Politique Internationale - La Revue n°154 - HIVER -

sommaire du n° 154
Le prix de la paix
Entretien avec Pierre DE VILLIERS
Chefs d'état-major des armées françaises depuis février 2014
conduit par
Isabelle Lasserre
Chef adjointe du service Étranger du Figaro
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Isabelle Lasserre - Quelles sont, à vos yeux, les principales menaces qui pèsent sur la France et sur l'Europe ? Ont-elles évolué depuis que vous êtes en poste ?



Pierre de Villiers - Nous sommes confrontés à deux types de conflictualité. D'abord - et je pense que nous n'en parlons pas assez -, le retour des États-puissances, qui s'affrontent directement ou indirectement et qui multiplient, de manière inhabituelle, les actions agressives, par exemple les dénis d'accès. Ensuite, le terrorisme islamiste radical. Il sévit sur les cinq continents et a frappé la France au coeur à plusieurs reprises. Les djihadistes veulent imposer leur idéologie et leur mode de vie à nos sociétés ; tous leurs efforts tendent vers ce double objectif. Ces deux menaces sont distinctes mais non disjointes. On le voit bien en Syrie et en Ukraine. En outre, les manifestations violentes de l'opposition entre sunnites et chiites ont resurgi de manière très vive. Elle se superpose aux deux conflictualités que je viens de décrire. Par leur acuité, ces menaces sont nouvelles. Nous les avions mentionnées dans les deux Livres blancs de 2008 et 2012, mais elles se sont cristallisées au cours des deux dernières années. Pour relever ces défis, nous devons consolider un modèle d'armée efficace, pour qu'il reste à la hauteur des ambitions du pays.



I. L. - Cette perception des menaces est-elle partagée par tous les pays européens, notamment ceux de l'est de l'Europe ?



P. de V. - Vous touchez là l'un des points les plus sensibles. Les pays de l'Est sont avant tout concernés par la puissance russe, tandis que ceux du Sud subissent surtout les conséquences de la menace terroriste. Ces écarts d'approche dans l'évaluation de la menace peuvent conduire, en effet, à des différences d'appréciation pour tout ce qui concerne la défense du continent européen. Il faut être vigilant, car cette situation pourrait devenir dangereuse. Il ne s'agit surtout pas de diviser la sécurité européenne. La France, chacun le constate, est un grand pays, qui a vocation à parler à tout le monde et qui a un rôle important à jouer au niveau militaire. Nous pouvons, nous, comprendre à la fois les pays de l'Est et ceux du Sud.



I. L. - Craignez-vous un désengagement américain de l'Otan ? Pendant sa campagne, Donald Trump a appelé les alliés à consentir un effort supplémentaire pour leur défense. En ont-ils les moyens ? Faudra-t-il revoir les priorités ? Quels sont les pays qui pourraient être conduits à accroître leur contribution ?



P. de V. - Je suis évidemment d'accord avec l'appel à la responsabilité des pays européens, tel que je comprends ce message. Les alliés se sont engagés lors du sommet de Newport en 2014 à porter leur budget de la défense à hauteur de 2 % du PIB. Cet engagement a été renouvelé lors du sommet de Varsovie en 2016. Pour concrétiser ces efforts et donc renforcer l'Otan, il s'agit de répondre aux priorités de l'ensemble, c'est-à-dire aux besoins de protection spécifiques à chaque pays.



