Politique Internationale - La Revue n°151 - PRINTEMPS - 2016

sommaire du n° 151
FAUT-IL EN FINIR AVEC SYKES-PICOT ?
Article de Mathieu GUIDERE
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Retour sur le péché originel

L'accord Sykes-Picot figure en bonne place dans tous les livres d'Histoire. Il symbolise la partition du monde arabe et sa mise sous tutelle par les Franco-Britanniques au début du XXe siècle. Dès l'origine, il a été violemment dénoncé et décrit comme un acte de « trahison » ourdi par les puissances occidentales contre l'unité arabe. Mais de quoi s'agit-il précisément ?

L'accord Sykes-Picot est un accord secret, signé en plein milieu de la Première Guerre mondiale, après plusieurs mois de négociation, le 16 mai 1916. Baptisé du nom de ses négociateurs - le Britannique sir Mark Sykes et le Français François-Georges Picot -, il précise les modalités de partage des provinces arabes de l'Empire ottoman entre la France et la Grande-Bretagne.

Selon cet accord, la France se réserve les territoires arabes comprenant l'actuel Liban et la côte syrienne jusqu'à l'Anatolie, tandis que la Grande-Bretagne s'octroie l'actuel Irak, le Koweït et les ports d'Acre et de Haïfa en Palestine.

Or les deux Alliés avaient pris, en 1915, des engagements à l'égard des Arabes afin de les rallier à leur cause contre la Sublime Porte entrée en guerre aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Par l'intermédiaire du haut-commissaire britannique en Égypte, sir Henry McMahon, ils avaient persuadé le chérif Hussein de soulever les Arabes contre le sultan-calife ottoman Abdülhamid II qui avait appelé tous les musulmans au jihad. En échange, ils s'engageaient à faciliter « la création d'un État arabe ou d'une confédération d'États arabes » sous l'autorité du chérif Hussein, porte-parole des Arabes depuis la conférence de Damas en 1915 et chef de file des Hachémites, descendants du prophète Mahomet.

Conformément à cet engagement, le chérif Hussein déclenche la révolte arabe en juin 1916 et confie le commandement des troupes à son fils Fayçal qui parvient à prendre le contrôle d'une grande partie de l'Arabie puis de la Syrie. Le chérif Hussein est proclamé roi du Hedjaz fin 1916 et son fils Fayçal, roi de Syrie en 1920 puis roi d'Irak en 1921. À la fin de la Grande Guerre, les Arabes font partie des vainqueurs et Fayçal est admis comme leur unique représentant pour négocier les conditions de paix.

Or, entre-temps, l'accord Sykes-Picot avait été modifié, en grand secret, par Lloyd George et Clemenceau après l'armistice de Moudros (octobre 1918). La France cédait à la Grande-Bretagne la province de Mossoul et la Palestine en contrepartie d'un contrôle direct sur l'ensemble de la Syrie et d'un accès à la Turkish Petroleum.

La conférence de San Remo (19-26 avril 1920) n'a fait que confirmer et préciser l'accord secret de 1916 modifié en 1918. Elle confiait à la Grande-Bretagne trois « mandats » sur la Palestine, la Transjordanie et l'Irak, tandis que la France recevait un « mandat » sur la Syrie et le Liban.

Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères britannique, sir Arthur Balfour, avait promis, par une lettre datée du 2 novembre 1917, de soutenir l'établissement d'un foyer national juif en Palestine, désormais sous mandat britannique jusqu'au 14 mai 1948, date de la proclamation de l'État d'Israël. Cette promesse, connue sous le nom de « déclaration Balfour », sera mise en oeuvre durant la conférence de Paris (1919), préalable au traité de Sèvres (1920), lui-même confirmé par la conférence de San Remo (1920).

Ainsi se dessine pour un siècle la carte du Moyen-Orient. Mais les nouvelles frontières ne seront jamais acceptées : tout au long du XXe siècle, elles seront contestées aussi bien par la mouvance islamiste que par le nationalisme arabe. En juin 2014 encore, le chef de l'État islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, se proclame calife de tous les musulmans et remet expressément en question l'accord Sykes-Picot lors de son discours d'investiture à la Grande Mosquée de Mossoul.

La contestation continue de l'accord Sykes-Picot

Divulgué en novembre 1917 par le gouvernement révolutionnaire russe, l'accord Sykes-Picot soulève immédiatement l'indignation dans le monde arabe. Outre le fait qu'il bafouait le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, il violait les engagements pris en 1915 à l'égard des Arabes.

Même si l'accord est confirmé après la guerre, il ne fait en réalité l'unanimité ni parmi les Français ni parmi les Britanniques. Les Français le jugent trop favorable à la Grande-Bretagne parce qu'il lui permet de sécuriser ses possessions jusqu'en Inde, tandis que les Britanniques estiment que la France menace leurs intérêts au Moyen-Orient en prenant pied en Syrie et en isolant l'Égypte du reste de leurs possessions.

