Politique Internationale - La Revue n°151 - PRINTEMPS - 2016

sommaire du n° 151
LA STAR MONTANTE DU "MOUVEMENT CINQ ETOILES"
Entretien avec Luigi DI MAIO
Vice-Président de la Chambre des députés du Parlement italien
conduit par
Richard HEUZÉ
Correspondant de Politique Internationale en Italie. Auteur, entre autres publications, de : Matteo
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R. H.

Richard Heuzé - Vous aurez 30 ans en juillet prochain et votre carrière est déjà bien remplie : candidat à la municipalité de Pomigliano d'Arco, votre ville natale, en 2010, vous êtes élu député trois ans plus tard, en février 2013, sous l'étiquette du « Mouvement 5 Étoiles » (M5S) de Beppe Grillo (1) et propulsé dans la foulée au poste de vice-président de la Chambre des députés. Pourriez-vous retracer brièvement les étapes de ce parcours fulgurant ?



Luigi Di Maio - Ce parcours fulgurant se confond avec celui du Mouvement 5 Étoiles. Vous l'avez rappelé : je viens de Pomigliano d'Arco, une ville de 40 000 habitants dans la province de Naples réputée pour deux choses : son usine Fiat et ses déchets industriels. Elle a été le plus grand pôle industriel du sud de l'Italie. À une époque, 10 000 personnes travaillaient chez Fiat. Il n'y en a plus que 4 500 aujourd'hui. Cette ville se trouve au centre du « triangle de la mort », la tristement célèbre « Terra dei fuochi » (2). Très tôt, j'ai côtoyé le monde de l'industrie, de la politique et des syndicats. Je suis entré au lycée au début des années 2000. J'ai été élu deux fois délégué de classe, trois fois délégué d'établissement et deux fois représentant au niveau provincial. Cette expérience a été un moment important de ma formation.



R. H. - Y a-t-il eu un événement qui vous a poussé à vous engager en politique ?



L. D. M. - Le 31 octobre 2002, trente enfants ont été tués dans l'effondrement d'une école primaire lors d'un séisme à San Giuliano, dans les Pouilles. Cet épisode dramatique a profondément frappé un monde enseignant confronté à la vétusté des bâtiments scolaires dans le Mezzogiorno. Mon école était dans ce cas. J'ai alors pris la tête d'un mouvement lycéen qui s'est constitué pour demander la construction d'un nouvel établissement et j'ai participé à la pose de la première pierre de la nouvelle école. Puis je suis parti faire des études de droit à l'université Federico II de Naples, l'université laïque la plus ancienne d'Italie. J'ai été élu président du Conseil des étudiants. C'est en 2007 que j'ai croisé la route du Mouvement 5 Étoiles. Le 8 septembre 2007, j'ai participé à son « V-Day » (Vaffanculo Day) pour obtenir un « Parlement propre » (3). Nous avions trois revendications : empêcher tout parlementaire condamné par la justice de siéger dans une assemblée ; introduire le système des préférences dans la loi électorale ; et limiter le nombre de mandats parlementaires à deux. Notre pétition a recueilli 350 000 signatures au plan national.



R. H. - Le M5S naît officiellement le 4 octobre 2009 (4). En faites-vous tout de suite partie ?



L. D. M. - Oui. J'ai aussitôt constitué la première liste du M5S qui s'est présentée à Pomigliano, où vit toute ma famille. Mon père est géomètre, et a appartenu au MSI néo-fasciste. Ma mère est professeur de latin-grec.



R. H. - Quand avez-vous rencontré Beppe Grillo pour la première fois ?



L. D. M. - Notre rencontre a été tardive. Je l'ai vu la première fois lorsqu'il est venu soutenir ma campagne électorale à Pomigliano d'Arco. C'était le 11 mars 2013. J'ai été élu le 23 mars et aussitôt désigné par le groupe M5S comme candidat à la vice-présidence de la Chambre. Beppe Grillo ne s'est jamais prononcé sur cette candidature et je n'ai jamais eu de rapports personnels avec lui avant mon élection.

Ce qui m'a le plus étonné, c'est qu'il se comporte dans la vie comme sur la scène politique. C'est exactement le même personnage. Il ne récite pas. Ce qu'on apprécie chez lui, c'est son authenticité. Beppe Grillo est un visionnaire qui, en dix ans, a réussi à faire d'un mouvement de protestation la deuxième force politique du pays. Il n'a jamais voulu être élu. Il a préféré rester l'inspirateur du mouvement et le garant des règles. Dans les nouveaux spectacles qu'il est en train de monter après avoir pris ses distances par rapport au Mouvement (5), il parle surtout d'« économie bleue » et de revenu de solidarité. Ne le sous-estimez pas. Ce qui semble un spectacle est, en fait, une vision très avancée de nos sociétés !