I. L. - Puisque nous évoquons l'augmentation de la contribution, en avez-vous les moyens ?



P. de V. - Aujourd'hui, notre modèle d'armée est bon. Il a été adapté à deux reprises, la dernière fois en janvier 2016, lorsque le président de la République a décidé de rehausser l'effort de défense, en revenant sur les restrictions prévues et en accordant des crédits supplémentaires. Ce qui signifie concrètement que nous avons enrayé la baisse du budget de la défense. Ce modèle est juste adapté à la situation actuelle. Mais suffira-t-il à faire face aux menaces que je viens d'énumérer ? La réponse est non. Si l'effort de défense français se maintient à hauteur de 1,77 % des dépenses publiques, nous ne serons pas en mesure d'accomplir les missions qui nous attendent. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre modèle s'est usé dans des opérations abrasives ; il est érodé par le niveau d'engagement que nous connaissons. 30 000 soldats sont déployés à l'intérieur et à l'extérieur du territoire. Les contrats opérationnels prévus par le Livre blanc de 2012 sont largement dépassés. Or les menaces, elles, sont pérennes ; elles ne diminueront pas dans les années qui viennent. C'est la raison pour laquelle il est impératif de porter rapidement l'effort de défense à 2 % du budget. Le principe est admis par la plupart de nos dirigeants politiques. Encore faut-il le mettre en oeuvre rapidement. La hausse doit absolument intervenir au cours du prochain quinquennat. Faute de quoi notre modèle d'armée s'effondrera. Nous devons combler les trous capacitaires et maintenir la crédibilité de notre dissuasion nucléaire à deux composantes. Et cela, au moment où le retour des États-puissances milite plus que jamais pour le maintien d'un tel outil de défense. C'est grâce à sa force de frappe nucléaire que la France tient son rang au Conseil de sécurité des Nations unies, dont elle est l'un des cinq membres permanents. Qui plus est, la France sera bientôt le seul pays de l'Union européenne à être doté de l'arme nucléaire. Pour rester crédible, notre dissuasion doit être constamment renouvelée. Ce renouvellement a un coût : c'est le prix de la paix.



I. L. - Vous parlez de paix alors que les militaires français sont déployés simultanément sur plusieurs théâtres d'opérations. Ne serions-nous pas plutôt en guerre ?



P. de V. - Compte tenu de la violence de l'ennemi auquel nous sommes confrontés, j'estime effectivement que nous sommes en guerre. Et on ne gagne pas une guerre sans effort de guerre. C'est, précisément, ce que j'appelle le « prix de la paix ». À quoi servirait de redresser notre économie et nos finances si nous devions renoncer à notre souveraineté et à notre sécurité ? Comment pourrions-nous baisser la garde ? Il faut, au contraire, monter en puissance dans ce monde devenu si dangereux. L'avertissement ne s'adresse pas seulement à la France. Le modèle d'armée que je défends ne peut pas exister sans une coopération européenne forte. L'Europe doit prendre en main son destin face au terrorisme et aux menaces interétatiques. Ce que je regrette, c'est que ce processus n'aille pas assez vite.



I. L. - Avec le Brexit, l'Europe a brusquement été amputée de l'une de ses deux grandes armées. La sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne est-elle, pour vous, une catastrophe ou au contraire une chance ?



P. de V. - Une crise est à la fois un risque et une opportunité. En matière de défense, nous disposons d'un atout avec les accords de Lancaster House signés entre la France et le Royaume-Uni en 2010 (1). Le traité est sur les rails et, jusqu'à présent, il a survécu à tous les soubresauts politiques. Nous respectons parfaitement sa feuille de route au niveau opérationnel, avec la création d'une force expéditionnaire commune interarmées (CJEF) dotée d'une capacité de commandement et d'un état-major communs, y compris en matière de renseignement. Cette force expéditionnaire est une structure unique en Europe. Elle permet de monter de véritables opérations militaires avec un engagement des forces. Au niveau des capacités, nous coopérons dans de nombreux secteurs, comme la guerre des mines. Nous continuons, en outre, à travailler sur des projets de fusion de nos programmes qui devraient à terme nous permettre de réaliser des économies.

Depuis qu'ils ont pris la décision de quitter l'Union européenne, les Britanniques ont encore plus besoin de coopérer avec nous. J'ai désormais des contacts hebdomadaires avec mon homologue anglais. Jamais je ne l'avais autant vu avant le Brexit ! Les lignes ont déjà bougé : pour la première fois à l'automne, j'ai réuni dans mon bureau, autour de moi, les chefs d'état-major allemand et britannique. Tous deux sont convenus que ce type de rencontre était positif et devait être réitéré. C'est une évidence. Car si l'on veut tirer l'Europe de la défense vers le haut, les trois grands pays européens, qui à eux seuls représentent 60 % des dépenses, doivent travailler ensemble.



I. L. - L'arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, c'est-à-dire d'un homme dont le slogan est l'« Amérique d'abord », risque-t-elle, selon vous, d'affecter la relation franco-américaine ?



