Politique Internationale - La Revue n°157 - AUTOMNE - 2017

sommaire du n° 157
Les ambitions du Kosovo
Entretien avec Hashim THACI
Président du Kosovo depuis 2016.
conduit par
Jacques Baudouin
Éditeur, écrivain, ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Auteur, e
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Jacques Baudouin - Monsieur le Président, votre parti, le PDK, a remporté les élections législatives en juin 2017 avec 34 % des voix. Est-ce aussi une victoire pour vous et la ligne pro-européenne que vous défendez ? Que dit ce résultat de la situation politique du pays et de l'état d'esprit de vos concitoyens ?



 



Hashim Thaçi - Permettez-moi d'abord de vous rappeler que même si j'ai évidemment suivi avec attention la campagne électorale des législatives de 2017, je ne m'y suis pas personnellement impliqué, pour la première fois depuis quinze ans. Pour une raison simple : la fonction présidentielle que j'occupe aujourd'hui m'oblige constitutionnellement à observer la plus stricte neutralité. J'ai mes propres idées, mes propres ambitions pour mon pays mais je suis ouvert à tous les partis dès lors qu'ils respectent l'ordre constitutionnel de notre république. S'agissant des élections elles-mêmes et de leur résultat, il est clair que le Kosovo a réalisé des progrès. Tous les observateurs locaux et régionaux ont considéré qu'elles avaient été ouvertes, justes et démocratiques. Il y a bien eu des cas de fake news, ces informations fabriquées de toutes pièces répandues par des médias sociaux, et l'utilisation de méthodes peu reluisantes pour tenter d'influencer la campagne. Il y a eu, par exemple, plusieurs cas avérés de publicités sur Facebook renvoyant vers des sites web qui copiaient des journaux réels et propageaient ainsi des contenus mensongers sur des partis politiques. Mes compatriotes ont fait preuve d'une grande maturité en manifestant le désir de continuer à construire un véritable État démocratique.



 



J. B. - Quel est l'état de vos relations avec le nouveau premier ministre, Ramush Haradinaj ? Partagez-vous le même idéal politique pour le Kosovo ? Le fait qu'il soit sous le coup d'un mandat d'arrêt international déposé par la Serbie ne risque-t-il pas de compliquer son action (3) ?



 



H. T. - J'ai des relations de travail respectueuses avec tous les leaders démocratiquement élus du Kosovo. M. Haradinaj appartient au courant politique kosovar dominant qui soutient l'objectif de notre pays de devenir membre de l'Alliance atlantique et de l'Union européenne. Le mandat d'arrêt serbe à son encontre est un montage. Durant les vingt dernières années, la Serbie a lancé des centaines, si ce n'est des milliers de mandats d'arrêt secrets contre tous les leaders du Kosovo, y compris moi-même, les chefs de l'Otan et tous ceux qui combattaient la politique de Milosevic. Je pense que c'est à l'Union européenne de se charger de discuter avec la Serbie afin qu'elle cesse d'utiliser les tribunaux et Interpol pour pousser à un règlement régional.



 



J. B. - Le parti de l'autodétermination, Vetëvendojse !, est arrivé en deuxième position aux législatives avec 27,49 % des suffrages. Cette formation prône le rattachement de votre pays à l'Albanie. Que pensez-vous de cette idée ? Est-ce une utopie, une erreur ? Plus généralement, quelles sont, aujourd'hui, vos relations avec l'Albanie ?



 



H. T. - Pour répondre à ces questions, il faut d'abord revenir brièvement sur le passé. Comme vous le savez, l'Albanie et le Kosovo sont deux pays très majoritairement composés d'albanophones. L'Histoire nous a séparés il y a un siècle lors de la chute de l'Empire ottoman. La vie d'un Albanais sous l'ancien régime yougoslave était particulièrement difficile en raison de la politique d'apartheid décidée par Slobodan Milosevic qui avait chassé les Albanais du Kosovo de tout emploi dans la fonction publique (enseignement, justice, police, médias) et faisait d'eux des étrangers dans leur propre pays ; les choses se sont encore aggravées quand Milosevic déclencha sa campagne de nettoyage ethnique au Kosovo. Nous avons alors subi un véritable génocide. Ce sont nos alliés, dont la France, qui nous ont sauvés. Je voulais la paix et souhaitais signer les accords de Rambouillet mais les Serbes s'y sont refusés : ils ne voulaient ni la paix au Kosovo ni la liberté pour ses habitants.



