Politique Internationale - La Revue n°154 - HIVER -

sommaire du n° 154
Colombie : le repos des guerriers
Article de Frédéric Massé
Directeur du Centre de recherches et projets spéciaux (CIPE) de l'Université Externado de Colombie (
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Les Colombiens pourront-ils enfin vivre en paix ? Le 26 septembre dernier, après des années de négociations, le gouvernement colombien et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) scellaient des accords de paix définitifs. Ces accords devaient mettre fin au plus vieux conflit armé d'Amérique latine et à sa litanie d'atrocités : 220 000 morts, 60 000 disparus, 27 000 séquestrés, près de 2 000 massacres et 7 millions de personnes déplacées. « Enfin la paix », entendait-on un peu partout. Enfin... presque, car c'était compter sans le résultat surprise du référendum du 2 octobre, dont tout le monde pensait qu'il se conclurait par une large victoire du oui. À la surprise générale, le non l'emporta d'une courte tête, plongeant le pays dans une période d'incertitude. Récompensé pour ses efforts par le prix Nobel de la paix cinq jours à peine après le rejet du texte, le président Santos décide alors de négocier un nouvel accord avec les partisans du non. Non sans difficultés, mais en un temps record (moins de deux mois), une nouvelle version est signée puis ratifiée par le Parlement. Certes, le plus dur reste à faire. Il n'empêche : après trente ans de tentatives avortées (1), ces accords revêtent une portée véritablement historique.

Un conflit vieux de cinquante ans

Issues des mouvements d'autodéfense paysans qui s'étaient formés lors de la guerre civile (Violencia) entre 1948 et 1957, les FARC apparaissent officiellement en 1964 après l'attaque par l'armée colombienne de l'un de leurs fiefs (Marquetalia) dans les montagnes du centre du pays. Au lendemain de la révolution cubaine en 1959, les élites colombiennes, soutenues par les États-Unis dans leur lutte contre le communisme, voient d'un très mauvais oeil l'existence de ces « républiques indépendantes ». L'attaque de Marquetalia donne toutefois naissance au mythe fondateur des FARC. Ni simple mouvement de résistance ni avant-garde révolutionnaire, les FARC ne vont réellement commencer à être prises au sérieux qu'à partir des années 1980, lorsque leurs troupes passent de quelque 1 500 à plus de 10 000 hommes, principalement grâce aux revenus de la drogue, et qu'elles étendent leur influence sur une bonne partie du territoire national. Au cours de la décennie suivante, elles réussissent à infliger de sérieux revers aux forces armées gouvernementales, au point que certains experts n'hésitent pas à qualifier la Colombie d'État failli.

Sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue, les États-Unis et la Colombie échafaudent alors un plan de lutte antiguérilla baptisé « Plan Colombie », inspiré des programmes mis en oeuvre par Washington en Amérique centrale dans les années 1980. Composé à 70 % d'aide militaire et à 30 % d'aide économique et sociale, il vise à renforcer les forces armées colombiennes tout en réduisant le soutien populaire dont bénéficient les guérillas. Le Plan Colombie ne produit cependant pas tous les effets escomptés. Au même moment, les FARC, qui viennent d'entamer des pourparlers de paix avec le gouvernement du président Andrés Pastrana fraîchement élu et qui ont posé comme condition préalable l'obtention d'une zone démilitarisée de plus de 41 000 km2 dans le sud du pays, en profitent pour se renforcer militairement. Les discussions dites du Caguán feront couler beaucoup d'encre, et leur échec laissera des cicatrices encore visibles aujourd'hui. Fidel Castro révélera d'ailleurs, dans l'un de ses rares écrits consacrés au conflit colombien, qu'il avait lui-même prévenu le président Pastrana que les FARC n'avaient aucune intention de signer la paix.

Suite aux attentats du 11 septembre 2001 et à la rupture des négociations de paix, en février 2002, la Colombie effectue un virage à 180 degrés et s'inscrit de plain-pied dans la guerre globale des États-Unis contre le terrorisme. Arrivé au pouvoir en août 2002, le président Uribe (2002-2006 et 2006-2010) met en place une politique dite de « sécurité démocratique ». Cette politique semble porter ses fruits. En quelques années, l'armée colombienne parvient non seulement à contrer l'offensive des FARC, mais aussi à reprendre le contrôle d'une partie du territoire et à amputer de près de 50 % les effectifs de la plus importante guérilla du pays. Les FARC, qui comptaient plus de 18 000 combattants à l'époque du Caguán, en rassemblaient moins de 10 000 à la fin de la décennie.

Lorsqu'en juin 2010 Juan Manuel Santos, ancien ministre de la Défense du président Uribe, est élu président de la République, tout porte donc à croire que le nouveau gouvernement privilégiera, lui aussi, la lutte armée plutôt que la recherche d'une solution négociée.

La politique de paix du nouveau président Santos : reniement ou audace ?

