Politique Internationale - La Revue n°154 - HIVER -

sommaire du n° 154
Trump, Poutine et nous...
Entretien avec François Heisbourg
Président de l'International Institute for Strategic Studies (Londres). Auteur, entre autres très n
conduit par
Thomas HOFNUNG
Chef de rubrique au site The Conversation.
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Thomas Hofnung - En 2016, un homme aura fortement pesé sur la scène internationale, notamment au Proche-Orient : Vladimir Poutine. Le président russe suscite des sentiments très contradictoires, dont une certaine fascination, particulièrement en France. Comment expliquez-vous ce phénomène ?



François Heisbourg - À ce sujet, j'évoquerai ce que j'appelle le « philo-poutinisme », dont on peut distinguer deux types. Le premier est d'opportunité : si vous voulez démontrer que vous êtes « anti-élites », « anti-establishment », « anti-système », vous devez aller à l'encontre de la vulgate du récit occidental. C'est la thèse d'Ivan Krastev dans un récent numéro de Foreign Policy (1) : pourquoi, au cours de sa campagne, Trump a-t-il fait du philo-poutinisme alors qu'il a toujours subi des déconvenues dans ses affaires en Russie ? Réponse : c'était, pour lui, une façon de plus de se démarquer de la position généralement adoptée par les élites dirigeantes du monde occidental, à savoir une allergie instinctive à l'égard des actions de Poutine. Avant d'échouer lors de la primaire, à l'automne dernier, Nicolas Sarkozy a, lui aussi, suivi une ligne philo-poutiniste. Pourtant, quand il a été élu en mai 2007, il dénonçait les exactions commises en Tchétchénie... Il s'agit donc, avant tout, d'un positionnement que je qualifierai d'opportunisme politique.

La seconde forme de philo-poutinisme correspond à des convictions profondes : c'est le cas, par exemple, de Marine Le Pen, dont l'anti-européanisme renvoie au schéma intellectuel hérité des années 1950 et au rejet des notions d'Occident, de démocratie ou encore de fédération européenne - toutes notions qui lui sont profondément étrangères. On en retrouve une variante plus honorable chez François Fillon : c'est le côté de Gaulle à Moscou en novembre 1944 puis en 1965, où la France tente de se ménager un espace de liberté entre les deux Super-Grands. Le problème, c'est que cette approche conduit à se retrouver souvent tout nu sur le bord du chemin pendant que les Grands se réunissent entre eux, comme à Yalta en 1945. Mais il est difficile, en vérité, d'être invité à Yalta si l'on passe son temps à dire du mal de ses propres alliés...



T. H. - La nomination de Rex Tillerson au secrétariat d'État ne tend-elle pas à prouver que le philo-poutinisme de Trump est peut-être sincère ?



F. H. - Nous verrons bien. Trump considère visiblement qu'il y a matière à négocier un « deal » avec Poutine. Mais lequel ?



T. H. - Quels sont, selon vous, les ressorts qui sous-tendent cette fascination pour Poutine ?



F. H. - Un responsable qui réussit tout ce qu'il entreprend, du moins sur la base des objectifs qu'il s'est fixés, c'est impressionnant ! Poutine est capable d'agir rapidement, de façon décisive et avec succès. L'opération en Crimée (début 2014) - une transgression monstrueuse - a été menée à bien sans tirer un seul coup de feu ! Poutine a violé le droit et les pratiques internationaux en Europe, c'est sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais si la cause est mauvaise, son exécution n'en reste pas moins impressionnante.

Quant à la Syrie, qui a la main ? La Russie. Moscou et Bachar al-Assad n'ont pas pour ennemi principal Daech ; leur but premier est la destruction de ce qui s'oppose à la survie du régime de Damas. En attendant, c'est Poutine qui atteint ses objectifs. En revanche, rien ne dit que dans cinq ou dix ans la Russie ne regrettera pas de s'être plongée dans le bourbier syrien ! Au Moyen-Orient, pour reprendre une formule bien connue, quand on creuse, on trouve souvent deux choses : du pétrole et des problèmes, rarement des solutions.



T. H. - De votre point de vue, Poutine est-il un bon stratège ?



F. H. - Non. Il a plutôt un sens tactique (ou opérationnel) aigu. Sa vision est celle d'un pays autoritaire, conservateur au niveau des moeurs, intraitable quant à la préservation de la souveraineté et de la prééminence de l'État. Idem au niveau du droit interne et international, et des relations entre États souverains. Poutine est animé d'un sentiment revanchiste vis-à-vis du système international qui a été forgé à l'issue de la guerre froide et que la Russie considère comme un nouveau diktat, une sorte de « Versailles soft » imposé par un Occident n'ayant jamais cessé de lui faire la guerre - c'est ce qu'a déclaré publiquement le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d'une conférence à Munich en 2015. Cet ordre, il convient de le réviser, aux yeux de Moscou. En ce sens, la Russie est bien un État révisionniste. Mais Poutine a-t-il véritablement une stratégie ? Ce n'est pas du tout évident. Quand on a le même PIB que l'Espagne, c'est difficile de tout mener de front.