R. H. - Le Mouvement n'est pas un parti classique. Il n'a ni siège social, ni sections, ni même un organigramme précis. Toute votre communication, interne et externe, passe par le « Réseau ». Qu'est-ce donc au juste que ce Réseau ?



L. D. M. - Le Réseau est un lieu où notre mouvement fait se rencontrer ses militants. J'ai d'abord découvert le blog de Beppe Grillo (6), puis le groupe le plus proche de chez moi qui se reconnaissait en lui. On a organisé une réunion dans un café pour faire connaissance. Le Réseau est un substitut du parti. Les adhérents du Parti démocrate qui veulent discuter se rassemblent au siège du parti. Au M5S, nous n'avons pas de structures matérielles. Tous ceux qui cherchent à nous connaître trouvent sur Internet nos références et les lieux où nous nous réunissons, qui peuvent être une place, un bar ou un jardin public. Cette organisation nous a permis de faire de la politique à coût zéro. Nous ne publions aucun bilan. Nous refusons les financements publics. Nos seules ressources sont celles qui proviennent de nos militants et de nos élus qui rétrocèdent une partie de leurs indemnités au parti. L'argent ainsi recueilli sert à financer des initiatives spécifiques, le plus souvent des projets de micro-crédit pour les PME. Le Réseau est aussi, pour nous, une instance de décision. Nous n'organisons ni congrès ni élections primaires comme les partis traditionnels. Combien sommes-nous à exprimer une opinion sur notre plate-forme ? Nos « grands électeurs » sont au nombre de 130 000. Nous les connaissons depuis longtemps. Nous avons enregistré leur identité et ils se prononcent sur tous les grands problèmes auxquels nous sommes confrontés, qui peuvent aller de la politique migratoire à l'union civile. Ce sont nos référendums quotidiens.



R. H. - Qui vous a désigné comme candidat du Mouvement au Parlement ?



L. D. M. - Tout passe par Internet. Le Réseau choisit les postulants. Condition primordiale : ils doivent avoir un casier judiciaire totalement vierge. Toute personne impliquée dans une affaire judiciaire, même si elle n'a pas été condamnée, est écartée d'office. Tout le contraire de ce qui se passe au Parti démocrate dont l'un des dirigeants, Vincenzo De Luca (7), s'est fait élire gouverneur de Campanie alors que la loi Severino (8) lui interdisait de se présenter.

L'Italie est le deuxième pays le plus corrompu d'Europe juste avant la Bulgarie (9). Le M5S réclame des normes plus sévères et s'oppose aux autres partis qui, tous sans exception, ont gouverné le pays en favorisant la corruption et l'évasion fiscale. On nous qualifie de populistes. Si être populiste, c'est vouloir se doter de règles inflexibles contre la corruption, je revendique ce terme.

Une étude de l'université Luiss (10) montre que notre Mouvement est divisé en trois sensibilités : un tiers se déclare de gauche, un tiers du centre et un dernier tiers de droite. Encore un trait qui nous différencie du PD dont 70 % des électeurs se situent à gauche.



R. H. - Le M5S s'est toujours refusé à entrer dans quelque alliance que ce soit, au gouvernement comme au niveau local. Il reste dans sa tour d'ivoire. On l'a encore vu en mai 2013 lorsque le Mouvement a refusé la main que lui tendait le leader démocrate de l'époque Pierluigi Bersani - celui que vous surnommez « Gargamel » en référence au sorcier des Schtroumpfs - pour former un gouvernement de coalition. Comment doit-on interpréter cette attitude ? Par la crainte d'endosser des responsabilités ?



L. D. M. - Pas du tout. Ceux qui ont voté pour nous en 2013 savaient très bien que nos statuts nous interdisaient toute alliance préalable. Seules nous sont autorisées des alliances ponctuelles, lors du vote de telle ou telle loi. Faut-il en déduire que nous ne voulons pas gouverner ? Non. Nous voulons simplement proposer au pays une véritable alternative. En 2013, nous avons été cohérents et avons respecté nos statuts. Bersani, faute d'avoir pu former un gouvernement, a été emporté dans le tourbillon infernal des partis italiens. Nous avons évité au Mouvement de subir le même sort. Notre objectif principal n'est pas de nouer des alliances, mais de mettre en oeuvre notre programme. Croyez-moi, faire vivre un projet politique dans cette fosse à requins n'est pas chose facile. Notre Mouvement rassemble des hommes et des femmes qui ont cessé de croire dans les idéologies, qu'elles soient de gauche, du centre ou de droite. Mais ils croient fermement dans le programme que nous avons élaboré ensemble et ont à coeur de le voir appliquer.



