaire. C'est un changement total. Avant, les migrants quittaient leur pays pour chercher ailleurs une vie meilleure, un travail. C'était un problème économique. Depuis les « printemps arabes », ce sont des populations entières qui fuient les guerres, les persécutions religieuses, la négation des droits humains les plus élémentaires. Nous avons vu le nombre de demandeurs d'asile grandir de manière exponentielle. Un pays comme l'Italie, avec ses frontières tournées vers la Méditerranée, ne peut pas échapper à son destin. Cette question m'a hanté pendant tout le temps où, premier ministre, j'étais confronté à l'afflux des migrants. Je pensais toujours à l'article 10, troisième alinéa (6), du préambule de notre Constitution, qui impose à l'Italie d'accueillir les étrangers auxquels sont déniés les droits reconnus aux Italiens par la Constitution. C'est inscrit de manière claire, plus sans doute que dans toute autre Constitution.

Il convient de ne pas traiter de la même façon l'immigration économique, qui doit être disciplinée, et le droit d'asile, qu'on n'a pas le droit de refuser. Mon idée n'est pas d'ouvrir les portes en grand, ce serait une erreur. Mais j'appelle à distinguer ces deux types d'immigration. On ne peut pas hisser le drapeau des valeurs de l'Europe uniquement pour défendre le parmesan ou le camembert ! Le drapeau de l'Europe est ce qui fait la différence entre les valeurs que nous voulons défendre, à savoir la protection des droits humains et de la démocratie, et le reste du monde. Dans le Sud-Est asiatique, un drame épouvantable s'est joué autour de 8 000 migrants de la minorité musulmane de Birmanie que tous les États se sont renvoyés les uns aux autres. L'Europe ne peut pas gérer le problème de ses migrants de la même manière.



R. H. - Quelles sont ses responsabilités, précisément ?



E. L. - J'accuse l'Europe de ne pas avoir pris à temps conscience de l'ampleur du phénomène des migrations et de l'avoir longtemps géré sans générosité. Il est pourtant fondamental que l'Europe ne soit pas perçue par des millions de gens comme leur grand ennemi - c'est ainsi, par exemple, que bon nombre de peuples sud-américains perçoivent les États-Unis. Accueillir, répartir, redistribuer entre les 28 pays européens ceux qui fuient la guerre n'est pas un fardeau insupportable. Combien sont-ils ? 200 000, 300 000 peut-être. Face à 508 millions d'Européens, on ne les verrait même pas.

Je déplore aussi que l'on n'ait laissé s'exprimer sur cette question que ceux qui promeuvent la peur de l'autre. Sans chercher à expliquer le phénomène dans sa simple vérité. Les pro-européens doivent apaiser les opinions publiques. Ce qu'ils ne font pas. M'adressant récemment à 500 étudiants dans un lycée de Rome, je leur ai demandé de me dire en levant la main quel est le pourcentage d'immigrés présents sur le sol italien, par rapport à la population globale : 7 %, 14 % ou 20 %. Me croirez-vous si je vous dis que la majorité a voté pour l'option « 20 % » alors que les immigrés ne représentent qu'à peine 7 % des habitants du pays ? La différence entre 7 et 20 %, ce sont dix millions de personnes. Quand la réalité est perçue de façon aussi déformée, il est évident qu'il devient impossible de gérer sereinement le dossier des migrants. C'est pourquoi il est indispensable que ceux qui nous gouvernent expliquent les phénomènes migratoires tels qu'ils sont à leurs opinions publiques respectives. On ne peut plus faire comme si le destin de l'Afrique ou du Proche-Orient ne nous intéressait pas, ne nous concernait pas. On ne peut pas échapper à notre histoire et à notre géographie. D'autant plus que, depuis 2008, un phénomène nouveau nous interpelle : on assiste actuellement au grand désengagement stratégique des États-Unis dont les militaires se retirent des théâtres du monde où l'on s'était habitué à les voir en position de gendarmes payés par le contribuable américain. Cette époque est terminée. Ce grand désengagement impose aux Européens de nouvelles responsabilités. Or aujourd'hui, l'UE ne veut pas dépenser davantage pour la défense et la gestion des crises autour de l'Europe. En Europe, seule la France a pris la mesure de cette responsabilité nouvelle. Elle seule a la tête et le bras pour faire le nécessaire.



