Politique Internationale - La Revue n°157 - AUTOMNE - 2017

sommaire du n° 157
Que reste-t-il du communisme ?
Article de Pierre Rigoulot
Directeur de l'Institut d'histoire sociale. Auteur, entre autres nombreuses publications, de : Des et Stéphane COURTOIS
Directeur de recherche honoraire au CNRS. Auteur, entre autres nombreuses publications, de : Le Livr
en français
in english
en español
en français


Pierre Rigoulot - Se demander ce qui reste du communisme, c'est d'emblée reconnaître qu'il n'est plus ce qu'il était, qu'il s'est affaibli et transformé, et que ses surgeons récents ne compensent pas les coups qu'il a subis ces dernières décennies du fait de la politique des États occidentaux et surtout, me semble-t-il, du fait de ses dysfonctionnements, incapacités et contradictions internes. 



 



On dit plus souvent de l'URSS, par exemple, qu'elle a « implosé » plus qu'elle n'a perdu le conflit qui l'opposait au monde démocratique. Le monde communiste, qui ne se ramène pas à l'URSS, a été vaincu à la fois du fait de ses insuffisances propres et pour des raisons militaires (je pense au programme de « guerre des étoiles » de Ronald Reagan qui constituait pour le « camp socialiste » un défi très difficile à relever), économiques (les démocraties occidentales réussissant bien mieux à offrir un niveau de vie décent à une plus grande proportion de leur population) et idéologiques. 



Le rappel récurrent des échecs, des erreurs et des violences du « camp socialiste » a eu aussi son importance, en particulier auprès des militants et des idéologues communistes du monde occidental. La liste est longue des occasions qui ont été données de dénoncer les graves méfaits du communisme : le procès Kravchenko en 1949, le procès Rousset en 1950, la répression du soulèvement de juin 1953 à Berlin-Est, l'écrasement de la révolte hongroise en novembre 1956, l'invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968, le choc produit par L'Archipel du goulag en 1974, pour ne m'en tenir qu'à l'Europe. 



Et je ne suis pas peu fier d'avoir participé, même modestement, à l'un des livres qui a fait le plus de mal aux idéologues et aux sympathisants communistes : Le Livre noir dont tu as été, Stéphane, le maître d'oeuvre, et qui rappelait la montagne de cadavres et de souffrances provoqués par le communisme. Nous étions face à un système politique liberticide et incapable de satisfaire les besoins des populations qu'il dominait, que ce soit en termes de liberté, d'égalité ou de bien-être matériel.



Malgré tout, le communisme n'a pas disparu. On peut se demander par exemple si le comportement actuel de la Russie dans l'arène internationale n'a pas à voir, justement, avec quelque chose qui lui reste du communisme. 



Et si la Chine, « République populaire » depuis 1949, a beaucoup changé depuis la mort de Mao, un parti communiste y est encore officiellement au pouvoir, et les conditions de la mort de Liu Xiaobo, le prix Nobel de la paix 2010, montrent que les méthodes communistes n'ont pas été jetées aux oubliettes. Il y a aussi un parti communiste au pouvoir au Vietnam, au Laos et à Cuba. Et, bien sûr, le parti unique de la Corée du Nord s'appelle le parti du Travail. Ses dirigeants ont des caractéristiques un peu spéciales : ils se succèdent de manière héréditaire et ne font plus référence au marxisme-léninisme. Mais le système en place présente bien les caractéristiques d'un État communiste. 



Il y a donc différents pays à examiner et nous devons chercher si, dans leur fonctionnement interne comme dans les relations qu'ils entretiennent au niveau international, certains traits relèvent - ou non - de leur héritage communiste. Le temps a, de toute façon, fait son oeuvre : même là où le monde communiste a laissé son empreinte, nous sommes loin de ce qu'il était à ses débuts. 



Quant aux États qui se réclament depuis peu d'un socialisme révolutionnaire, comme le Venezuela de Chavez et de Maduro, eux-mêmes ne se veulent pas copies conformes du communisme marxiste-léniniste des années 1917 et suivantes. 



Il me semble encore qu'on trouve des traces du communisme dans les principes, les valeurs, les certitudes d'un certain nombre d'intellectuels et d'hommes politiques en Europe ou en Amérique latine. Ils rechignent à condamner franchement le communisme - et cela, malgré ses horreurs reconnues, malgré ses effets négatifs évidents, malgré les importantes transformations qu'ont connues les quelques régimes qui saluent encore le caractère positif d'Octobre 1917. Cet aspect aussi doit être examiné. Il reste, enfin, une question supplémentaire : des idéologies bien différentes du communisme ne remplissent-elles pas, aujourd'hui, le rôle que celui-ci a eu par le passé ?



Stéphane Courtois - Il est vrai qu'en 1989-1991, entre la chute du mur de Berlin et l'implosion de l'URSS, nous avons été nombreux à penser que le communisme, en tant que système mondial et en tant qu'idéologie, était à l'agonie et que les régimes démocratiques et d'économie de marché l'avaient emporté après trois quarts de siècle d'un combat incessant. Or tu as raison de souligner qu'aujourd'hui demeurent non seulement de nombreuses traces du communisme, mais même des socles solides qui résistent à l'érosion démocratique.