T. H. - La Russie a-t-elle réellement les moyens de ses ambitions ?



F. H. - Au niveau tactique, disons que Poutine maximise ses atouts. Il joue avec un brelan de trois dans une partie de poker mondiale où ce sont en réalité les autres qui ont les as en main. Il ne faut pas se tromper de lecture sur la Russie : on renvoie trop facilement soit à l'héritage bolchevique, soit à l'héritage tsariste. Certes, Poutine aimerait recouvrer la sphère d'influence qu'avait la Russie naguère et rétablir une forme de gouvernement proche du tsarisme, quand le tsar était l'autocrate « de toutes les Russies ». Mais dans sa façon de faire, on relève deux innovations. Primo, la Russie est devenue une puissance agile : elle a désormais une vraie capacité à rebondir. Un exemple : elle perd l'Ukraine ? Aussitôt elle juge que c'est le bon moment pour récupérer la Crimée ! De fait, une semaine plus tard, les « petits hommes verts » (des militaires russes, sans uniforme) débarquent en Crimée. Avant la chute de l'ancien numéro un ukrainien, Viktor Ianoukovitch (2), il n'y avait aucun signe avant-coureur laissant présager une telle issue. Un accord bilatéral octroyait la base navale de Sébastopol aux Russes jusqu'en 2047 ; Moscou avait donc le temps de voir venir. Mais devant le revers stratégique massif qu'a constitué le départ de Ianoukovitch du pouvoir à Kiev et son remplacement par une équipe pro-occidentale, il fallait faire quelque chose.

Cette capacité de rebond politique repose - et c'est un fait totalement nouveau - sur une capacité de rebond militaire. Jadis, sous le régime soviétique, l'art de la guerre ressemblait à s'y méprendre à celui des Américains : il consistait en l'usage de la force massive. La question qui guidait les choix tactiques était, en substance, la suivante : « Quel est le quantum maximal de forces que je peux mettre sur la table face à un problème donné pour une durée donnée ? » Or Poutine ne vient pas de cette école de pensée. C'est un responsable issu des rangs du KGB, un homme des effets de levier, de la démultiplication des forces. La question qu'il se pose, comme on a pu le voir récemment en Crimée et en Syrie, serait plutôt celle-ci : « Quel est le minimum de forces que je dois mobiliser pour obtenir le résultat recherché ? » Et avec ce corollaire : en un minimum de temps...

La France a cette même capacité, comme on l'a vu au Mali début 2013. De même que les Israéliens, les Britanniques et donc maintenant les Russes. Mais historiquement, c'est tout à fait nouveau pour Moscou. En Syrie, d'un point de vue technique et opérationnel, la manoeuvre a été menée de façon impeccable au service de buts de guerre énoncés de façon « raisonnable » : que faire pour empêcher Bachar de tomber ? Question subsidiaire : comment faire apparaître la Russie comme une puissance mondiale et non plus simplement comme une puissance euro-asiatique ? Réponse : l'envoi de 4 500 soldats en Syrie. Fin 2016, ils n'étaient guère plus que cela ! On est bien dans la recherche de l'effet maximal avec un minimum de forces dans un temps très court. Cette agilité est sans rapport avec le PIB de la Russie, qui est 20 fois moindre que celui des tous les pays de l'Otan réunis !



T. H. - Vous évoquiez une seconde nouveauté, quelle est-elle ?



F. H. - Il s'agit de l'imprévisibilité. La Russie est désormais imprévisible - non pas parce que le système dysfonctionne, mais à dessein, comme l'indiquent des textes publics sur la stratégie russe. Dans ces documents, l'imprévisibilité est considérée comme une qualité. Toutefois, dans la durée, une puissance qui se définit intrinsèquement comme imprévisible risque de ne pas inspirer confiance aux autres. Ce positionnement a donc un coût stratégique. Si la Russie se trompe dans l'évaluation des pays avec lesquels elle a à entretenir des relations (bonnes ou mauvaises, d'ailleurs), le résultat peut être désastreux. Mais les Russes connaissent bien leur histoire et sont sérieux, notamment sur le plan militaire.

Quel contraste par rapport à Barack Obama, avec son côté très réfléchi, qui affichait une grande prudence stratégique ! Ce dernier avait sans doute raison sur le fond : il jugeait qu'au Moyen-Orient il n'y avait que des coups à prendre et que l'influence des États-Unis dans la région n'était pas phénoménale. En cela, il avait un point commun (peut-être le seul) avec Trump. Mais Obama n'a jamais vraiment compris qu'il n'était pas à l'université. En Syrie, à l'été 2013, il a vraisemblablement commis une erreur en fixant une ligne rouge (3) puis, une fois qu'elle a été franchie, en ne mettant pas en avant la « case Conseil de sécurité » pour bâtir un plan commun d'élimination des armes chimiques. Il a d'abord appelé David Cameron et François Hollande sur le thème : « Qui m'aime me suive ! » Et au dernier moment, il a renoncé, alors que les avions américains et français étaient sur le point de décoller ! La messe était dite : à partir de ce moment-là, l'Amérique et l'Occident ont perdu la main en Syrie.