Du côté arabe, c'est l'insatisfaction qui domine également. Fayçal, éphémère roi de Syrie, est chassé en 1920 par les Français qui imposent leur « mandat » au pays, pendant que son père le chérif Hussein, devenu roi du Hedjaz en 1916, tente d'unifier les territoires arabes sous son autorité en se proclamant calife en 1924, immédiatement après l'abolition du califat par Mustafa Kemal. Mais il est contesté par son principal ennemi, l'émir du Nadjd, Ibn Saoud (1880-1953), qui bénéficie désormais de la bienveillance britannique. Ce dernier, après avoir conquis les villes saintes de La Mecque et de Médine, chasse le chérif Hussein d'Arabie et se fait proclamer roi du Hedjaz en 1925. L'année suivante, lors du Congrès du monde musulman qui se tient à La Mecque, il fait reconnaître le salafisme wahhabite comme partie intégrante de l'islam sunnite.

Le chérif Hussein se réfugie à Amman où son fils Abdallah fonde l'« Émirat hachémite de Transjordanie ». Après la Seconde Guerre mondiale, cet Émirat s'affranchit de la tutelle britannique et devient le « Royaume hachémite de Transjordanie ». En 1946, il est reconnu par la communauté internationale et devient membre fondateur de la « Ligue des États arabes » aux côtés de l'Égypte, de l'Arabie saoudite, de l'Irak, du Liban, de la Syrie et du Yémen du Nord.

Tous ces États naissants cherchent à créer une « fédération arabe » pour dépasser les frontières nées de l'accord Sykes-Picot. Plusieurs projets d'unification des pays arabes voient le jour après les indépendances sous l'impulsion de leaders nationalistes tels que Nasser, mais aucun ne survit bien longtemps (1).

La guerre du Golfe (1991) signe la fin du rêve d'unité porté par le nationalisme arabe et ouvre la voie à la contestation islamiste radicale. Lorsque l'Irak envahit le Koweït en 1990, il justifie son offensive militaire par le fait que le Koweït est une « province irakienne ».

D'autres conflits territoriaux ou frontaliers non résolus, directement ou indirectement issus de l'accord Sykes-Picot, subsistent de nos jours. Ils sont particulièrement nombreux au Moyen-Orient où la volonté de délimiter des frontières politiques s'oppose, depuis longtemps, au mode de vie nomade des tribus arabes habituées à un espace ouvert dans lequel elles peuvent se déplacer et s'installer librement. La construction des États modernes et la découverte de ressources naturelles considérables (pétrole et gaz) ont mis en exergue la question des frontières et généré de nombreuses revendications territoriales. La situation est d'autant plus complexe que le départ des Britanniques, à la fin des années 1960, a laissé en suspens le tracé définitif des frontières entre les monarchies du Golfe nouvellement indépendantes (2).

Ces différends territoriaux et frontaliers recoupent parfois des conflits confessionnels ou ethniques qui ont souvent dégénéré, au cours des dernières années, en guerre civile larvée. Au-delà du clivage religieux entre sunnites et chiites, l'Irak et la Syrie sont en effet confrontés à un conflit ethnique opposant les Arabes aux Kurdes. Ces derniers, divisés entre plusieurs États (Iran, Irak, Syrie, Turquie), luttent pour leur autodétermination et ont marqué récemment des points indéniables à la faveur de la guerre contre l'État islamique (EI).

Enfin, depuis 2014, l'EI a poussé l'affrontement confessionnel à son paroxysme, rendant impossible la coexistence des communautés sunnites et chiites, tant en Syrie qu'en Irak. À force de massacres, d'exactions et de crimes de guerre, perpétrés par toutes les parties, un retour à la situation qui prévalait avant le printemps arabe (2011) paraît aujourd'hui inimaginable.

La remise en cause des frontières par l'EI

Le 29 juin 2014, après la prise de Mossoul, deuxième ville du pays, le chef de l'EI, Al-Baghdadi, proclame la « restauration du Califat », aboli quatre-vingt-dix ans plus tôt par Atatürk. En réaction, le chef d'Al-Qaïda au Levant, le Syrien Al-Joulani, proclame, le 11 juillet 2014, l'« Émirat du Levant » et promet de contrôler les frontières de son « Émirat » avec le nouveau « Califat » (3).

Outre la remise en cause du tracé de l'accord Sykes-Picot dans son discours d'investiture, Al-Baghdadi s'est empressé de créer une nouvelle province, Al-Fourat, à cheval sur le territoire syrien et irakien, qui regroupe les populations sunnites de part et d'autre de l'ancienne frontière. Depuis juin 2014, son organisation se comporte sur ces territoires en véritable État, se substituant à l'administration officielle et palliant les défaillances du gouvernement central dans ces deux pays. Elle s'est fixé pour objectif de construire un État viable, avec une stratégie d'implantation sur le long terme. En relisant les écrits et les discours de ses principaux chefs, on se rend compte que la contestation des États existants était, depuis le début, au coeur de leur rhétorique et que le projet de construction politique avait toujours été présent dans les esprits. Ces chefs divergeaient simplement sur les modalités de mise en oeuvre.