C'est le contraire qui se produit. À peine entré en fonctions, Juan Manuel Santos décide d'entamer des discussions secrètes avec les FARC en vue de négocier la paix. Considérablement affaiblies, ces dernières n'auraient guère d'autre choix. Le contexte régional, il est vrai, est devenu favorable. Quelques mois après son élection, le président Santos se réconcilie - pour des raisons essentiellement tactiques et stratégiques - avec son homologue vénézuélien. Conscients que le temps des révolutions violentes et de la prise du pouvoir par les armes est révolu en Amérique latine, Fidel Castro et Hugo Chavez s'impliquent personnellement afin de convaincre les FARC d'accepter de s'engager dans des négociations de paix (2). Fin août 2012, les pourparlers sont rendus publics. Le gouvernement colombien et les FARC signent un accord général (3) qui fixe les objectifs des négociations et dresse la liste des six points à traiter en priorité : réforme du secteur rural ; participation et ouverture politique ; trafic de drogue ; dédommagement des victimes ; fin du conflit armé ; et mise en oeuvre des accords. L'agenda n'est pas vraiment révolutionnaire, mais il a le mérite d'aborder les principales causes du conflit.

Ni simple démobilisation ni révolution négociée

Contrairement aux autres guérillas colombiennes de moindre importance qui avaient déposé les armes à la fin des années 1980 et au début des années 1990, les FARC entendent peser sur les négociations pour obtenir des changements profonds dans le système politique, économique et social. Elles refusent de se démobiliser en échange d'une simple réintégration dans la vie civile et politique du pays - ce qui reviendrait à reconnaître, après toutes ces années de lutte, qu'elles se sont battues en pure perte contre l'oligarchie colombienne et l'impérialisme américain. Le gouvernement Santos l'a d'ailleurs bien compris. Le président et son Haut Commissaire pour la paix, Sergio Jaramillo, n'ignorent pas qu'il leur faudra faire un minimum de concessions d'ordre « transformationnel » pour que les FARC acceptent de s'asseoir autour de la table.

Des négociations plus longues que prévu

Prévues au départ pour ne durer que quelques mois, les négociations vont traîner en longueur, donnant ainsi raison à ceux qui estimaient qu'il serait difficile de mettre fin du jour au lendemain à un conflit armé vieux de plusieurs décennies. Les FARC le répètent à l'envi : elles ne sont pas venues négocier une « paix express ».

Au cours de l'année 2012, les discussions exploratoires progressent lentement. Le problème n'est pas tant un manque de volonté politique que l'absence de confiance entre les deux parties. Les émissaires du président - dont son propre frère, Enrique Santos - prennent un soin tout particulier à ne pas répéter les erreurs du passé. L'ombre des négociations du Caguán est encore dans toutes les têtes. Les pourparlers se dérouleront par conséquent à l'extérieur du pays (La Havane), à l'abri de la ferveur médiatique et selon un ordre du jour réaliste.

Une fois les thèmes définis, les règles du jeu fixées et les négociateurs nommés, les discussions entrent dans le vif du sujet. Le premier point concerne l'une des revendications historiques des FARC : la question de la terre. D'origine paysanne, les FARC ont progressivement pris pied dans ces vastes territoires délaissés par l'État et peuplés de vagues successives de colons. Le conflit a déplacé près de 7 millions de Colombiens. La plupart d'entre eux sont des paysans spoliés de leurs terres par les trafiquants de drogue puis par les élites politiques et économiques alliées aux paramilitaires. Souvent présentée comme la principale cause du conflit, cette question serait, dit-on, la plus difficile à traiter. Après plus de neuf cycles de négociations, un accord est finalement conclu en mai 2013. Pour les uns, jamais mesures aussi décisives n'ont été prises en faveur du monde paysan depuis quarante ans : restitution et mise en valeur des terres de culture et d'élevage extensif, mise à jour du cadastre, création d'un fonds foncier, aides techniques et financières en faveur du développement rural. Pour les plus sceptiques, en revanche, on est loin d'une vraie réforme agraire (le terme n'apparaît d'ailleurs pas dans les accords de paix) et, pour nécessaires que soient les réformes proposées, la montagne a finalement accouché d'une souris.

Au cours de l'année 2013, la politique intérieure reprend progressivement ses droits. En fait, tout le monde veut être de la partie, chacun estimant être un digne représentant de la société civile. Même les FARC, qui se présentent comme la voix du peuple, réclament davantage de participation de la société civile à travers l'organisation de forums de réflexion destinés à alimenter le débat.

Pour le président Santos, il est également essentiel d'obtenir le soutien des militaires. Nombre d'entre eux, notamment certains gradés à la retraite, ne supportent pas l'idée que le gouvernement ait accepté de négocier avec les FARC sans poser de conditions préalables et s'offusquent que les forces armées soient mises sur le même plan qu'une « bande de guérilleros communistes reconvertis dans le trafic de drogue ». Même si le pays n'a pas de tradition putschiste, le président a conscience du malaise que son initiative a provoquée et nomme - une première en Colombie - des militaires de haut rang parmi les membres de l'équipe des négociations (4).

