Politique Internationale - La Revue n°154 - HIVER -

sommaire du n° 154
Changement de décor à Washington
Entretien avec Edward LUTTWAK
Politologue, historien et stratège militaire américain
conduit par
Anne TOULOUSE
Journaliste franco-américaine
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Anne Toulouse - Avec la nomination de Rex Tillerson, l'ancien patron d'Exxon, au poste le plus prestigieux du gouvernement, celui de secrétaire d'État, peut-on considérer que Donald Trump a résolument placé son équipe sous le signe de ce que l'on appelle « economics statecraft », à savoir l'art de gouverner au service de l'économie ?



Edward Luttwak - Absolument, Rex Tillerson mettra la diplomatie au service des intérêts de l'économie américaine. Son grand atout est que, depuis près de vingt ans, il a l'habitude de négocier des contrats difficiles avec les Russes. Tillerson a été choisi à la place du précédent candidat républicain à la présidentielle, Mitt Romney, parce que Romney n'aime pas Poutine et n'aurait pas aimé, non plus, la nouvelle politique que Trump entend mettre en oeuvre à l'égard de la Chine. Trump veut une bonne entente avec Moscou pour avoir les mains libres avec Pékin : à ses yeux, la Russie, contrairement à la Chine, ne constitue pas une menace économique. Il juge également que les sanctions édictées à l'encontre de la Russie (1) pénalisent l'économie américaine.

Mais, de toute façon, Trump ne fera pas ce que dit Tillerson ; c'est Tillerson qui fera ce que dit Trump. D'ailleurs, Tillerson n'aura pas le contrôle du Département d'État. Trump ne commettra pas la même erreur qu'Obama : ce dernier avait totalement « sous-traité » le ministère des Affaires étrangères à Hillary Clinton ou à John Kerry. C'est la Maison-Blanche qui choisira l'entourage du secrétaire d'État et certains secteurs, comme le Moyen-Orient, lui échapperont. Pour une raison simple : Tillerson  n'est pas un professionnel de la diplomatie. Certes, il connaît bien cette région pour y avoir négocié des contrats pétroliers, mais il n'a pas suffisamment de liens avec Israël, qui est un allié très important aux yeux de Donald Trump. La priorité du nouveau président, ce n'est pas la diplomatie, c'est sa promesse de ramener des emplois aux États-Unis - une promesse que, contrairement à ce que vous lisez dans le New York Times, il a l'intention de tenir. Il est comme Colbert qui pensait que la puissance de la France passait par sa capacité à produire, ou comme Hamilton (2), le premier ministre des Finances des États-Unis, qui avait rédigé un rapport sur les manufactures. Trump veut une politique étrangère fortement géoéconomique. Il est tout à fait prêt à sacrifier les considérations géopolitiques au nom des intérêts économiques des États-Unis.



A. T. - Entendez-vous par là que, sous Donald Trump, Washington fermera les yeux sur toutes les aventures extérieures de la Russie, au premier rang desquelles l'intervention de Moscou en Ukraine ?



E. L. - Sa position est très claire : les Européens, qui ont tant de jeunes au chômage, n'ont qu'à les mettre en uniforme et les envoyer en Ukraine ! À ce moment-là, les États-Unis seront avec eux ; ils seront présents pour participer, soutenir, garantir...



A. T. - La dernière phrase que vous avez prononcée est-elle une citation directe de Donald Trump ?



E. L. - C'est une citation directe. L'Ukraine, c'est en Europe. Si les Européens ne veulent pas consacrer de l'argent et des troupes à la protection des pays qu'ils considèrent comme vulnérables, alors les États-Unis ne sont pas prêts à le faire eux non plus. Certains pays européens, comme la Norvège et le Luxembourg, ont des revenus per capita supérieurs à celui des États-Unis ; pourtant, personne n'est prêt à dépenser de l'argent pour la défense ! Pour dire les choses crûment, les Européens veulent que les Américains payent. Mais pour quelle raison les Américains devraient-ils continuer de payer pour l'Otan, comme si l'on était toujours en 1945 lorsque les pauvres Européens manquaient de tout et devaient même importer des vivres ? Aujourd'hui, l'Europe est riche mais il faudrait que les Américains fassent tout ; eh bien, Trump s'y refuse !



