Politique Internationale - La Revue n°154 - HIVER -

sommaire du n° 154
Mes solutions pour israël
Entretien avec Ehud BARAK
Ancien premier ministre israélien (1999-2001). Ancien ministre de la Défense (1999-2001 et 2007-2013
conduit par
Aude MARCOVITCH
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« Un stratège de génie ! » C'est l'expression la plus couramment entendue lorsqu'on évoque Ehud Barak en Israël. Un enthousiasme que l'homme, le soldat le plus décoré de l'histoire du pays, doit à ses faits d'armes inventifs et courageux. Lors de la guerre du Kippour en 1973, il dirige une unité de chars qui ira récupérer des parachutistes tombés en territoire ennemi. Il est l'un des organisateurs de l'opération Entebbe, en 1976 en Ouganda, qui permettra la libération des otages d'un vol Air France détourné par le Front de libération de la Palestine (FPLP) (durant laquelle le frère de Benyamin Nétanyahou perdra la vie). Et c'est déguisé en femme qu'il s'infiltrera au Liban pour éliminer des fedayins de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). D'autres glorieuses opérations suivront avant qu'il ne prenne la tête des renseignements militaires (Aman) entre 1983 et 1985, puis celle de l'armée en tant que chef d'état-major entre 1991 et 1995. Après la signature des accords d'Oslo en 1993, il sera chargé de leur mise en oeuvre sur le terrain et, notamment, du redéploiement des troupes.

Ehud Barak entre en politique comme ministre de l'Intérieur d'Yitzhak Rabin en 1995 avant de passer aux Affaires étrangères sous Shimon Peres. En 1999, alors leader du Parti travailliste, il est élu premier ministre face à son opposant du Likoud, Benyamin Nétanyahou. Son premier geste politique d'importance consiste à désengager les troupes israéliennes du Sud-Liban où elles étaient présentes depuis vingt-deux ans.

Alors que la deuxième Intifada démarre à l'automne 2000, Ehud Barak rencontre le dirigeant palestinien Yasser Arafat à Camp David pour un sommet de la dernière chance, sous les auspices du président américain Bill Clinton. C'est un échec. Quelques mois plus tard, il démissionne pour permettre des élections où le premier ministre sera choisi directement par le peuple. Elles sont remportées par Ariel Sharon, alors à la tête du Likoud.

Barak revient au gouvernement en tant que ministre de la Défense du gouvernement conduit par Ehud Olmert (Kadima) en 2007. À ce poste, il dirigera l'opération Plomb durci sur Gaza (décembre 2008-janvier 2009). Lorsque Benyamin Nétanyahou sort vainqueur du scrutin de 2009, Ehud Barak choisit de faire entrer les travaillistes dans la coalition gouvernementale, ce qui lui permet de conserver son portefeuille de ministre de la Défense, contre l'avis de plusieurs membres de son parti. Fâché avec sa formation politique, il créera la sienne (Indépendance) en 2011. Un an plus tard, il quitte la vie politique.

Barak a toujours bataillé dur avec l'opinion publique israélienne. Jugé trop distant et froid dans un pays qui privilégie les effusions et les émotions, il a perdu des points dans les négociations ratées de Camp David. Pour les uns, il y a « vendu le pays pour un plat de lentilles » ; pour d'autres, il a saboté les discussions futures en affirmant qu'il « n'y avait pas de partenaire ». Pourtant aujourd'hui, alors que le pays se cherche avidement de nouveaux dirigeants dotés d'un savoir militaire et d'un pragmatisme politique qui permettent d'ouvrir le dialogue, certains prononcent à nouveau le nom d'Ehud Barak. Reste à savoir si lui a envie de revenir...

A. M.

Aude Marcovitch - Depuis votre départ du gouvernement, en 2013, comment analysez-vous l'évolution de la situation politique israélienne ?



Ehud Barak - Les dernières élections, il y a un an et demi, ont précédé de peu la vague de droitisation qui balaie actuellement l'Occident. Pour la première fois dans l'histoire d'Israël, la coalition gouvernementale est uniquement constituée de partis de droite. Pour la première fois, Benyamin Nétanyahou ne pourra pas affirmer face à ses électeurs qu'il lui est impossible de tenir ses promesses de campagne parce qu'il doit composer avec le centre ou la gauche.

Au début, le gouvernement a multiplié les déclarations lénifiantes pour faire croire qu'il se situait dans le prolongement des politiques précédentes : la solution dite « à deux États », l'unité du peuple qui est plus importante que l'unité de la terre, etc. Mais, depuis quelques années, le Likoud a été pris en otage par les éléments de l'extrême droite israélienne. Une véritable OPA hostile ! Des politiciens liés au mouvement des colons ont rejoint en masse le Likoud et ont pris possession du parti. Du coup, les personnalités pragmatiques se retrouvent en minorité. Des gens comme Dan Meridor (1) ne se reconnaissent plus dans ce parti. Même Benny Begin (2), qui est d'extrême droite mais qui est aussi quelqu'un d'honnête et attaché aux valeurs de la démocratie libérale, est désormais isolé au sein de sa propre formation.