T. H. - Et la Russie, puissance agile, s'est empressée de proposer une solution...



F. H. - Oui, le Kremlin s'est montré diplomatiquement agile. La solution au problème des armes chimiques qu'il a avancée était astucieuse (4). Les Américains ont alors eu l'intelligence de saisir la perche tendue pour sortir des sables mouvants dans lesquels ils s'étaient embourbés. Mais, en attendant, celui qui commande, c'est bien celui qui tient la perche ! Puis, en 2015, l'armée russe intervient avec succès pour sauver Bachar al-Assad qui était au plus mal, notamment dans le « pays alaouite » (autour de Lattaquié).

Mais, paradoxalement, de tous les grands dossiers mondiaux, c'est peut-être en Syrie que l'impact de l'élection de Trump sur la politique suivie par les États-Unis sera le moins important. Pour une raison simple : les Américains y sont, de toute façon, largement hors jeu, même s'ils aident militairement les Kurdes contre Daech. À ce propos, je reconnais que soutenir les Kurdes - comme le font actuellement la France, l'Allemagne et les États-Unis en Irak mais aussi dans le nord de la Syrie - peut se justifier au nom de la lutte contre Daech... Mais, stratégiquement, ce soutien risque, à terme, de provoquer une déstabilisation comparable à celle qu'on a observée en Libye - un pays qui a cessé d'être un État en tant que tel au cours des dernières années. Nous prétendons défendre les accords Sykes-Picot (5) ; mais en aidant les Kurdes, dont l'objectif final est d'obtenir leur propre État, on pourrait bien contribuer à détruire définitivement le système qui était né de ces accords...

Revenons à Trump : à partir du moment où le projet territorial de l'État islamique est en lambeaux, avec la prise annoncée de Mossoul, puis demain celle de Raqqa, le nouveau locataire de la Maison-Blanche n'a plus besoin de faire grand-chose pour apparaître comme l'homme qui a tenu sa promesse, lui qui affirmait pouvoir résoudre le problème de Daech « en quinze jours ». Sur la Syrie, Trump va aimer ce qu'il s'apprête à faire : signer un accord politique dans lequel les Russes tiendront le manche.



T. H. - Vous dites que le soutien aux Kurdes est périlleux. Selon vous, que devraient ou pourraient faire les Occidentaux, concrètement, sur le terrain pour éviter la fin des accords Sykes-Picot et donc l'implosion de la région ?



F. H. - À ce stade, pour éviter la fin de ces accords, ils n'ont guère que le choix entre deux très mauvaises solutions : continuer à soutenir les Kurdes jusqu'à la libération de Raqqa, puis les laisser tomber (conformément au sort habituel dont ils sont les victimes), ou mettre fin à ce soutien et laisser les Russes finir (victorieusement) la guerre contre Daech en liaison avec l'aviation des pays occidentaux.



T. H. - Le soutien sans faille du Kremlin au régime de Damas, accusé de crimes de guerre à Alep, ne rend-il pas difficile la signature d'un compromis entre Russes et Américains sur la Syrie ?



F. H. - Bachar al-Assad est déjà responsable de la mort de plusieurs centaines de milliers de ses concitoyens et de l'exil de millions de Syriens. La chute d'Alep s'inscrit hélas dans la continuité. Les Russes le soutiennent fermement depuis le début de la guerre civile. Si un accord doit être trouvé entre eux et les Américains, il le sera, Alep ou non Alep...



T. H. - Plus généralement, le mandat de Trump peut-il être l'occasion d'un nouveau départ dans les relations avec la Russie ?



F. H. - Principe premier : il ne faut pas oublier qu'un nouveau président, qu'il soit américain ou non d'ailleurs, cherche généralement à exécuter le mandat pour lequel il a été élu ! A fortiori, quand il revient de très loin (comme c'est le cas pour Trump), car il a le sentiment tenace que rien ne peut l'atteindre. Personne, il y a deux ans, n'aurait misé un kopeck sur sa victoire ! Quoi qu'il en soit, comme je le disais au début de notre entretien, son discours complaisant vis-à-vis de Poutine entrait vraisemblablement dans une stratégie de langage anti-establishment qui, de fait, lui a permis d'être élu. Il a gagné parce qu'il a joué la carte du populisme. Paradoxalement, ce constat est quelque peu rassurant : il y a peut-être une part d'instrumentalisation tactique chez Trump sur ce plan-là.

Second élément : on distingue clairement la nature du deal diplomatique qui pourrait intéresser Poutine. Il souhaiterait que l'arrivée d'un nouveau président à Washington aboutisse à la levée des sanctions internationales qui visent la Russie depuis l'annexion de la Crimée. Cette décision serait assortie d'un quitus lui permettant d'avoir les mains libres dans la gestion de ses relations avec l'Ukraine. Le deal pourrait aussi prévoir la libération conjointe des derniers territoires occupés par Daech et, dans la foulée, l'organisation d'une grande conférence internationale destinée à parvenir à un accord sur la Syrie. Tout cela se déroulerait sous la conduite bilatérale de l'Amérique et de la Russie - ou trilatérale, en y ajoutant la Chine.