 



Il me semble que cette rémanence tient largement à la manière dont le système s'est effondré en 1989-1991 - par pans diversifiés, et avec une plus ou moins forte intensité - et aux raisons de cet effondrement. Tu viens de rappeler certaines de ces causes externes au système, par exemple « la guerre des étoiles » et la concurrence économique. On pourrait y ajouter l'élection en 1978 d'un pape polonais qui connaissait parfaitement le système communiste et savait le combattre, pour les raisons énoncées dès mars 1937 par Pie XI dans ses deux encycliques simultanées où il condamnait communisme et nazisme.



Mais les raisons fondamentales sont internes au système et on les perçoit beaucoup mieux aujourd'hui, une fois dissipées les fumées de la « gorbymania » - qui ont fait croire aux Occidentaux que Mikhaïl Gorbatchev, un pur apparatchik soviétique, avait été touché par la grâce démocratique. Les archives se sont en partie ouvertes et les témoignages se sont multipliés. On sait désormais que le système soviétique s'est effondré à la suite de la convergence de trois crises systémiques.



La première lui était consubstantielle : en raison de son idéologie marxiste portée par Lénine à une absurde extrémité, il avait liquidé toute propriété privée et le parti-État s'était emparé du monopole de tous les moyens de production et de distribution des biens matériels. Cette situation provoqua dès le début incompétence, gâchis, corruption généralisée et aboutit d'emblée à une pénurie permanente et à une irresponsabilité qui atteignirent leur acmé spectaculaire avec l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Eu égard au secret qui caractérisait l'ensemble du régime, Gorbatchev lui-même, quand il fut propulsé à la direction, ignorait tout de la réalité d'une économie entièrement gangrenée par de fausses statistiques, où les pénuries devenaient dramatiques pour la population et qui était tout simplement en faillite (1). Avec la perestroïka - la restructuration -, il crut qu'instiller quelques gouttes d'économie de marché dans le dispositif permettrait de le maintenir en vie ; c'était ignorer que celles-ci étaient strictement incompatibles avec le dispositif de production soviétique et allaient le détruire comme un acide, sans pouvoir le remplacer par un processus efficace.



La seconde crise fut celle de l'appareil de direction politique, provoquée par les morts successives des chefs du parti communiste d'Union soviétique (PCUS) : Brejnev en 1982, Andropov en 1984 et Tchernenko en 1985. Ce régime ne reposait ni sur une légitimité héréditaire de type monarchique, ni sur une légitimité démocratique fondée sur des élections libres et sincères - toutes les élections en régime communiste étaient truquées, avec un seul candidat désigné à l'avance par poste à pourvoir. Dès lors, comme dans tout régime totalitaire, seul le principe du chef régentait le système et la disparition du chef donna lieu, chaque fois, à une crise violente au sommet - en 1924 avec Staline contre Trotski, en 1953 avec Khrouchtchev contre Beria, en 1964 avec Brejnev contre Khrouchtchev... Or, sous son aspect bonhomme, Gorbatchev n'était guère différent de ses prédécesseurs et, à peine promu, il avait engagé une sévère purge de l'appareil central du PCUS, visant à écarter la vieille nomenklatura pour la remplacer par ses amis de la jeune génération. Un conflit d'abord feutré puis de plus en plus violent s'engagea au coeur même du pouvoir. 



La troisième crise fut une crise personnelle de leadership. Gorbatchev voulut utiliser quelques gouttes de démocratie pour se débarrasser de ses adversaires. Il lança la glasnost qui, grâce à une levée contrôlée de la censure, permit d'évoquer des épisodes tragiques comme la Grande Terreur de 1937-1938, mais aussi de mettre en cause les restes de la nomenklatura formée sous Staline. Avec imprudence, il inaugura en 1988 des élections en partie libres au sein du PCUS, puis en 1989 dans toute l'Union pour l'élection du Congrès des députés du peuple. Dans son imprévoyance, il alla jusqu'à autoriser la retransmission en direct à la télévision des séances de ce parlement nouvellement élu. Ces quelques gouttes, incompatibles avec les principes du « centralisme démocratique » - une discipline quasi militaire, disait Lénine - suffirent à disloquer l'appareil de pouvoir, tant il est vrai que la logique démocratique est contraire au système totalitaire (2). 



Seul point à mettre à l'actif de Gorbatchev, qui se conduisait alors comme un somnambule : son refus de relancer la machine de la terreur. Or, dès que les acteurs - dissidents, satrapes communistes des républiques périphériques mais aussi populations annexées en 1945 ou soumises à une « démocratie populaire » et désireuses d'obtenir leur indépendance - comprirent que le pouvoir, après une timide tentative dans les États baltes, refusait d'utiliser la manière forte, l'ensemble du système se délita d'un seul coup. Tant il est vrai que la terreur de masse comme moyen de gouvernement avait été sa vérité première durant 70 ans... La conjonction de ces trois crises majeures a provoqué l'effondrement du système et, en même temps, explique la persistance actuelle, en divers endroits du monde, de certains éléments du communisme.