D'un côté, les anciens « baathistes » (4) ralliés à l'EI voulaient bâtir une « confédération musulmane », sur le modèle de l'Union européenne, c'est-à-dire en maintenant les frontières des États existants mais en instituant une autorité supranationale commune qui permettrait d'acquérir une masse critique suffisante pour rivaliser avec les grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine).

D'un autre côté, les anciens « jihadistes » (5) d'Al-Qaïda ralliés à l'EI penchaient pour une « fédération islamique », inspirée des États-Unis d'Amérique. Ils plaidaient pour la suppression des frontières existantes et la restauration des limites territoriales de l'ancien califat médiéval, sous la forme de « provinces » (wilâyât).

Mais, pour les deux camps, c'est la conquête territoriale menée par un groupe armé, initialement qualifié de « terroriste » en raison de ses méthodes, qui devait permettre la réalisation de ce projet politique. Ils citaient, comme exemples d'États contemporains nés de cette manière dans la région, l'État saoudien en 1932 et l'État hébreu en 1948.

La création d'un nouvel État transfrontalier n'a été possible que parce que les populations locales, majoritairement sunnites, ont été poussées dans les bras du « Califat » par une alliance inédite qui ne leur laissait aucun autre choix. Sur terre, ces territoires à majorité sunnite subissent l'assaut des forces chiites des régimes voisins (iranien, syrien, irakien, Hezbollah libanais) tandis que, par voie aérienne, ils subissent les bombardements réguliers de la coalition internationale rejointe par la Russie en septembre 2015. Une coalition qui, malgré sa volonté de cibler les combattants de l'organisation terroriste, fait de nombreuses victimes parmi les civils.

Même les monarchies du Golfe, qui auraient pu constituer un « bouclier » ou un « recours » pour ces populations sunnites, ont fini par participer aux bombardements aériens de la coalition internationale, car elles se sentaient elles-mêmes menacées par l'« État du Califat ».

Ainsi, en voulant isoler l'organisation terroriste politiquement et économiquement, les puissances régionales et internationales lui ont offert le peuple aux abois dont elle avait besoin pour s'ériger en « proto-État ». La population locale se trouve prise au piège de la guerre civile et interconfessionnelle. Elle vit sous occupation de l'EI et ne peut risquer de se soulever contre lui de peur d'être massacrée par l'armée d'en face ou par les miliciens chiites.

Au sol, les ennemis de l'EI sont formés essentiellement des troupes des régimes irakien, syrien et iranien. En Irak, l'EI se bat contre l'armée irakienne, à dominante chiite, appuyée par les « milices populaires », également chiites. Même s'ils sont tous arabes, la fracture est de nature confessionnelle : une véritable guerre de religion fait rage, avec des milliers de victimes par an et des carnages à répétition dans les deux camps. Chaque fois que l'EI s'empare d'une ville, il massacre les soldats et les miliciens chiites ; et chaque fois que l'armée irakienne reprend une localité, les miliciens se vengent sur les civils sunnites en pratiquant les mêmes exactions.

La remise en cause des frontières existantes par les Kurdes

Les troupes kurdes déployées en Irak sont des sunnites, tout comme les populations vivant sous le joug de l'EI. Mais elles se battent pour des motifs ethniques et non pas religieux, espérant instaurer un « État kurde » sur les territoires conquis. Pour l'heure, les Kurdes sont les grands alliés des Occidentaux qui leur procurent soutien technique et armement moderne. À terme, leur volonté de créer un État sur les ruines des États existants ne manquera pas, cependant, de poser problème, voire de déboucher sur une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Si l'EI venait à disparaître, aucun des pays voisins (Turquie, Iran, Irak, Syrie) ne souhaiterait en effet voir naître un « État kurde » qui rognerait sur son territoire national. Pour l'heure, les Kurdes sont divisés.

D'un côté, un fort « courant autonomiste » milite pour la création d'un « Kurdistan » dans le cadre des frontières existantes, c'est-à-dire sur chacun des territoires à majorité kurde d'Irak et de Syrie. C'est le courant dominant dans le « Kurdistan irakien » : celui-ci a réussi depuis l'embargo de 1991 et la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Irak, à s'instituer en province totalement autonome, avec son propre gouvernement et sa propre armée (Peshmergas), tout en restant officiellement rattachée à la « fédération irakienne ».

D'un autre côté, un « courant indépendantiste » vise à fédérer les populations kurdes éparpillées dans les pays de la région au sein d'un seul et même État « pan-kurde ». Cette tendance est majoritaire parmi les groupes insurrectionnels actifs en Turquie et en Syrie. Ces groupes voudraient obtenir la redéfinition des frontières en vertu du principe du droit des peuples à l'autodétermination et créer un « grand État kurde » qui engloberait l'ensemble des ethnies.