A. M. - Comment cette prise de pouvoir de la droite dure au sein du Likoud se traduit-elle dans les faits ?



E. B. - Peu à peu, les contradictions internes ont commencé à faire surface et à révéler l'agenda caché des représentants de la droite israélienne. Pour la forme, ils continuent à employer les éléments de langage de la solution à deux États parce qu'ils savent que rien d'autre ne sera accepté par la communauté internationale. Mais leur programme est en réalité très différent. Ils veulent garder le contrôle de tout le territoire compris entre la Méditerranée et le Jourdain. Ils ne laisseront jamais les Palestiniens avoir leur État. Tout au plus leur accorderont-ils une sorte d'autonomie assortie de droits partiels, sans la possibilité de voter à la Knesset. Ils pensent que le monde s'habituera à cette situation parce que Israël est suffisamment fort pour éviter qu'on intervienne dans ses affaires intérieures.

Mais ce programme contrevient à quatre éléments fondamentaux de la démocratie israélienne : la Cour suprême, les médias, la société civile et les valeurs de l'armée.

Entre la Méditerranée à l'ouest et le Jourdain à l'est vivent actuellement 13 millions d'êtres humains : 8 millions d'Israéliens et 5 millions de Palestiniens. Si une entité nommée Israël contrôle ce territoire, elle deviendra inévitablement soit non juive soit non démocratique. C'est douloureux, mais c'est la réalité. Si les Palestiniens étaient autorisés à élire leurs députés à la Knesset, alors on créerait un État binational et, en l'espace d'une génération, cet État binational serait composé d'une majorité musulmane et d'une minorité juive. On serait alors loin du rêve sioniste. D'un autre côté, si l'on privait ces millions de Palestiniens sous contrôle israélien de toute représentation politique, on ne serait plus en démocratie.



A. M. - N'en sommes-nous pas déjà là en Cisjordanie ?



E. B. - C'est une question d'interprétation personnelle. Je ne pense pas que nous en soyons déjà là, mais nous sommes clairement sur une pente glissante. Si le gouvernement continue sur sa lancée, on se dirige tout droit vers une situation de type Belfast, où deux communautés s'entretuent pendant des générations, ou de type Afrique du Sud du temps de l'apartheid. Ou une combinaison des deux. Si nous voulons sauver Israël et préserver notre identité juive, nous n'avons pas d'autre choix que de nous séparer des Palestiniens. Pour cela, il faut tracer une délimitation qui tiendra compte de nos besoins de sécurité et qui inclura probablement 80 % des habitants des colonies et tous les quartiers périphériques juifs de Jérusalem situés au-delà de la ligne verte (3). Seuls 5 à 7 % du territoire de la Cisjordanie seraient concernés.



A. M. - Quels seraient les contours précis de cette ligne de démarcation ?



E. B. - Elle épouserait plus ou moins la ligne sur laquelle est érigée la barrière de sécurité (4). Elle engloberait les trois ou quatre blocs de colonies, c'est-à-dire Maale Adumim, le Gush Etzion, Ariel, ainsi que Beitar qui est proche de la frontière. C'est un tracé qui n'a rien d'inédit. D'autres avant moi ont déjà avancé une solution de ce genre. Elle permettra, à l'intérieur, de garantir à Israël une solide majorité juive pour les générations à venir et, à l'extérieur, de dégager de l'espace pour un État palestinien démilitarisé.



A. M. - L'autre jour, je circulais sur la route 60 - cette artère qui traverse la Cisjordanie du nord au sud - dans une région située hors des blocs de colonies. Le trafic y était très dense... Là circulaient d'innombrables véhicules d'Israéliens habitant des petites colonies situées non loin de cette route. Est-il vraiment possible aujourd'hui d'évacuer ces dizaines de petites implantations construites sur l'ensemble de la Cisjordanie compte tenu de leur densité de population ?



E. B. - Nous devons impérativement nous désengager. Pendant des décennies, on a essayé de le faire à travers la négociation. Yitzhak Rabin a essayé, Shimon Peres a essayé, Benyamin Nétanyahou a essayé il y a vingt ans, moi-même j'ai essayé, Ehoud Olmert et Ariel Sharon aussi. Jusqu'à maintenant, personne n'a réussi. Beaucoup pensent qu'on ne peut pas parvenir à un accord à cause des Palestiniens. Moi je pense que, même si c'est impossible dans l'immédiat, il ne faut pas perdre de vue cet objectif. Il faut chercher activement les moyens de parvenir à un désengagement, même si cela doit prendre du temps et se dérouler en plusieurs étapes.



A. M. - Au-delà du désengagement, la solution réside-t-elle dans la création d'un État palestinien ?



E. B. - Oui. L'objectif, je le répète, c'est la solution à deux États. Ce qui m'importe avant tout, c'est l'État juif ; mais nous devons aussi nous assurer que les Palestiniens disposent d'une entité viable. Cette idée est à l'opposé de ce que souhaite le gouvernement actuel. Bien sûr, officiellement, Nétanyahou n'est pas revenu sur son discours de Bar Ilan où, pour la première fois, il a évoqué une solution à deux États, mais il n'en a jamais parlé à la Knesset ou au gouvernement pour qu'elle devienne la position officielle de l'État d'Israël.

Depuis un an et demi, le gouvernement dévoile progressivement son vrai visage. On l'a vu lors du débat sur la colonie sauvage d'Amona (5), l'affaire du soldat Elor Azaria (6) ou les empoignades au sujet de la réforme des services publics. Il y a un fil commun qui relie ces différents dossiers. Tous sont révélateurs de la montée en puissance de l'extrême droite qui rejette tout projet d'État palestinien.