 



Après avoir gagné la guerre (grâce à l'Otan) et après que Milosevic, inculpé de crimes de guerre en Croatie, en Bosnie et au Kosovo, fut envoyé finir ses jours en prison, nous avons déclaré que notre république serait laïque, respectueuse des droits civiques et multi-ethnique. C'était un choix dicté par l'Histoire. Nous sommes maintenant totalement libres et nous faisons tout ce que nous pouvons pour nous intégrer dans le système euro-atlantique. Savez-vous que 90 % des Kosovars se déclarent proches de l'Union européenne et de l'Alliance atlantique ? C'est l'approbation populaire la plus élevée de toute l'Europe ! Dans l'avenir, et dans le cadre de l'intégration européenne, l'Albanie et le Kosovo n'auront donc plus de frontières : nous appartiendrons à la même zone économique, à la même union douanière et au même système de défense offerts par l'Union européenne et l'Alliance atlantique.



Je ne ferai pas de commentaires particuliers sur tel ou tel parti politique du Kosovo, mais il faut que chacun ait conscience que notre pays doit mettre en oeuvre nos principes de laïcité et de respect des droits civiques parce que c'est ce qui a été décidé avec nos alliés. Le temps n'est plus aux convulsions nationalistes. Nous devons, au contraire, nous concentrer sur l'économie, sur l'investissement, sur l'emploi.



J. B. - Parlons-en, justement. La situation économique du Kosovo demeure fragile : le taux de chômage est élevé et une partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, malgré une croissance relativement conséquente (3,5 % en 2015, 3,8 % en 2016 et une prévision de 3 % pour 2017). Votre pays dépend encore beaucoup de l'aide extérieure. Quelles réformes économiques et financières doit-il engager pour améliorer la situation ? 



 



H. T. - Notre taux de chômage atteint 27 %, ce qui est très élevé, en particulier pour les jeunes qui sont les premiers touchés. Durant mes deux mandats successifs de premier ministre (4), nous avions le taux de croissance le plus élevé de toute l'Europe orientale, avec 4 % - et cela, malgré la crise financière de 2008, qui a durement affecté toute la région. Nous devons désormais diversifier notre économie et faire en sorte que notre croissance se traduise par une augmentation du nombre d'emplois. Ce n'est pas facile mais j'observe que la communauté d'affaires de mon pays est désormais déterminée à travailler plus efficacement avec nos institutions nationales et à investir davantage dans l'économie du Kosovo. Nous avons des atouts non négligeables : des ressources minières inexploitées, des secteurs comme les télécoms ou le tourisme qui doivent être développés... autant de domaines susceptibles de nous apporter de la croissance. J'ajoute que notre taux d'imposition sur les sociétés est faible puisque nous l'avons ramené de 20 % à 10 %, ce qui favorise l'investissement dans l'économie verte. Et puis nous bénéficions d'une démographie très dynamique avec une jeune génération qui parle plusieurs langues. L'éducation sera un facteur décisif pour la prochaine décennie et nous ferons en sorte que les entrants sur le marché de l'emploi soient mieux adaptés aux besoins de celui-ci.



 



J. B. - Comment attirer davantage les investisseurs étrangers autres que l'Allemagne, la Turquie et la Slovénie, qui sont vos principaux partenaires ?



 



H. T. - En observant trois règles fondamentales : le respect strict de la loi ; un environnement légal ne réservant aucune mauvaise surprise ; et la stabilité politique. La recette pour développer les investissements est bien connue de tous mais réaliser les réformes nécessaires pour y parvenir constitue un processus long et difficile.



 



Par surcroît, la région souffre d'un problème d'image. Je lis fréquemment des articles affirmant que le Kosovo serait un terreau du djihadisme, ce qui est tout simplement faux : la société kosovare est profondément laïque, très pro-américaine et pro-européenne. Mon pays est à l'opposé du djihadisme et n'a aucune tolérance à son égard ! D'ailleurs, aucune attaque terroriste n'a été perpétrée au Kosovo malgré la présence de nombreux représentants de la communauté internationale qui constituent autant de cibles potentielles. Il y a plus d'extrémistes dans certains quartiers de Paris, Londres ou Bruxelles que dans tout le Kosovo ! Je regrette profondément que l'idée que certains se font de mon pays soit bien plus sombre que la situation réelle : celle d'un Kosovo libre et indépendant.



J. B. - Vous avez évoqué la nécessité de développer le tourisme. Il est vrai que le Kosovo possède des paysages susceptibles d'attirer de nombreux visiteurs... Concrètement, que faites-vous dans ce domaine ?



 



H. T. - Nos montagnes comme notre patrimoine historique recèlent incontestablement une grande valeur touristique. Plusieurs investisseurs s'y intéressent, y compris un Français qui a des projets pour une station de ski sur la perle encore vierge des Balkans occidentaux. Nous espérons attirer les professionnels du tourisme grâce à la nouvelle loi sur les investissements stratégiques. Des centaines de milliers de touristes débarquent au Kosovo chaque été mais ils sont issus, pour la plupart, de la diaspora et on ne peut pas vraiment les considérer comme des touristes au sens propre du terme puisqu'ils ont de la famille ici. Mais leurs amis et connaissances dans leurs pays d'adoption respectifs constituent un potentiel touristique qui ne demande qu'à être exploité.