R. H. - Parlons donc de ce programme. Le « revenu de citoyenneté » y occupe une place centrale. De quoi s'agit-il ?



L. D. M. - L'Italie est le seul pays d'Europe à ne pas disposer d'un mécanisme de soutien systématique aux classes les plus déshéritées. Sur 60 millions d'habitants, notre pays compte 10 millions de pauvres dont 3 millions en situation de pauvreté absolue et 7 millions dans la précarité (11). Les deux tiers de ces 10 millions de personnes travaillent et pourtant elles ne gagnent pas suffisamment pour sortir de la pauvreté. Comment entendons-nous financer ce « revenu de citoyenneté » ? En taillant dans le budget de l'État. Nous nous proposons d'économiser 47 milliards d'euros, ce qui est très peu au regard des 840 milliards d'euros dépensés chaque année par la puissance publique. Nous envisageons de supprimer vingt-cinq chapitres de dépenses et de taxer les lobbies, les sociétés d'autoroutes, ainsi que les jeux de hasard, loteries et autres (12). Cela nous permettra de distribuer 780 euros à chaque citoyen dans le besoin, avec un complément de revenu pour ceux qui travaillent sans gagner plus de 300 euros par mois, et ils sont nombreux. Pourquoi ce chiffre de 780 euros ? Parce que c'est le seuil de pauvreté en Italie, tel que l'a défini Eurostat. Si la cellule familiale se compose de trois éléments dont les revenus se situent sous ce seuil, le « revenu de citoyenneté » ne sera pas multiplié par trois, mais restera plafonné à 1 200 euros par mois. À cette somme s'ajouteront des programmes de formation, des travaux d'utilité publique et l'obligation pour les personnes aidées d'accepter l'emploi qui leur serait offert. Selon nos calculs, cette mesure engendrerait un point et demi de croissance supplémentaire par an. Elle permettrait d'injecter immédiatement des liquidités dans l'économie réelle.



R. H. - Ce genre de mesure redistributive est typique d'un programme de gauche...



L. D. M. - Vous avez raison mais, à côté de cela, nous avons un projet de soutien aux petites et moyennes entreprises - une politique qui, en Italie, a toujours été l'apanage de la droite. En fait, ni la droite ni la gauche ne l'ont jamais réalisée. Ce qui prouve que nous sommes parfaitement transversaux. L'aide aux PME constitue l'un des piliers majeurs de notre programme. Le tissu industriel de l'Italie est composé à 99 % de PME dont 80 %, de type familial, emploient moins de dix salariés.

Cette fragmentation du tissu industriel pose plusieurs problèmes. À commencer par l'absence de ressources suffisantes pour investir et se maintenir sur le marché. Ce problème de l'accès au crédit est crucial. C'est pourquoi, avec la part de leur salaire que nos élus versent au Fonds de solidarité, nous finançons grâce au micro-crédit 8 000 petites entreprises pour leur permettre de réaliser leurs plans d'investissements.

Évidemment, notre programme prévoit une refonte globale des banques. L'Italie est le pays d'Europe le plus touché par les créances douteuses : 350 milliards d'euros de créances sont problématiques, 200 milliards ne seront sans doute jamais remboursés (13). Il faudra aussi réformer les autorités de surveillance qui sont en proie à de profonds conflits d'intérêts. La Banque d'Italie, qui devrait contrôler les banques, est en fait au service de ses actionnaires qui ne sont autres que les grands établissements de crédit. Quant à la Consob, le gendarme de la Bourse, elle est trop perméable aux pressions politiques. Nous proposons de séparer nettement les banques commerciales, qui financent les entreprises et les particuliers, des banques d'affaires, qui se livrent à la spéculation. Quand un épargnant place ses économies dans une banque, il est en droit de savoir si celle-ci prête de l'argent aux entreprises et aux ménages ou si elle joue en Bourse. Nous avons également un projet de banque d'investissements publics sur le modèle de la KFW allemande (14) qui permettrait à l'État de réaliser des investissements productifs très ciblés.



R. H. - Certains pays européens plaident pour une plus grande flexibilité financière et un assouplissement des règles budgétaires. Où vous situez-vous dans ce débat ?



L. D. M. - La flexibilité n'est ni une idéologie ni une utopie. Nous n'y sommes pas opposés, mais à deux conditions : qu'elle ait un fort effet multiplicateur et qu'elle permette de créer des emplois. La manière dont Matteo Renzi l'utilise est irresponsable. Il multiplie les cadeaux électoraux via l'emprunt, creusant ainsi des déficits qui pèseront sur nos enfants. Ce n'était pas le cas du bonus de 80 euros par mois (15) attribué l'an dernier aux ménages gagnant moins de 25 000 euros par an. Ça l'est, en revanche, pour la prime de 500 euros promise cette année à tous les jeunes qui atteignent la majorité, pour les 80 euros mensuels distribués aux forces de l'ordre et pour la suppression de l'impôt communal dit « TASI » (16). Le déficit public est utilisé uniquement à des fins électoralistes, au détriment des investissements de long terme. L'Union européenne nous a déjà mis en garde. Elle prévoit que, dès l'an prochain, notre pays replongera dans la récession.