A. T. - Vous dites que le nouveau président souhaite ménager Moscou. Cette position ne conforte-t-elle pas la théorie selon laquelle les Russes auraient « hacké » l'élection américaine pour avantager la candidature de M. Trump ? Les services de renseignement américains sont certains qu'ils se trouvent à l'origine des fuites d'e-mails dommageables pour Hillary Clinton et pour le Parti démocrate...



E. L. - N'oubliez pas que Trump a lui-même invité les Russes à se mêler de la campagne : il leur a publiquement demandé de publier les e-mails secrets de Hillary Clinton ! Et c'est exactement ce qu'ils ont fait. Ils ont « hacké » les serveurs du Parti démocrate et ils ont entretenu par des fuites l'histoire des e-mails d'Hillary Clinton. Permettez-moi cependant de rappeler cette simple réalité : si Hillary Clinton avait dit la vérité dès le début (sur le fait qu'elle avait utilisé un serveur privé pour échanger des informations classifiées), elle aurait été invulnérable...



A. T. - Mais vous ne croyez pas à une manipulation des machines à voter...



E. L. - Non, c'est très improbable. Le système de vote est totalement décentralisé, il dépend des comtés, ce n'est pas un système national. Et je ne connais pas un seul professionnel qui pense que les Russes auraient pénétré les ordinateurs des comtés.



A. T. - Vous disiez que Donald Trump voulait avoir les mains libres pour se tourner vers la Chine ; il n'a pas attendu d'être investi pour lancer les hostilités puisque, peu après son élection, il a pris au téléphone la présidente de Taiwan - ce que tous ses prédécesseurs s'étaient refusés à faire depuis trente-sept ans...



E. L. - C'était planifié !



A. T. - Dans la foulée de cet entretien téléphonique qui a provoqué l'inquiétude de Pékin, M. Trump a déclaré qu'il allait remettre la politique « une seule Chine » (3) sur la table...



E. L. - Il ne le fera pas. Ce que Trump veut faire comprendre aux Chinois pourrait se formuler de la façon suivante : « C'en est fini de la chienlit de ces dernières années. Vous avez exigé, et obtenu, de bénéficier de tous les avantages liés à votre adhésion à l'OMC. C'est ce qui vous a permis d'investir aux États-Unis ; mais, dans le même temps, vous n'avez pas autorisé les compagnies américaines à faire des affaires en Chine si elles refusaient de partager leur technologie avec vous. Cette asymétrie, les Américains l'ont longtemps acceptée. Je ne l'accepte pas. »

Par ailleurs, je sais que quand Trump a reçu son premier « intelligence briefing », il a été choqué de découvrir les photos des installations militaires chinoises sur les îlots de la mer de Chine (4) : il s'attendait à quelque chose de beaucoup plus petit. Or ces installations sont énormes. Trump a été scandalisé que l'administration Obama n'ait pas réagi plus vigoureusement. Il n'empêche que, comme je l'ai déjà dit, l'obsession de Trump, c'est l'économie : ce qui l'intéresse vraiment c'est d'en terminer avec la politique de délocalisation des emplois vers la Chine. Et pour y parvenir, il n'hésitera pas à aller jusqu'au bras de fer. Il ne veut pas de litige avec Poutine mais il est prêt à un litige avec les Chinois.



A. T. - Mais jusqu'où l'escalade avec la Chine  peut-elle aller ?



E. L. - Pas très loin, en vérité ! Les Chinois sont très capables dans de nombreux domaines : le travail, la construction, la littérature... c'est un grand peuple ! Mais dans le domaine militaire, ils n'ont aucune chance. Les Américains, eux, n'ont pas tous les talents des Chinois, mais ils aiment la guerre.