 



J. B. - Depuis l'indépendance, le Kosovo est devenu membre du FMI, de la Banque mondiale et de la BERD. Vous êtes reconnu par une majorité d'États, dont tous ceux du G7. Vous êtes donc bien intégré dans la communauté internationale. Que faut-il pour que vous deveniez membre de l'ONU (5) ? Pourquoi votre demande d'adhésion à l'Unesco a-t-elle échoué ?



 



H. T. - Le Kosovo est effectivement membre des institutions de Bretton Woods, à savoir le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Nous sommes également membre du Comité olympique international et, soit dit en passant, nous avons remporté notre première médaille d'or aux premiers Jeux auxquels nous avons participé, à Rio en 2016. En ce qui concerne les Nations unies, je rappelle que la Russie a opposé son veto au plan Athisaari qui prévoyait explicitement notre indépendance, alors qu'elle avait initialement accepté les conditions du Groupe de contact auquel elle appartenait. Ces conditions stipulaient que la solution au problème du Kosovo devait répondre à la volonté du peuple - or la population était clairement favorable à l'indépendance. Aujourd'hui, 115 États nous reconnaissent comme nation souveraine et ce nombre augmente chaque année. Nous aspirons évidemment à devenir membre des Nations unies mais cela ne pourra intervenir que parallèlement à l'avancement de notre appartenance à l'Union européenne : le Kosovo et la Serbie n'en deviendront membres que lorsqu'ils se reconnaîtront mutuellement. Nous y travaillons. S'agissant de l'Unesco, nous avons soumis notre candidature il y a deux ans et, malgré des procédures particulièrement difficiles, les deux tiers du Comité exécutif nous ont soutenus. Malheureusement, il nous a manqué trois voix pour obtenir le soutien de l'Assemblée générale. Nous avons été victimes d'une détestable campagne de désinformation nationaliste et de fake news de la part des autorités serbes. Belgrade a lancé une campagne infamante contre notre accession à l'Unesco. Ses télévisions publiques ont diffusé des images censées prouver que notre gouvernement soutenait Daech et ses ambassadeurs ont publié des tribunes qui étaient toutes basées sur des falsifications historiques. Exemple : des images prises avant l'indépendance, en 1999 ou 2004, et prétendant représenter notre pays de 2015 à 2017 ! Ces sujets ont été repris de façon répétée par des médias russes comme Sputnik et Russia Today, deux instruments bien connus de propagande, mais je suis convaincu que ce blocage nationaliste ne durera plus longtemps. D'ici à la fin de la décennie, nous aurons intégré d'autres agences de l'ONU. Pour ce qui concerne l'Alliance atlantique, nous souhaitons constituer une petite armée qui nous permettrait de rejoindre ses structures.



 



J. B. - L'Union européenne demeure très présente au Kosovo. Elle dispose, en particulier, d'un Représentant spécial à Pristina, la diplomate bulgare Natalia Apostolova. Qu'attendez-vous d'elle en particulier ? Et de l'Europe en général ?



 



H. T. - Le Kosovo est devenu indépendant en 2008 et a fait des progrès rapides si l'on veut bien considérer les nombreux problèmes hérités de la guerre, du génocide et du communisme. Je suis très fier de voir mes compatriotes inscrire leur destin dans une perspective européenne. Mais je dois dire que je suis inquiet de constater que Bruxelles n'a pas fait preuve d'un engagement aussi solide que le nôtre. Le problème vient en partie du fait que cinq pays de l'Union ne nous ont pas encore reconnus. Il est également lié à certaines difficultés ou évolutions politiques que connaissent plusieurs pays qui ont rejoint l'UE lors du dernier élargissement. Mais il y a aussi un problème à Bruxelles même où certains fonctionnaires ne sont pas vraiment en phase avec la situation actuelle des Balkans occidentaux. À titre d'exemple, l'Union européenne n'autorise toujours pas mes compatriotes à voyager dans la zone Schengen et les condamne donc à l'isolement. Pourtant, le Kosovo a rempli toutes les conditions pour que ses citoyens soient dispensés de visa. L'Union a signé des accords de circulation exemptée de visa avec des pays comme le Venezuela ou la Moldavie, mais pas avec le Kosovo... L'explication formelle, c'est que nous n'avons pas encore pu ratifier officiellement la frontière avec le Monténégro. Or les fonctionnaires de Bruxelles savent parfaitement que nos deux pays entretiennent d'excellentes relations et que c'est l'opposition qui empêche notre Assemblée, où une majorité des deux tiers est requise, de ratifier cette frontière. Il n'en demeure pas moins que, bien que nous nous soyons mis d'accord avec le Monténégro sur le tracé, Bruxelles préfère que le Kosovo demeure isolé au lieu d'autoriser la libre circulation des Kosovars. Je pense que Mme Apostolova devrait travailler d'arrache-pied pour régler ce problème si elle veut que son mandat soit productif.