Lorsque l'EI a pris le pouvoir au centre et au nord de l'Irak, les dirigeants kurdes y ont vu l'occasion rêvée de faire avancer leurs revendications politiques et territoriales. Alors même qu'ils sont musulmans sunnites comme l'EI, ils se sont immédiatement placés du côté du gouvernement irakien (chiite) et des Occidentaux. À partir du « Kurdistan irakien », les autonomistes ont mené des offensives majeures contre l'EI, dans le but de sécuriser leurs frontières avec le « Califat ». Grâce à l'équipement et au soutien militaire des Occidentaux, ils mènent une guerre au sol dont ils espèrent recueillir les fruits en cas de victoire sur l'EI par une reconnaissance internationale de leurs efforts aux côtés de la coalition.

En même temps, les indépendantistes en ont profité pour reprendre à l'EI le contrôle de certains postes-frontières avec la Turquie, dans l'espoir d'opérer la jonction avec les combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) qui tentent de se libérer du joug turc depuis des décennies. L'objectif a été atteint, du moins sur le plan symbolique, après les batailles médiatisées de Kobané et de Tall Abyad, le rapprochement entre les Kurdes d'Irak et de Turquie donnant lieu à des transferts d'armes et se traduisant par des actions meurtrières contre l'armée turque de l'autre côté de la frontière.

Pour contrer cette double stratégie, la Turquie a d'abord laissé à l'EI une certaine marge de manoeuvre afin d'éviter que les combattants kurdes ne se rendent maîtres de sa frontière avec l'Irak et la Syrie. Elle a également joué sur les clivages internes aux Kurdes (PKK-PYD contre Kurdes irakiens). Mais l'échec de cette politique l'a conduite à revoir sa position à l'égard de l'EI et à s'engager directement dans les opérations au sol.

Vu d'Occident, les Turcs semblent lutter contre les Kurdes qui eux-mêmes luttent contre l'EI. Mais vu d'Orient, ce conflit met aux prises plusieurs courants islamo-nationalistes. Tous ces acteurs (Turquie, Kurdes, EI) sont, en effet, des musulmans sunnites qui se battent au nom d'Allah et de la Patrie. La seule différence entre eux est leur agenda nationaliste : les Turcs veulent retrouver la gloire de l'ancien Empire ottoman ; les Kurdes, ériger un État souverain sur les décombres des pays existants ; et l'EI, achever la construction de son « État du Califat ». Compte tenu de ces divergences de vues et de stratégies, la guerre risque d'être longue entre ces « frères ennemis ».

La relation de l'EI avec la Turquie

C'est un fait : l'EI a perpétré plusieurs attentats meurtriers sur le sol turc, et la Turquie est engagée militairement aux côtés de la coalition internationale dans sa lutte contre l'EI. Mais Ankara est également soupçonnée d'avoir contribué au renforcement de l'EI en ne contrôlant pas suffisamment ses frontières avec la Syrie, en laissant entrer les combattants étrangers et en fermant les yeux sur les diverses activités qui permettent de financer l'EI, en particulier les trafics de pétrole, de migrants et d'antiquités.

L'EI, de son côté, entretient une relation complexe et ambiguë avec la Turquie pour des raisons qui tiennent à la fois à la religion et à l'Histoire. Les territoires de l'EI, comme ceux de la Turquie, sont majoritairement peuplés de musulmans sunnites qui ne devraient ni s'affronter ni s'entretuer, mais plutôt unir leurs forces contre les chiites, représentés essentiellement par la République islamique d'Iran et le régime syrien appuyé par le Hezbollah. Mais la Turquie est également dominée par un courant sunnite issu des Frères musulmans (AKP), dont les fondements doctrinaux ne cadrent pas tout à fait avec ceux de l'EI, de tendance plutôt salafiste et wahhabite. Les deux courants sont à couteaux tirés partout ailleurs dans le monde musulman.

Enfin, la réticence de l'EI à s'attaquer de front à la Turquie provient du fait qu'elle a abrité la dynastie des Ottomans, derniers souverains à avoir porté et défendu le « Califat islamique », jusqu'en 1924. À ce titre, les autres musulmans lui vouent un certain respect, et cela malgré les rancunes du passé entre Turcs et Arabes.

Le califat ottoman, en effet, a été marqué par une « turcisation » de la fonction califale qui a laissé des traces profondes dans toutes les contrées arabes. D'autant que sa domination au cours de l'époque moderne (XVIe-XIXe siècle) a permis de détacher, dans la conception du gouvernement islamique, la direction spirituelle de l'islam (commandeur des croyants) de l'origine ethnique du souverain (arabe). Jusque-là, personne ne pouvait être proclamé calife s'il n'était pas à la fois arabe et musulman. Mieux : il fallait que la généalogie de l'élu se rattachât d'une façon ou d'une autre à la tribu d'origine de Mahomet, Quraysh. C'est ce qui explique que le nom complet du chef actuel de l'EI se termine par le qualificatif « qurayshite » (descendant de la tribu du Prophète).

