Politique Internationale - La Revue n°157 - AUTOMNE - 2017

sommaire du n° 157
Riyad-Washington :une nouvelle lune de miel ?
Article de Madawi AL-RASHEED
Professeur invité au Centre d'études du Moyen-Orient de la London School of Economics.
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Depuis la désignation de Mohammed ben Salmane comme prince héritier en juin 2017, la politique étrangère de l'Arabie saoudite est l'objet d'intenses spéculations. Même si le roi Salmane demeure en poste, son fils Mohammed est, à n'en pas douter, le chef d'orchestre de la politique extérieure du Royaume - un rôle qu'il avait, d'ailleurs, déjà commencé à exercer avant même de devenir officiellement le dauphin. L'homme a réussi à établir un lien fort - bien que peut-être temporaire - avec le président Donald Trump et son administration, grâce 1) à des investissements importants auprès d'agences de relations publiques et de divers lobbyistes de Washington ; et 2) à la promesse d'injecter des fonds dans l'économie américaine. En revanche, les relations du Royaume avec l'Europe semblent entrer dans une période de refroidissement. Les dirigeants du Vieux Continent paraissent encore hésiter sur ce qu'ils peuvent attendre de l'héritier. Nombre d'Européens sont néanmoins désireux de gagner ses faveurs, avec des arrière-pensées économiques, stratégiques et sécuritaires : ils ont en ligne de mire des retombées financières et des partenariats militaires plus poussés. Enfin, dans le monde arabe, le jeune prince saoudien a déjà consolidé de nouveaux partenariats - quelque peu instables - avec des pays comme l'Égypte et les Émirats arabes unis, afin d'isoler encore davantage l'ennemi juré de Riyad : l'Iran. 



Au Moyen-Orient, les récentes décisions saoudiennes ont provoqué une fracture au sein du Conseil de coopération du Golfe. Deux pays - Oman et le Qatar - ont adopté une ligne divergente de celle du royaume wahhabite sur plusieurs sujets essentiels qui vont de la politique à suivre à l'égard de l'Iran au rôle des mouvements islamistes dans le monde arabe. L'offensive régionale du Royaume embarrasse ses partenaires internationaux : dans ce nouveau conflit du golfe Persique, ils seront tôt ou tard invités à choisir un camp ou l'autre ; et leur choix pourrait, parfois, ne pas correspondre pleinement à leurs intérêts nationaux. Ce qui est sûr, c'est que le nouveau prince héritier est prompt, dans ses prises de position en matière de politique étrangère, à récompenser ses alliés et à punir ceux qui hésitent à le soutenir.



Les manoeuvres de Salmane



Quelques heures après le décès du vieux roi Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud le 23 janvier 2015, à plus de 90 ans, son demi-frère, le prince héritier Salmane, né en 1935, devint roi. Le vice-prince héritier Moukrine, né en 1945, passa à son tour au rang de prince héritier. Le ministre de l'Intérieur Mohammed ben Nayef, né en 1959, prit la place de ce dernier dans l'ordre de succession. Ces arrangements laissaient transparaître l'intention du nouveau roi Salmane de respecter le plan de succession qu'avait élaboré son frère disparu. Avant sa mort, le roi Abdallah avait clairement fait savoir aux autres princes de premier plan que la séquence de succession devait demeurer telle qu'il l'avait stipulée et confirmée dans ses décrets royaux. Les Saoudiens, mais aussi les observateurs extérieurs, poussèrent un soupir de soulagement au vu de cette transition rapide et sans accroc. Nombre de citoyens du Royaume y virent l'illustration de l'unité de la famille royale.



Le palais espérait que la fluidité du transfert des pouvoirs clouerait le bec aux analystes étrangers et aux dissidents saoudiens qui spéculent depuis toujours sur les rivalités au sein des hautes sphères de la royauté. Mais à peine deux mois après son accession au trône, le roi Salmane décida de modifier le plan de succession. En avril 2015, il congédia son jeune frère le prince héritier Moukrine et promut à sa place son neveu, le vice-prince héritier Mohammed ben Nayef. Il alla plus loin encore en nommant son plus jeune fils, Mohammed ben Salmane, né en 1985, à la position laissée vacante par ce dernier. Le nouveau promu devint par ailleurs second vice-premier ministre, ministre de la Défense, chef de la Cour royale et président du Conseil des affaires de développement économique. Aucun autre membre de la famille royale n'avait jamais cumulé autant de positions élevées à l'âge de Mohammed ben Salmane (1). Même à l'apogée de la création d'un État centralisé, le roi Fayçal, disparu en 1975, ne détenait pas autant de responsabilités. Dès ces nominations, le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane a été perçu comme le responsable clé et le véritable détenteur du pouvoir derrière le trône. Pour certains observateurs, le roi Salmane est « peut-être le dernier membre de la famille des Saoud qui pourra bénéficier d'une autorité et d'un prestige incontestés pour imposer ses vues sans se soucier du consensus familial » (2).