T. H. - Et les Européens ?



F. H. - Ils sont totalement hors jeu ! Il faut bien comprendre que, politiquement, les Russes visent la parité avec les seuls États-Unis. Fondamentalement, c'est ce qui leur importe. À ce sujet, je vais vous livrer une anecdote : en décembre 2013, je suis invité à participer à une rencontre près de Moscou autour du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, en compagnie de nombreux officiels, diplomates et experts russes sur le thème : « Influence et puissance dans le monde moderne : quels moyens pour la Russie ? » Pendant deux heures, les participants discutent et débattent en ne citant qu'un seul et même pays : les États-Unis. À New York, on aurait parlé principalement de la Chine. Et en Europe, des trois pays en même temps (États-Unis, Russie et Chine).

La fixation de Moscou sur l'Amérique, comme à l'époque soviétique, est aiguisée par le récit de l'humiliation post-guerre froide qu'aurait prétendument subie la Russie. Mais, en définitive, aux yeux des Russes il n'y a bien qu'un interlocuteur valable et sérieux, celui qui peut vous donner la parité de traitement en tant qu'adversaire ou partenaire... D'ailleurs, vous observerez que les accords START (6) sur le nucléaire sont toujours en vigueur. Ils permettent de conserver le symbole de la parité stratégique. J'ajoute qu'en Europe les Russes ne prennent au sérieux qu'un seul pays : l'Allemagne. Et encore : elle est considérée avant tout comme un faux nez des Américains.



T. H. - Vous croyez donc possible un deal russo-américain avec Trump...



F. H. - Sans doute, mais un obstacle de taille se dresse : qu'est-ce que Poutine peut « offrir » à Trump que ce dernier n'ait déjà ? La réponse n'est pas simple. La Russie, on l'a dit, affiche le PIB de l'Espagne. En Syrie, les Américains ont perdu la partie. Que peut obtenir Trump qui ait de la valeur à court terme ? Une sorte de Yalta bilatéral entre Moscou et Washington ne paraît pas évidente. En revanche, un Yalta trilatéral - avec la Chine (on va y revenir) - serait plus intéressant car les enjeux de la relation avec Pékin sont plus déterminants pour les États-Unis : commerce international, statut de la mer de Chine du Sud, dossier nord-coréen, etc.

Les États-Unis entretiennent des rapports plus équilibrés avec Pékin qu'avec Moscou. Or, même si durant la campagne électorale il a multiplié les déclarations hostiles à la Chine sur le plan économique, Trump lui a d'ores et déjà rendu un service formidable avec l'annulation programmée de l'accord de partenariat transpacifique (dit TPP) (7). Stratégiquement, ce traité, dans l'esprit d'Obama, visait à isoler la Chine. Avec le TPP, d'un côté, et le traité de libre-échange avec l'UE (dit TAFTA), de l'autre (8), l'Occident dirigé par les États-Unis en étroite concertation avec l'Union européenne se voyait garantir, durant cinquante à soixante ans, la pérennité des normes économiques et financières occidentales face à la superpuissance chinoise. Le TPP assurait, en effet, la mobilisation des puissances asiatiques non chinoises autour des États-Unis. Mais Donald Trump en a apparemment décidé autrement...



T. H. - La CIA enquête sur une possible action des services russes en faveur de Trump durant la campagne électorale aux États-Unis, notamment à travers des cyber-attaques. Trump est-il le candidat de Moscou, comme l'assurent certains ?



F. H. - La Russie a tout intérêt à ce qu'on dise qu'elle est capable d'influer sur le cours des événements. Car elle est toujours en quête de démonstrations de sa puissance. Les Russes ont beau savoir que leur PIB est faible, ils n'avouent jamais leur faiblesse. À cet égard, se voir prêter la capacité de jouer un rôle dans l'élection américaine est très valorisant. À supposer que cela soit vrai, il reste à voir si la Russie a voulu « seulement » déstabiliser le déroulement régulier des élections ou si elle a tenté de faire pencher la balance par ce que le KGB appelait naguère des « mesures actives »...



T. H. - Trump peut-il être un partenaire plus commode pour Moscou ? L'annonce du choix de Rex Tillerson, patron d'ExxonMobil et proche de Poutine, pour le poste de secrétaire d'État a semé le trouble...



F. H. - Trump est, avant toute chose, un homme d'affaires, avec ses qualités et ses défauts. Il veut faire des deals car, dans sa vision des choses, tout peut faire l'objet de deals. Ce n'est apparemment pas un idéologue au sens de George W. Bush ou de Ronald Reagan, même si nombre de ses collaborateurs ont un profil idéologique affirmé, parfois philo-poutinien, parfois néo-conservateur, sinon les deux... Il n'est pas davantage un Bismarck ou un Metternich, qui serait doté d'une vision précise du système international. Pour pratiquer la Realpolitik il faut disposer d'une certaine conceptualisation du cadre à l'intérieur duquel on opère et avoir quelque idée sur la façon dont on voudrait le faire progresser. Or, comme le montre l'évolution de ses affaires, avec des réussites mais aussi des échecs, Trump est un homme de « coups » plutôt qu'un bâtisseur d'empires. L'équipe qu'il a constituée en témoigne : d'une part, elle illustre sa volonté de réussir le volet économique de son programme, avec des professionnels de Goldman Sachs à la barre ; mais, d'autre part, les nominations en politique extérieure et de sécurité sont moins univoques avec un homme d'affaires (Rex Tillerson) au Département d'État, un grand professionnel issu du monde militaire (James Mattis) au Pentagone et un militaire idéologue proche de l'extrême droite (Michael Flynn) à la tête du Conseil de sécurité nationale.