A. T. - Voulez-vous dire par là que, sous Donald Trump, les États-Unis pourraient renouer avec une politique interventionniste ?



E. L. - Non. L'interventionnisme, c'était le projet de Mme Clinton. L'administration Trump, elle, a compris que dans certaines régions du monde il n'y a pas de moyen terme entre la dictature et l'anarchie.



A. T. - En ce cas, que peut faire Donald Trump pour honorer sa promesse d'« en finir avec Daech » ?



E. L. - Le but qu'il a défini est d'écraser et de détruire Daech, c'est vrai. Pour autant, il n'enverra pas de forces au sol : il bombardera ce qui est bombardable.



A. T. - Quelle place cette administration accordera-t-elle à la morale et à l'humanitaire ? Soutiendra-t-elle une dictature au nom de la stabilité ?



E. L. - Les États-Unis ont toujours apporté une aide humanitaire aux pays dans le besoin, quelle que soit la situation politique de ceux-ci. Ils continueront de le faire. En revanche, ils ne peuvent pas apporter la démocratie à des pays qui n'en veulent pas !



A. T. - Le réchauffement des relations avec Cuba a été l'une des grandes initiatives diplomatiques du président Obama. Donald Trump va-t-il revenir sur cette politique ?



E. L. - Barack Obama a inauguré une forme originale de diplomatie qui consiste à confondre ses ennemis avec ses amis et à donner sans rien recevoir en échange. C'est ce qu'il a fait avec la dictature cubaine. Donald Trump ne reviendra pas sur ce qui est acquis ; mais si les Cubains veulent davantage, il faudra qu'ils y mettent le prix. Il reste encore de nombreuses restrictions dans les relations entre Cuba et les États-Unis et elles ne disparaîtront pas sans que le régime cubain change sa manière de gouverner.



A. T. - Donald Trump a nommé trois généraux à la retraite, dont deux marines, à des postes clés pour la sécurité des États-Unis : James Mattis au Pentagone, Michael Flynn au poste de National Security Advisor (5) et John Kelly à la tête du Homeland Security (6). Ces choix signifient-ils qu'il n'hésitera pas à passer en force sur les dossiers diplomatiques ?



E. L. - Cette préoccupation peut se révéler légitime mais il faut commencer par examiner le profil de ces personnalités, ce que l'on ne s'est pas vraiment donné la peine de faire.

Voyons d'abord Mattis, le futur ministre de la Défense. S'il a été choisi, c'est parce qu'il croit à la simplification et à la réduction des dépenses, pas parce que Donald Trump veut faire la guerre. Mattis est issu de l'infanterie. C'est un homme qui pense que l'on fait la guerre avant tout un fusil à la main ; il ne cache pas son hostilité à l'égard des dépenses astronomiques que le Pentagone a consenties ces dernières années pour des systèmes extrêmement sophistiqués et extrêmement ruineux comme le nouvel avion de chasse F-35 (7). Les avions de chasse, on sait qu'on peut en perdre 25 avant le petit-déjeuner ; dès lors, est-il vraiment avisé de se doter d'appareils qui coûtent dans les 200 millions de dollars pièce ? D'ailleurs, Donald Trump connaît le prix des avions. L'avez-vous vu quand il a demandé des comptes à Boeing sur le coût des futurs avions présidentiels ? Il sait que la nouvelle version de base du 747 tourne autour de 320 millions de dollars ; comment ce prix a-t-il pu passer à 2 milliards de dollars (8) ? Bien sûr, le président a besoin d'équipements à bord de ses avions ; mais comment peut-on en mettre pour 1 700 millions de dollars dans un 747 ?

Mattis va mettre de l'ordre dans les dépenses excessives du Pentagone. Le général Kelly, à la tête du Homeland Security, en fera de même. Cette institution est devenue un ministère de 120 000 personnes, qui a grossi comme un cancer financier au sein du gouvernement ! Trump a un objectif clair : réduire toutes les dépenses superflues du gouvernement américain pour réinvestir dans son programme d'infrastructures.