Le 21 juin 2017, on l'a évoqué, le roi publia un décret inattendu. Il démit de ses fonctions le prince héritier Mohammed ben Nayef et promut à ce rang son fils Mohammed. Depuis la naissance du troisième État saoudien en 1932, un tel changement ne s'était produit qu'une seule fois, en 1933, lorsque le roi Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud avait nommé son propre fils Saoud au poste de prince héritier et exclu de la succession tous ses frères. La décision audacieuse de Salmane n'est peut-être pas le point final des remaniements royaux. Il n'est pas impossible que le roi abdique et se pose en observateur de l'installation sur le trône de son fils bien-aimé. Étant donné la fréquence des décrets royaux touchant à la succession depuis le début du règne de Salmane, une abdication ne serait pas une surprise du fait de son âge avancé (82 ans).



Cette évolution rapide dans l'ordre de succession, qualifiée par les observateurs étrangers de « coup d'État de palais » et de « révolution silencieuse », a donné naissance à de nouvelles spéculations sur les intrigues royales (3). Après sa mise à l'écart, des rumeurs, jamais confirmées, ont suggéré que Mohammed ben Nayef avait été placé en résidence surveillée à Djeddah (4).



Le jeune prince Mohammed ben Salmane se prépare à hériter du trône - pour autant qu'aucun nouveau changement ne surviendra dans l'ordre de succession aussi longtemps que le roi Salmane sera encore en vie. Or, en Arabie saoudite, rien ne peut être considéré comme acquis. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que, depuis l'accession au trône de Salmane en 2015, Riyad a largement infléchi sa politique vis-à-vis des États-Unis, de l'Europe mais, aussi, des pays de la région.



Mohammed ben Salmane et Donald Trump : une symbiose passagère fructueuse



Restaurer la relation Washington-Riyad



Mohammed ben Salmane s'est rendu à plusieurs reprises à Washington. Et cela, dans un double objectif : se faire connaître dans la capitale américaine (5) ; et se faire valoir aux dépens de son cousin Mohammed ben Nayef. Ce dernier entretenait depuis longtemps des contacts étroits avec la communauté américaine du renseignement et de la défense, du fait de son implication dans la guerre contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001 (6). Dès l'élection de Donald Trump en novembre 2016, le jeune prince s'est précipité pour lui faire la cour, promettant d'augmenter les investissements saoudiens aux États-Unis ainsi que les achats d'armements - des engagements qui ne pouvaient que satisfaire le président élu. Pendant sa campagne électorale, Donald Trump avait affirmé à plusieurs reprises que les États-Unis ne pouvaient pas continuer de soutenir leurs partenaires historiques en Europe, en Asie et au Moyen-Orient si ceux-ci n'accroissaient pas leur contribution au coût de la guerre contre le terrorisme. Il n'a pas hésité, en outre, à décrire les pays du Golfe, y compris l'Arabie saoudite, comme « vides de tout sauf d'argent ». Ces propos, de même que les efforts obstinés du président Trump visant à empêcher les ressortissants de plusieurs pays musulmans de se rendre aux États-Unis et sa rhétorique anti-islam, n'ont pas nui à son rapprochement avec Mohammed ben Salmane. Les deux dirigeants étaient visiblement décidés à revenir au statu quo ante - c'est-à-dire à la situation qui prévalait avant l'élection de Barack Obama, quand l'Arabie saoudite et les États-Unis pouvaient s'enorgueillir d'un partenariat étroit et sans nuages, en cours depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. 



Sous la présidence de Barack Obama, les relations bilatérales s'étaient significativement détériorées. Elles ont atteint leur nadir lorsque le président Obama a hésité à donner satisfaction à la demande pressante de Riyad de bombarder l'ennemi juré iranien, puis de chasser du pouvoir le président syrien Bachar el-Assad. Sur le premier point, les Saoudiens avaient émis une première demande en 2008. Ils avaient fait pression pour le deuxième juste après le début des manifestations en Syrie en 2011. En outre, l'Arabie saoudite a considéré que l'accord sur le nucléaire iranien signé en 2013 par M. Obama et les dirigeants européens constituait une menace majeure. Ce texte signifiait, en effet, que les États-Unis étaient décidés à mettre fin à quatre décennies d'isolement de l'Iran sur la scène internationale et à diversifier leurs interlocuteurs au Moyen-Orient, alors qu'ils s'appuyaient depuis plusieurs décennies principalement sur l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Égypte, les pays du golfe Persique et Israël. Paradoxalement, Washington a vendu pour plus de 115 milliards de dollars d'armements à Riyad sous l'administration Obama (7).