Mais il ne faut pas oublier que ce sont les Turcs ottomans qui ont définitivement imposé le schisme originel de l'islam entre chiites et sunnites. Dans cette configuration, les califes ottomans se présentaient comme les défenseurs du sunnisme tandis que les shahs persans s'affirmaient comme les hérauts du chiisme. Aujourd'hui encore, la Turquie s'oppose à l'Iran sur cette même ligne de fracture doctrinale et liturgique, que l'on retrouve dans les positions de l'EI (sunnite) à l'égard de l'Iran (chiite).

La relation de l'EI avec l'Arabie saoudite

L'Arabie saoudite est accusée par les pays occidentaux, en privé et parfois publiquement, d'avoir créé le monstre qu'elle combat aujourd'hui. La version fondamentaliste de l'islam qu'elle promeut depuis les années 1970, le salafisme wahhabite, serait à l'origine de la plupart des organisations terroristes - depuis Al-Qaïda, fondée par un Saoudien (Ben Laden), jusqu'à l'EI, qui s'en inspire fortement.

Or le salafisme est l'un des plus anciens mouvements réformistes de l'islam. Il a été initié par le théologien médiéval Ibn Taymiyya (mort en 1328). Ses partisans sont des « puritains » qui veulent vivre comme les « Salafs », c'est-à-dire comme la première génération de musulmans du premier siècle de l'islam (VIIe siècle de notre ère). Il s'agit d'un courant traditionaliste qui aspire à islamiser la société en lui inculquant une vision passéiste de la religion, en référence à un âge d'or fantasmé de piété et de gloire.

On trouve parmi les salafistes aussi bien des « piétistes », qui refusent toute participation à la vie politique, que des « érudits », qui ne voient le salut que dans la lecture du Coran et des traditions prophétiques, ou encore des « activistes », qui veulent imposer à la société une manière de vivre et de penser à des années-lumière de la modernité. C'est à cette dernière catégorie de salafistes (les activistes) que se rattachent les sympathisants de l'EI et les partisans du « calife Ibrahim ».

Le sous-courant dit « salafiste jihadiste » est le dernier avatar de cette tendance extrémiste. Au lendemain des printemps arabes, il a enfanté une kyrielle de groupes armés qui portent le nom de « Défenseurs de la charia » (Ansar al-charia) et sont partisans d'une application stricte et immédiate de la loi islamique dans les pays à majorité musulmane.

L'autre sous-courant radical est appelé « salafisme wahhabite ». Historiquement, il est dû au théologien Muhammad Ibn Abd al-Wahhâb qui a vécu en Arabie au début du XVIIIe siècle. Mais son pouvoir de séduction auprès des islamistes radicaux provient du fait qu'il a été le premier et le seul mouvement politico-religieux à réussir la création d'un « État islamique » stable et durable (l'Arabie saoudite actuelle). Grâce à la puissance financière et à l'attractivité spirituelle de l'Arabie, terre des deux lieux saints de l'islam (La Mecque et Médine), le wahhabisme a essaimé un peu partout dans le monde et continue de gagner du terrain face aux autres courants islamistes.

Le wahhabisme est désormais considéré en Occident comme une source de radicalisation et comme la principale référence des combattants de l'EI qui tentent de rivaliser avec son rigorisme et son interprétation littérale du Coran. Pourtant, l'EI n'a cessé de menacer l'Arabie saoudite. Il a même perpétré plusieurs attentats meurtriers sur son sol qui ont poussé le régime à s'engager massivement aux côtés de la coalition internationale, d'abord en bombardant les positions de l'organisation en 2014, puis en prenant la tête d'une « coalition islamique » en 2015 (6). Riyad espère ainsi modifier la perception des Occidentaux qui persistent à croire que la lutte contre l'EI n'est pas sa priorité.

Ce faisant, l'Arabie saoudite s'aliène une partie de son opinion publique qui ne voit pas d'un bon oeil un tel activisme dans une guerre menée contre d'autres musulmans, fussent-ils fondamentalistes. À cet égard, le conflit yéménite, qui oppose essentiellement des sunnites (du Sud) à des chiites (du Nord) et dans lequel Riyad s'est massivement engagé, paraît bien plus fédérateur aux yeux de la population saoudienne.

Début 2016, l'exécution d'un chef chiite saoudien (Nimr Al-Nimr) a ravivé les tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Des accusations de soutien au terrorisme ont fusé des deux côtés, conduisant à la rupture des relations diplomatiques. Cette rivalité exacerbée entre ces puissances régionales profite aux radicaux des deux camps et les détourne de la lutte contre leur ennemi commun : l'EI. Car l'Arabie demeure, en raison même de son rôle symbolique de « serviteur » des lieux saints de l'islam, une cible « obligée » pour le chef de l'EI, Al-Baghdadi, qui espère étendre un jour son pouvoir sur la terre natale du Prophète, comme l'avait fait en son temps Ibn Saoud.

