Politique Internationale - La Revue n°149 - HIVER - 2015

sommaire du n° 149
LIBYE : LE MIRACLE DE LA RECONSTRUCTION NATIONALE
Article de Patrick HAIMZADEH
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Más de cuatro años después del comienzo de la sublevación en Libia y la intervención de la OTAN que precipitó el fin del régimen, la situación sigue caracterizándose por la extrema fragmentación, la violencia incontrolable y la ausencia de consenso en torno a una perspectiva de reconstrucción política. Desde agosto de 2014, el poder está fragmentado entre Tobruk y Trípoli, dos entidades rivales que reivindican su propia legitimidad y que ya no controlan las fuerzas oficialmente afiliadas. La aparición sobre el terreno de grupos armados que han jurado lealtad al Estado Islámico complica aún más la situación. En este contexto, una nueva intervención extranjera no haría más que empeorar la guerra y reforzar a los extremistas de todo tipo. En este punto, no hay más solución que dejar una oportunidad (¡aunque sea ínfima!) a la diplomacia y fomentar el proceso de diálogo nacional emprendido el año pasado bajo los auspicios de la ONU.

 


Notes :


(1) Voir, sur ces « effets domino », Hamit Bozarslan, Révolution et état de violence, CNRS Éditions, 2015.

(2) Le bataillon de sécurité al-Jareh de Shahat, à proximité d'al-Bayda, tombe aux mains des insurgés le 18 février avec tout son armement lourd après que son commandant en second eut refusé de tirer sur les manifestants et les eut aidés à investir le bataillon. Dès le lendemain, une partie des armements de tous calibres saisis dans le camp sont acheminés à Benghazi. Ils serviront à mener l'assaut contre le bataillon de sécurité Fudeïl bu Umar au cours des jours suivants.

(3) Voir Charles Tilly, From Mobilization to Revolution, Addison-Wesley, Reading, 1978.

(4) Littéralement, le terme katiba se traduit par bataillon, ce qui correspond en termes militaires à un effectif allant de 200 à 500 hommes. Durant la guerre civile, les groupes de combattants dont certains ne regroupaient parfois qu'une vingtaine de combattants se sont baptisés katiba. Au cours de la guerre de 2011 et après, les plus petites katiba se sont souvent intégrées à des katiba plus importantes en conservant leurs chefs et leurs moyens.

(5) Le ministère libyen des Anciens combattants et Martyrs de guerre évaluait au printemps 2014 à 250 000 le nombre d'hommes en armes en Libye alors que les katiba révolutionnaires ne comptaient guère plus de 80 000 hommes au moment de la chute du régime en 2011.

(6) Le « courant islamiste » appelle à l'établissement d'une Constitution dont la source principale serait la charia, entendue comme code moral et juridique découlant du Coran et de la tradition du Prophète interprétée par les jurisconsultes.

(7) Misrata, troisième ville du pays, s'appuie sur sa forte légitimité révolutionnaire. En octobre 2011, la ville comptait 235 katiba regroupant officiellement 36 000 combattants enregistrés pour une population d'environ 300 000 habitants (source : entretien de l'auteur avec Salem Joha, commandant en chef des rebelles de la ville durant la guerre de 2011, Misrata, juin 2012).

(8) Patrick Haimzadeh, « Scénario à l'égyptienne en Libye ? », Orient XXI, 22 mai 2014, http://orientxxi.info/magazine/scenario-a-l-egyptienne-en-libye,0600

(9) Schématiquement, ces milices se sont scindées à Benghazi en deux factions rivales en mai 2014. La faction majoritaire englobe les puissantes katiba qui y ont constitué le fer de lance de l'insurrection de 2011 et dont les chefs, majoritairement anciens opposants islamistes du régime Kadhafi, ont accepté leur rattachement aux ministères de la Défense ou de l'Intérieur. La seconde faction, minoritaire en nombre et en puissance, regroupe les milices djihadistes d'Ansar al-Charia. Ces dernières rejettent le concept de processus électoral au profit des modes de consultation traditionnels (choura), seuls conformes selon elles à la charia.

(10) La Cour suprême libyenne invalidera le scrutin du 15 juin le 6 novembre, décision rejetée par le Parlement de Tobrouk.