P. R. - Je crois que nous sommes d'accord sur les racines plus ou moins lointaines de cette persistance. On est d'ailleurs tenu de s'interroger sur cette dernière dès lors qu'on observe la vie politique internationale : la Russie de Poutine ne manque pas une occasion de s'opposer aux démocraties occidentales, tant dans leur fonctionnement politique, marqué par un certain libéralisme, que dans leur culture et leurs moeurs. À quel projet occidental, à quelle critique, à quelle condamnation occidentales la Russie poutinienne et la Chine de Xi Jinping s'associent-elles, sinon du bout des lèvres ? Sans doute le ton employé n'est-il pas celui des périodes tendues de la guerre froide. Mais les deux ex-grandes puissances communistes de l'après-guerre adoptent de manière systématique une ligne hostile aux démocraties occidentales qui n'est pas sans rappeler de fâcheux souvenirs. Je suis de près, par exemple, les affaires nord-coréennes. Il n'y a pas de conflit armé avec le monde occidental comme il y en a eu un au début des années 1950. On se retrouve même souvent d'accord, démocraties occidentales et anciens pays communistes, pour voter ensemble, au Conseil de sécurité, des sanctions contre la Corée du Nord ; mais ni la Chine ni la Russie ne veulent véritablement tordre le bras de Kim Jong-un. Il n'a pas été question à l'ONU, en tout cas jusqu'ici, de revenir sur l'envoi de dizaines de milliers de travailleurs nord-coréens en Chine et en Russie (ils rapportent pourtant une somme rondelette à Pyongyang puisque 80 % environ de leur salaire sont récupérés par l'État nord-coréen). Et, surtout, Pékin et Moscou freinent des quatre fers devant la mise en place des seules sanctions qui auraient une chance de porter leurs fruits : l'interdiction complète des exportations énergétiques, en particulier de pétrole, vers la Corée du Nord. Bref, si elles ne souhaitent pas que se poursuive la prolifération nucléaire, Chine et Russie protègent quand même le régime nord-coréen et cherchent à éviter son effondrement.



 



Sur toute la surface du globe, là où se développe une rhétorique hostile aux démocraties occidentales, la Russie et la Chine ne sont pas loin derrière. Le cas le plus flagrant est évidemment le Venezuela, mais on pourrait parler aussi des positions que Moscou et Pékin défendent sur Cuba, qu'elles soutiennent politiquement ; sur Hong Kong, où la Chine prône une répression sévère contre un mouvement démocratique actif ; et sur la Syrie, où les deux puissances prennent systématiquement le parti de Bachar el-Assad alors que les démocraties occidentales considèrent celui-ci comme le « problème » majeur de la crise meurtrière qui secoue son pays. Quand ce qui est au coeur des principes démocratiques est bafoué, la Russie et la Chine approuvent ou, au moins, laissent faire. Poutine n'est ni Brejnev ni Staline et Xi n'est pas Mao, mais l'un et l'autre accordent leur appui politique ou économique à tout ce qui est hostile aux démocraties occidentales. Il n'y a peut-être plus deux « blocs » comme en 1950 (d'ailleurs, à cette époque, on ne pouvait parler de bloc stricto sensu que du côté communiste). Mais il y a, comme au milieu du XXe siècle, une hostilité profonde à l'égard de la démocratie libérale et aux droits de l'homme. Quelque chose perdure donc du monde communiste et de son hostilité à notre système démocratique. 



Sans doute ne faut-il pas simplifier : la lutte des différents États pour s'assurer une position dominante ne cessera pas, influence communiste persistante ou pas ; mais il y a des manières de faire et des choix - d'« amis » et d'« ennemis » - qui sont significatifs et qui s'expliquent par l'histoire récente de ces pays qui sont officiellement ou pratiquement sortis du communisme.



S. C. - Cette opposition fondamentale à la démocratie est sans doute l'héritage le plus lourd laissé par le communisme tel qu'il a été inventé et conçu par Lénine, avant même 1917 (3), et qui a inspiré tous ses épigones - Staline, Trotski, Khrouchtchev, Brejnev, Mao, les Kim en Corée du Nord, Pol Pot au Cambodge et tant d'autres, jusqu'en France : le totalitarisme. Le grand historien italien Guglielmo Ferrero, exilé en France pour fuir le fascisme et qui fut l'un des premiers analystes du totalitarisme, écrivait dans La Dépêche du Midi le 11 février 1940, en pleine lune de miel entre Hitler et Staline : « Les régimes démocratiques reposent sur deux principes simples, clairs, issus d'une longue expérience historique et non des divagations d'une philosophie : que le gouvernement légitime est conféré par le peuple, et que le peuple se compose de la majorité et de la minorité, la majorité ayant le droit de désigner le gouvernement et de commander, la minorité le droit de faire opposition » (4). Telle est la pierre de touche de la démocratie, que récusait radicalement Lénine, y compris au sein du parti bolchevique dès novembre 1917, et qu'appliquèrent avec férocité et esprit de système tous les mouvements et régimes totalitaires. 