Depuis le début des pourparlers, le président a choisi de négocier sans cessez-le-feu préalable. Une bonne partie de l'opinion publique ne saisit pas très bien la logique sous-jacente à cette décision. Comment justifier la poursuite des combats alors que l'on cherche à négocier la paix et que les FARC elles-mêmes réclament une cessation bilatérale des hostilités ? En fait, le gouvernement veut maintenir la pression militaire pour éviter que les FARC n'utilisent un éventuel cessez-le-feu à des fins tactiques.

Afin que les combats ne perturbent pas les négociations, ou du moins les influencent le moins possible, le président Santos reprend à son compte la formule attribuée à Itzhak Rabin en la paraphrasant, et décide de négocier la paix comme s'il n'y avait pas de guerre tout en menant la guerre comme s'il n'y avait pas de négociations. Cette politique montre toutefois assez rapidement ses limites. À plusieurs reprises, des rebondissements sur le terrain mettent à mal le processus de paix : enlèvement du général Alzate en novembre 2014 (5) ; embuscade contre une patrouille au repos en avril 2015... Les Colombiens comprennent d'autant moins que les FARC avaient fait montre de bonne volonté en déclarant un cessez-le-feu unilatéral.

Ces incidents compliquent et retardent les négociations. Comme souvent en pareil cas, la rupture des cessez-le-feu provoque une recrudescence des combats, qui appelle à de nouveaux cessez-le-feu. Les pays garants (Cuba, Norvège) et accompagnateurs (Venezuela, Chili) du processus de paix s'engagent alors à fond pour sortir les négociations de l'ornière.

Autre signe positif : en février 2015, les États-Unis nomment un envoyé en Colombie en la personne de Bernard Aronson, ancien secrétaire d'État adjoint aux Affaires interaméricaines sous la présidence de George Bush père et fin connaisseur des processus de paix centraméricains. Et puis, fin septembre, coup de théâtre : en route pour les États-Unis où il doit participer à la soixante-dixième Assemblée générale des Nations unies, Juan Manuel Santos fait escale à La Havane et annonce la signature d'un accord sur la justice transitionnelle en compagnie de son homologue cubain, Raul Castro, mais aussi et surtout du leader des FARC, Timochenko. L'événement est marqué par une poignée de main historique à laquelle personne ne s'attendait. Plus encore : les deux parties annoncent qu'un accord de paix définitif sera signé au plus tard dans six mois, soit le 23 mars 2016. Un point de non-retour semble bel et bien avoir été atteint.

Des accords de paix à la fois complexes, réalistes et ambitieux

L'accord de paix définitif entre le gouvernement colombien et les FARC fut annoncé une première fois le 24 août 2016. Un mois plus tard (le 26 septembre), plus de vingt-cinq chefs d'État et de gouvernement étrangers ainsi que de nombreuses personnalités économiques et politiques assistaient à la cérémonie officielle de signature, à Carthagène des Indes, sur la côte caraïbe. De façon non moins symbolique, les FARC avaient organisé quelques jours plus tôt leur Xe conférence - la dernière en tant qu'organisation armée - avec concerts de rock, forte présence médiatique et plus de deux cents délégués. Tout était donc prêt pour que les Colombiens ratifient cet accord lors du référendum prévu de longue date par le président Santos.

Dès le départ, il était clair - le gouvernement de Bogota l'avait souligné à maintes reprises - que le processus de paix n'avait pas pour finalité de changer le modèle politique, économique et social du pays. Sans nécessairement avoir fait le deuil de leurs ambitions révolutionnaires, les FARC prirent donc très vite conscience qu'il ne fallait pas attendre de ces négociations un bouleversement majeur. Il s'agissait d'éradiquer les causes du conflit et d'ouvrir la voie à des transformations structurelles. Ce qui, après tout, n'était pas rien.

Au final, les questions liées à l'origine du conflit (réformes du secteur rural, participation politique), ainsi que celles des cultures illicites et du trafic de drogue, occupent près d'un tiers du texte. Viennent ensuite les thèmes relatifs aux conséquences du conflit, avec une place centrale accordée aux victimes et à la justice transitionnelle. Et, pour finir, la fin de la violence armée (désarmement, démobilisation et réintégration) et les mécanismes de mise en oeuvre des accords avec, en particulier, la création d'une mission politique des Nations unies. Cette mission, composée de 450 hommes et femmes, sera chargée - conjointement avec l'armée et la police colombiennes, mais aussi avec les FARC - de surveiller la démobilisation et le désarmement des 8 000 anciens combattants et des 8 000 miliciens des FARC dans les vingt-sept zones de cantonnement ou zones transitoires de normalisation prévues à cet effet.

Au cours de la campagne référendaire, un certain nombre de points avaient fait l'objet de critiques de la part des opposants au oui, et même d'observateurs plus modérés. Les plus virulentes - et les plus fréquentes - portaient sur la justice dite transitionnelle. Dès le début des négociations de paix, les FARC avaient fait savoir qu'elles s'opposeraient à toute solution qui les enverrait, ne serait-ce qu'une journée, en prison. Le casse-tête consistait à prendre en considération les exigences des membres du secrétariat des FARC - accusés, pour la plupart, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité - tout en se conformant au droit international et notamment à la jurisprudence de la Cour pénale internationale. Il fut donc décidé de mettre en place une commission de la vérité et un tribunal spécial pour la paix composé de magistrats chargés de juger et de prononcer des sanctions à l'encontre de tous les responsables du conflit armé - qu'ils soient membres de la guérilla ou des forces armées colombiennes, mais aussi entrepreneurs ou acteurs politiques ayant financé le conflit. Dans le cas des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, l'accord distinguait en outre trois cas de figure, selon que les prévenus étaient disposés ou non à reconnaître leurs responsabilités (6).