La relation de l'EI avec l'Iran

Pour l'EI, l'Iran est l'incarnation même de « Satan » : une « République islamique » - la seule du genre - fondée par un courant considéré comme hérétique, le chiisme imamite (duodécimain). Téhéran promeut sa propre doctrine auprès des autres courants chiites (alaouites en Syrie, zaydites au Yémen), mais il participe activement à la guerre contre les groupes sunnites aussi bien en Irak qu'en Syrie.

L'EI, lui, se présente comme l'unique défenseur des populations sunnites martyrisées par les régimes chiites. Les monarchies sunnites du Golfe s'étant rangées du côté de la coalition internationale, l'organisation estime être le dernier rempart contre une « chiisation » de la région orchestrée par un Iran hégémonique.

C'est en tout cas de cette manière que l'EI justifie la création d'une « province » au Yémen. Considérant que l'Iran était en train de créer dans ce pays une milice comparable à celle du Hezbollah libanais, l'organisation a décidé d'agir. De ce point de vue, si la « coalition arabe », conduite par l'Arabie saoudite, intervient au Yémen, c'est aussi pour devancer l'EI qui se présente, là encore, comme le défenseur des sunnites.

Cet argument fait mouche en Syrie et en Irak où les populations sunnites se trouvent effectivement piégées entre le marteau des frappes de la coalition internationale intégrant les pays arabes et l'enclume de la coalition chiite menée par l'Iran et renforcée par la Russie. Or, quitte à choisir entre l'« État chiite » (Iran) et l'« État sunnite » (EI), c'est vers ce dernier que se tourne une partie de la population en raison de sa proximité avec les croyances locales.

De son côté, la République islamique se trouve dans une situation paradoxale. En luttant contre l'EI, elle devient de fait l'alliée objective des Occidentaux et en particulier des Américains, présentés pourtant comme l'incarnation du diable par la propagande officielle. Pis encore : depuis que Washington, allié stratégique de l'État juif dans la région, a normalisé ses relations avec Téhéran dans le cadre de l'accord sur le nucléaire, l'Iran apparaît comme un allié (indirect, certes) d'Israël. Cette position est d'autant plus inconfortable que, au même moment, l'aviation israélienne continue de bombarder les convois du Hezbollah - la pièce maîtresse de l'Iran dans la guerre en Syrie - et d'éliminer ses principaux chefs militaires.

Son engagement dans la guerre contre l'EI est tout aussi problématique d'un point de vue idéologique : l'Iran se bat, en effet, contre le seul groupe férocement anti-occidental, anti-américain et anti-israélien. Un groupe qui, par surcroît, projette de fonder une théocratie à l'image de celle de la République islamique d'Iran, dans une « version sunnite ». Après tout, les deux camps luttent pour le triomphe de l'islam et pour l'extension du domaine de la religion contre les mécréants et les athées dans le monde musulman et au-delà.

En réalité, la seule explication plausible se trouve dans la grille de lecture confessionnelle. La « République islamique » (chiite) tout comme l'« État islamique » (sunnite) sont engagés dans une guerre de religion interne à l'islam qui les rend aveugles aux enjeux géopolitiques et aux calculs des grandes puissances.

Le jeu de la Russie dans la lutte contre l'EI

La Russie est entrée tardivement dans le conflit syrien, mais elle y a fait une entrée fracassante en procédant à des bombardements massifs et en déployant des moyens militaires considérables sur le terrain. Si elle a utilisé le prétexte de l'EI pour intervenir en Syrie, elle n'avait pas pour objectif prioritaire de le combattre ni même d'unir ses efforts à ceux de la coalition internationale.

Dès le début de son intervention en septembre 2015, Vladimir Poutine n'a pas caché ses intentions : il entendait soutenir le régime syrien et l'aider à recouvrer sa souveraineté territoriale. C'est pourquoi il a essentiellement apporté un appui aérien aux troupes régulières dans les zones où elles avaient du mal à résister ou à progresser.

Cette attitude n'a pas manqué de susciter les critiques de la coalition internationale conduite par les États-Unis qui a reproché aux Russes de cibler l'opposition au régime et de délaisser la lutte contre l'EI. En vain. La Russie a continué à appliquer son propre plan de bataille. Ce n'est qu'après l'attentat contre l'Airbus russe dans le Sinaï égyptien (31 octobre 2015), revendiqué par la « province » locale de l'EI, que les avions russes ont commencé à mener des raids contre le fief de l'organisation à Raqqa et ailleurs en Syrie.

Mais la Russie n'a pas fondamentalement changé de stratégie pour autant. Bien au contraire : après la destruction de l'un de ses appareils à la limite de l'espace aérien turc, elle a décidé de mettre en place sa propre force de frappe, indépendante de la coalition internationale qu'elle accuse d'être « pro-sunnite ». Cette « coalition russe » regroupe tous les pays de la région dominés par les chiites, autrement dit l'Iran, l'Irak, la Syrie et le Liban, représenté par le Hezbollah dans le conflit syrien.

