Politique Internationale - La Revue n°151 - PRINTEMPS - 2016

sommaire du n° 151
LE CREPUSCULE DE L'ECONOMIE BANCAIRE
Entretien avec Neelie KROES
Envoyée spéciale des Pays-Bas pour le développement de l'économie numérique, Neelie Kroes a été vice
conduit par
Florence AUTRET
Journaliste. Correspondante de La Tribune à Bruxelles
en français
in english
en español
en français


Pendant huit ans, la salle de presse de la Commission européenne a brillé sous les feux des broches multicolores accrochées au revers de ses tailleurs. Arrivée de La Haye en 2004, Neelie Kroes a commencé sa carrière européenne à 63 ans à l'un des postes les plus en vue de Bruxelles : celui de commissaire à la concurrence. Mario Monti lui lègue alors deux dossiers stratégiques : Microsoft, condamné quelques mois auparavant à une amende record pour abus de position dominante, et le duopole Visa/MasterCard, dont le gendarme européen de la concurrence tente depuis des années d'essorer la rente tirée des commissions facturées aux commerçants et aux consommateurs dans les paiements par carte. Mme Kroes oblige les deux opérateurs à plafonner les commissions d'interchange, autrement dit à fixer le prix des services de paiement par carte. Cette libérale convaincue assume, au nom de la défense des consommateurs. Elle appliquera la même méthode quelques années plus tard pour venir à bout du roaming, la surfacturation des appels et du transfert de données dans les communications transfrontalières en Europe.

C'est la crise financière qui la propulse sur le devant de la scène. À partir de 2008, l'effondrement du secteur bancaire fait pleuvoir les demandes d'autorisation d'aides d'État sur Bruxelles. Au total, près de 2 000 milliards d'euros d'argent frais et de garanties publiques seront déversés sur le secteur bancaire. Les autres dossiers sont rélégués au second plan. Le gros de la tempête est passé lorsque, en 2009, La Haye demande à José Manuel Barroso, qui entame son second mandat comme président de la Commission, de maintenir Neelie Kroes dans son équipe. Elle en devient la vice-présidente en charge de l'économie numérique.

Aujourd'hui, à 74 ans, elle navigue entre le Vieux Continent et les États-Unis en tant qu'« envoyée spéciale » des Pays-Bas chargée de promouvoir son pays dans le monde des nouvelles technologies. Elle donne rendez-vous à la Stationshuiskamer, un café bruyant et branché perché au-dessus des voies de la gare centrale de La Haye, où la moyenne d'âge ne dépasse pas 35 ans. C'est là qu'elle raconte son expérience de la crise de 2008, explique comment l'économie numérique est en train de détrôner la vieille économie bancaire et pourquoi les dirigeants européens devraient apprendre à « sauter par-dessus leur ombre ».

F. A.

 


Notes :


(1) Dans le cas des paiements par cartes, la grande distribution était très demandeuse d'un plafonnement des commissions.

(2) Suite à une décision des chefs d'État de la zone euro prise en juin 2012, la supervision des 130 principales banques européennes (85 % des actifs bancaires) est assurée depuis novembre 2014 par la Banque centrale européenne qui a son siège à Francfort.

(3) Jeunes entreprises qui misent sur l'utilisation des technologies numériques pour concurrencer les acteurs dominants des services financiers en général et bancaires en particulier.

(4) Directeur général d'Apple.