Bien qu'elles fussent conformes aux normes internationales, tout du moins sur le papier, ces dispositions ne firent pas l'unanimité (7). Tout au long des débats, le gouvernement et les FARC avaient rappelé qu'ils n'étaient pas venus à La Havane pour négocier une quelconque impunité. Ceux qui reprochaient aux FARC une certaine arrogance se voyaient rétorquer qu'aucun mouvement de guérilla n'accepte de transiger pour qu'à la fin ses dirigeants écopent de vingt ans de prison ferme. Mais entre ces deux extrêmes, n'était-il pas possible d'envisager des peines de prison réduites pour tout auteur de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité, qu'il soit militaire ou membre de l'état-major des FARC ? Sans doute le prix à payer était-il d'accepter une certaine dose d'impunité.

Autre point de friction : la participation des FARC à la vie politique. À ce sujet, l'accord prévoit des mesures de discrimination positive en faveur des ex-guérilleros. Non seulement ils auront le droit de se présenter aux futures élections, mais le parti politique issu de la transformation de ce mouvement armé se verra également offrir certaines protections et garanties en vue de favoriser son insertion dans le jeu démocratique colombien.

Aux termes de l'accord, les FARC disposeront au minimum de cinq sièges au Sénat plus cinq autres à la Chambre des représentants, et cela pour une durée de deux fois quatre ans. À partir de 2026, c'est-à-dire à l'expiration des deux prochains mandats, elles seront soumises au même régime que les autres partis politiques.

Au-delà de cette période transitoire, l'avenir politique des FARC est pour le moins incertain. D'abord, parce que la transformation d'une guérilla en parti politique non armé n'a rien d'évident. Bien souvent, les organisations de masse, syndicats et autres, qui soutiennent les groupes armés durant le conflit tendent à reprendre leur autonomie après la conclusion d'accords de paix. Ensuite, parce que les exactions commises par les FARC dans leurs zones d'influence durant de nombreuses années ne plaident pas en leur faveur. Les revers essuyés aux élections régionales d'octobre 2015 par certains candidats proches de leurs thèses, dans des endroits pourtant considérés comme leurs fiefs, sonnent comme un avertissement. Les FARC savent qu'elles ont besoin de maintenir, voire de renforcer leur présence dans leurs zones historiques si elles veulent conserver une chance de participer activement à la vie politique du pays. Elles savent, aussi, que leur survie passe par la signature d'accords de paix suffisamment attractifs aux yeux de leurs sympathisants et électeurs potentiels, au risque de se décrédibiliser et de se faire déborder sur la gauche par des mouvements radicaux non armés.

Dernière mesure impopulaire : le salaire versé aux futurs démobilisés. Ce type de disposition, présente sous une forme ou sous une autre dans la plupart des processus de paix, vise à procurer aux démobilisés un minimum de ressources financières afin d'éviter qu'ils ne soient tentés de reprendre les armes ou de commettre des délits pour subvenir à leurs besoins. Beaucoup se demandent pourquoi on réserverait un traitement de faveur aux ex-guérilleros alors que bon nombre de Colombiens qui n'ont jamais enfreint la loi doivent travailler dur pour gagner un salaire comparable.

Coup de théâtre et renégociations

La campagne pour le référendum fut relativement courte, mais elle polarisa grandement l'ensemble de la société colombienne, y compris à l'intérieur des familles. La victoire du non (50,25 %) fit l'effet d'une douche froide, tant elle était inattendue.

Durant quelques jours, un grand sentiment de gâchis, de désarroi et d'incertitude s'empara du pays, confronté de nouveau à ses vieux démons. Les cartes politiques étaient également rebattues. Une période de « ni guerre ni paix » s'entrouvrait, plongeant la Colombie dans un imbroglio politico-juridique. Cinq jours à peine après le vote, l'attribution du prix Nobel de la paix à Juan Manuel Santos allait cependant redonner espoir aux partisans du oui. Encouragé à poursuivre ses efforts, le président colombien entama alors des négociations avec les partisans du non, en vue de trouver une issue. Pour des raisons à la fois de fond et tactiques, ces derniers acceptèrent de rencontrer les représentants du gouvernement, auxquels ils remirent leurs cahiers de doléances. En l'espace de deux mois, et contre toute attente, un nouvel accord était trouvé, signé le 24 novembre à Bogota, puis ratifié par le Sénat et la Chambre des représentants les 2 et 3 décembre.