T. H. - Diriez-vous que Trump est nationaliste ?



F. H. - Il croit dans l'Amérique, c'est un fait. Ce n'est pas un internationaliste, mais je pense qu'il est peut-être moins instable qu'il n'y paraît. Cependant, on distingue deux faiblesses majeures le concernant. À ses yeux, comme je l'ai dit, le monde se réduit à des deals successifs, avec des partenaires successifs. Une telle approche peut générer de la fluidité mais, aussi, de l'imprévisibilité. Et puis ne sous-estimons pas le côté colérique du personnage, sa dimension « caïd de cour d'école » qui pourrait lui jouer des tours.



T. H. - Que va devenir l'accord avec Téhéran (9) ?



F. H. - C'est le premier gros problème auquel Trump va devoir faire face en arrivant à la Maison-Blanche. Au sein de son équipe, on perçoit distinctement des relents de ce que j'appellerai un « anti-iranisme » très fort. Le nouveau patron de la CIA, Mike Pompeo, et le général Michael Flynn ont affirmé qu'il fallait « casser » le deal avec l'Iran. C'est aussi la position de Trump. Mais le nouveau président a également déclaré que les Saoudiens étaient des gens peu fréquentables et qu'il fallait leur faire un sort... Il existe encore une légère incertitude sur l'identité de l'ennemi préféré des États-Unis au Moyen-Orient.

Quoi qu'il en soit, si Trump défait cet accord, ou tente d'en obtenir une modification substantielle, il aura contre lui toute la planète, à commencer par tous les membres du Conseil de sécurité. Pour les Russes, pour les Français, pour les Chinois, l'accord est important. Pour l'UE, également signataire, idem. Même les Saoudiens sont inquiets, c'est dire ! Les Israéliens, pour leur part, ne poussent pas Trump à la rupture, malgré l'opposition à l'accord que Netanyahou a affichée avant les dernières élections législatives.

Or certaines catégories de sanctions visant l'Iran ont des périodes de renouvellement rapprochées : entre quatre et douze mois selon le cas. Si, à peine entré en fonctions, Trump renouvelle un train de sanctions, il aura clairement indiqué qu'il ne cassera pas l'accord. S'il ne renouvelle pas, il aura envoyé un signal très fort dans l'autre direction.



T. H. - Trump peut-il remettre en question le système d'alliances traditionnel des États-Unis ?



F. H. - Il faut d'abord relever que ce système est tout à fait hors normes. En général, les alliances de défense dans l'Histoire sont de courte durée. Pour ne prendre qu'un exemple, l'Entente cordiale entre Français et Britanniques a duré dix ans, jusqu'à la Première Guerre mondiale. Or le système qui lie les Américains à leurs alliés au sein de l'Otan, de même que leurs alliances bilatérales avec l'Australie, le Japon, la Corée du Sud ou encore la Nouvelle-Zélande existent depuis soixante-cinq ans. Ce dispositif s'est adapté à des changements fondamentaux : la chute du mur de Berlin en Europe, la disparition de la menace (soviétique, en l'occurrence) depuis plus de vingt ans... Et pourtant, le canard court toujours ! Mieux, de nouveaux membres rejoignent l'Alliance. Ce système procure aux Américains une profondeur stratégique incroyable. Même si, dans quinze ou vingt ans, le budget militaire chinois aura probablement dépassé celui des États-Unis, ces derniers garderont toujours une longueur d'avance grâce à ce système d'alliances. L'enjeu, pour eux, est donc tout à fait fondamental.

Quant à Trump, que souhaite-t-il ? Que les alliés paient davantage. Il n'est ni le premier ni le dernier des présidents américains à énoncer ce voeu. Il déplore également que l'Alliance ne s'occupe pas assez de lutte contre le terrorisme. Cette position se défend. Mais ce qui est inquiétant, c'est que transparaît clairement, chez lui, la volonté d'instrumentaliser ces relations, comme si celles-ci étaient devenues purement conditionnelles. « Vous payez ou vous êtes virés ! » : c'est le langage trivial qu'il emploie. Or à partir du moment où un système d'alliances cesse d'être inconditionnel, il se banalise. Dès lors, les Alliés vont être amenés à chercher des contre-assurances. De son côté, Trump explique qu'il pourra toujours, en cas de rupture des alliances, projeter des forces depuis les États-Unis, que cela coûtera moins cher à son pays que de maintenir en permanence des troupes en Europe et en Asie. Sans pour autant prôner la disparition pure et simple de l'Otan. Attendons de voir.



T. H. - Dans une telle optique, que peut devenir l'article 5 de l'Otan - qui prévoit une assistance automatique au profit d'un membre victime d'une agression ?



F. H. - Sous Trump, il sera transactionnel : on ne vous défend pas si vous ne payez pas. Dans l'esprit du nouveau président américain, le Japon et la Corée du Sud pourraient tout à fait se doter de l'arme nucléaire pour faire face à la menace nord-coréenne, même si ce n'est pas ce qu'il souhaite fondamentalement.