P. de V. - Je pars d'un acquis. Ce que je constate aujourd'hui, c'est un degré de confiance et de coopération entre nos deux armées jamais atteint depuis plusieurs décennies. Nous sommes les équipiers des Américains dans la coalition au Levant et ils sont nos équipiers dans l'opération au Sahel. Nos deux armées sont interopérables. Au Mali, nous pouvons compter sur les renforts et les moyens américains, notamment en matière d'échange d'informations et de renseignement, à une échelle inédite. Nous luttons ensemble sur le terrain contre un ennemi commun : l'islam radical. Et nous avons l'un pour l'autre une estime mutuelle. Lorsque j'ai pris mes fonctions en 2014, j'obtenais rarement un rendez-vous avec mon homologue américain en moins d'une semaine. Aujourd'hui, le préavis est inférieur à deux heures. La relation est très étroite des deux côtés. Compte tenu de ce niveau remarquable de coopération entre nos pays, notre relation avec la nouvelle administration ne part donc pas d'une feuille blanche. La France n'est pas un petit pays. Elle a une grande armée, sans doute la deuxième du monde occidental. Non pas, bien sûr, pour la masse de ses moyens, mais pour ses capacités humaines et opérationnelles, pour l'efficacité de ses militaires au combat et pour leurs facultés d'adaptation, en particulier vis-à-vis des forces et des populations locales. Et cette armée inspire le respect, je dirais même l'admiration de ses alliés. Je le constate non seulement à Washington, mais aussi dans les réunions de la coalition, dans celles de l'Otan et de l'Union européenne. Lorsque je croise le regard de mes homologues, j'ai le sentiment d'être à la tête d'une armée qui compte.



I. L. - La fin annoncée de Daech en Syrie et en Irak signera-t-elle la fin du terrorisme islamique ?



P. de V. - Une chose est sûre : Daech sera vaincu. Ce n'est qu'une question de temps et de moyens. L'État islamique recule en Irak, en particulier à Mossoul, face à l'offensive aéroterrestre menée par les forces de la coalition et les forces locales. Pour l'instant, nous sommes en train de couper les voies de communication et d'approvisionnement. Notre progression est d'autant plus lente que, pour des raisons évidentes, nous prenons toutes les précautions dans l'usage que nous faisons de l'appui aérien en milieu urbain. Mais, tôt ou tard, la ville tombera. Daech perd aussi du terrain en Syrie grâce aux bombardements aériens de la coalition et aux efforts conjugués des forces turques, de la résistance syrienne, des Kurdes de l'YPG et des forces de défense syriennes (2). La tâche s'annonce plus ardue qu'en Irak en raison d'une situation au sol encore plus complexe et des profondes divergences entre les multiples parties.

En tout état de cause, la défaite de Daech en Irak et en Syrie ne mettra pas un terme au terrorisme islamiste. Il s'agit d'une idéologie qui considère la barbarie non pas comme un moyen mais comme une fin, et dont le but - je le répète - est d'imposer aux pays occidentaux un modèle de société fondé sur la charia. Cette idéologie, que nous combattons, risque de muter ailleurs et de se réincarner dans d'autres mouvements. Les organisations sont différentes, mais l'idéologie, les méthodes, la brutalité et la barbarie sont identiques. Ce sont les mêmes couteaux, pareillement affûtés et brandis de la même manière. C'est déjà le cas au Sahel avec Aqmi, al-Mourabitoun et al-Forkane (3) ; au Nigeria avec Boko Haram (4) ; en Syrie avec al-Nosra (5). Les foyers qui répandent cette idéologie se multiplient.



I. L. - Quelle réponse peut-on y apporter ?



P. de V. - Je ne vous cache pas qu'il s'agit d'un combat de longue haleine, qui dépasse la seule action militaire. Sur le plan militaire, continuons à prôner cette approche qui dépasse les frontières face à des terroristes qui s'en affranchissent, approche qui permet de mieux comprendre, de favoriser les échanges d'expériences et donc de combattre. C'est la raison pour laquelle la coalition a adopté une formule transrégionale dans sa lutte contre les mouvements djihadistes. Dans la bande sahélo-saharienne, le G5 Sahel qui réunit la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad est une référence. De façon plus globale - et là presque tout reste à faire -, il s'agit d'éviter que les cellules cancéreuses du terrorisme prolifèrent en profitant des terreaux favorables que sont la pauvreté et l'absence d'espoir, en particulier pour la jeunesse. Il faudra mettre en place des stratégies de prévention de la radicalisation et exercer une action en profondeur sur la jeunesse de ces régions. C'est par le développement que nous parviendrons à endiguer et contrer cette idéologie. Il n'y a pas de développement sans sécurité, mais il n'y a pas de sécurité sans développement.