R. H. - Concevez-vous néanmoins que l'Italie puisse déroger à la règle des 3 % de déficit public fixé par Maastricht ?



L. D. M. - Oui, s'il s'agit d'investir dans trois grands secteurs :

1) l'énergie. L'Italie possède les ressources géothermiques les plus importantes d'Europe - 87 % du sous-sol en recèle. Elles ne sont pas exploitées comme elles le devraient. Nos fleurons industriels, l'ENI, l'ENEL, disposent d'un savoir-faire reconnu en matière d'énergies renouvelables. Ils ne l'utilisent pas faute de volonté politique. Le pays n'a pas encore entamé sa révolution énergétique.

2) la sécurité du territoire. Un million d'Italiens vivent dans des zones à haut risque hydrogéologique. Chaque fois qu'il pleut, il y a des morts.

3) les infrastructures, dans le Sud surtout. La Basilicate n'a pas d'autoroute. La Sicile n'en a plus qu'une seule depuis qu'un pont autoroutier qui venait d'être inauguré s'est effondré. Il faudrait aussi construire des routes, des métros, des équipements scolaires.

Encore une fois, nous disons oui à la flexibilité, mais de manière ciblée. Pas comme Renzi qui ne réussit qu'à s'attirer les foudres de l'Europe.



R. H. - Comme de nombreux partis populistes en Europe, vous êtes contre la monnaie unique. Que voulez-vous faire ? L'abolir, revenir à la lire ?



L. D. M. - Je rappellerai tout d'abord que le choix appartient aux citoyens. Nous proposons d'organiser un référendum consultatif, non contraignant, sur notre maintien au sein du système européen de monnaie unique. Beaucoup disent que le résultat est prévisible. Je ne le crois pas. Mais quelle que soit l'issue de cette consultation, elle permettra d'ouvrir un vaste débat sur l'après-euro. Le Financial Times estime que l'Italie ne réussira pas à rester dans l'euro. Les efforts désespérés de Mario Draghi pour relancer l'inflation à travers sa politique de Quantitative Easing (17) sans jamais y parvenir doivent nous conduire à une réflexion générale sur notre système monétaire.



R. H. - Quels sont les grands axes de cette réflexion ?



L. D. M. - J'en vois trois.

1) Il faut cesser de considérer que les pays du sud de l'Europe doivent nécessairement cheminer au même rythme que ceux du Nord.

2) Les taux d'intérêt doivent varier en fonction du territoire. Il n'est pas possible de continuer à emprunter au même taux en Calabre et dans le Piémont, en Italie et en Norvège, simplement parce que quelqu'un à Francfort l'a décidé.

3) Il est urgent de se poser la question de l'objectif de l'économie européenne. Au-delà de la monnaie unique, où l'Union veut-elle aller ? Doit-elle valoriser ses productions ou bien, comme cela se passe actuellement, se transformer en une institution qui favorise l'entrée des produits d'Afrique du Nord et de Chine ? Si les discussions sur les traités de libre-échange aboutissent, on se retrouvera bientôt face à une invasion de produits chinois qui portera tort avant tout au Made in Italy. Personne ne réalise à quel point cette ouverture indiscriminée aux produits chinois sera apocalyptique pour nos productions.



R. H. - Vous envisagez de consulter les Italiens par référendum, n'est-ce pas ?



L. D. M. - Effectivement, notre stratégie s'apparente à celle de David Cameron. Le référendum du premier ministre britannique portera sur l'Union européenne, le nôtre sur l'euro. Cameron utilise cette arme pour peser sur les négociations en cours (18). Si la Grande-Bretagne est considérée comme un pays stratégique pour l'Union, alors que dire de l'Italie qui est son troisième contributeur net ? Tôt ou tard, les pays membres seront contraints sous la pression de leurs opinions publiques de prendre des décisions sur la politique monétaire et les traités fondateurs. Avant qu'un point de non-retour ne soit atteint, je suis persuadé que s'ouvrira une phase de réflexion pendant laquelle l'Union se remettra en question et se penchera sur le nouveau rôle de sa monnaie.



R. H. - Cette réflexion peut-elle conduire l'Italie à sortir de l'euro ?



L. D. M. - Tout dépend des solutions qui nous seront offertes. Elles sont nombreuses, comme le retour à la lire. On pourrait aussi envisager la création d'une zone euro propre aux pays méditerranéens ou la renégociation des traités liés à l'euro comme le MES ou le Pacte budgétaire. Les dirigeants européens, au niveau politique ou bancaire, sauront-ils répondre à la détresse de pays qui n'ont aujourd'hui plus d'autre choix que de revendiquer une plus grande liberté en matière de politique économique ? L'avenir le dira.



R. H. - Abordons un autre dossier tout aussi délicat qui touche l'Italie au premier chef : celui des flux migratoires. Partagez-vous la position de la Ligue du Nord qui voudrait endiguer l'arrivée de migrants par voie de mer et les renvoyer dans leur pays ? Que pensez-vous des appels de Matteo Renzi à davantage de solidarité de la part du reste de l'Europe ?