R. H. - Comment la Commission devrait-elle procéder ?



E. L. - Avant tout, il faut revoir ses pouvoirs et lui conférer une délégation spéciale pour gérer les phénomènes migratoires. Sinon, il y aura inévitablement des courts-circuits. On a des commissaires aux Affaires extérieures et à la Sécurité, au Commerce, au Marché intérieur. Le commissaire à l'Immigration devrait être au moins aussi visible ; il devrait être l'un des grands piliers de la Commission. On manque à Bruxelles de leaders capables de parler aux opinions publiques des migrations et de mettre les gouvernements nationaux devant leurs responsabilités.



R. H. - Après votre départ en février 2014 de la présidence du Conseil, vous avez d'abord longtemps observé le silence. Puis, en juin dernier, dans une interview à l'hebdomadaire italien L'Espresso, vous avez publiquement mis en garde votre successeur Matteo Renzi en déclarant que la « bulle » de popularité dont il bénéficiait après les élections européennes de mai 2014 - où le Parti démocrate a obtenu un score historique de 40,8 % - « était terminée ». Un avertissement que vous avez renouvelé cet été tandis que Matteo Renzi émettait de son côté des jugements plutôt durs à votre égard. Que se passe-t-il ?



E. L. - N'entrons pas dans les polémiques personnelles. Laissez-moi cependant dire que l'un des problèmes majeurs de l'Italie est celui d'avoir, dans son histoire, trop souvent expérimenté le syndrome du pendule - c'est-à-dire que le pays n'a cessé de passer d'un excès à l'autre. Il me semble que nous sommes de nouveau en plein dans cette tendance. Auparavant, le système institutionnel était paralysé par un excès de « checks and balances » ; or, aujourd'hui, je crains que l'on ne sombre dans l'excès opposé puisque l'on se dirige vers une concentration totale des pouvoirs (7). Et le fait que les partis populistes de Beppe Grillo et de Matteo Salvini (8) aient obtenu récemment dans les sondages des scores très élevés (les plus hauts jamais enregistrés) m'incite à penser qu'il faut être extrêmement prudent avant de bâtir un système dont les nécessaires « checks and balances » seraient éliminés. C'est, du moins, mon point de vue. N'y voyez ni volonté de revanche ni quoi que ce soit de ce genre. Il s'agit simplement d'un appel à accompagner la nécessaire rapidité réformatrice d'une dose de sagesse...



R. H. - En février 2014, vous accusiez Matteo Renzi d'être « obsédé par le pouvoir » (9). Est-ce toujours votre sentiment ?



E. L. - Je crois que, en Italie comme en Europe, le but devrait être de rassembler plutôt que de casser. La grande mission, c'est unir. Une Italie cassée en plusieurs morceaux finirait par se donner au leadership des Salvini et des Grillo. Ce serait un nouveau cauchemar pour l'Europe, comme l'a été la Grèce et comme pourrait l'être une Espagne gérée par Pablo Iglesias et Podemos. En revanche, sur la réforme du Sénat, je vois que Matteo Renzi a dû chercher et trouver des compromis par rapport à sa position initiale. C'est une bonne chose, à mon avis.



R. H. - Vous avez été l'un des fondateurs du Parti démocrate (10). Cette appellation et cet engagement ont-ils encore un sens pour vous aujourd'hui ?



E. L. - Oui, tout à fait. Même si je suis loin d'apprécier tout ce qui s'y passe en ce moment, je partage toujours les convictions qui nous ont poussés à fonder ce parti. Cette formation est semblable, à certains égards, aux grands partis lancés en France à diverses époques par François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing ou encore Jacques Chirac : il s'agissait de réunir, au sein d'un même mouvement, différents courants idéologiques. L'idée originelle de Romano Prodi consistait à former un grand rassemblement, très pro-européen, parfaitement transparent et que les militants, dans une large mesure, feraient fonctionner eux-mêmes à partir de la base. Ce sont des valeurs et des principes que je n'ai jamais reniés.



R. H. - En ce second semestre 2015, on enregistre en Italie des signes de reprise assez nets avec une croissance attendue de 0,9 % en 2015 et de 1,6 % en 2016. Les attribuez-vous aux réformes mises en oeuvre par le gouvernement Renzi ?