Même si Donald Trump n'a pas pleinement repris à son compte les demandes saoudiennes relatives à l'Iran et à la Syrie, il a eu, sur ces sujets, des mots suffisamment vagues pour se mettre dans la poche les dirigeants du Royaume et pour redonner à la relation troublée avec Riyad l'harmonie qu'elle connaissait dans l'ère pré-Obama. La rhétorique anti-iranienne de Trump, qu'il a largement employée dès son élection, ses menaces répétées de réévaluer - voire d'annuler - l'accord sur le nucléaire iranien, sa volonté d'imposer de nouvelles sanctions à Téhéran et sa description de la République islamique comme un État terroriste dans ses messages cinglants sur Twitter ont comblé d'aise les Saoudiens et ouvert la voie à sa visite historique à Riyad. Quant à la Syrie, rappelons qu'immédiatement après son accession à la présidence Donald Trump a autorisé des frappes aériennes limitées sur des positions des forces du régime. Si ces bombardements ponctuels n'ont pas modifié l'équilibre des forces pro et anti-Assad, la décision très rapide du président américain n'en représentait pas moins un signal fort à l'intention de Riyad. Si fort que les dirigeants saoudiens ont aussitôt estimé que le nouveau locataire de la Maison-Blanche était de leur côté et qu'il poursuivrait sur la voie d'un changement de régime à Damas.



Une visite historique



Donald Trump est arrivé le 20 mai 2017 à Riyad, accompagné d'un aréopage de conseillers familiaux, de consultants et d'hommes d'affaires. Il y fut accueilli en grande pompe. Les Saoudiens lui offrirent une réhabilitation express, attention fort bienvenue pour un Trump en délicatesse avec le monde islamique. Pour l'occasion, Mohammed ben Salmane convia plus de cinquante dirigeants musulmans et donna au président américain l'occasion de prononcer devant eux un discours historique (8). Cette adresse était destinée à répondre à celle qu'avait faite Barack Obama au Caire en 2009, lorsqu'il avait souligné l'engagement des États-Unis en faveur de la démocratie, des droits de l'homme dans le monde et du respect de l'islam. Obama avait fait appel à l'Histoire pour montrer que l'islam est partie intégrante de l'Amérique, puisant pour cela dans son héritage mixte et évoquant notamment son père, un Kenyan musulman. L'allocution de Donald Trump à Riyad eut une autre teneur : « Nous avons signé avec le Royaume des accords historiques en vertu desquels 400 milliards de dollars seront investis dans nos deux pays et créeront des milliers d'emplois en Amérique et en Arabie saoudite. Cette région doit progressivement devenir l'un des grands centres mondiaux pour les affaires et l'entreprenariat. Elle ne doit pas être un endroit d'où les réfugiés fuient, plutôt un endroit où les nouveaux arrivants débarquent en masse » (9).



Mais si Mohammed ben Salmane était sans doute heureux d'entendre le président américain souligner les liens économiques entre les deux pays, il désirait avant tout écouter sa dénonciation de l'Iran, en réponse aux pressions saoudiennes qui conditionnaient le renforcement des liens avec Riyad à l'arrêt du rapprochement entre Téhéran et Washington. Il fut ravi quand M. Trump pointa du doigt le rôle perturbateur de l'Iran dans la région, alors même qu'il gardait le silence sur l'implication de son hôte dans plusieurs conflits régionaux, de Damas à Sanaa : « Depuis des décennies, l'Iran a attisé les feux des conflits religieux et du terrorisme. C'est un État qui parle ouvertement de meurtre de masse, qui veut la destruction d'Israël, la mort de l'Amérique et la ruine de nombreux dirigeants présents dans cette pièce... Tant que le régime iranien n'est pas prêt à être un partenaire pour la paix, toutes les nations responsables doivent travailler ensemble pour l'isoler, l'empêcher de financer le terrorisme et prier pour le jour où le peuple iranien aura le gouvernement juste et droit qu'il mérite » (10). 



L'Arabie saoudite souhaitait absolument que Trump l'absolve de toute responsabilité dans la crise la plus meurtrière qui déchire le monde arabe, à savoir la propagation du terrorisme et les affrontements religieux. Le président américain ne fit aucune mention de la manière dont Riyad, à l'instar de Téhéran, s'est appuyé sur l'extrémisme religieux comme force contre-révolutionnaire pour faire dérailler les soulèvements arabes de 2011 au Bahreïn, en Syrie et aujourd'hui au Yémen. Son idéologie religieuse, le wahhabisme, est si proche de celle adoptée par l'État islamique (Daech) que ce dernier a incorporé des textes religieux saoudiens dans ses programmes scolaires et a mis en application une politique sociale et religieuse très semblable à celle qui est pratiquée en Arabie saoudite. La ségrégation entre les sexes, la rhétorique anti-chiite et l'exécution des condamnés à mort par décapitation pointent vers une affinité idéologique entre la doctrine religieuse de l'EI et le wahhabisme.