L. D. M. - Ce que Matteo Renzi ne dit pas, c'est qu'en Italie l'immigration est un business des plus lucratifs. D'après l'Union européenne, il suffit de trois mois pour accomplir les formalités d'identification d'un migrant qui arrive sur nos côtes. Dans les faits, il faut plus de deux ans parce que les autorités italiennes - et j'assume totalement la responsabilité de mes propos - n'ont jamais voulu accélérer ce processus. Plus ces malheureux restent longtemps dans des centres d'accueil et d'identification, plus les organismes privés qui les administrent (Onlus (19), coopératives, associations, sociétés) reçoivent d'argent. Sur 100 migrants qui parviennent en Italie, 97 devraient être répartis dans les autres pays de l'Union. Au lieu de cela, ils végètent dans des lieux d'accueil pendant des mois et des mois. Cette situation s'explique par les liens de connivence qui se sont tissés entre les partis politiques, les organisations criminelles et les organismes chargés de gérer ces flux. Pour la Ligue du Nord (20), l'ennemi est l'immigré. Pour nous, l'ennemi est le business de l'immigré. Prenez le cas du Cara de Mineo (21), cet énorme centre d'accueil près de Catane, qui héberge 5 000 migrants dans une localité de 3 000 habitants. C'est le plus grand d'Europe, une bombe à retardement au beau milieu de la Sicile. Des enquêtes judiciaires ont montré que sur les 38 euros par jour versés par l'Union européenne pour leur entretien, les migrants n'en reçoivent que 8, le reste finissant dans les poches des intermédiaires. Si nous ne résolvons pas ce problème, l'Italie n'aura jamais intérêt à accélérer les processus d'identification.



R. H. - Que faut-il faire ? Suspendre Schengen, renvoyer les migrants chez eux, limiter la liberté de circulation ?



L. D. M. - Il existe parmi les citoyens européens, et en particulier les Italiens, un fort sentiment d'insécurité. Tout renforcement des contrôles aux frontières est bon à prendre. Cela dit, la question n'est pas de sauver Schengen, mais de garantir la sécurité des citoyens. Deuxièmement, s'agissant des rapatriements, le M5S n'a jamais renoncé à faire la différence entre ceux qui ont le droit de rester dans notre pays et ceux qui ne l'ont pas. S'il est possible de renvoyer ces gens chez eux, faisons-le. Si ce n'est pas possible, le problème devient européen et il faut modifier Dublin III (22) afin que tous les États membres puissent prendre en charge ceux des migrants qui ne peuvent pas être rapatriés. Pour arrêter les flux, l'Europe doit prendre deux mesures immédiates : suspendre les ventes d'armes aux pays d'où viennent les migrants ; et cesser de conclure des accords avec les États qui financent les terroristes. Ce que le gouvernement de Matteo Renzi s'apprête à faire en Libye est une folie. Il a déjà déployé ses chasseurs et se tient prêt à bombarder des sites tenus par les djihadistes. Contrairement à Matteo Renzi, je suis convaincu que le meilleur moyen de combattre le terrorisme est de l'affamer : en asséchant ses sources de financement et ses approvisionnements en armes. Cela vaut pour la Syrie : nous devons d'abord miser sur les sanctions et nous abstenir de toute relation d'affaires avec le Koweït, le Qatar, l'Arabie saoudite et autres bailleurs de fonds du terrorisme. Il faut aussi renforcer les contrôles aux frontières, notamment celles de la Turquie, et exiger des autorités d'Ankara qu'elles mettent fin au trafic de pétrole. Il faut surtout aider le président Assad à reconstituer son armée et ses forces de police afin de leur permettre de se réapproprier le territoire et de combattre Daech.



R. H. - Aider un régime responsable de la mort de 260 000 civils syriens ? C'est bien ce que vous préconisez ?



L. D. M. - Au moment où je vous parle, oui. Il faut être réaliste. Aujourd'hui, le gouvernement syrien est le seul qui soit en mesure de vaincre l'État islamique. Si, par la suite, on veut engager un processus démocratique en Syrie, qu'on le fasse. Mais pour moi et pour le M5S, seul Assad est capable de reprendre le contrôle du territoire syrien et des gisements pétroliers. Il faut tirer les leçons de l'Histoire. On ne peut pas commettre la même erreur qu'en Libye. Il n'y a pas d'autre solution. Depuis vingt ans, nous cherchons à faire autrement et nous nous retrouvons avec des millions de réfugiés sur les routes de l'exil.

N'oublions pas, non plus, les migrations climatiques. Les sécheresses, les atteintes à l'environnement engendrent des flux migratoires que l'on ne pourra endiguer que par des actions énergiques. J'espère que les promesses de la COP21 seront remplies. Et il faut bien admettre que, si nous voulons réellement tenir ces promesses, nous ne pourrons pas faire l'économie d'un changement de nos modes de production industrielle et énergétique.