A. T. - Le général Michael Flynn a obtenu le poste de National Security Advisor - une fonction qui sert de relais entre le président et tous les autres postes intéressant la sécurité des États-Unis, y compris le Département d'État. Quelle opinion avez-vous de lui ?



E. L. - Mike Flynn a obtenu ce poste comme récompense pour avoir soutenu Trump quand ce dernier était totalement isolé par l'establishment des spécialistes de la sécurité du pays et des affaires internationales. Au mois de mars, des anciens du Parti républicain qui avaient travaillé dans ces domaines ont publié une lettre affirmant que Donald Trump n'était pas qualifié pour être président. Ils étaient fanatiquement anti-Trump, et Mike Flynn a été le seul à prendre son parti. C'est à cette fidélité qu'il doit aujourd'hui d'occuper le poste de conseiller pour la sécurité. À ce poste, Mike Flynn devra servir de filtre à un président qui ne veut pas se concentrer sur la politique extérieure.



A. T. - Donald Trump a également nommé un nouveau directeur de la CIA, Mike Pompeo, qui jusqu'à présent présidait la Commission sur le renseignement à la Chambre des représentants. On sait que le nouveau président n'est pas en très bons termes avec cette organisation (9)...



E. L. - Donald Trump a remis en cause l'efficacité et le professionnalisme de la CIA. Et il est vrai que quand on examine le personnel américain à l'étranger, on constate que les diplomates professionnels sont très compétents, de même que les militaires... mais on ne peut pas en dire autant de ceux qui font partie de la CIA. L'apprentissage des langues étrangères n'est pas obligatoire pour eux et ils sont, en général, assez mal préparés à leurs missions. À Bagdad, ils ne sortent jamais de la « zone verte » et touchent des primes de risque... alors que ce qu'ils y font, ils pourraient aussi bien le faire depuis le quartier général de l'Agence, en Virginie.



A. T. - Un mot sur Nikki Haley qui devient l'ambassadrice des États-Unis aux Nations unies. Voilà un choix qui va à l'encontre des clichés que l'on colporte généralement à l'égard de Donald Trump : c'est une femme, fille d'immigrants indiens... et, surtout, elle s'est vigoureusement opposée à la candidature de M. Trump !



E. L. - C'est très simple : Trump considère que l'activité des Nations unies consiste, à 50 %, à condamner Israël. Il voulait donc que les États-Unis y fussent représentés par quelqu'un d'engagé dans la défense de l'État hébreu. Or, en tant que gouverneur de la Caroline du Sud, Nikki Haley a fait passer une loi qui interdit l'usage d'une clause de boycott d'Israël dans les contrats bénéficiant d'un financement de l'État (y compris ceux qui concernaient les universités). Cette clause était parfois utilisée sous l'influence du mouvement BDS (10). Par surcroît, le fait qu'elle soit une femme d'origine indienne convenait au profil du poste. Qu'elle ait critiqué Donald Trump pendant la campagne n'a guère d'importance ; d'ailleurs, il a remporté l'État de Caroline du Sud !



A. T. - Dans le cercle le plus rapproché de M. Trump, il y a Steve Bannon, promu « chef de la Stratégie » à la Maison-Blanche. C'est la nomination la plus contestée : Steve Bannon est l'un des fondateurs du site « Breitbart News », qui est considéré comme le porte-parole de l'Alt-Right, la version américaine de l'extrême droite...



E. L. - C'est l'entreprise « Breitbart News » qui a pris la décision commerciale de s'ouvrir à l'extrême droite. Bannon lui-même n'est pas d'extrême droite. Il est nationaliste, certes, mais il n'a pas personnellement été associé avec des racistes ou des antisémites. En tout cas, il est là pour tenir, au sein de l'administration Trump, la ligne définie pendant la campagne, pour servir les gens qui ont voté pour le président : ces ouvriers qui travaillaient dans une usine où ils gagnaient 40 dollars de l'heure, qui ont vu du jour au lendemain leur usine partir pour le Mexique et qui aujourd'hui sont gardiens de sécurité pour un salaire horaire de 8 dollars...