M. Trump s'est abstenu d'évoquer le rôle que joue l'Arabie saoudite dans la diffusion d'une version extrémiste de l'islam. Ce rôle a fait l'objet de nombreuses critiques depuis le 11 septembre 2001, mais le président américain a choisi d'absoudre Riyad de toute responsabilité dans l'expansion du djihad global - une carte que l'Arabie saoudite avait, au départ, utilisée conjointement avec plusieurs gouvernements occidentaux, notamment les États-Unis de Ronald Reagan et la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher dans les années 1980, pour contrer le communisme soviétique et l'occupation de l'Afghanistan par l'Armée rouge. Mohammed ben Salmane et le président américain étaient tout heureux de tourner la page et de s'enfoncer ensemble dans une amnésie historique. La relation saoudo-américaine devait désormais retrouver son statut pragmatique de mariage de convenance, vide de tous soubassements idéologiques tels que le « respect des droits de l'homme », la « défense de la démocratie » ou autres formules inconfortables qui font trembler la royauté saoudienne.



Une alliance vraiment durable ?



Il est important de comprendre comment les deux dirigeants sont parvenus à nouer une alliance, même si celle-ci se révèle, à terme, passagère et acrimonieuse. Comme Mohammed ben Salmane, Trump est imprévisible et les deux hommes pourraient, à l'avenir, se brouiller pour des divergences mineures. Ils conserveront néanmoins un accord de façade sur les questions essentielles et perpétueront le marché auquel ils ont récemment redonné force : les Américains persisteront à offrir un soutien inconditionnel et sans équivoque à l'Arabie saoudite tandis que cette dernière continuera de payer pour conserver le privilège d'être le principal allié des États-Unis au Moyen-Orient après Israël. Répétons-le : le marché n'est pas nouveau, mais les développements récents en avaient renvoyé une image brouillée, la partie américaine paraissant moins encline à honorer son engagement.



Ce qui a facilité le resserrement des liens Riyad-Washington, c'est que M. Trump et Mohammed ben Salmane sont l'un et l'autre convaincus que tout s'achète et que, en affaires comme en politique, seul l'argent a le pouvoir de résoudre tous les problèmes, du terrorisme aux économies en détresse. Ils ne comprennent pas en profondeur les défis auxquels le monde arabe est confronté et partagent le même dédain envers toute « pensée élaborée ». Ils partagent aussi un appétit insatiable pour les agences de relations publiques, les lobbyistes et le faste qui accompagne toute accession au pouvoir...



Les deux dirigeants sont apparus en harmonie sur un certain nombre de dossiers chauds, de la Syrie au Yémen. Mais aux étages inférieurs de l'administration américaine, on ne semble pas ressentir le même enthousiasme pour la politique régionale saoudienne. Sur le Yémen, la Syrie et le Qatar, les trois points chauds de 2017, le Pentagone comme le Département d'État américain ont tempéré les annonces hâtives de M. Trump et, tout particulièrement, celles des déclarations du président qui pouvaient être perçues comme une approbation pleine et entière des guerres régionales et de la politique interventionniste conduites par Mohammed ben Salmane.



Donald Trump veut saisir le moment historique où l'Arabie saoudite atteindra le statut qui lui est promis : une économie néo-libérale ouverte au commerce mondial et un État-providence minimal qui ne sera plus dépendant de la rente pétrolière. La privatisation, la diversification et la « saoudisation » de l'emploi forment la colonne vertébrale de Vision 2030, le plan de Mohammed ben Salmane annoncé en 2016. Ce programme économique vise à offrir la prospérité économique au royaume en ces temps de prix du pétrole bas et de déficits budgétaires. L'expansion du secteur privé et l'annonce de la privatisation partielle de la compagnie pétrolière nationale ARAMCO ouvrent de nouvelles possibilités économiques que les deux dirigeants veulent promouvoir et dont ils souhaitent tirer profit. Aussi longtemps que l'intérêt des États-Unis coïncidera avec celui de Mohammed ben Salmane, les deux hommes vont coopérer, comme ils s'y sont engagés. Néanmoins, répétons-le, tous deux peuvent être erratiques et sont capables de prendre des décisions précipitées et contre-productives.



Mohammed ben Salmane et l'Europe : des partenariats secondaires



À présent qu'il a obtenu le soutien de M. Trump, fût-il passager, Mohammed ben Salmane a-t-il le temps - et la volonté - de chercher à nouer des partenariats plus étroits avec les pays européens, au-delà des alliances historiques qui reposent surtout sur le commerce, les ventes d'armes et les questions sécuritaires ? 



Depuis la Seconde Guerre mondiale, les relations de l'Arabie saoudite avec les principaux pays européens, en particulier le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, sont toujours passées au second plan derrière l'intégration militaire et sécuritaire plus poussée avec les États-Unis. Nombre de nations européennes, au premier rang desquelles la France et le Royaume-Uni, virent dans les attentats du 11 septembre 2001 une fenêtre d'opportunité susceptible de leur permettre de renforcer leur coopération avec Riyad : elles estimaient que Washington serait désormais rétif à poursuivre son soutien inconditionnel au Royaume après la révélation que quinze des pirates de l'air avaient la nationalité saoudienne. Cette période fut mise à profit pour se rapprocher des dirigeants wahhabites, leur vendre les armes que leur refusait le Congrès américain et positionner l'Europe en général et le Royaume-Uni et la France en particulier comme de vieux alliés qui comprenaient véritablement l'Arabie saoudite, son histoire et ses dirigeants. Mieux, en tout cas, que les Américains, qui demeuraient en quelque sorte de nouveaux venus sur la scène arabe.