Ainsi, fin 2015, deux coalitions militaires se partageaient le théâtre d'opérations, l'une russe, l'autre américaine, avec chacune ses objectifs politiques. Pour les Occidentaux, l'engagement russe en Syrie n'a rien d'innocent. Outre le fait qu'elle vise à détourner l'attention internationale de la Crimée et de la situation en Ukraine, cette intervention n'est que l'expression d'un retour en force de la Russie au Moyen-Orient. Depuis son entrée en scène, celle-ci a agrandi et modernisé son unique base navale dans la région, à Tartous, et positionné son aviation dans plusieurs aéroports syriens. Elle a également créé un commandement commun à sa « coalition » (chiite) et promis d'écraser le « terrorisme » (sunnite) par tous les moyens.

Mais, en ce printemps 2016, alors que tout le monde s'attendait à un enlisement de la Russie dans le bourbier syrien, le président Poutine annonçait le retrait de l'essentiel de ses troupes, estimant la « mission accomplie ». Il est vrai qu'entre-temps les forces du régime syrien avaient réussi à progresser sur plusieurs fronts et à reprendre à l'EI la ville symbole de Palmyre. Malgré ces avancées et le recul de l'EI, chacun dans la région appelle de ses voeux une solution politique qui ouvre la voie à une paix durable.

Le centenaire de Sykes-Picot

En écoutant attentivement les élites arabes qui s'expriment quotidiennement dans les médias, il est possible de dégager quelques axes de réflexion. Le centenaire de l'accord Sykes-Picot est l'occasion rêvée de formuler une proposition audacieuse en vue d'une sortie de crise. Dans les « milieux autorisés », on s'accorde ainsi sur ce qu'il faudrait faire.

1) À court terme, organiser une conférence internationale réunissant toutes les parties prenantes au conflit en Syrie et en Irak. Cette conférence lancerait un cycle de négociations visant à définir, suivant un calendrier précis, une nouvelle forme d'association des peuples et des communautés qui composent la mosaïque moyen-orientale. L'objectif principal serait de faire cesser les hostilités et d'initier un processus de transition politique qui soit acceptable par tous. Sans aller nécessairement jusqu'à modifier les frontières actuelles des États existants, une consultation populaire fondée sur le droit des peuples à l'autodétermination permettrait de décider à la fois du type de régime (fédéral ou confédéral) ainsi que des modalités de fonctionnement des (nouvelles) entités étatiques, y compris les garanties données à chaque partie.

2) À moyen terme, mettre en place une coalition militaire musulmane, sous mandat des Nations unies, afin de lutter au sol contre l'EI puis d'assurer le maintien de la paix dans les zones libérées de son emprise. Il est important, au cours de cette phase, que les deux puissances régionales que sont l'Arabie saoudite (sunnite) et l'Iran (chiite) acceptent, dans le cadre du mandat onusien, les objectifs de la mission, et que chacun s'engage à cesser de nourrir le conflit. Un engagement équivalent devrait être souscrit par les puissances occidentales, à commencer par la Russie et les États-Unis, avec l'adoption par exemple d'un embargo sur les armes et les munitions à destination de l'Irak et de la Syrie.

3) À long terme, soutenir l'intégration économique du monde arabe en imaginant une sorte de plan Marshall à l'instar de celui qui a été mis en place en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce plan comprendrait notamment la création d'une « communauté économique », d'un « espace Schengen arabe », d'une « monnaie unique », etc. À l'heure des grands ensembles politico-économiques (États-Unis, Union européenne, Russie, Chine, Inde), les Arabes acceptent de plus en plus mal d'être aussi divisés et instrumentalisés. Même si les responsabilités incombent d'abord aux régimes locaux, ce sont les Occidentaux qui, aux yeux de la majorité de l'opinion publique arabe, sont accusés d'empêcher une telle intégration.

Pour y parvenir, l'option la plus raisonnable consisterait à s'appuyer sur la Ligue arabe, qui regroupe 22 États et qui, malgré une portée politique et économique limitée, apparaît à ce jour comme le projet d'unité le plus abouti. La volonté de créer un Marché commun en 1964 est restée lettre morte, et l'entrée en vigueur en 2005 d'une zone de libre-échange (GAFTA) n'a pas fait décoller les échanges interarabes qui restent en dessous de la barre des 10 % et portent principalement sur les hydrocarbures. Hormis l'intégration en cours entre les monarchies du Golfe (7) et la coopération sur les grands projets d'infrastructure, les économies arabes restent plus concurrentes que complémentaires. Et l'essentiel de leurs échanges s'effectue avec l'Union européenne, les États-Unis et, depuis peu, avec les puissances économiques asiatiques (Chine, Japon, Corée du Sud).