E. L. - Le gouvernement doit profiter au maximum des conditions favorables qui ont été créées par l'action de Mario Draghi et de la BCE - je pense, en particulier, aux taux d'intérêt, qui sont bas, et au taux de change euro/dollar, qui est actuellement très positif pour les exportations. Il faut que le gouvernement italien annonce et approuve des réformes - comme il vient de le faire dans certains domaines -, mais aussi qu'il les applique effectivement ; sinon, tout restera comme avant. Qu'il se batte pour une Europe plus unie et plus déterminée à mettre en oeuvre des politiques de croissance européennes. S'il est sur cette ligne, il aura tout mon soutien.



R. H. -  Venons-en à vous-même. Vous avez été le plus jeune député au Parlement italien, le plus jeune ministre de la République et le plus jeune président du Conseil lorsque vous avez été nommé en avril 2013, à 47 ans. Vous parlez un excellent anglais et un français irréprochable. D'abord, d'où vous vient cette connaissance de notre langue ?



E. L. - J'ai eu la chance de faire mes études primaires à Strasbourg, de 7 à 10 ans. C'était à la fin des années 1970. Cette époque fut, pour moi, celle de la découverte de l'Europe. Le Parlement européen était en train de prendre forme - c'est en 1979 que ses députés ont commencé à être élus au suffrage direct. La situation changeait et Strasbourg s'affirmait comme le carrefour de l'Europe des droits. Habiter dans cette ville m'a aussi appris à comprendre la notion de frontière et à décliner l'idée européenne. À l'époque, passer la frontière avait une réelle signification. Je pense que la frontière est une application artificielle de quelque chose qui est la somme de hasards, de faits historiques. Je ne veux pas les minimiser. Mais veillons à ne pas leur donner plus d'importance qu'ils n'en ont. Il y a des frontières géographiques, marquées par des défenses naturelles comme les montagnes ou la mer. Pour le reste, il ne faut pas que les frontières artificielles influencent nos vies comme par le passé. J'ai vu à Strasbourg des frontières sur lesquelles des millions de jeunes gens ont combattu et sont morts simplement pour les déplacer de quelques kilomètres d'un côté ou de l'autre...



R. H. -  Votre oncle, Gianni Letta, a lui aussi fait de la politique, mais auprès de Silvio Berlusconi dont il a été le conseiller personnel - si bien qu'il a été présenté comme le véritable Mazarin du régime. La cohabitation avec lui est-elle facile ? Parlez-vous politique en famille ?



E. L. - Bien sûr qu'on en parle ! On en a toujours parlé, mais il est vrai qu'il s'agit d'une situation très étrange. Nous avons effectué des parcours différents mais nous nous sommes retrouvés, par le plus grand des hasards, à jouer le même rôle dans les années 2000, auprès de deux premiers ministres qui ne s'aimaient pas du tout, Romano Prodi et Silvio Berlusconi. J'aurais du mal à trouver deux personnalités plus différentes ! Mais je sais qu'auprès de Berlusconi mon oncle a joué un rôle modérateur important, voire décisif.



R. H. - Depuis le 1er septembre 2015, vous êtes « dean » (doyen) de l'École des affaires internationales de Paris au sein de l'Institut d'études politiques (Sciences Po). Vous connaissez déjà cette école puisque vous y avez donné des cours...



E. L. - Oui, et je dois vraiment remercier Sciences Po et son directeur Frédéric Mion de m'avoir accueilli l'an dernier avec chaleur, dès la fin de mon expérience de chef de gouvernement. 2014 a été pour moi une année de transition personnelle. J'ai trouvé un grand établissement de formation globale. Sciences Po est devenu aujourd'hui l'une des grandes écoles de référence dans le monde entier. Cet enseignement fut une expérience très intéressante. J'ai passé tous mes vendredis à Paris pour donner un cours sur les conséquences de la crise économique et financière et sur les institutions européennes. La crise a changé le visage de l'Europe d'un point de vue institutionnel. J'ai fait moi-même des études européennes. J'ai étudié tous les traités et leurs annexes. Il est très frappant de constater que toutes les solutions apportées à l'Europe pendant la crise actuelle ont été inventées en dehors des traités. C'est le cas du « Fiscal compact », des FSF et FSB, de tous ces acronymes terribles (11) qui donnent des maux de tête. À se demander si les traités servent encore à quelque chose ! Dans mes nouvelles fonctions à Sciences Po, je vais chercher à faire comprendre à mes étudiants qu'un changement radical est en train de se produire sous nos yeux. Un changement qui implique davantage de flexibilité. Ce n'est pas avec le « business as usual » que l'on pourra gérer la crise des États membres et la reprise européenne.