 



J. B. - Le mandat d'Eulex (6) s'achève en 2018. Demanderez-vous qu'il soit reconduit ou estimez-vous que l'État de droit et la situation des droits de l'homme sont suffisamment bien établis au Kosovo pour qu'il puisse se passer de cette mission européenne ?



 



H. T. - Année après année, le rôle d'Eulex se réduit au fur et à mesure que nos institutions judiciaires se révèlent capables de prendre en charge et de juger les affaires pénales. Les réformes en profondeur que nous avons conduites portent leurs fruits. Aujourd'hui, les institutions judiciaires kosovares sont en mesure de travailler en toute indépendance ; c'est pourquoi nous allons pouvoir procéder aux ajustements appropriés sur le mandat Eulex en 2018.



 



J. B. - Votre adhésion à l'Union européenne est-elle toujours possible ? 



 



H. T. - Elle est non seulement possible mais, aussi, nécessaire pour tous les pays des Balkans occidentaux. Je le répète, le Kosovo se réforme en profondeur et adhère sincèrement aux valeurs de l'Europe, de même qu'à celles de l'Alliance atlantique. Comme je vous l'ai dit, nous savons que le chemin sera long et difficile, et que la situation politique en Europe est compliquée... Mais nous savons aussi que nous sommes capables de représenter une pièce du puzzle de l'élargissement européen en devenant un moteur pour les relations de bon voisinage, la stabilité et la coopération régionales.



 



J. B. - Savez-vous pourquoi cinq pays européens - Espagne, Roumanie, Slovaquie, Grèce, Chypre - refusent de reconnaître l'indépendance du Kosovo ? 



 



H. T. - Chacun de ces pays a ses raisons internes. Elles sont sans rapport direct avec notre situation mais il s'agit de décisions souveraines sur lesquelles nous n'avons aucune influence. Nous pouvons seulement rappeler à ces différents gouvernements que nous avons réalisé de grands progrès. Je souligne toutefois qu'ils acceptent tous notre passeport et d'autres documents officiels. L'Espagne ne reconnaît pas le Kosovo à cause de la Catalogne (7) mais, comme j'ai eu l'occasion de le dire à des responsables politiques espagnols, le Kosovo n'est pas la Catalogne et l'Espagne n'est pas la Serbie de Milosevic. Chypre a également un problème interne qui n'est pas strictement lié au Kosovo et je crois que la Grèce, bien qu'elle se montre très amicale à notre égard, n'accepte pas la partition de l'île (8). Quant à la Roumanie et à la Slovaquie, elles étaient à des degrés divers sur le point de reconnaître le Kosovo mais leur situation politique s'est complexifiée et le moment est passé. Les experts affirment que ces deux pays craignent une forme de sécession de leur minorité hongroise... De mon côté, je peux seulement redire, une fois encore, que le Kosovo est reconnu comme une république souveraine fondée sur le plan proposé par un envoyé spécial des Nations unies et accepté par les principales démocraties occidentales. Notre chemin est sui generis et n'a rien à voir avec la Catalogne, Chypre ou je ne sais quel autre pays.



 



J. B. - Avez-vous l'espoir de les convaincre de changer de position ?



 



H. T. - Je maintiens que l'Union européenne devrait adopter une approche politique unifiée pour le Kosovo. Comment l'Europe peut-elle espérer s'exprimer d'une même voix sur des dossiers beaucoup plus importants comme la Russie ou la Syrie si elle n'est pas capable de s'accorder sur le petit Kosovo ?



 



J. B. - Quel rôle l'Union européenne peut-elle jouer pour améliorer vos relations avec la Serbie ? Mme Ashton s'était beaucoup engagée dans ce processus. Mme Mogherini, qui lui a succédé, a-t-elle la même volonté ?



 



H. T. - L'Union européenne (de même que les États-Unis) joue un rôle crucial dans la facilitation du dialogue entre le Kosovo et la Serbie. Mme Ashton s'y était impliquée personnellement. Elle nous a aidés à parvenir à l'accord historique de Bruxelles du 19 avril 2013 (9). Nous devons désormais aller de l'avant pour adopter le « paquet » final sur les accords de réconciliation et de normalisation. J'espère que la diplomatie de Bruxelles va persister dans cette voie. Le Kosovo comme la Serbie souhaitent, l'un et l'autre, devenir membres de l'Union européenne, ce qui signifie que l'Union dispose de moyens de pression pour nous faire aboutir... si elle le souhaite.