Quelques jours plus tard, la Cour constitutionnelle autorisait en outre le gouvernement à recourir à la procédure dite de fast-track. L'enjeu était de taille car le fast-track permet non seulement d'écourter, voire d'éluder les débats au Parlement, mais aussi de voter en bloc les lois et autres mesures nécessaires à la mise en oeuvre des accords de paix. Un refus de la Cour risquait de compromettre le processus. Plus prosaïquement, les FARC, qui disposaient de 180 jours pour se démobiliser à partir de la date à laquelle furent ratifiés les accords, rechignaient à l'idée de déposer les armes avant le vote de la loi d'amnistie.

Depuis le référendum du 2 octobre dernier, le contexte international a également évolué et les astres ne sont plus aussi bien alignés qu'ils l'étaient. L'attitude du nouveau président des États-Unis vis-à-vis du processus de paix colombien reste en grande partie un mystère. De nombreux observateurs craignent que Donald Trump remette en cause les engagements pris par son prédécesseur...

Vers un post-conflit compliqué ?

Une chose est sûre : les accords de paix ne suffiront pas à régler tous les problèmes du pays. La phase de mise en oeuvre étant souvent la plus délicate, le gouvernement colombien a défini une stratégie dite de « réponse immédiate » afin de faire face aux nombreux obstacles qui ne manqueront pas de surgir sur sa route.

Inhérents à tous les processus de paix, la plupart de ces obstacles sont connus : guérilleros qui décident de ne pas se démobiliser et démobilisés qui décident de reprendre les armes ; persistance d'économies illégales (drogue, activités minières criminelles) et marché de la violence contrôlé par d'autres groupes armés (ELN, BACRIM, FARCRIM) ; coût du post-conflit plus élevé que prévu ; aide et coopération internationales insuffisantes.

Le premier défi concerne l'Armée de libération nationale (ELN). Proche des thèses de la théologie de la libération, cette guérilla pro-castriste créée en 1965 et souvent reléguée au second plan par les gouvernements en place a elle aussi survécu à la fin de la guerre froide. Elle porte des revendications plus larges et plus radicales que celles des FARC. Conscient qu'une paix qui exclurait l'ELN serait nécessairement incomplète, le gouvernement avait accepté d'ouvrir des négociations parallèles avec cette dernière dans l'espoir de faire fusionner les deux processus à un moment donné. Or, depuis des mois, malgré quelques timides avancées, les discussions avec l'ELN butent toujours sur des questions de procédure.

Outre la confusion, l'impression qui domine est qu'aucune des parties ne semble réellement pressée d'aller de l'avant. L'espoir s'amenuise de voir un accord de paix définitif avec l'ELN être signé avant la fin du second mandat du président Santos, en mai 2018. Selon certaines informations, l'ELN se serait d'ailleurs renforcée militairement et aurait même commencé à occuper le terrain que les FARC pourraient laisser vacant.

Le deuxième défi concerne les bandes criminelles (BACRIM). Ces groupes armés illégaux sont les héritiers des groupes paramilitaires officiellement démobilisés entre 2003 et 2006. Forts de 3 000 à 5 000 hommes, ils continuent de contrôler une bonne partie du trafic de drogue et ont élargi leur éventail d'activités illégales à d'autres secteurs d'activité comme les mines, d'or notamment. L'or est en effet devenu une source de revenus majeure pour les groupes armés illégaux colombiens en raison à la fois de l'augmentation des cours internationaux du métal précieux et de ses caractéristiques propres qui en font un produit idéal pour le blanchiment d'argent. Parfois, ces groupes ont passé des pactes de non-agression avec les FARC et l'ELN. Ils seraient même devenus des « partenaires commerciaux » des groupes de guérilla en leur achetant la pâte de coca qui sert à fabriquer la cocaïne. Dans certaines régions, les FARC auraient déjà négocié la vente de leurs zones de culture et de leurs laboratoires aux BACRIM avec lesquelles elles font affaire depuis des années. Des rapports font également mention de dissensions ou de dissidences au sein de la guérilla. L'alliance entre les membres des FARC qui auraient choisi de ne pas se démobiliser et les BACRIM porte déjà un nom : les FARCRIM.

Depuis deux ans - et c'est le troisième défi - la production de cocaïne, qui avait fortement chuté au cours de la dernière décennie, passant de plus de 160 000 hectares cultivés à moins de 50 000 hectares, est repartie à la hausse (+20 % entre 2013 et 2014 ; + 40 % entre 2014 et 2015). En cause, l'abandon des fumigations des cultures illicites officiellement pour des raisons de santé publique, ainsi que les pressions politiques qu'auraient exercées les FARC sur le gouvernement au cours des négociations de paix. Le nouveau procureur général a d'ailleurs relancé l'idée d'autoriser à nouveau les fumigations aériennes au glyphosate, herbicide très controversé (8). Une telle mesure irait à l'encontre sinon de la lettre, du moins de l'esprit des accords de paix. Préférant couper court à tout débat et à toute polémique, le président Santos a toutefois déclaré qu'il n'en était pas question.