R. H. -  Quelles sont les autres leçons de la crise économique et financière ?



E. L. - La deuxième leçon que j'en tire, c'est que les équilibres institutionnels ont changé en Europe. La Commission européenne a perdu du pouvoir. Le Conseil de l'Europe en a acquis. Les États membres en ont repris. Quant au Parlement européen, s'il en a gagné dans certains domaines, il en a perdu dans d'autres, celui de l'euro en particulier. Cela s'explique par le fait que le Parlement rassemble 28 pays membres, tandis que l'Europe qui compte aujourd'hui est une Europe à 19 (celle de l'euro). Enfin, le grand changement, c'est le rôle majeur et décisif que joue désormais la BCE.



R. H. - Que représente la fonction de « dean » que vous allez remplir pendant cinq ans en succédant à Ghassan Salamé ? L'Européen convaincu que vous êtes va-t-il infléchir les orientations de l'enseignement ?



E. L. - Ghassan Salamé est un visionnaire qui a monté cette grande aventure qu'est l'École des affaires internationales de Paris. En cinq ans, il l'a fait entrer dans le temps global du monde - et cela, dans un esprit de profonde interdisciplinarité. Je vais bien entendu apporter mon expérience européenne, mais je souhaite aussi que l'enseignement porte largement sur le reste de la planète et, notamment, sur l'Asie. Naturellement, j'insisterai spécialement sur le phénomène des migrations - un domaine qui va à l'avenir générer de nombreuses créations d'emplois.



R. H. - Pouvez-vous expliquer comment ?



E. L. - De nombreux milieux professionnels, y compris les grandes institutions, chercheront à recruter des jeunes gens sachant gérer les aspects juridiques, psychologiques, culturels, religieux des phénomènes migratoires, ce qui n'était pas le cas dans le passé. Jusqu'à présent, on a eu de ces problèmes une approche volontariste, mue par de grands idéaux. Mais il n'y a pas encore de lieu de formation réelle où les étudiants apprennent à gérer tous les aspects  de ce phénomène.  



R. H. -  Vous êtes le fils d'un mathématicien spécialiste du calcul des probabilités. Quels ont été vos maîtres à penser ?



E. L. - J'ai été servi par le hasard. Après mes études de relations internationales, j'ai travaillé avec Beniamino Andreatta (12) sur divers dossiers européens. C'était un grand économiste et tous ses collaborateurs étaient également des économistes. À la chute du gouvernement de Giuliano Amato, en avril 1993, Carlo Azeglio Ciampi, l'ancien directeur de la Banque d'Italie, a été nommé président du Conseil et a demandé à Giuliano Amato de prendre le portefeuille des Affaires étrangères. Mais Amato, qui était le premier ministre sortant, n'accepta pas et le choix tomba soudainement sur l'économiste Andreatta, ce qui s'explique aussi par son intégrité et son sens de l'éthique, deux atouts très importants en cette époque où l'Italie traversait une série de scandales. Lui-même, très surpris d'être chargé de cette mission, a fait de moi son assistant personnel pour les Affaires étrangères. De tous ses collaborateurs, j'étais le seul à être familier des relations internationales. Je n'avais que 26 ans. Ce fut une expérience extraordinaire. Soit dit en passant, c'est à ce moment-là que j'ai fait la connaissance d'Alain Juppé, alors ministre français des Affaires étrangères.