Il y a juste un petit problème : en cherchant à contrôler le territoire situé entre la Méditerranée et le Jourdain, l'extrême droite se heurte à la fois au droit israélien et au droit international - des normes que la Cour suprême est chargée de faire respecter. D'où les efforts que déploie ce gouvernement pour affaiblir l'autorité de la Cour suprême. Dans le même temps, il cherche à étouffer les médias libres et promulgue des lois qui limitent les activités politiques (7). Il remet également en cause la hiérarchie militaire en permettant à des rabbins et à des leaders de droite de s'immiscer dans les affaires de l'armée.

Lorsque la société civile se rendra compte de ce qui est en train d'arriver, un demi-million de personnes se rassembleront sur la place principale de Tel-Aviv. Les Israéliens laïques - qui forment la majorité de la population - ne veulent pas d'un État binational où régnerait l'apartheid. Quant aux soldats et à leurs officiers, ils pourraient bien se révolter contre les mesures imposées aux Palestiniens.



A. M. - Pensez-vous vraiment que des soldats ou des officiers soient prêts à désobéir aux ordres pour empêcher la poursuite de l'occupation militaire ?



E. B. - J'en suis convaincu. Le gouvernement finira par prendre des mesures si dures que les officiers les plus intègres refuseront d'obéir au nom même de la loi israélienne. Vous connaissez probablement le fameux jugement rendu dans l'affaire du massacre de Kafr Qassem (8) sur la nécessité de désobéir à des ordres manifestement illégaux. Il n'est pas nécessaire d'être devin pour prédire qu'on sera un jour confronté à des pratiques contraires à la loi israélienne ou à la loi internationale. L'histoire du soldat Azaria et la polémique qu'elle a provoquée donnent un aperçu de ce qui pourrait se produire. Azaria a tiré dans la tête d'un terroriste qui était déjà mourant. Dans les heures qui ont suivi cet incident, le chef d'état-major et le ministre de la Défense ont déclaré qu'un tel comportement était inacceptable de la part d'un soldat de Tsahal. Mais, au même moment, certains membres du gouvernement ont pris le parti du militaire.



A. M. - Des officiers issus de la droite et des mouvements religieux ultra-nationalistes se verront-ils un jour confier des postes de commandement dans l'armée ?



E. B. - Oui, probablement dans dix ou quinze ans. D'ailleurs, depuis une vingtaine d'années, les jeunes du mouvement des colons sont de plus en plus nombreux à rejoindre les rangs des unités combattantes.



A. M. - Comment l'expliquez-vous ?



E. B. - Ce n'est pas nouveau. Les fils des premiers pionniers sionistes, ceux qui ont créé les kibboutz, se sont engagés en masse dans Tsahal. J'en fais partie. Nous représentions 3 % de la population, mais la moitié des officiers des unités combattantes. Les pionniers éduquaient leurs enfants dans un esprit d'idéalisme et leur inculquaient le sens du service. Notre expérience du commandement nous a donné une autorité morale et politique. Dans la première Knesset, 15 % des parlementaires venaient du mouvement des kibboutz.

On a observé le même phénomène avec le mouvement des colons. Les jeunes cherchaient une nouvelle cause dans laquelle investir leur énergie et leurs aspirations. Les gouvernements de gauche la leur ont fournie. L'établissement des premières colonies dans les territoires occupés a été rendu possible avec le Mapaï - l'ancêtre du Parti travailliste - de Shimon Peres. Par la suite, lorsque le Likoud a pris le pouvoir, le processus de colonisation s'est accéléré. Les premiers colons étaient animés par un idéal, probablement mauvais, que leur progéniture a repris à son compte. Aujourd'hui, on estime que 40 % des jeunes officiers des unités combattantes, en particulier de l'infanterie, sont issus du mouvement national-religieux.



A. M. - Pensez-vous que ces jeunes officiers obéiront aux ordres si on leur demande d'évacuer une colonie ? Par exemple, celle d'Amona dont la Cour suprême a exigé le démantèlement...



E. B. - Je ne pense pas qu'ils se déroberont à leur devoir. Jusqu'à présent ils ont fait preuve de discipline, mais il est vrai aussi que jamais l'armée n'a reçu un tel ordre. La dernière fois que cette situation s'est produite il y a dix ans, lors de l'évacuation de 8 000 personnes de Gaza, les militaires n'ont pas bronché. Si Amona n'est pas évacuée, ce n'est pas parce qu'on craint que les officiers refusent d'exécuter les ordres. À condition d'être correctement préparée, l'opération peut parfaitement être menée à bien. Je l'ai fait plus d'une fois par le passé, en tant que ministre de la Défense, aussi bien à Hébron qu'à Migron. Encore faut-il que le gouvernement prenne la décision. Or il est divisé.



A. M. - Pour quelle raison ?



E. B. - Nos dirigeants ont réalisé que, s'ils font voter la loi qui est censée régulariser la situation d'Amona, ils seront dans l'illégalité au regard du droit international. Et qu'un jour ou l'autre ils pourraient se retrouver devant la Cour pénale internationale de La Haye. Bibi les a d'ailleurs mis en garde. Mais il ne s'y est pas opposé. C'est typique de son mode de fonctionnement.

Les habitants d'Amona sont des gens bien, de vrais pionniers qui sont installés là depuis vingt ans, qui élèvent leurs enfants sur cette terre. J'ai connu leurs parents du temps où j'étais responsable de la région Centre. À l'époque, ils n'étaient encore que des adolescents. Ce sont de bons Israéliens, dévoués à leur patrie. Beaucoup appartiennent aux unités de combat de l'armée et ont des états de service impeccables. Ce sont des hommes d'action animés par un rêve. Mais ils ont tort. Ils ont tort parce qu'ils ont investi leur âme et leur esprit dans un rêve insensé qui nous mène droit dans le mur.