 



Ce logiciel totalitaire assurait au parti-État le triple monopole idéologique, politique et de la production/distribution des biens matériels, le tout garanti par la terreur de masse comme moyen de gouvernement. Il fut maintenu durant trois quarts de siècle, à plus ou moins haute intensité, par l'URSS qui était à la fois la matrice et le moteur de ce qu'Annie Kriegel nommait le « système communiste mondial » - partis communistes fondés et dirigés au sein de l'Internationale communiste ; partis-États « socialistes » et « à orientation socialiste » ; systèmes d'alliances fondés sur le thème de la paix (Mouvement de la Paix), de la défense de la classe ouvrière (Fédération syndicale mondiale) ou encore de la lutte « anti-impérialiste » et de la « libération nationale ». L'effondrement de l'URSS a entraîné la dislocation quasi immédiate de tous ces dispositifs.



Des dizaines de partis communistes qui adhéraient à l'idéologie léniniste, vantaient le modèle de société soviétique et étaient soutenus, y compris financièrement, par l'URSS et ses succursales de la RDA et de Cuba, ou par la Chine, se sont largement effondrés, comme le montre le sort des partis français et italien. À tous points de vue - idéologique, politique, matériel -, le désastre soviétique et la révélation tirée des archives sur l'immense tragédie que fut la révolution bolchevique ont discrédité l'idéologie léniniste et l'ont frappée de plein fouet. Ces partis ont presque tous été contraints, pour survivre, de se rallier aux valeurs démocratiques, se repliant sur le combat contre les « discriminations » concernant les femmes, les homosexuels, les migrants etc. Néanmoins, des « buttes témoins » de communistes orthodoxes, de trotskistes et autres maoïstes entretiennent la flamme de l'« hypothèse communiste » (selon la formule d'Alain Badiou). Et le régime vénézuélien de Chavez et Maduro sert de modèle de « socialisme du XXIe siècle » à Jean-Luc Mélenchon, alors qu'il succombe à la tentation totalitaire.



Les partis-États d'Europe centrale et orientale et d'ex-URSS ont connu des évolutions diverses selon le rapport de force entre nomenklaturas en place et dissidents démocrates au moment de l'effondrement. Dans les sociétés où avait persisté un fort sentiment national, on assista à des révolutions anticommunistes menées par des leaders charismatiques comme Vytautas Landsbergis dans les États baltes, Vaclav Havel en Tchécoslovaquie, Lech Walesa en Pologne. En Allemagne, la réunification, symbole d'un sentiment national retrouvé, fut marquée par la domination démocratique ouest-allemande, accompagnée d'une formidable solidarité financière. En Bulgarie et en Roumanie, où la société civile était moins forte, les nomenklaturas réussirent à se maintenir au pouvoir grâce à une opération de « reconversion » pseudo-démocratique, s'emparant d'une étiquette « sociale-démocrate » entérinée dans un premier temps par l'Internationale socialiste. Le cas le plus spectaculaire fut celui de la Roumanie où la vieille garde prosoviétique réussit à organiser - avec la complicité aveugle de nombre de médias occidentaux - une vraie-fausse révolution anticommuniste qui lui a assuré pour un temps le maintien de son monopole sur le pouvoir, les médias, la justice et les richesses (5).



Dans tout ce processus de démocratisation et de réinstauration de l'État de droit, l'adhésion à l'Union européenne joua un rôle décisif sans lequel nous aurions, à l'est des frontières allemande, autrichienne et italienne, un vaste espace mafieux ingérable, contrôlé par les nomenklaturas et dégénérant en régimes ultra-autoritaires - comme on le voit en Transnistrie, en Moldavie, et dans une certaine mesure en Albanie, au Monténégro et en Bosnie-Herzégovine. 



En revanche, là où la population avait été écrasée par un totalitarisme de longue durée, on assista à un processus d'involution démocratique, comme ce fut le cas en Russie quand, par l'intermédiaire de Vladimir Poutine, la structure kagébiste remit la main sur le pouvoir en 2000, écrasant peu à peu toute opposition potentielle - aussi bien des minorités, comme en Tchétchénie, que des « oligarques » (affaire Khodorkovski), des opposants politiques (assassinat de Boris Nemtsov) ou des personnalités et institutions de la société civile (étouffement de l'association Mémorial par des lois ad hoc, arrestation récente du metteur en scène Kirill Serebrennikov...). On assista au même scénario en Biélorussie. Et le même processus est en cours à Cuba où Raul Castro prépare sa succession.