R. H. - Qu'avez-vous retenu de votre premier mentor ?



E. L. - Andreatta m'a toujours répété qu'un homme politique devait avoir un vrai métier. Quand j'ai reçu la proposition de Sciences Po, je me suis dit que c'était l'occasion de mettre en pratique l'enseignement de mon maître en commençant à vivre de mes propres moyens tout en maintenant un engagement politique. Andreatta, qui était un Européen convaincu, m'a aussi fait comprendre que sans une Europe unie, il n'y aurait aucun avenir pour l'Italie - un pays de 60 millions d'habitants, de dimension moyenne, qui a été un grand pays quand le monde était plus restreint et orienté par le G7. Mais la donne a changé. Naturellement, l'Italie, la France et l'Allemagne vont devenir des pays de dimension moyenne dans un univers où certains États compteront plusieurs centaines de millions d'habitants, sinon des milliards. Dans vingt ans, nos pays moyens n'auront plus leur place au sommet : je pense qu'il y aura alors un « G10 » qui rassemblera les États-Unis, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et les MINT (Mexique, lndonésie, Nigeria et Turquie). La seule manière pour nous de peser sur le cours des événements, de faire partie d'une sorte de futur G3 ou G5, c'est d'y être tous ensemble, en tant qu'Européens. C'est un facteur clé.



R. H. - La discipline budgétaire qu'impose l'UE est mal accueillie en Italie. Les populistes italiens affirment que le pays peut s'en passer. Est-ce vrai ?



E. L. - Il faut dire les choses clairement : sans l'euro et sans discipline européenne, avec la dette qu'elle a héritée du passé, l'Italie aurait fait faillite des dizaines de fois, (13). Quand j'étais au pouvoir, j'ai fait le choix de contenir le budget italien dans les critères de Maastricht en évitant de procéder à des dépenses publiques inutiles et dangereuses. Ce choix, je pense toujours qu'il fut le bon. Rappelez-vous : au début des années 1970, l'Italie avait une dette égale à 40 % de son PIB. Vingt ans plus tard, au début des années 1990, cette dette représentait 125 % du PIB ! Un véritable désastre. On avait fait tripler la dette en vingt ans. Et que se passe-t-il au début des années 1990 ? Maastricht. Aujourd'hui, notre dette équivaut à 132 % du PIB. La réalité, c'est qu'on a gaspillé notre avenir dans les années 1960-1980 avec cette montée de la dette. Seule la discipline budgétaire imposée par Maastricht a permis de la contenir. Hélas, bon nombre d'Italiens refusent de le comprendre et les politiciens se gardent bien de le reconnaître. Andreatta, Ciampi, alors gouverneur de la Banque d'Italie - un autre de mes maîtres -, et Romano Prodi ont eu raison de tout faire pour que l'Italie entre dans la première vague de l'euro et signe le traité de Maastricht avec la discipline budgétaire que ce traité nous a imposée.



R. H. - Entendez-vous revenir un jour dans la politique italienne ?



E. L. - J'ai démissionné du Parlement italien en juin dernier. Je ne me suis pas pour autant démis de la politique, si je puis dire. La passion politique continue de m'habiter. Je vais la gérer dans un environnement plus européen, plus mondial. Je poursuis mon engagement politique. Disons que ma traversée du désert à moi, c'est Paris. Ce n'est pas si mal !

Vous savez, la politique traditionnelle, les gens n'en veulent plus. Aux élections régionales de mai 2015 en Italie, 45 % des électeurs n'ont pas voté alors que le taux d'abstention ne dépassait guère 15 % auparavant. Et sur les 55 % d'électeurs qui se sont exprimés, 20 % ont voté pour le « Mouvement Cinq Étoiles » (M5S), qui représente l'opposé de la politique traditionnelle, celle qui est dominée par les politiciens professionnels. C'est un phénomène qui émerge un peu partout en Europe, comme on le voit en Espagne avec Podemos...



R. H. - En dehors de vos modèles politiques, des écrivains, penseurs ou philosophes vous ont-ils marqué ?



E. L. - Je suis sans doute, dans le monde d'aujourd'hui, l'un des derniers fils spirituels de Jacques Maritain et d'Emmanuel Mounier. La pensée du personnalisme chrétien (14) fait partie de mon milieu. Je reste à l'écoute de l'évolution de cette pensée. Mon livre préféré est La petite fleur du XXe siècle d'Emmanuel Mounier qui, au siècle dernier, incitait les chrétiens à ne pas avoir peur du progrès. C'est un livre que j'ai toujours à la maison et que j'emporte partout avec moi. C'est un livre du futur. Même si j'ai parfaitement conscience qu'un parti d'inspiration chrétienne n'a plus aucun sens. La France le sait bien, elle qui, la première, a introduit une séparation entre l'action politique et l'engagement religieux.