Theresa May, une alliée sans états d'âme



Sous le gouvernement du conservateur David Cameron, les ventes d'armes britanniques ont atteint 6 milliards de livres (11). Londres avait besoin de renforcer ses échanges commerciaux avec le Golfe et, spécialement, avec l'Arabie saoudite suite à la crise financière de 2008. Sous la pression de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, le premier ministre britannique David Cameron ordonna une enquête sur la présence des Frères musulmans au Royaume-Uni, avec en point de mire une interdiction du mouvement islamiste et un coup de frein à son rayonnement mondial. Riyad, qui souhaitait ardemment inverser le succès obtenu par la confrérie en Égypte suite au soulèvement de 2011, a banni le mouvement sur son propre sol. L'enquête britannique lancée sous la direction de John Jenkins, ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Arabie saoudite, ne mit cependant en évidence aucun lien avec le terrorisme, et l'organisation des Frères musulmans continue d'opérer en Grande-Bretagne. Londres mit plusieurs mois à rendre publiques les informations recueillies lors de la période d'investigation, et l'Arabie saoudite ne fut pas satisfaite des conclusions du rapport final.



La nécessité de nouer des liens plus étroits avec Riyad devint plus pressante après le référendum de 2016 sur le Brexit, une fois qu'il apparut que l'économie britannique allait probablement subir une contraction après sa sortie de l'Union européenne. La première ministre Theresa May honora sa promesse de continuer à se comporter en amie des Saoudiens et à ne pas prendre de mesures ou faire de déclarations qui pourraient les embarrasser sur la scène internationale. Comme d'autres dirigeants européens, elle s'est empressée d'aller leur rendre visite lors de sa tournée dans le Golfe. Arrivée à Riyad en avril 2017 - avant le déplacement de Donald Trump -, elle a cherché à développer les relations commerciales entre les deux pays.



Plus récemment, Theresa May a bloqué la publication d'un rapport interne du Home Office sur les soutiens saoudiens à l'extrémisme religieux en Grande-Bretagne. Cette enquête a été commanditée alors que la coalition conservatrice-libérale était au pouvoir. Theresa May semble persister dans son combat pour éviter à l'Arabie saoudite toute critique supplémentaire, que ce soit sur le sol britannique ou en Europe. La publication de ce rapport pourrait, en effet, ébranler les relations avec Riyad à un moment critique pour la Grande-Bretagne puisque, on l'a dit, elle recherche des partenaires commerciaux susceptibles de compenser les pertes attendues après le Brexit.



Depuis 2015 et le début des frappes aériennes saoudiennes au Yémen, le gouvernement britannique a vu monter la pression en provenance des commissions parlementaires et des organisations de la société civile opposées aux ventes d'armes à des pays qui ne respectent pas les droits de l'homme et violent le droit international en engageant des interventions militaires à l'étranger. Selon certaines sources, l'Arabie saoudite utilise au Yémen des bombes à fragmentation de conception britannique ainsi que d'autres armes interdites. Les morts de civils, estimées à 10 000, et la crise humanitaire ont poussé l'opinion publique britannique à faire campagne contre les ventes d'armes. Mais la logique du gouvernement demeure invariable : « Si nous ne vendons pas d'armes aux Saoudiens, les Français le feront. »



La France entre Riyad et Doha



Comme le Royaume-Uni, la France a cherché à profiter du trouble qui semblait prévaloir dans la relation américano-saoudienne (12). Paris et Riyad ont développé des connexions au travers d'une série de contrats d'armements qui ont stimulé l'économie française et donné à l'Arabie saoudite un sentiment de sécurité, notamment parce que la France a maintenu un ton très critique à l'égard de la politique régionale de l'Iran, que ce soit au Liban, en Syrie ou en Irak. L'achat d'équipements à la France était conditionné à une aide militaire saoudienne au Liban - un geste qui, à l'époque, a ravi le président François Hollande. Riyad a par la suite annulé ce cadeau au pays du Cèdre, qui visait initialement à mettre sous pression le Hezbollah, soutenu par l'Iran. L'Arabie saoudite s'est néanmoins engagée à apporter une compensation au manque à gagner de la France.