Mais ce qui pourrait précipiter véritablement la fin de ce système d'alliances serait la dénonciation de l'accord iranien que nous évoquions tout à l'heure. Le choc parmi les Alliés serait majeur. Sur ce chapitre, un autre élément est à prendre en compte : les pays de l'Otan sont en train de mettre en place une présence renforcée « vers l'avant » dans les pays baltes et en Pologne, qui sera effective d'ici au mois de mai. Les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l'Allemagne vont déployer dans chacun de ces quatre pays un bataillon. Si Trump ne dépêche pas sur place les forces prévues, le signal envoyé aux pays concernés et, à travers eux, à l'ensemble des alliés de Washington sera très impressionnant.

En aval, il faut aussi compter avec ceux qui ont intérêt à ce que ce système disparaisse : la Russie et la Chine. Il faut surveiller de très près ce qui peut se passer dans ce que j'appellerai les zones grises, celles où les Russes peuvent être tentés de fragiliser l'Alliance. Je pense, notamment, aux Balkans, ou encore à la Moldavie : une partie de cette zone est dans l'Otan (Bulgarie, Croatie), l'autre ne l'est pas (Bosnie, Serbie, Kosovo, Macédoine, Moldavie), et l'on y trouve des relais pro-russes importants (spécialement en Bulgarie et en Moldavie). Le retour des Russes dans la région se déroule parallèlement à l'essoufflement de l'élargissement de l'UE. Pourtant, Angela Merkel fait tout son possible pour maintenir ce processus dit « de Berlin » (10) sur les rails, avec l'assentiment discret des Français, malgré le contexte défavorable de montée des populismes.



T. H. - Ces inquiétudes peuvent-elles inciter à relancer les efforts en faveur de la défense européenne ?



F. H. - Au chapitre des réassurances, l'Union européenne a déjà réussi, grâce au leadership allemand, soutenu par les Français, à se mettre d'accord sur des sanctions visant la Russie en raison de sa politique ukrainienne. Les autres membres de l'Union ont suivi le mouvement. Mais face à la Russie, certains pays ont choisi, depuis, de jouer la carte de l'apaisement : c'est le cas de la Hongrie, mais aussi de la République tchèque. Si demain une difficulté surgit dans les Balkans, quel sera le niveau d'unité au sein de l'UE face à d'éventuelles manoeuvres subversives ? Par exemple, les Russes peuvent très bien vouloir transformer leur projet de pôle dit « humanitaire » à Nis, en Serbie, en base militaire (11). Après tout, humanitaire rime avec militaire.

Certes, l'Allemagne est en train de revenir à une posture plus active dans le domaine de la défense, à l'image de celle qui était la sienne à la fin des années 1990 quand elle a participé à l'intervention armée au Kosovo (12). Mais cette même Allemagne a fait profil bas en Afghanistan et, aujourd'hui, contre Daech, elle se contente de prendre part à la guerre électronique et au soutien des Kurdes... Bref, dans le contexte volatil des élections en France et en Allemagne, qui osera proclamer qu'il faudrait transférer plus de pouvoirs à Bruxelles en matière militaire ?



T. H. - S'ils se sentent lâchés par les États-Unis, certains pays ne vont-ils pas être tentés de se tourner vers la Russie ?



F. H. - C'est la réaction des Tchèques et des Hongrois, que je viens d'évoquer. Après les élections en Allemagne et en France, on pourra peut-être commencer à réfléchir à une relance de la défense européenne. Mais, en même temps, il va falloir faire très attention à ne pas obtenir ce que nous voulons à un moment où nous ne serions pas encore prêts ! Nous sommes dans un monde où il n'y aura guère de place pour les gens qui manquent de sérieux ;  disons, pour faire court, pour les enfants gâtés du baby-boom. Poutine, Xi Jinping, Merkel sont des gens sérieux et qui composent avec des contraintes très lourdes liées à l'Histoire et aux institutions. Trump, à sa manière, est aussi quelqu'un de sérieux.



T. H. - Diriez-vous que nous sommes revenus à une forme de guerre froide ?



F. H. - Non, car nous vivions à l'époque dans un système bipolaire avec, d'un côté, les États-Unis et, de l'autre, l'URSS, son idéologie, son modèle politique et économique, ses ambitions stratégiques et ses moyens militaires. Aujourd'hui, nous sommes face à une Russie révisionniste qui, certes, fait preuve d'agilité politique et militaire mais qui, je le répète, est freinée dans ses ambitions par la faiblesse de son PIB. Deux superpuissances dominent : les États-Unis et la Chine. Mais il faut compter avec toute une série de puissances émergentes qui font de l'ombre aux puissances moyennes actuelles comme la France, le Royaume-Uni ou l'Allemagne : je pense à l'Indonésie, aux Philippines...

Les Français expliquent depuis des années que non seulement on se dirige vers un monde multipolaire mais qu'il faut un monde multipolaire. Nos voeux sont exaucés ! Par ailleurs, le conflit en Ukraine n'a rien d'une guerre « froide », sans parler de la Syrie...



T. H. - Précisément, existe-t-il, dans cette crise ukrainienne, un scénario de sortie « par le haut » entre Russes et Occidentaux ?