A. M. - Dans les années 1990, l'administration civile a clairement fait savoir aux habitants d'Amona qu'ils occupaient des terres palestiniennes privées. Mais, dans le même temps, les ministères de l'Agriculture et du Logement leur versaient des subventions...



E. B. - Ils ont attiré à eux de nombreuses sympathies et, parfois, des erreurs ont été commises. Moi-même, j'ai plusieurs fois déclaré que tant qu'ils vivaient là-bas il fallait les protéger. Car ce sont des citoyens israéliens. D'un autre côté, le gouvernement ne doit rien céder sur les principes. Si cette implantation est illégale, elle doit être évacuée. Et le plus tôt sera le mieux. Fondamentalement, la règle est que le dernier mot revient au gouvernement ; les citoyens ne peuvent pas agir contre l'État d'Israël. Dans cette affaire, les colons ont été très habiles : ils ont joué sur les différences d'approche des uns et des autres au sein du gouvernement et les dissonances entre l'échelon politique et les militaires. Mais il faut relativiser : après cinquante ans d'occupation, je constate qu'au total l'ensemble des colonies, y compris les blocs de colonies, n'occupent que 2 % de la Judée et Samarie ou Cisjordanie.



A. M. - Seulement 2 % ?



E. B. - Oui si l'on tient compte des grands blocs de colonies. 80 % des colons, soit 400 000 personnes, sont installés dans ces blocs. Tous les autres vivent dans des colonies isolées, au milieu de zones habitées par la population arabe. Ce qui représente environ 90 colonies et 90 000 personnes. Auxquelles il faut ajouter 200 000 personnes qui habitent dans les quartiers juifs de Jérusalem situés au-delà de la ligne verte. Je laisse de côté ceux qui vivent dans les quartiers à forte majorité arabe. Alors, quand les gens disent qu'aucune force au monde ne peut changer la situation, permettez-moi d'en douter. C'est avant tout une question de leadership, des deux côtés.



A. M. - Vous êtes celui qui a déclaré, après les négociations de Camp David en 2000 « il n'y a pas de partenaire », en parlant de la partie palestinienne. Pensez-vous toujours qu'il n'y a pas de partenaire palestinien ?



E. B. - Les gens ont oublié ce que j'ai réellement dit. J'ai dit : « Nous n'avons pas de partenaire en la personne d'Arafat pour le moment. » Je n'ai pas dit qu'il n'y en aura jamais. Je n'ai pas dit que d'autres leaders palestiniens ne pourraient pas être des partenaires. J'ai simplement décrit la réalité telle qu'elle était à la fin de Camp David.



A. M. - Avez-vous le sentiment d'avoir laissé passer une occasion à Camp David ? Avec le recul, pensez-vous que les choses auraient pu se passer autrement ?



E. B. - J'ai bien peur que non. D'après la rumeur publique, j'aurais essayé de dicter une solution à Arafat, je l'aurais poussé vers la sortie. C'est inexact. Nous n'avons jamais dit que c'était à prendre ou à laisser.

Nous lui avons fait une proposition de paix plus qu'honnête, en lui demandant de la considérer comme une base de négociation. Il l'a rejetée et s'est tourné de manière délibérée vers le terrorisme. Si vous lui posez la question, Bill Clinton vous dira que la responsabilité de l'échec de ces négociations incombe clairement à la partie palestinienne. Arafat était incapable d'opérer cette mue, d'abandonner son costume de leader révolutionnaire pour endosser celui de chef d'État pragmatique.



A. M. - Pour la classe politique israélienne actuelle, il n'y a toujours pas de partenaire côté palestinien. Pour Naftali Bennett ou Avigdor Lieberman, qui siègent tous les deux au gouvernement, Mahmoud Abbas et Yasser Arafat, c'est la même chose...



E. B. - Il y a quand même une différence. Mon gouvernement ne s'est pas contenté de paroles ; il a pris des initiatives. Avant de constater qu'Arafat n'était pas un partenaire, nous avions mis sur la table une offre extrêmement généreuse et nous étions prêts à discuter des détails. L'actuel gouvernement n'a rien proposé de tel à Abou Mazen (Abbas). Jamais il ne lui a proposé d'ouvrir des négociations sans conditions préalables. Il est vrai qu'Abou Mazen n'a peut-être pas le courage ou la volonté nécessaires. Cela dit, il est bien meilleur qu'Arafat, même s'il a commis beaucoup d'erreurs. Les Américains et les Européens ont eux aussi commis des erreurs, d'ailleurs. Un jour, Abou Mazen m'a confié : « Je ne peux pas être moins palestinien que les Européens et les Américains. » Il voulait dire par là qu'il ne pouvait pas prendre une position moins exigeante...