Le Royaume s'est tourné vers Paris pour obtenir un soutien dans sa tentative de chasser du pouvoir le président syrien Bachar el-Assad et de renforcer l'opposition syrienne à son régime. L'Arabie saoudite attendait également de la France qu'elle ne normalise pas ses relations avec Téhéran après l'accord sur le nucléaire iranien, et qu'elle continue de critiquer la politique régionale de la République islamique. Paris, répétons-le, a tenu ses engagements en la matière, afin de conserver ces lucratifs contrats militaires, que ce soit avec l'Arabie saoudite ou avec les pays du golfe Persique. Mais le projet visant à chasser Bachar el-Assad du pouvoir tarde à se matérialiser, et l'Arabie saoudite comme la France, voire la plupart des partenaires européens, essuient un sérieux revers en Syrie. Malgré cet échec pour la France et l'Arabie saoudite, les contrats d'armement se déploient avec la même intensité sous la direction de Mohammed ben Salmane.



La France, où la politique extérieure semble être l'apanage du président depuis l'époque du général de Gaulle, pourrait continuer de tenter de resserrer les liens avec l'Arabie saoudite sous la présidence d'Emmanuel Macron. Mais le dossier syrien et la non-résolution de la crise hantent les deux pays. S'y ajoute la crise saoudo-qatarie démarrée en mai 2017. Mohammed ben Salmane attend de la France et des autres pays européens qu'ils valident la thèse saoudienne d'un Qatar qui serait un soutien du terrorisme, du Hamas et des Frères musulmans - soutien vu comme déstabilisateur pour la région -, ainsi que les critiques de Riyad sur la ligne éditoriale de la chaîne télévisée Al Jazeera. Une telle prise de position de la part d'Emmanuel Macron contre le Qatar viendrait cependant saper les intérêts économiques et militaires français dans ce petit mais riche État du Golfe (13).



Allemagne - Arabie saoudite : une relation tendue



L'Allemagne, qui entretient des relations économiques et militaires avancées avec l'Arabie saoudite, ne s'est guère montrée enthousiasmée par l'ascension de Mohammed ben Salmane. En 2015, un rapport confidentiel des services de renseignement allemands (14), diffusé dans la presse, critiquait sévèrement le prince. Le rapport considérait que sa promotion aurait un « effet déstabilisateur à l'échelle de la région » (15). Même s'il n'est pas inhabituel que les services allemands laissent fuiter de tels rapports, cette publication était peut-être un avertissement calculé à destination de la communauté internationale en général et des partenaires européens de Berlin en particulier. Le roi Salmane et son fils n'ont pas participé au sommet annuel du G20 à Hambourg en juillet 2017, sans doute parce qu'ils étaient accaparés par l'escalade que connaissait la crise avec le Qatar. L'Arabie saoudite souhaitait éviter de subir des pressions directes des autres membres du G20 qui l'auraient incitée à résoudre cette crise par la négociation plutôt que par la confrontation avec le petit émirat. Le roi et son fils ont donc envoyé au G20 un technocrate afin d'esquiver les questions gênantes. Leur absence pourrait également être liée au limogeage brutal de Mohammed ben Nayef et aux rumeurs de son assignation à résidence, mesures susceptibles de déboucher sur une période difficile et incertaine pour les deux têtes du pouvoir dans la mesure où elles leur ont très vraisemblablement aliéné bon nombre de princes qui aspiraient, eux aussi, aux plus hautes destinées - princes dont certains sont, par surcroît, plus expérimentés et plus âgés que le nouvel héritier du trône.



Quoi qu'il en soit, l'Arabie saoudite apprécie ses relations économiques avec l'Allemagne, tout comme elle est attachée à l'assistance que Berlin lui apporte dans le domaine de la formation des jeunes (16). En 2016, Riyad a accueilli l'Allemagne comme invitée d'honneur d'al-Janadiriyyah, la fête annuelle de la garde nationale. Mais malgré ses plus de 500 millions d'euros de fournitures d'équipements militaires au royaume wahhabite, Berlin s'est vu refuser tout futur accès au marché des armes. Son tort : avoir critiqué la guerre menée par Riyad au Yémen. La chancelière Angela Merkel a, en effet, fait part de sa préoccupation face aux nombreuses pertes civiles et a insisté sur l'impasse que constitue l'option militaire pour résoudre le conflit. Riyad a immédiatement répliqué en rejetant tous les contrats militaires à venir qui, bien que lucratifs, ont toujours suscité la polémique en Allemagne (17).



Quelle politique saoudienne pour l'Europe ?



Nonobstant les liens étroits existant entre l'Arabie saoudite et les quelques pays européens précités, le nouveau prince héritier ne semble pas avoir, pour l'heure, suffisamment de temps à consacrer à l'Europe. Il continuera de percevoir le Vieux Continent comme une source d'approvisionnement en armes complémentaire des États-Unis et comme un réseau de soutien à sa politique régionale, en particulier dans le cadre de sa rivalité avec l'Iran. Du fait de cette approche, les fabricants d'armes et les gouvernements européens se retrouvent en concurrence pour capter l'attention du jeune prince, et pourraient finir par saper leurs propres intérêts nationaux s'ils persistent à soutenir aveuglément l'Arabie saoudite dans son opposition à l'Iran. Une approche européenne plus fructueuse consisterait à pousser Riyad au dialogue avec Téhéran et à la mise en place d'un modus vivendi. Ne serait-ce que parce que les intérêts nationaux des alliés européens de l'Arabie saoudite seront mieux servis si ceux-ci encouragent Riyad à chercher une médiation et des solutions aux conflits qui embrasent la région, de Damas à Sanaa.