Mais le cas le plus spectaculaire est la Chine de Xi Jinping qui a tiré avec minutie toutes les leçons de l'aventure gorbatchévienne. En effet, en mai 1989, au moment du grand mouvement démocratique de la place Tienanmen, Gorbatchev effectuait la première visite d'un dirigeant soviétique en Chine depuis celle de Khrouchtchev en 1959. Il fut acclamé par les étudiants, mais à peine était-il remonté dans son avion que le vieux Deng Xiaoping donnait l'ordre de les massacrer. La leçon était tirée : le PC, toujours dirigé par la haute nomenklatura - les « fils de princes », rejetons des fondateurs du régime -, devait à tout prix conserver le monopole du pouvoir, quitte à s'engager dans un « socialisme de marché » qui profiterait certes à une partie de la population, mais en priorité aux 80 millions de membres du parti et à ses dirigeants. Le danger est d'autant plus grand pour la démocratie que le communisme chinois a toujours été mâtiné d'un nationalisme de grande puissance dont on sait - par les tragiques expériences allemande et japonaise du XXe siècle - jusqu'à quelles extrémités il peut mener.



De son côté, la crise ukrainienne montre la persistance d'un expansionnisme dont l'origine remonte au communisme : rappelons que l'Ukraine indépendante fut le premier pays auquel Lénine déclara la guerre en décembre 1917 ! On l'aura compris, la « décommunisation » dont beaucoup rêvaient en 1991 est loin d'avoir abouti.



P. R. - On peut aussi comprendre cette persistance, ce « pli » d'hostilité communiste à la démocratie libérale - alors même que les gouvernements russe et chinois actuels, comme les sociétés qu'ils dirigent et contrôlent, diffèrent de ce qu'ils étaient aux beaux jours du « camp socialiste » par la puissance de l'appareil qui avait été mis en place à cette époque déjà ancienne. Les régimes communistes, pour durer, ont tout tourné à leur profit et complètement instrumentalisé jusqu'au droit, jusqu'à la morale, l'histoire et la culture. Même la science a été enrôlée dans cette entreprise ! À peine trente ans, donc moins d'une génération, après l'effondrement de l'URSS, c'est peu, dans ces conditions, pour que l'individu, avec ses droits et sa réalité complexe, retrouve dans les anciens pays communistes la place qui lui est accordée dans nos démocraties.



 



On a ainsi conservé, dans les deux grands pays communistes, cette prétention à être doté d'un État dont les dirigeants expriment les aspirations les plus profondes du Peuple. N'oublions pas que, dans les régimes communistes, il n'y avait pas que les camps, la police, les exécutions : il y avait aussi l'unité contre l'Ennemi, l'héroïsme de la « forteresse assiégée », les défilés, les uniformes, les parades, les fêtes où vibrait la collectivité et où s'exaltait la puissance de l'État. Les ouvrages de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015, regorgent de figures marquées par la nostalgie d'une unité et d'une grandeur disparues. Le communisme subsistait par toute une mythologie et un rêve qui était moins celui de la liberté individuelle que celui du plaisir de se mouler dans un tout uni. Et, hors du monde communiste, les militants révolutionnaires jouaient aussi là-dessus : « Le Peuple uni ne sera jamais vaincu », lançait-on au Chili d'Allende ou au Portugal de la Révolution des oeillets. Naturellement, la fête prend fin un jour. Mais on la regrette longtemps. Et l'on en veut non à la réalité communiste mais aux « mauvais communistes » qui n'ont pas su la prolonger. Vladimir Poutine est de plus en plus contesté mais il tient encore les rênes du pouvoir précisément en jouant de cette nostalgie d'une Russie fantasmée, puissante et unie. Et les thèmes de sa propagande anti-européenne sur notre morale décadente et efféminée en sont les corollaires directs.



J'ajouterai encore deux choses pour être complet sur cette question de la persistance du communisme. Primo : s'il est vrai qu'une majorité de la population suit et soutient ses leaders post-communistes, il est tout aussi vrai que des mouvements de résistance existent, contre lesquels sont utilisées les vieilles méthodes répressives du temps du communisme : le 24 juillet 2017, un cadre du parti communiste vietnamien réfugié en Allemagne a été tout simplement kidnappé par les services secrets de son pays d'origine ; en Russie, Alexeï Navalny tente à ses risques et périls de faire entendre une autre voix que celle du Kremlin ; et, j'y reviens, la mort toute récente du prix Nobel de la paix, le Chinois Liu Xiaobo, décédé dans des conditions inhumaines en juillet dernier, nous a rappelé la présence d'un véritable réseau d'opposition au pouvoir actuel, qui s'était fait connaître par la diffusion d'une Charte 08 revendiquant la démocratie pour la Chine.



Secundo : il faut, pour évoquer de manière complète la persistance du communisme dans le monde cent ans après Octobre 1917, ajouter l'influence en retour du monde moderne avec ses interconnexions médiatiques, sa technologie développée et ses aspirations à la liberté individuelle. Désormais, on organise des élections, on revêt les atours de la démocratie libérale... mais seulement jusqu'à ce que le risque apparaisse insupportable. Un exemple : tout récemment, le chef de l'opposition cambodgienne, qui avait de bonnes chances de remporter les élections de 2018, a été arrêté pour « trahison » ! Cette décision de l'actuel premier ministre, Hun Sen, n'est sans doute pas étrangère à son passé d'homme politique installé au pouvoir à Phnom Penh par les communistes vietnamiens. Sa rhétorique et ses cibles (l'« impérialisme américain », ses stations de radio comme Voice of America et Radio Free Asia et ses ONG) révèlent un « pli » politique ancien (6).