Il y a peu, le bureau du procureur général (Fiscalía General de la Nación) avait également relancé l'idée d'une négociation visant à concéder aux BACRIM des remises de peine ou des peines alternatives à la prison en échange de leur soumission et de leur collaboration avec la justice, tout en précisant qu'ils ne seraient pas considérés comme des acteurs politiques. L'intention est louable, mais pour démanteler ces groupes armés mafieux ou ces mafias en armes il faut plus qu'une simple politique de reddition. D'autant que, depuis le mois d'août 2014, plus de deux cents chefs paramilitaires qui purgeaient des peines d'emprisonnement dans le cadre de la loi dite de Justice et Paix ont été libérés ou sont en passe de l'être (9). Un grand nombre seraient déjà retournés à leurs occupations passées, si tant est qu'ils y aient jamais renoncé...

Le post-conflit s'annonce donc assez compliqué. Les risques sont grands, en effet, de voir apparaître ou se pérenniser de véritables enclaves mafieuses tombées aux mains de structures criminelles organisées. Ces organisations mafieuses, qui ont reçu le renfort d'anciens paramilitaires, contrôlent des régions entières avec la complicité des autorités locales et de certains acteurs politiques et économiques corrompus.

Au-delà des aspects sécuritaires, la fin du conflit armé pourrait voir resurgir des mobilisations sociales longtemps réprimées. Sans compter que, sur le plan politique, le futur président aura également fort à faire avec un Congrès dont tout laisse à penser qu'il sera grandement divisé. Le pays pourrait alors entrer dans une période de turbulences, que le manque d'argent ne ferait qu'accentuer.

Qui paiera ?

Il y a peu, tout le monde s'accordait à penser que la Colombie ne manquait pas d'atouts pour atteindre ses objectifs de paix et de stabilité. Désormais troisième économie d'Amérique latine - derrière le Brésil et le Mexique, mais devant l'Argentine - avec une croissance moyenne de plus de 4 % par an au cours de la dernière décennie (grâce au secteur minier et pétrolier), le pays était présenté comme l'un des plus solides et des plus attractifs pour les investisseurs étrangers.

Aujourd'hui, la situation est plus nuancée. La baisse des cours du pétrole et des matières premières (or, charbon) a contribué au ralentissement de l'économie : +3,1 % en 2015 contre 5 % en 2014. On est loin de l'effondrement, mais la baisse aurait été plus prononcée si le peso colombien n'avait pas été fortement dévalué.

Ce ralentissement intervient surtout au mauvais moment. Alors que la facture de la mise en oeuvre des accords risque d'être plus élevée que prévu, les parrains étrangers du processus de paix pourraient revenir sur leurs engagements financiers. Avec l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en novembre dernier, il est désormais peu probable que le Congrès approuve l'aide supplémentaire sollicitée par le président Obama pour la Colombie (10). Du côté des Européens, ni la nomination d'un envoyé spécial de l'UE pour le conflit colombien (l'Irlandais Eamon Gilmore), ni la création d'un fonds destiné au post-conflit colombien ne sauraient masquer le peu d'enthousiasme des dirigeants du Vieux Continent (11). Ajoutons à cela qu'en raison d'un PIB par habitant de plus de 8 000 et quelques dollars en 2015 la Colombie ne pourra plus accéder à certains fonds de coopération une fois les accords de paix signés. Dès lors, on comprend mieux l'attitude du gouvernement actuel qui, derrière un discours volontariste (il maintient que les retombées de la paix pourraient se traduire par 2 points de surplus de croissance), peine à cacher son inquiétude.

Répercussions régionales

Au début des années 2000, la plupart des observateurs considéraient le conflit colombien comme une menace pour la paix et la sécurité régionales. Quinze ans après, qu'en est-il ? La fin annoncée du dernier conflit armé de l'hémisphère occidental augure-t-il une paix durable ? Rien n'est moins sûr, car les pays voisins de la Colombie sont en proie à de profondes crises internes qui relèguent le processus de paix très loin dans la hiérarchie de leurs préoccupations.

Bien qu'il soit toujours officiellement l'un des pays accompagnateurs du processus de paix avec les FARC et avec l'ELN, le Venezuela ne fait plus de sa politique extérieure et de la promotion de la révolution bolivarienne hors de ses frontières une priorité. Certains milieux bolivariens continueraient d'entretenir des liens avec ces deux guérillas en prévision d'une éventuelle guerre civile, dans l'espoir que les combattants colombiens franchiraient la frontière pour leur venir en aide en cas de besoin. Une hypothèse qui reste de l'ordre de la spéculation. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que le récent rapprochement entre Washington et La Havane laisse le gouvernement de Caracas quelque peu isolé. Selon certaines sources diplomatiques, Bogota - processus de paix oblige - n'aurait d'ailleurs pas été totalement étranger au changement de cap de la Maison-Blanche. L'arrivée de Donald Trump à la présidence pourrait remettre partiellement en cause ce rapprochement, mais il n'est pas certain que le Venezuela en tire réellement bénéfice.

En matière de trafic de drogue, il est également peu probable que la signature d'accords de paix en Colombie redéfinisse la donne au niveau régional, du moins à court et moyen terme. Les liens entre les cartels mexicains et les trafiquants colombiens sont déjà anciens et nombre d'entre eux ont été noués avec les héritiers des paramilitaires. À supposer que les FARC et l'ELN abandonnent leurs activités dans ce secteur, cela n'aurait qu'un impact limité sur la production de drogue en Colombie et les alliances entre cartels.