De la même manière que les interventions iraniennes en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen, les ingérences saoudiennes dans les affaires intérieures d'autres pays arabes ont eu des effets dévastateurs. Elles ont prolongé les conflits, militarisé les soulèvements arabes, précipité les affrontements religieux et les catastrophes humanitaires, provoqué un flux sans précédent de réfugiés qui a affecté l'ensemble des pays européens. Le rôle de l'Arabie saoudite dans la diffusion d'une idéologie religieuse extrémiste demeure un sujet tabou dans nombre de capitales européennes : les dirigeants du Vieux Continent gardent le silence et préfèrent ne pas mettre leurs homologues saoudiens face à leurs responsabilités, pourtant évidentes, dans la radicalisation des populations musulmanes européennes.



Les pays européens ont sans doute perdu leur candidat saoudien préféré au trône, le prince héritier déchu Mohammed ben Nayef, qui était parvenu à établir de bons rapports avec les services de renseignement occidentaux et était perçu comme un acteur essentiel dans la lutte contre le terrorisme. La politique antiterroriste est une préoccupation majeure de Londres à Paris en passant par Berlin et même au-delà. Mais ce sujet ne semble pour l'heure pas constituer une priorité pour le prince héritier saoudien, dont l'objectif principal est de faire de l'Arabie saoudite une puissance régionale, sur un pied d'égalité avec la Turquie, l'Iran et Israël.



Luttes régionales : l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Iran... et Israël



Riyad, mais aussi Ankara et Téhéran montrent actuellement leurs muscles avec l'ambition de jouer un rôle décisif dans l'issue de plusieurs conflits qui agitent le monde arabe. Dans cet affrontement régional houleux, de nouvelles alliances se forment tandis que de plus anciennes se défont.



Mohammed ben Salmane a repris à son compte la rhétorique anti-iranienne qui remonte à l'époque du défunt roi Abdallah (2005-2015). Contre toute attente, il a récemment annoncé qu'il était prêt à se battre jusque sur le territoire iranien - affirmation qui s'apparente à une véritable déclaration de guerre. Quant au prince saoudien Tourki al-Fayçal, ex-patron des services de renseignement du Royaume, il a participé à deux conférences organisées par l'opposition iranienne en exil, notamment celle des Moujahiddines du peuple (Mojahedin-e Khalq-e Iran), un mouvement de résistance armé au régime iranien actif depuis 1979 (18). Bref, sous le roi Salmane, la guerre par procuration que se livrent Riyad et Téhéran se poursuit sans issue en vue. Le dernier champ de bataille en date est celui du Yémen, depuis 2015.



La Turquie, perçue comme un partenaire proche de l'Arabie saoudite au cours de la guerre civile en Syrie, a pris le parti du Qatar depuis le début de la crise saoudo-qatarie en mai 2017 (lorsque Riyad, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l'Égypte ont imposé des sanctions au petit émirat du Golfe). La Turquie renforce actuellement sa présence militaire au Qatar. Elle a déjà envoyé plusieurs milliers de soldats sur son sol, pour le protéger s'il venait à être concrètement menacé par ses voisins saoudien et émiratis.



Désireux de former une alliance contre l'Iran et le Qatar, Mohammed ben Salmane a peut-être enregistré un succès en se rapprochant d'Israël - désormais désigné, par plaisanterie, comme « le dernier État sunnite en date ». Riyad va continuer de coopérer dans la clandestinité avec Tel-Aviv sur les sujets sécuritaires et économiques (19). En juillet 2016, une délégation saoudienne d'universitaires et d'hommes d'affaires s'est rendue en Israël ; son but principal : établir des relations discrètes afin d'« enrôler » Tel-Aviv en cas de confrontation militaire avec l'Iran. Depuis que l'Égypte a accepté de lui restituer Sanafir et Tiran, deux îles de la mer Rouge, l'Arabie saoudite est géographiquement encore plus proche d'Israël. Les deux atolls sont situés à proximité de l'État hébreu et pourraient, à l'avenir, servir de plateformes pour étoffer la coopération militaire et sécuritaire entre les deux pays. L'opinion publique saoudienne est préparée à une collaboration accrue avec Israël, en particulier par l'intermédiaire des médias que finance le Royaume. Ces médias donnent en effet plus de place, désormais, à des articles qui ne critiquent pas ouvertement l'occupation israélienne et le traitement des populations palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza.