Ce qui est sûr, c'est que toute confiance a disparu entre Nétanyahou et Abou Mazen. Or, sans confiance, l'échec est programmé, et les deux parties sont prêtes à s'en rejeter mutuellement la faute. Si Jérusalem fait une proposition, les Palestiniens ne l'étudient pas réellement ; ils la perçoivent à travers le prisme de ce qui s'est passé la dernière ou l'avant-dernière fois, lorsqu'ils se sont sentis manipulés. Les Israéliens réagissent de la même manière face aux propositions palestiniennes. Même Barack Obama a fini par se lasser. Au bout d'un moment, il leur a lâché : « Je ne peux pas vous sauver de vous-mêmes. »



A. M. - Faut-il, pour autant, se résoudre à l'inaction ?



E. B. - Pas du tout, au contraire. Il y va de notre avenir et de notre identité. Israël est l'acteur régional le plus puissant. Nous devrions avoir suffisamment confiance en nous-mêmes pour envisager des mesures unilatérales et nous retirer de la Cisjordanie. Vous avez sans doute entendu parler des « Commandants pour la sécurité d'Israël ». Ce mouvement, lancé il y a peu de temps, rassemble des hauts gradés de Tsahal et des services secrets. Ils proposent un plan concret qui place la sécurité en tête des priorités. Premièrement, Israël garderait le contrôle sécuritaire de toute la Cisjordanie, jusqu'à ce qu'on parvienne à un bon accord avec les Palestiniens. Les constructions continueraient à l'intérieur des blocs de colonies, mais seraient stoppées dans les colonies isolées. Israël renoncerait à toute revendication territoriale sur le reste de la Cisjordanie qui devrait faire partie de l'État palestinien. Les colonies isolées feraient l'objet d'une évacuation volontaire. Pour dédommager les habitants, le gouvernement proposerait à tous ceux qui veulent rentrer de quoi s'acheter un appartement quelque part en Israël. Si des communautés veulent être déplacées dans leur ensemble, on peut envisager de les reloger dans les blocs de colonies.

J'ai publiquement approuvé ce plan, qui me paraît tout à fait sensé et réaliste. Le gouvernement fait la sourde oreille parce qu'il a un agenda caché.



A. M. - Certains évoquent une solution à trois États (Israël, Palestine, Gaza). Qu'en pensez-vous ?



E. B. - Qu'on le veuille ou non, le Fatah et le Hamas sont les deux bras du même mouvement national. Ils ont certes des approches différentes - l'un croit à la négociation, l'autre se bat à coups de missiles -, mais ils font partie de la même histoire. Lorsqu'ils ont tenté de former un gouvernement d'union, une opportunité s'est ouverte. D'emblée, nous avons prévenu que nous ne pouvions pas négocier avec des gens du Hamas. Alors ils ont nommé aux postes clés des bureaucrates. Les conditions d'une nouvelle négociation semblaient réunies. On aurait pu insister pour que le Hamas accepte les demandes du Quartette (9), c'est-à-dire reconnaître Israël, condamner le terrorisme et ratifier tous les accords passés avec Israël. Sur le plan du droit international, c'eût été un geste fort. Au lieu de cela, le gouvernement israélien a formulé une exigence entièrement nouvelle : il a demandé aux Palestiniens de reconnaître la nature de l'État d'Israël, ce que nous n'avions demandé ni aux Égyptiens, ni aux Jordaniens, ni aux Libanais. Cette question n'avait même jamais été évoquée lors des précédentes négociations avec les Palestiniens.



A. M. - Lorsque Ariel Sharon a décidé de se retirer de Gaza, en 2005, tout le monde espérait que ce territoire deviendrait le Singapour du Moyen-Orient. Or, un an et demi après, le Hamas prenait le pouvoir avec les conséquences que l'on sait. Quelle solution préconisez-vous pour Gaza ?



E. B. - Les gens critiquent la décision de Sharon. Mais quand vous leur demandez s'ils veulent récupérer Gaza, la grande majorité des Israéliens y sont hostiles. Ils savent très bien que, quand on était là-bas, c'était loin d'être le paradis. Les missiles pleuvaient sur Israël et le terrorisme faisait rage. Certains suggèrent l'idée d'un échange de territoires : l'Égypte pourrait offrir une partie du Sinaï, ce qui permettrait à la bande de Gaza de doubler sa superficie ; en contrepartie, Israël abandonnerait une partie du Néguev à l'Égypte. À mon avis, ce type d'arrangement ne fonctionne pas. Regardez ce qui s'est passé avec ces îles du détroit de Tiran que l'Égypte a voulu céder à l'Arabie saoudite (10)...



A. M. - Faisons un tour du côté des pays voisins en commençant par la Syrie. Au début de la guerre, en 2011, vous pensiez comme beaucoup d'autres que les jours d'Assad étaient comptés. Aujourd'hui, que faut-il faire ?



E. B. - Je prenais mes désirs pour la réalité. Et je pensais qu'en énonçant mes souhaits à haute voix ils se réaliseraient comme par magie... Ce qui se passe en ce moment au Moyen-Orient est un tremblement de terre d'une violence inouïe. De tels bouleversements ne se sont pas produits depuis la chute de l'Empire ottoman. Toute cette structure artificielle qui tenait debout grâce à la poigne de fer de dictatures laïques, de monarchies ou d'émirats dont les dirigeants prétendent descendre du Prophète est en train de s'effondrer. Des frontières s'effacent sous nos yeux. En Syrie, les Américains ont commis deux erreurs. La première, il y a trois ans : quand la Turquie a proposé d'établir une zone d'exclusion aérienne d'Alep à la frontière turque, ils n'ont pas donné suite. Pourtant, cette idée aurait pu sauver des vies et prévenir la crise des réfugiés en Europe. Cette zone d'exclusion aérienne aurait pu devenir un lieu de refuge pour des millions de personnes. La deuxième erreur est liée à l'utilisation de l'arme chimique. Barack Obama avait tracé lui-même une ligne rouge. Mais il a dû reculer sous la pression de ses propres militaires. Le Pentagone a longtemps hésité avant de rendre son avis. Ses responsables savaient qu'ils n'arriveraient pas à détruire entièrement les stocks chimiques syriens : certains étaient profondément enterrés, d'autres situés au milieu de zones densément peuplées. Ils savaient aussi qu'Assad ne resterait pas inerte et qu'il riposterait militairement. Dès l'instant où les États-Unis ont renoncé à mettre leur menace à exécution, Poutine s'est engouffré dans la brèche et a déployé son aviation dans le ciel syrien. Les Russes sont devenus incontournables. Qu'ils le reconnaissent ou non, leur but essentiel est de protéger leur client Assad et de lui faire gagner cette guerre. Jusqu'à présent, ça ne se passe pas trop mal pour eux...