Le soutien à l'intégration économique et politique du monde arabe est un objectif stratégique. Il vise à contrer l'implantation durable du « Califat », projet d'union promu depuis 2014 par l'EI et qui possède désormais des sympathisants dans tous les pays musulmans - y compris dans les communautés musulmanes établies en Occident (8).

Au-delà de Sykes-Picot

L'EI finira par disparaître ou par se transformer parce qu'il est isolé et qu'il a le monde entier contre lui. S'il se dissout, sa disparition profitera à l'organisation concurrente d'Al-Qaïda qui attend le retour des jihadistes dans son giron. S'il se fragmente, il donnera naissance à une multitude de groupes radicaux encore plus nuisibles. Et si ses combattants fuient le foyer syro-irakien, ce sera pour mettre à feu et à sang d'autres régions du monde musulman telles que le Yémen et l'Égypte ou encore la Libye et la Tunisie. Dans tous les cas, la menace terroriste n'est pas près de disparaître aussi longtemps qu'une solution politique durable ne sera pas trouvée pour les peuples de la région.

C'est que les idéologies ont la fâcheuse tendance à survivre à la mort de leurs auteurs. Lorsque Ben Laden a ressuscité l'idée du « jihad » à la fin des années 1980, puis lancé son « Front islamique mondial pour le jihad contre les Juifs et les Croisés » en 1998, peu de gens l'avaient pris au sérieux, convaincus qu'il s'agissait d'un terroriste de plus dans la longue liste des fanatiques religieux. On connaît la suite.

Or, à l'instar d'un Ben Laden dans les années 1990, Al-Baghdadi a semé une graine idéologique qui ne manquera pas de germer dans les années à venir, qu'il soit mort ou vif. Cette idée est celle du « Califat », qu'il n'invente pas mais qu'il fait renaître de ses cendres. Si ce projet suranné séduit désormais bien au-delà de la sphère jihadiste, c'est parce qu'une autre idée a échoué : celle de l'« État-nation », longtemps promue par l'Occident. Celle d'un « Califat panislamique » semble plus en phase avec l'ère de la mondialisation, de l'ouverture des frontières nationales et de l'affirmation des grands ensembles politico-culturels. Cette idée-là sera difficile à déraciner en l'absence d'une alternative idéologique et d'un projet politique crédible. À l'heure où l'on célèbre le centenaire des accords Sykes-Picot, qui avaient redessiné les frontières du Moyen-Orient, il est temps de penser à des solutions diplomatiques qui permettraient d'aller au-delà des symptômes et de traiter les causes réelles de ces conflits.



 


Notes :


(1) C'est le cas de la « République arabe unie » (RAU), créée en 1958 entre l'Égypte, la Syrie et le Yémen du Nord. Les trois pays se retrouvent autour d'un projet politique commun mais ils sont mus par des motivations et des objectifs différents qui mettent fin à la RAU trois ans plus tard, en 1961.

D'autres unions voient le jour au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, mais elles sont souvent éphémères ou décevantes : l'Union des républiques arabes (URA) entre la Libye, l'Égypte et la Syrie (1972-1977) ; la République islamique unie (RIU) entre la Libye et la Tunisie (1974) ; l'Union entre la Libye et la Syrie (1980) ; l'Union entre la Libye et le Tchad (1981) ; l'Union entre la Libye et le Maroc (1984) ; l'Union entre la Libye et l'Algérie (1988) ; l'Union du Maghreb arabe (UMA) entre les pays d'Afrique du Nord (1989) ; enfin, l'Union entre la Libye et le Soudan (1990).

(2) Ce n'est que dans les années 1990 que les États du Golfe s'attellent au règlement de ces différends territoriaux et frontaliers. Oman délimite sa frontière avec le Yémen en 1992, réglant ainsi un vieux conflit autour des régions de Hadramaout et Dhofar, qui dégénère à maintes reprises en affrontement militaire. En 1995, Oman résout également son conflit avec l'Arabie saoudite en signant un accord qui définit le tracé de la frontière entre les deux États. En 1996, l'Arabie saoudite met fin à son conflit frontalier avec le Qatar portant sur la région d'Al-Khofous. Enfin, en vertu des accords de Djeddah de 2000, l'Arabie saoudite et le Yémen mettent un terme à un conflit territorial vieux de plus de soixante ans, portant sur la frontière orientale riche en pétrole et sur les provinces situées à la frontière occidentale des deux pays.

(3) Voir Mathieu Guidère, L'État islamique en 100 questions, Tallandier, 2016.

(4) Il s'agit d'anciens cadres du régime de Saddam Hussein.

(5) Il s'agit d'anciens cadres d'Al-Qaïda en Irak du temps de Zarqawi.

(6) Cette coalition, annoncée en décembre 2015, est formée de 34 pays, tous membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), basée à Djeddah, dans l'ouest de l'Arabie saoudite.

(7) Le Conseil de coopération du Golfe (CCG), créé en 1981, est composé de six États : l'Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar.

(8) Voir, à ce sujet, Mathieu Guidère, Le Retour du Califat, Gallimard, 2016.