Mais le cas du Venezuela est particulièrement exemplaire de ce communisme qui ne dit pas son nom. Le projet de Chavez puis de Maduro ne se donne pas ouvertement et simplement pour communiste ou même pour socialiste. En parlant de « bolivarisme » ou de « socialisme du XXIe siècle », on laisse entendre qu'on défend un projet nouveau, soucieux des aspirations du monde moderne : on n'envoie pas des soldats armés chasser les députés de la Constituante comme les bolcheviks l'ont fait en janvier 1918 ; on fait déclarer par une Cour suprême le caractère anticonstitutionnel des lois votées par l'Assemblée nationale puis on fait approuver par référendum la mise en place d'une Assemblée constituante qui remplace l'Assemble élue ! On n'interdit pas toute la presse libre, comme on l'a fait à Cuba en 1959-1960, mais on étouffe lentement et discrètement la majorité des journaux et chaînes de radio et de télévision ; on n'oppose plus les classes sociales comme chez Marx, mais on oppose de manière plus tangible l'« oligarchie », ou plus simplement encore « les riches », au Peuple, voire à la Nation. Sur le plan économique, la part de l'État s'accroît ; au niveau international, les alliés sont des États communistes ou issus du communisme tandis que les ennemis majeurs sont les États-Unis et l'Union européenne. Cette résurgence du communisme prend bien soin de ne pas se référer trop clairement au passé communiste. Même les théoriciens (7) qui dirigent aujourd'hui le mouvement Podemos (47 députés) en Espagne s'en gardent bien alors qu'ils vouent un véritable culte à Lénine - un culte qui ne s'étale pas aux Cortes, le Parlement espagnol, mais s'exprime dans des cercles restreints. Il fallait entendre cet été, lors de la présentation d'un livre sur la révolution soviétique, les incantations de Pablo Iglesias, le chef de cette formation espagnole, sur le « génie bolchevique » qui « permet d'ouvrir les portes de l'Histoire qui semblaient jusque-là fermées » (8) ! On comprend ainsi que cette extrême gauche prétendument moderniste reflète, avec son indéniable « modern touch », l'influence des conceptions communistes les plus classiques. On pourrait faire la même remarque concernant le mouvement de Jean-Luc Mélenchon que Pablo Iglesias est venu soutenir lors de sa campagne présidentielle.



S. C. - Tu soulignes là un point décisif. En 1997, Le Livre noir du communisme, qui fut un bestseller mondial avec 26 traductions et bien plus d'un million d'exemplaires vendus, avait clairement démontré, archives à l'appui, la dimension fondamentalement criminelle des régimes communistes et de leur idéologie, qui aurait dû les disqualifier définitivement, de la même manière que le nazisme le fut en 1945. Ce dernier avait été condamné sans rémission lors du tribunal de Nuremberg, ce qui a constitué un élément majeur dans le retour de l'Allemagne (de l'Ouest) à la démocratie. Le problème, c'est qu'il n'y a pas eu de procès international du communisme. Le grand dissident Vladimir Boukovski a bien tenté, en 1992, d'organiser en Russie un procès du PCUS, mais Eltsine a reculé.



 



Or, vingt ans après Le Livre noir, communistes, gauchistes et une partie des socialistes continuent de révérer les mythologies bolchevique, maoïste, castriste et autres. Nombre d'auteurs publient dans diverses maisons d'édition - le Temps des cerises, les éditions Delga, pour ne citer que les françaises - des ouvrages de stricte orthodoxie léniniste, justifiant Staline et niant, par exemple, l'existence de la famine organisée par le pouvoir en Ukraine en 1932-1933, un crime contre l'humanité qui provoqua des millions de morts et demeure, sous le nom de Holodomor, l'une des principales cicatrices communistes dans l'Ukraine aujourd'hui. Quant au pouvoir chinois, qui continue de contrôler au plus près son récit « historique », il n'hésite pas à faire pression sur l'Université de Cambridge pour qu'elle retire de l'accès internet à sa bibliothèque 350 articles de la prestigieuse revue China Quarterly qui portaient sur le pouvoir maoïste un regard critique ; le pire est que l'Université l'accepta dans un premier temps avant qu'une énorme pétition de chercheurs ne l'oblige à reculer (9) ! Cette volonté de contrôler de manière absolue l'histoire et la mémoire est typique des régimes totalitaires et a été fort bien montrée tant par George Orwell que par Ismaïl Kadaré.



Ce combat d'arrière-garde, qui confine souvent au négationnisme, ne se limite pas à la sphère éditoriale. Je n'en veux pour preuve que l'invraisemblable séance de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe qui, le 25 janvier 2006, examina une résolution et une recommandation demandant la condamnation des « crimes des régimes communistes totalitaires », invitant « tous les partis communistes ou post-communistes des États membres qui ne l'ont pas encore fait à réexaminer l'histoire du communisme et leur propre passé, à prendre clairement leurs distances par rapport aux crimes commis par [ces] régimes et à les condamner sans ambiguïté », et espérant que cette résolution encouragerait « les historiens du monde entier à poursuivre leurs recherches visant à établir et à vérifier objectivement le déroulement des faits ». Or, sous la houlette du député russe Ziouganov (le chef du parti communiste de Russie, successeur en ligne directe de Lénine, Staline, Brejnev et autre Andropov), 42 députés votèrent contre et 12 s'abstinrent, contre 99 pour. Que plus du tiers des députés aient refusé d'approuver une condamnation morale des crimes des régimes communistes, voilà qui en dit long sur la persistance de l'influence de cette idéologie totalitaire et des réseaux qui la diffusent.