 



J. B. - Qu'attendez-vous de la partie serbe pour normaliser définitivement les relations bilatérales ? Quelles nouvelles avancées sont possibles ?



 



H. T. - Nos deux parties, et l'UE également, savent parfaitement de quoi elles parlent. Le premier accord trouvé à Bruxelles portait sur le retrait serbe des institutions parallèles mises en place au Kosovo et sur l'engagement de Belgrade de ne plus interférer dans l'ordre constitutionnel de mon pays. Le second accord doit porter sur la reconnaissance de la réalité pleine et entière de l'indépendance du Kosovo et sur le démarrage du processus de réconciliation entre nos deux peuples. Nous devons cela à nos enfants et, personnellement, je ne cesserai jamais de rechercher un accord de paix définitif.



 



J. B. - Parlons un peu de l'Union européenne. Que vous inspire le Brexit ? Quelles conséquences peut-il avoir pour le Kosovo ?



 



H. T. - Le Royaume-Uni a été un partenaire très solide pour le Kosovo. Il a soutenu notre libération et notre indépendance avec force, et a plaidé vigoureusement pour l'élargissement de l'Union européenne. Nous ne pouvons que regretter la décision du peuple britannique mais nous la respectons. Ce qui est sûr, c'est que Londres va maintenir son engagement dans la région et devrait accueillir, à l'été 2018, le prochain sommet des Balkans occidentaux dans le cadre du processus de Berlin (10). C'est un signe important de la continuité de son engagement, mais nous avons bien conscience que le Brexit aura pour conséquence de réduire la marge pour les négociations à Bruxelles avec les Balkans occidentaux et de ralentir le processus d'élargissement de l'Union. Je ne vois donc aucun pays des Balkans rejoindre celle-ci avant la fin du Brexit, c'est-à-dire des années.



 



J. B. - Beaucoup pensent que l'élection en France d'Emmanuel Macron pourrait renforcer l'intégration européenne. Ce nouvel élan pourrait-il vous être profitable ?



 



H. T. - J'ai félicité le président Macron pour sa grande victoire. Il a démontré que, même en ces temps où les discours de haine prolifèrent dans certaines marges politiques européennes, il est possible d'accéder au pouvoir sans sombrer dans le nationalisme et la xénophobie. Nous espérons entretenir un dialogue actif avec Paris. Pour renforcer la coopération bilatérale, les liens économiques et les investissements, bien sûr ; mais, aussi, pour travailler ensemble dans le domaine diplomatique multilatéral, la France étant un acteur majeur de l'Union européenne et de l'ONU. Nous nous réjouissons par ailleurs d'avoir été accueillis au sein de l'Organisation internationale de la francophonie. Au début de l'été, le Kosovo a d'ailleurs remporté deux médailles d'or aux Jeux de la francophonie (11). Je soutiens donc très activement la coopération avec Paris à travers l'économie, la politique et la culture.



 



J. B. - Le comportement actuel du président turc, qui semble éloigner définitivement la Turquie de l'Union européenne, constitue-t-il un obstacle pour vos propres perspectives d'adhésion, étant donné l'influence historique, économique et religieuse de la Turquie dans votre pays ?



 



H. T. - Les relations entre la Turquie et l'Union européenne sont des relations... entre la Turquie et l'Union européenne. Il ne m'appartient pas de commenter leur état actuel. Je peux seulement constater que la Turquie exprime depuis des décennies son désir d'adhérer à l'Union ; nous espérons que l'association politique la plus avancée du monde, l'Union européenne, et ce grand pays qu'est la Turquie auront les meilleures relations possibles. Quant à l'influence d'Ankara dans les Balkans occidentaux, elle est la conséquence naturelle des liens profonds et anciens qui unissent à la Turquie de nombreux habitants des Balkans et du Kosovo. Les Balkans occidentaux ont appartenu à l'Empire ottoman pendant plus de cinq siècles et, aujourd'hui, la Turquie est un investisseur important dans la région. Pourquoi devrions-nous avoir à pencher plutôt du côté de l'UE ou plutôt du côté d'Ankara ? Je refuse que le Kosovo soit obligé de faire un tel choix. 



 



J. B. - Pouvez-vous nous en dire plus sur vos relations avec la Turquie ? Et quels liens entretenez-vous avec les pays du Proche-Orient et du Golfe ?