I. L. - Les djihadistes s'adaptent rapidement aux méthodes conventionnelles de la coalition, qu'ils affrontent de manière asymétrique... Comment lutter contre leur manière de faire la guerre ?



P. de V. - Il y a une expérience certaine du combat dans les rangs de Daech. En Irak, nombre de djihadistes sont d'anciens militaires de l'armée dissoute. Plus généralement, on observe des combattants aguerris qui connaissent le terrain, sont proches des populations et dont la stratégie, encore une fois, est d'imposer la barbarie. Leurs moyens sont peu sophistiqués, voire parfois rustiques. La vie n'a pour eux aucune valeur, qu'il s'agisse de celle de leurs adversaires ou de celle de leurs propres combattants. Les djihadistes peuvent attaquer partout, en toutes circonstances, au mépris des règles et des conventions établies. Ils s'adaptent à nos tactiques sur le terrain et s'approprient les méthodes de la guérilla, comme à Mossoul où ils utilisent indistinctement les IED (engins explosifs improvisés), les mines, les snipers et même, ces derniers temps, des motos IED et des drones piégés. Si nous voulons gagner, nous devons établir un rapport de force favorable en utilisant les trois principes de la guerre : liberté d'action, économie des forces, concentration des moyens. J'en ajouterai un quatrième : la surprise. Celle que l'on impose et non celle que l'on subit.



I. L. - Face à des combattants qui ne respectent ni le droit de la guerre ni les règles internationales, les forces de la coalition, qui doivent, elles, respecter ces principes, ne sont-elles pas défavorisées ?



P. de V. - Combattre la barbarie avec les moyens de l'État de droit, c'est effectivement pour nous un nouveau challenge. Peut-on vaincre les islamistes radicaux, qui n'obéissent à aucune règle élémentaire de l'humanité, avec des soldats contraints de respecter - à raison - les lois de la morale et le droit international ? C'est bien ce que nous faisons au quotidien dans nos engagements, à l'extérieur comme à l'intérieur du territoire et c'est là notre honneur. Pour cela, il faut des soldats bien formés, bien entraînés, possédant une parfaite maîtrise du feu, ce qui est le propre du soldat professionnel. Seule la force peut contraindre ces individus fanatisés à reculer. La guerre est un affrontement de deux volontés. Or nous avons des soldats maîtres d'eux-mêmes, suffisamment professionnels et dignes de confiance pour ne pas céder à la facilité qui consisterait à recourir aux méthodes de l'adversaire. C'est fondamental. J'y veille personnellement, au niveau tant de la formation que de l'instruction, de l'entraînement des troupes et de la préparation des opérations. Si les soldats français suscitent une telle admiration de la part de nos alliés, c'est bien parce qu'ils placent le respect des règles de la guerre au-dessus de tout. L'éthique, elle aussi, conduit à la victoire.



I. L. - Au Mali, les djihadistes sont de retour, moins de quatre ans après l'opération Serval qui visait à les anéantir. Est-ce à dire que cette opération n'a pas obtenu les résultats escomptés ?



P. de V. - Je ne dirais pas cela. Serval visait à éviter la destruction de l'État malien et notamment à empêcher la prise de Bamako. Serval, c'est un coup d'arrêt et un coup de massue infligés à Aqmi. L'opération Barkhane, qui a été lancée dans le prolongement de Serval, est un vrai succès sur le plan militaire. Nous avons privé les groupes armés terroristes de leur capacité à mener des actions coordonnées. Nous leur interdisons la possibilité de reconstituer des refuges ; nous perturbons leurs trafics et détruisons leurs dépôts d'armes.

Aujourd'hui, la paix a progressé au Mali. Elle ne sera définitive que lorsque les forces armées maliennes, en liaison avec les pays limitrophes, seront capables d'assurer elles-mêmes la protection des Maliens. C'est d'ailleurs l'un des objets principaux des accords d'Alger.

Nous vivons dans une société de l'instantané, qui voudrait que tous les problèmes se règlent en quelques heures, en quelques jours ou en quelques mois, même s'ils datent de plusieurs siècles ! On a coutume de dire que le règlement d'une guerre dure quinze ans. Pourquoi le Sahel échapperait-il à cette règle ? Après le temps purement militaire, le temps de l'approche globale est venu. Il faut désormais accentuer l'effort dans les domaines autres que sécuritaire ; je pense à la gouvernance et à l'aide au développement.



I. L. - L'armée a-t-elle vocation à s'investir lourdement sur le territoire français comme elle le fait depuis les attentats terroristes ?