A. T. - Steve Bannon n'est pas vraiment le symbole des petites gens, c'est un ancien de Goldman Sachs ! D'ailleurs, comment expliquez-vous qu'après avoir accusé Wall Street de tous les maux pendant la campagne la décision de Donald Trump ait consisté à nommer dans son proche entourage trois représentants de Goldman Sachs, dont le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin et son conseiller économique Gary Cohn, un ancien numéro 2 de la banque ?



E. L. - Tous ces gens ont été choisis pour la même raison que James Mattis à la Défense, c'est-à-dire pour une raison pratique. Ce sont des gens qui savent faire rentrer l'argent pour investir. L'investissement sera leur priorité. Pendant la campagne, Wall Street a été hostile envers Trump et a donné beaucoup d'argent à Hillary Clinton. Trump n'est pas un financier ; c'est un promoteur immobilier qui a fait plusieurs fois faillite. Les promoteurs immobiliers aiment l'inflation. L'épargne ne les intéresse guère ; ce qu'ils aiment, c'est gagner de l'argent et le réinvestir ! Le projet d'infrastructures de Trump va sortir l'économie américaine et l'économie mondiale de la déflation. Quant à son secrétaire au Trésor, il jouera le rôle de celui qui freine la locomotive de l'inflation.



A. T. - Certaines de ces nominations, dont celle du secrétaire d'État, devront être ratifiées par le Sénat après l'entrée en fonctions de Donald Trump. Pensez-vous qu'elles poseront problème ?



E. L. - Les républicains sont majoritaires dans les deux chambres, dont le Sénat. Donc, a priori, tout ira bien. Certes, il y aura beaucoup de discours, mais je ne crois pas que l'on puisse bloquer ces nominations - à moins que l'on découvre sur certaines des personnalités concernées quelque chose que l'on ne sait pas aujourd'hui...



A. T. - Il n'empêche que toutes ces nominations contrastent avec le ton rassembleur que Donald Trump avait adopté la nuit de son élection. Depuis, il s'est entouré de responsables qui sont tout sauf centristes et il a multiplié les déclarations fracassantes. Ces désignations, comme la campagne électorale de M. Trump, n'ont-elles pas été décidées dans un esprit de provocation ?



E. L. - Je n'y vois pas vraiment d'esprit de provocation. Ce que je vois, c'est que Donald Trump a un programme très spécifique en tête : le grand programme des infrastructures. Et il est indéniable que, aux États-Unis, de très nombreuses infrastructures sont défaillantes : les routes, les ponts, les aéroports... George W. Bush aurait aimé y remédier, mais il n'a pas pu le faire à cause du coût des interventions en Irak et en Afghanistan. Barack Obama, lui aussi, aurait voulu s'y atteler ; il était sincère, il avait des plans tout prêts qu'il ne restait qu'à exécuter... mais il a installé à divers postes de responsabilité des écologistes qui ont travaillé jour et nuit à bloquer tous ces projets. Et voilà qu'arrive Donald Trump, qui a annoncé très clairement que sa présidence serait la présidence des grands travaux. Vous pouvez d'ores et déjà prendre un pari : si ce projet-là est couronné de succès, il sera réélu sans problème dans quatre ans ! M. Trump parle de 1 300 milliards de dollars d'investissements dans les infrastructures. Il explique à qui veut l'entendre qu'il a l'intention de transformer physiquement les États-Unis et chacun s'accorde à penser que c'est, effectivement, nécessaire. Telle est, d'ailleurs, la raison pour laquelle l'une de ses premières décisions fut de nommer un homme comme Scott Pruitt à la tête de l'Agence pour la protection de l'environnement.