A. M. - Quel rôle Israël joue-t-il dans ce conflit ?



E. B. - La crise actuelle bat en brèche, une fois de plus, l'idée largement répandue selon laquelle le conflit israélo-palestinien serait à la racine de tous les maux du Moyen-Orient. À supposer que notre conflit avec les Palestiniens ait été réglé il y a longtemps, cela n'aurait pas empêché les Frères musulmans - qui, je le rappelle au passage, sont nés bien avant la création de l'État d'Israël - de tenter de prendre le pouvoir en Égypte, l'Iran de développer ses capacités nucléaires, l'Irak de sombrer dans le chaos et la Syrie de s'enfoncer dans la guerre civile. Notre rôle doit être ramené à de justes proportions. Israël n'a pas l'intention de s'immiscer dans ces conflits ; ils sont trop profonds. Le vrai problème est que les sociétés arabes n'ont ni société civile ni tradition démocratique. Aussi longtemps qu'une main de fer tenait ces pays, le système fonctionnait ; mais quand elle a disparu, tout s'est effondré.

Pour nous, en Israël, la menace directe s'est estompée. Il y a encore quinze ans, nous étions cernés par 55 divisions lourdement armées. Ensemble, la Syrie et l'Irak alignaient 1 500 avions de combat, des milliers de chars, des milliers de pièces d'artillerie et des dizaines de milliers de missiles. C'était une vraie menace. Aujourd'hui, il n'y a plus d'armée irakienne et l'armée syrienne est considérablement affaiblie. Nous faisons face, désormais, à des problèmes d'une autre nature, comme le Hezbollah (auquel le régime d'Assad fournit des armes) ou l'État islamique. L'EI fait trembler le monde entier avec ses attaques terroristes, mais il ne compte que 50 000 combattants. Les djihadistes sont beaucoup moins dangereux pour nous que les dizaines de divisions armées qui campaient à nos frontières autrefois. Ils n'ont pas d'avions de combat ou de chars mais des pick-up Toyota et des armes de la Seconde Guerre mondiale. Militairement parlant, ils ne représentent pas grand-chose.

Quant à la Russie, elle n'est plus l'URSS d'il y a soixante ans, qui soutenait l'Égypte et la Syrie à bout de bras. Nous avons une relation apaisée et intime avec les dirigeants russes ; nous nous comprenons. Je ne pense pas que la présence russe rende la Syrie plus dangereuse pour Israël : c'est plutôt le contraire. Les Russes font preuve de bon sens. D'autant que la famille Assad n'est plus en position de garantir l'unité du pays. Il y a eu trop de sang versé, trop de haine.



A. M. - La véritable menace vient-elle de l'Iran ?



E. B. - L'Iran reste une menace potentielle très importante pour Israël. Mais ce n'est pas une menace existentielle.



A. M. - Que pensez-vous de l'accord sur le nucléaire signé en juillet 2015 ?



E. B. - C'est un mauvais accord, parce qu'il prend acte des avancées de Téhéran en matière nucléaire au mépris des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. L'Iran a défié le monde entier, et le monde entier est allé dans son sens, en le reconnaissant comme une des puissances majeures du Moyen-Orient. Il suffit de voir comment l'Arabie saoudite ou les Émirats ont réagi (11). Les Iraniens sont officiellement considérés comme étant au seuil du nucléaire et c'est désormais à eux seuls de décider de franchir ou non le pas décisif. J'imagine qu'ils se tiendront tranquilles pendant cinq ou six ans parce qu'ils voudront engranger les bénéfices liés à cet accord. Mais personne ne peut prédire ce qu'il adviendra par la suite.

Depuis 35 ans, six pays ont cherché à acquérir une capacité nucléaire. Deux y ont renoncé volontairement : la Libye et l'Afrique du Sud. Deux autres y ont été contraints par des opérations militaires : l'Irak en 1981 et la Syrie en 2007. Les deux derniers - le Pakistan et la Corée du Nord - ont passé outre les mises en garde internationales et sont devenus des puissances nucléaires. Il est fort probable que l'Iran suivra cette voie. Voilà pourquoi je persiste à penser que c'est un mauvais accord. Nous aurions dû agir autrement. Nétanyahou n'aurait pas dû essayer d'influencer la politique américaine. Je fais allusion, notamment, à sa prestation devant le Congrès... Au lieu de prendre le risque d'altérer nos relations avec les États-Unis, nous aurions dû nous concentrer sur le renseignement pour savoir exactement où en étaient les Iraniens et partager nos informations.



A. M. - Que pensez-vous des liens qu'Israël entretient avec les monarchies du Golfe dont on sait qu'elles financent des groupes salafistes et sans doute l'État islamique ?