 



H. T. - La Turquie est un partenaire stratégique du Kosovo pour des raisons économiques, politiques et diplomatiques. Elle a fermement soutenu notre candidature dans les organisations internationales et la reconnaissance de notre indépendance par un certain nombre de pays. Aux côtés de Washington, Berlin, Paris, Londres et Rome, Ankara a été un ardent promoteur de notre indépendance. Par ailleurs, les entreprises turques participent pour une bonne part aux investissements directs étrangers (IDE) qui sont effectués chez nous. L'année dernière, nous avons condamné la tentative de putsch contre le président Erdogan et la mort de civils que ce coup d'État manqué a provoquée. Aujourd'hui, nous sommes parfaitement conscients qu'il est dans l'intérêt national du Kosovo de voir ses partenaires, de Washington à Bruxelles, de Paris à Ottawa, d'Ankara à Oslo, parler d'une seule voix au sein de l'Alliance atlantique et adopter une position unifiée face aux enjeux qu'affronte la famille euro-atlantique.



Quant aux pays du Proche-Orient, nous sommes en contact permanent avec tous les gouvernements du Conseil de coopération du Golfe. Nous savons bien que nous vivons dans un monde multilatéral et nous sommes donc toujours motivés pour nouer des contacts avec les investisseurs de cette région. Le Kosovo est une toute petite république mais nous sommes les témoins directs de l'histoire politique globale d'aujourd'hui : quand les membres de l'Alliance atlantique sont à l'unisson et que leur action est soutenue par des pays qui vont du Japon aux pays du Golfe, leur intervention a de bonnes chances de réussir. Et j'ajoute que des vies peuvent être sauvées - comme cela s'est passé pour nous en 1999. Malheureusement, l'unité de vues entre les principaux membres de l'Alliance, qui était étroite après la chute du mur de Berlin, s'est dernièrement affaiblie à cause du radicalisme et du nationalisme...



 



J. B. - Votre pays a toujours démontré un fort attachement aux États-Unis en raison de leur engagement à vos côtés pour la conquête de votre indépendance. N'êtes-vous pas inquiet de voir le président Trump prendre ses distances par rapport à l'Europe ?



 



H. T. - Le gouvernement américain reste très actif en faveur des Balkans occidentaux. Vous avez pu voir il y a quelques mois comment il a aidé la Macédoine et l'Albanie à résoudre leurs problèmes afin d'accélérer le mouvement des réformes (12). J'ai récemment rencontré le vice-président Mike Pence et je demeure convaincu que seul l'engagement de Washington peut garantir le progrès, la stabilité et l'intégration des Balkans. Dans la mesure où les membres de l'Union européenne ne parlent toujours pas d'une seule voix sur le sujet du Kosovo, l'engagement américain revêt donc, pour les Kosovars, une importance primordiale, même si Bruxelles reste un facilitateur clé. J'espère rencontrer le président Trump cette année. En tout cas, nos contacts et nos échanges avec le Sénat, la Chambre des représentants, le Département d'État et la Maison-Blanche me rendent optimiste sur la continuité de l'engagement américain dans les Balkans occidentaux. Il y a quelques semaines, le Kosovo a reçu une dotation de cinquante millions de dollars via la Millenium Challenge Corporation (13) pour les investir dans l'énergie verte. C'est une nouvelle preuve que les annonces prétendant que les États-Unis vont quitter la région sont prématurées.



 



J. B. - Le Monténégro vient d'intégrer l'Otan. Y voyez-vous un motif d'espoir pour votre propre adhésion ?



 



H. T. - Il est vrai que, pour nous, l'entrée du Monténégro dans l'Otan a été l'une des meilleures nouvelles de cette année ! Le Kosovo partage désormais des frontières avec deux pays membres de l'Alliance atlantique : le Monténégro et l'Albanie. Nous sommes, nous aussi, très désireux de rejoindre l'Otan. Il nous reste plusieurs étapes à franchir, à commencer par la transformation de notre modeste force de sécurité en une force militaire multi-ethnique. Nous devons également travailler avec nos partenaires pour rejoindre le programme du Partenariat pour la paix et pour préparer le Kosovo à devenir membre de l'Alliance atlantique, ce qui est le voeu de l'immense majorité des Kosovars. C'est au sein de la famille atlantique que réside notre avenir, c'est avec elle que nous partageons le même idéal et c'est elle qui apportera la sécurité à nos enfants. Nous ne pouvons pas permettre à l'Histoire de se répéter dans cette partie du monde. Achever l'élargissement de l'Otan dans les Balkans occidentaux constitue la meilleure assurance contre un retour des vieux démons...