Quant à la recommandation, qui proposait de faciliter la communication des archives, de sensibiliser à ces crimes - y compris par « la révision des manuels scolaires » -, de dédier une journée et des monuments commémoratifs aux victimes et de leur consacrer des musées, elle avait besoin, pour être adoptée, de récolter les deux tiers des voix. Elle n'en recueillit que 85, contre 50 et 11 « courageuses » abstentions, et fut donc rejetée. Dans cette affaire, les socialistes ont rejoint les communistes et « post-communistes » pour aboutir à ce résultat qui déshonore non seulement la gauche européenne, mais l'Europe tout entière. 



De fait, la persistance du communisme, en particulier en Europe, dans l'ex-URSS et en Chine se joue sur la question de la mémoire. Les communistes de toutes obédiences continuent d'entretenir une mémoire glorieuse qui fut celle du mouvement communiste international durant des décennies : la révolution d'Octobre, le plan quinquennal et la collectivisation, la guerre d'Espagne et surtout la victoire sur Hitler en 1945. Ajoutons-y, pour la France, le Front populaire et la Résistance dont le PCF revendiquait le monopole. Or cette mémoire glorieuse est désormais souvent contredite par les faits qu'a révélés l'étude des archives : ainsi l'alliance Hitler-Staline entre le 23 août 1939 et le 22 juin 1941 vient percuter la légende de l'antifascisme ; et la mythologie de la « libération » de l'Europe centrale et orientale par l'Armée rouge est démentie par la réalité de l'occupation et de la soviétisation forcée de ces pays. En fait, l'entretien de cette mémoire glorieuse vise avant tout à interdire l'expression de la mémoire tragique des victimes du communisme et à masquer - sans succès - les profondes cicatrices que ces régimes ont laissées sur le corps des sociétés européennes et russe. Quant à la Chine, au Vietnam, à la Corée du Nord et à Cuba, leur régime continue à entretenir ces mythologies : tout récemment, Xi Jinping a relancé le culte de Mao ; et la mort de Fidel Castro a donné lieu à un déferlement de nostalgie révolutionnaire...



À de nombreuses reprises, cette bataille mémorielle est passée du terrain historique au combat politique, ce dont a témoigné le tohu-bohu qui, en France, a accompagné la sortie du Livre noir, à un moment où le premier ministre Lionel Jospin, qui refusait obstinément de reconnaître qu'il avait été un cadre trotskiste, comptait quatre communistes dans son gouvernement. Un exemple spectaculaire en est la décision d'abattre toutes les statues du « Grand Lénine » - plus de douze cents - qui symbolisaient l'emprise du Kremlin sur le territoire de l'Ukraine. La plus haute culminait à vingt mètres - huit étages ! - et la dernière, de plus de cinq tonnes de ferraille, tomba le 24 octobre 2016 à Novgorod-Seversky. Mais que les aficionados soient rassurés : rien qu'en banlieue parisienne, Lénine peut se targuer de disposer de treize avenues, sept rues, trois places, deux boulevards, un square, un passage et... une impasse. Sans oublier que Georges Frêche avait fait ériger sa statue sur la place des Grands-Hommes du XXe siècle à Montpellier - en compagnie, bien entendu, de Mao, mais aussi de Gandhi, de De Gaulle et de Churchill ! Bref, la déléninisation ne semble pas pour demain. C'est pourtant cet homme qui fut à l'origine de la sinistre aventure communiste.



P. R. - Oui, dans l'ancien camp socialiste comme ici, parmi les acteurs de la vie politique et culturelle, Lénine est largement préservé des critiques. Quant aux zélateurs de Staline, ils existent toujours mais ils deviennent rares et les manuels scolaires d'aujourd'hui qualifient de « totalitaires » l'URSS de Staline et la Chine de Mao. Pourtant, on sent bien une réticence persistante à condamner le communisme. J'en veux pour preuve, par exemple, le fait que de nombreux journalistes préfèrent qualifier la Corée du Nord de « régime stalinien » plutôt que de « régime communiste » (10). La Corée du Nord, c'est trop répulsif pour être associé au communisme qui renvoie, dans leur esprit, à des espoirs d'émancipation et de monde meilleur ! Le communisme est bien souvent encore lié à un espoir de justice sociale et son incapacité à atteindre cet idéal est mise sur le compte non pas du communisme en tant que tel mais sur celui de ceux qui ont « dérapé » ou « trahi », comme Staline justement, ou encore sur celui de l'Ennemi impérialiste. « Quelque erreur que fassent nos amis, ne perdons pas de vue, déclare un rien sentencieux Jean-Luc Mélenchon, que le principal responsable du mal, du désordre et de la guerre civile, c'est l'impérialisme américain » (11). Et quand les « erreurs » deviennent monstrueuses, lorsque les horreurs du communisme ou de ses ersatz sont trop flagrantes, de bonnes âmes se lèvent pour expliquer que le problème, ce n'est pas le communisme mais le racisme ou le chauvinisme. On peut citer plusieurs livres récents sur la Corée du Nord ou sur le Cambodge qui procèdent de cette manière (12)...