Après plus de cinquante ans de conflit armé et six années de négociations, la signature des accords de paix entre le gouvernement de Bogota et l'une des plus anciennes guérillas du monde a permis à la Colombie de franchir un grand pas en avant. Tout n'est pas réglé pour autant et les problèmes ne manqueront pas au cours des mois à venir. Mais, comme l'a souligné le président Santos dans son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre dernier, « le monde compte un conflit en moins ». « De l'Alaska jusqu'à la Patagonie, les Amériques sont désormais une région en paix. » Les bonnes nouvelles sont suffisamment rares dans l'actualité internationale pour qu'on ne se réjouisse pas d'un tel événement. Il y aura indiscutablement un « avant » et un « après » les accords de paix. Reste à espérer qu'une fois l'euphorie des célébrations retombée le président Santos et celui ou celle qui lui succédera en août 2018 sauront déjouer les innombrables pièges de l'après-conflit.

 



(1) Initiative de paix du président Barco (1986-1990) en 1988 ; reprise des négociations de paix avec la Coordination guérillera Simon Bolivar à Caracas puis à Tlaxcala (en 1991 et 1992 sous le gouvernement Gaviria (1990-1994)) ; accords humanitaires avec libération d'otages et échanges de prisonniers sous le gouvernement Samper (1994-1998) ; processus de paix du Caguán avec la démilitarisation d'une zone de 42 000 km2 pour permettre le dialogue entre le gouvernement Pastrana (1998-2002), la société civile et les FARC entre 1998 et 2001.

(2) Les relations de causalité ne sont peut-être pas si claires ni automatiques, mais d'aucuns estiment que, si Hugo Chavez était décédé un an plus tôt, les choses ne se seraient probablement pas passées ainsi. L'ancien président vénézuélien en personne aurait, en effet, fait pression sur les dirigeants des FARC pour les persuader de s'engager dans des négociations de paix.

(3) Acuerdo general para la terminación del conflicto y la construcción de una paz estable y duradera (accord général visant à mettre fin au conflit armé et à construire une paix durable et stable).

(4) Il s'agit, d'un côté, du général Jorge Enrique Mora, ancien commandant des Forces armées colombiennes, réputé homme à poigne et peu enclin à faire des concessions aux FARC ; de l'autre, du général Oscar Naranjo, ancien directeur de la Police nationale, parfois présenté dans la presse colombienne comme « le meilleur policier du monde ».

(5) Le 10 novembre 2014, le commandant de la Force d'action conjointe Titan, le général Alzate, est enlevé par les FARC à une demi-heure à peine de Quibdo, la capitale du département du Chocó, alors qu'il effectuait une mission non officielle et était vêtu en civil. Pressé par l'opinion publique et par les militaires qui exigent la libération immédiate du général, le président Santos n'a guère d'autre choix que de suspendre les négociations.

(6) Le premier cas prévoit des condamnations de cinq à huit ans avec privation de liberté en résidence surveillée ou dans des colonies agricoles - mais sans peine de prison ferme - pour tous ceux qui confessent leurs crimes. Le second cas de figure prévoit des peines de cinq à huit ans, mais cette fois de prison ferme, pour tous ceux qui ne coopèrent pas pleinement avec le tribunal. Le dernier cas, enfin, prévoit jusqu'à vingt ans de prison ferme pour tous ceux qui, reconnus coupables de crimes contre l'humanité ou de crimes de guerre, refusent de coopérer avec la justice.

(7) Voir, par exemple, les déclarations du directeur de la division Amérique de Human Rights Watch : M. Vivanco, « Acuerdo sobre justicia conllevaría a impunidad », El Espectador, 25 septembre 2015 ; mais aussi Amnesty International, qui estime que les peines encourues prévues par l'accord ne sont pas proportionnelles aux crimes commis.

(8) Les FARC, une bonne partie des secteurs politiques de gauche ainsi que bon nombre d'ONG s'opposaient depuis longtemps aux fumigations aériennes au glyphosate pour des raisons à la fois politico-idéologiques, économico-sociales et écologiques. Sur le plan politique et idéologique, les fumigations étant assurées par des entreprises de sécurité privées américaines, ces dernières étaient accusées de travailler pour le compte des États-Unis dans la région. Sur le plan économico-social, le coût de ces fumigations était également très élevé et, en l'absence de programmes efficaces de substitution des cultures illicites, les paysans étaient les premières victimes de ces aspersions. Sur le plan écologique enfin, les fumigations au glyphosate ont été à l'origine de nombreuses polémiques quant à leurs effets sur la santé humaine. Une bonne partie des cultivateurs de feuilles de coca vivant dans des régions sous le contrôle des FARC, celles-ci avaient donc intérêt à ce que l'arrêt de ces fumigations soit mis à leur crédit.