R. H. - On assiste ces derniers temps à l'éclosion ou à la montée en puissance de très nombreux mouvements populistes en Europe : le Front national en France, la Ligue du Nord en Italie, Syriza en Grèce, Podemos et Ciudadanos en Espagne. Dans cette constellation de nouveaux partis, où le M5S se situe-t-il ? Quelle est votre perception du populisme ?



L. D. M. - Le populisme, je le vois surtout dans les partis traditionnels qui cherchent à nous singer parce qu'ils n'ont plus d'idées nouvelles à mettre en avant. Par exemple, dans la politique du gouvernement italien qui, je le répète, distribue des aumônes à visée électoraliste sans se soucier du fait qu'il plombe les finances publiques. Pas dans un parti comme le nôtre qui, certes, veut déroger aux objectifs de déficit public, mais pour faire des investissements productifs.

Chaque parti « non conventionnel » a, voyez-vous, une histoire qui lui appartient. La force de ces mouvements réside précisément dans leur singularité. En ce moment, je me sens en phase avec le gouvernement britannique dans sa tentative de reconquête de souveraineté. Cameron exige que les traités soient soumis à l'approbation préalable du Parlement de Westminster sous peine de ne pouvoir être mis en oeuvre. Quoi de plus normal ? A contrario, Syriza, en Grèce, a organisé un référendum dont il n'a tenu aucun compte. En Italie, la Ligue du Nord conteste la réforme des retraites, qu'elle a pourtant votée. En Espagne, si Podemos s'allie avec le PSOE pour former un gouvernement de centre gauche à Madrid, il montrera au grand jour son incohérence. Si vous dites que vous ne ferez jamais d'alliance et que vous le faites quand même, vous trahissez ceux qui ont voté pour vous. De ce point de vue, nous sommes très différents de Podemos. Nous nous retrouvons dans sa critique des institutions européennes, mais cela ne va pas plus loin. Bref, il faut se méfier des étiquettes et des catégories toutes faites...



R. H. - Que feriez-vous si vous arriviez au pouvoir ?



L. D. M. - Si nous devions former un gouvernement, notre objectif ne serait pas d'abattre les institutions européennes. Nous nous assiérions autour d'une table et nous dirions : « Regardez. Le temps de la résistance au changement est révolu. Il faut engager un processus qui mette au centre les fonctions électives et les droits des citoyens, et pas seulement l'économie. » Or, aujourd'hui, les institutions européennes sont formatées par les traités économiques au mépris de nos intérêts nationaux. Un exemple : les accords qui facilitent les importations d'huile tunisienne et d'oranges marocaines en Europe détruisent notre outil productif en Sicile et dans les Pouilles. Et pourtant, l'Union européenne a bien été conçue pour favoriser son marché intérieur, pas pour ouvrir toutes grandes ses portes à l'extérieur. Si, pour aider la Tunisie et le Maroc, on doit sacrifier nos produits, c'est la preuve que l'Union fonctionne mal. N'y a-t-il pas d'autre moyen d'aider ces pays ? Ne peut-on pas, plutôt, créer des universités, des centres de formation et de culture ? Je le redis : l'Union européenne fera faillite le jour même où elle s'ouvrira aux produits chinois. Car un continent comme le nôtre, qui a toujours misé sur l'excellence, ne peut pas se lancer dans une compétition inégale avec un pays qui privilégie la quantité au détriment de la qualité.





 


Notes :


(1) Né en 1948 à Gênes, Beppe Grillo est tout à la fois un comique, un activiste et un homme politique italien. Il a commencé sa carrière sur les planches et sur divers plateaux télévisés en se lançant avec verve dans de longs monologues satiriques sur la situation politique. Il a également tourné avec divers metteurs en scène dont Luigi Comencini et Dino Risi. À partir de 2005, il anime un blog qui obtient un vif succès. Quatre ans plus tard, le 4 octobre 2009, il fonde le « Mouvement 5 Étoiles » (M5S). Cette formation populiste dont il se proclame le leader recueille 8,7 millions de voix aux élections de février 2013 et fait élire 163 parlementaires avec 25,6 % des suffrages, devenant ainsi la deuxième force politique du pays.

(2) La Terra dei fuochi (la terre des feux) est une vaste étendue de terres agricoles de trois millions de mètres carrés entre Naples et Caserte, rendue célèbre par les déversements illégaux de détritus et de substances dangereuses effectués par la Camorra (la mafia napolitaine) à partir des années 1970. Le premier cri d'alarme a été lancé en 2003 par une ONG environnementaliste, la Legambiente. Les incendies criminels allumés par les gangs et les infiltrations de produits toxiques ont provoqué des allergies respiratoires et des cancers qui ont fait plusieurs dizaines de victimes. Les enquêtes judiciaires ouvertes après les révélations d'un « repenti » de la Camorra, Carmine Schiavone, ont débouché sur de nombreuses mises en examen. Depuis quelques années, les dépôts de matériels polluants sont interdits et des opérations compliquées sont en cours pour tenter de bonifier les terrains.