 



C'est une façon de penser - ou d'éviter de penser - que l'on retrouve dans d'autres registres : le terrorisme islamiste, c'est la faute au colonialisme, c'est la faute à l'école française, c'est la faute aux conditions sociales et économiques dans lesquelles les auteurs des attentats sont obligés de vivre. Le djihadisme - qui partage avec le communisme la haine de la démocratie et des dissidents mais aussi le fantasme de la lutte finale - retrouve ainsi, dans un processus d'analyse semblable à celui que nous avons constaté à l'égard du communisme, une certaine respectabilité : il est considéré comme l'expression des pauvres, des exclus de la mondialisation. Une fois de plus, on peut entendre chanter : « Debout, les damnés de la terre ! »...



S. C. - En fait, aussi bien dans les pays où le communisme a été au pouvoir que dans les démocraties, plusieurs générations, de père en fils et en petits-fils, demeurent fortement attachées à leur engagement communiste. Et cela, soit par intérêt matériel, soit par passion idéologique et politique, soit par un lien affectif et mémoriel qui empêche de rompre avec le groupe d'appartenance communiste. Bien entendu, les trois raisons se confortent et nourrissent un discours révolutionnaire qui précède souvent la tentation totalitaire.



 



Ainsi, dans la dizaine de colloques organisés à l'occasion du centenaire de la révolution d'Octobre par la mouvance universitaire communiste de France, de Belgique et de Suisse, les fils et petits-fils de kominterniens ou de militants trotskistes et maoïstes sont à l'honneur. En France, les idées et la mémoire glorieuse portées par les réseaux et les familles jacobines, babouvistes et néo-babouvistes ont irrigué le XIXe et le XXe siècle. Je rappelle en passant que le bicentenaire de la Révolution française a été largement contrôlé par les universitaires communistes - comme l'a montré la mise à l'écart de François Furet. Il est malheureusement à craindre que, en dépit des travaux historiques de plus en plus documentés sur l'illusion et la tragédie communistes du siècle passé, il en soit de même au XXIe siècle.



Cependant, l'historien conduit un long travail de Sisyphe qui finit toujours par porter ses fruits de vérité. D'autant que l'émergence en 1979, avec la révolution islamiste iranienne, d'un nouveau et puissant mouvement totalitaire devenu mondial devrait inciter chacun à une réflexion vitale. Une réflexion sur la fragilité de notre culture démocratique et sur la nécessité absolue d'en défendre les valeurs, à savoir le respect de la personne humaine garanti par l'État de droit et la liberté d'expression.



 




Notes :


(1) Voir François Seurot, Les Causes économiques de la fin de l'empire soviétique, PUF, 1996.



(2) Voir l'ouvrage fondamental de l'ancien directeur des archives russes sous Eltsine, Rudolf Pikhoïa, URSS. Histoire du pouvoir, t. 2, Le Retour de l'aigle à deux têtes, Éditions Kérus, Québec, 2008.



(3) Voir Stéphane Courtois, Lénine, inventeur du totalitarisme, Perrin, 2017.



(4) Cité par Bernard Bruneteau, Le Totalitarisme. Origines d'un concept, genèse d'un débat, 1930-1942, Éditions du Cerf, 2010, p. 157.



(5) Voir Stéphane Courtois, Patrick Moreau (dir.), En Europe. L'éternel retour des communistes, Vendémiaire, 2014.



(6) La tournure des événements ne peut que réjouir les dirigeants chinois. Sur la situation au Cambodge, voir les intéressantes analyses de John Reed, correspondant du Financial Times à Phnom Penh, par exemple : « Hun Sen tightens grip on Cambodia », FT, 17 septembre 2017.



(7) Juan Carlos Monedero et Iñigo Errejon, tous deux en retrait aujourd'hui, et le n° 1 actuel, Pablo Iglesias, ont joué ce rôle.



(8) Débat à Madrid le 26 juillet 2017 avec le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera rapporté par le journal en ligne Publico.



(9) Voir Laurent Bigorgne, « Chine-Occident, la nouvelle guerre du savoir », Le Point, 31 août 2017.



(10) Thierry Wolton le rappelait récemment dans Le Figaro du 6 septembre 2017.



(11) France Info avec AFO, 2 août 2017.



 



(12) Voir, sur la Corée du Nord : Bryan Reynolds Myers, La Race des purs, Saint-Simon, 2016. Et sur le Cambodge : Ben Kiernan, Le Génocide au Cambodge 1975-1979. Race, idéologie et pouvoir, Gallimard, 1998.