A. T. - Scott Pruitt, qui était l'Attorney General (ministre de la Justice) de l'Oklahoma, a par le passé, dans le cadre de ses fonctions, attaqué en justice l'agence qu'il va désormais diriger. C'est vraiment donner les clés du poulailler au renard !



E. L. - Trump veut simplement en finir avec cette situation où une partie du gouvernement bloque ce que l'autre essaie de faire. Je vais vous donner un exemple concret. Disons que je décide d'acheter une voiture neuve, bas de gamme. En Europe, je la paierais 8 000 dollars ; au Japon 7 000 ; et ici, 13 000 parce que l'élite américaine a institué une infinité de régulations écologistes relatives à la production des voitures ! Conséquence : la moitié des familles sont privées de ce plaisir tellement américain d'acheter une voiture neuve. L'élite américaine ne s'est pas contentée de décider que nous devions dorénavant rouler dans tel type de voiture et pas dans tel autre ; elle a, également, imposé le développement tous azimuts de l'énergie solaire et de l'énergie éolienne - des industries qui permettent à quelques petits malins californiens de gagner beaucoup d'argent pendant qu'on ferme les mines de charbon.

Il y a, en réalité, une véritable emprise de l'élite sur des gens dont personne ne dit ce qu'ils subissent. Les Américains sont un peuple de culture calviniste, qui a la religion du travail. Au cours des dix dernières années, on a constaté, pour la première fois dans l'Histoire, un accroissement de la mortalité aux États-Unis : s'ils n'ont pas un véritable travail, les Américains subissent une crise profonde qui se manifeste même au niveau physiologique. Là où, avant, il y avait une usine, il ne reste qu'un supermarché WalMart où l'on achète toutes les choses qui, par le passé, étaient produites ici même et qui viennent désormais de Chine ou du Mexique. La philosophie de Donald Trump, c'est de rendre aux Américains le travail qu'on leur a volé.

 





(1) Le 20 mars 2014, un décret présidentiel a gelé les avoirs de certaines personnalités russes, interdit certains échanges bancaires et le financement de certaines exportations des États-Unis vers la Russie, par mesure de rétorsion à l'égard de l'annexion de la Crimée et de l'usage de la force en Ukraine.

(2) Alexander Hamilton (1755-1804) est considéré comme l'un des Pères fondateurs des États-Unis. Il fut le premier secrétaire au Trésor de l'histoire du pays (1789-1795).

(3) Dans un communiqué datant de 1972, les États-Unis affirment qu'ils ne contestent pas qu'il y a « une seule Chine » des deux côtés du détroit de Taiwan, mais ils ne vont pas jusqu'à mettre en cause l'indépendance de Taiwan.

(4) Au cours des trois dernières années, la Chine a construit des îles artificielles dans l'archipel des Spratleys et des massifs coralliens en mer de Chine, dans une zone revendiquée par plusieurs autres pays de la région. Elle n'a cessé d'y étendre des installations militaires d'attaque et de défense aériennes. Le Pentagone a exprimé son inquiétude sur la présence de ces installations et il y a eu plusieurs incidents impliquant des navires de guerre américains patrouillant dans la région.

(5) Celui que l'on appelle couramment National Security Advisor et dont le titre officiel est Assistant to the President for National Security Affairs fait partie du cercle rapproché du président. Il est installé à la Maison-Blanche et préside les réunions de travail entre le secrétaire d'État et le secrétaire à la Défense.

(6) Le Homeland Security est un ministère créé en 2002 après les attentats du 11 Septembre. Il a absorbé les services d'immigration et de protection des frontières.

(7) L'avion de chasse F-35 fabriqué par Lockheed Martin a été présenté comme un engin révolutionnaire. C'est, en tout cas, le projet le plus coûteux de l'histoire de l'armement américain - et aussi le plus contesté. Ce projet vieux de quinze ans a explosé les délais et le budget qui s'élève à ce jour à 400 milliards de dollars.