R. H. - Je suppose que vous étiez plein d'amertume quand vous avez quitté la présidence du Conseil...



E. L. - Oui, ce fut tellement abrupt (15)... Je n'avais aucun projet de vie organisée. Le plus important, pour moi, était de me réorienter. Sciences Po, comme je vous l'ai dit, a été une grande chance. Et aujourd'hui, je suis heureux et très concentré sur le futur.



R. H. -  Quelle autre personnalité vous a marqué ?



E. L. - Tommaso Padoa-Schioppa, certainement. Il était ministre de l'Économie en 2006 quand j'étais secrétaire général du Conseil des ministres du gouvernement Prodi. Mais dix ans plus tôt, en 1996-1997, nous avions déjà travaillé ensemble. À cette époque, j'ai été pendant un an et demi secrétaire général du Comité pour l'euro. M. Padoa-Schioppa, lui, était alors le directeur général adjoint de la Banque d'Italie, délégué à la gestion de la monnaie unique. Il avait organisé une visite à Bercy et à la Banque de France pour que nous autres, responsables italiens, comprenions la façon dont la France s'y prenait. C'était un très grand personnage, étroitement lié à la France. Et il participait activement au Comité « Notre Europe » de Jacques Delors, auquel il a succédé comme président. J'ai toujours eu un grand respect pour cet homme aujourd'hui décédé, très européen et très respectueux de la légalité. Andreatta, Prodi, Padoa-Schioppa : je me sens un peu le fils de cette génération qui, je pense, a réellement sauvé l'Italie.



R. H. -  En Europe, quel personnage jugez-vous capable d'impulser des idées fortes ?



E. L. - Ne le prenez pas comme une provocation, mais je vous répondrai sans hésiter : le pape François. Je me souviens de son discours au Parlement européen (16). Ce fut le discours le plus européen et le plus animé d'idéal européen que j'aie eu l'occasion d'entendre dans ma vie. C'était un très grand discours, une pierre d'angle pour la construction européenne. D'autant plus fort qu'il venait d'un pape non européen qui, devant le Parlement de Strasbourg, parlait de l'Europe, au nom de l'Europe, avec une intensité pro-européenne rarement égalée ! C'était un appel courageux pour inciter l'Europe et les Européens à regarder la réalité en face. Et à retrouver les raisons profondes de vivre ensemble.



 


Notes :




(1) L'économiste Tommaso Padoa-Schioppa (1940-2010) fut directeur général à la Commission européenne de 1979 à 1983, membre du Comité Delors qui a participé à la création de la monnaie unique, vice-gouverneur de la Banque d'Italie puis ministre de l'Économie et des Finances dans le second gouvernement Prodi (2006-2008).

(2) Andare insieme, andare lontano (Aller ensemble, aller loin), Mondadori, 2015. Le sous-titre du livre est : « Pour ne pas perdre l'occasion de retourner à la croissance ».

(3) Adopté le 24 juin 2015 par le Parlement européen (par 464 voix contre 131 et 19 abstentions), le plan élaboré par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de la  Commission européenne, se présente comme un instrument novateur pour encourager les investissements en Europe. Par le biais d'un Fonds européen de garantie des investissements stratégiques (FEIS) doté de 16 milliards d'euros de capital, il prévoit de lever en trois ans 315 milliards d'euros d'investissements, dont 240 milliards affectés aux petites et moyennes entreprises, pour relancer la croissance européenne.

(4) Le 22 janvier 2015, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé qu'elle rachèterait des dettes d'État, dites dettes souveraines, autrement dit des obligations à échéance de 7 à 10 ans, pour injecter de nouvelles liquidités dans un système monétaire européen à bout de souffle. On a donné le nom de « quantitative easing » (plus connu sous son acronyme QE) ou « assouplissement » à cette opération sans équivalent en Europe, mais inspirée de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (la Fed). Cette opération, qui n'est pas sans rappeler la planche à billets, a débuté le 15 mars 2015 et devrait durer jusqu'en septembre 2016, à raison de 60 milliards d'euros de rachat de créances publiques par mois. Elle vise à faire baisser la valeur de l'euro, à relancer les exportations et la croissance et à combattre le chômage.

(5) Jens Weidmann est un économiste allemand, connu pour être un monétariste intransigeant. Il est, depuis 2011, président de la Bundesbank (BUBA) et administrateur de la BCE.