E. B. - Ces pays portent certainement une part de responsabilité, mais je ne pense pas que l'EI soit le résultat d'une grande conspiration mondiale ourdie dans les écoles coraniques. L'argent a plutôt servi à éviter que ces mouvements ne développent leurs actions localement. Ils les ont soutenus à une condition : « Ne faites pas ça chez nous. » Il ne s'agissait pas d'un plan maléfique à dimension universelle et à vocation criminelle.

Depuis trois ou quatre ans, Israël partage des objectifs communs avec les pays arabes sunnites modérés, les Saoudiens, les Émiratis, les Jordaniens, les Égyptiens...



A. M. - Qu'entendez-vous par « modérés » ?



E. B. - Modérés par comparaison avec les ayatollahs iraniens, le Hezbollah ou Assad. Ces objectifs, c'est la lutte contre le terrorisme islamiste radical ; la volonté de résister à l'hégémonie iranienne et à ses ambitions nucléaires ; et la mise en place de grands projets d'infrastructures, que ce soit en matière de transport ou d'adduction d'eau. Après tout, on peut imaginer des trains rapides reliant Haïfa à Mossoul - distantes de seulement 600 kilomètres -, ou des trains qui partiraient de Turquie pour aller jusqu'en Arabie saoudite. De la même manière, pour répondre aux besoins croissants en eau, du fait de l'augmentation des températures et de la population, toutes sortes de projets sont à l'étude, de la désalinisation d'eau de mer à la construction de canaux qui dévieraient le cours des rivières turques.

Dans tous ces domaines, nous devons travailler ensemble pour trouver des solutions. Mais ça ne marchera que si Israël fait un geste fort et sincère en direction des Palestiniens. Les pays arabes dont je viens de parler ne peuvent pas se permettre de se rapprocher d'Israël si le conflit n'est pas réglé. N'oublions pas que l'Initiative de paix arabe est toujours sur la table (12). C'est une occasion qui ne se présente qu'une fois par génération. Mais elle ne sera pas éternelle. Jusqu'à présent, le gouvernement israélien actuel ne s'est pas prononcé sur cette proposition ; il en parle mais n'a rien fait pour la concrétiser.



A. M. - Une dernière question plus personnelle. Êtes-vous tenté de revenir en politique pour faire avancer vos idées ?



E. B. - Ma situation personnelle n'a pas d'importance. L'important, c'est que celui ou celle qui est au pouvoir se concentre sur la tâche à accomplir et non sur la durée de son mandat ! La question est de savoir si l'on veut servir les gens ou se servir soi-même. Il faut ouvrir les yeux des Israéliens sur la réalité et les guider vers l'avenir. Le gouvernement actuel est très fort pour pointer du doigt les menaces existentielles ou accuser les traîtres de l'intérieur. Ce n'est pas ainsi qu'on forge un sentiment national. Or le sentiment national est le ciment de la société. C'est une bonne chose s'il est fondé sur des traditions et une vision commune. C'est une mauvaise chose s'il se définit par les liens du sang, le rejet de l'autre, les mythologies ou ce qui se trouve dans le sol sous nos pieds. Ce type d'ultranationalisme est particulièrement malsain. Nous sommes, hélas, en train de glisser dans cette direction.

 



(1) Dan Meridor a été ministre à de nombreuses reprises sous l'étiquette du Likoud. Il est considéré comme un pragmatique modéré.

(2) Benny Begin, le fils de Menachem Begin, est hostile à une solution à deux États. Dans le même temps, il est le seul membre de l'actuelle coalition à s'être opposé à la loi sur la Régulation qui veut légaliser les colonies sauvages.

(3) Ligne d'armistice de 1949 entre Israël et les pays arabes. Aujourd'hui, la ligne verte sépare Israël des territoires conquis en 1967.

(4) Barrière dont la construction a commencé en 2002, sous forme de mur ou de clôture renforcée, et qui suit plus ou moins les contours de la ligne verte.

(5) Amona est une colonie sauvage, c'est-à-dire construite sans l'aval de l'État, située près de Ramallah. Fondée en 1995, elle compte aujourd'hui environ 200 familles. Saisie par des associations de droits de l'homme israéliennes et des propriétaires palestiniens, la Cour suprême a décidé son évacuation, arguant du fait qu'elle a été bâtie sur des terrains palestiniens privés. Les ordres d'évacuation ont été reportés à plusieurs reprises. Le dernier en date, du 25 décembre 2016, a fait l'objet d'une confrontation entre le gouvernement et la Cour suprême. Des membres de la coalition gouvernementale ont proposé un projet de loi, dite loi de Régulation, visant à légaliser les colonies construites sur des terrains palestiniens privés, moyennant le versement de compensations financières.

(6) Elor Azaria est un jeune soldat qui servait à Hébron au printemps 2016. Il a été jugé pour avoir abattu un Palestinien qui avait attaqué d'autres soldats avec un couteau mais qui était au sol et hors d'état de nuire. Elor Azaria a été reconnu coupable d'homicide par la justice militaire. Cette affaire a provoqué une vive polémique dans la population israélienne où les positions se sont polarisées. Benyamin Nétanyahou s'est déclaré en faveur d'une grâce du soldat.

(7) Une loi visant le financement des ONG a été adoptée en 2016. Elle vise essentiellement les organisations de défense des droits de l'homme dont une partie des fonds proviennent d'États étrangers. D'autres propositions de loi, notamment celle qui cherche à interdire l'organisation récoltant les témoignages d'anciens soldats, Shovrim Shtika ou Breaking the silence, sont en discussion.