F. H. - À mes yeux, la transgression criméenne a créé une situation de fait qui ne permet pas, à l'heure actuelle, d'envisager un compromis. On dresse parfois un parallèle historique avec l'annexion des États baltes en 1939 par l'URSS - annexion que les Occidentaux n'ont jamais reconnue. L'expérience a montré que tant que ces États n'ont pas été libérés, l'URSS n'a pas été perçue comme un pays parmi d'autres. Il y aura peut-être un accord sur la Syrie, comme il y en a eu un sur l'Iran. Mais ce qui s'est passé en Ukraine et en Crimée ne se prête pas à une transaction. D'un côté, la Russie ne pourra pas lâcher la Crimée et, de l'autre, nous ne pourrons pas accepter l'annexion de ce territoire. Ou alors il n'y aura plus aucune règle, et le droit international sera réduit au rang d'alibi couvrant le comportement sans frein des États. Bref, il nous sera difficile d'avoir des rapports apaisés avec la Russie, même si Donald Trump y est favorable.



T. H. - L'élection de Trump pourra-t-elle avoir un impact sur l'évolution de la Russie elle-même ?



F. H. - Notez que, paradoxalement, l'opposition russe a plutôt l'air, dans un premier temps, de se réjouir de l'élection de Trump. Son élection n'est certes pas « une révolution de couleur », mais c'est bien une forme de révolution, et Poutine n'aime pas les révolutions. Avec Trump à la Maison-Blanche, on sera constamment dans la courbe d'apprentissage, et elle promet d'être raide et rocailleuse. Nous allons souffrir : l'Europe est dans une 2CV engagée sur un chemin bosselé et il n'y a pas de suspensions !

 





(1) « Get ready for the most violent Détente ever », Foreign Policy, 21 novembre 2016.

(2) Premier ministre à deux reprises durant les années 2000, Viktor Ianoukovitch a été élu président de l'Ukraine en 2010 face à Ioulia Timochenko. Sa volte-face concernant la signature d'un accord d'association entre Kiev et l'Union européenne a déclenché un mouvement de protestation sans précédent dans son pays, aboutissant à sa chute en février 2014 et sa fuite en Russie.

(3) En août 2012, lors d'une conférence de presse, Barack Obama avait qualifié de « ligne rouge » l'utilisation d'armes chimiques par Bachar al-Assad en Syrie, sous-entendant ainsi qu'un tel usage pourrait entraîner une intervention militaire. Mais en août 2013, alors que les médias rapportaient l'utilisation de telles armes dans un faubourg de Damas contre les civils, le président américain a finalement refusé toute idée d'action militaire contre Assad. Le Parlement britannique, de son côté, avait auparavant posé son veto à une intervention miliaire.

(4) Moscou a proposé de confier la collecte et la destruction d'armes chimiques à un organisme de l'ONU. Washington a aussitôt approuvé cette solution lui permettant de sortir de l'impasse.

(5) Les accords Sykes-Picot, tenus secrets pendant plusieurs mois, ont été signés le 16 mai 1916 entre la France et le Royaume-Uni. Ils prévoyaient le partage du Proche-Orient à la fin de la guerre en plusieurs zones d'influence au profit de ces puissances, ce qui revenait à dépecer l'Empire ottoman. Ils portent le nom des deux diplomates, français et britannique, qui les ont signés au nom de Paris et de Londres.

(6) Le Strategic Arms Reduction Treaty, abrégé en START (que l'on peut traduire en « Traité de réduction des armes stratégiques »), désigne deux traités américano-soviétiques (signés en 1991 et 1993) visant à réduire la totalité des arsenaux nucléaires des deux superpuissances de la guerre froide. START II prévoit une réduction des arsenaux stratégiques des deux tiers, au terme de laquelle chaque partie ne devra pas disposer de plus de 3 500 têtes nucléaires stratégiques.

(7) L'accord de partenariat transpacifique, aussi connu sous le nom de « Partenariat Trans-Pacifique » ou, sous son nom anglais, « Trans-Pacific Partnership Agreement » ou simplement « Trans-Pacific Partnership » (TPP), est un traité multilatéral de libre-échange signé le 4 février 2016, qui vise à intégrer les économies des régions Asie-Pacifique et Amérique.

(8) Le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI ; TTIP en anglais), également connu sous le nom de « traité de libre-échange transatlantique », est un accord commercial en cours de négociation entre l'Union européenne et les États-Unis prévoyant la création d'une zone de libre-échange transatlantique souvent appelée grand marché transatlantique. Si le projet aboutit, il instituera la zone de libre-échange la plus importante de l'Histoire, couvrant 45,5 % du PIB mondial. Ses défenseurs affirment que l'accord conduira à une croissance économique pour les deux parties tandis que les critiques soutiennent notamment qu'il augmentera le pouvoir des entreprises face aux États et compliquera la régulation des marchés.

(9) Après des années de vive tension internationale, l'Iran a signé, le 14 juillet 2015, à Vienne (Autriche), un accord avec cinq puissances (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) encadrant strictement son programme de développement du nucléaire civil. Il prévoit une levée graduelle des sanctions internationales visant Téhéran en fonction du respect de l'accord.