(11) Libya Body Count, http://www.libyabodycount.org/

(12) Briefing by the SRSG for Libya, Bernardino Léon, to the Security Council, 26 août 2015, http://unsmil.unmissions.org/Default.aspx?tabid=3543&ctl=Details&mid=6187&ItemID=2099203&language=en-US

(13) Patrick Haimzadeh, « Libye : deux gouvernements, un général rebelle et des divisions qui s'approfondissent », Orient XXI, 5 juin 2014, http://orientxxi.info/magazine/en-libye-deux-gouvernements-un,0609

(14) Umberto Bacchi, « Greece: Seized tanker Haddad 1 concealed 5,000 shotguns "for Libya Islamists" », International Business Times, 3 septembre 2015, http://www.ibtimes.co.uk/greece-seized-tanker-haddad-1-concealed-5000-shotguns-libya-islamists-1518372

(15) « Défilé en armes à Benghazi demandant l'application de la charia » (en arabe), Qurina al-jadida, 8 juin 2012, http://www.qurynanew.com/36203

(16) Mohammad al-Zahawi sera mortellement blessé fin 2014 à Benghazi, mais sa mort ne sera officiellement annoncée qu'en janvier 2015. L'absence de successeur charismatique à la tête d'Ansar al-Charia est probablement l'une des raisons de la perte de vitesse du groupe dans les mois suivants, qui se traduira notamment par de nombreux ralliements de ses membres à l'État islamique.

(17) Principalement la katiba des martyrs du 17 février, la katiba Rafallah al-Sahati et la katiba des martyrs de la Libye libre.

(18) La branche Ansar al-Charia de Syrte est constituée par des islamistes radicaux de Misrata qui s'étaient regroupés au sein de la katiba Al-Farouq durant la guerre de 2011. Il est souvent fait état également de ralliements d'anciens membres des tribus fidèles à Kadhafi en 2011 à Ansar al-Charia, mais ceux-ci semblent relever avant tout d'initiatives isolées dont l'ampleur est augmentée par la propagande de leurs ennemis.

(19) « Annonce de la création de la brigade libyenne Al-Battar en Syrie » (en arabe), 13 décembre 2012, http://www.youtube.com/watch?v=tH7me_yigUs

(20) Vidéo d'un volontaire tunisien pour le djihad en Syrie ayant suivi un entraînement avec Ansar al-Charia à Benghazi (en arabe) https://www.facebook.com/photo.php?v=145015122373558

(21) Mary Fitzgerald, « It Wasn't Us », Foreign Policy, 18 septembre 2012.

(22) David Kirkpatrick, « A Deadly Mix in Benghazi », New York Times, 28 décembre 2013.

(23) Mohamed Eljarh, « A Snapshot of the Islamic State's Libyan Stronghold », Foreign Policy, 1er avril 2005, http://foreignpolicy.com/2015/04/01/a-snapshot-of-the-islamic-states-libyan-stronghold-derna-libya-isis/

(24) « Les groupes islamistes en Libye... divergences et affrontements » (en arabe), Libya 24, 24 fév. 2015.

(25) « IS parades severed heads in front of Libyan schoolchildren », Middle East Eyes, 15 mai 2015, http://www.middleeasteye.net/news/parades-severed-heads-front-libyan-schoolchildren-1483452174

(26) Vidéo de combattants touaregs appelant en langue tamachek à rejoindre les rangs de l'État islamique. https://archive.org/details/w.tarablus.resala.to.mowahdeen.original.quality_201501#

(27) L'accord a été signé par les élus du Parlement de Tobrouk, aussi bien ceux qui y siègent que ceux qui le boycottent. Ont également paraphé l'accord en tant que « témoins » le secrétaire général du Parti pour la justice et la construction (PJC) lié aux Frères musulmans, Mohammad Sowan, le représentant de l'Alliance des forces nationales de Mahmoud Djibril et les chefs des conseils locaux (maires) des villes de Tripoli, Benghazi, Misrata, Sebha, Zliten et Ajdabiya.

(28) La majorité requise pour l'adoption d'une décision par le Parlement est fixée légalement à 150 sur 192 membres. L'assistance lors des votes n'ayant jamais dépassé 120 députés, les résolutions prises précédemment par le Parlement sont théoriquement nulles et non avenues.

(29) Le général Heftar a déclaré à plusieurs reprises qu'il accepterait de « diriger la Libye si le peuple libyen lui en faisait la demande ».