P. de V. - Nous luttons de deux manières contre le terrorisme et la radicalisation. D'abord, par l'action militaire que nous menons en dehors de nos frontières et dont j'ai déjà parlé. C'est tout à l'honneur de la France de s'engager ainsi dans la lutte contre le terrorisme.

Nous agissons avec méthode dans une stratégie de défense dans la profondeur. Nos soldats, de toutes les armées, qui combattent les terroristes dans leurs foyers mêmes, sont notre véritable « défense de l'avant ». Plus près de nous, nos marins et nos aviateurs veillent en permanence sur les approches du territoire, selon que l'on parle de défense maritime du territoire ou de posture permanente de sûreté aérienne. Ensuite, nous agissons à l'intérieur du pays à travers l'opération Sentinelle. Il s'agit bien d'une opération militaire, conduite selon notre logique d'obtenir des effets correspondant à des missions et à nos savoir-faire spécifiques. Il ne s'agit pas de fournir des effectifs ou pire, des supplétifs. Enfin, notre dispositif est complet avec la dissuasion nucléaire, notre assurance-vie.

Un militaire ne choisit pas son terrain, vous le savez bien. Il va là où le terrain l'appelle. La première mission de nos forces armées est de protéger les Français où qu'ils se trouvent. Quand la France est attaquée sur son sol, l'armée ne doit pas se limiter à intervenir sur les théâtres extérieurs. Le lien entre sécurité intérieure et sécurité extérieure est clairement établi aujourd'hui.



I. L. - Quel rôle l'armée peut-elle jouer dans la prévention de la radicalisation des jeunes ?



P. de V. - Il faut d'abord identifier les causes de cette radicalisation. J'en vois plusieurs : l'absence de perspectives, le manque de respect et d'attention, le désespoir et le déficit d'éducation. Ne pas traiter ces causes profondes, c'est comme remplir le tonneau des Danaïdes. L'armée peut témoigner de son expérience. Je n'invente rien : Lyautey (6), dans un livre fameux, parlait déjà du rôle social de l'officier, dont l'un des ressorts principaux tient à la compréhension et à la connaissance à porter aux hommes. Dans l'armée, nous réussissons à transformer des jeunes défavorisés, paumés, perdus, en véritables héros. Nous parvenons à faire de ces jeunes hommes désespérés et sans avenir des militaires qui vont sous le feu chercher leurs camarades blessés en risquant leur peau. Nous avons une belle jeunesse. Encore faut-il la tirer vers le haut, lui apporter des tripes, des valeurs et du sens.



(1) Les accords de Lancaster ou traités de Londres ont été signés par Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron le 2 novembre 2010. Ils visaient à renforcer la coopération franco-britannique dans le domaine de la défense.

(2) Groupe paramilitaire syrien organisé par le régime de Damas et par l'Iran.

(3) Aqmi : al-Qaïda au Maghreb islamique. Al-Mourabitoun : organisation djihadiste terroriste opérant en Afrique de l'Ouest. Al-Forkane : une des brigades d'Aqmi.

(4) Mouvement terroriste djihadiste originaire du nord-ouest du Nigeria ayant pour objectif d'instaurer un califat et d'appliquer la charia.

(5) Le Front al-Nosra est la branche syrienne d'al-Qaïda. Prétendant avoir rompu avec al-Qaïda, il s'est récemment rebaptisé Jabhat Fath al-Cham.

(6) Le Rôle social de l'officier, Omnia, 2009.


Notes :


(1) Les accords de Lancaster ou traités de Londres ont été signés par Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron le 2 novembre 2010. Ils visaient à renforcer la coopération franco-britannique dans le domaine de la défense.

(2) Groupe paramilitaire syrien organisé par le régime de Damas et par l'Iran.

(3) Aqmi : al-Qaïda au Maghreb islamique. Al-Mourabitoun : organisation djihadiste terroriste opérant en Afrique de l'Ouest. Al-Forkane : une des brigades d'Aqmi.

(4) Mouvement terroriste djihadiste originaire du nord-ouest du Nigeria ayant pour objectif d'instaurer un califat et d'appliquer la charia.

(5) Le Front al-Nosra est la branche syrienne d'al-Qaïda. Prétendant avoir rompu avec al-Qaïda, il s'est récemment rebaptisé Jabhat Fath al-Cham.

(6) Le Rôle social de l'officier, Omnia, 2009.