(8) En octobre 1956, à la veille de l'opération de Suez, des hommes de la police des frontières israélienne ont abattu 47 civils arabes israéliens qui rentraient des champs. Un couvre-feu avait été imposé plus tôt dans la journée avec ordre de tirer sur les contrevenants. Cet épisode a été utilisé comme point de départ d'une réflexion sur la désobéissance face à des ordres illégaux ou immoraux. L'ex-président Shimon Peres tout comme l'actuel président Reuven Rivlin ont présenté leurs excuses officielles en 2007 et en 2014 à Kafr Qassem.

(9) Le Quartette rassemble les États-Unis, la Russie, l'ONU et l'Union européenne dans l'idée de servir de négociateurs pour une solution au conflit israélo-palestinien.

(10) Les deux îles du détroit de Tiran qui séparent la mer Rouge du golfe d'Aqaba étaient contrôlées par l'Égypte. Un accord avec l'Arabie saoudite prévoyait leur rétrocession à Riyad. Sous la pression de la rue, l'Égypte est revenue sur cet accord.

(11) L'Arabie saoudite et les Émirats n'ont pas officiellement rejeté l'accord, mais ils ont fait part de leur inquiétude quant à une éventuelle levée des sanctions visant l'Iran et de leurs craintes que le pays utilise ces fonds pour marquer davantage sa présence régionale, y compris en soutenant des groupes armés.

(12) L'Initiative de paix arabe présentée par le roi d'Arabie saoudite en 2002 envisage une reconnaissance de l'État d'Israël par les pays arabes en échange d'un retrait des territoires palestiniens occupés.


Notes :


(1) Dan Meridor a été ministre à de nombreuses reprises sous l'étiquette du Likoud. Il est considéré comme un pragmatique modéré.

(2) Benny Begin, le fils de Menachem Begin, est hostile à une solution à deux États. Dans le même temps, il est le seul membre de l'actuelle coalition à s'être opposé à la loi sur la Régulation qui veut légaliser les colonies sauvages.

(3) Ligne d'armistice de 1949 entre Israël et les pays arabes. Aujourd'hui, la ligne verte sépare Israël des territoires conquis en 1967.

(4) Barrière dont la construction a commencé en 2002, sous forme de mur ou de clôture renforcée, et qui suit plus ou moins les contours de la ligne verte.

(5) Amona est une colonie sauvage, c'est-à-dire construite sans l'aval de l'État, située près de Ramallah. Fondée en 1995, elle compte aujourd'hui environ 200 familles. Saisie par des associations de droits de l'homme israéliennes et des propriétaires palestiniens, la Cour suprême a décidé son évacuation, arguant du fait qu'elle a été bâtie sur des terrains palestiniens privés. Les ordres d'évacuation ont été reportés à plusieurs reprises. Le dernier en date, du 25 décembre 2016, a fait l'objet d'une confrontation entre le gouvernement et la Cour suprême. Des membres de la coalition gouvernementale ont proposé un projet de loi, dite loi de Régulation, visant à légaliser les colonies construites sur des terrains palestiniens privés, moyennant le versement de compensations financières.

(6) Elor Azaria est un jeune soldat qui servait à Hébron au printemps 2016. Il a été jugé pour avoir abattu un Palestinien qui avait attaqué d'autres soldats avec un couteau mais qui était au sol et hors d'état de nuire. Elor Azaria a été reconnu coupable d'homicide par la justice militaire. Cette affaire a provoqué une vive polémique dans la population israélienne où les positions se sont polarisées. Benyamin Nétanyahou s'est déclaré en faveur d'une grâce du soldat.

(7) Une loi visant le financement des ONG a été adoptée en 2016. Elle vise essentiellement les organisations de défense des droits de l'homme dont une partie des fonds proviennent d'États étrangers. D'autres propositions de loi, notamment celle qui cherche à interdire l'organisation récoltant les témoignages d'anciens soldats, Shovrim Shtika ou Breaking the silence, sont en discussion.

(8) En octobre 1956, à la veille de l'opération de Suez, des hommes de la police des frontières israélienne ont abattu 47 civils arabes israéliens qui rentraient des champs. Un couvre-feu avait été imposé plus tôt dans la journée avec ordre de tirer sur les contrevenants. Cet épisode a été utilisé comme point de départ d'une réflexion sur la désobéissance face à des ordres illégaux ou immoraux. L'ex-président Shimon Peres tout comme l'actuel président Reuven Rivlin ont présenté leurs excuses officielles en 2007 et en 2014 à Kafr Qassem.

(9) Le Quartette rassemble les États-Unis, la Russie, l'ONU et l'Union européenne dans l'idée de servir de négociateurs pour une solution au conflit israélo-palestinien.

(10) Les deux îles du détroit de Tiran qui séparent la mer Rouge du golfe d'Aqaba étaient contrôlées par l'Égypte. Un accord avec l'Arabie saoudite prévoyait leur rétrocession à Riyad. Sous la pression de la rue, l'Égypte est revenue sur cet accord.

(11) L'Arabie saoudite et les Émirats n'ont pas officiellement rejeté l'accord, mais ils ont fait part de leur inquiétude quant à une éventuelle levée des sanctions visant l'Iran et de leurs craintes que le pays utilise ces fonds pour marquer davantage sa présence régionale, y compris en soutenant des groupes armés.

(12) L'Initiative de paix arabe présentée par le roi d'Arabie saoudite en 2002 envisage une reconnaissance de l'État d'Israël par les pays arabes en échange d'un retrait des territoires palestiniens occupés.