(3) Célébré pour la première fois le 8 septembre 2007 à l'initiative de Beppe Grillo, le « V-Day » (raccourci pour « Vaffanculo Day » ou « va te faire f... ») est une initiative dirigée contre la présence au Parlement d'élus en délicatesse avec la justice et refusant de se démettre. Le succès a été tel que ce geste de protestation a été repris plusieurs fois par le M5S.

(4) Fondé à Milan, le 4 octobre 2009, par Beppe Grillo et un groupe d'activistes correspondant entre eux par Internet, le Mouvement 5 Étoiles (M5S) a été officiellement enregistré comme parti politique en décembre 2012. Le M5S se veut un mouvement antiparti et antisystème. Il est souvent comparé aux partis Pirates d'Europe du Nord ou aux « Indignés » espagnols. Il intervient dans tous les domaines de la vie politique et sociale du pays, refuse toute forme d'alliance et constitue une réelle force de rupture.

(5) Le 3 février 2016, Beppe Grillo, après avoir annoncé qu'il prenait du champ par rapport à l'actualité politique immédiate, est revenu au théâtre dans un show intitulé « Grillo contre Grillo » : « Je ne suis pas parti, mais je veux désormais recommencer à analyser la réalité comme un comique », a-t-il dit. Il se produit dans tout le pays et rencontre un vif succès. Luigi Di Maio, promu au rang de dauphin, a assisté à son premier spectacle à Milan.

(6) Son blog est certainement l'un des plus lus d'Italie. C'est le principal canal de communication politique de Beppe Grillo. Il est animé par le comique, et jusqu'à son décès en avril dernier, par son éminence grise, l'inquiétant Giancarlo Casaleggio, une espèce de gourou qui présidait une société informatique d'analyse de marchés, la Casaleggio Associati SR, dont le quotidien Il Fatto Quotidiano disait : « Ce n'est pas le Spectre, mais tout juste. »

(7) Longtemps maire de Salerne et élu président de la région Campanie le 18 juin 2015, ce dirigeant démocrate de 66 ans avait été condamné en première instance à un an de prison pour abus de pouvoir dans une affaire de construction d'incinérateur. En appel, le 5 janvier 2016, la Cour d'assises de Campanie l'a toutefois déclaré innocent.

(8) Promulguée le 6 novembre 2012, la loi Severino, du nom de la garde des Sceaux du gouvernement Monti, Paola Severino, et complétée par six décrets d'application contient un certain nombre de mesures contraignantes visant à combattre la corruption politique. Elle prévoit, notamment, la suspension ou la déchéance de toute charge publique pour tout élu condamné à plus de dix-huit mois de prison. Appliquée en novembre 2012 à Silvio Berlusconi, elle a entraîné sa radiation du Sénat.

(9) Selon l'ONG Transparency International, l'Italie confirme en 2016 sa mauvaise réputation en matière de corruption. Elle se situe à l'avant-dernier rang en Europe, juste avant la Bulgarie, l'État le moins bien classé.

(10) Selon le Centre italien d'études électorales (CISE) de l'université Luiss de Rome animé par le professeur Luigi D'Alimonte, le M5S se distingue des autres formations politiques traditionnelles par sa « transversalité ». Au Parti démocrate, 71 % des électeurs se réclament de la gauche. Au M5S, 46 % se situent au centre, 36 % seulement à gauche et 21 % à droite. Autres différences essentielles : sur 100 électeurs du M5S, 62 sont des hommes (contre 30 seulement au Parti démocrate), et 35 % des jeunes de moins de 29 ans votent pour le M5S contre 32 % pour le Parti démocrate.

(11) D'après les chiffres de l'ISTAT (l'INSEE italien), 6 millions d'Italiens, soit 9,9 % de la population, se trouveraient dans un état de pauvreté absolue et seraient considérés comme des « indigents ». La pauvreté relative toucherait 10 millions de personnes incapables de boucler leurs fins de mois par leurs propres moyens. La fondation Hume parle de « 9 millions d'exclus ». Le chômage touche 11,9 % des actifs, mais il a reculé de manière significative depuis la mi-2015 grâce au « Jobs act » qui a permis de créer 660 000 nouveaux emplois.

(12) Il convient de nuancer les propos de Luigi Di Maio en relevant que les loteries et les jeux de hasard sont déjà lourdement taxés en Italie. Ils rapportent chaque année 9 milliards d'euros au fisc. Le percepteur a eu la main particulièrement lourde sur les « slot-machines » (les bandits manchots) dont la fiscalité a augmenté de 15 % pour la deuxième année consécutive.