(9) En 2005, la loi dite de Justice et Paix, votée dans le cadre de la démobilisation des groupes paramilitaires, avait conduit à la condamnation de certains de leurs chefs à des peines de huit ans de prison ferme, avant que la plupart d'entre eux ne soient extradés vers les États-Unis.

(10) En juin 2016, le président Obama s'était engagé à négocier avec le Congrès américain l'augmentation de l'aide annuelle des États-Unis à la Colombie de 300 à 450 millions de dollars pour les prochaines années.

(11) Le 12 décembre dernier, Bruxelles a approuvé la création d'un Fonds fiduciaire pour le post-conflit en Colombie, doté de près de 100 millions d'euros.


Notes :


(1) Initiative de paix du président Barco (1986-1990) en 1988 ; reprise des négociations de paix avec la Coordination guérillera Simon Bolivar à Caracas puis à Tlaxcala (en 1991 et 1992 sous le gouvernement Gaviria (1990-1994)) ; accords humanitaires avec libération d'otages et échanges de prisonniers sous le gouvernement Samper (1994-1998) ; processus de paix du Caguán avec la démilitarisation d'une zone de 42 000 km2 pour permettre le dialogue entre le gouvernement Pastrana (1998-2002), la société civile et les FARC entre 1998 et 2001.

(2) Les relations de causalité ne sont peut-être pas si claires ni automatiques, mais d'aucuns estiment que, si Hugo Chavez était décédé un an plus tôt, les choses ne se seraient probablement pas passées ainsi. L'ancien président vénézuélien en personne aurait, en effet, fait pression sur les dirigeants des FARC pour les persuader de s'engager dans des négociations de paix.

(3) Acuerdo general para la terminación del conflicto y la construcción de una paz estable y duradera (accord général visant à mettre fin au conflit armé et à construire une paix durable et stable).

(4) Il s'agit, d'un côté, du général Jorge Enrique Mora, ancien commandant des Forces armées colombiennes, réputé homme à poigne et peu enclin à faire des concessions aux FARC ; de l'autre, du général Oscar Naranjo, ancien directeur de la Police nationale, parfois présenté dans la presse colombienne comme « le meilleur policier du monde ».

(5) Le 10 novembre 2014, le commandant de la Force d'action conjointe Titan, le général Alzate, est enlevé par les FARC à une demi-heure à peine de Quibdo, la capitale du département du Chocó, alors qu'il effectuait une mission non officielle et était vêtu en civil. Pressé par l'opinion publique et par les militaires qui exigent la libération immédiate du général, le président Santos n'a guère d'autre choix que de suspendre les négociations.

(6) Le premier cas prévoit des condamnations de cinq à huit ans avec privation de liberté en résidence surveillée ou dans des colonies agricoles - mais sans peine de prison ferme - pour tous ceux qui confessent leurs crimes. Le second cas de figure prévoit des peines de cinq à huit ans, mais cette fois de prison ferme, pour tous ceux qui ne coopèrent pas pleinement avec le tribunal. Le dernier cas, enfin, prévoit jusqu'à vingt ans de prison ferme pour tous ceux qui, reconnus coupables de crimes contre l'humanité ou de crimes de guerre, refusent de coopérer avec la justice.

(7) Voir, par exemple, les déclarations du directeur de la division Amérique de Human Rights Watch : M. Vivanco, « Acuerdo sobre justicia conllevaría a impunidad », El Espectador, 25 septembre 2015 ; mais aussi Amnesty International, qui estime que les peines encourues prévues par l'accord ne sont pas proportionnelles aux crimes commis.

(8) Les FARC, une bonne partie des secteurs politiques de gauche ainsi que bon nombre d'ONG s'opposaient depuis longtemps aux fumigations aériennes au glyphosate pour des raisons à la fois politico-idéologiques, économico-sociales et écologiques. Sur le plan politique et idéologique, les fumigations étant assurées par des entreprises de sécurité privées américaines, ces dernières étaient accusées de travailler pour le compte des États-Unis dans la région. Sur le plan économico-social, le coût de ces fumigations était également très élevé et, en l'absence de programmes efficaces de substitution des cultures illicites, les paysans étaient les premières victimes de ces aspersions. Sur le plan écologique enfin, les fumigations au glyphosate ont été à l'origine de nombreuses polémiques quant à leurs effets sur la santé humaine. Une bonne partie des cultivateurs de feuilles de coca vivant dans des régions sous le contrôle des FARC, celles-ci avaient donc intérêt à ce que l'arrêt de ces fumigations soit mis à leur crédit.

(9) En 2005, la loi dite de Justice et Paix, votée dans le cadre de la démobilisation des groupes paramilitaires, avait conduit à la condamnation de certains de leurs chefs à des peines de huit ans de prison ferme, avant que la plupart d'entre eux ne soient extradés vers les États-Unis.

(10) En juin 2016, le président Obama s'était engagé à négocier avec le Congrès américain l'augmentation de l'aide annuelle des États-Unis à la Colombie de 300 à 450 millions de dollars pour les prochaines années.

(11) Le 12 décembre dernier, Bruxelles a approuvé la création d'un Fonds fiduciaire pour le post-conflit en Colombie, doté de près de 100 millions d'euros.