Politique Internationale - La Revue n°157 - AUTOMNE - 2017

sommaire du n° 157
La Sarre, laboratoire de la relation franco-allemande
Entretien avec Annegret Kramp-Karrenbauer
Présidente de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) depuis décembre 2018. Ministre allemande de la Défe
conduit par
Jean-Paul Picaper
Responsable du bureau allemand de Politique Internationale. Professeur de sciences politiques à Berl
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As the head of government in the Saarland, Minister President Annegret Kramp-Karrenbauer is promoting a vast "Euro-region" comprising Luxembourg, the German states of Saarland and Rhineland-Palatinate, France's Grand Est region and Wallonia, plus the German-speaking community of Belgium. This complex grouping, which would create Europe's largest integrated cross-border space, owes its influence to a powerful economy and the bilingualism Ms. Kramp would like to see more of. Looking beyond Saarland, this rising star in the Christian Democratic Union (CDU) party keeps close track of European issues and the directions taken by the German federal government. So close that it would not be surprising to shortly see her ascend to a role consistent with her ambition. 


Notes :


(1) Les 16 Länder ou États fédéraux (Land au singulier) qui constituent la République fédérale d'Allemagne. La Sarre est l'un d'eux. 



(2) L'usine Ford de Sarrelouis (Sarre) a été bâtie en 1966 sur un ancien aérodrome. Elle appartient à la société Ford Werke GmbH, filiale allemande de la société américaine Ford Motor Company. L'inauguration officielle eut lieu en juin 1970 en présence de Henry Ford II. L'usine a été conçue pour produire, conjointement avec l'usine de Halewood au Royaume-Uni, un modèle de voiture destiné à l'ensemble du marché européen : la Ford Escort. Elle est dirigée, depuis août 2015, par Kerstin Lauer et par Karl Anton. La ligne de montage Ford Werk Sarrelouis est reliée par un tunnel de transport de matériel long de 1 000 mètres au parc industriel de sous-traitants « Industriepark » qui permet l'acheminement des différents composants. Industriepark Ford Sarrelouis emploie 2 000 sous-traitants et produit 17 modules (sièges, tableaux de bord, consoles, etc.). Le site s'étend sur une superficie de 1 400 000 m2 auxquels on peut rajouter les 60 000 m2 de l'« Industriepark ».



(3) La ZF Friedrichshafen est un équipementier automobile allemand. C'est le principal fournisseur mondial de technologies de transmission et de châssis. Il est membre de l'association européenne des équipementiers automobiles, le CLEPA. Avec 125 sites de production dans 26 pays et plus de 71 000 employés à travers le monde, il fournit des composants et des pièces pour l'automobile, les engins de chantier et les industries ferroviaire, navale, aéronautique et agricole. Créé dans un hangar en 1970, le site de Sarrebruck, spécialisé dans les moteurs de voiture, se compose aujourd'hui de sept usines sur une surface de près de 640 000 m2. Il emploie quelque 8 400 personnes, dont plus de 200 apprentis. 



(4) La Sarre et la Rhénanie-Palatinat. 



(5) Le parti La Gauche (Die Linke), pendant allemand de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. L'AfD et Die Linke sont les deux partis « ultra-droite » et « ultra-gauche » présents au Bundestag. Ni l'un ni l'autre n'ont vocation à participer à une coalition gouvernementale en raison de leurs positions antisystème, bien que le SPD de Martin Schulz se soit rapproché de Die Linke, ce qui a d'ailleurs contribué à sa défaite électorale. 



(6) La centrale nucléaire de Cattenom, exploitée par EDF, est implantée en Lorraine sur les bords de la Moselle entre Thionville (située à 10 km en amont) et la ville allemande de Trèves (à 80 km en aval). Le Luxembourg, la Sarre et la Belgique réclament la fermeture de cette centrale, mais un chantier est en cours pour prolonger sa durée de vie jusqu'en 2025. Selon les tests réalisés après l'accident de Fukushima, cette installation industrielle était sûre et divers aménagements ont été entrepris pour renforcer sa fiabilité. 



(7) Emmanuel Macron demande à l'Allemagne de se montrer moins parcimonieuse en matière d'investissements dans d'autres pays européens afin d'utiliser ses excédents commerciaux de façon productive. Il souhaite aussi qu'elle ouvre son marché des services et qu'elle accepte de mettre en place un instrument commun pour lutter contre le chômage. Par ailleurs, de nombreux responsables se sont prononcés en France en faveur d'une plus grande convergence des systèmes fiscaux allemands et français, y compris au niveau local. À l'issue du conseil des ministres franco-allemand qui s'était tenu le 31 mars 2015 à Berlin, Emmanuel Macron et son homologue allemand Sigmar Gabriel avaient signé une déclaration commune sur l'intégration économique franco-allemande. Ce texte mettait l'accent sur des initiatives concrètes et des projets communs qui pourraient s'élargir aux autres États membres. 



(8) Le Conseil franco-allemand de l'intégration a été créé sur la base d'une proposition du « Rapport pour promouvoir l'intégration au sein de nos sociétés », remis au président de la République française et à la chancelière de la République fédérale d'Allemagne le 7 avril 2016, lors du 18e Conseil des ministres franco-allemand, par Jean-Marc Ayrault, à l'époque ministre des Affaires étrangères et du Développement international, et Annegret Kramp-Karrenbauer. Son objectif est de « prendre en compte l'expérience acquise au niveau des municipalités et d'associer l'Office franco-allemand pour la jeunesse, la société civile, les associations, des chercheurs des deux pays et les administrations, et d'apporter son soutien à des projets concrets visant à renforcer l'intégration ». Il vise à donner « un signal indiquant que nos sociétés font face, dans le domaine de l'intégration, à un défi commun », selon les termes de la déclaration conjointe des ministres français et allemand chargés des Affaires européennes du 11 juillet 2017.



 



(9) Née en 1942 à Wuppertal, Alice Schwarzer est la fondatrice et rédactrice en chef du magazine féministe Emma. Elle connaît bien la France et a été décorée de la Légion d'honneur par l'ambassade de France à Berlin. Mécontente des emplois qui étaient à l'époque proposés aux femmes, elle partit pour Paris au début des années 1960 où elle travailla comme jeune fille au pair et apprit le français. De retour en Allemagne, elle devint journaliste pour les Düsseldorfer Nachrichten et le magazine Pardon, avant de retourner à Paris où, entre 1970 et 1974, elle fut correspondante politique free-lance pour la radio, la télévision et la presse écrite. À l'Université de Vincennes, elle étudia la psychologie et la sociologie avec, entre autres, Michel Foucault pour professeur. La découverte de l'oeuvre de Simone de Beauvoir aurait été déterminante dans son engagement féministe.