 



J. B. - Quel est l'état de vos relations avec la Russie ? S'ingère-t-elle dans les Balkans ? Si oui, comment ?



 



H. T. - La Russie s'immisce toujours davantage dans toute la zone. Il y a quatre ou cinq ans, l'extrémisme religieux constituait la première menace régionale mais il est clair que, aujourd'hui c'est le gouvernement russe qui essaie de perturber les Balkans. Les armes de propagande russes telles que Russia Today et Sputnik diffusent en continu des contenus populistes, anti-Otan et anti-Union européenne. Par ailleurs, des ONG financées par Moscou jouent un rôle très négatif en Serbie, mais aussi auprès des populations serbes de Bosnie et du Monténégro, et même dans quelques municipalités du Kosovo. L'attentat manqué contre le premier ministre du Monténégro, par des hommes suspectés d'appartenir aux servies secrets russes, démontre aussi que nous devons faire face à un agenda visant à détruire les équilibres actuels (14). Je regrette que nous n'ayons pas développé l'outil adéquat pour résister à ce type de guerre asymétrique où la propagande, les fausses informations et le financement de groupes extrémistes sont devenus les vraies armes de la guerre idéologique.



 



J. B. - Pendant la guerre, l'UCK a tout fait pour empêcher des fondamentalistes venus du Proche-Orient de pénétrer ses rangs. Aujourd'hui, avec la chute de Daech, craignez-vous le retour de djihadistes sur votre territoire ? On parle de trois cents combattants kosovars au sein de Daech, voire de six cents individus originaires du Kosovo et de Bosnie, selon le King's College de Londres...



 



H. T. - Le nombre de volontaires kosovars partis se battre en Syrie et en Irak a fortement diminué ces deux dernières années. Nos forces de sécurité affirment que seules quelques douzaines d'extrémistes sont restées dans les rangs de Daech. Plusieurs d'entre eux ont été éliminés cette année par la coalition au cours d'opérations clandestines. Je veux que ce soit parfaitement clair : le Kosovo est un membre loyal de la coalition anti-Daech. Proportionnellement à sa population musulmane, le Kosovo abrite beaucoup moins d'extrémistes que la France, la Belgique, le Royaume-Uni et la majorité des États de l'Union européenne. Les données d'Interpol montrent que nos villes sont bien plus sûres que certaines villes européennes. Malheureusement, ces informations sur le Kosovo sont mal ou peu partagées et beaucoup de journalistes préfèrent croire benoîtement au prétendu « danger tapi dans les Balkans ». Il est vrai que nous avons vu grandir des formes d'extrémisme en marge de notre société ; mais nous avons fait ce qu'il fallait pour les contenir en utilisant la loi, en adoptant des mesures adaptées qui vont de l'investissement en faveur de la tolérance et du dialogue interreligieux à la régulation des ONG recevant des fonds en provenance de sources moyen-orientales suspectes. Nous avons appréhendé des dizaines d'hommes soupçonnés d'appartenir à Daech, y compris des imams qui tenaient des prêches extrémistes sur You Tube. Les gouvernements américain et européens ont d'ailleurs félicité mon pays pour ses succès dans ce domaine et notre service de renseignement est très apprécié par ses homologues occidentaux. Nous devons évidemment rester vigilants et travailler encore plus énergiquement avec les jeunes et le système éducatif afin que le poison de l'islamisme radical ne pollue pas notre république laïque.



 



J. B. - Aurez-vous bientôt une armée - et pas seulement votre actuelle Force de sécurité de 4 000 hommes - comme vous le réclamez ?



 



H. T. - Nous l'avons évoqué : le Kosovo aura une petite force armée défensive. Trois raisons principales nous y conduisent : primo, une grande partie de la population du pays estime qu'il faut que le Kosovo assume une part de sa défense et de sa liberté. Secundo, comme je l'ai dit, nous aspirons à intégrer l'Alliance atlantique ; or disposer d'une armée modeste, certes, mais fonctionnelle est une condition préalable à cette adhésion. Tertio, le Kosovo a subi un génocide il y a moins de vingt ans et nous ne laisserons plus jamais quiconque menacer nos enfants.



Les Balkans sont pacifiés à présent, tous les pays de la région sont des démocraties orientées vers l'Union européenne... mais les temps peuvent changer et nous devons nous préparer à faire face à toute future menace. Plusieurs options s'offrent à nous et nous allons travailler avec toutes les strates de notre société, ainsi qu'avec nos partenaires de l'Alliance, pour faire en sorte que notre plan pour la sécurité nationale aboutisse bien à la mise en place d'une force défensive.



 



J. B. - Finalement, la situation dans les Balkans vous paraît-elle « explosive » ?



 



H. T. - Non. Au contraire. Et notre pays, pour ce qui le concerne, entend tout faire pour accroître la sécurité des Balkans. Le Kosovo et les Kosovars n'ont jamais combattu à l'extérieur de leurs frontières. Nous avons mené une guerre défensive en 1998 et en 1999 et je récuse avec force toute insinuation visant à faire croire que les hommes et les femmes de notre Force de sécurité issus des différentes ethnies de mon pays, portant son uniforme, entraînés par l'Otan et contrôlés par des institutions démocratiquement élues puissent représenter une menace pour qui que ce soit.