(10) Le processus dit de Berlin a été initié dans la capitale allemande en 2014 et vise à maintenir la dynamique de l'intégration au sein de l'UE de nouveaux membres issus notamment des Balkans.

(11) Un « Centre humanitaire » russo-serbe a été inauguré, en 2012, aux abords de l'aéroport de la ville de Nis, en Serbie. Pour de nombreux observateurs, il s'agirait en réalité d'une installation à vocation politico-militaire.

(12) En mars 1999, l'Otan intervenait militairement contre les troupes de Belgrade accusées de graves exactions dans la province du Kosovo. À l'issue d'une campagne de bombardements de plusieurs semaines, un accord était finalement trouvé entre les deux parties, débouchant sur le retrait des troupes serbes puis, quelques années plus tard, sur l'indépendance du Kosovo, proclamée par les autorités de Pristina en 2008.


Notes :




(1) « Get ready for the most violent Détente ever », Foreign Policy, 21 novembre 2016.

(2) Premier ministre à deux reprises durant les années 2000, Viktor Ianoukovitch a été élu président de l'Ukraine en 2010 face à Ioulia Timochenko. Sa volte-face concernant la signature d'un accord d'association entre Kiev et l'Union européenne a déclenché un mouvement de protestation sans précédent dans son pays, aboutissant à sa chute en février 2014 et sa fuite en Russie.

(3) En août 2012, lors d'une conférence de presse, Barack Obama avait qualifié de « ligne rouge » l'utilisation d'armes chimiques par Bachar al-Assad en Syrie, sous-entendant ainsi qu'un tel usage pourrait entraîner une intervention militaire. Mais en août 2013, alors que les médias rapportaient l'utilisation de telles armes dans un faubourg de Damas contre les civils, le président américain a finalement refusé toute idée d'action militaire contre Assad. Le Parlement britannique, de son côté, avait auparavant posé son veto à une intervention miliaire.

(4) Moscou a proposé de confier la collecte et la destruction d'armes chimiques à un organisme de l'ONU. Washington a aussitôt approuvé cette solution lui permettant de sortir de l'impasse.

(5) Les accords Sykes-Picot, tenus secrets pendant plusieurs mois, ont été signés le 16 mai 1916 entre la France et le Royaume-Uni. Ils prévoyaient le partage du Proche-Orient à la fin de la guerre en plusieurs zones d'influence au profit de ces puissances, ce qui revenait à dépecer l'Empire ottoman. Ils portent le nom des deux diplomates, français et britannique, qui les ont signés au nom de Paris et de Londres.

(6) Le Strategic Arms Reduction Treaty, abrégé en START (que l'on peut traduire en « Traité de réduction des armes stratégiques »), désigne deux traités américano-soviétiques (signés en 1991 et 1993) visant à réduire la totalité des arsenaux nucléaires des deux superpuissances de la guerre froide. START II prévoit une réduction des arsenaux stratégiques des deux tiers, au terme de laquelle chaque partie ne devra pas disposer de plus de 3 500 têtes nucléaires stratégiques.

(7) L'accord de partenariat transpacifique, aussi connu sous le nom de « Partenariat Trans-Pacifique » ou, sous son nom anglais, « Trans-Pacific Partnership Agreement » ou simplement « Trans-Pacific Partnership » (TPP), est un traité multilatéral de libre-échange signé le 4 février 2016, qui vise à intégrer les économies des régions Asie-Pacifique et Amérique.

(8) Le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI ; TTIP en anglais), également connu sous le nom de « traité de libre-échange transatlantique », est un accord commercial en cours de négociation entre l'Union européenne et les États-Unis prévoyant la création d'une zone de libre-échange transatlantique souvent appelée grand marché transatlantique. Si le projet aboutit, il instituera la zone de libre-échange la plus importante de l'Histoire, couvrant 45,5 % du PIB mondial. Ses défenseurs affirment que l'accord conduira à une croissance économique pour les deux parties tandis que les critiques soutiennent notamment qu'il augmentera le pouvoir des entreprises face aux États et compliquera la régulation des marchés.

(9) Après des années de vive tension internationale, l'Iran a signé, le 14 juillet 2015, à Vienne (Autriche), un accord avec cinq puissances (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) encadrant strictement son programme de développement du nucléaire civil. Il prévoit une levée graduelle des sanctions internationales visant Téhéran en fonction du respect de l'accord.

(10) Le processus dit de Berlin a été initié dans la capitale allemande en 2014 et vise à maintenir la dynamique de l'intégration au sein de l'UE de nouveaux membres issus notamment des Balkans.

(11) Un « Centre humanitaire » russo-serbe a été inauguré, en 2012, aux abords de l'aéroport de la ville de Nis, en Serbie. Pour de nombreux observateurs, il s'agirait en réalité d'une installation à vocation politico-militaire.

(12) En mars 1999, l'Otan intervenait militairement contre les troupes de Belgrade accusées de graves exactions dans la province du Kosovo. À l'issue d'une campagne de bombardements de plusieurs semaines, un accord était finalement trouvé entre les deux parties, débouchant sur le retrait des troupes serbes puis, quelques années plus tard, sur l'indépendance du Kosovo, proclamée par les autorités de Pristina en 2008.