(6) Article 10, troisième alinéa, du préambule de la Constitution italienne de 1947 : « L'étranger auquel est interdit dans son pays l'exercice effectif de ses libertés démocratiques garanties par la Constitution italienne a droit à l'asile politique sur le territoire de la République, dans les conditions prévues par la loi. »

(7) Les Italiens ont toujours peur d'une résurgence de l'autoritarisme qui a caractérisé le régime fasciste, et tout ce qui ressemble à une concentration des pouvoirs dans une seule main, sans création de contre-pouvoirs, est vu avec appréhension. Matteo Renzi se prête à cette critique en court-circuitant syndicats, corporations et instances traditionnelles de consultation lors de l'élaboration de ses réformes.

(8) Aux élections législatives du 24 février 2013, le Mouvement Cinq Étoiles (M5S) de l'ancien comique Beppe Grillo a obtenu 25,6 % des voix et 163 parlementaires. La Ligue du Nord de Matteo Salvini a, de son côté, recueilli 4,34 % des suffrages. Elle est aujourd'hui créditée de 14 % des intentions de vote tandis que le M5S, après un reflux aux européennes du 25 mai 2014, semble retrouver la popularité qui était la sienne en 2013.

(9) Le 13 février 2014, à la veille de présenter sa démission du poste de président du Conseil au président de la République Giorgio Napolitano, Enrico Letta, battu et humilié par un vote contre lui de la direction du Parti démocrate, se dit « serein », mais ne peut s'empêcher d'accuser Matteo Renzi, à l'initiative du coup de force contre lui, d'être « obsédé par le pouvoir ».

(10) Fondé en octobre 2007, le Parti démocrate, qui a succédé aux Démocrates de gauche (DS), adhère à Strasbourg au Parti socialiste européen (PSE). Aux élections législatives de juillet 2013, ce parti de centre gauche a obtenu 25,4 % des voix, s'affirmant comme la première formation politique de la péninsule.

(11) FSF (Financial Stability Forum), devenu par la suite FSB (Financial Stability Board).

(12) Beniamino Andreatta (1928-2007), professeur d'économie originaire de Bologne, chrétien de gauche proche d'Aldo Moro (assassiné en 1978 par les Brigades rouges) a été ministre du Budget dans le premier gouvernement du socialiste Giuliano Amato (1993), puis ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Carlo Azeglio Ciampi (avril 1993-mars 1994), et enfin ministre de la Défense dans le premier gouvernement de Romano Prodi (mai 1996-octobre 1998). Le 15 décembre 1999, victime d'un AVC, il a sombré dans le coma avant de s'éteindre le 26 mars 2007.

(13) L'économie italienne est grevée par une dette publique colossale, la deuxième des grandes puissances industrielles après celle du Japon. Cette dette ne date pas d'hier, mais résulte de l'incurie des générations issues du boom des années 1960. Enrico Letta rappelle dans son interview que cette dette est passée de 40 % du PIB au début des années 1970 à 125 % vingt ans plus tard. La crise financière qui perdure depuis 2007 n'a pas permis de la combattre drastiquement. C'est ainsi qu'elle a atteint 134 % du PIB l'an dernier. Du moins une inversion de tendance est-elle envisageable aujourd'hui. Le programme d'action du gouvernement prévoit de la faire redescendre sous les 125 % du PIB en quelques années.

(14) Inspiré par les idées exprimées en 1927 par le philosophe catholique français Jacques Maritain, le personnalisme chrétien se présente comme la recherche d'une troisième voie entre le capitalisme libéral et le totalitarisme communiste ou fasciste. Il a été développé à partir de 1932 par Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue Esprit, et a exercé  une forte influence sur les intellectuels et les chrétiens de gauche.

(15) Le 13 février 2014, à l'initiative de Matteo Renzi, la direction nationale du Parti démocrate demande à Enrico Letta de se démettre pour faire place à un nouvel exécutif dirigé par le même Renzi. Le lendemain, Enrico Letta présente sa démission au chef de l'État. Le 17 février, Matteo Renzi se rend au Quirinal pour être chargé de former un gouvernement par le président Giorgio Napolitano.

(16) Le pape a prononcé un discours devant le Parlement européen à Strasbourg le 25 novembre 2014.