 



 




Notes :


(1) En 2007, le plan Athisaari, du nom du président finlandais et envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU sur le statut futur du Kosovo, recommanda textuellement : « Le Kosovo devrait accéder à un statut d'indépendance sous la supervision de la communauté internationale. »



(2) Le président de la République, chef de l'État, est élu par l'Assemblée. Il nomme le premier ministre, présenté par le parti ayant remporté les élections législatives, conduit la politique étrangère du pays et est le commandant en chef des forces de sécurité.



(3) En janvier 2017, Ramush Haradinaj, ancien chef de l'UCK, a été momentanément retenu par les autorités françaises sur la base d'un mandat d'arrêt international déposé par la Serbie et l'accusant de « crimes de guerre ». La justice française ayant refusé son extradition, il a pu regagner son pays en avril 2017.



(4) Après que son parti, le PDK, eut remporté les élections législatives de novembre 2007 puis de 2010, Hashim Thaçi occupa durant près de sept ans le poste de premier ministre en qualité de chef de la majorité. Il fut ensuite ministre des Affaires étrangères de décembre 2014 à avril 2016.



(5) L'article 4 §1 & 2 du chapitre II de la Charte des Nations unies précise : « Peuvent devenir membres des Nations unies tous autres États pacifiques qui acceptent les obligations de la présente Charte et, au jugement de l'Organisation, sont capables de les remplir et disposés à le faire. L'admission comme membre des Nations unies de tout État remplissant ces conditions se fait par décision de l'Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. »



(6) Mise en place par l'Union européenne en février 2008, la mission Eulex (European Union Rule of Law Mission in Kosovo) est destinée, sous l'autorité de la Mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (MINUK), à soutenir l'État de droit au Kosovo indépendant en appuyant les autorités kosovares dans le domaine de la police et de la justice.



(7) Le gouvernement de Madrid craint, s'il reconnaissait la souveraineté du Kosovo, de créer un précédent qui encouragerait encore davantage les velléités d'indépendance de la Catalogne.



(8) Depuis 1974, la République de Chypre est divisée en deux entités : la partie grecque occupe les deux tiers sud de l'île, est membre de l'Union européenne et est reconnue internationalement ; la partie turque, au Nord, est reconnue uniquement par la Turquie. La ligne de démarcation (Ligne verte) est aujourd'hui encore sous la surveillance des Casques bleus de l'ONU.



(9) L'accord de Bruxelles, signé le 19 avril 2013 entre les premiers ministres du Kosovo et de Serbie, Hashim Thaçi et Ivica Dacic, normalise les relations entre les deux pays et garantit leur non-ingérence respective dans leur processus d'adhésion à l'Union européenne. Il prévoit notamment un processus de normalisation des relations bilatérales et la dissolution des structures parallèles serbes (hôpitaux, écoles, mairies) financées par Belgrade dans les villes et villages de la minorité serbe. Il prévoit également l'intégration de la police serbe du Nord-Kosovo au sein de la police kosovare. Un second accord porte sur l'énergie, les télécommunications et le pont de Mitrovica.



(10) Le sommet des Balkans occidentaux est organisé tous les ans par l'Union européenne sous la présidence de la Haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères. Initié par Angela Merkel lors de la conférence de Berlin en 2014, il s'est tenu ensuite à Vienne, Paris puis Trieste en juillet 2017. Réunissant le Kosovo, le Monténégro, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, l'Albanie et six pays de l'Union européenne (Allemagne, Autriche, Croatie, France, Italie et Slovénie), il réaffirme la perspective européenne de la région et renforce la coopération et l'intégration économique régionales.



(11) Créés en 1989, les Jeux de la francophonie réunissent tous les quatre ans les sportifs des pays membres de l'Organisation internationale de la francophonie. En juillet 2017, ils se sont déroulés à Abidjan (Côte d'Ivoire).



(12) En mai 2017, Washington a encouragé les présidents macédonien et albanais à mettre un terme à la crise opposant leurs deux pays au sujet de la minorité albanaise de Macédoine.



(13) Millenium Challenge Corporation est une agence américaine indépendante d'aide au développement.



 



(14) Le jour des élections législatives au Monténégro, le 16 octobre 2016, un groupe de quinze hommes, majoritairement des Serbes et deux Russes, ont tenté de pénétrer de force dans le Parlement pour s'emparer du premier ministre, Dusko Markovic. Déjoué dans la nuit, le complot avait pour objectif d'empêcher l'entrée du Monténégro dans l'Alliance atlantique. Les deux Russes sont soupçonnés par les autorités du pays, mais aussi par les États-Unis, d'appartenir à des « organes d'État russes ». L'un d'eux est, selon le procureur, l'adjoint de l'attaché militaire russe en Pologne. Parmi les quinze suspects arrêtés, quatre Serbes ont plaidé coupable et ont été condamnés.