(8) Air Force One est un nom générique pour la flotte présidentielle, qui comporte deux appareils identiques, dotés d'un équipement qui permet au président d'exercer ses fonctions dans n'importe quelles circonstances, y compris la guerre nucléaire. Boeing a obtenu un contrat pour le renouvellement de ces deux avions. Le devis initial était de 4 milliards de dollars. Après que Donald Trump a menacé d'annuler le contrat, le 22 décembre le PDG de Boeing a promis... que le budget ne serait pas dépassé.

(9) Lorsque la CIA a accusé les dirigeants russes d'avoir tenté d'influencer l'élection présidentielle, l'entourage de Donald Trump a déclaré : « Ce sont les mêmes qui ont affirmé que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive » et le président élu a refusé de recevoir quotidiennement un briefing de la CIA.

(10) BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) est un mouvement international pro-palestinien destiné à faire pression sur Israël par des moyens économiques.


Notes :




(1) Le 20 mars 2014, un décret présidentiel a gelé les avoirs de certaines personnalités russes, interdit certains échanges bancaires et le financement de certaines exportations des États-Unis vers la Russie, par mesure de rétorsion à l'égard de l'annexion de la Crimée et de l'usage de la force en Ukraine.

(2) Alexander Hamilton (1755-1804) est considéré comme l'un des Pères fondateurs des États-Unis. Il fut le premier secrétaire au Trésor de l'histoire du pays (1789-1795).

(3) Dans un communiqué datant de 1972, les États-Unis affirment qu'ils ne contestent pas qu'il y a « une seule Chine » des deux côtés du détroit de Taiwan, mais ils ne vont pas jusqu'à mettre en cause l'indépendance de Taiwan.

(4) Au cours des trois dernières années, la Chine a construit des îles artificielles dans l'archipel des Spratleys et des massifs coralliens en mer de Chine, dans une zone revendiquée par plusieurs autres pays de la région. Elle n'a cessé d'y étendre des installations militaires d'attaque et de défense aériennes. Le Pentagone a exprimé son inquiétude sur la présence de ces installations et il y a eu plusieurs incidents impliquant des navires de guerre américains patrouillant dans la région.

(5) Celui que l'on appelle couramment National Security Advisor et dont le titre officiel est Assistant to the President for National Security Affairs fait partie du cercle rapproché du président. Il est installé à la Maison-Blanche et préside les réunions de travail entre le secrétaire d'État et le secrétaire à la Défense.

(6) Le Homeland Security est un ministère créé en 2002 après les attentats du 11 Septembre. Il a absorbé les services d'immigration et de protection des frontières.

(7) L'avion de chasse F-35 fabriqué par Lockheed Martin a été présenté comme un engin révolutionnaire. C'est, en tout cas, le projet le plus coûteux de l'histoire de l'armement américain - et aussi le plus contesté. Ce projet vieux de quinze ans a explosé les délais et le budget qui s'élève à ce jour à 400 milliards de dollars.

(8) Air Force One est un nom générique pour la flotte présidentielle, qui comporte deux appareils identiques, dotés d'un équipement qui permet au président d'exercer ses fonctions dans n'importe quelles circonstances, y compris la guerre nucléaire. Boeing a obtenu un contrat pour le renouvellement de ces deux avions. Le devis initial était de 4 milliards de dollars. Après que Donald Trump a menacé d'annuler le contrat, le 22 décembre le PDG de Boeing a promis... que le budget ne serait pas dépassé.

(9) Lorsque la CIA a accusé les dirigeants russes d'avoir tenté d'influencer l'élection présidentielle, l'entourage de Donald Trump a déclaré : « Ce sont les mêmes qui ont affirmé que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive » et le président élu a refusé de recevoir quotidiennement un briefing de la CIA.

(10) BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) est un mouvement international pro-palestinien destiné à faire pression sur Israël par des moyens économiques.