(13) Les créances douteuses des banques italiennes ont atteint 200 milliards d'euros au début du mois de mars 2016, en données brutes. Un record qui a suscité l'inquiétude de Bruxelles et des remontrances de la part de la Commission. Pier Carlo Padoan, le ministre de l'Économie, ramène toutefois leur montant net à 86 milliards d'euros.

(14) La banque publique allemande Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) a été fondée en 1948 pour gérer les prêts à l'Allemagne du plan Marshall.

(15) Pour relancer la consommation, Matteo Renzi a décidé en 2015 d'offrir un dégrèvement fiscal de 80 euros par mois aux revenus salariés n'excédant pas 25 000 euros par an. La mesure a été reconduite pour l'année 2016. Elle représente pour le budget de l'État un engagement financier de 10 milliards d'euros par an. En novembre 2015, le président du Conseil a offert un bon d'achat de 500 euros à chacun des 550 000 jeunes parvenant à la majorité, sous réserve de les dépenser (moyennant justificatifs) en billets de spectacle, de cinéma, de concert, achat de livres ou toute autre initiative culturelle et achat relatif à une bourse d'études. Une ligne de financement de 50 millions d'euros a été inscrite au budget 2016 à cet effet.

(16) La taxe sur les services invisibles (TASI) a été instituée dans le budget 2015 et sert à financer les services communaux indispensables à la population : police locale, protection civile, entretien des jardins publics, défense de l'environnement, du territoire, du patrimoine historique, culturel ou archéologique, illumination publique, entretien des cimetières, etc.

(17) Le 22 janvier 2015, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé un plan d'achats massifs de titres d'État afin d'injecter des liquidités dans un système monétaire européen déprimé par une faible inflation, dans le but de la stabiliser à 2 % par an. Le 10 mars 2016, elle a porté de 60 à 80 milliards d'euros par mois la somme de ces rachats, et cela jusqu'en septembre 2016. Soit une intervention globale de 2 200 milliards d'euros. En outre, au grand dam des économistes allemands, elle a purement et simplement annulé les taux d'intérêt qu'elle pratique sur ses prêts, les ramenant de 0,05 % à 0,00 % pour la première fois de son histoire. Selon Mario Draghi, le patron de la BCE, l'inflation dans la zone euro devrait rester négative pendant encore quelque temps avant de repartir à la hausse : 1,3 % en 2017 et 1,6 % en 2018.

(18) Lors de sa réunion du 2 février 2016, le Conseil européen a formulé une proposition de « nouveau règlement » avec le Royaume-Uni, soulignant que « les liens qui nous unissent sont plus forts que ceux qui nous divisent ». Le président du Conseil, Donald Tusk, l'a présentée comme « une bonne base de compromis » pour permettre à Londres de rester dans l'Union. La proposition porte sur la gouvernance économique, la compétitivité, la souveraineté, les prestations sociales et la liberté de circulation. Pour sa part, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, parle d'une offre « équitable pour le Royaume-Uni comme pour les autres pays membres », qui respecte les principes de base de l'Union et qui préserve l'intégrité et la cohésion de la zone euro.

(19) Associations à but non lucratif, sur le modèle des associations françaises loi 1901. Elles bénéficient d'avantages fiscaux et doivent figurer sur le registre national des Chambres de commerce.

(20) Considérée comme l'allié italien de Marine Le Pen, la Ligue du Nord est une formation populiste de droite dirigée par l'activiste Matteo Salvini, un tribun habile en marketing politique. La Ligue a renoncé à ses thèses séparatistes sur la « Padanie » (nord de l'Italie) pour développer une ligne politique raciste, violemment anti-immigrés et très hostile à Rome. Elle a recueilli 1,4 million (soit 4,09 %) de voix aux élections de février 2013. Mais, depuis, elle a reconquis une partie de son électorat et fait désormais directement concurrence à Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi. En ce début 2016, divers sondages la créditent de 12 à 13 % des intentions de vote.  

(21) Ce centre d'accueil installé en pleine campagne, non loin de Catane (Sicile), a été conçu en 2014 pour héberger 4 000 migrants. La population y est en fait beaucoup plus nombreuse et les associations humanitaires dénoncent toutes sortes de manquements : l'insuffisance des services de base, l'impossibilité de remplir une demande d'asile faute de documents adéquats, les infiltrations de la mafia et autres réseaux de contrebande. Un scandale retentissant a révélé en 2015 que des bandes criminelles dirigées par un ancien responsable de l'immigration à la mairie de Rome avaient détourné à leur profit les fonds alloués par l'État (36 euros par personne et par jour) à l'accueil des migrants.

(22) Approuvé par le Conseil européen de juin 2013, le règlement de Dublin III impose notamment aux pays d'accueil de relever les empreintes digitales des migrants à leur entrée dans l'Union et instaure des « hotspots » ou centres d'identification où le migrant doit rester à disposition en attendant que les autorités statuent sur sa demande d'asile.