L'Arabie saoudite a reproché au Qatar son soutien au mouvement palestinien Hamas, aujourd'hui considéré comme une organisation terroriste. Ce faisant, Mohammed ben Salmane a certainement ravi les Israéliens et leur a apporté des garanties sur sa volonté d'établir des partenariats plus larges. Mais le jour où Israël ouvrira une représentation diplomatique à Riyad est encore lointain. Une telle mesure exige préparation et coordination, et les enjeux d'une percée qui engendrerait à coup sûr la polémique sont très élevés pour le jeune prince héritier.



En guise de conclusion...



Le roi Salmane et son fils ont impulsé une évolution significative à la politique étrangère saoudienne : d'une approche diplomatique prudente qui reposait sur des manoeuvres en coulisses, Riyad est passée à une tendance nettement plus interventionniste. Sous la future direction de l'actuel prince héritier, l'Arabie saoudite continuera de se battre pour être reconnue comme une puissance régionale incontestée, même si cet objectif nécessite de nouveaux changements d'alliances, par exemple un partenariat encore plus étroit avec Israël. Naturellement, un rapprochement aussi audacieux et provocateur sur le plan domestique pourrait se retourner contre ses auteurs et déboucher sur des troubles internes. L'Arabie saoudite est aujourd'hui engagée dans une voie à l'issue inconnue, et sa politique étrangère agressive est avant tout le reflet des incertitudes politiques et économiques qui prévalent depuis l'accession au trône de Salmane.



Mais le roi et son fils se montrent prêts à prendre des risques et ne semblent pas désireux d'éteindre les nombreux incendies qui font rage dans le monde arabe. En réalité, leur politique étrangère est fondée sur un objectif unique : l'établissement de la suprématie de leur pays. Un pays qui aspire à devenir l'unique arbitre des affaires arabes et le principal point d'entrée dans la région pour les puissances internationales. L'Arabie saoudite du roi Salmane est déterminée à poursuivre cet objectif, même au prix d'un accroissement de l'insécurité et de nouveaux soulèvements dans le monde arabe dont les conséquences humaines, sociales et politiques pourraient largement dépasser les frontières de la région.



 




Notes :


(1) Suite à l'ascension de Mohammed ben Salmane, certains commentateurs l'ont qualifié de « Gamal Moubarak de l'Arabie saoudite », en référence au fils du président égyptien destitué, Hosni Moubarak. Voir S. Cook, « Saudi Arabia's Gamal Moubarak », Council on Foreign Relations, 20 juin 2015.



(2) A. al-Shihabi, The Saudi Kingdom : Between the Jihadi Hammer and the Iranian Anvil, Markus Wiener Publishers, Princeton, 2016, p. 158.



(3) D. Blair, « Saudi Arabia's Quiet Revolution as King Salmane Changes Royal Succession », The Telegraph, 29 avril 2015.



(4) Ben Hubbard, « Deposed Saudi Prince Is Said to Be Under House Arrest », The New York Times, 28 juin 2017.



(5) Simon Henderson, « Young Saudi Leader Landmark U.S Visit », Washington Institute, 13 juin 2016. 



http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/young-saudi-leaders-landmark-u.s.-visit



(6) Julie Hirschfield Davis, « Trump Meets Saudi Prince as U.S. And Kingdom Seek Warmer Relations », The New York Times, 14 mars 2017.



(7) Yara Bayoumy, « Obama Administration Arms Sales Offers to Saudi Top $115 Billion », Reuters, 7 septembre 2016.



(8) Les principaux points abordés dans le discours de Donald Trump sont résumés ici : http://www.telegraph.co.uk/news/2017/05/21/donald-trumps-saudi-arabia-speech-eight-key-points/



(9) Ibid.



(10) Ibid.



(11) Matt Broomfield, « UK Arms Sales to Saudi Arabia worth 5.6 billion Under David Cameron », The Independent, 6 janvier 2016.



(12) Giorgio Caffiero et Daniel Wagner, « France, the New Saudi Arabia's Arms Dealer », The National Interest, 10 août 2015.



(13) Pour une analyse de la « doctrine Macron » dans le monde arabe, voir Joseph Bahout, « La difficile définition d'une "doctrine Macron" au Proche-Orient et au Maghreb », Orient XXI, 10 juillet 2017.



(14) Justin Huggler, « Saudi Arabia destabilising Arab World, German Intelligence Warns », The Telegraph, 2 décembre 2015.



(15) Lizzie Dearden, « Saudi Arabia and Gulf States Support Islamic Extremism in Germany : Intelligence Report Finds », The Independent, 14 décembre 2016.



(16) Sur les relations germano-saoudiennes, lire : http://www.saudibotschaft.de/en/information-for-german-business/



(17) « Saudi Arabia Wants No More German Weapons : Report », site de la Deutsche Welle, 30 avril 2017.



(18) « Saudi Prince in Push for Iran Regime Change at Paris Opposition Conference », Gulf News, 9 juillet 2016.



 



(19) Kristian Coates Ulrichsen, « Israel and the Arab Gulf States : Drivers and Directions of Change », Baker Institute, septembre 2016.